Le recul du nombre d’étudiants internationaux s’accentue dans plusieurs universités du Québec. Au-delà des pertes financières, les établissements craignent désormais des conséquences sur la recherche, les services offerts et même la survie de certains programmes.
Les universités québécoises continuent de perdre des étudiants internationaux. Des données préliminaires recueillies par Le Devoir auprès de sept établissements révèlent des diminutions importantes des inscriptions à l’automne 2026 par rapport à l’année précédente.
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La baisse atteint notamment 12 % à l’Université du Québec à Montréal, 25 % à l’Université de Sherbrooke et plus de 30 % à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). À l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), le recul s’élève à 22 % en seulement un an.
La situation est encore plus spectaculaire à l’École nationale d’administration publique (ENAP), où le nombre d’étudiants internationaux est passé de 418 à l’automne 2025 à seulement 168 cette année. Cela représente une diminution d’environ 60 %.
Une perte de 1000 étudiants à l’UQTR
L’UQTR illustre l’ampleur des conséquences financières auxquelles les établissements sont confrontés. Le nombre d’étudiants provenant de l’étranger y est passé d’environ 2500 à l’automne 2024 à près de 1500 cet automne.
Cette perte de quelque 1000 inscriptions représenterait un manque à gagner d’environ 23 millions de dollars sur deux ans. Les étudiants internationaux doivent généralement acquitter des droits de scolarité beaucoup plus élevés que les étudiants québécois, soit au minimum 23 000 dollars par année dans le cas de l’UQTR.
Le recteur de l’établissement, Christian Blanchette, considère cette diminution comme majeure. L’université a néanmoins pu en atténuer une partie des conséquences grâce à une augmentation globale de ses inscriptions.
À l’UQAC, la baisse de la présence internationale s’est plutôt traduite par une diminution du nombre total d’étudiants. L’université compte environ 500 inscriptions de moins que l’année précédente, ce qui entraîne des pertes de plusieurs millions de dollars.
Les changements en immigration montrés du doigt
Cette diminution survient après plusieurs décisions prises par les gouvernements du Québec et du Canada afin de réduire le nombre de résidents temporaires et de resserrer l’admission des étudiants étrangers.
Les restrictions entourant les permis d’études, combinées à l’incertitude concernant l’accès à la résidence permanente après les études, auraient fortement diminué l’intérêt des candidats internationaux pour le Québec.
Les demandes de permis d’études sont d’ailleurs maintenant inférieures aux plafonds fixés par les gouvernements. Pour les universités, cela signifie que le recul ne s’explique plus seulement par des limites administratives : le Québec semble aussi être devenu moins attrayant aux yeux d’une partie des étudiants étrangers.
Cette baisse survient alors que plusieurs établissements dénoncent déjà un sous-financement chronique de la part du gouvernement québécois.
La recherche universitaire également touchée
Les conséquences ne sont pas uniquement financières. Dans plusieurs universités, les étudiants internationaux occupent une place importante au sein des équipes de recherche, particulièrement aux cycles supérieurs.
À l’UQAC, certains laboratoires éprouvent déjà davantage de difficulté à recruter suffisamment d’étudiants pour faire avancer les travaux des professeurs.
Le même constat est dressé à l’École de technologie supérieure (ÉTS). Depuis 2024, l’établissement a enregistré une diminution de 800 nouvelles inscriptions internationales. Sa directrice générale, Kathy Baig, affirme que certaines équipes peinent notamment à trouver des chercheurs pour des projets liés à la défense.
À plus long terme, des domaines stratégiques comme la santé, l’aérospatiale et la cybersécurité pourraient également être affectés.
L’ENAP rappelle pour sa part que les étudiants internationaux contribuent aux projets de recherche, au partage des connaissances et à la diversité des perspectives dans les salles de classe.
Des décisions budgétaires difficiles
Face à la diminution de ses revenus, l’ÉTS a déjà dû reporter certains projets d’envergure, ralentir les embauches et réduire le recours aux heures supplémentaires.
Ces mesures n’auraient pas encore eu de conséquences directes sur le quotidien des étudiants. La direction prévient toutefois qu’une poursuite de la baisse des inscriptions internationales, combinée au sous-financement public, pourrait éventuellement affecter les services qui leur sont offerts.
La pression pourrait être encore plus forte dans les universités de petite taille et dans les établissements situés en région, où la présence d’étudiants étrangers permet parfois de maintenir un nombre suffisant d’inscriptions dans certains cours.
Certains programmes pourraient disparaître
Si la tendance se poursuit, des universités pourraient devoir suspendre des cours ou même abandonner certains programmes devenus trop peu fréquentés.
Cette perspective inquiète particulièrement Christian Blanchette, également président du conseil d’administration du Bureau de coopération interuniversitaire, qui représente les 18 universités québécoises. Il estime que le recrutement international devrait devenir un enjeu politique important.
Selon lui, les étudiants canadiens ne suffiront pas à répondre à tous les besoins liés aux grands projets de recherche et d’innovation que le Québec souhaite développer, notamment dans un contexte où le Canada cherche à réduire sa dépendance économique envers les États-Unis.
Les universités réclament donc un meilleur équilibre entre la volonté gouvernementale de contrôler l’immigration temporaire et la nécessité d’attirer les talents dont dépendent leurs finances, leurs activités de recherche et le maintien de leur offre de formation.
Source : Le Devoir

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