Le printemps québécois, une saison peu connue

Benito

Si il existe bien une saison que je croyais les Québécois adeptes, c’est bel et bien hiver. Or, cette dernière cumule les soupirs parmi une majorité de la population à sa simple évocation, sûrement dû à l’abandon des plaisirs de l’hiver noyés dans les tumultes du quotidien. À croire que la saison blanche reste uniquement pour le sourire des immigrants.
Je n’ai jamais compris cette lassitude, voir ce dégoût. À tous ceux-là, je leur souhaite une seconde vie en Espagne !
Vous l’avez deviné, je fais parti des pro-hivers. Qu’il soit neigeux et frette à souhait (pas tous les jours non plus). J’ai davantage de misère avec le printemps.

« - Comment ça me diront certains ? Le printemps, les oiseaux chantent, les fleurs garnissent la nature, les feuilles d’un vert tendre apparaissent dans les arbres…. »

Oui tout à fait, et je trouve cela incroyablement féérique,…. mais ce spectacle son et lumière est réservé pour la fin du printemps ! Avant cela le spectacle est particulièrement terne. Revenons au début du processus printanier.

L’hiver s’installe tranquillement. Le manteau blanc s’épaissi au gré des chutes de neiges. Lorsque le mois de mars pointe le bout de son nez, j’ose imaginer que le couvert neigeux a décidé de prolonger son séjour jusqu’au mois de mai. Pourtant du jour au lendemain, la vapeur semble se renverser. Le soleil lance des offensives chaleureuses régulières. En effet, 2-3 degrés par une journée ensoleillée engendre de beaux dommages dans un banc de neige. Et que dire des tempêtes de pluie qui supplantent à l’occasion les dernières tempêtes de neige. L’eau est d’ailleurs sûrement le pire ennemi de la neige. Même lorsqu’elle cesse, la fonte se poursuit.

Et puis même la neige ne semble plus faire d’effort pour conserver ses propriétés intrinsèques, elle devient mouilleuse, lourde. Elle est tellement déboussolée vis-à-vis de son rôle, qu’elle serait capable de faire fondre la neige déjà présente par sa consistance printanière ! Ainsi l’hiver interminable nous expose son talon d’Achille.

D’ailleurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous parlons de tempête des poteaux, lorsque que la neige est tellement collante, qu’elle colle au poteau de téléphone. Selon la pensée populaire, elle serait annonciatrice de la dernière bordée de neige.

Une fois le processus de la fonte enclenchée, on dirait que c’est inéluctable. L’épaisseur de neige baisse à vue d’œil même si il cesse de pleuvoir et que le mercure grimpe à seulement un petit degré.

Avant ma venue au Québec, j’avais des images idylliques de la fonte des neiges… la neige disparaissant avec l’apparition d’une myriade de filées d’eau qui ruissellent jusqu’à la rivière, laissant apparaitre l’herbe couleur vert tendre. Le tout bien entendu sous un soleil étincelant ! Il n’en est rien ! Ici ce n’est pas un printemps à la française avec seulement de la neige en plus. Contrairement à là-bas où la nature somnole simplement pour 3 mois, ici elle hiberne pour 5-6 mois suivant la région. Après un bon 4 mois d’ensevelissement sous la neige et les assauts des grands froids, le gazon est loin d’être vert. La végétation meurtrie, grillée, jaunâtre doit renaître de ses "cendres", avec encore les stigmates de l’automne. Contrairement à France où l’hiver se charge d’effacer les traces de l’automne, ici les feuilles devenus brunâtres jonches encore le sol là où elles n’ont pas été balayées. C’est un peu notre second automne.

À l’instar de son arrivée à l’automne, la neige est aussi adepte des faux départs. À peine fondue qu’à nouveau elle se dépose sur le gazon jaunit. Une occasion de plus pour abaisser le moral des anti-hivers et même des pro-hivers, car à un moment donné il faut que cela cesse.
Dès que la neige fond moindrement, la majorité des adeptes du ski désertent les stations de montagne. Seuls les mordus demeurent encore sur les pistes. Les patinoires extérieures ferment leurs portes. Les sentiers de motoneige ne sont plus entretenus.

Avec le départ de la neige un autre sujet de prédilection des québécois refait surface : l’état des routes. En effet, alors que les tulipes sont encore endormies les « nids de poules » fleurissent à tous les coins de rue. Le redoux facilite les infiltrations d’eau qui déstabilisent les fondations de la chaussée. Des surfaces d’asphalte avoisinant les mètres carrés sont parfois englouties, laissant des trous béants de plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Il peut y en avoir plusieurs dizaines de milliers qui apparaissent en quelques jours dans certaines villes. De nombreux automobilistes risquent à chaque année d’en faire les frais…. La vigilance sur la route est de mise.
Et pour compliquer davantage la situation les routes sont à l’occasion déformées par le « gonflage » de l’asphalte. Les bosses sont tellement importantes qu’à maintes reprises j’ai manqué de peu de décoller avec mon auto… Bien entendu, les routes de campagnes sont davantage sujettes à ces caprices topographiques !

Jadis recouvertes de neige et de glace, les routes sont coiffées d’une pellicule de sable grisâtre terni par les restes d’hydrocarbure et autres saletés liées à l’activité humaine. Adieu à la neige immaculée, maintenant accumulée sur les côtés, elle est devenue noire tout comme l’eau qui s’en écoule…. Quelle belle image reluisante du printemps !

Les égouts pluviaux ont de la misère à évacuer la masse d’eau printanière. De jolis lacs noirâtres font patienter l’eau au bord des coins de rues où sont localisées les bouches d’égout. Attention aux piétons, une éclaboussure est si vite arrivée.

Les surfaces de terre n’en sont pas en reste. Alors que les premiers centimètres se transforment en bouette (boue), le reste demeure obstinément gelé, garantissant ainsi une belle étanchéité à l’infiltration de l’eau en profondeur. Et 4 ou 5 pieds (1,20 ou 1,50 m) de sol gelé en profondeur c’est plutôt long à dégeler !

Voici donc le genre de printemps que j’ai vécu les premières années dans la région de Québec. Depuis que je vis au lac Saint-Jean les printemps ont une note un peu plus optimiste, sauf qu’ils arrivent deux semaines plus tard qu’à Québec et un mois plus tard par rapport à Montréal. Ici la circulation routière moins intensive évite une accumulation trop importante de saletés durant l’hiver. La dispersion de l’habitat permet un meilleur drainage de l’eau de fonte, bien que l’ambiance soit « bouetteuse » pareille.

Néanmoins, le printemps peut offrir de belles images tels que les stalactites le long des toitures et autres sculptures éphémères formées par la fonte. Les journées ensoleillées en forêt peuvent aussi procurer des instants de plénitude. Les lacs et rivière dégèlent progressivement pour faire place à une eau limpide en forêt et plus ou moins brune en milieu agricole et urbain du fait de l’entrainement de matières en suspension.

D’ailleurs à chaque année un vaste concours est ouvert à la population : deviner la date du départ des glaces sur le lac. Nous estimons par avion que le lac a calé lorsqu’il est libéré de 80 % de ses glaces. Ceci se produit entre la mi-avril et la mi-mai. Après cette date la chaleur commence à augmenter réellement.

Étant donné que nous sommes proches d’un lac et de son exutoire nous assistons davantage à la crue du printemps qui dure parfois qu’un ou deux jours. Quel spectacle saisissant de voir une masse d’eau se déverser là où habituellement un simple cours d’eau coulait paisiblement. La quantité d’eau issue de la crues printanière est telle que lac Saint-Jean, 3ème plus grand lac du Québec avec ses 1076,03 km², se rempli par l’amont et se vide par l’aval l’équivalent de six fois son volume total !
Sachant cela, il n’est pas étonnant qu’un barrage hydroélectrique ait été édifié.

Ce fameux coup d’eau du printemps n’est pas sans conséquence. De nombreux cours d’eaux subissent de fortes érosions.

Avec l’arrivée du printemps, une nouvelle activité se développe : se débarrasser au plus vite de la neige. Ainsi, ne vous étonnez pas de croiser des résidents pelletant vigoureusement la neige de leur terrain et déverser dans la rue où elle fondra plus rapidement. Certains utilisent même de l’eau pour l’aider à se liquéfier… Et une fois le terrain mis à nue, il existe des appareils ressemblant à des débroussailleuses munies d’une brosse en forme de rouleau pour extirper du gazon tout le sable et le sel issu du déneigement des routes.

Les plus pressés sortiront également leur barbecue dés le début avril alors que la température est encore régulièrement proche de 0-5 degrés

Ainsi tous les malheureux de l’hiver respirent et ont hâte de « chialer » (se plaindre) de pluie estivale, des maringouins et de la chaleur étouffante des canicules !

Quoi qu’il en soit, je suis content de vivre dans un pays qui possède quatre saisons distinctes.

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L'amour à la québécoise

Benito

Autant de nombreux immigrants arrivent en couple ou en famille, autant de nombreux immigrants atterrissent célibataires au pays des érables. Certains immigrants repartent célibataires, mais ceci est une autre histoire… Eh oui lorsque le rêve d’une vie québécoise n’est pas partagé équitablement à deux ou bien la nouvelle vie ne sourit pas aux deux, le couple peut en pâtir.

Bref, revenons à ceux en quête d’amour. C’est bien beau la job et les amis, mais la majorité du monde aspire à vivre à deux. Or rencontrer ta douce-moitié dans un monde inconnu dont la population n’est pas réceptive aux mêmes codes de séduction peut devenir une chose ardue.

En bientôt huit ans de vie au Québec, j’aurais eu l’occasion de connaître intimement quelques Québécoises durant des laps de temps plus ou moins long. Je n’irais pas dans les détails futiles, mais disons que je ne suis ni un Don Juan, ni un habitué des longues relations et encore moins un spécialiste en amour ! Je peux juste vous dire que je trouve qu’il est plutôt ardu d’établir une relation amoureuse lorsque les us et coutumes amoureuses sont différentes de ton pays d’origine et que tu es livré à toi-même pour rechercher ton âme sœur.

Je ne suis pas dans la capacité de vous expliquer comment « cruiser » (draguer) au Québec, mais dites vous qu’ici il existe pas mal de différence et être Français n’est pas toujours un label garantissant la séduction des québécoises !

Mais avant d’apprendre à séduire la gente féminine, il faut en rencontrer… Pas toujours facile lorsque tu connais peu de monde, que tes collègues de travail sont toutes matchées (en couple) et que tes amis aussi en couple n’ont que des activitées de couple et par conséquent ne connaissent pas de célibataires. Et on dira ce que l’on voudra, mais il est plus aisé d’apprendre à connaitre une fille lorsqu’un ami te « plug » (présente) avec celle-ci. Ce principe établi une certaine relation de confiance qui est un facilitant pour de premiers échanges verbaux.

Dans mon cas, je n’ai pu compter que sur moi-même ! J’ai essayé un peu les rencontres dans les bars, mais les résultats ont été nul. Criez dans l’oreille d’une jolie personne pour l’aborder n’est pas ma tasse de thé. Ici souvent vous dénicherez soit des bars d’habitués, donc bonne chance pour réussir à percer, soit des « bars à pitounes » bar dont la tenue vestimentaires des convives laisse présager des relations plutôt éphémères, si ce n’est pas tout simplement des personnes qui sont simplement là pour s’amuser à séduire sans implication.

Devant cette situation, je me suis rabattu principalement sur la recherche dans le monde virtuel ! Les fameux sites de rencontre… personne n’y va, mais ils regorgent de nouveaux inscrits à chaque jour ! Ce n’est pas non plus la recette magique. Je ne compte plus les filles avec qui j’ai pu converser et celles que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Sur les quelques histoires qui ont débutées beaucoup ont rapidement avortées certaines ce sont poursuivies quelques mois, d’autres ont tout de même fait naître une amitiée.
Jusqu’au jour, en décembre 2010, j’ai fait la connaissance avec ma blonde actuelle.

Pour l’instant, ça se passe très bien, je croise les doigts. Je pense avoir enfin la d’avoir croisé la personne qui me convient réellement et réciproquement. Mais si cette nouvelle histoire perdure dans le temps, ce n’est pas juste parce que « ça cliqué » entre nous deux, c’est surtout parce qu’au fil du temps j’ai adopté des attitudes un peu moins françaises, mais surtout j’ai fait l’effort d’explorer et de comprendre la culture québécoises. Par conséquent, je saisi davantage les subtilités qui font nos différences et j’essaie de m’adapter.

Juste pour mettre une image à mes propos : écouter un film français, les personnages crient tout le temps, se parlent bêtes (séchement), étalent leur compétences… Oui ce sont des clichées, mais tellement proches de la réalité…. De quoi offusquer plus d’une Québécoise ! À nous Français de nuancer nos propos. Nous resterons toujours des Français dans l’âme et l’intonation, mais nous pouvons québécoitiser le tout au mieux de nos aptitudes.

Quoiqu’il en soit : pour la première fois, le ciel est complètement bleu au-dessus de ma tête, Pas un nuage ne vient assombrir ma vie : je possède ma maison, j’ai un poste permanent au ministère (depuis décembre 2010) et j’ai une blonde que j’aime de tout mon cœur.

Alors à vous toutes et tous qui vous lancez dans des quêtes amicales et amoureux : observez, écoutez, analysez et apprenez !
Pour finir sur une note humoristique, souvenez-vous du film des Bronzés font du ski :
« Oublies que tu n’as aucune chance ! Vas-y fonce ! On ne sait jamais… sur un malentendu, ça pourrais marcher ! ».

Bonne chance.

Post-scriptum : je ne veux pas paraitre un maître en la matière, j’ai encore tant à apprendre de cette nouvelle vie !

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Amitiés québécoises : mon expérience

Benito

Une nouvelle fois je suis indiscipliné dans l’envoie de mes chroniques. Comme excuse du jour, je vais encore sortir l’éternelle phrase : je suis débordé. Mais cette fois, ce n’est ni à cause du travail, ni à cause des rénovations dans la maison. Aujourd’hui, je suis débordé d’amour ! D’où l’apparition de préoccupations autres que d’écrire une nouvelle chronique et une difficulté supplémentaire à trouver de l’inspiration. Mais je vais me reprendre…

Après de longues tergiversions cérébrales, j’ai eu l’idée de vous narrer quelques histoires vécues au-travers de ma quête vers un réseau social au Québec. En effet, autant nous autres les immigrants nous quittons famille et amis de notre pays d’origine, autant nous avons besoin de combler se vide dans notre nouvelle terre d’accueil.
Aux nouveaux immigrants, des voies leurs diront d’emblée :
« - Créez-vous un réseau social pour trouver de la job ! »

Oui, mais….. si c’est la job qui vous permet de bâtir les fondations de votre réseau social! Si je prends mon cas, la majorité de mes amis découlent d’une job. Aussi, il est illusoire de croire qu’il est aisé de transformer des collègues de travail en amis. Cette tâche est plus fastidieuse qu’il n’y parait. De nombreuses tentatives et peu d’élu. Les amitiés sont d’autant plus inaccessibles lorsque que vous travaillez avec des personnes d’une autre classe d’âge et/ou déjà en couple. À date, les seuls emplois m’ayant permis de concevoir facilement des amitiés ont été mon travail dans un petit organisme communautaire environnemental regroupant une équipe de passionnés d’environnements (granos) et mon travail au sein d’une compagnie d’inventaire qui nous barouettait (trimbaler) de magasin en magasin, d’hôtel en hôtel. Comme dirait Coluche : « nous étions une bande de jeune on se fendait la gueule ». Forcément autant de promiscuité lie des amitiés.
Une fois arrivé au ministère de l’agriculture dans la ville d’Alma, un de mes premiers amis a été un autre collègue issu d’une autre région et célibataire aussi… D’autres ont suivis, mais ceci a été possible à force de ténacité et d’aller en avant. Personne ne viendra vous prendre par la main. Il y aura bien quelques invitations issues de la curiosité et de la politesse québécois au début, mais la flamme amicale s’éteindra rapidement si vous ne l’entretenez pas.

Certains souligneront l’idée d’étoffer son réseau social par l’adhésion à des organisations communautaires ou sportives. Pour ma part, je suis inscrit à un club de vélo de route et un club de course à pied à Alma. Ces implications ont pour résultat de connaître beaucoup de monde, de passer de bons moments. Mais en bout de ligne, ces relations amicales ne dépassent jamais les frontières des activités du club. Est-ce le simple fait que je sois mêlé davantage à des générations plus âgées ou que je ne vienne pas de la place !
L’âge est un bon point ! Une ville comme Alma est une ville plutôt vieillissante. L’âge médian est de 43,1 ans contre une moyenne de 41 ans au Québec.

Sur le tableau ci-dessous, la population y est représentée :
Ages Alma Province
15-24 13 % 13 %
25-34 11 % 13 %
35-44 14 % 15 %
45-54 19 % 17 %

Pour résumer ces chiffres, mais surtout vous donner mon avis, des jeunes de 20 ans et des adultes de plus 35 ans me paraissent nombreux. Par contre entre les deux il semble exister un vide. Ce dernier correspond peut-être au départ des jeunes de la région pour les études ou le travail. Certains reviennent avec une famille… vers l’âge de 35 ans. Je suis réellement dans une classe d’âge sous représenté. Si en plus j’y enlève les couples casaniers, il ne reste plus grand choix de rencontre, ne serait-ce qu’amicales.
En passant, la légende comme quoi au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y aurait sept filles pour un gars est digne de discours de fabulateurs après une soirée bien arrosée sur la terrasse d’un bar !

D’ailleurs dans le souci de rétablir un bilan migratoire positif, la région a mis en place deux organismes : Porte ouverte sur le Lac et MigrAction. Le premier accueille les immigrants en région, participe à leur intégration sociale et professionnelle par le biais d’aide pour la rédaction de curriculum vitae, la recherche de logement, la diffusion d’offre d’emploi et l’organisation d’activités sociales (soirée conviviales, visite d’attractions touristiques, randonnées…).

Le second est un organisme chapeauté par les Carrefours Jeunesses Emplois de la région (il en existe partout au Québec, mais je ne sais pas si ils ont des initiatives similaires). En plus de les aider entre autre à rechercher un emploi, ils offrent des compensations financières pour des activités (sportives) et des frais occasionnés par leur installation (déménagement, raccordement téléphone et électrique), diffuse les formations.

Ces deux organismes sont soutenus financièrement par une multitude de partenaires dont la région, la province, les Caisses Populaires Desjardins….

À ceux qui désirent s’établir au Saguenay-Lac-Saint-Jean, je vous conseille fortement de communiquer avec ces deux organismes. Je ne sais pas s’il en existe des organismes similaires au Québec. Profitez-en ils sont là pour ça !

Pour en revenir à la quête du réseau social. Je trouve que celle-ci est semée d’embûche, néanmoins, j’imagine qu’il est plus aisé de créer des affinités avec la population lorsque tu es parent d’élève. À moins que tes enfants ne se fassent aucuns amis !

Même avec mes voisins les rapprochements reste tout au plus cordiales. Nous nous envoyons la main (se saluer), échangeons quelques banalités accompagnées parfois une ou deux anecdotes récentes. Seul mes voisin d’en face sont plus chaleureux du fait qu’ils ont 80 ans, ils ont besoin d’un peu de compagnie.
Hormis eux et mes deux voisins respectifs, le reste de ma rue ne croise même pas mon regard. Chacun reste à ses affaires et chacun reste chez soi.

Une dernière option pour établir un réseau d’amis c’est de pratiquer la colocation. Ce moyen m’en a fait voir des vertes et des pas mûres. Je vous en ferais part dans une future chronique.

Après avoir lu toutes ces lignes, vous devez sûrement me qualifier de pessimiste ! Il faut dire aussi que je n’ai pas toujours eu une situation très stable. Les pires ennemis d’une vie sociale est l’instabilité géographique et professionnelle ! Or cela a été longtemps ma spécialité. Néanmoins c’est le meilleur moyen d’acquérir de l’expérience.
Aussi, je ne veux donc pas non plus vous faire peur à propos de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Après trois ans à Alma, j’ai quelques amis et de nombreuses connaissances. Je vis très biens avec cette situation. Il faut simplement être patient et adopter les attitudes qui conviennent ici… Dites-vous que même pour un québécois c’est difficile, s’il ne vient pas de la place (natif de la région).

Apprendre à être davantage diplomate, ménager son franc-parler, mettre de côté ses frustrations démonstratives… Les québécois ne veulent pas faire de vous des néo-québécois mais des néo-français qui emploient des codes de vie similaires pour éviter de leur tomber sur les nerfs.

Je n’ai pas de recette pour réussir, si ce n’est qu’il faut explorer toutes les avenues pour en arriver à développer un réseau d’amis.

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Un épisode nuageux de l’immigration : le dernier au revoir d’un proche.

Benito

Au début, j’avais prévu d’écrire une chronique sur la pêche à la truite au Nord du Lac Saint-Jean, un sujet léger, plutôt dépaysant. Hélas un évènement familial a bouleversé l’objet de ma chronique.
L’immigration apporte son lot de moments agréables, mais aussi son lot de désagréments. Le fameux revers de la médaille ! C’est la règle du jeu, il faut l’accepter, mais surtout la digérer. L’immigration apporte certains inconvénients logistiques, que l’on évacue lorsque que l’on quitte son pays, mais qui nous rattrapent lors d’un tel évènement.

Vendredi, j’ai appris le décès de mon grand-père. Il était malade depuis juin 2007, je l’avais d’ailleurs relaté dans une de mes chroniques. Depuis trois semaines, nouvelle dégradation de sa santé. Le diagnostique était : il ne s’en remettra pas, mais nous prenons les mesures nécessaires pour qu’il ne souffre le moins possible ! Je m’attendais donc à recevoir une mauvaise nouvelle.
Je ne peux pas dire que je suis effondré, car la douleur lancinante était déjà passée par là lorsque j’avais appris les premières évolutions irréversibles de son état de santé. Lorsqu’un proche perd l’usage de la communication avec son entourage c’est déjà un drame en soit, alors si en plus nous savons qu’il souffre… Au moins là où il est il ne souffre plus !
Cette nouvelle a surtout déclenché une vaste réflexion et un sacré bordel dans ma tête ! Un sentiment d’impuissance, la crainte de regretter un jour mon absence avec la famille qui vivent ensemble cet évènement, l’appréhension que mon deuil soit incomplet du fait de la distance… Je ne sais pas comment je vais vivre cela durant les prochain mois, je ne mesure pas les contrecoups. Par contre je sais que lors de mon prochain retour en France en juin 2011, ce ne sera plus pareil. Une chaise restera inoccupée.
Vous savez : ne plus être confronté régulièrement à tout un pan de son histoire vécue au sein de ceux qui vous a vu grandir en France, vous éloigne d’eux dans votre quotidien. À tel point que parfois j’ai l’impression que ceux-ci sortent de mon imaginaire. Une chance que le téléphone me raccroche à la réalité.
C’est triste à dire mais ma routine restera inchangée puisque je ne voyais déjà plus, mon grand-père. Comment réaliser la perte d’un être cher lorsqu’il est absent de mon quotidien ? Par contre à mon retour en France….
Pour le moment, je mesure surtout l’éloignement. J’aimerais tant être auprès des miens. Un de mes collègues de travail m’a lancé : va les rejoindre ! Je ne vais pas effectuer la traversée à deux jours de délais, pour rester 3 jours sur place pour un retour dans ces conditions. Ce serait un peu comme une amie qui a appris qu’elle était enceinte alors qu’elle et sa famille était endeuillé de son frère… C’est délicat de mélanger joie et tristesse. Je suis quasiment soulagé que je ne rentrerai pas à Noël en France. De plus, si je commence à assister à chaque enterrement d’un être cher, cela risque de finir par devenir excessif.

Afin de moindrement compenser mon absence, j’ai écrit un texte relatant mes souvenirs avec mon grand-père. Malgré nos personnalités respectives différentes, j’ai toujours été en admiration face à cet homme représentant la mémoire de l’histoire. Lui aussi à participé au façonnage de mon âme.
Le texte en question a été lu lors de la cérémonie. Ceci a été fort apprécié, surtout de mes parents qui ont l’air d’être plus peinés que les autres du fait de mon absence. Est-ce le fait qu’ils réalisent que ce ne sera pas la dernière fois que cela va se produire.
Comme je l’ai déjà écrit, immigrer c’est être un peu égoïste, aujourd’hui j’ai en plus l’impression d’être un déserteur !
La situation présente me rappelle qu’il faut profiter du temps qu’il nous est offert avec notre famille car ces moments là ne sont pas éternelles. Contrairement à une famille traditionnelle qui se voit mettons une fois aux quinze jours, nous nous voyons quinze jours par ans ! Mais nos rencontres sont d’autant plus intances où chaque instants sont savourés tel un élixir de jouvence ! Finalement, notre situation est simplement différente des autres familles.
Bref, tout cela pour dire qu’un deuil à distance brasse les pensées dans ma tête.

Jusqu’à maintenant, j’estime que j’ai été épargné par la mortalité autour de moi. Or cette fin d’année sera plutôt marquante. En effet, ajouté à mon grand-père, le 21 septembre, une de mes amies, 29 ans, s’est enlevé la vie. Dur coup sur le moral, encore maintenant j’ai de la misère à y croire.

Tout au long de notre vie, nous croisons des milliers de personnes. Quelques centaines feront un bout de chemin avec nous, parfois en pointillés. Peut-être une centaine seront particulièrement actrices de notre vie. Mais combien bouleverseront à jamais notre vie, dont leur impact sera indéniable pour quiconque qui lit l’histoire de notre vie ? Mise à part la famille proche, si je prends mon cas, aucune ne me vient à l’esprit, mais il est certain, qu’il en existe moins de 10 et je suis conservateur….

Julie en faisait partie !
Première Québécoise qui m’a fait découvrir les grands espaces Québécois en 2003.
Elle m’a fait connaître toute une gang de gens formidables.
Elle m’a permis de m’installer au Lac Saint-Jean, en me transmettant une offre d’emplois.
Elle m’a trouvé mon premier logement.
Elle et son chum m’ont encouragé dans les moments difficiles.
Il est donc certain que sans elle, je ne serais pas ici actuellement !

Et pour faire un lien avec l’immigration, on ne vous le dit jamais assez. Élargissez vos horizons. Soyez ouverts aux rencontres vous ne saurez jamais où cela vous mènera.

Ma chronique me parait aussi décousue que me pensées qui s’entrechoquent et ressortent toutes croches.

Maxime Dudit et Julie Lavoie, cette chronique vous est dédiée.

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Vélo tout terrain ou plutôt vélo toute température !

Benito

Mes yeux s’ouvrent. Le vrombissement de la souffleuse à neige du voisin trahisse la météo. Nul besoin d’ouvrir les rideaux, j’imagine déjà un épais manteau blanc enveloppant la rue de ma ville de la région du Saguenay-Lac-St-Jean. Mon imagination se concrétise à la vue des 15 cm de flocons neige déjà écroulés par terre et des futurs autres encore trop occupés à voltiger en l’air. Le vent souffle un air polaire, ainsi bien que le thermomètre se borne à indiquer – 20 degrés, les signes ne me trompe pas, aujourd’hui avec le facteur vent ce n’est pas -20 mais plutôt – 30 que je vais ressentir…

Avant de m’habiller, j’enfile mon déjeuner en me convaincant que mon chocolat chaud me servira de bouillote interne le temps de l’expédition polaire… Mais je sais très bien que je vais avoir frette !

Vous devez sûrement vous dire que ce français là est complètement malade de sortir à vélo sous cette température là…. les Québécois autour moi sont du même avis.
Bon fini de bavarder, je vais être en retard à la job. Les aiguilles de l’horloge indiquent déjà 7h45.

Étant donné que je n’ai que deux kilomètres à effectuer je ne mettrais pas ma combinaison de cosmonaute, mais simplement jeans, chandail en polar, mitaine et tuque. Ça y est je suis prêt. À peine la porte ouverte que déjà le vent glacial s’engouffre dans la maison.
Mon vélo est couvert de neige. Avec misère je détache le cadenas du vélo raidit par le froid. Eh oui avant de faire du vélo en hiver, je ne savais pas qu’un câble d’acier pouvait geler ! C’est cela aussi l’immigration : des découvertes anodines qui peuvent prendre tout leur sens dans certaines situations.

Bon c’est parti. J’enfourche mon vélo tout terrain. Pendant les premiers mètres, mon vélo zigzague dans la neige molle, mais rapidement je retrouve mon équilibre et m’organise pour rouler dans les traces de véhicules où la neige est tapée. Chaque freinage est anticipé plusieurs dizaines de mètres avant la nécessité de l’arrêt. Les plaques de glace sont à éviter.

À peine l’équilibre retrouvé qu’une côte rejoignant le viaduc enjambant la rivière. Petite Décharge suivi d’une deuxième côte bien plus longue m’attendent. Si elles seraient vivantes, sûrement qu’elles se raidiraient à mon arrivée histoire de se divertir.

D’ailleurs avant mon déménagement, tous les matins, l’attroupement d’enfant qui attendaient la bus scolaire gageait sur mes capacité à gravir la côte à vélo. À l’époque, mon vieux vélo équipé de pneus lissés par le temps ne me laissait guère le choix de poser pieds à terre après un patinage intempestifs sur l’asphalte recouvert d’une pellicule de neige compactée mêlée de glace.
Bref, après cette digression nostalgique, retour à la réalité, soit le franchissement du viaduc.
L’ascension débute. Mon poux s’accélère, l’air glacial s’engouffre précipitamment dans mes poumons encore en pleine torpeur matinale, Mes pneus accrochent encore à l’asphalte, mais demeurent sur le bord de déraper. Je dois éviter les blocs de neige compactée éparpillées sur le sol. En effet, pour ceux dont l’hiver québécois est encore une saison inconnue, sachez que la neige s’accumule entre les roues et les ailes des voitures, se compacte et à l’occasion tombe en bloc sur la route. Puis est écrasée ou tassées sur le bord.
Par chance la gratte (déneigeuse) à dégagé une première fois la route.
À l’approche sommitale, mon souffle dénonce l’effort impliqué, les battements de mon cœur résonnent dans tout mon corps, mes poumons me brûlent.
Mais cela met égal : j’ai vaincu la côte !
Juste pour alimenter votre imagination, sachez que l’été je l’a descend à vélo à 60 km/h tellement son pourcentage de pente et sa longueur sont élevés.

Il me reste 1,2 km. Maintenant, seul le vent mêlée à de la neige fouettant mon visage perturbe ma progression. Il est temps que j’arrive : mon jeans est gelé, mes oreilles et mes doigts réclament expressément de l’air chaud. Encore une fois, c’est au Québec que j’ai appris à quel point le froid peu brûler ! Lorsque le sang réhydrate les extrémités de nos membres "gelés", parfois l’intensité de la douleur est telle qu’elle nous invite juste à crier ou pleurer ! Et plusieurs heurs après les doigts demeurent encore sensibles . Alors l’hiver, couvrez vos doigts !

J’arrive dans le stationnement. Je débarque de ma monture. Je croise Justin qui lui sort de son auto sûrement équipée d’un démarreur à distance lui permettant de ce fait d’entrer dans une auto déjà chaude…
- Brrrrr il fait frette à matin ! s’exclame-t-il
- Ouais pas pire, je commençais à geler sur mon vélo répondis-je le visage empourpré.
- Seul un rire fort s’échappa de sa bouche.

En tout cas, une épopée matinale de ce type réveille tous mes sens. Il faudra bien une quinzaine de minutes pour que mon corps retrouve sa quiétude habituelle.

Et le soir rebelote, me revoilà sur mon engin à deux roues, cette fois ce ne sont plus les mollets qui travaillent, mais les doigts agissant sur le système de freinage. Et attention ça glisse….

Cette fois-ci je n’aurai pas subit la hargne des automobilistes envers les cyclistes. Vous trouvez peut-être ce qualificatif exagéré. Mais si vous seriez cycliste au Saguenay-Lac-Saint-Jean vous comprendriez. Ici le cycliste est une espèce nouvellement apparue, notamment depuis la création de la véloroute des Bleuet. Cette dernière fera l’objet d’une future chronique. En effet avant nous ne faisions pas partie du décor. Par conséquent. Il n’existait pas de pistes cyclables, les automobilistes n’étaient pas habitués à nous côtoyer. Alors que déjà le partage de la route avec les piétons la traverse était laborieux, l’arrivée des cyclistes comme un cheveu sur la soupe causa tout un émoi.

Résultats :
- je peux me faire klaxonner lorsque que je me mets dans la voie pour virer à gauche,
- on me coupe devant tout simplement parce que je suis sur la route,
- on me dépasse en me tassant le plus possible sur la droite,
- durant l’hiver, je me suis même fait klaxonné alors que je marchais au côté de mon vélo sur la chaîne de trottoir. Sûrement que la madame tenait à spécifier qu’elle me prenait pour un désaxé à tenter de faire du vélo l’hiver. Je me souviens encore de son regard incrédule qui s’interrogeait sur la véracité de ce qu’elle voyait.

Ici les villes sont organisées pour les voitures, il existe peu de pistes cyclables. L’hiver, le vélo est même interdit dans certaines municipalités.

Bon ! Vous ne croyez tout de même pas que ma chronique va se terminer sur une note morose ! Eh bien figurez-vous qu’après les tumultes de la semaine, une fin de semaine de ressourcement m’attend… Lorsque le soleil pointe le bout de son nez et nous inonde de ses plus beaux rayons, je saute sur ma bécane et direction la rivière…
Arrivée face à cette masse d’eau figée, je m’élance à toute allure pour rejoindre la Pointe aux Américains recouvertes d’épinettes (épicéas), d’érables à la noblesse foliaire perdue et de peupliers. À cet endroit, les pistes de raquettes tapées par la fréquence des marcheurs s’offrent à moi. Ici les voitures ne sont pas conviées. Les seuls dangers sont inertes : arbres, roches et neige accumulée n’attendent qu’une étourderie de ma part pour pouffer de rire. Au moindre dérapage dans la neige molle, ma roue avant se fige dans la profonde empreinte ainsi créée et me voilà qui bascule irrémédiablement par-dessus le volant (guidon). Mais ce risque a peu de poids face aux sensations incroyables de cheminer sur le duvet blanc, bercé par les murmures des flocons qui se compactent sous mes roues

Humm que de souvenirs … J’ai déjà hâte de recommencer ! Courage : le mois qui sert à rien s’achève dans 30 jours.

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Le serment de citoyenneté

Benito

Le jour J, tant attendu, est arrivé. Il est 13 h j’arrive à l’hôtel Holiday Inn. de Jonquière, loin d’une bâtisse fastueuse tel le Parlement de Québec. Dans le hall, nous sommes une trentaine d’immigrants de tous horizons. À ma grande surprise, les minorités visibles constituent la majeure partie de l’audience.
Par réflexe, mon cœur se ressert légèrement dans mon corps. Mon estomac se noue partiellement. L’alarme retentit doucement. Le stress se diffuse tranquillement.

Une grande femme mince aux cheveux grisonnant se déversant jusqu’aux épaules, nous invite à préparer nos précieux documents, puis à son signal prendre place dans la salle en arrière d’elle.
La grande porte s’ouvre. Au fond de cette vaste salle sans prétention aux aires des décennies révolues, trône une série de chaises installées sur trois rangées. Des questionnaires sont disposés une chaise sur deux. J’en déduis qu’il faut que je prenne la place d’un de ces documents. La salle s’emplit de la trentaine d’immigrants d’une vingtaine de nationalités différentes.

Une voix s’élève en avant. La madame de tantôt s’exclame :
« Bonjour ! Êtes-vous en forme ? Avez-vous bien révisé le livre ? Si c’est le cas, ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. En général, Monsieur le juge ne se déplace pour rien…. »
Est-ce un signe de mascarade ? Tout le monde est d’office reçu ? Je n’en saurais rien.
Le niveau d’alarme s’accentue, se traduisant par une hausse de mes pulsations cardiaques.
Encore une fois quelques irréductibles gaulois, euh immigrants ne prêtent pas attention aux consignes nous invitant de prendre place sur les chaises où des formulaires sont déposés. Sûrement que la lune est venue les chercher…

La distribution des questionnaires débute. Le stress retombe un peu. Puis au moment où résonne l’autorisation d’ouvrir le document, la lecture des premières questions le fit détaler définitivement. Je réponds aux questions méthodiquement avec sérénité en scrutant davantage mon inattention maladive. Dans ce genre de situation, je suis capable de cocher une réponse et d’acquiescer pour sa voisine d’en haut !

Une dizaine de minutes plus tard je remets le document dûment rempli à une agente d’immigration (elles sont deux accompagnant le juge) et me rassois à ma place. Elles corrigent au fur et à mesure. Quelques instants plus tard, je suis appelé à rejoindre une des agentes à son bureau disposé en face de l’assemblée.

Je suis souriant, mais je croise les doigts, on ne sait jamais. La difficulté est parfois dissimulée derrière la facilité. Sous mes yeux, elle ouvre un dossier qui est tout simplement mon dossier. Je revois ma demande de citoyenneté remplis par moi-même avec les différentes photocopies. En un instant je me remémore le moment où j’avais préparé tout cela. C’est une impression bizarre, comme si une partie de ma vie était imprégnée dans ce dossier, Aussi, cette situation donnait un côté beaucoup plus humain à la procédure. Même si chaque demande de citoyenneté n’est répertoriée que par une série de chiffre, n’oublions pas quelle passent entre les mains de personnes. Ce n’est pas juste du traitement informatique.

Après quelques questions d’usage portant sur le où, pourquoi et comment j’en étais arrivé là, elle retourne les feuilles du questionnaire bariolé de rouge et naturellement me remet la lettre stipulant que j’ai rendez-vous pour la cérémonie à 14h45 au même endroit. Je compris que j’avais réussi le test. À ma demande, elle me dit que j’avais échoué à la question D, dont j’ai rapidement évacué l’intitulé, puisque l’essentiel est de savoir que dans 45 min le canada connaitra un groupuscule de nouveaux citoyens, et j’en suis !
Lorsque l’examen vous concernera, vous verrez les questions ne sont pas très compliquées, parfois par simple déduction elles se résolvent d’elles-mêmes !

Elle me demande également de lui remettre ma carte de résident permanent. Dommage j’aurais voulu la conserver en souvenir. Tantôt, nous vous en donneront une autre en échange (le certificat de citoyenneté canadienne) me dit-elle en souriant. Je ne dois pas être le premier à rechigner à lui remettre sa carte de résident permanent.

Par la suite, l’agente d’immigration m’invite à quitter la salle. J’imagine que dans la région de Québec ou de Montréal : l’examen et la cérémonie sont prévus à différentes dates. Mais en région, au vu du petit nombre de candidats à l’immigration et à l’éloignement des institutions d’immigration, il est plus adéquat de regrouper les étapes.

En attendant, je me promène dans les quartiers résidentiels de Jonquière. Un jour je vous en parlerais. Après cette petite virée, je retourne dans le hall de l’hôtel. Tout le monde y est installé, détendu et bavarde bruyamment. Rires et sourires font figures communes. Certains semblent se connaître, d’autres sont arrivés en véritable délégation ! Seulement moi, arrive en ce lieu aussi solitaire que le jour de mon arrivée au Québec.

Soudain, la grande porte s’entrouvre. Une jeune dame sort le sourire aux lèvres et s’écrit : « ça y est ! » en tendant ses bras vers sa famille.
Puis plus rien, la porte resta close. Étant donné que l’heure annoncée est dépassée, je me demande si mon tour est arrivé. Finalement, je m’avance, j’ouvre la porte. À l’intérieur, personne, seul le calme plat règne. Là je compris, tantôt c’était la dernière personne de l’examen qui sortait et tous ceux à l’extérieur attendent comme moi le début de la cérémonie ! Mon visage s’empourpra, quelle honte, pourvu que personne m’ai vu ! Je retourne me dissimuler dans un coin.

Quelques minutes plus tard, la grande femme mince arrive et nous invite à prendre place, mais tout en restant de bout en attendant monsieur le juge. Le juge pénètre dans la salle, s’installe derrière le pupitre, face à lui, un public silencieux avide d’informations à propos de la suite des évènements. Il s’en suit un long discours sur les tenus et aboutissant de l’immigration, des droits et devoirs du citoyen canadien, mais surtout de la chance d’être accepté dans ce pays.

Moi, français d’origine, né dans un pays libre et qui plus était à l’abri d’un cocon familiale sain, j’ai davantage immigré par caprice que par nécessité. Ma vie en France était tout à fait enviable, rien ne m’a poussé à partir, si ce n’est le goût pour le changement d’aventure; contrairement à de nombreux immigrants qui au nom de la liberté d’expression, l’accès à un pays riche, au besoin de vivre plus décemment quittent leur pays natal pour un pays où chacun est libre d’être heureux !
La France et ici ne composent pas le paradis terrestre, mais c’est pas pire ! Pour moi la citoyenneté canadienne c’est un trip, la cerise sur le gâteau, un passeport en plus, alors que pour d’autres dans cette salle c’est un sésame qui marque le scellage de leur nouvelle vie.
L’émotion des mes futures concitoyens m’a mis un peu mal à l’aise. Je me suis senti l’imposteur de cette assemblée, par le fait même de ne pas mesurer la grandeur de l’événement à sa juste valeur.

De plus, cette modification de statut est purement administrative. Demain je me réveillerais et je retournerai à la job comme d’habitude. Je suis content de ce qui m’arrive, mais ce n’est pas une métamorphose de ma vie telle l’a été mon premier permis de travail au Québec.

Bref, le discours se termine. Nous prêtons allégeance à Sa Majesté la Reine Élizabeth Deux. Nous chantons, plutôt eux chantent. Ils nous remettent un certificat. Il est 15 h 45, je suis Canadien !

Et avant de partir, une petite photo souvenir avec le juge me remettant mon certificat pour envoyer à maman.

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Au bout du chemin : la citoyenneté canadienne

Benito

Le moment tant redouté est arrivé. Quelques minutes auparavant elle nous avait prévenu, mais je n’osais y croire. Sous nos yeux captivés par la mémorabilité du moment, son doigt exerce une pression sur le bouton. Un air musical légèrement connu résonne dans la grande salle. Oh non ! Je ne vais tout de même pas être obligé de pousser la chansonnette. Moi qui haïs déjà chanter en public, pis là en plus je ne connais même pas la moitié des paroles.
Autour de moi, de timides voix s’élèvent, guidées par le juge et les agentes d’immigration. Des "Ô Canada" emplissent l’atmosphère tant dis que ma bouche reste close. J’en suis incapable. Je regarde le plafond en me persuadant que personne ne me regarde. A peine finie la version francophone, la version anglophone prend le relais.
J’espère ne froisser personne par le fait de m’évertuer à rester muet sous les retentissements de l’hymne national, mais c’est comme ça. Je précise tout de même que ma teinte rougeâtre trahissait ma gêne lors de cet épisode musical.

Quoiqu’il en soit, nous sommes le 11 mai 2010 et je suis citoyen canadien ! Que de chemin parcouru depuis le 19 mai 2003, date à laquelle mes poumons se sont emplis de leur premier litre d’air québécois ! Je me souviens encore de cette arrivée à l’aéroport, de cette attente pour la bus qui me mène à l’auberge de jeunesse rue Mackay, de cet interminable trainage de valise. Durant deux jours je déambule dans les rues de Montréal, de découvertes en découvertes. Mon appareil photo est sollicité à chaque instant. Ensuite, je poursuis mon épopée à Québec. À cette époque, je possède simplement un visa de travailleur temporaire en poche.

Le 24 octobre 2003, je m’envole pour le vieux continent et je reviens en Amérique le 30 mai 2004 à nouveau comme travailleur temporaire, mais tout en ayant débuté ma demande de résidence permanente.
Le 11 novembre 2004, un souvenir mémorable reste gravé dans ma tête et est inscrit sur mon passeport, je deviens résident permanent. Une nouvelle étape de franchie.
Logiquement, l’étape suivante aurait dû être enclenchée en mai 2007, d’autant que le mois de mai est mon mois attitré aux changements. Mais le défilement tumultueux de la vie et ma légère paresse à l’idée de me replonger dans la paperasse repoussèrent l’enclenchement de cette étape jusqu’au 24 octobre 2008. Date à laquelle j’envoie ma demande de citoyenneté canadienne.
Encore une fois, les documents exigés sont précis, tout comme les caractéristiques de la photo. Et bien entendu une contribution financière doit accompagner la demande : 200 $ CAN ajoutés aux dépenses liées à l’immigration !

Comme à l’accoutumée, je photocopie chaque papier que j’envoie et je poste l’ensemble avec accusé de réception. C’est plus dispendieux, mais au moins je n’attendrai pas dans la crainte que mon courrier se soit perdu.
Les mois s’égrènent les uns après les autres. Je sais simplement que mon courrier a été réceptionné par monsieur untel, mais pour en savoir davantage cela reste lettre morte.

Près de 5 mois après, le 03 mars 2009, alors que le printemps virtuel cogne à nos portes, une lettre atterrie dans ma boite à malle. C’est le fameux accusé de réception stipulant que mon dossier est en cours. Traduction : à partir de maintenant je dois patienter 6 mois pour l’étude de mon dossier. Par la suite, 12 à 15 mois devraient s’écouler avant une convocation à l’examen pour la citoyenneté. L’accusé de réception est accompagné du document : "Découvrir le Canada", destiné à me préparer au dit examen. Je ne vous cache pas que cet ouvrage à plutôt pris la poussière que de m’abreuver de connaissances. D’autant que je n’avais aucune idée de la date de l’examen. La petite phrase : "on verra ça plus tard le concernait régulièrement !"

Le 16 avril 2010, une nouvelle enveloppe brune à l’effigie de Citoyenneté et Immigration Canada m’offre un large sourire. La date de l’examen est fixée au 11 mai 2010 à Jonquière, soit dans ma région au lieu de m’expatrier à Québec pour l’occasion. À cet instant, mon regard se dirige vers le dernier endroit, où j’aurais pu abandonner le fameux guide "Découvrir le Canada". Où ai-je foutu cette affaire là ! Après quelques dépilages et empilages de divers papiers, je mets la main dessus ! Selon les consignes, je dois étudier les quelques 52 pages énumérant les différents travers du pays aux érables. Mais par quoi commencer ? Que veulent-ils que j’apprenne ? C’est un joyeux fouillis dans ma tête. L’histoire du Canada, le système d’élections et de justice, les symboles canadiens, l’économie, les provinces se répartissent les pages suivant leur importance. Au lieu d’apprendre l’ensemble de ces informations, j’opte pour un entrainement sur site internet dédié à la citoyenneté canadienne où les différentes questions possibles sont énumérées sous forme de questions et réponses à choix multiples.

Les semaines passent et mes exercices sporadiques m’infligent un léger stress.

Le temps passe, les lignes d’écriture s’amassent. Je vais donc en rester là. Je vous compterai la suite dans ma prochaine chronique.

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Acquisition d’un pied-à-terre, un marathon qui se concrétise !

Benito

Nous sommes le 16 mai 2009. Nous ressortons du 101 rue du Carcajou. Mon regard « septico-craintif » croise celui de mon agent immobilier. En retour, il me renvoie une bouffée d’enthousiasme, il est emballé par cette maison. D’après lui, je ne peux espérer mieux avec le budget dont je dispose. C’est ce que l’on appelle une « luck » : une maison dont le prix est plus bas que ça valeur. Et M. Tremblay a raison, mais je refuse de prendre une décision tout de suite, d’autant que je tique sur la superficie du terrain en arrière qui laisse peu de place pour l’intimité.
Je sais plus quoi penser. Il me dit que l’on peut encore en visiter d’autres. Je réfléchi, je tergiverse, je tourne en rond,… quoi décider. Je lui propose de me laisser les papiers pré-remplis pour une offre d’achat, comme ça je n’aurais qu’à les lui faxer signés en cas de prise de décision.

Le surlendemain, le 18 mai 2009, je rappelle mon agent immobilier. Sans vraiment être convaincu de ma décision, je suis enclin à soumettre une promesse d’achat.
Il me demande de le rejoindre chez lui à Saint-Ambroise, située à une demi-heure d’Alma. C’est une petite ville emmaillotée au milieu des champs de pomme de terre de réputation provinciale.
Il est 15 h, je signe une promesse d’achat à 105 000 $, conditionnelle à une dernière visite et une inspection de la maison par un spécialiste. Ça y est je me lance éperdument dans une de mes plus grandes décisions de ma vie. Les vendeurs doivent répondre à l’offre avant le 20 mai 18h. Je rentre chez nous en espérant que je ne me suis pas fourvoyé.

Le 19 mai, 07h49 AM, les vendeurs se sont manifestés positivement via leur agent d’immeuble par l’envoie d’un fax à mon agent. La contre-proposition des vendeurs s’élève à 117 000 $.
Je revisite la maison. Je ressors dehors la tête truffée de questions pour m’entretenir avec mon agent. Ma seconde visite officielle est donc effectuée.

Le 20 mai vers 12h, je retourne aux abords de la maison avec ma collègue Véronique afin de récolter son avis pragmatique. Par chance la propriétaire est présente et nous invite à revisiter son logis. Je discute avec la propriétaire. Suivant l’avis de Véronique, j’en ressors un peu plus enjoué à l’idée d’acquérir ce bien.

Le soir, je rejoins M. Tremblay à Saint-Ambroise. Pour saupoudrer un peu de piment et précipitation dans l’affaire, leur agent nous annonce qu’ils ont une autre visite plus tard en soirée. Intox ou pas, il nous faut réagir, car si un second acheteur propose un montant supérieur à ma proposition, les acheteurs peuvent accepter.
Alors soit, je propose un nouveau montant (115 000 $) et déclare que ma second visite est satisfaisante, afin d’ôter cette condition à la promesse d’achat ici présente ; soit j’accepte leur proposition.
Le stress de la situation est contrebalancé par le repas qui m’est servi par sa conjointe.

Je discute et dans le même temps je réfléchis. À 21 h, j’accepte la contre-offre, à 117 000 $ avec une prise de possession le 1er août ou avant. La négociation par agents immobiliers interposés est terminées, je suis quasiment propriétaire.
Malgré la fatigue, cette nuit-là le "marchand de sable" et le "bonhomme sept heure" durent faire équipe et user de toute une gamme de stratagèmes pour réussir à m’endormir.

Un peu plus d’une semaine plus tard, car la premier rendez-vous n’a pu être honoré, mon inspecteur en bâtiment est devant ma futur résidence. L’inspection se déroule à merveille.

Je viens de vous compter l’épisode du choix de la maison, mais outre les visites, j’effectue un petit tour de piste des institutions financières. N’oublions pas que le nerf de la guerre est l’acceptation d’un prêt hypothécaire. Je débute ma tournée par la Caisse Populaire Desjardins du quartier d’Alma. Ils ne me connaissent pas, mais je possède plusieurs comptes dans leur succursale de Beauport (arrondissement à Québec) depuis 2003. J’ai bon espoir d’un accueil optimiste.
Malheureusement, après une rencontre de 15 minutes, j’en ressors tout à fait désappointé ! La conseillère quinquagénaire m’a gentiment découragé : je suis pauvre, le taux d’endettement est trop imposant pour moi. À cet instant, mon rêve de sédentarisation concrète s’envole.
Je me console me disant que j’aurai eu un aperçu de la complexité des étapes.
Mon apport monétaire personnel doit être d’au moins de 5 % du montant de l’achat.
Si mon apport financier est inférieur à 20 % de l’investissement immobilier, je dois contribuer à la Société Canadienne d’Hypothèques et de Logements (SCHL) d’un montant de plusieurs milliers de dollars proportionnel au montant de l’hypothèque.
Afin de compléter mon apport personnel il m’est possible d’utiliser mes fonds boursiers investis dans mes Régimes Enregistrées d’Épargne-Retraite (REER). D’autant que lors de l’achat d’une première maison, le Régime d’Accès à la Propriété (RAP) permet de retirer une partie de ses REER sans devoir payer d’impôt.

Le lendemain, après les encouragements de mes collègues de travail, leur nom en référence et quelques numéros de téléphones en poche, je me décide tout de même à poursuivre mes recherches. Je commence par la Banque Nationale. Surprise : je suis riche et donc tout à fait capable d’assumer l’achat d’une maison. Il s’en suit plusieurs autres institutions financières, dont une autre Caisse Desjardins, qui se montre plus généreuse que la précédente. Résultat : je compare les différents taux d’intérêt et type d’hypothèques. Les taux oscillent entre 3,65 % et 4,50 % fixes sur cinq ans, c’est-à-dire que quelque soit le marché durant les 5 prochaines années je ne paierais pas plus d’intérêt. Je pouvais aussi choisir un taux fixe sur un an ou variable avec un plafond ou pas. C’est bien simple, je dois choisir le niveau de risque que je suis prêt à tolérer. J’opte pour le moins risqué : fixe sur cinq ans. Ensuite j’ai le choix d’un prêt sur 25 ans, 30 ans ou encore 35 ans avec des paiements hebdomadaires ou aux deux semaines ou mensuels. Afin d’alléger les paiements, je choisi un prêt sur 35 ans remboursé par des paiements mensuels. Je peux à tout moment modifier la périodicité des paiements et au bout de cinq mon prêt sera renégocier.
Naturellement, chaque institution vente également différents services et produits : frais de gestion pour les comptes, assurances en cas de décès ou maladie ou perte d’emploi. Bref, je suis noyé dans les options qui s’offrent à moi.
En parlant d’assurance, je dois réfléchir à une assurance vie permanente ou temporaire et auprès de quelle compagnie ? En plus de ma propre personne, ma future cabane euh maison au Canada doit être couverte par une assurance habitation. Là encore un joli casse-tête s’offre moi.
Parallèlement, je dois choisir un notaire, Il en existe des dizaines…. Et encore une fois, le délai pour se décider est court.
Tu dois donner ta confiance envers quelqu’un qui va légiférer ton investissement de plus de 100 000 $ et vouloir t’offrir ses services pour l’écriture de ton testament.
Encore un magasinage à enclencher. Je me décide à appeler la quasi-totalité des notaires du secteur, et il y en a une maudite gang ! À croire que c’est une job plutôt payante.
En général, les prix se tiennent pas mal, mais il n’empêche que vous pouvez avoir de mauvaises surprises monétaires. Pour ma part, la présence d’une fenêtre localisée sur le mur de mon garage donnant sur le jardin du voisin à une distance de moins d’un mètre au lieu des 1,5 m réglementaires, oblige sa condamnation ou à souscrire une police d’assurance en cas de réclamation par la municipalité ou le voisin.
C’est à moi de décider. L’assurance ou les travaux sont à la charge du propriétaire actuelle, mais le temps (soit 1 heure) dispensé par mon notaire à cet effet est à ma charge. La facture d’un millier de dollars est alourdie de 180 $, rien que ça…

Eh oui lors de l’achat d’une maison, les ponctions monétaires arrivent de tous les côtés. Et ce n’est pas fini : taxe scolaire, taxe foncière et la fameuse taxe de Bienvenue. Cette dénomination n’est pas une formule ironique pour féliciter chaque Québécois qui acquiert un bien immobilier, mais provient du nom de son inventeur. Un ministre qui a mis en place cette taxe pour que les municipalités engrangent de nouvelles rentrées d’argent. Elle est proportionnelle à la valeur de l’achat immobilier, pour moi près d’un millier de dollars.

En plus, d’orchestrer le tout, je dois sous-louer mon appartement ou bien trouver un remplaçant, car le bail est déjà reconduit pour un an et le propriétaire n’est pas vraiment prêt à me laisser partir comme ça… Finalement je réussi à trouver quelqu’un pour le 1er juillet, mais là je dois chercher un logement en attendant que les propriétaires de ma future demeure dénichent une maison et à leur tour déménagent. Ils ont jusqu’au 1er août. Je loue donc une chambre pour étudiant et je m’arrange avec qu’eux pour apporter la majorité de mes affaires dans leur garage. Une chance qu’ils ont été assez smats (sympathiques) pour accepter une partie de mon stock alors qu’ils occupent encore la maison. Sans cela, il m’aurait été obligatoire de louer un local.
Et comme pour perturber un peu plus la situation, au bout de deux semaines dans ce logement en demi sous-sol, une énorme fuite d’eau provenant du chauffe-eau à contraint le propriétaire à me relocaliser en attendant les réparations. Résultant : je me retrouve à l’hôtel aux frais de ses assurances. Je suis logé, déjeunés inclus et repas au restaurant payés à 50 % durant deux semaines !

Le 27 juillet, enfin, je mets les pieds dans ma maison. Je suis propriétaire.
Bon ben ça c’est fait !

Comme vous l’avez compris, acheter une maison découle d’une décision et l’habiter officiellement demande de faire une myriade de choix.
Acheter une maison, s’est faire le plus gros achat de sa vie. Quoi qu’il arrive, ce choix aura des répercutions durant le reste de ta vie.
Il y a six ans, je vivais en France chez mes parents, logé, nourri et blanchis. Juste pour illustrer ma « dépendance » matriarcale, c’est ma mère qui s’occupait de mes assurances voiture…
Et là à 28 ans, je décide seul de devenir propriétaire au Québec, à Alma avec une job au gouvernement mais à contrat,… quel contraste. Je fais le grand saut en fermant les yeux… Je peux vous dire que dans mes rêves, je réclamais mes parents pour venir me soutenir !

Cela a été la période la plus stressante de ma vie. Le stress emplissait ma tête et en débordait même. La seule façon de réussir à abaisser le niveau, c’était de penser à une chose à la fois, mais c’est tout un apprentissage.

J’ai su profiter du seul moment que je pouvais aspirer à posséder une maison grâce :
- à un taux hypothécaire bas,
- à peu de resserrement de critères d’admissibilité,
- à une valeur des maisons qui stagne.

Acheter une maison c’est donner aveuglément confiance à une trâlée de personnes qui sont autour de toi pour tirer eux aussi leur épingle du jeu. Il faut être capable de garder la tête froide et s’entourer de personne pour te motiver lors des découragements.

Onze mois ce sont écoulés depuis et je peux vous que mes occupations ont radicalement changées. Aujourd’hui, je visite plus souvent la quincaillerie du quartier que les bars… Mes discussions tournent souvent autour de mes travaux et chaque dollar que j’économise est investi dans ma demeure !

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De locataire à propriétaire : l’heure du choix

Benito

Mai 2009, à l’aube de la trentaine, mes 28 ans cognent aux portes de mon âme. Ce groupuscule d’années me regardent droit dans les yeux et me sermonnent ainsi : "tu n’as pas blonde, pas d’enfants, pas de maison, va falloir que tu te décides à faire de quoi !?
Après mûr réflexion, j’opte pour le plus tangible : j’achète une maison !

Il est très facile d’allumer une ampoule dans un recoin de sa tête, mais encore faut-il ne pas la laisser s’éteindre et à un moment donné franchir l’étape du rêve pour cheminer vers celle de la matérialisation de l’idée. Ce pas là n’est pas toujours facile à réaliser. Pour ma part, ce bond dans la réalité naquit d’une jasette au sujet de l’achat d’une maison avec des collègues de travail.
Quelques jours plus tard, une annonce immobilière atterrie sur mon bureau. Un appel téléphonique, une sélection de deux collègues pour la visite (dont une fille afin de favoriser l’esprit critique, euh non l’analyse objective) et nous voilà devant une petite maison à étage en brique jaune juchées sur les hauteurs d’Alma, encastrée entre un petit bloc-appartement 4 logements et une autre maison. Tout de plancher de bois franc vêtu. Elle était bien séduisante, mais le petit jardin orienté plein nord et l’esprit critique de Véronique, ajouté au prix légèrement élevé mis fin à ce choix immobilier. Ce n’était que le début d’une série de visites.
C’est ainsi que je me lance donc éperdument dans la recherche d’une résidence à Alma. Chose à préciser : mes connaissances en la matière, étaient proche du néant… je savais au moins qu’il existe la taxe de Bienvenue, j’en parlerais plus tard.
Vous le verrez, l’acquisition d’un bien immobilier se concrétise après une succession d’étapes, dont certaines peuvent être menées de front.

Deux jours plus tard, la seconde maison fut rapidement écartée du lot : proche de la route, une piscine à l’étanchéité douteuse, un jardin ayant un peu trop de voisins comme spectateurs, du tapis (moquette) au goût des années 70 du pas de la porte jusqu’à l’étage et un sous-sol dont l’humidité n’est plus à démontrer.
Ces deux visites infructueuses m’ont permis d’exercer mon œil. Acheter une maison ne se décide pas comme magasiner une paire de jeans. Les critères de sélection sont davantage étoffés.
Par conséquent, il est bon de définir au préalable ses attentes par ordre de préférence. Pour ma part, la liste était la suivante :
- possibilité d’y aménager une cave à vin,
- être éloigné d’une route trop passante,
- être proche du centre-ville et de ma job, afin de continuer à me rendre au bureau à vélo et sortir en ville sans être obliger d’utiliser mon auto,
- posséder un terrain ensoleillé abritant un futur potager,
- des planchers de bois,
- une maison à étages.

Au vu de la situation, comme de nombreux futurs propriétaires, je fais appel à un expert, dont la renommée me parvient jusqu’aux oreilles. Il s’agit du paternel d’un de mes collègues de travail : genre de petit monsieur, la cinquantaine dépassée, le corps maigrichon épousant une échine courbée, cigarette au bec, qui tout au long de sa vie en a vue des vertes et des pas mûres, dont la générosité déborde de tous les côtés. Sa profession : agent immobilier.
Au début, je ne savais pas trop dans quoi je m’engageai. Faisais-je preuve d’imprudence ? Est-ce que cette fois ma témérité m’entrainait dans l’erreur ? Peut-être que je veux aller trop vite, alors que je n’ai pas les reins assez solides.

Après une courte conversation téléphonique avec mon agent immobilier (Monsieur Tremblay) nous nous sommes rencontrés dans un resto-bar doué d’une allure aux antipodes du qualificatif de cossu pour discuter des différentes opportunités immobilières. Devant moi, il sort d’une grande enveloppe jaune une quinzaine de fiches descriptives, les déposent sur la petite table ronde. Au premier abord, c’est un peu comme miser à la loterie, il me demande de les consulter une à une et de sélectionner celles qui m’inspiraient le plus. Or, les descriptions me semblent plutôt vagues, ce sont surtout les photos et les prix annoncés qui m’interpellent. Tout en m’empoignant la main, M. Tremblay m’invite à se rencontrer d’ici quelques jours.
Le soir venu, les fiches descriptives défilent sous mes yeux attentifs de manière de plus en plus familière. Je finis par me concentrer sur la taille du terrain, le type de plancher, le nombre de pièces. Seuls l’évaluation municipale du prix des maisons, le montant des taxes (municipale et scolaire), les coûts énergétiques m’apparaissent encore dénués de sens. Toutefois, je sélectionne 7 offres d’achat.
Une semaine après, les visites s’enlignent les unes derrières les autres, souvent peu ragoutante au vu de mes capacités budgétaires…. Eh oui étant donné ma situation : célibataire, au début de l’échelle salariale, à contrat, je devais me résigner à acquérir un bien immobilier inférieur à 125 000 $. Pour vous situer, à Alma :
- à moins de 80 000 $, vous avez une bicoque qui vous réserve des travaux de rénovation durant vos cinq prochaines années et des patates à tous les repas si vous ne possèdez pas beaucoup d’oseille,
- entre 80 000 $ et 140 000 $, ma fourchette de prospection, vous pouvez avoir de tout, des maisons dont le prix est sous-évalué ou surévalué par le propriétaire, en ce qui concerne la qualité, vous en avez pour tout les goûts, dans cette tranche là, il faudra faire des choix entre les pour et les contre, car vous ne pourrez pas avoir le beurre et l’argent du beurre et le sourire de crémière !
- entre 140 000 $ et 200 000 $, là vous commencez à être plus en affaire, le terrain pourrait être plus grand, la maison moins vieille….
- plus de 200 000 $, suivant la taille de la maison, vous avez du prêt-à-porter…

Bien entendu, ces chiffres là sont le fruit de mon humble avis, je ne suis pas agent immobilier. De plus, la situation économique a évolué depuis 2009, sans oublier que le prix des maisons est très différent d’un quartier à un autre, d’une ville à l’autre et d’une région à une autre. Mettons dans ma région, suivant la grosseur de la ville et de son éloignement vis-à-vis des centres névralgiques le prix peut varier de 50 000 $ entre la moins et la plus cotée. Et si vous comparez à la ville de Québec, c’est encore un autre monde…. dans lequel je n’aurais osé rêver à l’acquisition d’une maison.
Après cette petite digression, retour dans mon aventure immobilière, vous vous souvenez les visites défilent les unes après les autres.

Soudain, l’auto s’immobilise, le long d’une rue d’un quartier tranquille. Je débarque sur le trottoir usé par les années, de la rue Carcajou. Devant mes yeux, déjà amoureux, se dresse une vénérable maison parée de briques jaunes vieilles de 51 ans. Mais non, j’exagère, je n’étais pas encore amoureux, mais je n’étais pas indifférent. Reprenons.
Un seul bémol. À côté, un imposant garage jumelé à une cours asphaltée assiste à la scène. Ces derniers ont amputés l’espace alloué au gazon plutôt rebelle, dont seule une majestueuse épinette bleue du Colorado domine avec dédain. Son fidèle voisin, le cèdre (thuya) écarté des autres est quand à lui accoudé sur un coin de la maison.

Après une brève tournée extérieure, puisqu’il n’existe pas vraiment d’arrière à la maison car celle-ci occupe un coin de rue dans cette impasse surplombant la rivière.
La porte s’ouvre, nous pénétrons à l’intérieur, nos pieds foulent un plancher de bois franc jaunâtre (sûrement de l’érable) j’imagine encore l’écho des pas….
Une immense fenêtre offre l’occasion aux rayons du soleil d’illuminer la pièce et de réchauffer l’ambiance des journées hivernales.
Mes yeux se baladent le long de chaque recoin, cherchant les anomalies possibles, tandis que mon cerveau sait déjà qu’il est à veille de prendre une des plus grandes décisions de vie.

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Activités hivernales et retrouvailles fraternelles au Lac Saint-Jean

Benito

Tête en l’air que je suis, lors de ma dernière chronique j’ai omis de vous compter les vacances de mon frère débarquant des tropiques.

Ce dernier a découvert l’hiver québécois le 15 février 2010 par une température glaciale de -4°C ! Contrairement aux croyances populaires françaises, nous ne vivons pas dans un congélateur durant 4 mois de l’année. Les températures frettes de l’hiver sont accompagnées de périodes de dégel escortées tantôt par le soleil, tantôt par la pluie. La venue de cette dernière au cœur de l’hiver n’est pas très bien accueillie au vu des dommages causés. En effet, le beau manteau blanc est meurtri par la pluie au moins une fois par hiver et certaine année régulièrement. Je ne vous cache pas qu’une journée de précipitation liquide peut gâcher deux trois semaines de sport d’hiver, si une couche neigeuse conséquente ne se dépose pas à nouveau sur le territoire gelé.
Mon frère est arrivé au moment où nous avons vécu un des hivers les plus doux depuis plusieurs décennies quasiment plus doux que l’hiver français de cette année ! C’est vous dire… deux semaines de -20°C entourée de mois doux où la température frisait les 0°C et les dépassant allègrement par moment.

Les deux semaines qui suivirent furent féériques. Sous un temps doux, nous avons pu pratiquer les activités hivernales par excellence : ski alpin, raquette, motoneige, traîneau à chien, le tout entrecoupé de collations à la française, mais en version québécoise, c’est-à-dire de savoureux agencement de charcuteries et fromages artisanaux locaux agrémentés de vins naturellement (par contre celui-ci était plutôt français).

En effet, le Saguenay-Lac-Saint-Jean se distingue par une diversité de fromages tout à fait excellent qui selon moi rivalisent aisément avec les fromages français ! D’ailleurs, si vous divaguez dans le coin je vous suggère d’emprunter la route des fromages qui sillonne la région reliant une dizaine de fromageries.

Jusqu’à maintenant, j’ai pas mal privilégié le Lac-Saint-Jean, mais cette fois je vous offre un bref aperçu d’un coin du Saguenay dénommé les Monts Valin. Comme le nom l’indique, ce massif montagneux situé à 35 km de Chicoutimi, d’une superficie de 6 900 km², dont le point culminant, le Mont Dubuc s’élevant à 980 m, constitue un véritable joyau pour la région. Ils abritent la seule station de ski n’ayant pas recours à la neige artificielle et un parc National. Ce territoire est si vaste que plusieurs activités peuvent se côtoyer sans heurt.
Ne riez pas, je sais qu’à côté des Pyrénées et des Alpes c’est de la gnognotte, mais comme on dit, on fait avec ce que l’on a…

Notre première journée fut consacrée aux traîneaux à chiens. Quel plaisir de se sentir glisser sur les lacs gelés, dont seul le bruit du compactage de la neige perturbe le silence resté figé après le passage de la légère brise entre les branches d’épinettes. À conseiller pour les amoureux des chiens et des sports sans moteur ! Un conseil : partez pour la journée et choisissez des compagnies qui offrent des excursions avec deux ou trois attelages, c’est moins l’usine… Vu que vous êtes moins de personnes, le risque de bad luck (malchance) est moins important et vous êtes moins souvent arrêté en cours de route. Il ne faut pas oubliez que vous avez affaire à un attelage de chiens, comme nous, ils ont des sauts d’humeurs. Ils ne sont pas toujours coopératifs, alors plus vous en avez de réunis, plus la probabilité d’anicroches est élevée.

Pour les plus téméraires, vous pouvez opter pour une expédition de plusieurs jours dans le nord. Dépaysement assuré, couchage dans un chalet ou une tente prospecteur. À propos de cette dernière, ne vous alarmez pas, ce n’est pas une petite canadienne qui ne songe qu’à s’envoler au vent, mais un abri formé d’une toile de coton harnaché à une structure de bois ou de métal suivant l’humeur du constructeur, le tout reposant sur un plancher de bois. Pour agrémenté le tout, un poêle à bois fait office de chauffage. L’équipement d’hiver peut vous être prêté.
Notre deuxième journée, nous nous décidons à nous élever en hauteur. Nous optons pour une sortie en raquette au sein de la vallée des fantômes. Après 45 minutes de montée vers la vallée, à l’intérieur d’un minibus sur chenille, nous nous attendions à apercevoir des entités venues de l’au-delà. Eh bien non… les créatures qui se présentent face à nous, sont des épinettes de quelques mètres de hauteur, recouvertes non pas d’un drap blanc, mais plutôt d’un manteau neigeux si épais qu’il les noie totalement. Ceci est récurent d’année en année, grâce à une accumulation neigeuse de 5.50 m en moyenne par année. Notre balade fantomatique consista à sillonner entre les arbres durant plusieurs heures avec tantôt une vue sur un lac gelé, tantôt sur les sommets enneigés.

D’ailleurs, c’est précisément en haut d’un sommet que mon frère a ressenti l’effet du vent à sa juste valeur. Le vent fouettait notre visage et glaçait tous les os de notre corps en quelques instants, d’où l’importance de prévoir les changements de température en hiver. Une simple brise peut modifier grandement notre confort, lorsque nous batifolons dans la neige.

Au sujet de la raquette, un dernier conseil : privilégiez les lendemains d’importantes chutes de neige, les sentiers sont alors recouverts d’une belle couche de poudreuse, insufflant ainsi toute qu’une autre atmosphère hivernale. Bien entendu, il existe un revers à la médaille : la progression est peu plus laborieuse lorsqu’à chaque pas les raquettes s’enfoncent d’une dizaine de centimètre (ou davantage) dans le manteau blanc.

Notre troisième journée, nous troquons les raquettes contre les motoneiges. Cette fois le bruit prime sur l’ouïe et la vitesse nous donne accès à un territoire démesuré, des centaines de kilomètres de pistes s’ouvrent nous au sein des Mont Valins. Ce n’est pas un mode de transport très écologique, mais cela en vaut la peine au moins une fois dans sa vie.
La sensation de flotter sur la neige en vaut le détour, même si tu as l’impression que la motoneige ne demande qu’à glisser sur le côté ou décoller dans les airs sous l’impulsion de chaque bosse franchie.
Là encore, je préconise de partir à la journée, et en semaine de préférence. Vous éviterez ainsi la cohue de la fin de semaine. La motoneige est très populaire, les adeptes sont nombreux, certains secteurs sont de véritables autoroutes d’où la nécessité d’un entretien régulier des pistes à l’aide d’une dameuse. Les pistes sillonnent l’ensemble du territoire du Québec. Avec leur 35 000 km elles détrônent largement la suprématie des routes asphaltées. Ne vous étonnez donc pas, si au hasard de vos pérégrinations vous croisez des sentiers de motoneige. Le réseau de sentier est très bien signalé et de nombreux points de restaurations y sont présents.

Encore quelques lignes et je vous libère… Je m’arrêterai là dans la description de ces vacances. Durant celle-ci j’ai passé des moments inoubliables avec mon frère, sans aucune chicane ! Et Dieu sait à quel point nous avons pu nous agacer dans notre jeunesse. Il aura fallu que je quitte la France, pour me rendre compte à quel point je pouvais apprécier sa présence. Jamais nous avions eu l’occasion de passer autant de temps ensemble. C’était vraiment intense, du pur bonheur !
Après son départ, j’ai compris ce que pouvait éprouver mes parents lorsque je retourne au Québec après avoir partagé leur vie durant quelques semaines chez eux.
Ainsi, il m’aura fallu plusieurs jours pour chasser la nostalgie récente de son passage au Saguenay-Lac-St-Jean…. Ce ne fut pas très facile…

C’est peut-être un peu cela le mal du pays!

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La famille, les amis : des bagages laissés de l’autre côté

Benito

Toc, toc, toc,… euh non je me trompe, l’histoire a plutôt commencé comme ceci : dring, dring. Le téléphone sonne :
- Salut Benoît c’est François, qu’est-ce que tu fais le 15 février ?
- Je ne sais pas pourquoi ?
- Je viens en vacances chez toi !

Voici comment a débuté mon début février 2010. Vous aimeriez sûrement connaître l’identité de ce nouvel invité dans mes chroniques ? Je vous présente François, mon petit frère (sauf pour la taille), nous sommes trois frères, dont deux expatriés moi en Nouvelle-France et François en Guyane française… Chez nous, les petits oiseaux quittent hâtivement non seulement le nid familial, mais en plus le continent. Inutile de vous dire que le troisième gars de la famille est suivi de près par les parents… Interdiction de quitter la France métropolitaine !
Cette entrée en matière est simplement pour rappeler que l’immigration s’accompagne aussi d’un éclatement du noyau familial. Et tel en tremblement de terre, il faut s’attendre à des répliques qui peuvent perdurer dans le temps. Est-ce une raison pour laquelle, beaucoup d’immigrants repartent après 5 ans dans leur pays d’origine ?
La réussite d’une immigration consiste à retrouver un bon équilibre dans sa nouvelle vie. Avec les années nous solidifions les fondations de la balance, mais un évènement inattendu peu faire pencher la balance de l’autre bord, tel au sein de la famille restée de l’autre bord de la flaque. Et vlan retour précipité dans la famille, on prend goût aux retrouvailles sous un fond tragique, on annule le divorce avec la France et on se remarie.

La plupart du temps lorsque je rencontre un Québécois pour la première fois, trois questions me sont posées :
- Depuis combien de temps es-tu ici ?
- T’aimes-tu vivre ici ?
- Ta famille ne te manque pas ?

D’un point de vue syntaxique, cette dernière question se qualifie de fermée, c’est-à-dire qu’un oui ou non est censé sortir de ma bouche. Mais, en réalité, elle est ouverte car ma réponse peut être positive ou négative au gré de mon ressenti lors de cette interrogation. Tellement de facteurs peuvent perturber ma réponse : la période de l’année, mon humeur ou encore la date depuis laquelle je n’ai pas vu ma famille. Je peux autant passer des semaines à l’abri de la nostalgie, comme la subir continuellement au cours de ce même laps de temps.

Durant mes deux premières années au pays du sirop d’érable, c’est le party, tout est nouveau, tout est beau, la vie rêvée. Je m’y vois pour la vie. Toutes les fin de semaines je vadrouille à travers la province. Mon principal souci consiste à choisir la destination de mes pérégrinations. Au début de la troisième année, je suis descendu de mon nuage pour aller voir en bas ce qu’il se passe. Surprise, le rose de la vie est un peu plus terne, mais aucunement noir, simplement la routine et les petits maux de la vie quotidienne ont paraphrasé mon existence, la ramenant à la normalité québécoise. Aussi, j’ai tellement progressé dans cette nouvelle dimension de mon immigration que jamais plus, je n’ai retrouvé le chemin du petit nuage. Pourtant, j’ai lancé des recherches, mais en vain, la routine m’avait trouvé bien aimable et ne voulait pas que le rêve revienne me chercher. En soit rien là-dedans n’est triste, c’est tout à fait légitime que la réalité nous rappelle à l’ordre de temps à autres.

Les trois-quatre années suivantes embarqué sur une galère, je vogue sur la vague. Traduisez cette image par le fait que mon moral essuie des hauts et des bas, mais rien d’alarmant. Mon nouveau monde n’est pas aussi idyllique que je le croyais auparavant, mais un retour dans mon ancien monde me parait invraisemblable.

Après 5 ans, les creux sont moins fréquents (peut-être deux fois par années), mais ils deviennent plus creux et perdurent davantage dans le temps. Ainsi, je réalise particulièrement mon statut d’expatrié. Je m’ennuie de la France, comme jamais auparavant ! Pourquoi ? Je ne sais pas….

Lorsque nous vivons proche de notre famille, les rencontres s’accumulent, se banalisent, se suivent et se ressemblent. Puis une fois expatrié à 5000 km, chaque retrouvaille est un moment privilégié, tout moment a une saveur d’exception en arrière plan. Même si j’ai de la difficulté à le réaliser lors de ces moments, une fois que je retrouve ma vie au Québec, je me rends compte que je reviens d’un long voyage tel que le réveil après une brosse (cuite) mémorable. L’image de l’ivresse peut vous paraître inapproprié, mais elle résume au mieux mes impressions.

Du 14 décembre au 14 janvier 2009, après deux ans d’absence, mes pieds foulent le sol gaulois. Ce séjour aura une saveur différente des autres passages effectués jadis, due à la manière dont j’ai abordé ce retour. D’habitude, je me créer des attentes, je planifie moult rendez-vous avec mes proches. Résultat : une succession de retrouvailles de quelques heures baignées dans l’élucubration de la météorologie canadienne… euh québécoise ! Ainsi, au bout de trois semaines, ma tête surchauffe à force de jouer le perroquet et de se spécialiser dans l’énumération de souvenirs remontants de mon ancienne vie en France. Maintenant, j’ai besoin de construire de nouveaux souvenirs avec mes proches. Bien entendu, il serait injuste de les blâmer, puisque c’est moi qui ai rompu la chaine de fabrication de souvenirs communs en quittant mon environnement natal. Il est difficile de relancer la fabrication
Par conséquent, j’ai opté pour une réduction de la diversité des retrouvailles et un accroissement de la fréquence des rencontres. Monoculture
Résultat, le fait de consacrer davantage de temps avec les mêmes personnes, nous dépassons les banalités pour vivre à nouveau des moments privilégiés et uniques à nous, qui resteront gravés dans nos mémoires. L’écriture commune de nos vie à reprise et on met de côté les anciennes cassettes vidéo (désolé dans mon temps ce n’était l’ère du DVD).

Ainsi, j’ai passé des vacances enivrantes qui se sont terminées comme dans les aventures d’Astérix & Obélix par un repas frugal,…. mais au restaurant pour notre part. Par la suite, une fois raccompagné dans mon nid familial, je viraillais dans le jardin de mes parents une cigarette au bec et une âme déjà nostalgique des moments passés. Ce soir je dormirai une dernière fois sur sol vendéen, demain un train m’emmènera jusqu’à l’aéroport parisien.

J’avais enfin réussi à mettre en route le procédé qui faisait de nous des amis, mais brusquement la situation décidait la mise en veille. Pour la première fois depuis mon immigration, je me posais la question fatidique : "et si je restais en France…?".

Cette question trotta quelques jours dans ma tête, puis face au quotidien retrouvé au Québec, elle finit par galoper vers mon inconscient pour mieux ressurgir le moment venu, peut-être lors de mon prochain voyage en Gaule… Tout n’est déjà que souvenir, sauf les moments qui ont été déjà oubliés.

Aujourd’hui, mon retour en France est loin d’être à l’ordre du jour, mais autant réalisable qu’a été mon immigration. Contrairement à un piège à souris, l’avenir le dira.

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Établissement prolongé au Lac Saint-Jean

Benito

L’automne 2007 passe, s’en suit le début de l’hiver. Pour la deuxième fois, je fêterais le passage à la nouvelle année sur les terres de la Nouvelle-France… mais cette fois dans un chalet sans eaux courantes, vous vous souvenez ?

Au début, je devais être simplement de passage, à St-Félicien, au Lac-Saint-Jean, finalement j’y resterai jusqu’au 26 mai 2008, je vous expliquerai cela en détail tantôt.
Pour l’instant, je suis rendu à Noël 2007, je l’ai passé avec ma voisine, son chum, son père et ses frères. Elle et son chum louent aussi un chalet tel que le mien, mais en plus grand. Je ne suis donc pas le seul « farfelu». Par contre, je suis le seul français farfelu de ce coin de région ! Ici nous baignons dans une ambiance « petit village », par conséquent tout le monde se connaît, tu ne peux pas faire de niaiseries sans que cela se sache. Ainsi, à plusieurs reprises je croise des inconnus qui me demandent si je suis bien le français qui vit chemin de La Pointe chez M… C’est drôle car en vous écrivant, une quantité de flash apparaissent dans ma tête. Cette période parait si loin et en même temps je me souviens de nombreux instant très forts ! Pas toujours très heureux car je devais rebâtir une nouvelle vie à partir de zéro, nouvelle job, nouvel environnement….
À cette époque, j’ai eu des moments de solitude assez intenses, surtout que je vivais au fond d’un rang.

Petite définition de ce terme : au Québec lors de la colonisation le territoire a été divisé en rangs le plus rectilignes possibles, par conséquent les routes qui les bordent sont toutes aussi drettes (droites) et portent généralement le même nom. Mon rang s’appelle : le rang du chemin de la Pointe. J’habite à 10 min de la job d’un bord et à 10 min du village de l’autre, d’où un certain isolement. Mais l’avantage, je suis au calme et lorsque je veux faire du ski de fond, la rivière gelée m’attend à deux min en ski. Un formidable terrain de jeu à mes pieds.
Tout ça pour dire que mon emploi s’est éternisé !

En février 2008, en même temps que la nature offre à chaque jour davantage de luminosité, une surprise a diffusé un supplément de rayons de soleil dans mon hiver. Le quatrième jour de février, mes parents et leur valises, sauf une, débarquent les pieds et les roues dans la neige à l’aéroport de Roberval, situé à 25 min au sud de Saint-Félicien.

En effet, une de leurs valises a décidé de rester dans les dédales de l’aéroport de Montréal, selon les dires d’Air France….. Après quelques tergiversions, quelques appels téléphoniques ponctués de paroles d’indignation à la française, fermes et argumentées, la valise fut rapportée à bon port.
Pour l’occasion, j’avais loué une maison, une vraie cette fois, car je tenais à ce que mes parents ne soient pas trop traumatisés par ma vie au Lac.

Que peut-on faire l’hiver me direz-vous ? Ouvrez vos oreilles ou plutôt ouvrez vos yeux pour bien lire ! Ici vous n’aurez pas d’hôtels de glace, de carnavals des neiges avec shows nocturnes mais plutôt de petits festivals éparpillés un peu partout, le tout agrémenté de courses de traîneau à chien, de villages sur glace. Avant de continuer cette énumération, précisons que cette dernière activité est très prisée ici. En effet, lorsque l’épaisseur de la glace atteint 30 cm sur un lac ou une rivière, nous installons des petites cabanes sur la surface gelée. Les cabanes sont de toutes sortes (bois rond, bois pressé, anciennes roulottes), rudimentaires ou luxueuses, d’une dizaine de mètres carrés, que l’on dispose en forme d’anneau, dont le centre est réservé pour la patinoire extérieure.

Avec ses quelques 370 cabanes, ses trois patinoires de hockey, ses anneaux de glace (pour le patin libre) et piétonniers de 1 km chacun, la ville de Roberval devient le plus vaste village du Lac Saint-Jean.

Mais que font donc les propriétaires des cabanes me direz-vous ? Eh bien, leur occupation première est de prendre un verre avec les amis autour d’un poêle à bois rougeoyant de chaleur ! C’est un lieu de rencontre pour les habitués et un lieu de tourisme hivernal pour les autres. Si vous vous écartez un peu des sentiers battus, c’est-à-dire de la neige tapée, vous verrez un peu plus au large, des pêcheurs… Ne riez pas c’est vrai ! Ils font un trou dans la glace avec une tarière et plongent des lignes dans l’eau glacée en espérant qu’une lotte (espèce de poisson) ne dédaignera pas l’appât mis à sa disposition.

Ailleurs dans la région, dans le fjord du Saguenay, où l’eau douce se conjugue avec l’eau salée d’autres espèces sont pêchées : sébastes, éperlans, morues et même requin du Groenland, mais la capture de ce dernier est interdite.

Petite devinette : comment sont apportées les cabanes sur la glace ? Vous avez le choix entre :
- elles sont montées sur place,
- elles sont tirées par une motoneige,
- elles sont déposées par hélicoptère.
Tic, tac, tic, tac,… en faite seul l’hélicoptère n’est pas utilisé, par contre un moyen bien simple est très employé : la voiture ! Eh oui, il est très sécuritaire de circuler en voiture autour du village, car le chemin est gratté et l’épaisseur de la glace contrôlé.

En général ces villages sont ouverts de la mi-janvier à la fin mars, mais cette année la saison sera écourtée par manque de froid.

Je vois que j’ai pas mal jasé des cabanes, alors vu la longueur de ma chronique le reste des activités sera simplement énuméré : raquette dans la neige folle, escalade sur glace, motoneige bien sûr (j’en parlerai une prochaine fois).

Cette vie au nord du Lac s’étira jusqu’au mardi 1er avril 2008 (ce n’est pas un poisson), enfin professionnellement parlant. Eh oui vous l’avez sûrement deviné, brusquement l’on m’annonce la fin de mon contrat, c’était un mardi, j’arrive au bureau vers 9h, une collègue m’annonce que mon président veut me rencontrer à son bureau au Cégep (école de niveau BTS), car il est professeur, là j’ai compris…. Je ne fais plus l’affaire selon ses dires…C’est un véritable coup de massue, subitement les fondations de ma nouvelle vie au Lac-Saint-Jean s’affaissent. Il faut tout déblayer et rebâtir à nouveau. Je m’étais tellement investi durant les 8 mois d’emploi et là le sol se dérobe sous mes pieds. Mes sentiments sont un mélange de tristesse et de rage, Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Pour le moment j’essaie de tempérer la crise par les moyens habituels : bouffe, vin, cigarettes et bons films, de quoi s’enivrer de pensées autres que mon nouvel échec qui me hante, depuis l’effondrement de ma vie professionnelle.

Tu vas rebondir sur cet événement m’avait-on dit...: après 24h noyé dans les pensées négatives se traduisant sur mon visage terne, mes yeux cernés, résultat d’une nuit blanche. Malgré mon moral chancelant, je me décide à entrer en communication avec le MAPAQ (Ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) puisque dans une précédente rencontre dans le cadre de ma job, la directrice m’avait fait part qu’elle recherchait un technicien agricole pour un contrat d’un an…. Là j’imagine que vous me voyez venir. Lors de cette rencontre, elle me l’avait proposé plus ou moins en joke (pour rire) lorsque je lui avais dit que j’avais passé les concours.
Pour votre information, si vous voulez œuvrer dans la fonction publique québécoise, deux choses sont primordiales : avoir son équivalence des diplômes et être sur les listes de réserve. En effet, suivant votre catégorie socio-professionnelle, des concours s’offrent à vous, une fois ceux-ci réussis vous être intégré dans une liste de candidats où les différents cadres du gouvernement vont piger pour combler les postes. Si vous n’êtes pas sur ces listes, vous ne pouvez postuler pour la fonction publique, sauf cas très exceptionnel. Or au printemps 2007 j’avais réussi le concours de technicien agricole.

Le jeudi suivant je communique avec la directrice du MAPAQ. À sa demande j’envoie mon curriculum vitae. Le lendemain, elle me propose une entrevue le 14 avril 2008. Deux jours après cette date, elle m’annonce mon entrée en fonction au ministère le 8 mai 2008.

Cet évènement démontre une nouvelle fois l’importance du réseautage au Québec ! Il faut se faire connaître et planifier une porte de sortie au cas où. Si je n’avais pas réalisé ce concours, si je ne m’étais pas fait connaître auprès du MAPAQ, je n’aurais pas connu cette offre d’emploi et eux n’auraient peut-être pas porté attention à ma candidature.

Résultat, j’avais devant moi, un mois pour profiter des journées ensoleillées printanières, me reposer et préparer ma nouvelle vie… puisqu’une nouvelle fois je serai contraint de quitter mon nouveau lieu d’adoption, le Haut du Lac (Saint-Félicien) pour la ville d’Alma, le lieu de mon nouvel emploi.

Là où cette situation prend une tournure paradoxale : durant les 8 mois d’emploi à Saint-Félicien, je travaillais tellement que mon réseau professionnel empêchait mon réseau social de croître, et maintenant que j’avais du temps devant moi, en l’espace d’un mois ce dernier à explosé…

Comme on dit ici les liens entre les gens sont tissés serrés, par conséquent faire sa place peut être ardu . Imaginez un groupe d’amis qui se connaissent depuis leur enfance et vous qui essayez de vous intégrer à ce groupe, ce n’est pas chose facile…

Je signe donc un retour vers une vie un peu plus citadine.

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De la région de la capitale nationale à la région de la capitale du bleuet

Benito

Revenir en tant que chroniqueur après plus de deux ans d’absence, c’est comme revoir un être cher que l’on n’a pas vu depuis longtemps… L’eau a tellement coulé sous les ponts que l’on ne sait pas par quoi commencer.
Étant donné, qu’Immigrer.com a accueilli une trâlée de nouveaux sympathisants qu’ils soient immigrants, québécois, canadiens ou d’une autre catégories de gens sympathiques, je vais me présenter à nouveau. Pour ceux qui sont au courant vous pouvez passer directement au troisième paragraphe de cette chronique.

Mon nom est Benoît, j’ai 28 ans, natif de la Vendée (ouest de la France), technicien en horticulture de formation.
Mes premiers regards de contemplation au Québec, datent du 19 mai 2003 en tant que travailleur temporaire pour une période de 5.5 mois.
Mon second débarquement sur les terres de Champlain, date du 29 mai 2004.
Mon droit de rester au Québec, de payer des impôts sans avoir le droit de voter, ma résidence permanente en somme, a été autorisée le 11 novembre 2004, J’ai choisi cette date, pour être certain de m’en souvenir pour toujours….
Jusqu’au 27 juillet 2007, j’ai vécu à Québec, où j’ai multiplié et additionné les jobs des plus diverses : de technicien en aménagement, à superviseur en inventaires, en passant par animateur-nature, sans oublier à opérateur en machinerie dans le domaine pharmaceutique.
Cette dernière job est responsable de mon changement de cap autant professionnel que de vie… Désolé si je fais un peu court, mais je ne voudrais pas perdre les lecteurs qui sont au courant, vous pouvez toujours parcourir mes anciennes chroniques.
Ainsi en 2007, je migre à Saint-Félicien, village situé à trois heures 30 de route au nord de Québec, dans la belle région du Saguenay-lac-Saint-Jean, formée comme le nom l’indique d’un lac, le 3ème plus grand lac du Québec et d’une rivière qui devient un fjord, le Saguenay.
Au début, je n’étais pas censé m’établir dans cette région, mais simplement faire escale pour un remplacement de quelques mois pour une job de coordonnateur en environnement dans la ville de Saint-Félicien (dans le Haut du lac St_Jean), après avoir perdu ma job à Québec.

Me voilà donc rendu aux Pays des Bleuets ! Pourquoi ce sobriquet désignant la population me direz-vous ? Non ce n’est pas parce que la population est libérale (de droite), ou bien qu’elle n’a d’yeux que pour les Stroumpfs, ou encore qu’elle trippe sur la fleur appelée bleuet en France. Mais tout simplement parce que cette région est le lieu de prédilection pour la culture du bleuet dont le fruit comestible appelé airelle à feuille étroite ressemble à la myrtille. Mais surtout, ne dites pas que je vous ai dit ça, ici seul le nom de bleuet est admissible aux yeux de tous. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le bleuet est ce que la pomme est à la Normandie, une spécialité cuisinée à toutes les sauces. On ne badine pas avec cette tradition !

Fermeture sur cette parenthèse agri-culturo-culinaire, j’arrive donc à Saint-Félicien et je me demande qu’est-ce que je fais ici ! Suis-je arrivé dans une région plus creuse (perdue) que la Creuse (région française…creuse) ? Imaginez une région de plaines agricoles principalement vouées à l’élevage laitier et aux cultures fourragères entourées par la forêt boréale composée d’épinettes (épicéas) et d’îlots de bouleaux à papier, traversée par les grandes rivières nordiques qui s’écoulent dans le mythique Lac St Jean. Le tout est parsemé de quelques villes de plus de 10 000 habitants et surtout de villages de quelques milliers d’âmes tout au plus.
Au début cet environnement m’a fait un peu déchanter, il faut s’habituer.
Je précise que cette description correspond au secteur du Lac Saint-Jean et non du Saguenay. Pour ce dernier, j’en parlerai une prochaine fois.

Parti de Québec à 5h du matin, arrivé à la job à 8h30, 4h de résumé de ma nouvelle job par la personne qui me cède sa place, un tour de voiture de 10 min et une cigarette plus tard pour décompresser de cette entrevue qui m’a rendu vert de panique, me voilà aux rênes de quatre gros projets d’aménagements en même temps, dont un de 50 000 dollars. Je suis responsable des projets d’aménagement chez une dizaine d’agriculteurs ! Sans parler de la gestion des budgets et du personnel, l’organisation des réunions du conseil d’administration et avec les différents partenaires (municipalités, ministères, associations).
Bref, mes responsabilités n’ont jamais été aussi importantes, il me sera parfois difficile d’être partout à la fois. Comme d’habitude je n’arriverai pas à maintenir mon travail à 37,5 h par semaine, mais plutôt à 50 h par semaine, mais j’aime ça.

Mon congédiement de mon emploi à Québec n’a pas été une partie de plaisir, mais au moins il m’a permis de retrouver le chemin de l’écologie avec un poste rêvé ! Comme quoi, pour vous tous qui débutez au Québec, ne perdez pas espoir, tout arrive à point nommé pour celui qui sait attendre (ou agir), et surtout qu’un échec peut se transformer en victoire ! Et c’est ce qui m’est arrivé !

Au début, je craignais affronter une population plutôt individualiste, réfractaire aux nouveaux arrivants. Eh bien, à ma grande surprise, j’ai constaté tout le contraire. Ce sont des gens ouverts aux autres à condition que l’on prenne le temps de les connaître et de les écouter. Et dans mon travail, je dois travailler avec eux et non contre eux. Ici l’entraide existe encore à contrario avec la population des grandes villes et de certaines régions où l’individualisme a pris le dessus.

Après un séjour d’une semaine chez mes amis du Lac, je déménage dans une vieille maison baptisée « La Barrak ». Cette bâtisse blanche toute de bois vêtue abrite 7 chambres louées par les étudiants du Cégep de Saint-Félicien (équivalent du BTS) durant l’année scolaire en compagnie d’une tribu de souris… L’été, les chambres sont louées aux visiteurs de passage (plus ou moins prolongé). Cette maison centenaire, démunie de clé, à l’image de la maison bleue de Maxime Leforestier fut mon refuge jusqu’à la mi-août 2007.
Passée cette date, je déménage à nouveau… Cette fois-ci j’adopte « ma cabane au Canada », un chalet en bois au milieu d’un petit boisé, cerné par la route d’un bord et par la rivière Ashamuchuan de l’autre, avec un aménagement modeste : lit en mezzanine, mini frigidaire, poêle à bois, cuisinière de camping au propane, une armoire de métal de type vestiaire, eau chaude non disponible… Et bien entendu, la télévision y fait figure de légende. Les toilettes sèches et la douche sont à l’extérieur !
Mais quel plaisir de prendre sa douche à l’extérieur, dont le toit de cette salle de bain de plein air est le ciel bleu filtré par les branches de bouleaux jaunes encore couvertes de feuilles aux couleurs automnales, laissant à l’occasion paraître les oies blanches en pleine migration.
Ce logement est rudimentaire, mais quel charme de se réveiller avec vue sur la forêt garnie de bouleaux et de peupliers et derrière, la rivière qui s’écoule dans le plus grand silence comme pour passer inaperçue ! E pour rendre les lieux encore plus féeriques, je vois tous les matins, les oiseaux sautiller au milieu des feuilles teintées des couleurs automnales. Ce retour aux sources est une formidable source d’inspiration pour mon âme d’écrivain…
Quelle joie de couper son bois à la hache pour préparer du petit bois pour partir le feu quand je rentre le soir. Eh oui pour ceux qui ne le savent pas les nuits sont déjà fraîches, 3 à 10°C en cette fin septembre.

Les semaines défilent tout au long de cette nouvelle vie aux allures d’antan plutôt atypique à notre époque et même au pays des bûcherons et des ours ! Mi-octobre, les premières neiges sont arrivées avec les premiers défis qui découlent de ce mode de vie particulier. Il a d’abords fallu isoler la base extérieur du chalet par de la neige, couvrir les fenêtres de plastiques, puis apprendre à faire ses réserves d’eau car en période de gel l’eau courante est coupée vu que la conduite d’eau n’est pas isolée. Je dois donc aller chercher de l’eau dans le puis extérieur qui lui est protégé du froid.
Et plus l’hiver avance, plus je dois endurer les températures glaciales oscillant entre -20°C et -30°C sans le fameux facteur vent, et dites-vous qu’une nuit à -30°C à l’extérieur refroidit l’intérieur du chalet drastiquement. Ainsi, je pouvais me coucher avec une température de 22°C grâce au poêle à bois, mais vu que le feu ne dure pas toute la nuit, il n’était pas rare qu’au réveil la température se situe entre 2°C et 8°C avec un record établit à -1,5°C. Vous comprendrez que se lever relevait parfois d’un défi. Et lorsque je revenais au chalet après quelques jours de pérégrination dans la civilisation, la température à l’intérieur pouvait être équivalente à la température extérieure…
Vous me prenez sûrement pour un individu plutôt farfelu voir un peu fou,… vous n’êtes pas les seuls, beaucoup ont essayé de me convaincre d’adopter un mode de vie « normal », mais en vain, je m’obstinais ! Québécois d’adoption, mais gaulois de naissance leur disais-je !
Ils rétorquaient : « si tu ne veux pas le faire pour toi, fais le pour nous, rends-toi compte de l’image des québécois que tu renvoies aux Français ». Sachant qu’une catégorie de Français s’imagine que les Québécois vivent au fond des bois, il est assez déroutant pour ces derniers de côtoyer un immigrant français qui joue à Robinson Crusoé sous leur nez…

Ainsi, je suis un nouvel habitant en région, mon statut de chroniqueur de la capitale nationale est supplanté par celui de chroniqueur de la région du Saguenay Lac St Jean. Déjà que tout est centralisé à Montréal, un peu à Québec, alors imaginez le regard que l’ensemble de la province a sur ma nouvelle région d’adoption : « le pays du pick-up, de la motoneige ! »

Pour ce retour dans l’écriture de chroniques je vais en rester là pour cette fois, il faut bien que j’en garde pour le prochain épisode de "Bénito au Lac-Saint-Jean".

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La condition des homosexuels au Québec

Benito

Je ne suis pas français. Je ne sais pas si je peux venir faire part de mes réflexions ici. En réalité c'est mon coloc Benito, lui-même français, qui m'a demandé d'écrire cette chronique sur la condition homosexuelle au Québec. M'a-t-il demandé cette chronique parce qu'il était trop lâche ou débordé pour écrire la sienne? Je n'en sais rien. Chose certaine, il m'a souvent dit avoir appris beaucoup en côtoyant au quotidien un jeune homme homosexuel. Il souhaite peut-être maintenant faire profiter aux autres de cette abolition d'idées préconçues, parce qu'il en avait, parce qu'il en a toujours, parce que j'en ai encore moi-même, parce que nous en avons tous. Combien d'articles furent publier ici à ce propos? Ce n'est peut-être pas la place me direz-vous : on a d'autres chats à fouetter! Pourtant les homosexuels se font assez « fouetter » dans la vie pour qu'on en parle, justement parce qu'en temps normal on ne veut pas en parler, on ne veut pas comprendre, c'est étrange, c'est tout.

Moi j'adore en parler. D'abord parce que je le suis, mais surtout parce que j'en ai grandement souffert. Oui, il est bon d'en parler ici. À quoi bon en parler uniquement entre nous, entre personnes concernées? Ce sont les autres qui nous jugent, qui nous « préjugent » sans savoir ce qui en retourne vraiment. Ce sont eux qu'il importe de sensibiliser à notre cause, rendent moins homophobes. Car oui je vous l'annonce : vous êtes des homophobes. Chacun à son niveau bien entendu, mais dites-moi combien d'entre vous me laisseraient élever un enfant avec un autre homme, combien n'auraient pas peur?

Mais commençons par le début. Sachez que je ne souhaite pas vous convaincre de quoi que soit avec mes écrits. Je ne suis pas politicien, je ne suis pas vendeur et je ne suis pas religieux. Je veux vous sensibiliser à mon vécu, chose très différente. Je ne pourrais pas vous convaincre de rien de toute façon, parce qu'il n'y a rien à faire, je suis ainsi que vous le vouliez ou non. Je n'ai rien choisi. Je n'ai rien souhaité de cette destinée, c'est la vie qui en a décidé ainsi. C'est elle qui a fait en sorte qu'à l'adolescence, alors que tous mes amis masculins s'intéressaient aux filles, moi, je me suis rendu compte que c'était les garçons qui m'attiraient. Oui, je me suis mis à aimer les gars autrement que par de l'amitié. Je ne les aimais pas tous, mais certains d'entre eux commençaient à m'intimider, à me mettre à l'envers. Je peux vous dire que je m'en suis posé des questions à cette période : pourquoi moi? Qu'est-ce qui m'arrive? Pourquoi ne suis-je pas comme tout le monde? Moi un fif?? Ouais, c'est comme ça qu'on dit au Québec : les « fifs », les « tapettes », les « moumounes », etc. Mais je ne voudrais pas trop vous donner de ce vocabulaire stupide. Je souhaiterais plutôt que ces mots disparaissent à jamais de notre langage. Oui, ils m'ont fait souffrir ces mots. Jamais personne ne me les a dit à moi personnellement, mais je les entendais à tout moment, à chaque fois qu'un gars faisait quelque chose de nul, de faible ou de trop « féminin » pour lui. Alors quelle perception devais-je avoir de moi-même plus tard? Quelle idée pensez-vous que j'avais moi-même à l'esprit lorsque je me suis rendu compte que je n'aimais pas les filles mais bel et bien les garçons?

Bref, j'ai fini par m'en sortir, par comprendre de moi-même que les gens disaient des conneries, qu'ils parlaient ou plutôt, qu'ils dénigraient l'homosexualité sans même savoir de quoi ils parlent, sans l'avoir vécu. Ces gens ont de moins en moins la « cote » au Québec. Oui, c'est vrai, on a fait un bon bout de chemin. On a même une longueur d'avance sur la France à ce propos, sur la grande majorité des pays en réalité. D'ailleurs j'ai connu plusieurs français homosexuels qui avaient traverser l'Atlantique parce qu'ils croyaient bien pouvoir mieux s'épanouir ici. Pourquoi? C'est vrai qu'on a le droit de se marier civilement, d'avoir des enfants, bref d'être respecter, traiter d'égal à égal. Mais attention, c'est d'abord du papier tout ça. Dans la vraie vie réelle de tous les jours, les choses ne sont pas si belles encore, mieux tout au plus. N'allez pas vous imaginer que plusieurs couples gais se promènent main dans la main dans les rues de Québec : ils sont encore très rares.

Je m'appelle Guillaume, j'ai 27 ans et je suis né dans la région de Québec, à Lévis plus précisément. J'ai grandi sur une ferme et je peux vous dire que j'avais intérêt à être un « homme », un vrai. Aujourd'hui, après des années de confusion à me fier à des tonnes d'idées préconçues (toujours négatives), je peux vous dire sans gêne et sans honte que je suis un homme, un vrai. Certes, je suis homosexuel, mais ça ne change rien à ma personnalité, à mon éducation de petit gars de campagne. Non, je ne parle pas sur le bout de la langue. Non, je ne marche pas comme une fille. Non, je n'aime pas le magasinage. Non, je ne me travesti pas. Non, je ne fréquente pas les salons de bronzage et les saunas. Non, je n'aime pas Madonna et Céline Dion. Non et non encore à tout ce que vous croyez que je dois être puisque je suis gai. Ce que vous croyez probablement que je dois avoir l'air. Ce que vous croyez que je dois être en tant que gai. Je suis comme vous, c'est tout. Mais oui, j'ai une différence, une grosse différence. Je suis un homosexuel, mais ça s'arrête là, il n'y a pas tout un bagage qui vient avec ça. Ce sont les préjugés dont je voulais parler. Ceux qui sont la cause de nombreux suicides encore au Québec, et c'est sans doute la même chose ailleurs, c'est peut-être pire. Ici, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 40% des suicides à l'adolescence seraient liés à l'homosexualité, ou plutôt à l'homophobie. Mais de quoi a l'air ce pourcentage ailleurs? A-t-il été évalué?

Parfois je me dis tout de même que le Québec est en train de devenir la terre d'accueil par excellence pour les gais et lesbiennes du monde entier. Hé bin tant mieux! Si les autres ne sont pas ouverts, nous, les petits de colons de l'Amérique française, nous le sommes. Pour moi c'est une fierté. Mon peuple serait dans les premiers à vouloir me comprendre, comprendre 10% de la population que l'on a préféré ignorer depuis des lunes. Non, nous ne nous en allons pas à la dérive. Les crieurs au loup de toutes les religions voudraient bien nous le faire croire, car pour eux, il s'agit d'un vice épouvantable, voire « diabolique ». En effet, la religion n'a plus beaucoup d'importance au Québec : tant mieux pour moi. C'est probablement pour cette raison que nous pouvons enfin pu réclamer nos droits, le respect de notre dignité. C'est sûrement pour cette raison aussi que je peux faire le tour des écoles secondaire du Québec pour le GRIS, afin de parler de mon vécu, sensibiliser les jeunes à ma cause, et les inciter au respect de la différence. D'autres vous diront qu'on les incite au vice le plus terrible qui soit : l'homosexualité. Laissez-moi vous dire qu'il n'en ait rien, que je n'ai rien choisi de mon orientation sexuelle, que j'aurais tout fait pour être autrement, pour être hétérosexuel comme tout le monde, et que les jeunes aussi. L'homosexualité est loin d'être populaire, surtout pas au près des jeunes garçons. Quelle idée! Comme si nous avions le pouvoir de les faire « virer de bord », une expression qui ne devrait même pas exister selon moi. Néanmoins, on tente de leur faire réaliser qui nous sommes, ce qui nous distinguent d'eux et ce qui fait que nous sommes tous semblables en définitive. On tente de faire tomber les préjugés. On veut que les jeunes gais et lesbiennes n'aient plus à souffrir de leur différence. Je sais que de pareilles interventions ne sont pas monnaie courante en France, le sont-elles à quelque part d'autre, je ne sais pas. Mais je suis certain que ce serait bien. Trop de gens souffrent toujours dans le silence le plus total de cette différence invisible. Trop de gens disent trop de conneries devant eux pour qu'ils se sentent à l'aise d'en parler, de le vivre, de s'épanouir librement. Combien de fois ai-je entendu des gens parler en mal des gais devant moi sans aucune retenue, parce qu'ils ne savaient pas pour moi, parce qu'ils me croyaient « des leurs », parce que ma différence est invisible?

Je suis tout de même fier des québécois et québécoises parce qu'en général ils me permettent de vivre comme je suis, sans vouloir me changer, me rendre comme eux. Tout n'est pas beau mais tout s'éclaircit. En passant, quels sont les mots que vous utilisez en France pour nous « désigner », si je peux dire? Et vous, utilisez-vous ces mots à toute sauce? Croyez-vous que vous pourriez vivre heureux sans les utiliser? De toute façon, vous n'y êtes sûrement plus, mais j'ose espérer que vous n'apprendrez pas nos mots à nous, ces mots qui ne veulent rien dire, qui ne font que blesser des gens, et attention, se pourrait être votre meilleur ami. Vous avez pas idée de la réaction de mon meilleur ami quand je lui ai dit que j'étais ce mot que j'étais incapable de prononcer à l'époque : ça me faisait trop mal, j'entendais suffisamment les autres le dire, et je ne voulais aucunement être comme ça, un moins que rien aux yeux de plusieurs. J'espère que vous réalisez que je ne suis pas un imbécile, que je ne souhaite aucunement vous pervertir, que je suis un homme pratiquement comme les autres! J'espère juste rendre plus positive votre perception de l'homosexualité. J'espère seulement que vous saurez ne pas écouter ceux qui disent savoir que nous sommes le mal incarné. Mais qui sont-ils pour dire ça? Et je peux vous dire que leur livre aux mille et une vérités absolues je n'en crois pas un mot. Des lignes aussi discriminantes ne devraient pas être incluses dans un guide spirituel selon moi, mais c'est un autre sujet ça.

Pour ce qui en est de la condition des homosexuels au Québec, je ne dirais pas quelle est bonne, je dirais qu'elle est de mieux en mieux. La situation s'améliore car de plus en plus de personnes osent s'affirmer, sortir du placard de la honte et de la peur de décevoir. Non, ce ne sera pas une épidémie. Les hétérosexuels majoritaires et dominants le demeureront n'ayez crainte, ne soyez pas trop homophobes inutilement, puisque selon des études assez sérieuses sur le sujet, on évalue la portion de la population étant homosexuelle à 10% depuis sûrement toujours et pour sûrement toujours à travers le monde entier. Ici, on en parle de plus en plus sur la scène publique, et surtout de façon plus positive. Laissez-moi vous dire que c'est dans la discussion que les gens finissent par comprendre, qu'ils ne disent plus des choses comme : « moi je comprends ce qui leur passe par la tête » ou encore « « moi je comprends pas ceux qui changent de bord à cause d'une déception amoureuse », etc. Notez bien les « moi je ne comprends pas », qui démontrent tellement bien à quel point les gens portent un jugement en se fiant à leur vécu personnel, ces hommes que nous sommes qui sont incapable d'essayer de se mettre dans la peau des autres. La situation s'améliore certainement parce qu'on en parle beaucoup, que l'on cesse d'en parler comme d'une honte. Mes visites dans les écoles avec le GRIS aident certainement plusieurs jeunes à retrouver espoir, et d'autres à cesser de véhiculer des idées négatives à ce propos.

La « vie gaie », si je peux ainsi dire, est de mieux en mieux accommodée au Québec : on nous prend enfin en considération. D'ailleurs, il n'y a qu'à constater l'ampleur du milieu gai de Montréal, communément appeler le « village gai ». Sur la Sainte-Catherine, en plein Centre-Ville, on peut trouver une multitude de bars gais et de magasins, restaurants et autres commerces « gay friendly ». Bref, des lieux ou la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle n'existe pas. Je ne saurais oublier de vous parler de la parade gaie de Montréal, une des plus grosses au monde. Un évènement parfois mal vu par monsieur et madame tout le monde, à cause de son côté excentrique et sexualisé. Bien entendu, ces personnes ne connaissent pas l'historique de cet évènement, autrefois une marche de revendication de droits pour les personnes homosexuelles. Notez bien qu'à cette époque (dans les années 70), il n'y avait pratiquement rien pour nous protéger et nous intégrer convenablement à la société québécoise. Et puis pour ceux qui ne comprennent pas la raison de cette parade, qui se disent qu'il n'y a pas de parade « hétéro », je vous demanderais juste de réfléchir un tout petit peu en vous demandant si vous avez déjà ressenti la moindre discrimination du fait que vous étiez hétérosexuel.... C'est que cette réplique m'est souvent envoyée, et elle me désole grandement. Entendez-vous ça souvent des choses comme : « maudit hétéro » , « c'est pas normal ça » ? Certes, aujourd'hui la parade s'affiche comme une grande mascarade colorée, mais il n'y a pas que ça pendant cette semaine, et puis de toute façon, si on n'aime pas, on n'a vraiment aucune obligation d'y participer : je ne le fais pas moi-même.

Plus en région, la situation peut paraître plus difficile, bien que de plus en plus d'organismes tendent à s'étendre à la grandeur de la province, comme la ligne téléphonique sans frais et confidentielle de Gai écoute (1-888-505-1010). Néanmoins, plusieurs villes de grandeur moyenne ont au moins un bar gai. Je pense à Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski, Drummondville, Chicoutimi, etc. Dans la ville de Québec, il ne reste actuellement qu'un seul bar gai, mais plusieurs associations et organismes tentent de rassembler la communauté et de la supporter.

Je ne sais pas à quel point la situation est bonne ou mauvaise en France, et je ne sais pas comment la plupart d'entre vous immigrants la percevez au Québec, mais je sais que je travaille fort à tous les jours pour qu'on avance encore plus vite, et je souhaite que vous y participiez aussi. Il n'y a qu'à être ouvert à la possibilité que....et puis qu'est-ce que ça change à notre quotidien à chacun? Bref, je m'amuse aussi à écrire un blogue par temps perdu, alors si vous en voulez davantage.... http://homoguilb.blogue.ca/ J'y suis parfois un peu révolté, mais que voulez-vous, on ne m'en laisse pas toujours le choix....

Guillaume

GRIS Chaudière-Appalaches
http://regie.francite.com/

GRIS Québec
http://www.grisquebec.org/

GRIS Montréal
http://www.gris.ca/

Tags : Discrimination

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Je déménage, tu déménages, nous déménageons…

Benito

Après quelques brasses au milieu de mes boites de cartons, j'accède enfin à mon clavier d'ordinateur pour vous écrire ces quelques mots. Comme vous l'avez compris, je suis en plein emménagement dans mon nouveau chez moi ! Et c'est de l'ouvrage....
En cette mi-juillet, le grand jeu du déménagement touche à sa fin, mais remontons un peu dans le temps,....

Partout dans le monde, l'année est ponctuée par les fêtes religieuses, les fêtes commerciales, les journées commémoratives.... Encore une fois, le Québec y a mis sa touche personnelle en « instaurant » une sorte de journée du déménagement ! En effet, en ce début de l'été, deux fêtes nationales sont célébrées : le 24 juin (fête du Québec) et le 1er juillet (fête du Canada).
Ce dernier cache un autre évènement « important », le jour J pour la grande majorité des déménagements au Québec que je surnommerais : la grande migration !
Le Québec, pour sa fête, voit sa population brandir des drapeaux alors que le Canada voit, pour sa fête, le défilé des camions de déménagement.
A cette date, Bell Canada (équivalent à France Télécom) procède à environ 240 000 branchements au Québec quant à Hydro-Québec (équivalent à EDF), il traite environ 350 000 demandes durant les quatre mois d'été. Au Québec, c'est environ 300 000 personnes qui choisissent chaque année de déménager le 1er juillet. Je ne vous cache pas que « les pancartes à louer » fleurissent !

Le Québec serait le seul endroit au monde, où l'on déménage à une date fixe. Néanmoins, cette tendance s'effrite au fil des années avec des déménagements étalés de juin à septembre.
Cette tradition Irlandaise, autrefois le 1er mai, instaurée par les immigrants de cette origine, est aujourd'hui établie le premier jour du mois de Juillet.
En effet, le 1er janvier 1974, une loi provinciale est entrée en vigueur dans le but d'uniformiser et de déterminer le 1er juillet comme la date de fin et de début des baux pour les locataires. Cette loi n'a jamais été obligatoire. Toutefois, la population a rapidement emboîté le pas. Ainsi, les enfants pouvaient terminer leur année scolaire dans le même établissement scolaire et par conséquent leurs parents pouvaient déménager en été. Vous comprendrez qu'il est plus simple de déménager en pleine chaleur et en période de congé, plutôt qu'en pleine tempête de neige....

Le Québécois a la « bougeotte » ce qui fait du déménagement une véritable institution. Même si il n'y est pas contraint par la job, les études, la famille,.... notre « cousin d'Amérique » déménage régulièrement. A croire qu'il y prend un malin plaisir. C'est maladif et hautement contagieux! Certains de mes amis déménagent 5 à 6 fois par décennie, même si le déplacement n'est que de quelques rues plus loin.
Cette grande mouvance nationale ne se résume pas à une activité d'une seule journée.
Un déménagement ça se prépare ! Pour moi et mes « colocs », le marathon a commencé au mois de février, par la lettre du propriétaire nous proposant un avis de renouvellement du bail au 1er juillet, avec augmentation de loyer naturellement.
Dans notre cas, nous avons décidé de nous lancer dans la course aux logements, aux camions, et même aux boites de cartons, ainsi qu'aux sessions d'appels téléphoniques au programme (recherche d'appartements, changements d'adresses, résiliation de services téléphoniques et Internet....)
Au début, nous étions deux à vouloir déménager.

Première étape : rechercher un logement. Après une « coupe » (quelques) d'appels téléphoniques et quelques visites, après avoir emprunté cette rue bordée de bancs de neige, nous atteignons notre but. Nous voici au 2611 de la rue Père D. Face à nous se dresse une belle demeure avec jardin, cabanon, grand patio, et foyer extérieur pour ajouter un peu de piment aux soirées estivales.... le rêve ! C'est où que l'on signe ?

Après un entretien en règle avec le proprio, nous voilà les heureux futurs locataires.
Deuxième étape : reste à nous trouver d'autres colocataires....
Ce qui n'est pas une mince affaire ! En effet, il est facile de trouver des colocataires, mais trouver des « colocs » qui nous correspondent en est une autre. Etant un habitué de la colocation, je peux vous certifier que d'un choix inapproprié, il peut en découler une situation tôt ou tard invivable. Je l'ai parfois vécu, notamment avec un « coloc » bosniaque maniaco-dépressif, un « coloc » voleur ou encore une « coloc » avec incompatibilité d'humeur.... D'où, ma décision, d'organiser cette année, de véritables entrevues, afin de faire des choix judicieux. Il ne faut pas oublier qu'une colocation est une sorte de mariage, pour le meilleur et pour le pire....

L'arrivée du printemps accompagne la troisième étape : la préparation du déménagement, facteur indissociable d'un déménagement réussi.
Je commence donc par une chasse aux boîtes de cartons. Tout le monde en cherche, il est donc préférable de visiter régulièrement les épiceries, les entrepôts, les magasins de bricolages. Les boîtes de cartons partent comme des petits pains, nul ne veut être contraint à en acheter !
Pour ma part, lors de chacun de mes passages à l'épicerie, je récupère quelques boîtes. Suite à la récolte, vient le temps de les remplir.... Au début, c'est l'fun, j'entasse soigneusement les affaires les plus simples, telles que les livres. Mais après une quarantaine de boites, cela devient redondant, j'ai hâte que ça se termine ! Bientôt ma chambre se transforme en entrepôt improvisé où les boîtes empêchent la libre circulation.

Parallèlement, l'organisation du jour J est indispensable : qui va me déménager ? Est-ce que je loue un camion ou bien je m'organise avec mes amis propriétaires de pick-up. Quelle date précise pour choisir mon déménagement, car je travaille la fin de semaine du 1er juillet et je veux éviter la cohue de la journée traditionnelle. Surtout que pour ceux qui optent ou qui sont obligés de déménager le 1er, le mot synchronisation prend tout son sens. En effet, il n'est pas rare que les anciens et futurs locataires se croisent dans les cages d'escalier. Les uns partent, les autres arrivent....

Le grand déménagement est un évènement très lucratif. La bière est au plus bas suite aux ventes à prix coûtant lors la fête de la Saint Jean. La vente de pizza bat son plein, histoire de payer en nature les amis venus aider. Les déménageurs et les sociétés de location font flamber les prix en vertu de la loi de l'offre et de la demande. Les quincailleries annoncent des rabais « incroyables » sur la peinture. Ainsi, un véritable marché économique s'est établi autour de cette date.

Ainsi, on invite ses amis à la corvée en troquant leurs bras et leur bonne humeur contre de la bière et de la pizza. D'ailleurs, sauf les ermites, beaucoup de québécois sont sollicités par leurs amis pour les aider. Pour ma part, la frénésie des déménagements est synonyme de « job » de rénovation offertes par mon propriétaire.... Il faudra bien réparer les murs graffignés par les meubles transportés par mes nouveaux et anciens voisins. Mais cette année, c'est moi qui pars !
Ce début d'été devient aussi le temps des ventes de garage pour ceux qui veulent se débarrasser des objets qu'ils leur est inutile de rapatrier dans leur nouveau chez eux. Pour les néophytes, ce ne sont pas des ventes de débarras, mais des marchés aux puces improvisés sur le bord des rues.
Ajoutés à ces ventes, régulièrement les vieux meubles fleurissent sur les pelouses des immeubles aux côtés des matelas lâchement abandonnés par leur propriétaire après s'être dévoués corps et âmes....Certains finiront leur vie six pieds sous terre et d'autres dans une autre demeure. Eh oui pour beaucoup le déménagement, c'est le moment du grand ménage.

Mon déménagement est l'occasion de revisiter ma bibliothèque de livres poussiéreux. Chacun des objets que je range dans des boites ravive des souvenirs. Des peluches de mon enfance, aux bouteilles de vin offertes par mon frère à Noël, à mes pinces à « booster » qui m'ont sauvé de bien des déboires avec ma vieille Mazda. Souvenez-vous de ma chronique relatant mon périple de Noël 2005 sous la tempête de neige à Montmagny !
J'ouvre une boite et mon regard salue mes anciennes bottes (chaussures) de randonnée que ma mère m'avait achetées dans les années 90 à la Halle aux chaussures. Elles sont encore entières mais présentent des stigmates laissés lors de mes périples dans les Pyrénées, les Alpes puis la Gaspésie ou encore la Côte Nord ! Que d'aventures, liées à tant de souvenirs....
J'en viens à la conclusion que tout objet banal ou pas, possède une histoire imposée par l'histoire de notre vie.
Et je dois l'avouer, je suis un « ramasseux », je tiens cette « maladie » de mon père. Avec moi tout et n'importe quoi devient un souvenir dont j'ai souvent de la difficulté à me départir. Ce qui complique quelque peu mon déménagement....

Après les joies du déménagement, l'emménagement s'en suit..... Meubles à replacer, chambre à repeindre si besoin est. Dans mon cas, les murs bleus, les pas dessinés et les petites créatures sorties tout droit des émissions télévisées pour enfants, ne me laissent guère le choix ! A mon grand désarroi, je dois me plier au rite de la peinture. Une journée de plus à mobiliser.
Le lendemain, débute l'aménagement, à chaque boîte ouverte des souvenirs s'échappent....

Une fois installé dans ma nouvelle demeure, après mes déboires avec Bell Canada qui me priva de mon Internet adoré jusqu'à la Fête Nationale française, je croyais avoir mérité un peu de tranquillité. Je commençais même à planifier quelques escapades estivales, après avoir profité du Festival d'été de Québec où j'ai pu assister aux prestations musicales de Renaud, Trio, Manu Chao, les Cowboys Fringants. Que de souvenirs inoubliables !

Et bien non ! Le jeudi 17 juillet, grand chamboulement ! Les aiguilles de l'horloge indiquent 15H à ma job, je viens d'être appelé à me rendre au bureau de mon superviseur. Pour ceux qui ne le savent pas je travaille dans une compagnie pharmaceutique depuis le 26 février 2007. Une fois ëtre sorti de la zone de production, je revêtis mon sarrau bleu par-dessus mon habit de travail à faibles émissions de particules. Je sors dans le long couloir qui mène à la zone de ville jusqu'aux bureaux de la direction du personnel. Je suis un peu stressé compte tenu de la baisse de production de vaccin annoncée depuis une semaine. J'ai la gorge qui commence à se dessécher, mais je garde le sourire.
Je pénètre dans le bureau aux murs couverts d'une peinture époxy d'un blanc immaculé, où m'attend assis à la table, la même où avait été scellé mon contrat d'embauche, mon superviseur et le supérieur de celui-ci. De gros cartables sont disposés devant eux.
Après les salutations d'usage avec sourire :
- « Bonjour Benoît »
A cet instant, je ne pensais pas que ce fut les derniers sourires et paroles aimables qu'ils m'adresseraient à jamais.
D'un coup leur visage se ferme. Les trais de ceux-ci trahissent leur « impitoyabilité » chronique qui ressort lorsque sonne le glas d'une collaboration jadis prometteuse. Michel tourne les pages de son dossier, un amoncellement de mots, de notes barbouillées sur des fiches signalétiques, mais le tout écrit avec solennité. Il s'arrête sur ma fiche.
Le dialogue commence. A cet instant, j'avais encore un sourire naïf saupoudré de crédulité.
« Benoît, comme tu le sais c'est la fin de la saison de production de vaccins grippaux, nous tâchons de relocaliser le personnel dans d'autres départements le temps que la production de vaccins pré pandémiques démarre. Mais TOI nous ne t'avons pas replacé. »
Inutile de préciser que mon visage terni de déception, avait changé de couleur tel un caméléon se sentant en danger. Mon estomac avait fait quelques tours supplémentaires histoire de se nouer davantage. Bien entendu, je n'avais pas un mot à dire, je ne pouvais qu'acquiescer.
Après un bref arrêt, le temps que le bourreau-tortionnaire puisse reprendre son souffle afin de frapper plus fort et d'un coup décisif.
Il reprend :
- « En général, nous rappelons nos employés temporaires, mais TOI on ne te rappellera pas ! »
VlAN !!! Le coup de massue a été brutal.
Je bredouille quelques mots, de ma voix paniquée, je demande des explications. Attendant une réponse, je réitère ma requête. Dans l'absence d'éclaircissement, je finis par exiger des suites à mon interrogation.
-« Pourquoi ? »
Tu ne respectes pas les procédures. Tu en profites dés que tu le peux pour dormir. Tu n'écoutes pas les indications. ”J'essaie de me justifier, mais c'est peine perdue, tel un poisson rouge qui se retrouverait au sol, après s'être pris pour un poisson volant. Plus je me débats, plus les yeux haineux de mon supérieur m'assomment de tous les reproches imaginables. En quelques instants, je suis passé de l'employé à qui on ne dit jamais rien, à le petit « con », moins que rien. Je deviens un corps étranger en milieu aseptique.
Il est vrai que je n'étais pas un employé modèle, mais lorsque vous avez deux formateurs différents qui se contredisent, lorsque vous avez des attentes de 1, 2, voire 4 h entre les opérations, il n'est pas toujours facile de rester éveillé.
Bref, après quelques minutes de discussion assimilée davantage à un monologue, il conclut cette exécution par :

- « Inutile que tu finisses ta journée, on te la payera, t'inquiètes pas. Nous t'attendrons aux vestiaires le temps que tu te changes, tu nous remettras par la suite ta carte d'accès. On te raccompagne à la porte ! » .
Effectivement, ma sortie se produisit telle qu'il me l'avait décrite, en bon uniforme.... Me voilà dans le grand corridor longeant les bureaux. Je jette un dernier regard sur les portes, qui menaient autrefois déjà dans ma zone de travail. Je pars comme un voleur, sans pouvoir adresser mes adieux à mes collègues. Ici, les congédiements se passent sous silence, histoire d'éviter tout incident.... Ce n'est pas parce qu'une compagnie travaille à sauver des vies, qu'elle obtient par le fait même une dimension humaine.
Je glisse ma carte d'accès dans la porte qui mène au hall d'entrée réservé aux visiteurs, car je suis devenu en quelques minutes un visiteur indésirable. Mon supérieur, avec sa voix toujours aussi faussement calme, comme pour cacher son impétuosité, me demande de lui remettre ma carte magnétique. Me voilà dépouillé de mon passe-droit.
La gorge serrée, les larmes aux yeux, je lui demande d'être indulgent, lorsqu'un futur employeur appellera pour des références sur mon compte, car comme je l'explique, je ne suis pas un employé fainéant et hermétique aux procédures..... Surtout qu'ils m'ont employé durant 5 mois, je ne devais pas être si pire....
Mais bon !
Suite à ce bref échange final, je pousse la porte de sortie, le soleil éblouit mes yeux noyés dans mes larmes encore chaudes. Je monte dans ma voiture sans me retourner vers ce qui est déjà un souvenir amer. Direction un de mes amis, j'ai besoin de parler....

Les jours se suivent, tous aussi ternes, je repense à la violence cachée de la scène, où aucun mot n'a été plus fort que les autres, mais prononcé avec une fermeté toujours plus grande. Eh oui c'est ça aussi le Québec, l'employé n'est pas aussi protégé qu'en France. Il faut être préparé aux situations changeantes. Et c'est à mon tour ! Je ne sais pas trop quoi faire, je me questionne sur mon avenir. Quoi faire ? Dans l'absolu je me décide à me reposer.

Ajouté à mon amertume et à ma tristesse, ma mère m'apprend la détérioration de la santé de mon grand-père à la veille de ses 80 ans. En effet, depuis le début de l'été, il est malade, et rien ne va en s'améliorant. C'est un coup dur, d'autant que je ne peux pas, bien entendu, être auprès des miens, même si ma présence de l'autre côté de l'Atlantique n'y changerait rien. Aussi, cette situation ravive la peur d'être confronté sous peu à mon premier deuil à distance, si loin de ma famille....

Décidément, ce mois de juillet sera certainement marquant depuis mon aventure au Québec.
Jour 7 (mardi): je reçois un courriel d'une amie. C'est une offre d'emploi pour un remplacement de deux mois au Lac St-Jean à trois heures et demie de route de Québec. C'est un poste de coordonnateur en environnement au Comité de Bassin Versant de la Rivière Ticouapé. Cet emploi correspond pleinement à mes attentes futures. Je me précipite sur mon téléphone. S'en suivent une succession d'appels. Finalement, lors de l'ultime appel, la responsable me convoque à un rendez-vous le jeudi à 11h.
Il me reste deux jours pour coucher sur papier les armes de mon curriculum vitae.

Le jour J, il est 7h, ma voiture s'engage sur la route de mon avenir. Les premiers rayons du soleil baignent au milieu d'une atmosphère brumeuse s'échappant de la forêt. Les fumerolles naissent à la surface des lacs bordant la route, telle les vapeurs d'une eau bouillante. Je dois traverser la réserve des Laurentides, emprunter la route du « petit parc ».
Imaginez une route sinueuse aux montées et descentes parfois prononcées à-travers la montagne recouverte de forêts d'épinettes, où lacs et rivières nordiques ont su faire leur place dans ce paysage extraordinairement sauvage. A chaque fois que je m'élance sur ce trajet, je pense aux premiers hommes qui ont bâti cette route, défriché les bois, dynamité la roche, pour rendre accessible l'inaccessible.
Deux heures et demie d'évasion pour rejoindre au détour d'une dernière courbe, la région Lac St-Jean où les plaines alluvionnaires sculptées par l'ère glacière sont aujourd'hui recouvertes de champs cultivés, de prairies et de bleuetières (champs de myrtilles). Depuis une heure, je roule sur la route169 nord qui longe le lac St-Jean. J'arrive St Félicien, à St-Méthode plus précisément, je suis prêt pour mon entrevue.

Au terme de celle-ci, j'ai su apposer les mots pertinents pour convaincre mon interlocuteur de me choisir. Le lundi suivant, je suis coordonnateur du Comité de Bassin Versant de la Rivière Ticouapé par intérim à St Félicien, la chasse au nouveau logement reprend....

Ainsi, en l'espace d'un mois, je n'ai pas seulement déménagé d'un appartement à une maison, mais j'ai plutôt déménagé de vie, un peu comme une seconde immigration, non pas vers l'ouest, mais vers le nord.
En si peu de temps, j'ai expérimenté le fameux déménagement chronique chez les Québécois. J'ai profité du principe du « réseautage », très utile au Québec, lorsque l'on cherche un emploi. Et pour finir j'ai testé ce qu'on appelle le retour en région !
Aussi de ce congédiement, j'en retire un emploi dans mon domaine professionnel.
Pour ce qui est de mon grand-père, au milieu du mois d'août, il est sorti de l'hôpital avec une amélioration de son état de santé.

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Un bilan en famille

Benito

Avant de vous exposer mon regard sur ma vie, j'ai aujourd'hui l'occasion de vous offrir le regard de ma Maman sur cette situation que je leur ai imposé malgré moi. Ainsi, ma Maman a exprimé ses impressions dans une première chronique. Celle-ci m'a touché, non seulement par le poids des mots, mais aussi par le fait que je ne suis pas un fils toujours très communicateur avec mes parents. Dans cette chronique, j'ai pu lire des choses que nous nous n'avons jamais partagé :


Je vous la livre dans toute son intégré, avec son titre en prime :


Chronique d'un départ


Pour nous le Québec est désormais une région du Globe qui nous intéresse beaucoup. Nous avons appris à connaître un peu sa géographie, sa population, nous essayons de comprendre sa vie politique, sa vie économique et nous lisons tout ce que nous pouvons qui nous parle de cette « Belle Province ». C'est toi qui nous l'a fait découvrir et nous y intéresser c'est se rapprocher de « ta nouvelle vie ».



Et oui, nous avons compris que c'est de l'autre côté de l'Atlantique que tu veux essayer de construire quelque chose. Bien sûr tu nous manques, cependant, nous sommes si fiers de toi, car tu fais vraiment ce que tu as choisi.....Et c'est à travers cette expérience que pour nous parents, la belle expression « mettre au monde un enfant » prend tout son sens. Et puis tu restes en famille car tu es chez nos cousins québécois.



Nous ne t'avons pas vu passer de l'étudiant à l'adulte. En effet tout a été si rapide depuis ce soir de décembre 2002 où les yeux brillants de joie tu nous a annoncé « j'ai un stage au Québec ! ».Et c'est en partageant ton enthousiasme que nous avons essayé de t'accompagner dans tes démarches et malgré nos inquiétudes, nous nous sommes réjouis avec toi à la concrétisation de ce projet.


Mais pour nous c'était un stage que tu vivais bien. Cela te permettait de découvrir un autre pays. Tu savourais tes escapades à la découverte de grands espaces naturels, et tu nous faisais partager tout cela dans de nombreux courriels.


Puis de retour en Novembre 2003, c'est avec un peu de surprise mêlée d'interrogations que nous avons compris que tu voulais faire une demande « d'immigration permanente ». Et pendant 6 mois, nous avons vécu au rythme des différentes étapes administratives nécessaires à ce départ en mai 2004.



En août 2005, nous pouvons enfin « situer le décor » lors de notre voyage en famille. Pour nous c'est une découverte rassurante, nous pouvons désormais avoir des images en direct du Québec, ce n'est plus du virtuel.



Et c'est pour ce Noël 2006 que tu arrives enfin, c'est un moment que nous attendions tellement depuis 18 mois sans se voir.


Mais tu arrives en vacances, ici tu penses à tes amis, ceux que tu as laissé pour 3 semaines. Alors que pour moi tout passe si vite que j'ai eu le sentiment de ne pas avoir été à la « hauteur » de tes attentes (ou de miennes !).


Par moments, je te sentais absent, lointain, et j'avais l'impression que nous vivions en décalage. Tu as dû te réadapter à la famille et nous à toi.


Tu pensais à tes amis, à ton travail. Et quelques jours avant ton départ, tu as même commencé à préparer ton planning reçu par email ! Bien que ce soit une preuve d'intégration au Québec, c'était un peu difficile de te voir ainsi déjà prêt à repartir car pour nous ton « chez toi » est si loin.



Quand nous t'avons accompagné à l'aéroport, tu es parti sans te retourner, peut être pour cacher quelque émotion mais aussi d'un pas sûr car tu retournais chez toi.



A la lecture de ce récit, j'ai respiré deux fois, seulement un Oh de ma bouche est sorti, mon âme à été touchée en son cœur, d'un coup j'ai pris conscience de l'impact des mes choix vis-à-vis de mon entourage, je deviens à la fois le fils expatrié pour ma famille, le cousin d'Amérique, l'ami éloigné, l'âme errante dans un autre monde,....


Je suis ni attristé ni heureux simplement pensif....


1, 2, 3, 4, presque quatre ans se sont écoulés depuis mes premières foulées sur les terres du Nouveau Monde. Me semble que le temps passe drôlement vite. Ceci dit, je ne connais personne qui affirmerait que le temps passe lentement. Mais bon !


Selon un bref historique du mois de mai,outre le fait que c'est le mois de ma fête, le mois de mai a toujours été mon mois de prédilection. L'été s'installe en France tandis que le printemps est encore bien ancré au Québec. La nature s'exhibe sans aucune pudeur, nous assistons à une formidable explosion démographique de tout ce qui vit autour de nous.


J'ai toujours eu un petit faible pour le printemps, particulièrement depuis que je suis au Québec, où cette saison prend tout son sens après des mois de cristallisation sous une épaisse couche de neige. Le mot renaissance s'applique parfaitement à cette situation, où le blanc de la neige s'incline face aux « vertes prairies » ! Les parulines et autres passereaux, après avoir fui notre hiver rigoureux sont de retour. Les hirondelles bicolores reprennent leurs éternels ballets acrobatiques de haute voltige à la poursuite d'insectes volants non identifiés !



Et depuis que ma relation avec le Québec a débuté, le joli mois du muguet, est particulièrement florissant en souvenirs et en évènements plus ou moins majeurs, mais tout aussi marquants ! Voici une brève chronologie :


- 17 mai 2003, je sors de l'avion, l'air Montréalais s'engouffre dans mes poumons, mes yeux contemplent un nouveau monde, l'aventure commence pour 4 mois à l'origine, 6 mois au final,


- 30 mai 2004, je récidive par une nouvelle escapade au Québec, mais cette fois, mes valises auront le temps de prendre la poussière avant un séjour ultérieur chez les gaulois,


- mai 2005, comme les années précédentes je reprends ma job d'été au Comité de Valorisation de la Rivière Beauport,


- mai 2006, je pars pour un périple dans les Maritimes qui me mènera jusqu'au français de St-Pierre-et-Miquelon,


- mai 2007 .... à date ce ne sera pas un mois particulier, sauf si j'entame mes procédures de citoyenneté, histoire de ne pas rompre la tradition et de renvoyer le moi de mai au sein de la gang des mois sans surprise !
J'ai bien acheté un bicycle au mois de mai, mais je doute que ce soit pertinent.


Il y aura tout de même eu les élections présidentielles, mais ce n'est pas un évènement très personnel. Néanmoins, ces dernières m'auront marqué, par l'ampleur médiatique autant en France, qu'à l'étranger. Jamais, je n'aurais cru que les Québécois m'en parleraient tant. Maintes fois, au lendemain du 6 mai, mes amis et mes collègues de travail, me demandaient :


-« Pis, as-tu gagné tes élections ? »


Avec un petit rire jaune, je leur répondais que non. Ce sera peut-être pour la prochaine fois, dans cinq ans, j'aurais alors.... trois décennies dernière moi ! Aïe, ça fait mal, de se projeter si loin dans le futur ! Cinq ans c'est plus d'années, que le nombre que j'ai vécu ici ! Peut-être je serai alors en France, cette fois ? Et si je suis encore au Québec, il est possible que les élections françaises soient loin de mes intérêts.


Qui vivra verra comme dit l'autre



En tout cas, je constate que ça fait longtemps que j'ai partagé avec vous un monologue relatant une tranche de vie
Par où commencer car il s'est tout de même passé des choses depuis mon retour de voyage en décembre 2006.
PREMIÈRE chose qui me vient à l'esprit en sillonnant la route des souvenirs, c'est que justement je prend tellement plaisir à me déplacer avec mon auto neuve. Je ne me lasse pas de l'odeur du neuf, lorsque j'y prends place.


Second changement, le 26 février, j'ai changé de job, j'ai quitté la précarité que m'offrait les inventaires, pour intégrer une compagnie pharmaceutique, la 2ème mondiale, (j'affectionne particulièrement les compagnies mondiales !) dont le nom vous dira sûrement rien : GlaxoSmithKline (G.S.K)..


Le siège social est situé en Belgique, deux succursales sont installées en France. Faut croire que je suis attiré par les compagnies ayant investi la France !


A Sainte-Foy (Québec) nous fabriquons des vaccins contre la grippe pour le Canada et normalement bientôt pour les Etats. Pour ceux qui pensent qu'il n'existe pas de grandes compagnies à Québec..... en voici un exemple contraire.


Je précise que j'ai profité du meilleur moyen de communication : le réseautage (le « piston » pour les français) !


Mon salaire devient plus que respectable, me garantissant par conséquent un bon niveau de vie, et je suis syndiqué. Me v'la davantage québécois !


Je ne pensais pas un jour intégré ce milieu-là, ne correspondant pas tout à fait à mon éthique. Mais, à moment donné, j'ai besoin de vivre, et non toujours espérer qu'un contrat en environnement s'offre à moi à un salaire plutôt moyen. Il est bien loin le Benito, partisan, ne jurant que par le travail en écologie et autres métiers connexes. Je ne renie pas pour autant ma passion pour la nature, mais j'opte pour participation moins active, .....pour le moment. Je ne sais pas encore si cette situation me satisfera encore longtemps, l'avenir me le dira. Peut-être que je finirai aussi par reprendre des cours pour me spécialiser dans le travail d'éco-conseiller, dont la job est d'éduquer une compagnie à mieux préserver l'environnement tout en réalisant parfois des économies. Je pense que c'est un métier d'avenir.


Par ailleurs, j'ai passé deux concours du gouvernement provincial pour rentrer dans la réserve des techniciens, et entre autres des techniciens agricoles. A ma grande surprise, je les ai réussis tous les deux. Mon nom est ainsi sur une liste pour une période d'un an, durant laquelle je peux être appelé à travailler pour eux.


Lorsque j'étais à l'état d'enfant rêveur, je disais à ma mère


- « Quand je serai grand, est-ce que je pourrai avoir plusieurs métiers. »


Avec le sourire d'une mère ne voulant pas mettre mes espoirs à terre, elle rétorquait gentiment


« Peut-être mais ce sera difficile. »


Eh bien c'est fait, actuellement je suis opérateur dans cette compagnie, je suis superviseur en inventaire, et animateur-nature à mes heures. Eh oui j'ai d'là misère à me départir des mes anciennes jobs ! Résultat, je suis « sur-occupé », mes temps libres sont des légendes, et mes amis me prennent pour un fou, sans compter mon corps qui se tue à essayer tous les stratagèmes possibles et imaginables pour que je slaque (diminue) un peu.


Ce qui se traduit par une fatigue parfois extrême, une tendance à ne plus savoir où donner de la tête. Néanmoins, je parviens à surmonter ce surmenage, les 35 h sont loin de faire légion chez-moi.


C'est un peu le revers de la médaille, de cette liberté de travail qu'offre le Québec. Contrairement à la France, au Québec, travaillez tant que vous voulez personne ne vous en empêchera, le gouvernement se contentera simplement d'accroître les prélèvements d'impôt !


Etant donné, que j'ai d'la misère à me poser des limites, que j'ai une tendance à avoir peur de manquer, et que je veux compter sur moi, je rentre alors dans un cercle vicieux dont il m'est difficile de m'en sortir. Il est tellement plus facile de travailler sans se poser de question que profiter pleinement de la vie sans se soucier de rien.


Mais promis cet été, je vais essayer de vivre !


D'ailleurs ceci explique ma complète incapacité à honorer le calendrier des chroniques, et je m'en excuse publiquement auprès de mes lecteurs, et de Laurent et Laurence. Le problème c'est que je préfère être en retard que d'envoyer une chronique bâclée, c'est ma philosophie du tout ou rien ! Autant certains peuvent vous préparer quelque chose vite fait, écrit d'un seul jet, autant moi j'ai besoin de réflexion et de recul, c'est comme ça. Ce n'est pas par manque d'idées mais par la rigueur que je m'exige.


Autre changement est mon lieu de vie.... en juillet je quitte mon appartement, pour emménager dans une maison en colocation. Affaire à suivre.....


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Rendez vous dans la Capitale Nationale

Benito

Après une première entrevue à propos de mon retour en France, nous allons poursuivre dans cette lancée avec cette fois-ci un thème qui relance un débat récurrent: Québec versus Montréal. Aujourd'hui, vous saurez tout du pourquoi j'ai choisi Québec. Et pour donner aussi des points à Montréal, je soulèverai ses avantages même si j'ai délaissé cette ville pour la ville de Québec.



Qu'est-ce qui t'a amené à la ville de Québec plutôt qu'à Montréal comme la majorité des immigrants ?


La ville de Québec, et particulièrement l'arrondissement de Beauport est là où tout a commencé. Comme dans un livre, il y a forcément une première page. Eh bien la ville de Québec est la première page de mon histoire québécoise. Et la préface a été écrite en France. Alors que j'étais en pleine recherche de stage au Québec, dans le cadre de mes études, mon regard s'est arrêté sur une dizaine d'organismes environnementaux répartis aux quatre coins de la province : à Québec, au Lac St-Jean, en Gaspésie et à Sherbrooke. Après une flopée de courriels puis une ribambelle d'appels téléphoniques, j'ai eu une offre au Lac Saint Jean à Dolbeau, une en Gaspésie à Port-Pabos et une à Québec. Pour des raisons de centralisation géographique, d'offre de stage correspondant le mieux à mes attentes et à mes compétences, et non des moindres parce qu'ils étaient les premiers, j'ai choisi Québec !
Par la suite, lors de mon retour au Québec pour m'y installer, j'ai préféré poursuivre la construction de ma nouvelle vie là où j'avais au préalable coulé les fondations, soit à Québec. D'autant que mon ancien employeur québécois me proposait un emploi rémunéré, sans parler de mes amis, tous vivant à Québec.
Et pourquoi pas Montréal ?
C'est bien simple, je n'y connaissais personne et je n'aime pas la vie dans les grandes villes. Il me faut de l'espace…

Quebec vue de l ile d orleans


Quels sont les avantages de Québec ?


Tel que je l'ai mentionné précédemment, Québec est une ville centralisée, pas plus éloignée de la Gaspésie que de la Côte Nord, elles-mêmes trop éloignées de Montréal…
Je ne suis pas plus loin de Chicoutimi que de Montréal. Bref, j'ai le choix de partir en vadrouille en forêt, en ville ou en campagne.
Québec est ma Corse à moi, où la ville côtoie la forêt et chatouille la campagne !
Québec me séduit avec ses allures de ville sans gratte-ciel avec une âme européenne ancrée au plus profond d'elle-même depuis près de 400 ans. Un cœur français protégé d'une cage thoracique nord-américaine.
Une ville à la campagne avec la forêt au nord, l'agriculture au sud et traversée par des artères menant aux quatre coins de la province. La vie du travailleur québécois n'est pas ponctuée par de la congestion chronique hormis aux heures de pointes incroyablement plus dérisoires qu'à Montréal.
D'ailleurs, la fréquence de journées de smog en témoigne.
Pour les adeptes de la neige, c'est la bonne place ! La capitale nationale est située parmi les endroits les plus neigeux du Québec.
Le logement y est encore abordable. Sauf si l'on habite dans les quartiers les plus huppés. Et un autre « avantage », la population est davantage francophone qu'à Montréal.
Et pour les étudiants, l'université Laval offre de nombreuses formations avec diplômes.



Et les désavantages ?


J'entends déjà les pro-Montréalais s'exclamer que la job se trouve plus facilement à Montréal qu'à Québec. Là-dessus je ne suis pas tout à fait d'accord. En effet, le marché de l'emploi de Québec est tout à fait florissant, d'ailleurs, je n'ai jamais manqué de travail. Les jobs offertes sont diversifiée sauf dans les secteurs tel que l'informatique.
Le transport en commun n'est pas des plus performants surtout dans les secteurs périphériques au centre-ville.


Est-ce moins important qu'être habile avec l'anglais à Québec par rapport à Montréal ?
L'anglais est-il moins nécessaire à Québec qu'à Montréal ?


Pour ma part, j'en ai jamais eu besoin, ou le peu de fois c'était lors de mes déplacements hors province et lorsque je dois lire des procédures en anglais pour mes inventaires. Aussi, je n'ai pas une job qui me demande d'utiliser l'anglais mais j'imagine que dans le domaine de l'informatique, du commerce et dans tout service à la clientèle, l'anglais est un atout et parfois une obligation face à une clientèle anglophone. Mais la situation est incomparable à Montréal où il existe beaucoup de compagnies anglophones où l'usage du français est minime.
En conclusion, à Québec nous pouvons facilement nous passer de l'anglais étant donné la minorité d'anglophone.



À part le Vieux-Québec bien connu des touristes, qu'est-ce qui est beau dans la région de Québec ?


Très bonne question. Assez subjective mais il est vrai qu'il existe « les incontournables » :

- Les chutes de Montmorency, spectaculaires et plus hautes que les chutes de Niagara.

- Le Parc Jacques Cartier,

- Les pistes cyclables qui sillonnent la ville,

- Le musée de la Civilisation,

- Les stations de ski dont le Mont Ste-Anne,

- Le Cap Tourmente, zone naturelle en bordure du fleuve.


J'en oublie sûrement, mais il ne m'en vient pas d'autres à l'esprit. Je lance donc un appel au Québécois…

Quebec activites plen air

Te sens-tu près de la nature à Québec ?


Oui, même si je ne me sentais jamais assez près de la nature. Dans la ville, de nombreux parc ont été créés, tel que le parc Maïzeret (pdf), le bois de Coulonges. Et comme je l'ai dis plus haut, le Parc provincial Jacques-Cartier, situé dans la réserve des Laurentides, est une bonne occasion de s'évader de la ville à 30 min de chez-nous, toute l'année. Aussi, le fleuve est à lui seul un chef d'œuvre naturel !

De l'autre bord des ponts, vous avez aussi une immense tourbière non aménagée, la « Grande Plée Bleue ». Je pourrais encore vous nommer la réserve de Duchesnay, la station Stoneham. Bref, vous en avez pour un bon bout de temps à parcourir tous les secteurs naturels qui entourent Québec.



Quelles escapades dans la nature préfères-tu à Québec ? Quelles sont les choix ?


A chaque hiver et au moins une fois durant l'été, je pars marcher dans les Hauts de Beauport (ancienne ville fusionnée à Québec), la forêt y est peu présente et il existe seulement que de petits chemins de terre.
L'hiver, je vais aussi sur la rive-sud observer la chouette Harfang.
Hormis les autres coins cités plus haut, j'aime me rendre à la base plein-air de Ste-Foy y faire naviguer mon voilier télécommandé (une maquette d'un mettre de long, 1,70 m de haut).



Y a-t-il beaucoup de jobs en dehors du fonctionnariat ?


Oui, Québec est une ville multidisciplinaire où tous les corps de métiers sont représentés. N'oubliez pas que les fonctionnaires ont besoin de manger, de s'habiller mais aussi d'avoir des loisirs ! Aussi, Québec est un lieu stratégique pour les entreprises qui ont des marchés en région.



Est-ce que le stress de la vie de tous les jours est moins fort à Québec qu'à Montréal ?


Je n'ai jamais vécu dans une ville où la vie est stressante. Par contre, plus tu vas en région, plus la population est « relax » et détendue. Alors j'imagine que dans une ville telle que Montréal, le stress peut être plus important. Plus la concentration humaine augmente, plus le stress augmente. Cependant, la tolérance au stress dépend de chacun, certains sont stressés dès qu'ils sont dans une ville comme Québec tandis que d'autres, rien ne les affecte .
Néanmoins, Québec est réputée comme étant moins stressante et Montréal moins stressante que beaucoup de villes françaises… alors c'est selon la tolérance au stress de chacun.



Y a-t-il beaucoup d'activités culturelles à Québec ? Peux-tu me parler de celles que tu préfères ?


Bien entendu, Québec s'est doté de plusieurs musées dont celui du Port et celui de la Civilisation où de grandes expositions sont présentées. Une des dernières en date est celle de Tintin et auparavant celle de la Russie avait été montrée.
En plus, des expositions, de nombreuses manifestations ponctuelles sont offertes tout au long de l'année :

- Le Carnaval de Québec,

- Le Festival d'été: Cette année Les Cowboys Fringants, Renauds, Trio, Manu Chao s'y exécuteront,

- Le Festival Juste pour Rire,

- Les feux d'artifice de Loto-Québec,

- Les fêtes de la Nouvelle-France,



Au niveau sortie, c'est comment à Québec ?



Il est évident que le dénombrement des bars et clubs de la ville de Québec est incomparable à celui de Montréal. Mais la diversité est au rendez-vous le long des deux rues phares de la ville. En effet, la Grande Allée, jumelle de la rue Ste Catherine à Montréal, et la rue St Jean, abritent des bars pour tous les goûts. Que vous soyez adepte de la musique techno, du rap, de la musique Québécoise, du rock, ou encore de la musique latino, vous serez comblé ! Aussi, vous aurez le choix entre une ambiance décontractée où l'on peut jaser sans élever la voix au point de se crier après ou alors vous pourrez aller trémousser votre corps sur une piste de danse. En conclusion, y'en a pour tous les goûts et tous les porte-monnaies,



Peux-tu me parler du quartier ou des quartiers où tu as habité à Québec ?



J'ai habité dans deux quartiers tout à fait à l'opposé de l'un de l'autre. Le premier: Beauport. C'est un quartier plutôt calme, un peu excentré situé sur les hauteurs de la ville surplombant par endroit le fleuve. Toutes les strates de la population y sont représentées : jeunes/vieux, riches/pauvres…

Vous y trouverez de nombreuses grandes épiceries, quincailleries et à l'opposé des dépanneurs de quartiers.

Et actuellement je vis à Ste-Foy, l ‘arrondissement étudiant par excellence, l'université en est à l'origine. Ste-Foy se caractérise par de grands centres d'achats, le marché de Ste-Foy et les Halles.



Est-ce difficile de se lier d'amitié avec les gens de Québec ?



Non, pas spécialement. Pour ma part, j'ai fraternisé avec le commis du dépanneur à côté de chez-nous, il est devenu un véritable chum (ami). Néanmoins, les relations amicales ne se lient pas aussi facilement qu'en région. Je n'ai jamais eu de misère mais j'avoue posséder une facilité à nouer relationnelle. L'essentiel est de ne pas hésiter à aller vers les autres sinon tu risques d'attendre et le plus important c'est qu'il est indispensable d'entretenir la flamme de l'amitié au risque qu'elle s'éteigne d'elle-même.



Aujourd'hui, j'ai des amis de toutes sortes, issus de milieux sociaux-professionnels différents. L'effet boule de neige y est pour beaucoup puisque mes amis me présentent à leurs amis et tout s'enchaîne !



Comment perçoivent-ils les immigrants qui sont vraiment minoritaires à Québec ?



Cette question est plutôt difficile à répondre sachant que la réponse ne peut qu'être particulièrement subjective. A mon avis, les immigrants sont relativement bien acceptés dans la mesure où ils se font « discrets » et où ils n'imposent pas leur manière de vivre et de penser aux Québécois.

Parmi les immigrants, ceux originaires de la France semblent avoir la cote la plus importante.



Que penses les habitants de Québec des Montréalais ?



Inutile d'épiloguer sur le fait qu'il existe une certaine « rivalité » entre Québécois et Montréalais similaire à celle qui persiste entre Parisiens et Français provinciaux. Ainsi, les Québécois qualifient les Montréalais de citadins qui s'imaginent être les seuls vivant dans une « véritable ville » et non dans un « village » ou l'emploi et l'animation riment avec morosité… Ainsi, nous y voyons un certain « snobisme ».

Parfois, les habitants de Québec soulignent les phénomènes de violence existants à Montréal avec notamment la présence de gangs de rue. Montréal est aussi la ville où l'immigration est la plus marquée.



As-tu bien été accepté comme Français ?



A partir du moment :

- que tu es capable de rire lorsque l'on te qualifie de maudit français,

- que tu endures avec sourire les québécois imitant piètrement ton accent,

- que tu ne compares pas la France au Québec à chaque instant,

- que tu ne reprends pas les paroles des Québécois à coup de syntaxe.



Si tu remplis ce contrat tacite, t'es correct ! Pour répondre à la question, oui je l'ai rempli. Je me considère tout à fait bien accepté.



Y a-t-il beaucoup de Français à Québec ?



Beaucoup moins qu'à Montréal, environ 4000 âmes hantent le comté. Néanmoins, la population française est suffisamment représentée pour que je croise régulièrement des compatriotes à la job et par l'entremise de mes amis ou encore dans la rue.



Que penses-tu de tous ces immigrants qui choisissent en majorité Montréal ?



Joker. Ils ont bien raison, nous sommes bien assez à Québec.

Ben disons que s'ils sont restés à Montréal par choix c'est tout à fait respectable mais si c'est seulement la peur de ne pas trouver de job ailleurs qui les pousse à rester à Montréal.... c'est bien dommage pour eux.

Aussi, j'ai l'impression qu'ils forment une « mini France » sur le Plateau, (quartier de Montréal). Ont-ils peur de se sentir seuls et déracinés s'ils osent s'aventurer en dehors de Montréal? Ils semblent également aspirer davantage à vouloir vivre à la « française ».

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Un premier retour depuis l’immigration

Benito

L’an passé, lors de ma dernière chronique, je vous ai dit que la suite

serait écrite à l’Est, dans mon pays natal (l’ouest). Finalement, elle sera

écrite en 2007 plus de deux mois après mon retour au sud de la ville de

Québec. Disons que le mois de janvier a été particulièrement « rushant »

(difficile). Pour vous donner une idée, je travaillais 80 heures par

semaine…Cette épreuve passée avec succès, je vais être davantage disponible

pour la rédaction de mes chroniques.

Pour cette première de l’année, je me suis prêté au jeu de « l’interview » …

euh de l’entrevue par Laurence Nadeau à propos de mon voyage en France.



Question numéro 1 : Quelle était ta perception de ton retour avant le

décollage pour la France?



Dans la mesure où je n’avais pas réussi à réaliser que je partais pour la

métropole, il m'est difficile d’exprimer ma perception de mon retour avant

de traverser l’Océan Atlantique. Pour resituer le contexte de mon départ :

je terminais une année assez chaotique avec de très longues périodes de

travail intensif, j’étais quasiment dans le « rush » permanent. J’avais donc

besoin de vacances. Ainsi mon retour en France s’inscrivait autant dans

l’optique d’un retour aux sources que dans l’attente d’un repos bien mérité.

Il est certain que j’étais autant impatient qu’excité à l’idée de m’envoler

vers la France après deux ans d’absence…

Néanmoins, je m’apprêtais à ressentir de fortes séquences émotionnelles avec

toutes ses retrouvailles qui s’en venaient. Aussi, j’imaginais être

confronté aux sentiments réciproques vis-à-vis des miens. D’ailleurs cette

intuition m’apportait une certaine appréhension, sans non plus me stresser.

Dernière chose, lorsque je réfléchissais à ce que j’allais vivre, je voyais

tellement en moi, le cliché du fils qui revient au pays après avoir vécu

tant de chose à l’étranger. Vous voyez? Comme dans les films!



Question numéro 2 : Qu'est-ce qui t’a le plus surpris en France



Ca va peut être paraître ridicule, mais une de mes plus grosses «surprises»

a été lors de mon premier réveil dans mon ancienne chambre, chez mes

parents. Imagine la scène: mes yeux s’ouvrent, la pièce est encore baignée

dans la noirceur. A cet instant, une certaine frustration (contrariété)

colonise ma tête, comment ça que je me réveille en pleine nuit? Mes yeux

cherchent désespérément le moindre cadran (réveil) afin de me replacer dans

l’espace-temps, mais en vain, rien à l’horizon…

Je me lève. Je tire l’épais rideau. J’ouvre la fenêtre, puis le volet. Et

là… le soleil éclabousse mon visage! Il est près de midi. Je viens de dormir

12 heures, et je suis encore plus fatigué que la vieille ! Le décalage

horaire sévit encore sur mon horloge biologique. Et j’avais oublié quel

effet ça fait de dormir dans une chambre où il fait noir une fois les volets

fermés, et ce, même lorsqu’il fait jour dehors.

Pour ceux qui ne le savent pas, au Québec, les volets sont aussi rares que

les ours dans les Pyrénées. Pas facile de dormir au début, lorsque le soleil

inonde ta chambre à partir 6 h du matin, malgré les rideaux, mais on

s’habitue, tout comme, on oublie la noirceur…



Par rapport à mes à priori évoqués au début de l’entrevue, eh bien je me

suis fourvoyé en grande partie étant donné que ma réapparition dans le

décors français s’est déroulé en toute simplicité, comme si je n’étais

jamais parti ! Désolé, pour ceux imaginant des larmes couler sur mes joues,

seul un large sourire se dessinait sur mon visage.



Question numéro 3 : Est-ce que tes parents ou amis t’ont trouvé changé ?


Je répondrai par un OUI majuscule! J’imagine que tu attends un complément à

cette réponse. Premièrement, ma famille avait déjà eu un aperçu de ma

«québécoitisation» lors de leur passage au Québec en 2005. Ils avaient noté

la modification de mon accent et de mes expressions utilisées. Ajouté au

son, l’image a aussi été modifiée. En effet, je suis devenu plus expressif

dans ma gestuelle, dans l’expression de mon visage lors des échanges

verbaux. Je me plais à dire que le Québec m’a appris à sourire! Non pas

qu’en France je faisais perpétuellement la «baboune» (la gueu… pour rester

poli), mais disons que j’étais moins extraverti. Alors est-ce le simple fait

de changer de vie, ou bien l’exposition à l’air québécois ? Je ne sais pas,

sûrement un peu des deux! Et pour attester mes propos, il suffit de comparer

la photo de mon permis de conduire français et celle de son homologue

québécois… A part de d’ça, je ne me souviens pas avoir eu d’autres remarques

à mon égard.

Il est à noter que ce sont mes amis et toutes les personnes rencontrées qui

ont le plus réagi au timbre de ma voix.

Pour l’anecdote, lors d’un entretien téléphonique avec un de mes chums:

- je lui dis : « j’ai hâte de passez chez vous »

- à cette parole, il s’exclame : « comment ça que tu me vouvoies

maintenant ? ».

Eh oui en français de France, j’aurais plutôt dis «j’ai hâte de passer chez

toi!»

Un autre exemple, lorsque je disais à mes amis «on se verra tantôt» pour

signifier «on se verra plus tard (quelque soit le moment de la journée)»,

eux comprenait «on se verra cet après-midi». Je te laisse imaginer leur

incompréhension lorsque nous étions le soir…



Question 4 : Est-ce que la France avait changé à tes yeux ?


Plus ou moins. A mes yeux, la France est restée la même, tout comme ses

habitants. Néanmoins, j’ai noté la capacité des français à se sentir

opprimés par les forces de l’ordre de part une présence policière accrue

depuis quelques années. Sinon, mon pays natal est resté l’havre de paix pour

les produits du terroir, un lieu de prédilection pour la culture de «l’or

rouge» et la contemplation ainsi que la conservation des vieilles pierres!

D’ailleurs, j’avais oublié ô combien le paysage Vendéen nous rappelait la

richesse du patrimoine historique et culturel avec toutes ses bâtisses

surgissant du passé bordées d’arbres parfois centenaires…

Bon j’arrête là avant que la nostalgie ne gagne du terrain sur le présent !



Dans un autre ordre d’idée, ce sont mes petits cousins qui ont beaucoup

changé. Et mon absence a été suffisamment longue pour que certains aient de

la misère à me reconnaître. D’ailleurs, une anecdote me vient à l’esprit, la

scène se déroule en avant de chez-nous. Alors que j’étais en pleine

discussion avec mon père au sujet de la croissance des plantes égayant la

maison, une de ses connaissances qui circulait dans le quartier vient à

notre rencontre. Là mon père, me présente en disant: «je te présente Benoît,

mon fils qui vit au Canada, euh... au Québec» précise t-il suite à ma

demande… A ma stupeur, cet homme-là lui répond « Ah tu as un troisième

fils!» A cet instant, je me suis rendu compte que pour certaines personnes

j’étais inexistant. Mon absence a été suffisamment longue pour qu’en plus

d’éprouver le sentiment de jouer au touriste en France, dans une certaine

mesure, j’avais également l’impression d’être un étranger…



Question 5 : Qu’est-ce que tu as le plus apprécié lors de ton séjour ?



Il te suffit de réunir dans un même sac tous les mots teintés de bleu écris

un peu plus haut et tu auras ainsi rempli mon ballot de merveilleux

souvenirs.

En fait, il n’est pas de choses, d’évènements ou de rencontres que j’ai le

plus apprécié, mais plutôt l’agglomérat de retrouvailles familiales/amicales

et sensorielles (gustatives, visuelles, auditives et odorante). Je

m’explique: revoir ma famille, mes amis m’a fait énormément de bien, revoir

le paysage de mon enfance, profiter de la cuisine française, écouter les

chouettes hulottes hululer le nuit, écouter le retentissement des cloches de

l’église du village, sentir la nature «respirer» en plein hiver français

caractérisé par l’humidité ambiante…

Malheureusement, je n’ai pas pu et je n’ai pas eu l’énergie de revoir toutes

les personnes avec qui j’aurais aimé passer du temps. J’ai dû admettre que

l’on ne peut pas garder contact avec tout le monde. La vie est comme un

grand livre, il faut savoir tourner les pages si l’on veut découvrir la

suite. J’ai donc admis que je ne reverrais pas tout le monde, et certains,

je ne les reverrais jamais. Excuse Laurence, j’ai un peu abordé la question

suivante !



Question 6 : Qu’est-ce que tu as le moins apprécié lors de ton séjour ?



Les français !.... Non, non, n’écris pas ça Laurence ! C’est juste une joke

(farce). Plus sérieusement: le décalage horaire m’a davantage affecté que

les autres fois, la bière était moins bonne qu’au Québec, mais le vin

rattrapait généreusement sa consoeur à bulle, sauf certains petits vins de

cave, mais l’intention du propriétaire compensait le goût….

J’étais quelque peu agacé d’être baptisé «le Canadien» et non le

«québécois».



Question 7 : Quel chemin as-tu parcouru depuis ton immigration au vu de ton

premier séjour touristique en France ?


J’ai parcouru le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse,

St-Pierre… Plus sérieusement…

Professionnellement, aucun changement notable n’a eu lieu, mais disons que

j’ai poursuivi dans les mêmes voies….environnementales (cf. les autres

chroniques) mais les changements sont à venir. Disons que je me pose

toujours les mêmes questions.

Sentimentalement, la courbe est toujours aussi rectiligne.

Pour le reste, j’ai conforté mon intégration et par conséquent mon

assimilation. Je me sens encore plus à ma place, mon petit nid est

maintenant bien accroché à la branche de l’épinette….



Question 8 : Comment te sentais-tu lorsque tu es parti pour prendre ton

avion au retour ?



Pour ceux qui veulent des larmes, désolé, mes pupilles sont restées mates et

mes joues sèches. Disons que je suis génétiquement conçu pour ne jamais

vraiment réalisé ce qui m’arrive! Ainsi, mon départ fut simple et sans crise

émotionnelle. Par ailleurs, après un mois de vacances en France, j’étais

aussi satisfait de partir qu'heureux d’arriver quelques semaines plus tôt.

Même si j’avais pu faire plus de choses, j’ai su profité de ce séjour et

suis revenu… Je fredonnais la chanson d’Ariane Moffat «Montréal», elle

coïncidait tout à fait avec mon état d’esprit.



Question 9 : Et maintenant, comment te sens-tu?



Heureux! J’ai fini ma chronique et heureux de mon Noël 2006. Ces

retrouvailles ont été très bénéfiques.Et je peux enfin profiter à nouveau de

la poutine !

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Deux ans de résidence et...

Benito

Deux ans de résidence et un retour aux sources

Après mes pérégrinations, là-bas dans le nord, je vous propose cette fois de visiter mes pensées perchées au-dessus de deux continents, plus exactement de deux territoires francophones. L'un m'a vu naître, l'autre m'a adopté sans rechigner 22 ans après. Vous ne douterez pas qu'au sein de mon cœur les deux se chamaillent à coups de souvenirs, l'un les ressuscite, l'autre en fabrique....
Vous vous demandez peut-être, le pourquoi de ces quelques premières lignes. Bandes de petits curieux ! Je vous laisse votre imagination travailler un petit peu !
Et pis non, laissons faire les devinettes enfantines.

Chaque année, à pareille date, mes yeux s'ouvrent au petit matin du Jour du Souvenir. Voyez vous de quel jour fais-je allusion et surtout vers quel évènement je veux vous amener ?
Non, je ne suis pas un ancien combattant, non, mes paluches n'ont pas eu à tenir une arme à feu. Le 11 novembre 2004 signifie pour moi un aboutissement d'un projet de longue haleine. Eh oui déjà 2 années de bonheur (avec quelques embûches tout de même, rien n'est parfait) se sont écoulées depuis que la fameuse phrase « Bienvenue au Canada » arriva à mes oreilles.

Cette année, j'ai opté pour un cadeau bien particulier, inestimable. Je retourne saluer mon pays natal pour les fêtes de fin d'année. Désolé pour ceux qui espéraient une autre chronique évoquant une nouvelle prise d'otage par une tempête de neige pour les fêtes de fin d'année (voir chronique Noël 2005....). Là où je pars, la neige ne réserve que de brèves apparitions..... Cette année j'ai troqué un Noël blanc pour un Noël vert.
Par ailleurs, je préfère une tempête d'émotion, ça donne plus chaud au cœur !

Près de deux ans que mes pieds n'ont pas foulé le sol français, 699 jours (j'ai compté !) que je n'ai pas humé l'air salin sur les plages vendéennes, que mes mains n'ont pas effleuré le tronc du vieux chêne en arrière de chez nous (euh de chez mes parents)....

Enfin, avec ma famille, mes amis, nous allons rompre le lien artificiel de l'informatique, pour rétablir temporairement le lien naturel né de paroles, d'échanges et de regards, sans aucun filtre si ce n'est que l'air qui nous entoure..... Et cette fois, mes chums (amis) rigoleront de mes « la » en bout de phrase, de mon parler et de mes intonations semi-québécoises face à moi.
Wouaaaaaaa !

Réflexion faite, j'ai un peu menti, j'ai omis de relater les deux piqûres de rappel que j'ai reçu en deux ans.
La première : la visite de mes parents, de mes frères et d'une de mes tantes en août 05 et de ma visite dans « l'aquarium » français d'Amérique (Saint Pierre), mais là j'ai choisi l'immersion totale ! Le retour aux sources....

Après tout ce temps passé au Québec, je ne peux m'empêcher de faire un bilan. A la question habituelle :
- « tu t'y plais tu ici »
Je répondrais sans hésiter.
- « Oui ». J'ajouterais même que je suis heureux !
C'est sûr que la France, la famille me manque parfois. Mais ce n'est pas si pire puisque j'arrive à communiquer avec eux régulièrement. Ainsi, de ce côté-là tout va bien.

Il est vrai que d'un point de vue relationnel, les ponts se sont souvent transformés en passerelles, certaines se sont écroulées. La seule solution est de rebâtir avec les vestiges du passé. A contrario, les vrais amis sont restés. Maintenant à savoir qui est responsable des différentes ruptures, je ne sais pas, sûrement que les responsabilités sont mutuelles. Néanmoins je suppose qu'il sera possible de renouer avec mes anciennes connaissances.
D'ailleurs, à ce propos, j'ai peu planifié mes vacances, par manque de temps et peut-être de peur de désenchantement si je n'arrive pas à voir toutes les personnes souhaitées. Laissons faire le hasard des rencontres !
Petite réflexion en passant que serais je devenu si je n'avais pas immigré. Impossible de savoir et je crois que cette pensée n'est pas souhaitable puisque qu'elle est basée uniquement sur des « si » et des « mais ». Je l'éjecte donc rapidement de mon esprit.

Après tout ce temps, je m'attends à subir à un choc culturel inverse, ma vie n'étant plus tellement française mais plutôt québécoise. De l'eau a coulé sous les ponts depuis deux ans (malgré la sécheresse !), chacun a vue sa vie changer de son bord.

Lorsque j'étais petit je me souviens avoir posé une question à ma mère : à savoir si plus tard je pourrais exercer plusieurs métiers en même temps, afin de combler toutes mes envies.
Eh bien, c'est chose faite, aujourd'hui j'exerce entre une et trois jobs parallèles. Parfois, durant la même journée, je prends le rôle de superviseur en inventaire, ensuite j'anime des activités nature auprès d'enfants et pour couronner le tout j'endosse le métier de technicien en environnement du territoire.

Professionnellement, je n'ai jamais manqué de job. Mais il a fallu faire des concessions : finis les cinq semaines de congés payés (seulement deux), en majorité les congés sont devenus des périodes de chômages ou des congés sans solde ; les 35 h semaines se sont transformées en 50 voir 60h et plus. Les journées de 11 h et plus sont monnaie courante entrecoupées de journées beaucoup plus petites, de l'ordre de trois-quatre heures. Aujourd'hui, le samedi, le dimanche sont pour moi des jours ouvrables sans indemnités supplémentaires, les horaires de nuits sont logés à la même enseigne que les jours.

N'ayez pas peur les futurs immigrants, ce rythme de vie, je l'ai choisi, je pourrais très bien me contenter de beaucoup moins de travail. Néanmoins gardez en tête que la sécurité de l'emploi, je ne l'ai pas et de nombreux québécois sont logés à la même enseigne !

Je viens de clore ma quatrième saison au Comité de Valorisation de la Rivière Beauport en tant que technicien en environnement, une formidable expérience qui est restera le fil conducteur de mon intégration, car oui je me considère comme intégré. Pourquoi maintenant ? Je ne sais pas, il est difficile d'après moi de s'apercevoir de l'instant précis où l'on devient un immigrant intégré à la société québécoise. Néanmoins après deux ans de vécu, je considère avoir un réseau d'amis proches, j'ai toujours de la job à m'accrocher. J'ai épousé les bases de la culture québécoise, mon langage a évolué, mes habitudes de vie sont de moins en moins françaises....
Une dernière chose et non des moindres, j'ai dû réduire mes besoins en fonction de mes ressources financières qui ne sont pas extraordinaires. Vous me direz que ça coule de source, mais dans le pays du crédit, il est aisé de vivre au-dessus de ses moyens. Pour ma part, je vis avec un salaire annuel brute de 25000 $ sans me plaindre, surtout que mes priorités sont comblées. Je vis en colocation, je mange à ma faim, je peux sortir, et j'ai un vieux bazou (voiture à l'état de décomposition avancée !).

D'ailleurs, à ce propos j'ai dû mettre fin à notre relation quelques jours avant mon départ. En effet, la rouille avait élu domicile dans ma Mazda 323 de 1993. Et surtout ne sous estimez pas son appétit, elle a entièrement dévoré le dessous de ma voiture, le châssis, les portières,.... Pour résumer, le moteur et le radiateur étaient prêts à tomber, le tapis de sol bouchait les trous....

Lors de l'achat de votre auto, ne faite pas comme moi, jetez bien un coup d'œil sur la rouille, faite une inspection par un garagiste.
Ainsi, juste avant de partir j'ai dû remplacer « ma cour à scrap (casse-auto) sur roue », pour une Yaris 2007 en location, (en « leasing auto » comme dirais les français de l'hexagone) ! J'aurais ainsi l'esprit un peu plus tranquille....
Ainsi s'achève le bilan de mes deux ans de résidence permanente.

Le jour J tant attendu est arrivé. Il a une saveur de joie, saupoudré d'une petite dose de stress. Je dois prendre la bus à 11h ou 12h selon pour quel horaire je suis prêt. Bien entendu que serait ce voyage sans le fameux des casse-tête des valises. Au moins cette fois je m'y suis pris la vieille, mais au moment qu'elles ont été bouclées, v'la que la pesée est un peu pessimiste ! 25 kg chacune soit 2 kg de trop. Je soupçonne les douze bouteilles de 75cl, de bière Unibroue, que j'ai cherché âprement hier soir. En effet, je voulais une de chaque sorte. Au début je m'étais fixé à 8 mais devant l'ampleur du choix, je n'ai pu choisir, alors j'apporte la panoplie complète. J'ai dû visiter 10 épiceries et dépanneurs afin de toutes les réunir !
Aussi, je n'ai pu m'empêcher d'ajouter une bouteille de vin maison et deux d'apéritif maison répondant au joli nom Vendéen : La Trouspinette (de ma fabrication).

Bon faut se résigner à lâcher du leste, mais quoi, tout me paraît indispensable. Je me décide de me séparer de quelques morceaux de linge, mais hors de question d'abandonner une seule goutte de mon précieux breuvage ! Je verrais bien à l'aéroport, si cette dernière mesure aura été suffisante....

L'heure fatidique approche. Mes émotions sont camouflées par le stress du départ, la peur d'oublier quelque chose. Et il est certain que je vais oublier quelque chose, tant pis du moment que ce ne soit pas mon passeport et ma carte de résident permanent !

Midi approche, je dois vous laisser, une bus pour Montréal m'attend.
Ma prochaine chronique sera écrite à 5500 km à l'Est....

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Saint-Pierre : escale française aux Amériques...

Benito

Saint-Pierre : escale française aux Amériques

Si il y a bien une chronique qui me tient à coeur c'est bien celle là !
Vous savez dans la vie, certains souvenirs restent gravés à jamais dans notre mémoire. Des souvenirs que, lorsque nous les évoquons, déclenchent une décharge de bonheur instantanée !
Je crois que mon séjour à Saint-Pierre-et-Miquelon peut être classé dans cette catégorie.
Encore une fois, l'histoire se déroule au début de l'été, la fin de semaine du 18 juin (le jour de l'Appel.. en France). Je voyage à Terre-Neuve dans le cadre des inventaires. Nous nous trouvons à Marystown, charmante petite ville au sud de Terre-Neuve à 300 km de la capitale, Saint John's (je vous parlerai de Terre-Neuve une autre fois). Nous logeons dans un petit hôtel, l'hôtel Ville Marie, le genre d'hébergement « pas cher » fabriqué de murs en carton, où le plancher pousse des cris plaintifs sous nos pas. La vie en communauté y prend tout son sens.

Mais à l'intérieur il existe une cantine, où la nourriture, tout à fait bonne, est servie en portions généreuses pour une modique somme. Attenante à la bâtisse toute de bois vêtue, deux galeries en bois (terrasses) désignent chaque entrée. De grosses tables et chaises en bois sont à notre disposition pour déjeuner au soleil ! Et pour couronner le tout, à côté le barbecue est prêt à entrer en fonction. Tout cela pour dire que j'ai aimé ce charmant hôtel.

A une heure au sud, vous avez Fortune. Je vous préviens tout de suite, il n'y a rien de riche là dedans, du moins sur le plan mercantile. N'y cherchez pas de l'or où quoi que ce soit qui soit monnayable, la quiétude ça ne s'achète pas.
Ce petit port de pêche n'est pas un simple village, mais surtout une fenêtre sur le monde, une porte qui transforme l'espace-temps ! A 55 min de traversier et à une demi-heure de décalage horaire de Fortune, vous êtes en France ! Oui, oui, je ne vous compte pas des jokes (farce). Cela fait un an et demi que je n'ai pas été aussi proche de « mère patrie ». Dans le nom en tout cas, car enfin de compte, peut-on réellement assimiler la France à St-Pierre-et-Miquelon, la France d'Amérique ? Pas sûr !
En effet, même si là-bas l'euro règne en maître, même si les institutions françaises y sont bien ancrées, tel un chalutier français dans un port francophone à l'étranger, les français qui y vivent sont des St-Pierrais et des Miquelonnais, ils vivent en Amérique du Nord, ils ont leur identité propre !

Bref, je m'écarte de mon cheminement initial, à ce moment de mon périple, Saint-Pierre n'a de place que dans mon imaginaire. J'arrive donc aux abords du quai, là se dresse un imposant bâtiment gris, ce sont les Douanes Canadiennes. Ah oui, je ne vous ai pas expliqué la situation. Nous étions une bonne partie de l'équipe (environ 25) désireuse de visiter les îles, mais après un premier « écrémage » nous n'étions plus que 5 à posséder les documents requis, soit un passeport ou bien un extrait d'acte de naissance. Ensuite, il fallait embarquer dans le traversier, mais nous ne sommes pas encore à la saison estivale, les traversées se font rares. A l'hôtel, nous avions eu l'info qu'un navire partait le matin à 7h30. Arrivé au quai, point de bateau en partance de Saint Pierre, juste des chalutiers et autres gréments de Fortune ; même les douanes semblent inoccupées ! Seules quelques autos immatriculées SPM (Saint-Pierre-et-Miquelon, nous montre que nous sommes sur la bonne piste.
Néanmoins, la déception se lit sur nos visages d'infortunés. Nous déambulons dans les rues, dans l'attente d'un dénouement peu probable. Plus tard, l'accent français résonne à notre oreille, ce sont quelques plaisanciers Saint-Pierrais, à bords de leur voilier, prêt à appareiller, malheureusement, nous pouvons profiter uniquement de leur jovialité et de leur accent particulier. D'ailleurs, leur accent est un peu comme un alliage issu d'accent français et québécois.
Finalement vers 9H, l'office du tourisme chargé des réservations ouvre. Nous nous élançons à la rencontre de l'employé, là ils nous apprend que l'Atlantic Jet (trop hot comme nom !) offrira une traversée vers 14 h, mais le retour n'est pas avant le lendemain après-midi' Or, 3 d'entre nous travaillent demain, seul Rolando et moi seront donc les heureux élus. Mon compagnon de route, un « fali bouhomme » (expression désignant un petit monsieur en Vendée) d'une cinquantaine d'année vient des Iles Vierges.
Nous voilà donc en possession du précieux sésame. Le reste de l'équipe nous souhaite un bon voyage puis s'en retourne à l'hôtel. Il ne reste plus qu'à attendre le départ.

Après s'être restauré dans un restaurant, nous entamons une petite marche de santé dans la campagne environnante. Nous y découvrons un paysage sauvage, pittoresque, un brin enchanteur. Imaginez une rivière qui serpente au milieu d'une vallée fluviale verdoyante, couverte de conifères, de feuillus, de buissons et de prairies. Cette végétation homogène est ponctuée de lupin mauve, plante indigène qui cohabite ou plutôt qui endure l'incroyable colonisateur européen le pissenlit prêt à la confection de délicieuse confiture.
Au travers de l'eau translucide de la rivière, j'aperçois des truites attendant avec patience de relever un défi avec le pêcheur à la mouche qui joue au prédateur. Parfaite image qui reflète le film « Et au milieu où coule une rivière ».
Désolé je m'égare, j'en incrimine la beauté de l'endroit qui vous procure une bouffée d'oxygène.

Il est 14H30, il est temps de rejoindre le quai pour embarquer. Là, une foule est déjà amassée, elle doit une majeure partie de son nombre grâce à la venue d'un groupe d'élèves anglophone. Nous rencontrons M. Pascal Daireau, chargé de la promotion des îles françaises. Il travaille à l'Information touristique de Saint-Pierre. Il nous aidera plus tard dans le choix de l'hôtel et les suggestions de visites.
Enfin le navire, battant pavillon français s'arrime au quai. Une certaine excitation monte en moi, je vais aller en France. Ca parait tellement irréel. Je me trouve à Terre-Neuve à 4600 km de Paris, et à quelques encablures de la France (25 km) !
L'Atlantic Jet, bateau aux allures futuristes, s'élance sous un ciel bleu. Le confort nous change bien des traversiers Québécois, mais le revers de la médaille est l'interdiction de se rendre sur le pont humer l'air marin ! Tant pis. De toute façon j'ai vite évacué cette idée, lorsque la brume enveloppa notre embarcation.
Heureusement, ce caprice météorologique ne s'éternise pas jusqu'à Saint-Pierre. Il était simplement là pour donner l'illusion de changer de monde.
Le brouillard se dissipe, terre à l'horizon ! St-Pierre, « terre insolite » comme les insulaires la qualifient là-bas !
Les premières petites îles françaises pointent le bout de leur nez. Ce sont les îles Verte, aujourd'hui inhabitées, petits bouts de terres sauvages à la frontière de la France et du Canada. Nous y découvrons quelques maisons abandonnées. Bientôt Saint-Pierre se dessine à l'horizon aux côtés de l'Ile-aux-Marin et de ces deux petits satellites, Grand-Colombier et l'Ile-aux-Vainqueurs, terre française en Amérique du Nord.
Bientôt nous passons un petit îlot rocheux arrosé par la houle où l'on a bâtit un phare de quelques mètres de hauteur. Puis nous longeons l'Ile-au-Marin jadis appelée « Ile-au-Chien » (je réserve ça pour plus tard).

Le navire pénètre dans le port. Le marin en costume jette les amarres. Comme d'accoutume je ne réalise pas ce qui m'arrive, cet instant est bien trop surréel.
Le quai est directement situé en arrière du bâtiment des douanes françaises, grande bâtisse rectangulaire à deux étages, le toit rouge, les murs jaunes. Collé à celui-ci vous avez la Poste, beaucoup plus imposante, elle donne sur la Place du Général de Gaulle.
A peine descendu du bateau que j'empoigne mon appareil photo histoire de faire de l'instantané. Puis, direction les douanes françaises, là l'agent tamponne mon passeport. Waouuu une nouvelle estampe !
Une fois sorti, comme promis à Sylvie, la française de notre équipe restée au Canada, Rolando s'agenouille et baise le sol français. Pour ma part je le ferai plus tard, là-haut dans la montagne !

Là vous me direz : « mais où se situe ce bout de terre ! Eh bien à 1800 km au nord de Montréal, mais vraiment au nord, et au sud de Terre-Neuve, une autre île un peu plus grosse !

Saint-Pierre-et-Miquelon, îles nordiques à l'opposée des autres collectivités territoriales d'outre-mer. Cet archipel est constitué de trois îles principales, dont deux sont reliées par un isthme de sable, Langlade et Miquelon. Plus de 85 % de la population est établi à Saint-Pierre, soit 5618 habitants (1999) répartis sur un territoire de 26 km'. Miquelon (110 km') abrite le restant soit 698 âmes. Langlade (91 km'), lieu où la nature est reine, renferme d'avantage des résidences secondaires.

Par chance, le soleil est radieux. Première chose élémentaire à régler, l'hébergement. Nous n'avons pas de temps perdre dans la recherche d'un hôtel. Nous nous rendons à l'Office du Tourisme rejoindre notre contact M. Pascal Daireau.
Sur le devant du comptoir, plusieurs cartes d'affaires sont alignées. Je les prends toutes. La dizaine de cartes défilent sous mes yeux. Je m'arrête un instant, sur le Paris-Madrid. Le prix annoncé me paraît correct, vendu !
Après quelques recherches nous arrivons face à l'hôtel, une bâtisse aux façades grisâtre sans prétention, juste simple. Seul le panneau blanc rectangulaire orné des drapeaux bicolores et tricolores des deux pays voisin colonisateurs fait office de décoration.
Nous montons l'escalier en bois. Là-haut le chien et son maître nous attendent ! Je lui demande la chambre la moins dispendieuse (chère). Il réfléchit
« - Trente euros me répondit-il »
D'un coup dollars, francs et euros se bousculent dans ma tête ! Tous trois sèment la confusion la plus totale. J'ai encore le réflexe de convertir les euros en francs et ensuite en dollars ! Pas mal compliqué, pour moi qui considère souvent les maths comme une langue étrangère'
Je finis par faire confiance au calcul du gérant de l'hôtel.

Une fois la transaction réussie, il nous dirige vers notre chambre : une chambre tout à fait à la française, ancienne tapisserie ornée de motifs représentants des espèces de fleurs rouges, deux lit en bois, petit chevet en bois ancien, douches et toilette commune au fond du corridor,. Et pour répondre parfaitement au cliché : une petite fenêtre qui donne sur le port. Ca me change des gros hôtels Confort Inn !

Une fois cette première chose de réglée, il nous faut penser à un autre besoin primaire : manger ! Nous partons donc à la chasse à la nourriture. Nous longeons la rue du 11 novembre face au port où se succèdent de nombreux édifices publics tels que SPM Telecom, la trésorerie générale, la Chambre du Commerce, la gendarmerie' Pas de doute, nous sommes bien en France. De mémoire près de 60% de la population est employé de la fonction publique ! En effet, il ne faut pas oublier que malgré la petitesse de leur territoire, les Saint-Pierrais en tant que citoyens français ont le droit d'accès à tous les services publics existant tout comme leurs congénères en métropole. Et c'est ça qui est spécial, presque tout est regroupé sur une même rue !
Ainsi, dès mes premiers pas dans cette ville, je me suis senti en France dans mon pays, mais en même temps je me sentais touriste à l'étranger ! D'ailleurs ce feeling là, je le ressentirai sûrement à Noël, quand je serai en France, puisqu'en bout d'ligne, ma vie est aujourd'hui au Québec, mon pays d'adoption.
Une seule enseigne me rappelle que nous sommes en Amérique du Nord, Rona le Quincailler
Mais pour le moment, point d'épicerie ; puis en suivant les indications d'un passant, nous nous retrouvons nez à nez à une petite épicerie.
A peine entré à l'intérieur et c'est un festival pour mes papilles gustatives, y'a plein de bonnes choses à manger et à boire'. Notamment les fameux « Pépitos » et autres gâteries, yogourts à la françaises (euh excusez yaourt devrai-je écrire). Je vois trop de choses alléchantes que je n'ai pas mangées depuis longtemps. Finalement, j'opte pour un repas campagnard traditionnel : saucisson sec de France, baguette (la vraie), et bien entendu une petite bière pour faire couler tout ça ! Etonnamment, la 1664 sera bue avant même que nous soyons prêts à manger ! Je n'ai pas pu résister à la déguster dans la rue, ici on n'a pas le droit mais c'est toléré'
Au fur et à mesure que j'écris cette chronique j'ai envie d'y retourner
Je vois en ma visite de Saint-Pierre, comme un retour aux sources, et Dieu sait que j'en avais vraiment besoin.
Nous poursuivons notre marche, les yeux grands ouverts à admirer notre nouvel environnement tout à fait enchanteur avec ces maisons bigarrées, jaunes, vertes, rouges et même roses, surplombées par la montagne, le tout entouré d'une mer bleu d'azur. Un véritable régal pour les pupilles (à ne pas confondre avec papilles !).

Au détour d'une rue, je suis époustouflé à la rencontre avec une relique belle et bien française, une vieille 4 L beige, avec encore les vignettes collées sur le pare-brise. Elle s'ajoute aux nombreuses Peugeot et Renault croisées ici.
Le ciel ensoleillé depuis notre arrivée s'ennuage progressivement, nous accélérons notre progression en direction des hauteurs de l'île afin de profiter du paysage. Nous gravissons un petit sommet montagneux d'une altitude de 100 m environ, la végétation est plutôt rase, de nombreux rochers affleurent, les arbres se font rares, au mieux seuls quelques buissons persistent à grandir. Le sommet de l'île, appelé Le Trépied, se situe à 207 m au-dessus du niveau de la mer.
Arrivé là-haut, alors que la brume gagne rapidement du terrain, nous sommes témoins d'une vue splendide, au loin l'Ile-aux-Marins et son église, Saint-Pierre, ses toits et façades aux couleurs vives qui se chevauchent' Sur notre gauche, nous admirons un lac, un barrage de béton témoigne l'artificialité des lieux, peut-être qu'il sert pour l'eau potable et pour, jadis, produire de l'électricité.
La brume, ayant décidé de s'établir ici, nous entamons notre descente' Graduellement un ronronnement arrive à mes oreilles, à chacun de mes pas celui-ci s'amplifie. Bientôt, je rejoins un sentier de gravier qui mène à une petite usine. Le bruit assourdissant provient des imposants moteurs diesels assurant la production d'électricité' Les trois cheminées crachent une fumée grisâtre qui se noie dans la brume. Non loin d'ici un petit lieu de culte a été aménagé dans une grotte creusée dans la roche. Une statue de la Vierge désigne l'entrée, sans doute érigée dans le but de protéger les marins partis en mer. Au fond de la cavité, passé la balustrade blanche, des fleurs reposent sur un petit hôtel en bois surmonté d'une croix peinturée en bleu clair.
La noirceur envahit Saint-Pierre, la température refroidit, photographie de la réplique de la grotte de Lourdes, il est temps de rejoindre l'Hôtel, déguster du saucisson!
Au retour, nous longeons le petit port de plaisance, tout est calme, la brume a absorbé l'ambiance sonore, le boulevard Constant Colmay que nous empruntons est lui aussi désert'
Un peu plus loin nous arrivons à côté d'une cabine téléphonique de type britannique, c'est-à-dire tout de rouge vêtu. Voilà une bonne occasion de téléphoner à mes parents !
- « Allo Maman ! Je suis en France »
- « Hein comme ça tu rigoles »
- « Ben non je t'avais promis que j'irais en France cette année »
Après quelques autres échanges verbaux destinés à lui mettre la puce à l'oreille, elle devina le subterfuge ! Nous étions dans le même pays, mais pas sûr le même continent !
S'en suit un bonjour au reste de la famille jusqu'à la dernière unité restante sur ma carte d'appel.
Après une telle journée, pleine de rebondissements, de rencontres, de coups de c'ur, la fatigue est descendue jusqu'au bout de mes orteils' je dormirai bien à soir !
Arrivé dans la chambre d'hôtel, le repas s'improvise, quelques rires éclatent, nos impressions voyagent à travers nos paroles, que du bonheur ! Après ça une petite cigarette Malboro debout devant la petite fenêtre ouverte pour clore cette journée. En face de l'hôtel, le faisceau lumineux du phare transperce la nuit, éclairant tour à tour ce bout de terre française perdu au milieu des Amériques et cet imposant océan qui relie tant de mondes différents.

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Virée nordique à Labrador City...

Benito

Virée nordique à Labrador City

Comme je l'avais mentionné dans ma dernière chronique, de janvier à juillet, j'ai beaucoup voyagé dans le cadre de mes inventaires de grandes surfaces du genre Carrefour. Une des destinations qui m'a particulièrement marqué a été l'inventaire du grand magasin de Labrador City. Connaissez-vous cet endroit ?
Cette ville du grand nord « québécois » au-delà du 52ème parallèle. Elle fait partie du lot de ces villes nées de nulle part via la découverte de filons de métaux, de mine de fer, ou encore.
Autant l'hiver est long dans le Québec méridional, autant dame blanche s'attarde davantage dans le nord. Ne soyez pas étonné d'y découvrir de la neige encore au mois de mai.

Nous sommes le 10 mai, Baie Comeau est encore endormie. Il est 6h30, nous embarquons dans la van. La grande aventure à travers la pessière (forêt d'épicea) et la taïga commence, 8 h de route dont 6 h de chemin de garnotte (route de gravier).
Nous prenons la direction de Manic 5 construit en bordure de la route 389. Le long de cette voie 5 barrages de renoms se succèdent sur la rivière Manicouagan, dont le majestueux Manic 5. Pour ceux qui ne le savent pas l'hydro-électricité est au Québec, ce que le nucléaire est à la France. Ainsi, d'imposants barrages ont vu le jour dans le nord québécois, là où coule de grandes rivières, là où nature règne en maître' ainsi là où ça ne dérange personne de détourner des rivières, noyer des vallées forestières ancestrales' mais ceci est un autre débat. Jusqu'à ce point stratégique d'Hydro Québec, la route est sinueuse, ça tourne et ça monte puis descend avec parfois des pentes de 14%, mais détail qui vaut son pesant d'or, rendu ici, la route est encore asphaltée sur 214 km, soit un trajet de 2H30 ! Un luxe, lorsque vous empruntez la route 389.

J'oubliais pour ceux qui ne connaissent pas le coin, Baie Comeau est déjà situé à 9 h au nord de Montréal, 668 km de route'. Vous prenez la 132, puis à partir de la ville des baleines, Tadoussac, vous quittez la « civilisation », là où les épinettes règnent en maître, vous passez une première « ville » qui est Forestville, puis poursuivez tout droit jusqu'à Baie Comeau.

Après cette petite précision revenons à notre périple nordique. Ainsi, après 2h30 de route, l'imposant barrage Daniel-Johnson (son deuxième nom), construit de 1959 à 1971, se dresse devant nous. La route le longe puis serpente à sa droite. Elle nous mène au-dessus du barrage, haut de 214 m pour une longueur totale de1,314 km. Pour vous donner une idée, cette hauteur équivaut à un édifice de 50 étages. En terme de barrage de béton à voûtes multiples et à contreforts, Manic 5 détient le record mondial. Bien entendu nous nous sommes arrêtés quelques minutes afin d'admirer cette prouesse technique, d'autant que Manic 5 a été édifié au milieu de nulle part, loin de toutes villes dans le nord Québécois.
Vu d'en bas la hauteur en est vertigineuse. Après seulement quelques clichés photographiques, une patrouille de la sécurité du site, nous avertit de ne pas s'attarder auprès des installations. En effet, Hydro Québec n'aime pas trop les « fouineurs », sécurité nationale oblige ! Un attentant engendrerait une catastrophe.
De l'autre bord de l'imposante structure de béton, s'étend une immensité d'or bleu ! Il faut savoir que le Québec produit 96 % de son électricité grâce à ces centrales hydroélectriques.

Après Manic 5, le fun commence, 6h de gravelle nous attendent. Là nous pénétrons dans des contrées tout à fait inhabitées. Nous sommes en mai, les lacs sont encore partiellement ou entièrement gelés, la neige n'a pas encore déménagé ! Les épinettes font un concours de petitesse, bienvenue dans le nord québécois !

S'en suit deux heures de route jusqu'à la ville de Gagnon. Nous traversons plusieurs ponts en bois enjambant des rivières tumultueuses dont l'eau brunâtre bouillonne dans un bruit assourdissant. Il existe 80 ponts sur cette route !
Ici l'eau semble omniprésente, le paysage vallonné est parsemé de lacs. Autour, la forêt occupe le territoire, des rochers affleurent ça et là. La nature rayonne, ici, l'Homme n'est pas en territoire conquit. Nous sommes à 316 km de Baie Comeau, 100 km de Manic sur notre gauche un nouveau paysage saisissant, le réservoir Manicouagan, encore partiellement pris dans les glaces. Tout est calme, silencieux tel un paysage lunaire, j'ai l'impression d'observer une peinture morte. De plus, on a l'impression que tout a été organisé pour séduire l'amoureux de la nature que je suis, chaque épinette, le bleu de l'eau, tout est là pour me charmer. Moi, qui suis à la recherche de grands espaces, ici je suis servi.
En son centre, il existe l'île Levasseur, véritable joyau écologique, né il y a 214 millions d'années, à l'époque des dinosaures, sous l'ère Mézoïque, lors de l'impact d'une météorite à 17 Km par seconde.
L'onde de choc, d'une intensité de 40 millions de fois supérieure à Hiroshima, crée un cratère de 100 km de diamètre, appelé Manicouagan, et une île de 2040 km'. Ce cratère, baptisé « Oeil du Québec », visible depuis l'espace, est classé 4ème plus gros impact au monde. L'actuel aspect visuel de l'île est dû à l'inondation du cratère lors de l'édification du barrage Manic 5 formant ainsi le 6ème réservoir au monde en terme de volume (deux fois plus que le Lac St-Jean) avec des profondeurs atteignant 73 m.
Inutile d'insister sur le fait que ce lieu doit être protégé. Il abrite une biodiversité inestimable. Lynx du Canada, loup et caribou des bois vivent au sein de la forêt primitive, composée d'arbres centenaires recouvrant 75% de sa superficie avec certains arbres de plus de trois cents ans. Malheureusement cette île est menacée par des projets de coupes forestières.
Après quelques minutes à admirer ce vestige du passé, nous poursuivons notre route. Non loin de là, le Relais Saint-Gabriel accueille chasseurs, pêcheurs, et autres individus de passage, vous pouvez vous y restaurer et par la même occasion faire le plein d'essence. Vous avez même des petits chalets pour accueillir les chasseurs et des niches/enclos pour leurs chiens.

A quelques kilomètres de là, la ville de Gagnon, enfin, plutôt des restants de cette ville de 10 km', puisqu'elle a été entièrement démantelée en 1985 suite à la fermeture de la mine de fer (Sidbec Normines) qui avait été le moteur de sa création en 1960. Les 3500 habitants ont été contraints et forcés de quitter la ville. Aujourd'hui, il ne reste qu'un terre plein central engazonné et des segments de chaîne de trottoir.
Passé cette joyeuse bourgade fantomatique, il nous reste 20 min avant de franchir le 52ème parallèle. Pour vous donner une idée du chemin parcouru dans le Nord, Baie Comeau se situe au 50ème parallèle, Québec au 49ème et Paris au 48ème. D'ailleurs un petit panneau le symbolise. Ce qui vaut bien une petite photo.

A partir d'ici, au milieu de nulle part, nous avons droit à 89 km de route asphaltée, seul témoignage d'une ancienne activité humaine hormis la présence de la voie ferrée. Nous en profitons avant le dernier tronçon de route de gravelle de 63 km parcouru en 1h30 qui rejoint la ville de Fermont, la dernière ville avant le Labrador.
Par la suite, la route suit le chemin de fer Sept Ile/Labrador City.
Au loin, nous entendons un bruit sourd. Surprenant ! Y aurait-il une autre forme d'activité terrestre ici ? Bientôt nous voyons la locomotive du train de marchandise. Elle est presque suréelle. Etant donné l'absence de parasites sonores, à elle seule, elle remplit notre environnement auditif. Près de 70 wagons (eh oui 70 et non 7) lourdement chargés de minerai de fer, défilent devant nous à une vitesse d'un homme à la course' sous un bruit de roue de métal frottant sur les rails.
La route n'est pas toujours très large et les camions, chargés de bois roulent à vive allure créant des nuages de poussière parfois si dense que nous sommes obligés de nous arrêter le temps que cette poussière se dépose à nouveau au sol !

Bientôt nous dépassons une nouvelle mine, celle de Fermont. Nous nous approchons de la fin du périple, d'ailleurs nous croisons davantage de véhicules. Tout comme Gagnon, Fermont a été initialement bâtie de toute pièce afin de loger les ouvriers de la mine du Mont Wright dès 1971. L'une des particularités de cette bourgade de 2500 habitants est le fameux « mur-écran » ! Qu'est-ce que c'est, me direz-vous ? C'est un imposant édifice de plus d'un kilomètre de long construit afin de protéger la ville des vents violents et glaciaux. Ce bâtiment abrite les travailleurs du gisement minier du Mont Wright, des magasins et la plupart des services municipaux. Ce centre névralgique de la ville est essentiel à Fermont.
Espérons que pour ses habitants, la mine puisse les faire vivre pour encore longtemps et que l'avenir réservé ne soit pas le même que celui de Gagnon.

Passé Fermont, la fin de notre périple est proche, encore une quarantaine de kilomètres et nous pourrons poser nos valises à l'hôtel de Wabush, petite ville de 2000 âmes à côté de Labrador City, davantage pleuplée (8500 habitants).
Quelques minutes après nous quittons la Belle province et nous voilà au Labrador appelé aussi Markland « terre du bois ». Cette région, liée à la province de Terre-Neuve, abrite une population de 27 860 habitants répartis sur un territoire de 294 330 km (équivalent à la superficie de l'Italie). Il a été découvert en 1495 par le navigateur Portugais João Fernandes Lavrador et a été intégré au Canada en 1949. Vous pourrez y rencontrer une population en partie autochtone composée d'Inuit, d'Innu et de Métis.

Enfin nous atteignons notre but, Labrador City, il est 14h30. Cette ville industrielle est entourée de montagnes enneigées. L'air y est frais, 20°C en été, -30°C en hiver, 6 à 8 mois de l'année le gel sévit, sans compter les 600 à 900 mm de précipitations annuelles dont environ 60 % neigeuse !
Côté urbanisme, les maisons en bois sont identiques à celles édifiées au Québec, comme partout vous trouverez un Mc Donald ! Il existe un gros centre d'achat.
Là où vous vous apercevez que vous êtes au bout du monde, c'est en ouvrant les yeux et en étant à l'écoute de vos sens.. Peu de bruit dû à la circulation, la luminosité est différente, la forêt boréale est au bord de la ville, les érables et autres essences retrouvées habituellement en ville ont été supplantées par les épinettes et le lichen ! Souvent les voitures portent un petit drapeau rouge, afin que les véhicules des miniers soient plus repérables dans les mines à ciel ouvert lors du dynamitage de la roche.

La route nous a épuisé, nous allons rapidement nous reposer à l'hôtel, demain l'inventaire du magasin nous attends.
Du voyage, je resterai marqué par ces paysages splendides.

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Festivals et spectacles estivaux au...

Benito

Festivals et spectacles estivaux au gros village !

Me voilà sorti de la torpeur estivale, eh oui c'est la rentrée pour moi aussi ! Comme quoi, même après les études, nous pouvons encore vivre la rentrée avec le début du mois de septembre. Alors je vous demanderais d'être indulgent avec moi pour cette première chronique de la « l'année forumique ». Pour ceux qui ne me connaisse pas, je suis le petit retardataire des chroniqueurs. Pour cette année, j'ai plein de choses à vous raconter, mon cerveau regorge d'idées à partager, d'émotions à véhiculer, d'histoires à relater '. bref, j'ai de quoi à écrire !
Mais pour que ce soit une rentrée « forumique » digne de ce nom, je dois vous raconter mon été. Un été plutôt paisible mais avec des rebondissements.

Je suis revenu à Québec le 3 juillet après 6 mois de pérégrination à travers la province, mais aussi à sillonner les routes du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse, de Terre- Neuve, et aussi celles de la France en Amérique du Nord ! Avez-vous devinez de quelle contrée française, je fais allusion ? Un indice : son nom commence par Saint-Pierre '. et finit par Miquelon ! Mais je n'en dis pas plus. Je dévoilerai la réponse dans une future chronique. Il ne faudrait tout de même pas tout raconter dès le début, sinon je n'aurai plus grand chose à vous faire partager.

Au début, je voulais commencer, tambour battant par une chronique époustouflante sur le Vieux Québec, mais devant l'ampleur de la tâche, j'ai dû me résoudre à le faire en plusieurs chroniques. Il aurait été illusoire et prétentieux d'imaginer écrire une seule chronique sur le centre historique de Québec ! Cette ville est bien trop chargée d'histoire pour être condensée en trois pages !

Pour la première partie, je soulignerais plus l'animation qui règne à Québec l'été au travers des festivités et des spectacles de rue.
Durant cette saison estivale, ma première virée dans le Vieux Québec a été lors du Festival d'été. Pour ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion d'y assister : imaginez un festival de musique en plein air qui se déroule sur différentes scènes repartis dans le centre historique de la ville. Le tout raccordé par des spectacles de rues du début d'après-midi jusque tard dans la nuit, et ce durant deux semaines en juillet.

Les nuits d'été sont chaudes, la bière est froide, le bonheur ! Certains shows sont gratuits, notamment les spectacles de rue, sinon les autres sont payants pour un tarif valable la durée complète du festival. Il vous suffit d'allouer la modique somme de 25 $ pour obtenir le macaron qui vous donne le droit de suivre tous les spectacles. Le Festival d'été est un incontournable, que vous soyez jeune ou « plus âgé », quelque soit vos goûts musicaux vous serez comblé au vu de la diversité musicale. D'ailleurs d'après moi c'est ce qui fait la force du Festival d'été : musique classique, musique traditionnelle québécoise (Charlebois), rock français (Louise Attaque, les Wampas), rock québécois (Simple plan, les Trois Accords), musique francophone (Yann Tiersen). Tout ce petit monde-là peut se retrouver à Québec lors de cet évènement.

Lors de l'édition 2006, je suis allé uniquement écouter mon groupe préféré, Louise Attaque, deuxième fois que je les vois cette année, et quatrième fois depuis que je suis au Québec (3 ans). Le site du show était plein à craquer, les organisateurs ont même dû refuser du monde, les rues adjacentes étaient noires de monde' Incroyable ! Bien entendu je n'ai pu m'empêcher d'apporter mon drapeau français pour l'agiter au milieu de la foule paquetée comme des sardines. D'ailleurs, j'ai pu ainsi me faire des amis ! En effet, des québécois curieux d'en connaître davantage sur Louise Attaque sont venus me questionner et des français fraterniser. Aussi, des anciens amis de passage à Québec ont pu me repérer de loin et ensuite m'attendre à la sortie du concert. Ils avaient deviné qu'au pied du drapeau français c'était moi étant donné qu'il y a trois ans, je l'avais apporté avec eux au festival d'été. Et entre nous les probabilités qu'un autre français se promène avec son drapeau étaient minces. Alors si l'année prochaine vous venez au festival et que vous voyez un petit homme agitant un drapeau français, et bien c'est Benito ! Malheureusement, je n'ai pu assister au show de Yan Tiersen. Tant pis je ferais mieux l'an prochain.

Outre cet évènement-là, vous avez les feux de Loto-Québec, spectacle pyrotechnique sur le site du parc des chutes Montmorency. Plusieurs nations s'affrontent pacifiquement à coup de gros pétards qui font pleins de belles couleurs dans le ciel. Je n'y suis jamais allé, j'en ai un peu honte, et comme d'accoutume, à la fin de chaque été, je me dis que je m'y rendrai l'année prochaine.
Au mois d'août, Québec célèbre les fêtes de la Nouvelle-France. Durant cinq jours ces festivités commémorent l'arrivée des premiers Européens en Amérique. A l'occasion, la population découvre le quotidien des habitants du 17ème et 18ème siècles, notamment lors de défilés en costumes d'époque.

En marge de ces types d'événements officiels organisés chaque été, il suffit de déambuler dans le centre-ville historique pour constater la multitude de spectacles de rue qui fleurissent un peu partout. D'ailleurs, cet été j'ai été marqué par l'un deux lors d'une sortie nocturne avec une amie en août dernier.
Ce soir-là, nous commencons par visiter une exposition d'artisanat québécois près des plaines d'Abraham. Par la suite, nous nous dirigeons en direction de la rue Saint-Jean que nous empruntons. Elle relie l'arrondissement de Sainte-Foy via le chemin Sainte-Foy au Vieux Québec. Elle traverse le Faubourg Saint-Jean-Baptiste. J'aime cet endroit pour ses épiceries fines telle que l'épicerie Moisan datant 1871, les odeurs de boulangerie artisanale mêlées à celle de la Brûlerie de café de Québec qu'on y respire.
Mon regard est captivé par la multitude de restaurants, que ce soit le restaurant Tokyo ou encore le restaurant Chez Victor, de bars tels que Le Sacrilège, le bar l'Etrange ou le bar Chez son Père (bar de chansonnier). Pour ceux qui ne connaissent pas : imaginez, un lieu qui reçoit des chanteurs, qui au moyen d'une guitare sèche, jouent des chansons de leur cru et des chansons demandées par le public.
A côté de ceux-ci, vous trouverez de nombreuses boutiques de linge parfois plutôt chic ou plutôt atypique, par exemple le magasin Echologik offrant des vêtements tissés à partir de fibres de chanvre. Je pourrais vous en dire davantage au sujet de cette rue particulière, avec son église d'inspiration néo-gothique et de Saint-Matthew, son cimetière protestant datant de 1771 au côté des maisons du siècle dernier, mais je vous le réserve pour une prochaine fois.

Nous poursuivons notre route. Nous empruntons la rue des Remparts qui mène à la terrasse Dufferin construite en 1878, sur les ruines du château Saint-Louis. Elles font aujourd'hui l'objet d'une restauration et par la même occasion des fouilles archéologiques des ruines ont débuté sous la direction de Parc Canada. Une fois arrivé sur la terrasse, il vous suffit de lever la tête pour admirer le majestueux Château Frontenac, un des emblèmes de la ville de Québec.
Ce soi- là, nos oreilles furent bercées par un joueur de saxophone. Imaginez l'ambiance romantique de cette douce nuit d'été, pour tous les amoureux qui déambulaient à pied : à gauche le fleuve, à droite le château Frontenac illuminé, le tout saupoudré de musique blues.
Non loin de notre artiste, je me suis attardé à l'exposition-vente des bouquinistes, installés ici pour près d'un mois.

Par la suite nous nous dirigeons vers la bâtisse de l'information touristique, rue Sainte-Anne. Cette fois-ci notre oreille est attirée par une musique « folk américaine ». Au loin, nous distingons un groupe de badauds attroupés autour de musiciens. Curieux et désireux de profiter du spectacle enchanteur, nous nous approchons. Le chanteur nous invite à prendre place dans l'assemblée. Ca y est, nous voilà inclus dans le cercle d'inconnus, tous captivés par la prestation de nos quatre musiciens vêtus d'habits du style des années 1920.
Qui sont-ils ?
Ces troubadours, ce sont Les Bleus Pelouse, Mathieu, Mylène, Patrick et Josette, jeunes artistes dans l'âme, étudiants ou jeunes actifs dans la vie de tous les jours s'exécutent en autre à la guitare, au banjo, à l'harmonica et à la mandoline. Mais, ils composent aussi avec des instruments plus hétéroclites telle que la contrebassine, la scie musicale, la planche à laver, le jug bass, le dobro.
La contrebassine, appelée en anglais washtub bass, peut se comparer à une contrebasse à une corde, imaginez une bassine de métal, renversée, un bâton perpendiculaire à celle-ci repose dessus, et une corde relie le haut du bâton jusqu'à la bassine. Elle produit un son tout à fait séduisant comme nous le démontre Patrick, dont la touche humoristique semble intarissable.
A ses côtés, Mathieu joue notamment du dobro, croisement entre une guitare et une roue de voiture. Cette guitare, particulièrement populaire dans le vieux blues se joue avec une slide, (un objet que l'on glisse dans un doigt).
Après la planche à laver, manié par Josette à l'aide d'un dé à coudre frotté sur la partie métallique, j'ai été agréablement surpris de la performance musicale de Mylène avec sa scie musicale, simple scie à bois qu'elle fait vibrer avec un archet.

Nous restons au moins une heure à écouter nos quatre troubadours. Je suis fasciné par cette musique. Je découvre ce qu'est la musique folk américaine, inspirée du gospel, du blues, du bluegrass, du country,' Aussi, ils me précisent qu'ils ne jouent pas tous ces styles selon la manière originale et typique, mais plutôt avec leurs instruments qui sont typiques à certains de ces styles de musique ou qui sortent de nulle part.
Nous avons pu écouter du Johnny Cash, du Bob Dylan, du Bill Monroe et bien d'autres encore'. Ils jouent des chansons datant du 19ème siècle jusqu'en 2005.

Parmi nous, un spectateur, Andy suscite notre attention. Cet homme d'une quarantaine d'années, assez grand, la barbe rase grisonnante, le ventre bedonnant, vêtu d'un blouson de cuir semble davantage attentif et interpellé par ce qui se joue devant nous. De temps à autre, il donne des précisions sur ce qui est joué par Les Bleus Pelouse, du genre : année de création de certaines chansons. Plus tard nous apprendrons qu'il venait de Caroline du Sud, là où était né certaines des chansons. Il connaissait beaucoup de ces chansons, c'était les chansons traditionnelles de son pays qui étaient jouées à Québec !
Il « trippait » réellement. Et là coup de théâtre, l'américain se lève. Je ne sais plus si l'idée vient de lui ou des Bleus Pelouse, mais il se retrouve avec le banjo de Patrick. Et là sous les applaudissements du public, qui était de plus en plus nombreux au point que celui-ci était au bord d'empiéter sur la route, il se met à chanter, à jouer et à danser. Le monsieur paraissant tout réservé, était en train de nous faire une prestation majestueuse. J'étais abasourdi par son talent, comme à celui des Bleus Pelouse d'ailleurs. C'est à ce moment-là que je me suis aperçu à quel point la musique peu envoûter le monde, apporter du bonheur à chacun, réunir des gens d'horizon complètement différents. Nos quatre, voire cinq musiciens finalement, avaient créé de toute pièce une communion, un moment éphémère intense que chacun conservera en lui. Tous, nous étions euphoriques. Des gens qui sûrement sont timides et/ou intériorisés dansaient, intervenaient, comme cette dame qui fit mime de moucher le nez de Mathieu, qui interprétait un monsieur désespéré après la mort de sa femme dans une chanson. Elle accouru vers lui avec un mouchoir dans les main !

La fin du spectacle approche, comme celle de ma chronique d'ailleurs. Nous nous décidons de repartir chez-nous en passant par la rue du Trésor, petite ruelle d'une cinquantaine de mètres où des artistes peintres exposent leurs peintures. C'est vraiment très beau.
J'espère que les artistes québécois auront su vous charmer à travers cette tranche de vie.

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Le Québec n’échappe pas...

Benito

Le Québec n'échappe pas aux clichés !


Ma chronique du jour se veut être un aperçu des stéréotypes qu'ont les Français au sujet des Québécois et du Québec. Chaque pays de par le monde véhicule des clichés, des principes, modes de vie qui leur sont propres, bien entendu le Québec n'y échappe pas (dans cette chronique considérons le Québec comme un pays). Certains sont véridiques, d'autres exagérés ou même « archifaux », certains sont d'une autre époque, mais ils demeurent encore très présents dans les esprits.

Pour ma part, je ne sais plus trop ce que je croyais avant de traverser « la grande flaque » et de déposer mes valises à Québec. J'ai dû alors tendre l'oreille, sonder mes amis français ou québécois, et fouiller dans mes souvenirs, pour vous concocter ceci.

Ils sont où les Indiens ? Voilà bien une question qui trotte dans la tête de nombreux touristes. Bien sûr qu'il existe des réserves amérindiennes (ou indiennes pour ceux qui préfèrent), mais il n'y en a pas partout. Les autochtones n'habitent pas dans des tipis et ne portent pas de plumes sur la tête. Celles-ci sont réservées pour le folklore. Ils vivent dans des maisons plus ou moins à l'écart des villes.
A propos des Québécois, supprimez de votre tête l'idée de rencontrer une population de bûcherons vêtus d'une chemise carreautée (à carreau). Ce n'est pas qu'ils n'en portent jamais, mais tout comme les bérets pour les français, ce n'est pas une généralité.
Aussi le Québec n'est pas uniquement habité de ruraux, en effet, les citadins sont aussi en nombre comme le démontre le taux d'urbanisation : 78 % au Québec. En particulier, dans le secteur de Montréal, où une majorité de Québécois ont élu domicile (40 à 50%).

En cherchant bien, je me souviens d'une chose que je croyais avant de connaître le Québec.
J'imaginais le Québec recouvert de forêts avec quelques trouées pour faire de la place aux villes. Mais non ! De grandes régions agricoles recouvrent également le territoire, notamment dans la partie méridionale alors que dans le nord du Québec, la déforestation grignote chaque jour de nouvelles parcelles de forêts vierges de toutes activités humaines.
En fait, je confondais le Québec avec l'Alaska. Voyez-vous ce que je veux dire ? Le paysage décrit par Jack London ! Ces rivières qui sillonnent les vallées creusées jadis par la fonte des glaciers, (aujourd'hui cloîtrées au sommet des montagnes). Ces forêts ancestrales, omniprésentes, qui semblent ancrées à jamais au sol de cette terre sauvage.
Sans oublier le fameux cliché de l'ours brun (grizzli) frappant de ses puissantes pattes le saumon qui jaillit hors de l'eau lors de sa lutte contre le courant de la rivière.

Première surprise : ici, au Québec, c'est son cousin, l'ours noir, qui parcourt la forêt ! J'en profite aussi pour avertir qu'ici, vous aurez plus de chance de croiser un orignal qu'un caribou (sauf dans le Grand Nord). Néanmoins, une population de caribous est encore bien présente dans les Monts Chics-Chocs, en Gaspésie.
Deuxième surprise : les grands espaces ne sont pas toujours proches des grandes villes débordantes d'urbains, qui la fin de semaine, s'élancent sur les routes à la recherche de la nature perdue. Des routes, qui semblent interminables comme se plaisent à dire les touristes européens, mais dont la rectitude ne fait pas toujours légion. En effet, dans certaines régions le relief chaotique nous inflige des routes vallonnées dont les curves (virages) nous exigent toute notre concentration à bord de notre grosse cylindrée, faisant du 12 litre aux 100 km !
D'ailleurs, il me semble qu'en général, les Québécois ne sont pas plus exemplaires au volant que les Français, à part peut-être ceux vivant en région.
Eux aussi connaissent le bruit retentissant du klaxon si ta conduite ne fait pas leur affaire, les excès de vitesse, les dépassements par la droite ou encore le non respect des distances de sécurité. Certains traits de caractère subsistent toujours malgré l'éloignement des origines latines ! Aussi, si vous êtes piéton, ne comptez pas trop sur la courtoisie des automobilistes pour vous laisser traverser la route, à moins d'aller dans une province maritime. Bien entendu, tous les Québécois ne sont pas des chauffards irrespectueux du code de la route.
Juste en aparté : ne vous inquiétez pas pour les bus jaunes, vous en verrez comme ceux vus dans les séries télévisées américaines !

Comme beaucoup d'entre vous, la première année, j'avais une petite appréhension à l'idée d'affronter les rigueurs de l'hiver si légendaire. Ma blonde de l'époque riait de m'entendre parler de m'équiper pour l'hiver. Elle me répétait régulièrement, ce sont les voitures qu'on équipe (pneus d'hiver) et non les personnes.
Contrairement aux idées reçues, les hivers ne sont pas si pires, certes plus froids, parfois même, il ne neige pas, il pleut. Pis les -35°C ce n'est pas tous les jours à part peut être à Inukjuak située dans le grand Nord. Il suffit juste de s'habiller plus chaudement surtout lorsque vous habitez en ville.
Et en passant, le 21 juin c'est aussi l'été à Québec, les gros chandails sont remisés dans le garde-robe pour laisser place aux belles camisoles ! A ne pas confondre avec celles de l'asile, mais plutôt ce que les Français appellent des débardeurs (quel mot affreux en passant!).
Et l'été, la température moyenne à Montréal n'est que de deux degrés inférieurs aux moyennes estivales à Paris.

«Eté comme hiver, rien de tel qu'un bon café pour démarrer la journée » : vous dirons les Français. Et chauvinisme oblige : le café est jugé très bon en France. Par contre, il est qualifié de jus de chaussette en Amérique du Nord. Je ne peux juger par moi-même étant donné mon dégoût pour le café'.. en France ! Honte à moi ! J'ai appris à aimer le breuvage noirâtre au Québec au gré de mon intégration dans ma culture d'adoption. Merci à ma job qui me procure de bons moments de rush (forte activité) garnis de stress. Qui a dit que les Québécois n'étaient pas des gens stressés (tiens en voilà un autre cliché, j'y reviendrai d'ici quelques lignes). Pour en revenir à notre café, mes parents venus me visiter en août dernier pour venir tester le café québécois, sont formels : le café du Tim Horton n'est pas si pire !
Bien entendu, les quelques 300 Tim Horton, répartis sur tout le territoire de la province, sont généralement ouverts 24H/24H. Ils s'ajoutent au panel incroyable des différents fast food. Je ne sais pas ce qu'en pense les Français, mais pour ma part j'ai été extrêmement surpris. Jamais je n'aurais cru que la « fastfood mania » se cantonnait ailleurs qu'aux Etats-Unis. Aucune crainte que le Québécois ne soit en manque de restauration rapide qu'il soit à Sept-Iles, à Gaspé ou encore à Montréal. Y'a toujours moyen de se remplir le ventre partout où nous nous situons ! Quelque soit l'heure ! Ceci m'a toujours impressionné.

Restons dans la section « culinaire ». Sirop d'érable servi matin, midi, et soir ! Désolé, c'est comme le vin rouge et les Français à tous les jours, c'est une image du passé. D'une part, le sirop coûte assez cher pour celui qui voudrait en manger à tous les jours, d'autre part, tout le monde n'a pas toujours le temps de cuisiner à l'érable. Pis, peut-être que c'est aussi une habitude culinaire dont les gens se sont lassés. Je connais beaucoup de Québécois qui ne se gavent de ce précieux sirop uniquement durant le temps des sucres au mois d'avril.
Cet exemple me rappelle mon premier nez à nez ou plutôt bouche à bouche avec une charmante côte levée native de la Cage aux Sports !
L'histoire se déroule le 6ème jour (environ, je n'ai pas non plus une mémoire d'éléphant) de mon arrivé à Québec le 19 mai 2003 (et oui déjà trois ans). Après la job, mon boss, me propose d'aller souper à la Cage aux Sports, que je qualifierais de restaurant sportif. Les Québécois y vont pour écouter la « game » de hockey devant une grosse bière accompagnée de pop-corn ou mieux encore de cuisses de poulet piquantes (très piquantes' ainsi la bière est davantage la bienvenue).
Nous commençons par commander une bière chacun. Après quoi, vient le moment de découvrir les mets gastronomiques servis dans ces lieux. Mon regard s'arrête sur la photo alléchante de trois adorables côtes levées (porc) bronzées par la cuisson.
Une bière plus tard, me voilà servi.
Mais à l'instant où mes papilles gustatives font connaissance avec cette viande, elles détectent une anomalie : le mélange sucré-salé ! Et oui la sauce à l'érable mélangée à la viande n'est pas vraiment de mon goût !
Depuis, je me suis davantage habitué à ce genre de recettes québécoises, néanmoins traumatisé par cette expérience, je n'ai jamais osé renouveler les côtes levées à l'érable.
Pour clore, ce chapitre, une dernière phrase qui octroie un peu de véracité aux clichés : les Français ont le prix Nobel de la fabrication et par conséquent de la consommation de vin, alors que les Québécois ont le prix Nobel de la bière. En effet en ce qui concerne ce breuvage, les amateurs québécois n'ont rien à envier aux amateurs français.


« Ici, les gens ne sont pas stressés ! » Euh' comme partout, cela dépend de leur profession, même si la tendance est plus au « non stress ». A ma job d'inventaire, « merveilleuse » compagnie américaine, nous avons tous des périodes de stress étant donné que cette profession implique de s'habituer à travailler dans l'urgence. C'est juste un rythme de vie à adopter. Juste en aparté, ici oubliez les 35 heures et les 5 semaines de congés payés' mais ajoutez plutôt 5h et supprimez 3 semaines de congés payés !
A propos d'emploi, il est à souligner la souplesse hiérarchique qui caractérise à mon sens les compagnies québécoises. Comme tous mes collègues de travail, j'ai toujours tutoyé mes employeurs au bout d'à peine quelques jours. Ils m'ont tous paru plus facile d'approche que mes employeurs précédents (français) au cas où je voulais m'entretenir avec eux. Les rapports sont plus amicaux ou du moins plus jovials Bien entendu, ceci ne veut pas dire que je peux tout faire, ni que nous sommes de grands chums, mais simplement que ce n'est plus un fossé mais simplement une limite établie instinctivement entre nous.

« Maudit français, tu passes ton temps à chialer » Voilà bien une phrase, qui m'est adressée régulièrement plus ou moins en joke (farce). Comme si les Québécois ne se plaignaient jamais ! Avec du recul, je dirais qu'ils sont autant « chialeux » que les Français, à la différence qu'ils le font d'une façon plus subtile, sous un ton plus calme.
Evidemment, tout de suite le mot « grève » est sur le bout des lèvres. Pourtant l'été 2004, d'après mes souvenirs, nous avons assisté au festival des grèves québécoises. En effet, tour à tour, les policiers, la SAAQ, le Réseau de Transport de la Capitale (autobus), par la suite la SAQ et dernièrement les profs, garderie. Evidemment je ne juge pas les raisons de leur grève. En tout cas, pour des apprentis, c'est un bon début. Néanmoins les manifestations Québécoises paraissent moins houleuses.
Juste pour établir un lien avec l'actualité, au vu des victoires successives des français à la coupe du monde de soccer 2006, notre statut de « maudit français » a été serré dans un placard, et à nouveau nous avons été baptisés les « cousins français » ! Comme un beau-frère, les Québécois nous flattent quand ça les arrangent.

Jadis, je croyais que la province francophone était en symbiose avec la nature, donc en parfaite adéquation avec l'environnement, j'ai été étonné de constater que le Québec n'était pas un si bon élève. Juste quelques exemples pour illustrer mes propos : les compteurs d'eau sont rarement installés, la récupération des déchets existe, mais les filières de recyclage sont encore au début, ainsi les piles ne sont toujours pas récupérées à grande échelle. La consommation d'électricité est excessive. Par contre, la vente de produits d'occasion (usagé) est très répandue. Ici nous consommons à l'américaine.

Ainsi s'achève cette chronique ! Certes, il existe d'autres clichés, mais il faut savoir s'arrêter à un moment donné. Si vous avez d'autres suggestions, je vous invite à en faire part sur le forum ! Aussi, c'est à chacun d'en faire sa propre analyse, puisqu'il est certain que nous ne percevons pas tous les choses de la même manière.

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Pourquoi avoir choisi ce petit...

Benito

Pourquoi avoir choisi ce petit coin de province ?

Le printemps québécois s'en vient. Le soleil commence doucement à réchauffer l'atmosphère. Nous pouvons commencer à retirer des couches de vêtements. Il sera bientôt possible d'aller humer les odeurs du printemps.

Au travers de cette chronique, je vous propose d'aller visiter un village peuplé d'irréductibles Québécois..... situé à 250 km au nord de Montréal. Ce gros village, comme se plaisent à dire certains, c'est la ville de Québec. A titre de comparaison : 600 000 âmes y vivent, tandis qu'à Montréal nous comptabilisons 3,4 millions d'habitants....

De nombreux immigrants, sans doute trop essoufflés par leur voyage en avion, n'osent s'aventurer au-delà de Montréal. Certains iront éventuellement sur la rive sud de Montréal. Et d'autres comme moi, poursuivront leur périple jusqu'à Québec, la capitale nationale de la province.

Là-bas, rares sont les édifices de plus de 20 étages privant la rue de l'ensoleillement. Ce sont plutôt des bâtisses de trois ou quatre étages et des maisons individuelles, en briques rouges ou multicolores, en pierres ou encore couvertes de bardages bois ou plastique. Désolé pour ceux qui y cherchent des chalets en bois rond, eux ont leur place dans des lieux un peu plus éloignés en forêt !

Comme toutes villes, Québec abrite un quartier historique, « le vieux Québec ». Il s'étale de la haute-ville où se situe le célèbre Château Frontenac surplombant le fleuve jusqu'au « vieux port » situé en basse-ville. Maisons en pierre, souvent centenaires, côtoient arbres et rues pavées. Les boutiques de souvenir fleurissent à tous les coins de rues.... le tourisme est une activité plutôt lucrative ! En périphérie, différents arrondissements s'étendent dont Sillery le quartier huppé, Ste Foy le territoire étudiant (environ 50 000), Limoilou, au loyer modeste, ou encore Beauport le secteur résidentiel en plein expansion.

De grands boulevards desservent les quatre coins de la ville, eux-mêmes desservis par les autoroutes construites autour de Québec. Chaque autoroute rallie un des quatre points cardinaux : au nord vers Chicoutimi/Lac St-Jean, à l'ouest vers Montréal, au sud vers Sherbrooke, à l'Est vers la Gaspésie. Ainsi, de Québec, nous pouvons rapidement nous évader vers les destinations convoitées.
En effet, outre l'aspect architectural, l'implantation géographique de Québec m'a séduit, d'ici nous sommes loin de nulle part, l'autoroute pour Chicoutimi, pour Tadoussac, pour la Gaspésie et pour Montréal.

Mais au départ, ce n'est pas pour ces raisons que je suis allé vivre à Québec. La première raison est l'obtention d'un stage à Beauport (arrondissement de Québec). Et j'avoue que ce n'est pas aux premiers jours d'installation que mes yeux ont été captivés par ce nouvel environnement. Je m'attendais pas à une ville aussi grande. Je voyais plutôt une ville avec la forêt à ses pieds. Néanmoins, au bout de quelques semaines, j'ai réussi à apprivoiser Québec et je suis littéralement tombé en amour pour ce gros village. Contrairement à une grande ville d'Amérique du Nord, les gens ne sentent pas oppressés par l'environnement urbain. De mon appart, les bruits de la villes ne me nuisent aucunement.

Le seul reproche que j'aurais à faire, c'est la mauvaise organisation du transport. Etant donné, qu'aucun métro n'a été construit, il faut se rabattre sur les bus qui ne sont pas toujours très fréquents dès que l'on sort des circuits qui traversent le centre-ville. Et la fin de semaine, les bus sont encore moins nombreux....

Pour finir je vous propose un petit tour à bicycle en suivant une des nombreuses pistes cyclables qui sillonnent la ville. La ville de Québec est parsemée d'espaces verts pour satisfaire les citadins en soif de promenade. L'espace incontournable est immanquablement les plaines d'Abraham, situées en haute-ville, elles s'étendent à partir du Château Frontenac, et plus précisément de la Citadelle sur une superficie de 108 hectares. D'un bord, les quartiers résidentiels, et de l'autre bord, le Fleuve St-Laurent défile sous nos yeux.

Aujourd'hui, ce n'est plus le théâtre de Batailles Franco-Anglais, mais plutôt un immense espace de détente (6 000 arbres répertoriés sur le site) et de festivités. En effet, de nombreux spectacles y sont organisés, et notamment le Festival d'été, où se produisent des groupes de tous genre, pour tous les publics durant deux semaines. Outre, cet événement récurrent, les plaines sont le point de rendez-vous de nombreux québécois, le 24 Juin pour la fête nationale du Québec. En dehors de ces festivités, les Québécois s'y promènent, y pique-nique, y jouent au base-ball et l'hiver y pratiquent le ski de fond, mais ça on verra ça l'hiver prochain

A quelques kilomètres de là, le Bois-de-Coulonge, au sein du quartier Sillery, comme son nom l'indique, les sentiers sinueux traversent des bosquets plus ou moins denses. Ensuite en route vers le Parc du Maizeret, sans oublier bien entendu de faire une halte au vieux port, j'aime flâner le long de la Marina pour voir les voiliers. L'an passé, j'avais assité au départ de la transat Québec/St-Malo. Puis, je m'arrête au Marché du Vieux-Port, où sont étalés produits locaux, fruits et légumes. A côté, pour les jours de pluie, je peux visiter le musée de la marine ou encore le musée de la civilisation qui accueille tous les ans des grandes expositions à thèmes.

Après cette petite halte, j'enfourche mon bicycle, direction le fameux parc du Maizeret. J'affectionne particulièrement ce lieu de verdure, qui toute l'année est animé. L'hiver je m'y rend nourrir écureuils et passereaux. L'été, j'y suis bercé par le chant des parulines et mésanges, que l'on peut capturer des yeux au travers des arbres.
En poursuivant la piste cyclable, j'emprunte le Corridor du Littoral, utile de préciser qu'il longe le fleuve et la baie de Beauport. Je me rend jusqu'à Beauport, au parc des Cascades qui abrite les chutes de la rivière Beauport dans une vallée étroite, au printemps on y réalise un lâché de truite à l'occasion de la fête de la pêche. J'affectionne tout particulièrement ce parc, puisque j'y travaille l'été depuis trois ans. J'ai participé notamment à la construction des sentiers pédestres en amont. Le nouveau tracé, permet de découvrir le Corridor Vert, zone où la végétation évolue librement, les interventions humaines y sont minimes.

Pour cette fois, je m'arrête là, j'ai assez roulé comme ça pour une première sortie printanière. J'espère vous avoir donné envie de venir visiter Québec. Je pourrais davantage étayer le sujet dans une prochaine chronique !

En attendant profiter bien du soleil.

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Quand la nature, nous offre...

Benito

Quand la nature, nous offre ses caprices !

Après une période de travail intensif, je reviens parmi vous avec cette nouvelle chronique. Eh oui, lorsque tu travailles sur appel, tu dois développer une certaine faculté à te donner à 100 % pour la job quand c'est le temps. Etant donné que ma « profession » consiste à réaliser l'inventaire des entreprises, janvier et février sont les mois de dur labeur.

S'il existe bien un sujet de chronique que je n'aurais imaginé aborder, c'est bien celui-ci. Comme vous le savez, l'hiver québécois est ponctué de tempêtes de neige tout à fait paralysantes. Habituellement, deux ou trois grosses tempêtes de neige sévissent par hiver, mais cette année elle sont plus fréquentes. L'une d'entre elles m'a particulièrement marqué, c'était le 26 décembre 2005.
Avant toute chose, pour situer le contexte, comme je vous en avais fait part dans ma dernière chronique, une amie m'a invité dans sa famille afin de célébrer Noël. Après réflexion, j'ai accepté son invitation à Trois-Pistoles, petite ville situé à deux heures trente au nord est de Québec.

J'y ai passé un agréable moment, même si je n'étais pas avec ma famille.

10h00, le 26 décembre au matin, après avoir déblayé les 25 cm de neige qui recouvrent ma voiture, je me décide à retourner à Québec, malgré l'avertissement de tempête.
A l'heure de mon départ les routes sont encore praticables, .... mais ça n'allait pas durer. La première heure du trajet se déroule sans accrocs, il neige beaucoup, le vent balaie la neige sur l'asphalte, la visibilité est tout à fait acceptable. Arrivé à la hauteur de la Pocatière (à 1 heure 15 de Québec), les conditions routières se détériorent brusquement, l'autoroute étant barrée, je suis contraint à utiliser la route 132. Et là, les « joies » de progresser sous la tempête débutent.... Plus question de rouler à 100 km/h, je dois abaisser ma vitesse à 60 km/h, la visibilité est considérablement réduite. Les conditions routières deviennent critiques, rares sont les portions de route où je discerne encore le gris de l'asphalte. Tout est blanc autour de moi, seul deux points rouges m'avertissent qu'une voiture est en avant de la mienne. Lorsque la visibilité s'améliore, je constate que des voitures ont atterries dans un banc de neige.
Régulièrement je m'arrête sur le bas côté, pour abaisser le poids de la nervosité qui s'abat sur tout mon corps. Ma progression varie entre 10 et 30 km/h, je commence à perdre patience, comme dirait les Québécois : « c'est l'enfer, j'suis pu capable ! ».
Les heures tournent, et je ne vois pas le bout du trajet. La chaussée est très glissante, mes mains se cramponnent au volant. Je ne tiens pas à finir dans le clos !
A 13H30, j'arrive enfin à Montmagny (à 45 min de Québec). Pour célébrer ça, je m'arrête dans un dépanneur, ma petite Mazda 323 à soif, et moi j'ai besoin d'un bon petit café. Il me donnera « l'énergie » nécessaire pour poursuivre mon périple. Je m'avance vers le comptoir, et rajoute à la note un cigarillo pour la route. Dans un même temps, je m'informe des conditions routières pour le reste du trajet. D'un ton excédé (je dois pas être le seul automobiliste à lui poser cette question), le préposé à la clientèle s'exclame : « - Désolé monsieur, mais je suis pas météorologue »
Je lui rétorque :
« - Mais vous n'avez donc aucune idée de la progression de la tempête » « - Toutes les routes sont barrées, Montmagny est coupé du monde jusqu'à nouvel ordre, tu devrais te trouver une chambre d'hôtel pour la nuit » me répondit-il
« - Ok, ben dans ce cas donnez-moi plutôt un paquet de cigarettes, je crois que j'en aurai besoin.... »

En tant que personne de nature têtue, je décide de vérifier l'information par moi-même. Je poursuis mon chemin et tombe face à un barrage de police. Il avait dit vrai, tout est bloqué.... Je reste optimiste, et attendant que la tempête baisse d'intensité, je m'assoupis dans ma voiture sur le stationnement du centre d'achat.
A 16h00, mes yeux s'ouvrent, toujours la même vision, dehors la tempête sévit toujours. Elle a même redoublé d'intensité. Les bourrasques bercent ma voiture. La neige réduit la visibilité à quelques mètres. Plus question d'espérer de retrouver mon lit douillet avant demain. Je n'ai plus le choix, je cancelle (annulé) ma journée de travail du lendemain, puis je pars à la recherche d'un hébergement pour la nuit.
Après avoir à nouveau déneigé ma voiture, je m'informe auprès des autorités locales, où je pourrais dormir. Tous les motels sont complets, il ne reste que la polyvalente (école) reconvertie pour l'occasion en immense dortoir. Après 25 min de recherche, un atterrissage d'un banc neige, un petit 15 min à pelleter la neige bloquant mon véhicule. J'arrive enfin sur le stationnement. La tempête enveloppait l'établissement scolaire ; m'obligeant à demander au conducteur de la gratte (déneigeuse), occupé bien entendu à déneiger, où se situe l'entrée de la polyvalente.

Fiou ! Je tourne la clef de contact. Le ronronnement du moteur cesse. Me voilà enfin arrivé dans un lieu pour me reposer. Je prends mon courage à deux mains. Il reste un dernier effort à fournir pour rejoindre à pied la polyvalente où je serai au chaud. Je saisi sur la banquette arrière de ma voiture les quelques affaires que je possède pour dormir. Je sors....

A l'intérieur, enfants, hommes/femmes, jeunes/vieux, toute une panoplie d'humains vagabonde. Ils attendent tous que la tempête se calme. Les gens acquiescent de petits sourires pincés, sûrement une petite manière de déstresser et de relativiser. Nous ne sommes pas arrivés chez nous, mais nous sommes au chaud. Dans la grande salle, des tables ont été installées. Dans un coin, une télévision, des dessins animés y sont diffusés pour les enfants. Non loin de là, du café est mis à disposition sur une table. A côté, un micro-ondes est disponible pour ceux ayant un repas à faire réchauffer.
Soudain, une voix retentit, la personne en charge de la sécurité, nous interpelle. Elle nous avertit qu'il n'y aura ni de service de restauration, ni de service de livraison. Si nous voulons manger, il ne reste que le McDo à 5 min d'ici, les autres restaurants ont été « dévalisés » par l'afflux de la clientèle affamée et ne sont donc plus en mesure de fournir des repas. Etant donné, mon maigre paquet de chips comme unique repas, je me décide à partir à pied manger chez « le clown américain » ! Plus question de prendre ma voiture pour aujourd'hui, j'en ai eu ma dose. En route ! Dehors, un vent glacial me fouette le visage, impossible de marcher face au vent. La neige se colle au visage.
J'ai peine à maintenir mes yeux ouverts, même si je demeure courbé, tête baissée, la capuche de mon manteau rabattue. A chaque instant, je manque de perdre l'équilibre. On se croirait dans le Grand Nord, il ne manquerait plus que le traîneau à chien et me voilà prêt pour vivre une expédition au Groenland! Je ne vois pas à deux mètres. De part et d'autre du chemin de neige qu'est devenu la route asphaltée, des bancs de neige de plusieurs mètres de hauteur s'accumulent. Les déneigeuses s'activent, que ce soit les
souffleuses des particuliers ou bien les énormes grattes de la ville. Après
tous ses efforts, j'entre dans l'enceinte du McDo. Je secoue la neige restée sur mes vêtements. Mon jeans a eu le temps de geler, il est raide comme une planche de bois.
Le temps d'enfiler un « savoureux » Big Mc, et me voilà déjà sur le chemin du retour.

A mon retour dans l'école, je poursuis le petit tour d'horizon de mon gîte temporaire. Les animaux sont logés avec leur propriétaire dans les salles de classe situées à l'étage. Dans le corridor, des gens téléphonent pour rassurer leur famille. Dans le gymnase, convertit en dortoir, certains ont déjà préparé un petit coin douillet pour dormir, avec les tatamis mis à disposition et leur slipping bag (sac de couchage), s'ils en possèdent. Dans la grande salle, un immense pique-nique s'est organisé, d'autant que finalement notre hôte, nous a apporté des fruits, des sandwichs au beurre de peanut. Il faut l'avouer, l'organisation est hors pair.
Certains ont sortis leurs jeux de société, d'autres leurs ordinateurs portables, les enfants profitent de leurs cadeaux de Noël. Y'en a même deux qui ont enfilé leurs habits de hockey et jouent avec frénésie. N'ayant pas de jouets pour me divertir, je jase avec le monde. Nous échangeons nos tranches de vie. Certains viennent de Rimouski, d'autres de Québec. Ces derniers ont mis 4 heures pour arriver ici, alors que normalement 45 min suffisent.... De nombreux québécois m'avouent n'avoir jamais assisté à une telle tempête. Et au vu de l'évolution de la météo, j'imagine la longue soirée qui m'attend.
Une chance que j'ai eu l'idée de débuter ma future chronique, au moins ici je ne manque pas d'inspiration.....

A 21 h, nous sommes invités à écouter deux films, le premier s'appelle : « Hictch », et le second se nomme : « Le Noël des Krants », de quoi bien détendre après le stress de la route. Vers 1h du matin, tout le monde sort de l'auditorium. Une dernière cigarette et je vais aller me coucher. J'écoute les nouveaux pronostics, au vu de la baisse d'intensité de la tempête, certains espèrent quitter notre « refuge » d'ici 3h. Mais lorsque l'on sait que les policiers ont dû chevaucher leur motoneige, afin de secourir des automobilistes bloqués sur l'autoroute, on peut imaginer l'épaisseur de neige à déblayer avant sa réouverture à la circulation.

Le sommeil se fait sentir. Je décide d'aller m'assoupir dans le gymnase. Là-bas, je suis, soit bercé par les cris d'enfants qui trouvent « ce jeu » tout à fait intéressant, soit par les pleurs des enfants en bas âge, sans compter le concert de ronflements..... Finalement, je finis par m'endormir....

Le lendemain matin, 6 h réveil ! Autour de moi tout le monde s'affaire à paqueter son stock. Et à 7h les routes sont à nouveau dégagées !

Ainsi s'achevaient mes fêtes de Noël 2005. Je pense que je m'en souviendrai longtemps. Je n'avais jamais eu l'occasion de découvrir ce que vivent les sinistrés, suite aux catastrophes naturelles. Aujourd'hui, j'en ai un
aperçu. J'ai été marqué par l'ambiance chaleureuse, le calme, personne ne se plaignait de la situation. Tout le monde se parlait. Même ce monsieur qui a fait au moins cinq aller-retours sous la tempête, les bras chargés d'enfants, de jouets, d'oreillers depuis sa voiture jusqu'à la polyvalente. Aussi cette situation était tellement inédite, que je n'arrivais pas à y croire !

En tout cas, l'année prochaine, je passe Noël en France, dans ma famille, au moins là-bas, aucun risque de tempête de neige !

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Benito vous souhaite un Joyeux Noël à tous !

Benito

Joyeux Noël à tous !

Après les inventaires dans les dépanneurs, j'ai envie de vous parler de Noël ! Ca tombe bien ! C'est la bonne époque.....
Même si je vis au Québec depuis mai 2004, Noël 2005 sera mon premier Noël Québécois. En effet, cette année je ne triche pas. Je ne retourne pas en France à Noël voir ma famille, comme je l'avais fait l'année passée.

Depuis mon plus jeune âge, le Noël rêvé repose sur l'image éternelle de la famille assise autour d'une table garnie de bonnes choses à manger, avec des bougies posées sur des napperons. Dans un coin du salon, nous pouvons admirer le sapin illuminé, fraîchement coupé dans la forêt que le père est aller choisir avec son enfant. A ses pieds, les cadeaux de Noël attendent patiemment d'être déballés. Et pour couronner le tout, lors de cette belle nuit hivernale, ô combien magique, la neige déploie son grand duvet blanc sur le village......
Ainsi se dessine dans ma tête le Noël souhaité à chaque année depuis ma plus tendre enfance. Et bien sûr, ceci corrobore l'idée véhiculée dans tous les contes de Noël.

En vingt trois Noël, j'ai eu à chaque année, la chance de vivre ce moment comme je le souhaitais, excepté que la neige faisait preuve d'absentéisme dans ma région natale. Bon il est vrai que j'ai vaguement le souvenir de trois flocons voltigeant dans le ciel un 24 décembre des années 1980, mais ils étaient plutôt solitaires. Et malheureusement, le tapis blanc sur le sol restait au fin fond de ma tête.
Pour ce qui est du sapin naturel, il a parfois été troqué pour quatre branches de houx (pour les Québécois, le houx est un arbre très commun en Europe symbolisant Noël). Pire, certaines années, le houx était lui-même supplanté par un sapin synthétique, bien trop parfait à mon goût... Sans compter son absence d'odeur, contrairement à son « cousin » qui naturellement dégage un parfum d'aiguilles embaumant le salon durant la période des fêtes. Ceci dit, tous mes Noël passés en France, quelque soit mon âge, ont été des moments magiques, et parfois inoubliables, où l'on se retrouve tous en famille.

Comme je l'ai dit plus haut, l'an passé, pour Noël, je suis revenu en France. Par conséquent, j'ai eu le droit à tout, sauf à la neige française, mais j'avais tout de même apporté avec moi le souvenir de la neige québécoise. C'était donc un bon compromis pour réitérer mon image de Noël.

Par contre, cette année, j'aurai droit à la neige, à la neige et pour finir à la neige. Eh oui, là je suis gâté. Surtout après la belle tempête du 9 décembre, l'hiver commence à avoir de l'allure ! Ah j'oubliai ! J'aurai tout de même droit à un sapin naturel resplendissant dans mon salon.
Enfin ! J'ai pu assouvir ce vieux rêve d'aller couper un sapin en forêt, avec naturellement l'autorisation du propriétaire. En effet, il est interdit de couper un sapin n'importe où. J'ai opté pour le petit sapin alias « épinette » qui poussait en bordure du chemin aux côtés de trois-quatre congénères de taille similaire.
Armé d'une belle sciotte (scie), achetée à la quincaillerie près de chez nous, je me suis mis à l'ouvrage. J'empoignai fermement le petit tronc du défunt, et le sciai vaillamment !
Au Québec, les Québécois déménagent le 1er juillet et les sapins au début de décembre. Le mien avait comme nouveau domicile dans un 5 ? ensoleillé au troisième étage d'un bloc appartement à Ste-Foy. Aussitôt installé je me suis affairé à sortir les décorations de Noël. Bientôt, boules et guirlandes avaient fait de lui un véritable sapin de Noël ! Une heure après, tout était près pour fêter Noël dignement.
Mais, pour ce qui reste du kit du parfait Noël, va falloir compter sur mes souvenirs enfouis dans son cœur. La famille sera bien loin de moi. Certes elle sera dans mes pensées mais est-ce suffisant ?
Je ne sais pas. J'appréhende Noël. Je me demande comment je vais réagir face à la solitude. A tel point que je rêve régulièrement de ma famille. Mais rassurez vous, j'ai tout à fait le moral. C'est juste que sera un petit moment nostalgique à passer.

Il est vrai que je pourrais accepter l'invitation d'une de mes amies dans sa famille, mais d'une part, Noël est une fête familiale, j'aurais peur de ne pas me sentir à ma place. D'autre part, ne serait-ce pas plus délicat pour moi de surmonter cette période, si je me retrouve face à une famille unie qui m'est inconnue ?

Lorsque nous sommes encore enfant, le 24 décembre représente « le Père Noël et ses jouets par milliers », mais plus tard Noël est un tout autre cadeau : le partage, la joie d'être en famille.

Dans une immigration, nous ne pouvons pas tout avoir, d'un côté nous y gagnons et d'un autre nous y perdons. J'ai choisi d'immigrer j'assume.... Nous immigrons seul et non avec la famille.

Après 23 Noël en France entouré avec la famille, le 24ème sera à Québec.

Et bien sûr, je vous souhaite à tous et à toutes un joyeux Noël et une bonne année 2006.

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Au-delà d’un simple dépannage ! Encore...

Benito

Au-delà d'un simple dépannage !

Encore une fois, c'est l'heure d'écrire ma chronique et .... il neige ! Et vous savez quoi ? Eh bien cette fois, je ne parlerai pas de ma vie d'immigrant, mais plutôt de la vie dans un dépanneur. Petit commerce très répandu, réparti sur tout le territoire du Québec, près de 600. Je ne m'attarderai pas sur l'utilité des dépanneurs étant donné que ce sujet a déjà été traité.

Le dépanneur, partie intégrante de la vie quotidienne du Québécois, il y vient pour y faire le plein de gas (essence) lorsque ceux-ci sont associés à une station service, prendre un café avant de se rendre à la job, acheter quelques bières pour la soirée....

Cooler (frigo) à bière, le tabac, la loterie sont indissociables de tout dépanneur qui se respecte, le reste est plus accessoire. En effet, la vente de bière et de tabac engrange un revenu non négligeable pour le gérant. En ce qui concerne la loterie, nous pouvons la qualifier de sport national. De nombreux québécois y jouent et certains pourraient être accusés d'être des accros.

Dans un dépanneur, la clientèle est très variée, tout le monde si retrouve, toutes les tranches de la société : de l'ouvrier à l'employé de bureau en passant par les retraités ou le gars du B.S (Bien-être Social / Rmiste). Mais aussi tous les fournisseurs du dépanneur qui défilent tout au long de la journée : le livreur de journaux, le marchand de bière, le laitier.... C'est incroyable, toute l'économie, toutes ces compagnies qui vivotent autour.
Aussi pour certaine personne, c'est un rendez-vous de tous les jours pour leurs emplettes journalières au détour d'une promenade matinale. Dans le même temps, ils y viennent entamer un brin de causette avec la caissière qui connaît parfaitement leur nom. Certain y prennent un café et y reste le déguster un petit moment dans l'espoir d'y rencontrer un chum de gars. Autant en France, nous avons nos églises et nos bistros, autant ici le dépanneur peut faire office des deux. Le dépanneur devient un peu une micro-société ! Le dépanneur est une institution. Il nous manque une « bricole », premier réflexe : le dépanneur et non, l'épicerie. Dans notre inconscient, la bière, le tabac ne s'achète pas à l'épicerie mais plutôt au dépanneur. Le bien-fondé de ce petit commerce est tellement ancré dans les mœurs, que nous pouvons même y acheter des cetificats-cadeaux pour ses amis.

A la différence du québécois moyen j'entre le plus souvent dans un dépanneur, des valises à la main, dans l'optique d'y faire l'inventaire. Ma profession : assistant-superviseur en inventaire. Eh oui, c'est nous les 3-4 individus en chandail rouge bordeaux (ou gris pour les superviseurs) qui venons faire l'inventaire de votre dépanneur du coin ! Que se soit à Québec, ou à Sept-Iles ou encore à Rimouski, nous sillonnons les routes du Québec toute l'année, été comme hiver, autant sous un soleil de plomb que sous une tempête de neige pour rejoindre nos lieux d'inventaire.

A chaque fois, le même rituel, nous entrons dans le dépanneur :
- « Bonjour, nous sommes là pour l'inventaire ! » le superviseur se présente
- « où nous installons-nous, avez-vous une prise électrique ? » Oui ! Fini le temps du papier/crayon, ici on opère avec ordinateur, guns, (pas pistolet mais scanneur pour le code barre) et audits (grosse calculatrice où l'on pitonne les quantités comptées) attachés à la ceinture.

Comme d'accoutume la gérante désigne du doigt un recoin sombre où un escalier en bois descend au sous-sol : le back store (la réserve).
Attention à la tête ! Il y a toujours une poutre menaçante au plafond pour les grosses têtes. A mesure de notre descente, nous ressentons la chaleur expulsée des compresseurs des frigos et de la fournaise, leur grondement assourdissant a supplanté la musique à l'étage.

Nous arrivons dans le sous-sol poussiéreux où nous découvrons un imposant bric-à-brac. D'une manière tout à fait désordonnée, les câbles électriques parcourent le plafond au côté des canalisations d'eau. Au milieu de la pièce les palettes de bières sont entreposées sur le sol fissuré, prêtes à satisfaire la soif des clients. Le long du mur droit, sur des étagères en bois, paquets de biscuits, cannes (conserves) sont empilées, d'autres sont posés à même le sol. A côté, une pile de cartons renferme sachets de chips réguliers, à la tomate ou encore à la sauce barbecue. Au fond, une ancienne cuisine, dont seul un lavabo encrassé rappelle l'ancienne utilisation, fait office de bureau du gérant. Deux armoires cadenassées, l'une renferme une précieuse marchandise, les cartons de cigarettes, l'autre les bonbons et barres de chocolat. Dans une autre pièce exiguë, des sacs de plastique remplis des canettes de coke (coca-cola) et autres bouteilles plastiques sont entassées avant d'être mises au recyclage.
Après avoir parcouru des yeux les lieux, nous nous mettons au travail.
Chacun s'équipe de sa machine pour compter. Le superviseur dispatche les compteurs au quatre coins du dépanneur. L'un commence par compter la bière, l'autre par le tabac, et le troisième aura la « joie » de s'occuper de la réserve....
L'inventaire commence....



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Un an de mariage avec...

Benito

Un an de mariage avec le Québec, un an de divorce avec la France !

Bonjour à tous et à toutes,

Bon Alors ! Où en étais-je resté la dernière fois ? Ah oui ! A la NEIGE ! D'ailleurs au moment où j'écris, il suffit de jeter un regard vers ma fenêtre pour constater que la neige annonce les prémices de l'hiver ! Déjà, sur ma galerie (balcon), la neige a recouverte tomates et géraniums en pot ! Finit les soirées chaudes assit dehors à contempler les étoiles, avec une p'tite bière à la main. Ce matin, j'ai troqué mes vêtements d'été pour bottes et manteaux d'hivers. Et bientôt, j'aurais remisé mes chaussures de randonnées pour chausser à nouveaux mes raquettes !

Bref je m'égare..... Aujourd'hui nous sommes début novembre, or le 11 Novembre, le « Jour du Souvenir », cela fera un an que je suis résident permanent. Eh oui déjà, que le temps a passé vite ! Je me souviens encore de cette date mémorable de 2004. Ce jour-là je devais faire valider mon visa de résidence permanente au service d'immigration. Etant donné que j'étais sur le territoire canadien, je devais en sortir pour rencontrer les agents de la douane canadiens à la frontière des Etats-Unis.
Alors je vous propose de revivre cet instant :

Jeudi 11 Novembre 2004, 10 h, départ de Québec, direction la frontière du Canada, Jackman précisément, petit poste frontière dans le Maine à 2H-2H30 de Québec, je ne sais plus.
A 16 km de la frontière, le coeur serré, je tente de réfléchir à ce que je vais dire aux douaniers américains. Heureusement que mon amie parle excellemment l'anglais !!! J'ai mal au ventre, comme à la rentrée des classes. Et si les « ricain »s ne me font pas rentrer !!!!
A un 1 km du moment fatidique, je commence à me répéter les phrases clés. Ca y est, j'arrive, le douanier me fait signe d'avancer ma voiture, à côté de lui.
Après quelques échanges verbaux, il m'invite à le rejoindre à l'intérieur du poste des douanes.
Un gentil américain, tout sérieux, m'attend. Après quelques questions auxquelles je tente de répondre, il me tend un papier cartonné tout vert. Le fameux visa touristique. Bingo, la première étape est maintenant validée.

Après avoir complété le "billet vert" et le paiement des droits d'entrée (6 $US), direction le service d'immigration du Canada. A ce moment, je suis plus décontracté, au moins mes interlocuteurs suivant s'exprimeront en français. Il est 12H06, je pénètre dans le bâtiment de l'immigration .Je me dirige sereinement vers l'agente.... féminine !! :
-"Bonjour, je viens pour la validation de mon immigration permanente"
Je lui tend les précieux documents exigés. Elle me fait signer quelques papiers. Entre les signatures, les quelques niaiseries que je lui raconte, trahissent ma joie imperturbable..
Et l'instant le plus redouté, arrive immanquablement :
-"Combien d'argent possédez-vous"
Je précipite mes mains dans ma chemise cartonnée, pour y saisir les fameux relevés de bancaires!!! Mais sous l'effet du stress je ne parviens pas à mettre la main sur mes relevés bancaires de France. Je m'affaire encore quelques instant à leur recherche, mais avant que je me sentes mal. L'agente me rassure et m'affirme que ce n'est pas important. Tant mieux !!!
La suite, c'est comme dans un rêve, j'étais tout sourire, j'acquiesçais toute ces dires. Je buvais ses paroles. Elle aurait pu me dire n'importe quoi, je disais OUI !!!!
Pis la phrase tant attendu, sorti de sa bouche : "vous êtes maintenant un résident permanent"...
-"Ah c'est déjà finis " lui répondis-je. Eh bien bonne journée !!!
Comme je disais à mon amie en sortant du bureau, même si ce ne m'ai pas encore arrivé, j'ai eu l'impression de me marier avec le Québec !!! Je suppose que lorsque tu es devant le maire ou le curé, tu es dans le même état d'excitation, et tu réponds OUI à tout ce que l'on te dit !!!!
Eh oui, me voilà marié officiellement avec le Québec et divorcé de la France !!!!
Il est 12H27, je rentre au Canada. Ca y est c'est fini, les 10 mois de stress permanent. La boucle est bouclée. Et comme je l'explique à mon amie, le tour du poteau porte bien son nom !!!!!

Et un an après, je suis toujours là, au Québec. Alors comme tous c'est l'heure du bilan. Déjà à la question essentielle : es-tu heureux de ton choix de vie ? Eh bien, à première vue je dirais OUI !

En France, j'empruntais la voie la plus droite. Le cheminement classique. Comme beaucoup j'ai réalisé des études, un baccalauréat, pour ma part un Bac Sciences technique de l'Agronomie et de l'Environnement option aménagement et par la suite BTS en horticulture et pour clôturer mon cursus scolaire une spécialisation d'un an en agroenvironnement et maîtrise des pollutions. Rien d'extraordinaire. La suite devait m'orienter vers la vie active. Tout respectait un tracé ordinaire en parfaite adéquation avec ce qu'on demande à son enfant : « fais des études et trouves toi un métier qui te conviennes. »
Mais un jour j'ai quitté la route asphaltée droite, pour emprunter un chemin de terre sinueux, garni de nids de poules, semé d'incertitudes, dont le tracé incertain mène vers l'inconnu. Ce jour-là, j'ai choisi d'immigrer au Québec, quitter le berceau de mon enfance où j'avais poser mes jalons, où mes parents, mes amis me supporteraient en cas de faux-pas. Je m'engageais sur un terrain où tout est à défricher. En France, je savais où j'allais. Au Québec, j'étais un parfait inconnu traînant ses valises pleines d'expériences pour se forger de nouvelles expériences. Et cette fois, personne n'était là pour dicter ce que je devais faire, c'était à moi de décider vers où je me dirigerais.
Avec du recule, je peux aujourd'hui affirmer que je devenais enfin mon propre chef, je laissais mon passé pour construire mon futur. Immigrer a été, à date, ma plus grande décision, que je vivrais sûrement qu'une seule fois dans ma vie. Un risque ô combien excitant. Quand certain affirment que nous sommes tous enfermé je dis non nous pouvons encore aujourd'hui vivre une véritable aventure. Et pour cela pas besoin de faire le tour du monde, aller visiter des contrées lointaine. L'aventure est notre porte, à portée de main, il suffit juste de s'en apercevoir. Pour ma part, bouleverser ma vie ce résume en dix mois de procédure d'immigrations, en 2000 $, et en un billet d'avion aller.
Et me voilà après seulement sept heures de voyage, à 5500 km dans un environnement qui m'est inconnu. Certain dirons que ça parait impossible ou tout simplement extraordinaire. Qu'il faut être plutôt courageux pour prendre une telle décision. Eh bien non, il suffit de s'armer d'insouciance arrosé d'un zeste d'égoïsme. Ne pas penser aux risques, ne pas penser à ceux que nous quittons, à ceux que nous ne reverrons peut-être jamais..... Et pour les plus frileux, je leur dirais, pas de panique, quitter ce n'est pas oublier, et ce n'est encore moins enterré le passé, car au fond à tout moment nous restons maître de notre vie, nous pourrons toujours reprendre la route asphaltée, retourner vers notre monde connu et reprendre notre vie là-bas, de « l'autre côté d'la flaque » où nous l'avions laissé.
Et c'est tout ça qui me fascine dans l'immigration, dans ma vie, je n'ai ni immigrer par obligation, ni pour fuir quelques problèmes, mais simplement par choix, par goût pour l'aventure. Et si pour x raisons (et non par malheur), je me suis trompé de voie, rien n'est irrémédiable, je peux toujours faire 6 heures d'avion en arrière (car dans ce cas là, le retour est plus court ! lol).

Je ne sais pas si vous partagez mon point de vue, mais moi je suis pas mal adepte de celui-là.

Aujourd'hui, si ma tête pivote vers l'arrière, je peux dire que je suis surpris du chemin parcouru. Jamais je n'aurais pensé être capable de réaliser tout ce cheminement, et ce n'est pas près d'être fini, bien au contraire..... Pour moi, immigrer a été le facteur déclencheur d'une accélération incroyable de la maturité de mon esprit. En France, j'étais un étudiant qui faisait son petit bonhomme de chemin et ici je suis devenu un jeune adulte. J'ai forgé ma personnalité, je me suis découvert une facilité d'adaptation.

Lorsque je suis arrivé ici, seul mes valises constituaient mes biens matériels, je ne connaissais personnes et personnes ne me connaissaient, ni ne m'attendaient. Aujourd'hui, je loue un appartement, j'ai construis un petit chez moi qui avait démarré par un simple matelas posé dans ma chambre. J'ai un environnement de travail avec des collègues sur lesquels je peux compter ainsi que des amis qui me sont très chers. J'ai construit en un an, ce que j'avais jadis bâtit en France tranquillement depuis ma plus tendre enfance, telle une plante à qui on administre en engrais avec un accélérateur de croissance. Bien sûr, je renie en rien mon passé, qui est d'ailleurs qu'un présent en parallèle sur lequel je peux toujours me retourner en cas d'interrogation. Mes amis français, ma famille, mon pays de naissance reste mon pays qui seront toujours aux côtés de moi, ne serait ce que virtuellement......

En conclusion, j'ai réussi à me construire mon cocon ! J'ai atteint un certain équilibre qui me convient.
Aujourd'hui, je peux croiser du monde que je connais n'importe où : dans la rue, dans un magasin, en me baladant en forêt..... Je ne suis plus un « X » au milieu d'une fleur de Lys !

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Première Chronique : Le prologue d’une...

Benito

Le prologue d'une nouvelle vie

Bonjour à tous et à toutes,

Comme la coutume le veut, je me présente pour ceux qui ne me connaissent pas. Petit français arrivé en provenance de la Vendée. Mon histoire avec le Québec commence l'été 2003 lors d'un stage dans un organisme environnemental à Beauport dans le cadre d'une spécialisation agro-environnementale. Après 5,5 mois de stage, je regagne mon pays natal dans l'idée de revenir avec le précieux visa permanent en poche. Ainsi, j'endure un dernier hiver français pendant que mon dossier navigue entre les différentes institutions de l'immigration. Entre temps, mon ancien maître de stage me propose de revenir travailler pour eux durant l'été 2004. Alors je décide de compléter parallèlement une demande de permis temporaire. Le 30 mai 2004, je foule à nouveau le sol québécois. Rapidement, je retrouve ma joie vivre, le goût de rester au Québec.

À la question traditionnelle posée par les québécois : « pourquoi t'es-tu venu au Québec », je répond : « pour la neige ». Eh oui cette vision simpliste a été le facteur déclencheur de ma visite du Québec et par la suite de mon immigration. Tout commence un jour d'école élémentaire de 1993. J'avais 12 ans. Mon institutrice de CM2 nous montre fièrement ses diapositives de vacances d'hiver en montagne et au Québec où elle a de la famille. Toute cette neige m'impressionne tellement. J'ai le goût d'y jouer dedans. Et si j'attends ça d'un hiver vendéen, et bien je peux toujours attendre.

Ce jour-là je me suis promis qu'un jour j'irai au Québec voir la neige, découvrir ce qu'est un véritable hiver.

Les années passent, aucun projet Québécois, mais cette idée reste dans un coin de ma tête. Il faut attendre l'année 2002 pour que ce rêve se réveille par sursaut grâce à un ami qui projette de partir en formation horticole au Québec. Souvent il me fait part de son projet, ce qui suscite une certaine envie chez moi, mais celle-ci me parait inaccessible. Souvent, face à ses envies d'escapades, je rétorque : « un jour j'irai ».

Octobre 2002, j'intègre une formation en agro-environnement qui exige 4 mois de stage à l'étranger. C'est à ce moment que je me dis que quitte à partir dans un autre pays autant voir grand puisque c'est une chance que je n'aurai peut-être pas de si tôt. Une amie de ma promotion compte partir au Québec, alors je me suis dis pourquoi pas. A cet instant, je ne peux me douter jusqu'où cette décision me mènera. Quelqu'un m'aurait dit que je venais de bouleverser ma vie, je ne l'aurais pas cru.

Bon an mal an, je franchis chaque étape avec succès : trouver un maître de stage, obtenir un permis de travail, trouver un logement......

Résultat : 10 ans après, le 19 mai 2003, mon rêve de gamin se réalise, mes pieds foulent pour la première fois le sol québécois. Avec mes deux valises encombrantes, je sillonne les rues de Montréal ou plutôt boulevards, à la recherche de l'auberge sur la fameuse rue Mackay. De temps à autres je lève la tête abasourdi par la hauteur des buildings, avec regard tel un enfant dans un magasin de jouets. Une phrase résonne continuellement dans ma tête : « ça y est je suis au Québec ! » Je ne réalise pas. Une journée plus tôt j'étais de « l'autre côté d'la flaque » en stage dans les bureaux de la Direction de la Départementale de l'Agriculture et de la Forêt. Jamais je n'étais parti aussi loin. L'aventure commence ! Après trois jours à vadrouiller dans Montréal, départ pour la ville de Québec, où doit se dérouler mon stage. Trois heures d'autobus et me voilà à la gare du Palais à Québec, là mon maître de stage m'attend. Nul besoin d'être muni d'un écriteau où écrire mon nom, il se dirige déjà vers moi, mes deux énormes valises ont parlé à ma place..... Puis, direction mon nouveau lieu de travail, où toute l'équipe attend « le petit français de France ».

Mes semaines se déroulent de la façon suivante : la semaine je travaille et j'organise mes futurs escapades et les fins de semaines je pars en vadrouille à travers le Québec grâce au meilleur moyen de locomotion qui soit : le pouce (l'autostop).
Sac à dos sur les épaules, et en route pour les parcs nationaux, de la Gaspésie au lac St-Jean en passant par le Parc de la Mauricie, rapidement le Québec m'est plus familier que mon propre pays natal....Poussé par l'envie de profiter de chaque instant, je ne cesse de visiter ce nouveau terrain de jeu !
Octobre arrive, la nature se pare de couleurs flamboyantes. L'automne s'installe alors que pour moi c'est le temps de partir rejoindre le vieux continent. Mais ce n'était juste qu'un en revoir ! En effet, je pars dans l'unique idée, revenir avec le précieux visa permanent en poche.

La tête au Québec et le corps en France, je vis au gré des nouvelles des services d'immigration. Au grand dam de mes parents, je suis bel et bien décidé à quitter ma patrie. Et à la question fatidique : « mais tu ne pars pas pour toujours? », je réponds « mais non juste pour deux trois ans » et quelques mois après je répondais que je n'en savais rien. Comme vous le savez, patience est le maître mot lorsque l'on projette d'immigrer au Québec. Dans mon cas, j'ai eu la chance qu'il m'arrive la meilleure chose pour attendre plus sereinement. Janvier 2004, après une conversation téléphonique, mon ancien boss, m'apprend qu'il a de la job à me proposer pour l'été.
Ni une ni deux, je m'affaire à remplir une nouvelle demande de permis de travail temporaire pour le Québec parallèlement mon dossier d'immigration poursuit son ascension dans les hautes sphères des services d'immigration. Ainsi au mois de mai 2004, retour au pays des indiens à plume qui n'existent pas, quel plaisir de retrouver l'endroit où je n'ai jamais été aussi heureux ! A nouveau je respire l'air québécois, le bonheur ! Après une période de redécouverte de mes premiers pas laissés dans les contrées québécoises, j'ai poursuivi mes pérégrinations à travers le Québec durant tout l'été.
Le 11 novembre 2004, changement de statut, je deviens officiellement résident permanent après un court passage à la douane. Ma vie de résident permanent débute ainsi que les premiers frimas annonciateurs de l'hiver interminable .... Puis un jour, enfin le moment tant attendu se produit. Nous sommes le 1 décembre 2004, le soleil n'est pas encore levé, je prends le bus pour rejoindre la job. Rien d'extraordinaire, juste la simple routine, jusqu'à ce que j'aperçoive de petits flocons voltigés dans le ciel, éclairés par les phares du bus. Au début, ils se perdent dans le ciel noir, mais bientôt ce fut le ciel qui se perdit dans les flocons. Le temps d'arriver à destination, un duvet blanc recouvre déjà le paysage. Je vis ma première tempête de neige, ce qui jadis, a été la raison de venir au Québec....Un nouveau rêve d'enfant qui se réalise !

Pour cette première chronique je m'arrête là, il faut tout de même en garder pour plus tard !

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