Le bras de fer entre Québec et Ottawa sur l’immigration prend une nouvelle tournure, et ce sont encore une fois des travailleurs étrangers qui en paient le prix.
Alors que le gouvernement fédéral a récemment assoupli certaines règles en accordant une période de grâce d’un an à certains travailleurs temporaires sélectionnés par le Québec, cette mesure est jugée largement insuffisante par le ministre québécois de l’Immigration, Jean-François Roberge. Pour lui, la situation est claire : le Québec sélectionne des travailleurs qu’il souhaite garder… mais Ottawa les oblige à partir.
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Le cœur du problème réside dans les types de permis de travail. La nouvelle mesure fédérale ne s’applique qu’à certains travailleurs, notamment ceux titulaires de permis fermés. Résultat : près de la moitié des travailleurs étrangers présents au Québec sont exclus de cet assouplissement. Pire encore, les conjoints et les enfants ne sont pas systématiquement couverts, ce qui peut mener à des situations absurdes où une famille est séparée malgré une sélection officielle par le Québec.
Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. À Montréal, deux enseignantes françaises doivent quitter le pays le 13 avril, même si elles ont été sélectionnées par Québec pour s’y établir de façon permanente. Arrivées avec un permis vacances-travail, elles ne peuvent pas rester pendant le traitement de leur dossier. Elles doivent donc repartir à l’étranger, interrompant brutalement leur travail et leurs projets.
« On pensait qu’en étant sélectionnées, on pourrait rester », confie l’une d’elles, visiblement découragée. Comme elles, de nombreux travailleurs qualifiés, pourtant déjà intégrés au marché du travail québécois, se retrouvent contraints de quitter leur emploi, leurs collègues et parfois même leurs élèves.
Pour Québec, cette situation est non seulement incohérente, mais aussi contre-productive. Dans une lettre adressée à Ottawa, le gouvernement provincial met en garde contre un risque bien réel : voir ces travailleurs renoncer à s’installer définitivement au Québec.
Du côté fédéral, la réponse est ferme. Ottawa refuse d’élargir les critères, invoquant un équilibre à maintenir entre les besoins économiques du Québec et son objectif de réduire la proportion de résidents temporaires à moins de 5 % d’ici 2027.
Ce désaccord met en lumière une tension persistante dans le système d’immigration canadien : le Québec sélectionne ses immigrants économiques, mais c’est Ottawa qui contrôle les permis de travail et les conditions de séjour.
Entre volonté d’intégration d’un côté et impératifs politiques de l’autre, ce sont des parcours de vie bien réels qui se retrouvent suspendus… et parfois brisés en plein élan.
Source : Radio-Canada

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