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Immigration : entre rêve et réalité…

Immigration : entre rêve et réalité

Je me présente, DJay, mari de JayJay et père de ses magnifiques bambins. JayJay ayant décidé de prendre une pause exceptionnelle et momentanée pour se consacrer à des projets personnels, je la remplace tout en sachant que la tâche sera rude. Elle vous a raconté son retour au pays, à moi de vous raconter mon immigration.

Quelle force peut faire traverser l’Atlantique et changer de vie à un Français moyen ? Dans mon cas, certainement l’amour pour une Québécoise qui voulait rejoindre sa famille. Elle venait de passer six années en France, le temps de s’y marier et d’y faire deux merveilleux enfants ; nous vivions en région parisienne et notre petit appartement ne lui semblait pas plus grand qu’un placard au Québec – phrase fétiche qu’elle hurlait généralement dans ses moments d’exaspération. Ben alors, pourquoi cette Québécoise avait-elle fait le chemin inverse ? Par amour. Mais l’amour n’explique pas tout.

Comment des gens peuvent-ils arriver à fonder une famille alors qu’ils avaient chacun leur vie à 6000 et quelques kilomètres l’un de l’autre ? Pourquoi chercher à se compliquer ainsi la vie ?

Ce qui motive le plus l’être humain, qui peut même le maintenir en vie dans les périodes difficiles c’est le R-Ê-V-E. Une vision de notre vie que nous voudrions différente, la sensation de n’être pas au bon endroit le jour de notre naissance, un appel intérieur qui nous pousse vers une autre patrie, un espoir, voire une déclaration faite par un grand chef d’État (euh là je divague sûrement).

Le rêve, c’est le moteur qui fait que l’immigrant ravale sa fierté et accepte de recommencer sa vie – ce qui dans mon cas, n’est pas une mince affaire, étant plus vieux que la moyenne et ne correspondant pas du tout aux critères de réussite mentionnés précédemment par un autre chroniqueur.

Il date de longtemps, ce rêve ; d’aussi loin que je me souvienne le Québec a exercé sur moi une attirance, peut-être les images de l’inconscient collectif m’ont-elles habité : grands espaces, courage des trappeurs, couleurs de l’automne et beauté de l’hiver, porte de l’Amérique où l’on parle français (non, non, je vous assure, la Délégation du Québec n’y est pour rien, dans ce rêve). A force d’entendre Gilles Vigneault chanter « Mon pays c’est l’hiver », on en oublie les autres saisons ! Depuis, j’ai eu l’occasion d’y venir plusieurs fois et de confronter mes idées reçues avec la réalité. Rappelez-vous votre regard et votre sentiment quand vous êtes passés à la douane après tout ce que vous avez fait pour en arriver là, y compris vous séparer du mobilier familial que vous ne pouviez emmener avec vous, sans parler des amis ou de la famille que l’on abandonne pour réaliser…. ce rêve.

Cette attraction, ma JayJay d’épouse, élevée dans cette fascination de l’Europe, l’a vécue avant moi avec son lot d’excitations et de déceptions. Tout le monde connaît la différence qu’il peut y avoir entre le fantasme et la réalisation de celui-ci toujours moins bon. Tous les immigrants sont passés par là. Combien ont fait la redoutable erreur de penser que le Québec était un coin de France en Amérique du Nord ?

En tant qu’immigrant parrainé, je pars avec une longueur d’avance sur ceux qui arrivent via un CSQ ou autre. C’est que j’ai déjà été témoin d’une immigration. Il y a sept ans, j’ai accueilli une immigrante dont l’accent québécois était beaucoup plus prononcé que maintenant et qui devait réapprendre à parler. Une immigrante qui ne connaissait rien de la société française, rien des critères du milieu du travail, rien de la justice, rien des procédures administratives. La vie quotidienne représentait parfois son lot d’obstacles et d’interrogations. Il fallait sortir de mon moule de « natif » pour anticiper les difficultés qu’elle pourrait avoir, lui expliquer qu’il fallait composter le ticket de RER en sortant ; peser ses légumes avant de passer à la caisse ; dire bonjour en entrant dans un commerce ; remplir une feuille de sécu. Et, plus difficilement, lui apprendre à lire entre les lignes de nos codes sociaux, à s’affirmer de façon différente. Parfois d’une franchise brutale, elle a dû apprendre à défendre ses points de vue autrement.

Et pour moi qui immigre à mon tour, la réalité est tout autre, le style de vie, l’approche du social, la politique, la culture et même le code de la route sont plus proches de la culture anglo-saxonne que de l’européenne. Alors il faut s’adapter, mettre en valeur les points positifs et mettre dans sa poche les points négatifs, surtout quand on pensait appartenir à un même peuple aux origines somme toute assez communes.

Ce jour d’automne 1997 où je l’ai accueillie à Charles-de-Gaulle, j’ai compris que j’allais vivre au Québec un jour. Mais accéder au rêve, c’est parfois angoissant. J’imaginais ce jour à ma retraite, lorsque nos enfants pas encore nés seraient adultes. Ce départ impliquait bien des désavantages dans ma vie professionnelle, mais j’avais une telle envie d’aller au Québec que j’étais prêt à fermer les yeux et plonger. Quand le projet s’est précisé, j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à me séparer du matériel chargé de souvenir et à dire au revoir à mes proches.

Mais la troublante hésitation, la vraie peur, fut lorsque ma femme reçut une offre…. à Ottawa. Je vous avoue avoir fait la gueule. J’apprécie la région, fort belle, où la nature est très présente. Mais elle ne m’apporte aucune émotion. Pour moi qui suis et resterai unilingue, j’y ai très peu d’avenir professionnel, contrairement à ma femme qui pratique naturellement les deux langues.

J’étais partant à la condition que nous nous installions à Québec. Parce que, dans mon esprit de Français, Québec, c’est le mythe. Les vieilles pierres, l’histoire, le berceau de l’Amérique française…. c’est Québec qui me fait rêver. C’est l’hiver, le vrai, pas l’hiver de moumoune de l’Outaouais, c’est le majestueux Saint-Laurent qui m’émeut (on est loin des dimensions de la Seine). C’est l’Assemblée nationale ; bah oui, même Landry pourrait me faire rêver ! C’est que je suis profondément atteint.

Ma Québécoise a compris cela. Elle a refusé son poste dans la fonction publique fédérale. Après presque une année en Outaouais, nous envisageons finalement de revenir au projet initial. D’humer l’air du fleuve à nouveau, de se les geler sur la Terrasse Dufferin. De rêver…. rêver à la naissance de ce pays et aux premiers pas de nos prédécesseurs.

Certains sont venus ici dans le seul but, parfois inavoué, d’améliorer leurs conditions financières – le fantasme du rêve américain. A mon avis : la motivation ne sera pas assez forte, ils ne s’intégreront jamais. Il faut une grande part d’envie d’aventure, de risque, de sacrifices.

Pour tout immigrant arrivant dans un nouveau pays, par choix personnel, une nouvelle chance s’offre à lui de changer sa vie en se fondant dans ce pays d’accueil, mais pour cela et malgré les difficultés, il faut s’accrocher à son rêve jusqu’à ce qu’il devienne réalité. C’est la clef du succès de nos prédécesseurs qui l’ont eue plus dure que nous.

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