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Portrait du Bonhomme Hiver

« Écoutez les clochettes, du joyeux temps des fêtes
Annonçant la joie de chaque cœur qui bat
Au royaume du bonhomme hiver

Sous la neige qui tombe, le traîneau vagabonde
Semant tout autour nos chansons d’amours
Au royaume du bonhomme hiver »

Ah le retour de l’hiver! La beauté des paysages blancs, la froideur qui mord les joues à les faire rougir, la joie des petits et des grands du retour des patinoires et autres glissades.

Hé, c’est qu’on a eu ça pas mal vite cette année hein ? Chais pas si vous êtes comme moi, mais j’avais beau avoir descendu la valise des affaires d’hiver et acheté des bottes, j’étais pas prête moi encore à voir la neige. Impatiente mais pas prête.

Pis j’avais presque oublié moi qu’il existe un hiver ici. Ce qui me console c’est que mon chum n’avait pas l’air plus prêt.

Oh je vois déjà les gens des régions qui se disent « Ah ces montréalais! ». Ben ouais je sais bien, mais en plus imaginez que ce n’est que mon 3ème hiver et que le précédent n’a pas été à la hauteur de sa réputation.

Quelle réputation ?

Ben là, vous savez bien : les bancs de neige hauts de même, les jours de classe qui sautent, les tempêtes ancestrales.

C’est vrai, quand on écoute les québécois parler de leur hiver, moi j’entends souvent les cigales qui chantent.

Des cigales en hiver? Ça y est elle est gelée du cerveau celle-là.

Ben oui les cigales de la galéjade pardi. Nan parce que je veux bien croire que les hivers de vos enfances étaient plus rudes, c’est sans doute en partie vrai. Mais la mémoire est un outil pervers qui transforme les souvenirs et les travestis au fil de notre expérience de vie.

Alors je veux bien croire que si vous étiez enfant en mars 1900 (47 cm de neige sur Montréal, 55cm en 2 jours), en décembre 1933 (avec un record des températures hivernales et -34°C sur Montréal) ou en mai 1963 (tempête la plus tardive sur Montréal un 10 mai avec presque 22 cm)[i], vous avez amplement de quoi dire que les hivers étaient rudes. Mais, comme dirait Ming (Mélodie Lapierre), dans Pure Laine, à Dominic son papa adoptif (Didier Lucien), quand vous étiez haut comme 3 pommes, tous les bancs de neige vous dépassez. Arrêtez donc de nous faire accroire le contraire….

Bon ok, il y a eut par après, quand vous étiez de jeunes ou moins jeunes adultes, encore quelques épisodes des plus intenses qui ne feront pas parjurer Gilles Vigneault.

Si on pense notamment à la tempête de verglas de 1998.

Hein comment ça pas plus tôt ? Ben ouais, voila un autre mythe qui s’effondre. Quand on écoute certains, cela semble si vieux qu’on oublie que c’était y a seulement 10 ans. Vous n’avez jamais eu l’impression vous que ça c’était passé y a plus longtemps ? Ah, ça doit être moi qui suis tombée sur des récits aux allures mythiques alors.

Figure 1 – Zones touchées par le verglas (Environnement Canada)

Ça n’enlève en rien que ce fut un gros épisode marquant pour les Québécois qui l’ont vécu hein, loin de là. Il faut quand même se rappeler qu’en ce mois de janvier entre 40 et 100 mm de pluie verglaçante se sont abattus sur une partie du Québec, la Montérégie en grosse partie (cf. figure 1).

Mais là encore, les cigales chantent parfois quand le père de mon beau-frère en parle. Habitant Beloeil, il a évidemment quitté son domicile pour rejoindre certains de ses enfants qui eux avaient de l’électricité. Mais rebranché assez vite, si vous l’écoutez, il est resté presque un mois pogné … Et M.-A. qui racontait qu’il avait patiné sur les trottoirs de Montréal. Oui patiner, avec des patins à glace. Je dis pas que c’est impossible, vu la quantité ça devait même être le mieux à faire… Mais il a les pieds plats et n’a jamais voulu patiner avec nous autres, et dixit son ex-blonde, il n’a même jamais patiné depuis qu’elle était avec lui soit en septembre … 1997.

Écoutez, vous ne les entendez pas vous aussi alors les cigales?

Je me moque, mais quand même, faut bien reconnaître que ce pays, c’est l’hiver. Soyons honnêtes, dans notre imaginaire, qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour évoque le Québec? Les maringouins, le festival de jazz et Marc Labrèche ou la neige, les traineaux, le skidoo, les patins, le chalet et le bucheron-à-la-guitare-acadien-même-pas-québécois Roch? Moi je suis honnête, si les chiens ne me branchent pas, c’est bien la neige qui m’évoque le Québec au-delà de toute autre chose.

Alors, pour les immigrants qui ne sont pas encore là, c’est quoi l’hiver pour moi?

Je ne mentirais pas en disant que non non fait jamais froid, c’est le fun tout le temps. Oui il y a des journées, particulièrement en janvier et février, où il fait froid merci. Les joues qui gèlent, la goutte au nez hivernale et quasi permanente prend la forme d’un stalactite, l’air semble sec tellement vos narines se rétrécissent de froid, les yeux brûlent et pleurent, les oreilles ou les mains mal couvertes se vengent par une armée de fourmis aux dards acérés qui se mettent en branle dès le chaud retrouvé.

Oui tant que ça.

Mais l’hiver c’est aussi le retour des activités cocooning entre amis. Un bon vieux Astérix des familles, une bouteille de vin et 6 grands dadets de 23 à 30 ans qui se retrouvent dans un appartement du Mile-End en ce beau dimanche soir.

C’est aussi le temps des escapades dans le sud pour certains. Les sorties à la montagne pour une journée de ski ou à la « Montagne » pour du patin. Le chocolat chaud bien mérité, les ballades en raquettes. La fin de semaine au chalet parfois aussi.

C’est sûr, y a la sloche qui dégoûte partout dans votre corridor, les bas de pantalon qui se mouillent si vous ne les mettez pas dans vos bottes, le temps fou d’habillage des petiots qui ont inéluctablement « envie » une fois qu’ils sont parfaitement habillés, les profs d’école revêches qui trouveront à redire sur la façon d’habiller votre dernier.

Mais y a aussi les sons atténués qui permettent de dormir parfois bien mieux, la lumière si légère et si particulière à l’hiver, l’air qui semble si purifié.

Y a ces 400 heures et plus d’ensoleillement hivernal qui donne la pêche aussi. Certes c’est comparable à Nantes mais Nantes je n’y vis pas moi alors je compare pas.

Ah puis avec le redoux, la neige c’est important, parce que sans neige, pas de tire!

Certains demandent comment ne pas déprimer en hiver : profitez-en pardi!

Le soleil d’abord, gorgez-vous en, c’est essentiel pour le moral. Me demandez pas exactement le phénomène mais les UV aident à la libération d’une hormone sympathique, la mélatonine (oui la même qui fait bronzer). Mais pas parce que nous bronzons justement même si avoir un beau teint peut donner un bon moral, ça fonctionne par la vue cette patente là. Donc profitez d’abord du soleil.

Faites de l’exercice aussi. Profitez de l’air exempt de tous germes ou presque (sont pas si résistants que ça les bestiaux, trop froid c’est pas propice à leur développement !) pour aller découvrir la ville à pied. Allez visiter le cimetière Côte des Neiges maintenant qu’il est de nouveau rendu présentable ou presque. Puis en remontant un peu plus haut allez faire du patin ou des tubes au Parc du Mont-Royal. Si vous accrochez au patin, foncez à Bonsecours, à Lafontaine, au parc du Père Marquette aussi. On en trouve partout et on peut parfois même patiner avec le carrosse (la poussette) de bébé. Hé oui pas d’excuses que les rollers roulent mal sur la glace !

En finissant votre escapade, allez profiter des gourmandises en allant prendre un chocolat chaud. Ou une part de tarte.

Pis si ce matin il fait froid et que ça vous tente pas, mais que le soleil brille, n’attendez pas des heures pour en profiter, le temps vire parfois vite et si vous DEVIEZ aller quelque part et que ça vous tentait pas dans de bonnes conditions, vous allez encore moins apprécier si elles sont mauvaises.

Bon c’est sur, c’est facile de dire ça, comme c’est facile de discuter des trucs contre le froid : vaseline pour la peau ou pas? Mitaines pas de doigts ou gants? Bottes mode ou grosses et chausson amovible? Capuche ou pas capuche? Kanuk ou North Face?

Ouais c’est facile parce qu’on le veuille ou non, on a chacun son astuce pour passer au travers de l’hiver.

Mais il est rarement évident en tant qu’immigrant de réussir à le dompter si on le fuit.

Alors affrontez-le dès à présent, laissez à votre corps l’opportunité d’apprendre et de développer des moyens de défenses, parce qu’à moins d’être chanceux, vous ne passerez pas les 5 mois prochains mois en Espagne comme ma belle-mère avant votre retraite.

Ou à moins de rentrer chez vous, vous serez pogner à vivre dans ce pays, l’hiver, pendant encore de longues années.

Alors, découvrez-le, parcourez-le, domptez-le et vous aussi vous entendrez peut-être un jour chanter des cigales dans la neige…

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