Une femme immigrante arrive au Canada avec un visa de visiteur, souvent après avoir rencontré son conjoint lors d’un voyage dans son pays d’origine. Tout semble bien se passer jusqu’à ce que la situation bascule une fois au Canada. Le partenaire, qui agit comme parrain pour sa résidence permanente, devient contrôlant ou violent.
Dans ces cas, la relation abusive ne se limite pas à la violence conjugale classique : le statut d’immigration devient lui aussi un outil de contrôle.
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Cette réalité, encore largement méconnue du grand public, est au cœur d’une nouvelle campagne de sensibilisation lancée à Montréal par la clinique juridique Solutions justes.
Une dépendance qui peut piéger les victimes
Pour plusieurs personnes immigrantes parrainées par un conjoint, la situation peut rapidement devenir extrêmement précaire.
Entrées au pays avec un visa de résident temporaire, généralement valide pour six mois, elles ne peuvent rester au Canada que grâce à la demande de parrainage déposée par leur partenaire. Si celui-ci décide de retirer sa demande, la personne parrainée risque de perdre son statut et de devoir quitter le pays.
Cette dépendance crée une situation de vulnérabilité importante. Certaines victimes de violence préfèrent rester avec leur conjoint abusif plutôt que de risquer de perdre leur chance d’obtenir la résidence permanente.
Selon Catherine Blais-Delisle, chargée de projet à la clinique Solutions justes, ce phénomène demeure largement invisible.
« On parle beaucoup de violence conjugale, mais très rarement de violence conjugale dans un contexte de parrainage », explique-t-elle.
Peu de données, mais une situation bien réelle
Le manque de statistiques complique la compréhension de ce phénomène.
Lorsqu’une personne parrainée quitte un partenaire violent avant l’obtention de sa résidence permanente, la demande de parrainage est généralement rejetée, puisqu’elle ne remplit plus la condition de vivre avec son conjoint. Si son visa initial est expiré, elle peut alors devenir sans statut, ce qui rend ces situations encore plus difficiles à documenter.
Tout ce que l’on sait, c’est qu’au Québec environ 12 100 personnes parrainées par un conjoint attendent actuellement leur résidence permanente. Mais il est impossible de savoir combien vivent des situations de violence.
Une attente qui peut durer des années
Les délais actuels aggravent cette vulnérabilité.
Une demande de parrainage au Québec peut prendre jusqu’à 35 mois, soit près de trois ans, avant d’obtenir une réponse. Pendant toute cette période, le statut migratoire de la personne dépend entièrement de son partenaire.
Cette situation peut encourager certains conjoints violents à utiliser le statut d’immigration comme moyen de pression : menaces de retirer le parrainage, confiscation de documents, isolement social ou contrôle financier.
Une porte de sortie encore limitée
Depuis 2019, les victimes peuvent demander un Permis de séjour temporaire pour violence familiale (PSTVF). Ce permis vise à offrir une solution aux personnes dont la demande de résidence permanente a été compromise par la violence d’un partenaire.
Cependant, ce permis ne dure qu’un an, ce que plusieurs organismes jugent insuffisant pour permettre aux victimes de reconstruire leur vie et trouver une solution durable pour rester au Canada.
La clinique Solutions justes plaide pour que sa durée soit prolongée à trois ans.
Des options d’immigration très restreintes
Même avec ce permis, les solutions menant à la résidence permanente restent limitées.
Certaines personnes peuvent tenter l’immigration économique, mais elles ne répondent pas toujours aux critères requis. D’autres déposent une demande d’asile, mais la violence conjugale ne correspond pas toujours à la définition juridique de réfugié.
Il reste alors la demande de résidence permanente pour considérations humanitaires, un processus dont les délais peuvent dépasser dix ans au Québec.
Isolement, précarité et manque de soutien
Les victimes vivent souvent dans un isolement profond. Beaucoup connaissent mal le système d’immigration, n’ont pas de réseau social et dépendent financièrement de leur conjoint.
La situation est également compliquée par le manque de ressources juridiques. À Montréal, le Bureau d’aide juridique spécialisé en immigration humanitaire est le seul pour toute la province, avec des ressources limitées.
Une campagne pour briser le silence
Pour faire connaître cette réalité, la campagne « Enracinée : prise entre les liens migratoires » sera déployée pendant plusieurs mois.
Elle comprendra notamment :
- des panels de discussion
- la diffusion d’une vidéo de sensibilisation
- un guide destiné aux intervenantes communautaires
- des démarches de plaidoyer pour améliorer le Permis de séjour temporaire pour violence familiale.
Source : Noovo, La Presse canadienne


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