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L’épopée d’un québécois en France : un bilan d’un autre point de vue

De Geckooa

Bon… tout mon texte s’est effacé … Essai deux.

Je me plonge avec plaisir dans les retours, les bilans les expériences des immigréens.com.

J’ai eu envie de vous proposer un retour un peu différent ; celui de mon canadien de copain, venu vivre en France de juin 2012 à juin 2013 dans le cadre d’un PVT.
Il a 29 ans et titulaire d’un DEC charpentier-menuisier au Québec. En arrivant en France, il était première année (sur 3 années en tout avant de présenter le certificat de compagnonnage au Québec).

Il est venu en France pour y découvrir mon coin, ma famille, mes habitudes, le jingle de TF1… Je me voyais mal retourner vivre au Québec sans qu’à son tour, mon copain se soit confronté à la vie française.

A l’aéroport international Bâle-Mulhouse-Fribourg : premier constat : « Heu… c’est la frontière entre trois pays ici ?! ».
Et oui ! L’Europe à notre porte ! Et on en a vu du pays cette année, neuf en tout !

Tout le long du chemin pour rentrer, il était épaté qu’il y ait tant de verdure en France (bon je suis en Alsace aussi). Il s’attentait à quelque chose de plus goudronner compte tenu des 66 millions d’hab pour un pays trois fois plus petit que la province du Québec !
Côté immeubles, en revanche il n’a pas visé à côté. Les petites voitures l’ont étonné, tout comme les places de parking, les ronds-points (qu’il a vite adopté à la place des « arrêts » tous les 200 mètres au Québec) et les priorités à droite !!

Premiers temps vers Cora. Il n’avait jamais vu de supermarché aussi géant. Première différence culturelle « non, on n’achète pas 2 kg de pâtes fraiches pour un repas pour 2 personnes… Mais chéri, regarde le prix au kilo quand tu achètes voyons ». Faut dire, de façon générale, qu’au Québec, les gens consomment plus ! « Le pain de mie qui tient 1 mois ? Ah non ça tu ne trouveras pas ici ! » et « oui, le lait tu l’achètes maintenant car le dimanche tout est fermé ! ». Ça, ça été dur à intégrer !!! Sans parler du sucré le matin, c’était assez compliqué… voire très !
Passé un mois en France ? Il avait perdu 6 kilos.
A l’appart, c’était folklo ! Et oui on paye l’eau donc les robinets se ferment ! Et oui l’appart fait 50m2, c’est normal pour 1 ou 2
personnes ! et non, je n’ai ni sèche-linge, ni lave-vaisselle !!! Et oui, les émissions de tv anglophones sont traduites en français et non, elles ne sont pas sous titrées ! Oui on utilise de nombreux mots anglophones et oui on les prononce à la française !! Et oui, certaines voitures sont diesel, très souvent même !
Côté boulot, il a eu du bol ; un CDD à côté de chez nous avant même son arrivée.Horaires de travail 7h30-12h 13h30-17h30 un salaire de 9.46 € brut de l’heure (un smic quoi). Au Québec, il est considéré en tant que 1ère année, il était payé 18$ de l’heure avec des horaires de 6h30 – 16h avec 45 minutes de pause (maintenant qu’il est rentré, il est 2ème année à 21$ de l’heure –compagnon 32$ de l’heure). Pour lui, les formalités administratives c’était nouveau : CDD, CDI, intérim, autorisation de travail par la Direecte… J’avoue que c’était très restrictif. La Direecte lui a refusé deux CDI. Assez dur pour lui que se dire qu’avec 1076€ faut vivre. Première fiche de paye : « C’est qui CSG et CRDS ? Arrco ? Taxe apprentissage de qui ?? Revenu imposable ? Comment ça je vais payer des impôts ???? ». Il a trouvé son pouvoir d’achat sacrément diminué. Sans parler du salaire une fois par mois. Habitué à être payé tous les 15 jours, ça change la gestion budgétaire !

D’autant qu’il ouvrait droits, passés 10 mois de travail en France, à la CPAM. Si seulement il avait reçu sa carte vitale ! Quels déboires ! Une perte de temps inutile. Il est rentré au Québec, et je dois encore me dépatouiller pour qu’il puisse obtenir son n° de SS (et oui pour le paiement des congés payés du bâtiment et les cotisations retraites auxquelles il pourra un jour prétendre).

La perspective d’un CDI ? “pas vraiment intéressé. Au Québec en cas de litige, je prends mon 4% et je trouve un autre patron. A 30-35 ans je suis propriétaire, excellente couverture santé grâce au régime de la construction du Québec “… Les 3 ans d’IJSS, les 2 ans de chômage, les 5 semaines de CP (voire plus) ne le jalouse à priori pas.
Côté social, l’intégration s’est bien faite, quoi que les premières semaines fussent très dures. Dès qu’il sympathisait au boulot ou bien à la salle de sport, les retours étaient sous-entendus « Tiens, il cherche un ami celui-là… » Le temps aidant, il a bien sympathisé avec un collègue – qui viendra sûrement nous voir au Québec.
De mon côté, il a été accueilli par mes amis… et voilà rien d’extraordinaire. Il faut dire qu’en quittant la France pour aller au secondaire 4 et 5 au Québec, je suis partie à la fin du collège et je ne suis revenue que pour le Bac. Les amis que j’avais, ben ils avaient changé et moi aussi, on s’est petit à petit perdu de vu. Les nouveaux que je me suis fait entre temps, durant ces 10 années, sont soit issus du boulot, soit de l’université. Ce sont des mondes sectorisés. C’était dur pour lui. D’autant qu’il est très entouré au Québec, tout comme moi d’ailleurs, par notre groupe de pots (du primaire pour mon copain, du secondaire pour moi). On
s’organise des chalets, des “chilling” les weend end, on se retrouve dans des capitales du monde pour des vacances… En France, je n’ai pas retrouvé cette chaleur-là côté français. Heureusement, la famille était très accueillante avec lui
Bilan, il a adoré notre culture, notre curiosité, notre langage, notre ouverture sur le monde et toutes les choses que nous avons
visité en France et en Europe en 1 an. Il a énormément appris. Depuis son retour au Québec, on lui a fait remarquer son vocabulaire plus riche notamment !
Il a trouvé les gens assez froids, accueillants une fois le barrage de 10 mètres de l’étranger franchi (d’ailleurs la médecine du travail lui a dit « Etranger…. Pfff c’est à cause de gens comme vous qu’il n’y a pas de boulot en France »…. (Je passe ma réponse
plutôt vulgaire). Les restaurants hors de prix, le peu d’écart entre le salaire minimum et les salaires des personnes diplômées, le regard jugeant porté sur sa profession. Il m’a émue lorsqu’il m’a confié ne jamais s’être senti aussi insignifiant professionnellement : « mon boulot, je l’ai choisi par amour du bois et du travail manuel. Je ne l’ai pas choisi parce que j’étais mauvais à l’école comme on me le fait ressentir ici. J’ai jamais manqué de considération comme ici… Chez moi, la construction c’est noble, ici c’est une voie de garage, faut user son pantalon sur le banc de la fac pour avoir une « bonne image ».
C’est vrai que pendant toute cette année, nous avons souvent comparé nos avantages sociaux respectifs… Autant dire que ça s’équivaut d’une certaine façon : congés, salaire, impôts, accès à la culture, accès aux soins, facilité d’accès à la propriété, assurance collective (régime de prévoyance en France), retraite, le stress du quotidien…

Depuis son retour en Canada, il a trouvé un emploi et sa routine… et sa chérie râleuse et exigeante (une française quoi) lui manque

PS: mon copain est issu d’une première génération d’immigrant. Sa maman italienne a imigrée enfant en Argentine. Tombée amoureuse d’un argentin, ils ont immigrés au Québec et eu des enfants. Il a donc ce côté “latin” et cette ouverture sur le monde que de nombreux québecois ou français n’ont pas. Ce récit est personnel. C’est un retour d’expérience et n’est pas une fin en soit.

Bonne continuation dans les projets d’immigration des uns et des autres ! Bon retour au pays pour les autres !

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