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Dans la machine à laver commerciale, en position essorage

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De Rourouille

4 mois après mon arrivée sur le territoire québecois, j’ai toujours l’impression d’être coincée dans une grande machine à laver commerciale, bloquée en position essorage. Je suis toujours aussi éberluée par le rapport à l’argent que je constate ici, dans les situations commerciales classiques (le magasinage) ou même dans les relations inter-individuelles dès lors qu’un aspect “rémunération” est en jeu. Pour illustrer et compléter mon témoignage d’Octobre, laissé sur le forum, voici de nouveaux exemples vécus :
Une garderie « presse-citron », avide de chèques
A la garderie, le jour de l’inscription, au mois d’août, la responsable m’a gentiment et simplement demandé de lui rédiger les 12 chèques mensuels post-datés pour l’année entière et ce, afin de me faciliter la vie et que ce soit un souci de moins pour moi (Comme c’est sympa de se soucier ainsi de mon confort, n’est-ce pas ?).
Bien que touchée par tant de sollicitude, j’ai refusé, arguant que mon tout nouveau chéquier québécois n’offrait que 30 chèques et que je n’avais pas l’intention de le vider à peine réceptionné (une façon élégante de dire non, ne trouvez-vous pas, très éloigné de la maudite française, qui gueule pour un oui ou un non). J’ai cru que j’avais fait mouche et que je m’étais bien faite comprendre, car la responsable n’a pas insisté sur le moment.
Mais, ce matin, alors qu’elle me salue comme tous les matins, elle n’oublie pas de me glisser qu’il serait bon, quand même, que je puisse lui déposer plusieurs chèques en avance, ça, ce serait vraiment apprécié, parce que, je dois le comprendre, tout le monde fait ça ici… (Grand sourire appuyé de mon interlocutrice, voix fort chaleureuse). Tout aussi chaleureusement et en souriant de toutes mes dents (voyez, je m’adapte au Québec !), je lui ai répondu que non, je paierai mois par mois et sur ce, Bonne journée !
Que cherche la directrice ? Est-elle inquiète en ce qui concerne ma solvabilité ou simplement soucieuse d’engranger le plus de trésorerie à l’avance ? Va-t-elle me relancer prochainement sur le sujet ? Affaire à suivre, donc… Mais bon, je déteste commencer mes journées par ce type de petites contrariétés, où j’ai le sentiment qu’on tente de me manger la laine sur le dos. De plus, je ne suis pas sûre de ne pas perdre mon sang froid si elle revient à la charge une troisième fois.
Il est à noter, pour clôturer le chapitre des garderies, que, comme dans tous les contrats de garde québécois, il est prévu que chaque minute de retard le soir soit facturée 1$ (Aie, Aie, ça chiffre vite). Finissant mon travail vers 17h30/17h40, et pâtissant souvent des embouteillages, je peux vous assurer que me présenter à 17h59 à la garderie tous les soirs est une gageure quotidienne. Je ne compte donc plus les dépassements.
J’entends déjà la réponse des forumeurs : faut changer de garderie, en trouver une qui ferme à 18h30, dans la mienne, cela ne se passe pas comme ça, etc… Les yakafokon, pff…(soupirs)…Suite à mon précédent témoignage d’Octobre, ces charmants conseilleurs (mais pas payeurs) m’ont déjà conseillé de changer (dans l’ordre) de pays, de dentiste, de médecin, de banque, et de ne plus prendre le bateau…Alors, je ne suis plus à ça près. Lâchez-vous. Mais permettez-moi de poursuivre avec d’autres exemples :
Le magasinage, au Québec,une aubaine pour le directeur de magasin, mais pas pour le client!
Exemple 1 : le magasin de fringues branché
Décidée à découvrir les marques présentes au Québec, je visite donc les différents magasins depuis mon arrivée. A peine entrée dans un magasin de fringues (qui cartonne auprès des ados), une vendeuse me salue et m’informe qu’il y a actuellement une AUBAINE EXCEPTIONNELLE : pour un pantalon achetée, le second à moitié prix ! Attention, il s’agit d’une offre limitée dans le temps. Aujourd’hui, sinon rien ! (note pour mes amis lecteurs : le lendemain, je repasse devant le magasin et l’offre était toujours d’actualité, mais passons sur ce gentil mensonge commercial qui prend décidément le client pour un c…) ! Donc, je dis, ok, merci, et je poursuis. 2 minutes plus tard, une autre vendeuse m’accoste, et me sert le même speech. Je remercie. Je poursuis. La troisième vendeuse qui m’aborde pour me dire exactement la même chose a droit à « Oui, je sais, il y a des affiches partout dans le magasin et vos 2 collègues me l’ont déjà dit » (comprendre, je ne suis ni sourde, ni aveugle). A la quatrième vendeuse, je suis partie, tannée par tant de zèle commercial ! Bref, l « overbusiness » tue le business, mais beaucoup de commerciaux locaux ne l’ont visiblement pas compris.
(Petit aparté à l’attention des forumeurs : Attention, je ne jette pas la pierre aux vendeuses, bien trop nombreuses pour un magasin de cette taille (elles semblent s’ennuyer à plier et replier, l’œil aux aguets), et rémunérées à l’heure à un salaire mini, voire à la commission. Je regrette seulement les méthodes commerciales que leur hiérarchie leur impose (hiérarchie, elle-même aux ordres de la marque ou de la franchise). De plus, le système a fait naître une féroce compétition entre les filles, c’est à la première qui vous accompagnera jusqu’aux cabines d’essayage ou encore mieux jusqu’à la caisse où il est demandé au client, cerise sur le gâteau, un NOM : « Qui, parmi les vendeuses, vous a le mieux renseigné depuis votre arrivée dans le magasin ? » (système de prime/récompense à celle qui ne lâche pas le client de son entrée à sa sortie). Mais bon, ce système ne semble pas décourager les clients québécois, donc pourquoi se priver ? Quant à moi, je préfère dix mille fois magasiner chez HetM, la suèdoise ou Zara, l’espagnole (chaînes européennes où le client est laissé TRANQUILLE.)
Exemple 2 : le magasin de meubles « has-been »
Mon mari et moi-même étions à la recherche d’un truc pas vraiment extraordinaire : un canapé (euh, sofa). Les nombreux vendeurs (majoritairement masculins) tournaient dans le magasin, désoeuvrés, mal-fagottés (costume des années 80), les mains croisés dans le dos, tels des fauves, prêts à se ruer sur le moindre client potentiel (fort rare, au demeurant) venu non pas par hasard, mais par la publicité alléchante des circulaires (publisac).
Après un cours répit, le moment de l’accostage est arrivé.
Pour moi, ce fut, extraordinaire !!Je me demandais quel vendeur autour de nous allait passer à l’attaque en premier. Ce fut rapide, propre, sans bavure. Une fois le premier contact établi, tout y passé, méthodes douteuses, pressions commerciales, proposition de rabais complémentaire, tentative de vente de carte de crédit. Je suis sortie, désolée, du magasin, et fort compatissante pour les vendeurs, d’un certain âge quand même, plus de 60 ans pour beaucoup, que je sentais à cran, prêt à tout pour une vente comme si leur job en dépendait (peut-être était-ce vrai ?). Comme on dit, dans le jargon, « Ils avaient faim ! » (et pas qu’un peu !). Ces méthodes m’ont, malgré tout, rebutée (Pour la petite histoire, nous avons finalement acheté notre sofa chez IKEA où le client est laissé PENARDO à son magasinage !!).
Exemple n°3: Le summum du modèle de la consommation nord-américaine : COSTCO
Une autre véritable découverte pour moi, depuis mon arrivée au Québec, est, également, le supermarché COSTCO (marque américaine, il est bon de le rappeler). Déjà, payer une carte de membre pour avoir le droit de mettre un pied dans les rayons, j’aurai tendance à penser de prime abord : WTF ?
Ensuite, quitte à boire le calice jusqu’à la lie, allons-y, ne faisons pas les choses à moitié : autant tester (il faut bien s’intégrer) puisque les québécois semble raffoler du concept (parkings et magasins pleins du Lundi au dimanche). Et là, c’est du grand art. Moi, je vous le dis : COSTCO, c’est un véritable modèle à lui tout seul. Ce magasin impose de telles conditions draconiennes à ses clients que je me demande encore comment ces derniers acceptent cela…
Une méthode d’inquisition musclée avant de devenir membres
Pour avoir la carte de membre COSTCO, et payer le fameux « droit » d’entrée, on a bien ramé (Mon mari dira moins élégamment « Il a fallu tout montrer, même la couleur de notre slip »).
Ne disposant pas (encore) de permis de conduire québécois, la guichetière nous évaluait l’air méfiant : mais qui sont donc ces gens louches qui parlent le français avec ce fort accent, qui n’ont pas leur permis de conduire made in Québec, qui présentent un passeport couleur bordeaux (et pas bleu comme les canadiens). Bref, à ses yeux, cela sentait mauvais, voire tentative de fraudes, papiers falsifiés et tout le toutim…Elle a même dû appeler son superviseur, qui, inquiet devant nos mines d’aliens, est allé chercher le chef du magasin (rien que ça !). Bref, nous avons donc dû patienter plus de 30 minutes, puis présenter 4 pièces justificatives (2 pièces d’identité avec photo (passeport et cartes soleil) pour chacun de nous, et 2 preuves de domicile (facture hydro et de téléphone de moins de 3 mois) que nous avions emportées par miracle avec nous (depuis notre arrivée, on nous demande 3 fois par jour de prouver qui on est, alors on sort équipés). A noter : un bail locatif n’est pas accepté comme preuve, allez savoir pourquoi ? Ayant posé la question, Il paraitrait qu’un bail soit facile à falsifier, mais pas une facture ?!? Là, là, je me dis : SOUCI ! Celui qui croit ça, ne connait pas Photoshop. Enfin, bref, nous avons remballé nos remarques car nous savions que c’était peine perdue (les salariés sont comme lobotomisés par le discours corporate)…
Une fois (difficilement) devenu membre, on applique la technique de l’essorage, en vitesse progressive
Donc, après avoir montré tout ce que nous pouvions montrer (dans les limites de la décence), et payé 55 dollars pour la carte membre, on nous a alors proposé le plan B : la carte supérieure dite MEMBRE EXECUTIF (110 dollars EN TOUT de mémoire). Cette dernière est véritablement MAGIQUE, à écouter le vendeur (plein d’avantages, de remise, d’aubaine, un truc dingue, quoi !).
Bon, disons le tout net, nous avons (encore) refusé, d’autant plus que je n’avais pas toujours pas eu le temps de voir l’intérieur du magasin ! Ma curiosité était tout de même aiguisée : que trouve-t-on dans ce magasin de si fabuleux qu’il faille se mettre à poil avant d’entrer ?
Pour finir, le vendeur, non découragé, s’est mis en tête de nous vanter les mérites incommensurables de la carte de crédit COSTCO. Je ne sais même pas pourquoi il se fatiguait autant : un produit, aussi avantageux que ce qui est prétendu, n’a généralement pas besoin de publicité tapageuse pour se vendre tout seul. De nouveau, refus net (Maudits Français, impossible de leur fourguer des cartes de crédit !). Je ne détaillerai pas les mines déconfites des commerciaux, devant nos refus, ni les tentatives de nouvelles argumentations…
Bref, après avoir réussi à s’extirper des griffes des fanatiques du service clients, nous avons enfin commencé le magasinage (comme le client a payé une carte d’entrée, il est tenté de s’en servir immédiatement et de consommer !). Nous sélectionnons quelques produits (histoire d’acheter quelque chose) puis nous nous approchons de la caisse. La caissière nous propose de nouveau la carte EXECUTIVE, nous re-refusons ! Mon mari tente alors de payer avec sa carte Visa. Impossible : Costco n’accepte que la carte de crédit COSTO, ce qui permet à la caissière de proposer une nouvelle fois la carte de crédit maison. Mon mari, agacé, propose de payer par chèque (Malheur, impossible à nouveau, au Québec, un chèque, vous n’y pensez pas, ce n’est pas assez « SECURITAIRE », surtout si vous n’êtes pas membre de la confrérie depuis longtemps !).
Dans ce magasin, les équipes semblent littéralement paralysées par le risque éventuel d’une hypothétique fraude de la part de tout nouveau client considéré d’emblée comme un éventuel imposteur insolvable (et ce malgré la foison de justificatifs demandés, et nos têtes de premiers communiants !!).
Pour parfaire le tout, le monsieur qui emballe les courses, peu psychologue, en rajoute une couche : « Mais pourquoi donc ne pas prendre la carte de crédit COSTCO, vous ne serez plus embêtés avec les paiements ? ? ». Lassés, nous avons payé avec notre carte de débit puis pris les jambes à notre cou. Nous sommes sortis de ce temple de la consommation, assez éberlués, ne comprenant pas vraiment les raisons de son succès commercial. Quand je pense que COSTCO essaie depuis des années de s’implanter en France…Et bien, je leur souhaite du courage, avec la concurrence comme des LECLERC qui tire les prix au plus bas, des LIDL et autres discounters alimentaires…Ce sera difficile de faire mettre le client en slip pour lui vendre une carte de membre alors qu’on trouve déjà des prix bas ailleurs, sans racket d’entrée.

EN CONCLUSION

Grand écart avec les pratiques commerciales françaises généralement constatées dans les magasins
Il est certain que ces méthodes changent sacrément des détestables pratiques françaises où le client ose à peine parler à la vendeuse de peur de la déranger dans sa manucure. Je ne dis pas que c’est mieux. Mais ici, il faut mettre un cierge et prier tous les saints pour que la commerciale daigne enfin vous lâcher.
Nous avons discuté de ces expériences, un soir, à table avec les enfants, et avons cité COSTO comme exemple de la consommation nord-américaine. Même si les produits nous ont semblé de bonne qualité et à des prix intéressants en moyenne pour les grandes quantités proposées, magasiner régulièrement chez CostCo ou dans toute autre enseigne trop punchy dans ses méthodes, nous semble au-dessus de ce que nos petits nerfs français pourraient supporter sans faillir. Ras-le-bol des tentatives d’essorage et d’être considérés comme des vaches à lait parquées dans un box. Le mythe nord-américain du « client roi » a décidément pris un coup dans l’aile.
Bref, dépenser intelligemment son argent au Québec, sans y laisser trop de plumes, ni repartir habillé pour l’hiver, déguisé en sapin de Noël avec des cartes de crédit autour du cou en guise de guirlandes, nécessite du temps et de l’énergie que je ne souhaite pas consacrer à ce type d’activité! (Je préfère aller au ciné).

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