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samedi , 14 mars 2026
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Immigration et PEQ : le constat sans détour de l’ambassadeur de France au Canada

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Il y a quelques semaines, Michel Miraillet, ambassadeur de France au Canada, a livré un diagnostic rare par sa franchise sur l’évolution des politiques migratoires canadiennes et québécoises. Sans s’immiscer dans le débat politique interne, le diplomate dresse un constat lucide : une page s’est tournée pour les Français et les francophones qui espéraient s’installer durablement au Québec.

« C’est un peu la fin de cet âge d’or de l’accueil des Français qui voulaient immigrer ou rester au Canada. »

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La fin d’un « âge d’or » assumée

Dans un entretien accordé au Petit Journal, Michel Miraillet évoque explicitement la fin d’une période favorable, perceptible depuis plusieurs années mais accélérée brutalement récemment. Selon lui, le durcissement actuel ne peut plus être considéré comme conjoncturel.

Il concerne l’ensemble de la chaîne migratoire : visas étudiants, permis de travail, accès à la résidence permanente. Les délais s’allongent, les refus se multiplient et, surtout, les décisions deviennent de plus en plus difficiles à comprendre pour les personnes concernées.

Des projets de vie construits dans le respect des règles en vigueur au moment de l’installation se retrouvent ainsi fragilisés, parfois sans explication claire.

Le PEQ, révélateur d’un basculement

Sans commenter techniquement la réforme québécoise, l’ambassadeur replace la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) dans un mouvement plus large de fermeture. Pour lui, le PEQ n’est pas une anomalie, mais le symptôme visible d’un changement de cap profond.

« On voit arriver des Français qui avaient décidé de tout vendre pour s’installer au Québec et qui, au bout de deux ans, se voient priés de quitter le pays. »

Ces situations, qualifiées de « très difficiles à expliquer », illustrent selon lui un système devenu imprévisible. L’absence de transition, de droits acquis ou de mécanismes de protection renforce le sentiment d’insécurité chez celles et ceux qui avaient bâti leur projet sur la stabilité annoncée des règles.

Une administration perçue comme opaque

Michel Miraillet décrit une relation de plus en plus complexe avec les administrations de l’immigration. Difficulté à joindre les services, réponses tardives ou inexistantes, décisions peu ou pas motivées : les témoignages s’accumulent.

Dans certains cas, des familles entières sont sommées de quitter le territoire sans justification détaillée, plongeant les intéressés dans une profonde incompréhension. Ce constat, formulé sans attaque politique directe, repose sur une observation de terrain partagée par les services consulaires.

Souveraineté canadienne, diplomatie impuissante

L’un des moments clés de l’entretien met en lumière les limites de l’action diplomatique. L’ambassadeur le reconnaît sans détour : la France ne dispose d’aucun levier juridique pour contester les décisions prises par le Canada ou le Québec en matière d’immigration.

Les demandes formulées par l’ambassade ne lient ni Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) ni les autorités provinciales du Québec. La souveraineté de l’État d’accueil prévaut pleinement. L’action consulaire se limite donc à un accompagnement humain et ponctuel, sans garantie de résultat.

Un avertissement clair aux futurs candidats

Rarement un message aussi dissuasif aura été formulé aussi clairement par un représentant officiel français.

« Aujourd’hui, il est hors de question pour un étudiant de considérer qu’il va pouvoir rester. Je pense que cette période est finie. »

Selon l’ambassadeur, venir étudier au Québec dans l’espoir d’une installation durable n’est plus une stratégie raisonnable. Il ne se prononce pas sur un éventuel retour en arrière, mais considère que cette fenêtre est désormais refermée.

Ce signal fort s’adresse autant aux étudiants qu’aux travailleurs temporaires et aux familles qui fondaient leur projet sur une transition vers la résidence permanente.

L’image du Québec à l’international fragilisée

En dehors des trajectoires personnelles, Michel Miraillet s’inquiète de la cohérence du message envoyé par le Québec à l’étranger. Historiquement présenté comme un pilier de la francophonie et un modèle d’intégration francophone en Amérique du Nord, le Québec voit aujourd’hui son image se brouiller.

Il évoque notamment une « rumeur publique » sur une présence jugée excessive de Français dans certains quartiers de Montréal, révélatrice d’un climat plus polarisé. Sans dramatiser, l’ambassadeur observe une fragilisation de la perception du Québec comme terre d’accueil stable et prévisible.

Ce que le Québec dit désormais au monde

Par son ton mesuré et son diagnostic sans complaisance, l’entretien de l’ambassadeur de France confère une portée internationale à la crise du PEQ. Il ne s’agit plus uniquement d’une réforme administrative provinciale, mais d’un tournant perçu de l’extérieur par un partenaire historique du Québec.

À l’heure où le gouvernement québécois tourne une page majeure de sa politique migratoire, une question demeure : le Québec souhaite-t-il assumer durablement cette rupture, ou cherchera-t-il à rétablir la confiance des parcours qu’il avait lui-même encouragés ?

Source : Le Petit journal

Écrit par
Laurence Nadeau

Originaire de Montréal, Laurence Nadeau, cofondatrice d'immigrer.com, conférencière et aussi auteure de plus d'une dizaine de guides publiés (et mises à jour) en France sur l'installation, le travail et l'immigration au Québec et au Canada aux Éditions L'Express (et L'Étudiant). Auteure de "S'installer et travailler au Québec" aux éditions L'Express.

3 commentaires

  • Situation très bien résumée.

    Que le gouvernement provincial ne vienne plus chialer qu’il manque de personnel dans tous les domaines en demande.
    De tout cœur avec toutes les personnes concernées (étudiants, travailleurs temporaires et en attente de résidence permanente), tous ceux qui avaient mis leurs vies et celles de leurs familles, leurs espoirs et leurs économies pour une Province auquel le gouvernement qui, au final, ne veut plus d’eux après avoir rabattu les oreilles un peu partout et pendant très longtemps, à renfort de salons de l’immigration virtuels ou réels, « Venez au Québec ». Honteux !

    J’ai vécu 4 ans au Québec de 2004 à 2008 et déjà à cette époque j’avais des difficultés pour trouver du travail car mon diplôme n’était pas reconnu alors qu’on m’avait garantie à la Délégation Générale du Québec à Paris que je n’aurais aucun soucis, qu’ils cherchaient du personnel comme moi là-bas (domaine de la déficience intellectuelle).

    J’ai dû me résigner à revenir en France car on me demandait de repartir 3 années aux études en cours du soir après mon travail alors que j’avais plus de 10 ans d’expérience professionnelle avec un diplôme Bac +2.

    Que veut réellement le gouvernement du Québec ?!!!

    • Les diplômes et les expériences de travail fait à l’extérieur du Canada / Québec ne sont pas reconnus en général. Il faut avoir diplômes et expériences canadiens pour être considéré. En plus le taux de chômage pour personnes fraichement arrivées pour cette période était entre 12 et 20%. Le taux de chômage réel pour les personnes de souche était entre 8 et 10%.

  • Il faut tout simplement appliquer la réciprocité et faire « subir » (malheureusement c ça..) la même chose aux canadiens qui souhaitent s’installer dans d’autres contrées du monde…seul un traitement pareil pourra faire comprendre aux canadiens l’absurdité des mesures prises récemment en matière d’immigration par leurs gouvernements..

  • Centre Éducatif

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