1 an à Rivière-du-Loup au Québec - S'expatrier, travailler et étudier au Québec, Canada

1 an à Rivière-du-Loup au Québec

Bonjour / Bonsoir,

J’avais posté un bilan de 6 mois au Québec, dont trois à Rivière-du-Loup, Rdl pour faire court.
Pourquoi Rdl, qu’est-ce que j’y trouvais, mon sentiment à ce moment là, c’est par ici.

Maintenant, que j’ai achevé ma première année au Quebec cet été, et ma première année à Rdl en septembre dernier, un petit bilan s’impose, je crois.

  1. Partir, c’est dur.

L’herbe est-elle plus verte ailleurs? Je ne sais pas. Elle est d’un vert différent. Et je ne vous parle pas de toute les nuances blanc neige.

Emigrer, même quand on l’a choisi, même quand on ne part pas fâché avec son pays d’origine, qu’on a la sensation de vivre une aventure excitante, ça reste dur, une fois l’excitation des premières semaines retombées.
Je ne suis pas particulièrement attachée à un territoire, une culture. Je n’ai pas de sentiment d’appartenance aux lieux. Les amis, la famille manquent et certains jours sont vraiment durs. Très durs. Je le savais, maintenant je le vis. Entendons-nous bien, j’aime mes culture d’origines (vivre sur une frontière, ça laisse des traces), et je reconnais que consciemment ou non, j’en suis imprégnée. Si je ne me sentais pas particulièrement française avant, désormais, que je le veuille ou non, ici je le suis, malgré moi. C’est intéressant, ce changement de perspective du sentiment d’identité, tant celle qu’on se donne et que celle qu’on vous attribue. Et j’avoue, moi qui ne suis pas nostalgique (ni amatrice de foot ou quelque sport que ce soit), avoir eu un petit pincement au coeur pendant la coupe du monde, de manquer cette ambiance si spéciale. Mais si pour moi la première année a comporté – à mon étonnement- une forme de résistance sur certaines choses, le début de la deuxième voit cette dernière s’émousser. J’imagine que ça va de paire avec le retour à une certaine stabilité, ou des repères, du moins.

En attendant, je laisse passer les mauvais jours et me donne un cap. Pas de décision hâtive ou de perspective de retour avant trois ans, le temps de faire pousser un peu de racines ici. J’apprends à entretenir des relations à distance. J’apprends aussi reconnaitre ici les signes d’hospitalité et de sociabilisation à la québécoise. J’estime être dans un cadre privilégié en ce qui concerne mon intégration: le biais des études est vraiment un accélérateur, je trouve, et un lieu propice pour poser ses questions, accéder à des informations.

 

  1. J’y suis

En même temps que le cafard, il y a encore ce sentiment joyeux qui s’impose, tous les jours : j’y suis, je l’ai fait! J’ai pris un jour une décision peu commune, j’ai serré les dents pendant tous les hauts et les bas du processus d’immigration, mis ma vie et mes affaires dans des cartons pendant 1 an et demi, préparé mon départ et 6 mois avant, décidé que j’allais reprendre des études. Tant qu’à faire à changer de pays, autant changer de métier et me réorienter.
Je suis arrivée à 36 ans, et repartir de zéro professionnellement, c’est dur, surtout quand on avait fait sa place et qu’on avait une certaine reconnaissance. Je savais que le marketing de l’immigration, c’était ça, justement, du marketing. Les critères qui m’ont valu un parcours sans anicroche (à part l’angoisse de faire partie de ces fichus quotas), l’obtention du CSQ sur la base de mes diplômes et expériences et mon métier, ne vaudraient rien, une fois arrivée. C’est effectivement ce qui se passe. Personne ne vous attend. Vos références ne veulent rien dire. Vos diplômes non plus, peut-être un peu si vous annoncez leur équivalence sur votre CV à la québecoise (j’ai fait évaluer mes diplômes avant de venir). Je pense que c’est encore plus aigüe à Rdl. Certes, les petits jobs ne manquent pas dans la vente ou la restauration, mais si on cherche ailleurs ou qu’on vise un peu plus que le salaire minimum, ou le boulot qualifé, celui qui vous a valu le CSQ, il faut s’armer de patience. Les désillusions peuvent être rudes. Même si on y est préparé, c’est un deuil. Cependant, je réserve encore mon opinion là-dessus. D’une part, parce que je suis encore étudiante, donc plus intéressée par les temps partiels et les petits jobs, et que de plus, j’ai toujours travaillé (et aimerait retravailler) dans le secteur culturel / information. Je précise toutefois que je suis venue avec une résidence permanente et que mon commentaire ne vaut que dans mon type de cas. Il me parait évident que le sentiment est tout à fait différent par rapport à quelqu’un qui vient avec un travail à la clé.
Par contre, c’est vrai que j’ai gagné en qualité de vie, et que mon stress a disparu. On pourrait arguer que c’est le retour aux études et le relatif cocon que cela représente, mais c’est davantage que ça. Je travaille en parallèle de mes études, et je fais des piges ponctuellement. En ce moment, je jongle aussi avec un gros projet associatif, une gestion de projet d’un volet concours d’un festival.
Et pourtant, c’est officiel maintenant que j’ai vérifié à un mois d’intervalle, mon hypertension artérielle a disparu. La façon d’envisager le travail, le contexte économique, me semblent être des paramètres qui expliquent cette différence.

 

3. J’y reste

Dans mon domaine (vidéos, montage, cinéma documentaire) on ne pense qu’à s’établir à Montréal. Peut-être Québec. C’était mon cas aussi. Mais j’ai décidé que pour le moment, ce serait à Rdl. Pourquoi?
Il me semble plus facile d’y vivre avec un petit boulot / temps partiel et avoir du temps pour developper mes autres activités professionnelles,  projets de film, ou de m’y faire connaitre comme pigiste auprès des télés communautaires et des boites de productions / communication d’ici.

J’ai fait le choix de ne pas chercher à vivre de la vidéo ou du cinéma, pour le moment. Et mon réseau se fait autour de Rdl. Pas (encore) à Montréal. J’ai déménagé au centre-ville et sans voiture, de là, pas mal de choses me sont accessibles à pied.
Je vis dans un deux et demi à 430$ par mois comprenant l’électricité avec une cuisine équipée, sèche et lave-linge, sur la Laf (les connaisseurs comprendront), près des restaurants, bars, cinéma et du parc des Chutes. Je m’estime bien lotie, dans un beau cadre de vie. C’est important, pour le moral, les projets. Les jours gris.
Pour ce qui est des courses, j’y vais avec la voiture de ma gentille voisine.
De ce coté, même à 20 000 habitants, on sent que la situation géographique de Rdl est un avantage qui profite aux habitants, de la ville et de la MRC. Toutes les grandes enseignes alimentaires sont là (Wallmart, Super C, Maxi, IGA, Provigo). Et il y a un centre commercial quand même assez grand, ainsi que d’autres enseignes à proximité, sans compter les boutiques de la rue Lafontaine (la main street de rdl).
Avec des spéciaux, on s’en sort, même avec un budget d’étudiant.
J’ai récemment eu la bonne surprise de me voir attribuer un médecin de famille (j’étais sur la liste d’attente) et double coup de chance, le médecin est en bas de ma rue et me convient (oui, parce qu’on a pas trop le choix de son médecin traitant). Beaucoup de personnes dans les métropoles attendent encore.
Culturellement, il y a depuis 3/4 ans un fort souffle du coté des initiatives alternatives, sociales et culturelles- comprenez en dehors des institutions, salle de spectacles etc.-, dans la ville ou aux alentours. Et c’est réjouissant, parce que j’ai le sentiment de pouvoir y participer relativement facilement. De même, je trouve qu’il est assez aisé d’entreprendre des choses de ce coté là également. Cependant, il m’aura fallu une année pour trouver mes marques, repères, et developper un début de réseau pour cela. Je suis introvertie, j’ai donc fait les choses à mon rythme. Pour d’autres, cela se passerait probablement autrement.

  1. Pour le moment

Rien n’est parfait. J’ai le sentiment d’être dans une bulle. Où il se passe des choses, certes, mais une bulle quand même. Il est injuste de comparer Rdl à une plus grande ville, et le fait qu’elle se trouve dans une région à la démographie en berne n’aide pas. Alors, oui, la diversité (de tout) me manque. J’ai parfois le sentiment d’enfermement. C’est paradoxal, vu l’espace. Et pourtant. Je pense que c’est fortement lié au fait que je n’ai pas de voiture, et qu’il n’y a pas de système de transport en commun peu onéreux (covoiturage bonjour). Moi qui ai grandi sur une frontière, ça me rassure qu’il y en ai deux pas trop loin: celle avec le Nouveau Brunswick et celle avec le Maine. J’ai hâte d’y aller. Peut-être un jour, irais-je explorer d’autres provinces, voire m’y installer. Ou changer de pays. Rien n’est figé.
Il est sans doute un peu tôt pour me plaindre du manque d’opportunité dans le secteur culturel. Il faut passer par la sacro-sainte première expérience québécoise dans son domaine, pour ne plus être une simple inconnue. Par ce qu’à compétence égales, acquises en France, si personne ne vous connait, ça m’a l’air fermé. Et d’un coté, je peux comprendre. Je dois réapprendre à écrire et parler à la québécoise. Ca prend du temps, d’apprendre les codes de la communication écrite. Et de l’humilité, quand on pensait avoir une jolie plume et qu’ici, ça passe moins, dans les communiqués.
Mais je le dis, aux gens avec qui je travaille, et je regarde comment font, disent, écrivent ceux que j’admirent. Et corrigent mes textes. J’essaie de m’en inspirer, d’écouter les conseils, tout en gardant mon propre style. Ca prend du temps. Peut-être vais-je devoir envisager que mon boulot alimentaire ne soit pas similaire à ce que je faisais, avant. C’est encore un peu trop tôt pour le dire.
Cependant, la relative frustration coté travail, ne me fait pas oublier la gentillesse des gens, ici. La beauté du cadre, le calme. Je vais relativement souvent à Montréal et ça me frappe ces derniers mois : l’énergie dépensée pour lutter contre le bruit, la fatigue de la pollution etc. Dans le Bas Saint-Laurent, la beauté du trajet m’émeut à chaque fois. On ne s’habitue pas à la magie du paysage le long du bas du fleuve, là où j’entend parfois les gens dirent « la mer » pour parler de lui.
Et l’hiver, me demanderez-vous? Et bien, j’entame mon deuxième, avec déjà quelques jours très rudes, qu’il y a plutôt en janvier. Il parait qu’il est plus rigoureux que dans les grandes villes. Pour m’être déplacée pendant cette période à Québec et à Montréal, je confirme. Et je précise que j’ai été en tournage en plein janvier à l’extérieur et par moins 20 degrés Celsius. Pour le moment, ça ne me gène pas. Ce qui a été dur cette année, c’est l’absence de printemps. Les derniers tas de neige ont fondu en juin. Juin a été moche, gris et pluvieux. Et ensuite, direction l’été en juillet. Qui, excepté les périodes de canicules, est vraiment splendide, et agréable dans le bas du fleuve. Même qu’on peut y voir des baleines, et des phoques. Moi j’ai vu des bélugas.

  1. En conclusion (temporaire)

Mais je vous dirai autre chose aussi. La semaine dernière, quand la première grosse neige est tombée, avec des flocons épais et dignes d’un conte de fées, j’ai levé le visage vers le ciel pour les regarder tomber, et les sentir sur mon visage. Comme je le faisais enfant.
Et d’un coup, comme ça, par surprise, je me suis sentie chez moi.
Pour combien de temps, je ne sais pas, mais ce sentiment là, c’est déjà, en soi, bien assez.

Récit de Pan_Dore dans le forum de discussions

Impressions après 6 mois au Québec

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