La démographie canadienne pourrait entrer dans une nouvelle phase historique. Selon plusieurs experts et analyses gouvernementales, l’immigration pourrait bientôt devenir l’unique facteur de croissance de la population du pays, alors que la croissance naturelle — la différence entre les naissances et les décès — s’approche rapidement de zéro.
Une croissance démographique bientôt entièrement liée à l’immigration
Le Canada pourrait se retrouver dans une situation sans précédent : toute croissance démographique dépendrait des politiques d’immigration.
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Selon le directeur parlementaire du budget, 2026 devrait être la deuxième année consécutive de croissance démographique nulle, si l’on se base sur les projections du dernier plan fédéral d’immigration.
Pour le professeur Dan Hiebert, spécialiste des migrations humaines à l’Université de Colombie-Britannique, la transition est presque inévitable.
« La croissance naturelle au Canada va bientôt atteindre zéro. Peut-être en 2029 ou en 2030. À ce moment-là, toute la croissance démographique sera liée à l’immigration. »
Dans un tel scénario, le nombre d’habitants dépendra directement des seuils d’immigration fixés par Ottawa, une situation que l’expert qualifie d’« inédite dans l’histoire du pays ».
Une croissance exceptionnelle après la pandémie
Le Canada a connu une forte augmentation de sa population à la sortie de la pandémie de COVID-19.
En 2023, la croissance démographique a atteint 3,1 %, un niveau exceptionnel comparé à la moyenne historique d’environ 1,1 % depuis 1972.
Cette hausse s’explique presque entièrement par l’immigration.
Croissance démographique récente au Canada
| Année | Croissance démographique | Principale cause |
|---|---|---|
| Moyenne depuis 1972 | 1,1 % | Immigration et croissance naturelle |
| 2023 | 3,1% | Immigration massive post-pandémie |
| 2024 | +816 000 personnes | Immigration temporaire et permanente |
| 2024 | +34 000 personnes | Croissance naturelle |
Ces chiffres de Statistique Canada montrent clairement que l’écart entre immigration et croissance naturelle s’est considérablement creusé.
Une tendance observée depuis plus de 25 ans
L’immigration joue un rôle central dans la croissance démographique canadienne depuis le début des années 2000.
| Année | Immigration | Croissance naturelle |
|---|---|---|
| 2000 | ~148 000 | ~110 000 |
| 2024 | +816 000 | +34 000 |
En un quart de siècle, la croissance naturelle a fortement diminué tandis que l’immigration a augmenté, transformant progressivement la structure démographique du pays.
Selon un rapport gouvernemental publié en 2024, les nouveaux arrivants pourraient représenter 100 % de la croissance démographique d’ici 2032.
Une population vieillissante
La situation démographique du Canada est marquée par deux tendances majeures :
- une baisse du taux de natalité
- une augmentation de l’espérance de vie
Ces deux phénomènes entraînent une hausse du taux de dépendance des personnes âgées, c’est-à-dire le nombre de retraités par rapport aux personnes en âge de travailler.
Aujourd’hui, ce ratio est d’environ :
29,5 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes en âge de travailler.
Selon les projections de Statistique Canada, il pourrait atteindre près de 50 retraités pour 100 travailleurs d’ici 50 ans.
Cette évolution représente un défi économique important.
« Plus ce ratio est élevé, plus il sera difficile de faire fonctionner correctement l’économie et les finances publiques », explique Dan Hiebert.
En effet, les personnes retraitées contribuent moins aux recettes fiscales tout en utilisant davantage de services publics, notamment les soins de santé.
Immigration et marché du travail
L’arrivée massive de nouveaux immigrants après la pandémie a temporairement rajeuni la population canadienne.
Entre 2022 et 2024, l’âge médian est passé de 41 ans à 40,3 ans.
Mais la tendance s’est inversée en 2025, avec un âge médian remontant à 40,6 ans, notamment en raison de la baisse du nombre de résidents temporaires.
Selon Rachel Battaglia, économiste à la Banque Royale du Canada (RBC), ce ralentissement de l’immigration pourrait avoir des conséquences importantes.
« Nous ne pourrons plus compter autant sur les nouveaux travailleurs pour relever les défis du marché du travail. »
Elle estime que le Canada devra davantage miser sur :
- l’augmentation du taux d’activité de la population actuelle
- l’amélioration de la productivité économique
Immigration et logement : un effet à double tranchant
Le gouvernement fédéral a récemment annoncé son intention de réduire les admissions de résidents temporaires, notamment les étudiants étrangers, afin de diminuer la pression sur le marché immobilier.
Selon RBC, ce ralentissement de la croissance démographique pourrait contribuer à modérer les loyers.
D’après les données de Rentals.ca :
- le loyer moyen au Canada a baissé pendant 16 mois consécutifs
- mais le rythme de la baisse ralentit progressivement
Toutefois, cette diminution de la demande peut aussi avoir un effet négatif.
« Moins de nouveaux arrivants signifie moins de demande de logements, mais aussi moins d’incitations pour les promoteurs à construire », explique Rachel Battaglia.
Même avec la baisse des loyers et des taux d’intérêt, l’accessibilité au logement reste beaucoup plus difficile qu’avant la pandémie.
Une planification démographique encore limitée
Pour Dan Hiebert, l’un des problèmes majeurs du système canadien est l’absence d’une planification démographique à long terme.
Le plan fédéral des niveaux d’immigration couvre seulement une période de trois ans, alors que les enjeux démographiques se jouent sur plusieurs décennies.
« Nous courons sans vraiment savoir où nous allons. Nous ne savons pas à quoi ressemble la ligne d’arrivée. »
Dans un pays où l’immigration pourrait bientôt déterminer seule l’évolution de la population, plusieurs experts estiment qu’une réflexion stratégique plus large sera nécessaire.
Source : Noovo


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