Les travailleurs étrangers temporaires qui obtiennent la résidence permanente au Canada améliorent nettement leur situation économique — mais seulement une fois libérés des contraintes des permis de travail fermés. C’est la conclusion claire d’une nouvelle étude économique qui relance le débat sur l’un des piliers les plus critiqués de la politique migratoire canadienne.
Publiée en décembre par le National Bureau of Economic Research, cette recherche démontre que le passage du statut temporaire à la résidence permanente agit comme un véritable levier de mobilité professionnelle et salariale.
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Des gains salariaux rapides après la résidence permanente
L’étude, menée par des économistes des universités de Toronto et de Chicago, s’est penchée sur le parcours de près de 200 000 travailleurs étrangers temporaires arrivés au Canada entre 2004 et 2014. Le constat est sans équivoque : trois ans après l’obtention de la résidence permanente, leurs revenus augmentent en moyenne de 5,7 %.
Pourquoi? Parce que ces travailleurs ne sont plus liés à un seul employeur. Dès que les restrictions des permis fermés disparaissent, la mobilité explose : la probabilité de changer d’emploi bondit de 21,7 points de pourcentage en trois ans. Et ces changements ne sont pas anodins : beaucoup quittent des secteurs faiblement rémunérés pour intégrer des industries offrant de meilleures conditions salariales.
Le véritable moteur : changer de secteur, pas seulement d’employeur
L’étude révèle un point crucial : rester dans le même secteur, même en changeant d’employeur, ne suffit pas à améliorer significativement les revenus. Les véritables hausses salariales proviennent surtout des transitions entre secteurs d’activité.
Autrement dit, les permis fermés ne limitent pas seulement la liberté de mouvement des travailleurs — ils les enferment durablement dans des segments de l’économie à bas salaire, même lorsque leurs compétences leur permettraient de progresser.
Un programme critiqué de toutes parts
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires est conçu pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, notamment dans des secteurs comme l’agriculture ou la transformation alimentaire. Mais dans les faits, il maintient de nombreux travailleurs dans une précarité prolongée.
Les voies d’accès à la résidence permanente pour les travailleurs à bas salaire restent limitées et très compétitives. Résultat : beaucoup enchaînent les contrats temporaires, dépendants du bon vouloir d’employeurs autorisés à recruter à l’étranger. Selon une étude de Statistique Canada publiée en 2024, seulement un tiers des travailleurs étrangers temporaires obtiennent la résidence permanente dans les cinq ans suivant leur premier permis.
Des réformes timides… et contestées
Des documents internes d’Emploi et Développement social Canada, rendus publics par le Migrant Rights Network, révèlent qu’Ottawa a envisagé des permis sectoriels permettant aux travailleurs de changer d’employeur à l’intérieur d’un même secteur.
Mais ces propositions ont été vivement critiquées. Pour les groupes de défense des migrants, il s’agit de changements cosmétiques qui maintiennent le déséquilibre de pouvoir entre employeurs et travailleurs, tout en donnant l’illusion d’une plus grande mobilité.
Vers la fin des permis fermés?
En novembre 2024, un comité parlementaire sur la citoyenneté et l’immigration est allé plus loin : il a recommandé l’abolition complète des permis de travail fermés au profit de permis régionaux ou sectoriels larges, offrant un réel choix d’employeurs.
Source : The Globe and Mail


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