Depuis l’entrée en vigueur du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), le 1er juillet dernier, 6928 personnes ont reçu une invitation à immigrer de façon permanente au Québec.
Les données rendues publiques par le ministère de l’Immigration montrent toutefois que le bassin de candidats est beaucoup plus large : près de 80 000 personnes ont déposé une déclaration d’intérêt dans le système.
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Le gouvernement du Québec prévoit par ailleurs accueillir environ 29 000 personnes cette année dans la catégorie économique. Pour des dizaines de milliers de travailleurs déjà installés dans la province, l’invitation se fait donc toujours attendre.
Une attente qui se prolonge
« Je n’ai toujours pas été sélectionnée », confie Florence Bollet Michel, travailleuse sociale en soutien à domicile au CLSC de Parc-Extension et porte-parole du collectif Le Québec, c’est nous aussi.
Pour elle, le nombre d’invitations demeure très faible.
« 6928 invitations, c’est extrêmement peu », estime-t-elle.
Arrivée au Québec en avril 2023 après avoir répondu à un appel de Recrutement Santé Québec, elle espérait obtenir sa résidence permanente grâce au Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Mais ce programme a été aboli le 19 novembre 2025 et remplacé par le PSTQ.
Selon elle, la situation reste particulièrement précaire pour plusieurs travailleurs temporaires.
« Malheureusement, il y a des gens qui sont invités, mais leur permis de travail arrive quand même à échéance. Et le simple fait d’être invité ne permet pas de rester. Il n’y a que le certificat de sélection du Québec (CSQ) qui permet de basculer vers un statut implicite, dans l’attente de la résidence permanente », explique-t-elle.
Un système basé sur le classement
Contrairement au PEQ, le PSTQ ne fonctionne pas selon l’ordre d’arrivée des demandes.
Les profils sont classés selon un système de points, et seuls les candidats les mieux cotés sont invités.
Les données des dernières rondes d’invitations permettent déjà de dresser un portrait des profils retenus :
- 93 % occupaient un emploi en déficit ou en léger déficit de main-d’œuvre
- 66,5 % résidaient à l’extérieur de Montréal et Laval
- 54 % détenaient un diplôme québécois
- près de 80 % auraient été admissibles au PEQ
Le programme cible donc en priorité des travailleurs déjà intégrés au marché du travail québécois.
Une fois invités, les candidats disposent de 30 jours pour accepter l’invitation, puis de 60 jours pour déposer leur demande complète de sélection permanente.
Le ministère indique viser un délai d’environ six mois pour délivrer le CSQ, même si le traitement peut atteindre jusqu’à douze mois dans certains cas.
Or, selon Florence Bollet Michel, le processus avance lentement.
« Aux dernières nouvelles, seulement cinq CSQ avaient été délivrés depuis le début du PSTQ, il y a huit mois », affirme-t-elle.
Son propre dossier demeure fragile.
« J’espère recevoir une invitation le mois prochain parce que j’ai une offre d’emploi validée qui me donne des points supplémentaires. Mais ces offres expirent après 18 mois. La mienne arrive à échéance le 14 avril. Je vais donc perdre 30 points, et mon score va reculer. »
Un soulagement teinté d’amertume
Pour Sabrina Kouider, infirmière clinicienne en Estrie, l’attente a finalement pris fin le 26 février, lorsqu’elle a reçu son invitation.
« Ce serait malhonnête de dire que je n’éprouve pas un petit soulagement. Mais j’ai quand même un goût amer, parce que cette invitation arrive après des mois d’angoisse et d’inquiétude », raconte-t-elle.
Elle avance toutefois avec prudence.
« Je n’ai pas encore accepté l’invitation, car nous passons par un cabinet pour nous accompagner dans la démarche. On a deux mois pour fournir tous les documents, et certains sont difficiles à obtenir », explique-t-elle.
L’incertitude demeure également quant aux délais.
« L’obtention du CSQ risque d’être très longue, vu le peu de certificats délivrés depuis le lancement du programme. Ce n’est pas très rassurant. »
Un changement de logique dans l’immigration
Le PEQ offrait auparavant un parcours relativement prévisible vers la résidence permanente pour les travailleurs et les diplômés installés au Québec.
Le PSTQ, lui, repose sur une logique différente :
âge, maîtrise du français, expérience professionnelle au Québec, études ou lieu de résidence entrent dans le calcul du score.
Le seuil minimal varie à chaque ronde d’invitations.
Autrement dit, il n’y a plus de file d’attente : il y a désormais un classement.
La question du PEQ est d’ailleurs revenue dans l’actualité avec la course à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ).
La ministre de l’Immigration Christine Fréchette a évoqué la possibilité de rétablir le programme pour deux ans, tandis que Bernard Drainville a parlé d’une clause de droits acquis pour certains travailleurs.
En attendant d’éventuels changements, les rondes d’invitations du PSTQ se poursuivent.
Pour les candidats toujours dans l’attente, chaque nouvelle sélection ravive le même espoir.
« C’est difficile parce qu’on y croit à chaque fois », conclut Florence Bollet Michel.
Source : La Presse


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