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Ma vision de l’immigration

De kzrystof

Ce message est le résultat de ma réflexion sur la question qui avait été posé dans ce forum, à savoir quels sont les plus grosses erreurs à faire en immigrant. La réponse, s’il en existe une, ne m’est pas venue tout de suite. Voici cependant ce que j’ai trouvé. S’il vous plait, ne lisez pas ce texte sur un ton moralisateur. C’est plus une explication des choix que j’ai fait (parfois inconsciemment) tout au long de mon parcours. Je suis conscient que certains ont suivi des chemins différents et sont parvenus à des situations similaires à la mienne. Donc soyez chill 🙂

Je crois que la première grosse erreur à faire en débutant ce projet est de croire qu’immigrer une chose facile. Si pour certains elle l’est (et être riche aide), pour beaucoup, elle ne le sera pas. Je m’explique.

1 – Famille et amis
Tout d’abord, ce n’est pas facile de quitter un pays, surtout quand on a une job et un toit, et surtout quand ce pays ne va pas si mal que ça. J’entends par là: pas de dictature, pas de guerre, pas de famine, pas de faillite économique, relative sécurité publique, une famille, une carrière et des amis.
Quitter un pays signifie abandonner sa famille et ses amis. Ne vous leurrez pas: Skype ne remplace pas votre présence physique. Si pour vous, Skype vous donne l’impression d’être encore là avec eux, pour eux, vous êtes parti. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette qualité (ou défaut) d’accepter et de pouvoir bien vivre cette coupure. Et je ne dis pas ça de vous seulement; j’inclus les membres de votre famille et vos amis qui restent de l’autre côté de l’océan. Eux non plus n’ont peut-être pas cette qualité (ou défaut).
Bien qu’elle puisse paraitre sans grandes conséquences au premier abord, tôt ou tard cette coupure pourrait vous ramener en pleine face les conséquences de votre choix. Imaginez un appel au beau milieu de la nuit de votre frère, ou sœur, vous annonçant la mort d’un de vos parents que vous n’aurez pas serré dans vos bras depuis 1 an, 2 ans ou plus. Pensez-y: en immigrant, vous pourrez pratiquement compter le nombre de fois que vous pourrez voir vos parents en chair et en os avant leur décès, surtout s’ils ont déjà l’âge de 50, 60 ans ou plus. C’est glauque, mais il faut être conscient d’une chose: immigrer aussi loin signifie (pour la plupart d’entre nous), qu’entre deux voyages, vous allez voir des personnes de votre famille proche décéder, des personnes tomber gravement malade, ou vivre d’autres épreuves tout aussi pénibles. Et vous ne serez pas là lorsqu’ils vont avoir besoin de votre aide car vous allez devoir balancer les coûts d’un tel voyage et la nécessité de ce voyage. Vos décisions seront questionnées.
Pour ceux d’entre vous qui ont des enfants (ou qui vont en avoir), vous allez priver vos parents de serrer leurs petits-enfants dans leurs bras quand ils le veulent. Vos enfants vont probablement avoir vu votre famille plus souvent sur un écran d’ordinateur qu’en vrai…
Je n’avais qu’une vingtaine d’années lorsque j’ai immigré et en 10 ans, dans ma famille proche et amis, j’ai déjà vu 3 décès (y compris un ami d’enfant de mon âge), une tentative de suicide, deux cancers (en fait trois si je compte une rechute) et une tumeur maligne au cerveau. Sans parler des accidents. Je pense que cela vaut la peine d’y penser. Ça se voit des personnes qui repartent en France parce qu’elles vivent mal l’éloignement familial. Ce que j’ai mentionné en fait partie.

2 – Nouvelle société
Immigrer signifie recommencer votre vie sociale à zéro. Vous devrez probablement reconstruire votre réseau de connaissances professionnelles. Dépendamment de vos diplômes, potentiellement recommencer certains cours à l’école. Je crois que les personnes expérimentées de ce forum le mentionne souvent: prenez vos précautions et double-triple-checker vous. Ne prenez pas un oui pour acquis.
Si vous êtes une personne sociable, vous allez probablement devoir aussi vous refaire de nouveaux amis. Cela signifie repasser par l’étape de connaitre des personnes, gagner leur confiance, piquer leur intérêt pour qu’ils apprennent à vous connaitre aussi, espérer qu’ils vous apprécient, pour pouvoir établir une amitié à long terme. Cela prend du temps. Beaucoup de temps. Votre personnalité va donc jouer énormément dans la balance. Certains d’entre nous sont plus doués que d’autres. Oubliez votre côté exotique d’immigrant: la plupart du temps, vous ne serez qu’un immigrant parmi tant d’autres.

3 – Intégration
Immigrer signifie, idéalement, intégrer la société d’accueil. Comparez l’intégration à un saut dans un train en marche: c’est à vous que revient la responsabilité de vous préparer à sauter dans ce train. Les gens n’arrêteront pas ce train pour vous: les gens ont leurs propres préoccupations et leurs propres soucis quotidiens: arriver au travail à l’heure, chercher les enfants à la garderie avec 4:30, attrapez le bus / train etc. Ils ont leurs routines. Vous pourrez crier à l’individualisme. Si vous voulez perdre du temps, oui, vous pourrez. Eux, ils pensent à leur famille, à leurs contraintes professionnelles, et parfois même scolaires. Cette situation me fait penser à une citation que j’ai entendue de la bouche de Fabrice Luchini (je ne me souviens pas de l’auteur original): “un égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi”.
Pour faciliter son intégration dans une société, il faut comprendre ce qui la fait vivre: le seul point de salut que j’ai vu à date est d’acquérir et de partager le plus de références possible avec cette société. Regardez son cinéma, ses séries télévisées, lisez ses livres, écoutez sa musique, assistez à ses spectacles d’humour et ses pièces de théâtre, apprenez sa langue, sa politique et son histoire. Intéressez-vous à elle si vous voulez avoir des sujets de discussions (et des points communs) avec les individus qui la composent et pouvoir échanger avec eux plus aisément. Autrement, vous allez devoir répondre éternellement à cette question: “Pis, tu trouves ça comment le Québec?”.
Encore une fois, gardez à l’esprit que vous n’êtes qu’un immigrant parmi tant d’autres. Jusqu’à un certain point, si vous en êtes capable, débarrassez-vous de vos références françaises. Non, il n’y a pas de boulangerie à tous les coins de rue. Non, vous ne retrouverez pas toutes les marques de votre pays d’origine. Get over it. Cela ne fera pas de vous quelqu’un qui se prend pour un autre si vous adoptez de nouvelles références: votre personnalité restera la même.
Sachez que vous pouvez devenir québécois et / ou canadien si vous le voulez. Pas juste sur papier. Parce qu’en réalité, ce n’est pas le sang qui fait de vous un québécois ou un français. Ni votre lieu de naissance. Ni vos ancêtres (je trouve le concept de québécois de souche / français de souche aussi révoltant que peut l’être l’idéologie du racisme). Ce sont vos références actuelles. Et ça, vous pouvez l’apprendre. Si vous le voulez.
Et si vous me posez la question à savoir ce que cela apporte d’être intégré ? Je vous poserais la question suivante: savez-vous ce que c’est de se sentir chez soi dans la ville qu’on aime sans que les gens fassent une distinction entre eux et vous ? Ne vous trompez pas: aucun être humain n’est parfait. La société, en conséquence, n’y échappe pas: elle n’est pas parfaite. Par exemple : oui, la discrimination existe dans la société québécoise (comme ailleurs), qu’elle soit volontaire ou pas. Vous, en tant qu’immigrant, vous avez beaucoup à perdre face à cette discrimination. L’avantage que vous pouvez avoir en essayant de vous intégrer, c’est que vous allez pouvoir découvrir ces défauts et être capable de les contourner.
Enfin, s’intégrer ne signifie pas que vous haïssez la France. Même si jamais vous vous rendez au point de renoncer votre citoyenneté française.

Derniers mots
La seconde plus grosse erreur est de prendre chaque expérience du forum au pied de la lettre. Et je n’exclus pas mon blah-blah précédent. Même si nous avons tous des points en commun, nos personnalités sont uniques, tout comme notre vision du monde ainsi que nos compétences relationnelles et professionnelles. Ce qui a fonctionné pour l’un ne fonctionnera peut-être pas pour l’autre.

L’immigration vous fera mettre en jeu une grande partie de votre vie et celle de votre entourage avec des conséquences potentiellement désastreuses. Alors, posez-vous cette question: pourquoi voudriez-vous traverser toutes ces épreuves (qui semblent avoir plus de résultats négatifs que positifs) pour vivre au Québec ? Le besoin de grands espaces ?

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