La fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) continue de faire des vagues. De plus en plus d’immigrants temporaires francophones établis au Québec choisissent désormais de tenter leur chance ailleurs au Canada, en passant par le système fédéral Entrée express. Résultat : le nombre de demandes provenant du Québec a quadruplé en un an.
Selon des chiffres inédits d’Immigration Canada (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC)) obtenus par Radio-Canada, plus de 2800 résidents temporaires du Québec ont présenté une demande via Entrée express en 2025. Alors que le nombre total de demandes dans les rondes francophones a augmenté de 1,7 fois entre 2024 et 2025, celles provenant du Québec ont, elles, été multipliées par quatre.
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Le tournant après l’abolition du PEQ
Pour plusieurs, le déclencheur est clair : la suspension, puis l’abolition complète du PEQ à l’automne 2025.
Christian Patimeni et sa conjointe Louise Payon en sont un exemple frappant. Installés à Saint-Jérôme depuis avril 2023, ils avaient initialement choisi le Québec en raison du PEQ, qui offrait un accès accéléré au Certificat de sélection du Québec (CSQ) pour les diplômés et travailleurs étrangers.
Louise, titulaire d’un double DEP en comptabilité et secrétariat médical, avait obtenu un permis de travail postdiplôme. Christian, chauffeur de camion lourd, détenait un permis de travail ouvert. Leur plan était clair : s’installer durablement au Québec après les études de Louise.
Mais quelques jours après la fin de son programme en 2024, le gouvernement du Québec annonçait la suspension du PEQ. L’incertitude s’est installée.
« J’ai dit à ma conjointe que tellement de personnes arrivent tous les jours, ça va se bousculer si le PEQ rouvre. On n’est pas sûr si c’est garanti », raconte Christian.
Le couple a alors déposé un dossier dans Entrée express en mars 2025 et a reçu une réponse positive quelques jours plus tard. Ils quitteront le Québec en juin 2026 pour s’installer à Winnipeg, au Manitoba.
Winnipeg plutôt que l’étranger
Après avoir envisagé l’Ontario et l’Alberta, Christian a finalement opté pour le Manitoba.
« J’ai vu que Winnipeg a une forte communauté francophone. Et en allant vivre dans une zone anglophone, je vais développer et perfectionner mon anglais. »
Leur décision n’est pas motivée par un rejet du Québec. Au contraire.
« On a été bien accueillis au Québec. On n’a pas été maltraités, ni victimes de profilage. Ça me fait un peu mal de partir, parce que j’ai de la famille ici. »
Mais face à l’incertitude provinciale, le fédéral leur a offert une voie plus stable.
Un engouement pour les tests de français
Cette migration interne se reflète aussi dans l’explosion de la demande pour les tests linguistiques comme le TEF Canada et le TCF Canada, exigés dans le cadre d’Entrée express.
Au Centre Yves-Thériault, à Montréal, des files d’attente se forment régulièrement. Un employé parle carrément de « folie » ces derniers mois.
Plusieurs établissements confirment la tendance :
- À l’UQAT, on a dû embaucher du personnel supplémentaire.
- À l’UQAC, l’équilibre entre TCF Québec et TCF Canada s’est renversé.
- À Rouyn-Noranda, 15 séances TCF Canada sont prévues entre janvier et mai 2026, contre seulement 5 séances TCF Québec.
Pour Guylaine Malaison, directrice de la formation continue à l’UQAC, le signal est préoccupant : « Beaucoup de personnes qui passent ce test sont sur notre territoire. Est-ce qu’elles veulent quitter le Saguenay–Lac-Saint-Jean, voire le Québec? »
Une aubaine pour la francophonie hors Québec ?
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy, accueille ces nouveaux arrivants avec prudence.
« Ça n’avantage personne de diminuer le nombre de francophones dans une province ou une autre. Plus il y a de francophones au Québec, mieux c’est pour l’ensemble de nos régions. »
Cela dit, elle reconnaît qu’il vaut mieux que ces immigrants francophones restent au Canada plutôt que de quitter le pays.
Car malgré l’augmentation des cibles fédérales en immigration francophone hors Québec, le nombre absolu d’immigrants francophones a baissé :
- 30 550 en 2024
- 29 500 en 2025
La proportion a augmenté (de 7,2 % à 8,9 %), mais le volume total demeure en recul en raison de la baisse générale des seuils d’immigration.
« On a quand même été chercher 1000 personnes de moins », regrette Liane Roy.
Québec maintient sa ligne
Du côté du gouvernement québécois, le cabinet du ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, rappelle que l’immigration économique sélectionnée par Québec est pratiquement composée à 100 % de francophones.
Le gouvernement soutient que le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) permet de prioriser les candidats ayant un niveau élevé de français.
Mais pour plusieurs résidents temporaires, la perception d’instabilité semble déjà avoir produit ses effets.
Partir après avoir appris le français
Le cas de Juliana Klaic illustre une autre réalité. Originaire du Brésil, elle est venue étudier le marketing au Québec après un séjour à Vancouver, avec l’objectif d’apprendre le français et de s’établir durablement.
Elle planifiait déposer sa demande via le PEQ.
Aujourd’hui, elle se dit profondément déçue.
« Les règles du jeu changent, et je ne peux pas m’y fier. Je dois planifier mon avenir. »
Son visa expire en septembre prochain. Elle envisage désormais un retour au Brésil, avec une nouvelle compétence en poche : le français.
Source : Radio-Canada


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