Depuis 6 mois sur Montréal. Récit d’une arrivée et d’une installation. - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada

Depuis 6 mois sur Montréal. Récit d’une arrivée et d’une installation.

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De ERIC XIII

Plus de 6 mois sur Montréal déjà ! Ca passe vite quand même. Et dire qu’au mois d’août dernier, j’étais encore dans mon petit village de Provence. Des fois, je me dis qu’il fallait être fou pour avoir envie d’immigrer au Canada !

Si l’on excepte les préparatifs pour obtenir le CSQ et le visa de RP qui ont duré quasiment un an, tout commence vraiment à l’aéroport de Marseille un jour de septembre…

Je suis en plein stress mais je m’efforce alors de ne pas le montrer à ma compagne. Nous nous traînons les valises, les excédents bagages ainsi que les deux chats en cage… les pauvres. J’ai du mal à m’en séparer à la douane. C’est qu’à voir les deux boules de poils complètement paumées, j’ai l’impression de voir mon propre reflet. Les adieux faits aux proches qui nous ont accompagnés et nous voilà dans la salle d’attente de la zone d’internationale. Je n’aime pas ces endroits, ça fait purgatoire. De toute façon, le temps d’acheter deux cartouches de clopes au duty free et nous sommes déjà dans l’avion. Ca y’est, on décolle. Qu’importe maintenant si on a oublié quelque chose, faudra maintenant se débrouiller sans. A côté de moi, ma compagne écrase une larme. C’est la première fois qu’on va au Québec… Là, j’avoue que je me demande un peu si on n’a pas fait une erreur. 8 heures passent.

L’arrivée à l’aéroport Trudeau n’est pas plus engageante. Les douaniers Canadiens me font penser à des gardiens de prison. Le « Bienvenue au Québec » est dit machinalement. Je m’étais imaginé quelque chose de plus gai. Les personnes aux bureaux d’Immigration Québec sont tout de même plus accueillantes. J’angoisse à la pensée de mes chats en train de tourner avec les bagages sur le tapis roulant. Mais heureusement, ça ne marche pas comme ça… Il y a un endroit spécial pour eux et ils sont posés au sol. Ils ont une tronche de rescapés, ça fait peur. On pensait être sortis d’affaire. Mais arrivés au bout du tunnel, nous sommes interceptés par un douanier. Taxe acquittée pour les chats (de mémoire entre 20 et 30 $) et dossier vétérinaire des bestioles exhibées, que nous pouvons enfin sortir. Entre l’atterrissage et la sortie de l’aéroport, il a fallu près d’1h30. Du coup, le stress monte encore car nous sommes en retard pour notre état des lieux entrant. Avant le départ, nous avions réservé une location pour 3 mois afin d’avoir un premier pied à terre. En train de pousser mon chariot au ralenti, comme dans un rêve, j’aperçois deux types dont un qui rigole et nous prend en photo. Guillaume et Héri… Ils sont venus finalement ! Ils avaient parlé de venir nous chercher à l’aéroport mais rien n’avait été confirmé. Du coup, on se sent moins perdus qu’on devrait l’être. Y’a plus qu’à suivre.

Héri possède un vieux char japonais avec coffre… c’est à dire pas de hayon… dommage… car il faut y caser 4 adultes, 5 valises, 2 gros sacs et 2 caisses de transport pour chat. Comme on dit, « quand on veut, on peut ». Tout rentre mais on est un peu tordus à l’intérieur. Direction station métro Rosemont. La location n’est pas très loin de là. Sur la route, on a enfin un aperçu du Nouveau Monde. Il fait plutôt chaud pour un mois de septembre. La chaussée de la route est toute gondolée. Le réseau électrique, suspendu par des poteaux en bois, quadrille le ciel. La différence avec la France de ce point de vue là est frappante. En manque de repères, j’ai besoin de comparer par rapport à ce que je connais. Marrant comme les premières impressions peuvent être aussi superficielles… Au fond, des gratte-ciels. Sur la route, ça double à droite et à gauche. Les échangeurs semblent complexes à négocier. Le GPS d’Héri n’est pas de trop, même pour lui qui est là depuis plus d’un an. Nous circulons maintenant dans Montréal. Les rues… ne sont pas des rues… ce sont des avenues. Y a de la place ! Tout va tout droit… à perte du vue. Le bâtiment historique côtoie l’immeuble ultra moderne. Le beau côtoie le moche… Déroutant ! Nous arrivons à notre appartement. La propriétaire nous attend et nous remet les clés. Un merci à nos amis et nous nous posons, enfin ! Les lieux sont propres mais petits. Il s’agit d’un 3 et 1/2. Pour les non connaisseurs, un salon, une chambre, une cuisine et une sdb. La nuit tombe, il nous faut trouver de quoi manger. Nous sortons balader au hasard. Vraiment, nous avons le sentiment de ne pas être à notre place… un peu comme des lucioles fluorescentes par une nuit bien noire. Nous ne réalisons pas vraiment encore les choses en fait. Finalement, nous nous trouvons une pizza et nous rentrons à l’appart’. Claqués comme nous sommes, nous ne trouvons pas mieux qu’allumer la télé. Le choc culturel est également sur le petit écran. Le plus ennuyeux, c’est le nombre de pages de publicités. A la fin, on ne se rappelle plus de ce qu’on regarde. Extinction des feux, la journée a été éprouvante.

Les 3 ou 4 jours suivants ne sont pas simples. Il faut un temps d’adaptation pour certaines choses. Comme : traverser la rue, magasiner, prendre le métro, se repérer, se familiariser avec l’accent québécois (pas facile au tout début !)… Il faut aussi gérer l’administratif. NAS, assurance maladie, échange de permis, équivalence des diplômes… que des trucs pas très funs. Surtout, nous devons trouver un logement définitif et prendre des cours d’anglais. Pour les cours d’anglais, ce n’est pas bien difficile. Les centres linguistiques pullulent. Pour le logement, c’est plus compliqué quoique la recherche est intéressante. Ca permet de visiter et de se faire une idée des différents quartiers de Montréal. Avant de trouver notre bonheur, nous visitons plusieurs taudis. Un à côté du pont Jacques Cartier (coin à éviter…), un autre vers Rosemont (quartier pas mal mais l’appart’ est poussiéreux) et un cloître à cafards à Verdun. Finalement, nous arrêtons notre choix sur un appartement en cours de rénovation dans Hochelaga Maisonneuve, pas très loin du marché Maisonneuve.

Une fois un taxi m’a dit que le coin craignait. Franchement, faudrait qu’il vienne voir quelques quartiers sur Marseille. En fait, HoMa est assez vaste. Sur Ontario, le secteur entre Papineau et Pie IX, n’est pas à recommander pour la tranquillité. En revanche, passé Pie IX, en allant vers l’est, c’est franchement calme. Y a même des façades très agréables à l’oeil quand on se rapproche de la rue Ste Catherine. Enfin c’est surtout pour dire, que si on veut un peu de place, sans se ruiner, tout en restant proche du métro (ligne verte), ce coin vaut le coup comparé au Centre Ville ou au Plateau.

Nos meubles arrivent peu de temps après par bateau. Il faut racheter l’électroménager. Nous prenons l’ensemble d’occasion. Pour le reste, on va faire un tour chez IKEA. Une fois tout en place, y a pas à dire, ça fait du bien de se sentir chez soi ! Le hic, c’est que nous devons payer également pour la location temporaire occupée dès notre arrivée. Entre ça et les dépenses d’emménagement, notre budget prend un coup que nous avions sous-estimé.

Parallèlement, nous faisons un peu de tourisme sur l’île. Le Mont-Royal, le Plateau, le Vieux Port, les quais, le Centre Ville, la Ronde, les parcs… Ce qui nous frappe essentiellement, c’est l’atmosphère relax qui règne ici. Les gens sont globalement beaucoup plus détendus. Le service à la clientèle est bien meilleur que tout ce que l’on a pu connaître aussi. Bref, une fois les premiers jours passés et surtout une fois dans nos meubles, vivre à Montréal, c’est pas si pire ! Le shopping n’est pas très dispendieux. Et contrairement à ce que je pensais au départ, je n’ai pas à renoncer complètement à mes habitudes alimentaires ! On trouve de tout à partir du moment où l’on ne fait pas toutes ses emplettes au supermarché. Par exemple, j’étais bien malheureux au départ de ne pas trouver de saucisson. Mais l’on trouve ensuite facilement quelques bonnes adresses d’épiceries fines pour se faire plaisir de temps en temps. Pour le pain et la charcuterie, sinon, y a Première Moisson qui assure vraiment. Ils vous font presque la fougasse comme on la trouve en Provence !! Pour le fromage, c’est pareil, on trouvera de tout… à condition d’y mettre le prix en revanche.

Où en étais-je… Oui, donc nous sommes arrivés début septembre et nous avons emménagé dans notre chez nous définitif à la fin octobre. Toujours en cours d’anglais à raison de 9h par semaine pour améliorer notre oral, nous commençons tout juste notre recherche de travail. Et ma compagne trouve tout de suite, fidèle à sa réputation d’attirer du travail sans vraiment le chercher (non, non, je ne suis absolument pas jaloux d’elle !). En fait, c’est un camarade de cours avec qui nous avions sympathisé qui nous indique que sa femme, directrice d’agence à la banque, cherche quelqu’un au guichet. Ma campagne se présente à l’entretien et passe, au siège, les tests d’aptitudes et de personnalité. 2 jours plus tard, le poste est à elle. Si tout pouvait toujours être aussi simple !! Et pourtant, avec ses 6 ans d’expérience professionnelle derrière elle en logistique, on ne peut pas dire qu’elle était prédestinée à jouer la banquière. Mais voilà, quand on veut manger, faut travailler.

Voilà comment je suis promu homme à la maison… et l’hiver vient. Trouver un emploi se révèle pour moi une chose plus ardue que ce ne le fut pour ma compagne. C’est que me concernant, nous avons décidé que je dois prendre le temps de trouver dans ma branche, c’est-à-dire dans quelque chose d’assez spécialisé en informatique (je vous évite les détails). Les opportunités de postes étant peu nombreuses, peu nombreux sont donc mes entretiens d’embauche. Je tente les 5 à 7 pour étendre mon réseau mais cela ne marche pas comme je voudrais. Au total, je vois une douzaine de cabinets en recrutements et une poignée de compagnies en direct. Mon expérience professionnel de 5 ans ne suffit pas à faire pencher la balance de mon côté. On me reproche entre autres de ne pas être bilingue (mon niveau intermédiaire ne fait rêver personne), de ne pas avoir un profil assez québécois (Mort de rire ! Peut-être qu’un stage dans une ferme en Gaspésie me ferait du bien !) ou de ne pas avoir d’expérience sur le marché canadien (Euh ! Désolé, je viens tout de juste d’arriver !).

Octobre, novembre, décembre, janvier, février passent et je suis toujours sans emploi. C’est la grosse déprime, le spleen hivernal du nouvel immigrant… Je m’ennuie copieusement. Ma famille, mes amis outre-Atlantique me manquent. Heureusement, l’hiver est doux cette année. Je me dis, pour m’aider, que l’épreuve serait bien pire avec un hiver « normal ». Heureusement aussi, nous avons quelques amis sur place. Ca permet d’avoir un peu de vie social.

En revanche, la petite réserve d’argent que nous avions amassé avant de nous lancer dans l’aventure commence à s’amenuiser lentement mais sûrement. C’est que j’ai quelques remords anticipés à l’idée de devoir découper les chats afin de pouvoir continuer à manger de la viande… Donc, je me mets à la recherche d’une jobine alimentaire. Je vais sur Québec Emploi pour regarder les offres dans mon quartier. Y a une grosse boulangerie industrielle qui recrute 50 postes d’ouvriers temporaires à 12$/heure. Pourquoi pas ? C’est toujours mieux que 8$…

Finalement, le hasard des choses m’évite de passer par là. Fin mars, j’obtiens le poste de mes rêves après avoir postulé à une énième annonce sur internet et passé deux entretiens. Je commence bientôt et le fait de savoir que je vais travailler fait que je me sens vraiment en vacances ! Surtout, je me dis qu’un nouveau cap est passé maintenant. Ouf !

L’arrivé fut laborieuse mais on l’a fait ! Ma recherche de travail, et de fait notre installation définitive, a pris 6 mois mais ça aussi, c’est fait ! J’ai du mal à réaliser complètement. On est vraiment capables de presque tout en fin de compte ! Et cela serait certainement moins grisant aujourd’hui si cela n’avait pas été aussi dur hier ! J’estime malgré tout que nous avons été plutôt chanceux. Le fond de la piscine n’était plus très loin mais nous n’y étions pas encore…

Après l’arrivée et l’installation, la troisième étape, celle de l’intégration, celle de la vie au Québec va enfin pouvoir commencer. C’est le printemps, je suis d’un seul coup bien plus optimiste, et j’arrive à même à me rappeler pourquoi, un beau jour, j’ai quitté mon petit village de Provence !

Je dédie ce message aux immigrants tout fraîchement arrivés. Tous mes vœux de réussite vous accompagnent !

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