7 chocs après avoir quitté la France pour le Québec - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada
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7 chocs après avoir quitté la France pour le Québec

J’ai débarqué à Montréal le 16 Octobre 2014 avec deux valises de 23 kg, un permis de travail temporaire et l’envie de découvrir le Canada et plus précisément le Québec et avec l’intention de m’y installer. Je dis bien l’intention car je n’étais jamais venu auparavant au Canada donc tout une expérience pour ma part et une possibilité que cela ne me plaise pas.
Durant mes études d’infirmier à Paris, je lorgnais déjà sur le Québec. J’avais assisté à des réunions d’informations, avec à chaque fois l’envie de m’installer là-bas. On y vantait la qualité de vie, la sécurité, de meilleurs salaires, une société plus ouverte, plus accueillante, plus tolérante et la vie francophone en Amérique du Nord.

Trois ans plus tard à travailler en tant qu’infirmier ou du moins â être exploité en tant qu’infirmier, à essayer de survivre à Paris avec un salaire d’infirmier, à enchaîner les jours et les nuits, à travailler en clinique en parallèle pour gagner plus, à enchainer les heures supplémentaires, 84 heures par semaines des fois, à payer encore plus d’impôts, je prends ma décision de quitter la France. De plus, vu le climat social en France, la montée de la xénophobie en lien avec une crise économique, mon envie de vivre mon orientation sexuelle, de l’insécurité grandissante, il était temps d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

Après 6 belles années à Paris, je m’envole vers le Canada. L’arrivée s’est très bien passée, les démarches très faciles à accomplir ce qui me changent sans vous mentir de la lourdeur administrative française. Je passe mon premier hiver avec un mois de Février rude, voire très rude avec une expérience du moins 38 degrés ressentis. lol.
Je n’ai eu aucune misère à m’intégrer, je me refais assez rapidement un cercle d’amis composé majoritairement sans le vouloir de Français mais aussi de quelques Québécois. J’ai trouvé mon appartement dans Hochelaga-Maisonneuve avant même d’avoir atterri à Montréal. Je commence mon stage d’intégration imposé par l’Ordre des Infirmiers et Infirmières du Québec, c’est là que je découvre ce racket qu’est cet Ordre. lol. Le stage d’intégration est un peu une douche froide car c’était comme si je redevenais étudiant. Pendant un mois et demi à peu près, je suis supervisé par un autre infirmier. Quand je dis supervisé, tout ce que je fais, toutes les médicaments per os, intraveineux, toutes les notes rédigées, tout est validé par l’infirmier qui m’encadre. Après réflexion, ce n’est pas plus mal car il y a tellement de différences  entre le système français et québécois notamment au niveau des actes et des responsabilités, des termes, de la fonction du personnel.
Après 4 mois de stage, j’obtiens le droit de travailler en tant qu’infirmier où je le désire. Ce droit, je le paye 450 dollars chaque année. J’obtiens un poste aux soins intensifs pédiatriques. Puis là, j’ai de nouveau droit à une formation de deux mois. C’est un peu de nouveau la douche froide car je me sens de nouveau limité au niveau des actes et des responsabilités. Moi qui avais pour habitude de m’occuper pendant 3 ans d’enfants ayant des cardiopathies, je n’ai pas eu le droit de les prendre en charge ici tant que je n’avais pas suivi la formation de 2 jours dispensées dans mon unité. N’ayant fait que de la cardio pédiatrique en France, cela me permet de découvrir les autres spécialités et d’élargir mon champ de compétences.
Les mois passent et ne ressemblent pas. Je fais mon cheminement tranquillement, je rebâtis ma vie, je me mets en couple avec un canadien, je gagne très bien ma vie grâce aux primes de soins critiques et aux primes de nuits. Entre-temps, j’obtiens mon CSQ en Novembre 2015, mon dossier fédéral RP est envoyé fin Janvier 2016.
Puis en Février 2016 , me pogne un gros coup de blues, ma famille me manque, mes amis me manquent, mes anciens collègues et mon ancien travail me manquent, Paris me manque, la culture française me manque, mes soirées parisiennes me manquent. Je ne suis pas rentré depuis mon arrivée en 2014 et je ressens le manque de rentrer me ressourcer. Après une semaine passée avec tous les gens que j’aime, me revoilà content de rentrer à la maison, à Montréal. Je poursuis ma vie tranquillement. Après un an aux soins intensifs, j’ai enfin droit à la formation de chirurgie cardiaque pédiatrique, formation qui dure 2 jours. En ce qui me concerne, c’est du déjà vu et je n’apprends pas grand chose de nouveau.
En Mai, je manque un événement religieux durant lequel on avait pour habitude se réunir avec ma famille, un petit coup de blues me pogne de nouveau mais je remonte la pente. Au fur et à mesure des mois, certains de mes amis infirmiers français décident de rentrer définitivement en France et me revoilà de nouveau en pleine réflexion quant à mon avenir au Québec.
Les raisons pour lesquelles j’étais rentré en Février 2016 sont de nouveaux présentes.
Après réflexion, je décide de démissionner le 29 Juillet 2016 et de rentrer à Paris définitivement le 10 Août 2016.

Le 12 Août 2016, j’ai RDV avec la DRH de l’hôpital Necker pour signer ce que je pensais être un retour anticipé de disponibilité. En fait, j’allais passer un entretien.

Premier choc, j’avais oublié les entretiens avec les DRH françaises. En l’espace de dix secondes, j’ai perdu mon sourire. J’ai à faire face à une dame fermée, froide, qui me fait passer un entretien avec calculs de doses alors que je ne m’y attendais pas….

Deuxième choc, réouvrir mes droits à la Sécurité Sociale… Je vous passe le sketch, administration digne de celle d’un roman de Kafka.

Troisième choc, la visite médicale de l’hôpital avec une infirmière complètement cinglée avec qui je me suis chicaner. Welcome home!!!

Quatrième choc: la reprise du travail au sein du service dans lequel j’exerçais: méchant changements d’équipe, je ne connaissais  plus grand monde à part les anciens mais il y a tellement eu de turn over que j’avais l’impression d’être nouveau. lol En quittant le service, nous tournions à 9 infirmiers de jour, 9 infirmiers de nuit. En revenant, nous étions 6 pour la même charge de travail plus ou moins. Je vous laisse imaginer l’état du personnel paramédical. Pour comparaison, au Québec, on pouvait être jusqu’à 17/18 infirmiers la nuit…
Le ratio infirmier/patient était du 1 pour 1 quand l’enfant était intubé, deux quand les enfants étaient extubés. Sur certains malades, nous étions 2 infirmiers: quand il y avait de l’hémofiltration(=PrismaFlex), ou quand l’enfant était sous Assistance circulatoire(=ECMO). En France, je pouvais avoir jusqu’à deux enfants intubés ou un seul quand il y avait de l’hémofiltration(=PrismaFlex), ou quand l’enfant était sous Assistance circulatoire(=ECMO). En gros, méchante drop de personnel.
Au Québec, on a des inhalos qui s’occupent de tout ce qui est respiratoire, on a des Assistants Infirmiers Chefs(AIC) qui s’occupent de la répartition des malades, de la gestion des entrants et des sortants et qui t’aident, des commis jour et nuit qui s’occupent du côté administratif, des pharmaciens qui valident les prescriptions médicales, des physios, des diététiciennes. En gros, il y a du monde.
En France, on est beaucoup moins nombreux, certaines de ces professions n’existent pas. En tant qu’infirmier, tu fais tout, tu es beaucoup plus autonome, tu es seul avec les AS. Le week-end, tu joues à la secrétaire, tu joues à la cadre, certaines fois tu joues au médecin.Tu as beaucoup plus de responsabilités, tu fais beaucoup plus d’actes mais il n’y a pas le salaire qui va avec et surtout il y a beaucoup plus de glissements de tâches. Si tu les acceptes, à tes risques et périls, surtout si cela va jusqu’au tribunal. Je ne sais pas comment j’ai fait pour tenir 3 ans. Au Québec, tout est carré. Tu fais les actes pour lesquels tu as le diplôme et pour lesquels, tu as eu la formation. C’est sûr que quand tu viens de France, tu te sens mains et poings liés mais finalement. c’est beaucoup plus secure. Après je ne dis pas qu’un système est meilleur que l’autre mais celui du Québec est plus sécuritaire.

Cinquième choc: les codes sociaux français. J’adore la France, c’est mon pays, Paris c’est ma ville de coeur mais j’ai vraiment eu de la misère à m’acclimater de nouveau à ma société. Le service client est vraiment merdique en général. Le rapport est plus facile au premier abord au Canada.

Sixième choc: la famille et les amis. C’est l’fun, tu revois tout le monde mais tu as comme l’impression que les gens ont avancé, ont fait leur cheminement et que toi, tu as été mis de côté involontairement car tu vivais de l’autre côté de l’Atlantique. Tu as l’impression d’être en dehors de tout ça.

Septième choc: laisser sa douce moitié canadienne et te rendre compte que c’est beaucoup plus dur que ce que tu pensais.

Cela m’a pris un retour en France pour faire ma réflexion, profiter de mes amis et de ma famille, voyager pour pas cher, savoir où je voulais vivre. J’aime la France, j’aime ce que m’a donné ma mère patrie, j’aime sa culture, sa gastronomie. J’adore Paris, je me sentais bien à me promener dans cette magnifique ville, j’adore la visiter. Je suis tellement fier d’être Français.

Cependant, rien ne m’a retenu et dès octobre 2016, je savais que je voulais revenir. Et ce fut chose faite le 2 Janvier 2017 avec un nouveau statut:celui de résident permanent. Désormais, je peux faire ce que je veux: changer de métier quand je serai tanné d’être infirmier, reprendre des études, changer d’employeur. Et cette liberté, elle est juste inestimable pour ma part.
J’ai retrouvé ma job icitte, ma douce moitié, mes amis, mon mode de vie. J’ai retrouvé ma vie.
Aujourd’hui, je suis content d’être là, je n’ai plus aucune interrogation. Je vis au jour le jour et je n’ai plus envie de me prendre la tête. Peut-être qu’un jour, je reviendrai ou peut-être que j’irai vivre ailleurs mais pour l’instant, c’est au Canada que je suis et je m’y sens bien. Carpediem et Advienne que pourra.
Voilà c’était un récit de mon immigration. C’est mon ressenti, ce sont mes impressions et cela ne concerne que moi.

Par Darif75

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  • Alain Kadlec

    Une fois ici, ici faut pas retourner en arrière, coûte que coûte. Hésiter fait perdre du temps et de l’argent. Il faut assumer ses choix et aller droit devant et les murs se déplaceront. Ce n’est pas donné à tous le monde certes.
    Il ne faut pas confondre partir en voyage et émigrer.

  • MdD

    Ton récit m’a beaucoup touchée. Je suis antillaise, infirmière et je vis à Paris, ville que j’adore, l’une des plus belles aux mondes et des plus riches culturellement. Pourtant je veux m’installer à Montréal qui est ma ville de cœur. Tu as raison de revenir, l’important est d’être heureux alors que ton retour et Re-départ t’aient coûté financièrement, ce n’est pas le plus important. Tu es heureux et c’est ça l’essentiel. J’ai hâte de pouvoir partir sans pour me dire que je n’en peux plus de Paris. Même si le métro bondé le matin est juste épuisant lol ! Si tu as des conseils, je les prendrai volontiers.

  • Yayie De Obiono Obiono

    super belle experience , son bonheur c’est la ou on se sent bien , l’homme es comme ca il projet des choses quant il fo les réaliser il des angoisses qui montent, tract, la nostalgie, au finish il fo faire un choix, comme vous j’ai cet envie depuis 1991 de réaliser mon reve canadien,mais je n’arrive pas a trouver un employeur du quebec pour un contrat temporaire de travail, je suis camerounaise , et vos orientations seront bien recues merci

  • Sabrina

    J’ai beaucoup aimé lire votre témoignage et je suis contente que vous ayez adopté mon pays, malgré ses petits défauts. Bienvenue chez vous !

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