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Immigration : un dossier incontournable de la campagne électorale au Québec

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La campagne électorale québécoise officiellement lancée ce jeudi devrait remettre l’immigration au centre du débat politique. Après deux mandats marqués par les tensions avec Ottawa, la forte progression de l’immigration temporaire et les changements successifs apportés aux programmes de sélection, le prochain gouvernement devra rétablir la prévisibilité d’un système qui a profondément déstabilisé les candidats, les établissements d’enseignement et de nombreux employeurs.

La fermeture du chemin Roxham, le bras de fer avec le gouvernement fédéral sur la répartition des demandeurs d’asile et les multiples rebondissements entourant le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ont rythmé les dernières années. À cela se sont ajoutés le resserrement des conditions d’accueil des travailleurs temporaires et des étudiants internationaux ainsi que la volonté du gouvernement Legault de réduire le nombre de résidents non permanents présents au Québec.

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Les partis qui aspirent à former le prochain gouvernement devront maintenant préciser leur vision de l’immigration, mais surtout expliquer comment ils comptent la rendre plus cohérente et prévisible.

Revoir la relation entre Québec et Ottawa

La question du partage des pouvoirs avec le gouvernement fédéral devrait occuper une place importante pendant la campagne. Le Québec sélectionne une grande partie de ses immigrants économiques, mais Ottawa conserve la responsabilité de plusieurs volets déterminants, notamment la délivrance des permis de travail et d’études, le regroupement familial et le traitement des demandes d’asile.

Selon l’avocat spécialisé en droit de l’immigration Maxime Lapointe, le prochain gouvernement devra d’abord rebâtir les ponts avec Ottawa. Les relations entre les deux ordres de gouvernement se sont détériorées au fil des affrontements sur l’immigration temporaire, l’accueil des demandeurs d’asile et la capacité du Québec à protéger le français.

L’avocat estime que l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, signé en 1991, ne correspond plus entièrement à la réalité actuelle. Sa réouverture pourrait permettre au Québec de réclamer davantage de contrôle sur les permis de travail, les étudiants internationaux, le regroupement familial ou encore l’accueil des demandeurs d’asile.

Une telle négociation comporterait toutefois des risques. L’accord actuel confère au Québec des pouvoirs particuliers en matière de sélection et lui assure une importante compensation financière du gouvernement fédéral pour l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants. Certains craignent donc qu’une renégociation ne fragilise les acquis du Québec plutôt que de les renforcer.

Immigration permanente ou temporaire : le débat sur les seuils

Le prochain gouvernement devra aussi se prononcer sur le nombre de personnes que le Québec souhaite accueillir. Le gouvernement sortant a fixé à 45 000 par année la cible d’admissions permanentes jusqu’en 2029, une diminution présentée comme nécessaire pour tenir compte de la capacité d’accueil de la province.

Ce chiffre ne représente toutefois qu’une partie de la réalité migratoire. Les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile ne sont pas compris dans les seuils annuels d’immigration permanente. C’est justement l’augmentation rapide de cette population temporaire qui a alimenté une grande partie des tensions politiques au cours des dernières années.

Le professeur émérite de sciences économiques de l’UQAM Pierre Fortin estime que les chefs de parti seront pris entre deux tendances contraires. D’un côté, les milieux économiques réclament des travailleurs pour répondre aux besoins de main-d’œuvre. De l’autre, une partie importante de la population souhaite ralentir le rythme de l’immigration en raison de la pression exercée sur le logement, les services publics et les infrastructures.

Tout en défendant une certaine modération, Pierre Fortin propose de fixer le seuil d’immigration permanente à 50 000 personnes par année. La campagne devra donc permettre de déterminer si les partis souhaitent maintenir la cible actuelle de 45 000 admissions, la relever ou la réduire davantage.

Le PEQ, symbole d’un manque de prévisibilité

Le Programme de l’expérience québécoise devrait également revenir dans les débats. Pendant plusieurs années, le PEQ a constitué une voie privilégiée vers la résidence permanente pour les travailleurs étrangers et les diplômés internationaux déjà établis au Québec.

Sa fermeture en novembre 2025 a provoqué une importante mobilisation dans plusieurs régions. Des candidats qui avaient choisi le Québec, étudié en français ou intégré le marché du travail ont soudainement vu disparaître le parcours sur lequel reposait leur projet d’établissement.

Le programme a depuis été rouvert temporairement afin de permettre à certaines personnes qui étaient déjà admissibles au moment de sa fermeture de présenter une demande. Cette réouverture n’a cependant pas complètement dissipé l’incertitude, puisqu’elle demeure limitée dans le temps et ne règle pas la question du parcours qui sera offert à plus long terme aux diplômés et aux travailleurs temporaires.

Pour la chercheuse Marie-Jeanne Blain, de l’Institut de recherche sur les migrations et la société de l’Université Concordia, le Québec doit retrouver une vision à long terme. Les changements brusques de politiques ont eu des conséquences sur les personnes immigrantes, mais aussi sur les employeurs, les établissements d’enseignement et les collectivités qui comptaient sur leur présence.

Sélectionner davantage de francophones

La protection du français constituera un autre axe majeur de la campagne. Maxime Lapointe propose notamment que le Québec privilégie davantage la sélection de candidats qui maîtrisent déjà le français, plutôt que de consacrer autant de ressources à leur francisation après leur arrivée.

Cette orientation pourrait faciliter l’intégration professionnelle et sociale des nouveaux arrivants. Elle soulève toutefois une question plus large : le Québec peut-il répondre à l’ensemble de ses besoins démographiques et économiques en recrutant principalement dans le bassin mondial des candidats francophones?

Les partis devront donc exposer leur stratégie de recrutement à l’étranger, leurs objectifs en matière de francisation et les moyens qu’ils entendent consacrer à l’intégration des personnes déjà présentes sur le territoire.

Restaurer la confiance envers le Québec

Au-delà de la question des seuils, le prochain gouvernement devra restaurer la confiance. Les fermetures de programmes, les suspensions, les changements de critères et les messages politiques parfois contradictoires ont nui à l’image du Québec auprès de nombreux candidats à l’immigration.

Pour Marie-Jeanne Blain, l’immigration doit aussi être considérée comme une ressource pour la société québécoise. Les nouveaux arrivants participent au marché du travail, étudient dans les établissements québécois, s’installent dans les régions et contribuent au dynamisme démographique, économique et culturel de la province.

Le défi consistera donc à trouver un équilibre entre la capacité d’accueil du Québec et les besoins des entreprises et des services publics, tout en offrant des règles claires aux personnes qui souhaitent s’y établir.

À compter d’aujourd’hui, les formations politiques devront dépasser les constats et présenter des engagements précis. Quel avenir réservent-elles au PEQ? Quels seuils défendront-elles? Souhaitent-elles renégocier l’accord avec Ottawa? Comment comptent-elles réduire l’immigration temporaire sans aggraver les pénuries de main-d’œuvre? Et quelles garanties offriront-elles aux étudiants et aux travailleurs qui ont déjà construit leur vie au Québec?

Sources : Le Devoir, Noovo

Écrit par
Laurence Nadeau

Originaire de Montréal, Laurence Nadeau, cofondatrice d'immigrer.com, conférencière et aussi auteure de plus d'une dizaine de guides publiés (et mises à jour) en France sur l'installation, le travail et l'immigration au Québec et au Canada aux Éditions L'Express (et L'Étudiant). Auteure de "S'installer et travailler au Québec" aux éditions L'Express.

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