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Québec rouvre le PEQ pour deux ans, mais les demandes seront acceptées par phases

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Le gouvernement du Québec rouvre officiellement le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une période de deux ans, mais cette réouverture se fera de façon progressive. Les premières demandes pourront être déposées à compter du 2 juillet, dans le cadre d’une première phase réservée aux personnes qui répondaient déjà aux critères du programme au moment de son abolition.

Cette annonce, très attendue par de nombreux travailleurs étrangers temporaires et diplômés internationaux, vient préciser l’une des promesses faites par Christine Fréchette lors de la course à la direction de la CAQ. Le ministre de l’Immigration du Québec, François Bonnardel, a présenté mercredi les modalités de cette réouverture partielle du programme.

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Une première phase du 2 juillet au 31 octobre

La première période de dépôt des demandes s’étendra du 2 juillet au 31 octobre. Elle s’adressera aux personnes qui étaient déjà admissibles au PEQ au moment de son abolition, le 19 novembre 2025.

Sont notamment visés les diplômés du Québec ainsi que les travailleurs étrangers temporaires ayant cumulé au moins deux ans d’expérience de travail au Québec au cours des trois années précédant cette date.

Selon le ministère de l’Immigration, entre 8000 et 12 000 personnes pourraient être admissibles dans cette première phase. Le gouvernement affirme que cette vague ne sera pas soumise à un plafond.

D’autres phases à venir, mais sans calendrier précis

Le gouvernement prévoit ensuite ouvrir d’autres phases pour les personnes qui ne remplissaient pas encore toutes les conditions au 19 novembre 2025, mais qui étaient en voie de le faire.

Ces prochaines phases ne sont toutefois pas encore détaillées. Québec souhaite d’abord mesurer le volume de demandes reçues lors de la première période, avant de préciser les critères et le calendrier des étapes suivantes.

François Bonnardel a indiqué que le traitement des demandes pourrait s’étendre sur deux ans si leur nombre dépasse les prévisions du ministère.

Un retour attendu après une abolition très contestée

Le PEQ permettait aux travailleurs étrangers et aux diplômés du Québec d’obtenir plus rapidement un certificat de sélection du Québec, une étape essentielle vers la résidence permanente.

Son abolition, remplacée par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, avait provoqué de vives réactions dans les milieux économiques, municipaux et communautaires. De nombreux immigrants temporaires s’étaient retrouvés dans l’incertitude, après avoir bâti leur projet d’immigration autour des anciennes règles du PEQ.

Le retour du programme est donc accueilli avec soulagement par plusieurs candidats. Mais il suscite aussi de nombreuses questions.

Résider au Québec demeure obligatoire

Le ministre a rappelé que les candidats devront toujours résider au Québec pour pouvoir présenter une demande dans le cadre du PEQ.

Cette précision est importante pour les personnes qui ont quitté le Canada après l’abolition du programme. Selon François Bonnardel, certaines pourraient théoriquement revenir au Québec pour déposer une demande si elles répondaient aux conditions au 19 novembre 2025, mais la résidence au Québec demeure une exigence.

Autrement dit, une personne actuellement en France, au Maroc, au Brésil ou ailleurs ne pourrait pas simplement déposer une demande à distance si elle ne réside plus au Québec.

Des discussions avec Ottawa sur les permis de travail

Québec affirme également être en discussion avec Ottawa afin que les permis de travail des candidats demeurent valides pendant le traitement des demandes jugées recevables.

Cette question est centrale pour de nombreux travailleurs étrangers temporaires, dont le statut au Canada pourrait expirer avant qu’une décision soit rendue. Des groupes de défense et des associations d’employeurs réclament d’ailleurs des mesures transitoires claires afin d’éviter que des personnes déjà intégrées au marché du travail québécois perdent leur droit de séjour ou de travail.

Soulagement, prudence et amertume

Pour plusieurs personnes concernées, cette réouverture représente une forme de correction, mais pas nécessairement une solution complète.

Rachel Villar, originaire du Brésil, est arrivée au Québec avec un permis d’études dans le but de s’y établir durablement. Après avoir investi 16 000 $ dans une formation professionnelle, elle souhaite présenter une demande, mais demeure inquiète pour son avenir et celui de sa fille.

D’autres, comme Anne Ponsoye, Française installée au Québec depuis cinq ans avec sa famille, se retrouvent dans une situation encore plus difficile. Malgré l’annonce du gouvernement, elle et son conjoint avaient déjà organisé leur retour en France, après des mois d’incertitude.

Les collectifs qui défendent les anciens candidats du PEQ parlent eux aussi d’une victoire incomplète. Plusieurs zones grises demeurent : que se passera-t-il pour les personnes à qui il manquait seulement quelques jours ou quelques mois pour devenir admissibles ? Qu’en est-il des tests de français expirés ? Des personnes qui ont perdu leur emploi ? Des permis de travail qui arrivent à échéance ?

Des candidats encore oubliés ?

Florence Bollet Michel, porte-parole du collectif Le Québec c’est nous aussi, estime que l’ouverture annoncée reste trop limitée. Selon elle, il ne s’agit pas encore d’une réouverture franche pour deux ans, mais plutôt d’une première fenêtre de quatre mois, suivie de possibles nouvelles phases encore floues.

Des avocats en immigration partagent également cette prudence. Me Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, estime que certains candidats demeurent oubliés par les modalités actuelles.

Du côté des employeurs, le retour du PEQ est généralement bien accueilli. Le Conseil du patronat du Québec juge toutefois qu’il faudra augmenter les admissions de travailleurs étrangers déjà présents au Québec pour éviter un engorgement du système.

Une réouverture qui ne règle pas tout

Le gouvernement maintient sa cible de 29 000 immigrants économiques par année et prévoit de répartir les admissions entre le PSTQ et le PEQ. Mais cette répartition pourrait créer de nouveaux délais si le nombre de demandes est plus élevé que prévu.

La réouverture du PEQ marque donc un tournant important pour les travailleurs étrangers et les diplômés internationaux qui espèrent rester au Québec. Elle redonne une possibilité à plusieurs candidats qui avaient vu leur parcours bouleversé par l’abolition du programme.

Mais pour beaucoup, l’incertitude demeure. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette réouverture permettra réellement de réparer les effets de l’abolition du PEQ, ou si elle laissera encore de nombreux candidats sur le bord du chemin.

source : La Presse

Écrit par
Laurence Nadeau

Originaire de Montréal, Laurence Nadeau, cofondatrice d'immigrer.com, conférencière et aussi auteure de plus d'une dizaine de guides publiés (et mises à jour) en France sur l'installation, le travail et l'immigration au Québec et au Canada aux Éditions L'Express (et L'Étudiant). Auteure de "S'installer et travailler au Québec" aux éditions L'Express.

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