Ces immigrants qui viennent du Maghreb | S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada

Ces immigrants qui viennent du Maghreb

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Depuis quelques années, de 20 à 25% des immigrants qui arrivent au Québec sont originaires des trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie). Ils sont majoritairement des diplômés universitaires dans divers domaines et maitrisent la langue française. S’ils sont retenus, c’est qu’ils ont franchi avec succès les tests et les vérifications prévus par la longue procédure de sélection. Parmi ces immigrants nord-africains, nombreux sont ceux qui possèdent plusieurs années d’expérience dans leurs domaines respectifs. Sur le papier, ils sont un apport important à la province et son économie et représentent un soutien à la lutte des Québécois pour la sauvegarde et le renforcement de la langue française. Dans la réalité, les immigrants maghrébins, arrivés récemment, mettent plus de temps à intégrer le marché du travail comparativement aux autres immigrants : Européens, Asiatiques, …etc. D’un autre côté, le débat sur les pratiques d’accommodements a été l’occasion pour certains commentateurs incendiaires de mettre en avant la supposée résistance endémique des Maghrébins, et par extension des « Musulmans », à leur intégration dans les sociétés occidentales qui les accueillent. Pourtant, il suffit de regarder autour de soi pour découvrir des immigrants nord-africains occupant d’intéressants postes dans plusieurs secteurs ou qui sont engagés sur les plans politique et social. Les statistiques montrent aussi que les Nord-Africains installés depuis plus de 6 ans ne sont pas nécessairement plus touchés par le chômage que les immigrants originaires d’autres régions du monde. Par ailleurs, les sondages effectués lors de la crise sur les accommodements ont montré qu’une majorité des immigrants maghrébins ne se sentait pas concernée sinon par les amalgames qui ne font pas de distinction entre Musulmans et islamistes. Où se situe donc le problème?

Cette question appelle une autre. Les immigrants maghrébins s’intègrent-ils aussi facilement que les Européens, les Asiatiques,…? Pour expliquer leur difficulté d’insertion professionnelle, certains disent des Maghrébins qu’ils rechignent à accepter des emplois qui sont en dessous de leur niveau de qualification ou qu’ils préfèrent toucher le BS et travailler au noir en parallèle. Même si certains immigrants, et de toute origine, agissent en effet ainsi, j’ai déjà eu à trouver ridicule le fait de généraliser. Je pense plutôt qu’outre l’effet des évènements du 11 septembre 2001 qui a presque fait de chaque visage basané un terroriste potentiel, l’inadéquation entre les critères de sélection des candidats maghrébins à l’immigration et la réalité du marché du travail explique dans une large proportion les difficultés particulières d’intégration professionnelle de cette composante d’immigrants. En d’autres termes, pourquoi a-t-on longtemps exigé des Bac + 3 (ou plus) quand les entreprises cherchaient du personnel d’exécution ou de soutien?

Sur un autre plan, certains disent des Maghrébins, et par extension des « Musulmans », qu’ils forment la seule communauté ayant des problèmes d’intégration sociale et culturelle partout en occident. En cause, on désigne en général la religion musulmane : Toutes les religions seraient compatibles avec la modernité et le progrès, pas l’Islam. On sait que depuis le 11 septembre, le monde entier a consommé des milliers de kilomètres de papier journal et des milliers d’heures de reportages et documents audiovisuels, pas toujours objectifs, consacrés à parler d’un nouveau choc des civilisations et de l’impossibilité pour l’Islam de se dissoudre dans la démocratie. Sous-prétexte du droit, légitime et parfois menacé, à la critique des religions, des peuples entiers sont pointés du doigt et désignés comme des allergiques au progrès. C’est dans ce contexte que la religion, l’Islam en l’occurrence, devient, en Occident, l’élément principal de l’identité de plusieurs peuples pourtant séparés par la langue, l’histoire et des milliers de kilomètres de distance. Pour désigner des Algériens, des Marocains,…des Pakistanais, on a donc souvent recours à la seule composante de la religion. Pourtant, un Libanais sunnite a bien plus de choses en commun avec un Syrien chrétien qu’avec un Algérien musulman. Bien sur, je comprends que des mouvements islamistes qui ont réussi, un peu partout dans les pays « Musulmans », à se poser comme alternative politique à des régimes corrompus et antipopulaires, applaudissent cette identification mais ce que je trouve, pour le moins, contreproductif c’est que des élites démocratiques dans les pays avancés la reprennent. Au mieux, c’est de la paresse intellectuelle et au pire, c’est un raccourci ouvrant la voie ensuite aux amalgames et aux discriminations. Et dire qu’aucune indication sur la religion n’est portée sur les passeports des Algériens,… Pourquoi en effet, quand on veut désigner une personne ou un groupe de personnes, on doit faire appel en priorité à des éléments qui ne figurent même pas sur leurs pièces d’identité? Surtout que nous vivons dans une société dont les membres sont identifiés comme des citoyens et où la religion est du domaine privé.

Après avoir fait ce constat, est-ce à dire que la responsabilité de ce qui peut parfois s’apparenter à une mise en quarantaine des Maghrébins incombe aux seuls occidentaux qui feraient preuve gratuitement et de plus en plus d’intolérance? Je ne le crois pas.

Depuis la révolution iranienne et l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, les sociétés de tradition musulmane ont beaucoup changé… voire régressé. En fait, c’est la pratique de l’Islam qui a changé sous le coup de l’éclosion des mouvements islamistes qui ont pour objectif de construire des sociétés réactionnaires où la religion doit tout régenter. Les déceptions nées de l’échec des politiques de développement engagées par les pays nouvellement indépendants (Années 60 et 70), conjugué à la perte de repères idéologiques et politiques suite à la disparition de l’URSS (Allié du tiers-monde) ont renforcé les mouvements islamistes. Les Algériens ont payé le prix fort du laisser-aller criminel face aux islamistes: plus de 100 000 morts durant les années 90. Maintenant que le vrai visage de ces intégristes est connu de tous, il est important pour tous les peuples qui ont en souffert, du moins à leurs élites, de s’en démarquer. Il est aussi important de veiller à ce que la tragédie vécue par les Algériens mais aussi par d’autres peuples dans le monde ne se reproduise pas. Je pense aussi que les croyants musulmans gagneraient à rassurer davantage les non-croyants mais aussi les croyants d’autres religions sur leur capacité à pratiquer leur religion dans le respect des valeurs modernes communes comme la liberté de conscience, la laïcité et l’égalité des sexes. Je crois enfin qu’il faut distinguer entre les attaques gratuites qui peuvent viser tous les Musulmans voire tous les Arabes, les Maghrébins … et les inquiétudes légitimes des populations occidentales face au danger que représentent les mouvements extrémistes. Ces derniers sont loin d’être des enfants de chœur et n’hésitent devant rien pour gagner du terrain, y compris en usant de la provocation… comme l’idée de transformer en mosquée, une belle église abandonnée située sur la grande Route de l’Église, dans ce qui va devenir le nouveau centre ville de Québec. Rien n’attiserait plus les incompréhensions, l’intolérance et la haine. Rien ne ferait plus mal aux Musulmans pratiquants ou non pratiquants et aux Maghrébins de façon générale. Et la passivité peut aussi être responsable.

Rayan
C’est à l’âge de 42 ans que Rabah alias Rayan arrive au Québec en octobre 2006 en provenance d’Algérie. Il s’installe avec sa famille dans la ville de Québec puis par la suite à Laval, au nord de Montréal. Rayan travaille dans l’enseignement et écrit depuis 2008 sur le site immigrer.com.
http://www.immigrer.com
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