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Après 11 ans à Montréal, pourquoi je rentre en France…

De Adjamee

Ayant lu régulièrement les témoignages sur Immigrer.com au fil des ans pour y trouver de l’information ou simplement un sentiment d’expérience partagée, je laisse à mon tour le mien…

Quand je parle de mon expérience québécoise autour de moi, je rappelle que c’est une expérience individuelle, bâtie sur une histoire personnelle, des rencontres et des hasards et qu’il serait donc malvenu de généraliser. Ami lecteur, garde cela à l’esprit !

Toulousaine d’adoption et coincée dans le chômage, j’ai décidé de donner un petit coup de pouce à ma carrière (milieu des bibliothèques) il y a 12 ans de ça en reprenant mes études professionnelles pour acquérir un profil ultra spécialisé. Cela m’a menée au Québec, que j’imaginais naïvement bilingue après avoir fait un stage à Ottawa, et que je pensais utiliser comme tremplin vers une formation aux États-Unis (ma vraie destination). Pour des raisons d’équivalences professionnelles et de diplômes qui n’existaient pas à l’époque dans mon secteur entre le France et le Québec, j’ai dû refaire un second cycle universitaire au complet ce qui a épuisé et mon temps et mes économies : mon projet américain a tourné court.

Mais la chance m’a souri car des opportunités d’emploi dans mon domaine et ma spécialité se sont présentées sur un plateau à Montréal et à partir de là ma carrière a fait un joli bond en avant. J’ai également eu l’opportunité de commencer à enseigner à l’université (autre profession qui me passionne) et de me lancer dans un doctorat. Jamais je n’aurai imaginé pouvoir faire tout ça lorsque j’ai quitté la France et je ne pense pas que j’aurais eu autant d’ouvertures là-bas pour réaliser tout ce que j’ai accompli depuis sur le plan professionnel. De ce point de vue, mon bilan québécois est tout à fait positif car il a clairement majoré ma trajectoire professionnelle.

Cependant, parallèlement à tout ce que je vivais de stimulant dans mes projets professionnels, d’enseignement et de recherche, sur le plan culturel et relationnel, les choses ne sont malheureusement pas allées aussi bien.

Dans mon milieu de travail d’abord – et je parle uniquement du secteur de spécialité qui est le mien au sein du domaine bien plus vaste qu’est celui des bibliothèques – ma nationalité française, ma jeunesse combinée à une ascension rapide, le fait également que je sois une femme, ont cristallisé beaucoup d’agressivité. J’ai appris le terme et la définition de « harcèlement au travail » dans le bureau d’une psychologue que j’étais allée consulter chez mon premier employeur, ne sachant plus comment me sortir d’un climat de travail hostile et que je ne comprenais pas. La psychologue m’a incitée à aller parler à ma hiérarchie immédiatement, hiérarchie qui n’a finalement rien fait à part m’encourager à « garder mon beau sourire » car mon contrat s’achevait (et la directrice à laquelle j’étais allée parler démissionnait quelques jours plus tard ai-je appris par la suite).
Chez mon employeur suivant, manque de chance je me suis trouvée obtenir un poste convoité par une déléguée syndicale (qui n’avait pas les qualifications pour le poste) et avant même mon arrivée plusieurs délégués de mon propre syndicat ont commencé à me faire la guerre. Cela a été plusieurs années extrêmement pénibles d’intimidation, de sabotage de mon travail, de diffamation et d’isolement. Pour la petite histoire, l’un des délégués est allé jusqu’à appeler Immigration Canada pour tenter de faire ouvrir une enquête sur moi au prétexte de fausses déclarations faites dans ma demande de permis de travail. Sa tentative pour me faire perdre mon permis de travail et de séjour a heureusement échoué mais ça donne une bonne idée du caractère « no limit » de leurs actions. Lorsque j’ai obtenu un poste de cadre, l’hostilité s’est encore accentuée – moi et ma direction pensions que ça irait mieux puisque je ne serais plus syndiquée, quelle bêtise ! – et j’ai fini par faire une dépression majeure qui a duré plus d’un an. Après une tentative de retour à mon poste, j’ai décidé de démissionner et de quitter le Québec où je ne voyais aucun autre poste intéressant et où je n’avais plus envie de faire partie d’un milieu que sa petitesse avait rendu exagérément territorialiste et vindicatif.
Je tiens à souligner que par ailleurs tous mes collègues bibliothécaires n’appartenant pas à ce petit milieu spécialisé et n’étant pas amis avec des délégués voulant voir une des leurs à ma place étaient tous absolument adorables (ou invisibles car se cachant pour ne pas être mêlés à tout ça). Ma démission a aussi été un grand choc pour l’équipe des cadres et mon histoire et l’impuissance à y remédier a été très mal vécue par beaucoup. Donc comme je le disais au début, mon histoire est le fruit de rencontres – mauvaises en l’occurrence – et ne doit pas être généralisée.

Ce qui se détache néanmoins est que ma nationalité française a à chaque fois servi de levier pour justifier les actions de harcèlement auprès des personnes que les meneurs voulaient rallier à leur cause. Et que ça a toujours très bien marché.

La décision pour moi de quitter le Québec suite à la décision de quitter ce poste que j’adorais a été immédiate car ma vie professionnelle était ce qui me nourrissait en lieu et place de tout ce qui me manquait au Québec.

D’une part le fait que la culture québécoise était assez restreinte (je parle en terme d’offre dans les musées etc., je ne veux pas dire que la culture québécoise est restreinte !) comparé à l’effervescence et la richesse culturelle européenne était pour moi une frustration car je suis une grosse consommatrice de culture.

D’autre part sur le plan relationnel, le fonctionnement québécois tel que je l’ai expérimenté depuis plus de 10 ans, ne correspondait pas à mes valeurs et ma personnalité.
Que ce soit dans le travail, dans les rapports amicaux ou dans les relations sentimentales, j’ai été rapidement confrontée à ce que je décrirais comme un décalage entre le discours et le sentiment. C’est-à-dire que dans le rapport verbal, les québécois que j’ai rencontrés sont très facilement dans un registre affectif (grande cordialité, expression amicale ou amoureuse facile) mais qu’en même temps, dans les faits, ils restent très distants et les rapports restent superficiels et souvent sans suite. Par exemple, après que j’ai quitté mes différents emplois, malgré de grandes démonstrations d’amitié et de tristesse (allant jusqu’aux pleurs !), pratiquement personne n’a cherché à me contacter par la suite pour avoir des nouvelles, prendre un verre ou autre. Alors que je suis toujours amie malgré le temps et la distance avec la majorité des collègues que j’ai laissés en France.
Idem pour les relations amoureuses : les hommes québécois que j’ai rencontrés tiennent un discours qui donne l’impression qu’ils veulent s’engager dans une relation de couple (présentation aux amis, à la famille, projets d’installation ensemble, etc.) alors que pas du tout. Il n’y a pas cette clarté que je retrouve chez les européens : que l’on soit en couple ou juste amants (avec toutes les nuances possibles entre les deux 😉 c’est clairement exprimé.

Ce flou artistique se retrouve aussi dans les situations difficiles où il faudrait justement parler de choses qui fâchent ou qui blessent (licenciement, rupture amoureuse, etc.) : la plupart du temps j’ai constaté que les québécois ont tendance à ne pas dire les choses ou carrément à fuir, à l’évidence pour éviter toute situation conflictuelle. Par exemple si vous demandez des nouvelles du renouvellement de contrat qui vous a été confirmé verbalement quelques jours plus tôt et que l’on vous répond par courriel qu’il n’y a pas encore de nouveau à ce sujet mais qu’on vous souhaite la meilleure des chances dans vos projets futurs, cela signifie que vous n’avez plus de contrat et que vous devez trouver fissa un autre boulot… Petit exemple vécu… Ma personnalité « cartes sur tables » et mes valeurs s’accommodent assez mal de ce fonctionnement très courant au Québec et c’est ce qui a certainement empêché que je développe un attachement à la culture québécoise.

Cela dit, il y a plusieurs aspects que j’apprécie particulièrement dans cette culture. D’abord le côté positif pour les femmes : on n’est JAMAIS embêtées dans la rue ! Le féminisme québécois a eu du bon même s’il a en même temps fait des ravages (pas mal d’hommes sont un peu – voire beaucoup – effrayés par les femmes). Et le côté positif pour les « minorités visibles » (dont je fais partie, étant métisse) : on n’est JAMAIS insulté dans la rue ! La xénophobie et le racisme sont tout aussi présents que dans n’importe quel pays mais cela s’exprime de manière plus subtile. Et il y a aussi l’exception culturelle québécoise marquée par le versant positif du multiculturalisme : chez certains québécois un réel enthousiasme vis-à-vis des immigrants et un amour fou de la France et des français.

En rentrant en France je vais donc perdre cette facilité à évoluer et à vire-volter professionnellement, je vais gagner des salaires moins élevés, vivre dans des logements peut-être plus petits et la rue va redevenir un territoire d’insécurité. Mais je vais avoir plus de chances d’exercer ma spécialité qui est aussi ma passion, je vais voir grandir ma nièce, je vais pouvoir retrouver l’environnement culturel qui m’a manqué, retrouver mes amis et la spontanéité des échanges avec eux et j’aurai peut-être la chance de rencontrer un amoureux français avec les mêmes valeurs que les miennes…

Une petite note finale adressée à ceux qui s’inquiètent de l’amitié avec les québécois : je laisserai derrière moi quelques bons amis québécois, en avoir est un coup de chance, mais c’est possible ! Et ce sont de merveilleux amis !

Voilà, c’était le bilan rapide de mes presque 11 ans de vie à Montréal. Je rentre en France à la mi-juin et je me sens libérée après des années à espérer ce retour !

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