Alors que le Canada resserre progressivement ses seuils d’immigration permanente, une réalité s’impose de plus en plus clairement : la maîtrise du français est devenue un levier déterminant pour obtenir une invitation à la résidence permanente (RP) par Entrée express, le programme hors Québec.
En 2025, près de quatre candidats sur dix invités dans le cadre du système Entrée express provenaient du volet francophone, une proportion en forte hausse comparativement aux années précédentes. Une évolution qui transforme profondément les stratégies des candidats à l’immigration… et suscite aussi de vives frustrations.
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Apprendre le français pour rester au Canada
Installé à Toronto, le Brésilien Bruno Silva a expliqué à Radio-Canada qu’il n’avait jamais envisagé d’apprendre le français à son arrivée au Canada. Mais face à l’allongement des délais et à la concurrence accrue dans Entrée express, il a revu sa stratégie.
« C’est frustrant parfois, parce que j’ai beaucoup de compétences à offrir, sauf le français », confie-t-il.
Depuis un an, il suit des cours de français deux fois par semaine, complète son apprentissage par la lecture, la musique et des échanges informels, avec un objectif clair : augmenter ses chances d’être invité à présenter une demande de résidence permanente.
Une explosion des invitations francophones
Selon les données d’Immigration Canada (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC)), près de 114 000 invitations ont été envoyées en 2025 par Entrée express. 42 % concernaient des candidats inscrits au volet de compétence linguistique en français, alors que cette proportion ne dépassait pas les 10 % il y a encore quelques années.
Pour l’avocat spécialisé en immigration Stéphane Duval, cette hausse n’est pas un hasard :
« On est clairement dans un choix politique. Ottawa cherche à freiner le déclin démographique des francophones hors Québec. »
Le poids des francophones à l’extérieur du Québec est passé d’environ 6 % au début des années 1970 à moins de 4 % aujourd’hui.
Des délais record pour les candidats francophones
Pour certains, cet avantage linguistique se traduit par des délais spectaculaires. Hawa Moudy, originaire de France, a reçu son invitation en seulement trois mois et est devenue résidente permanente en août dernier.
« C’est une chance énorme de parler français. Le volet francophone, c’est un avantage indéniable. »
Même constat pour Antoine Mensah et sa conjointe, également français : moins de trois semaines se sont écoulées entre le dépôt de leur profil et l’invitation.
Un système qui fait grincer des dents
Cette priorité accordée aux francophones suscite toutefois des critiques. Certains candidats non francophones dénoncent le fait que des profils avec des scores globaux plus élevés soient écartés, simplement parce qu’ils ne maîtrisent pas le français.
Pour Anne Michèle Meggs, ancienne haute fonctionnaire au ministère de l’Immigration du Québec, le problème est structurel :
« Le français agit comme un filtre éliminatoire. On réduit le bassin avant même de comparer les scores. »

Motivation réelle ou opportunisme linguistique?
Autre débat : les motivations des candidats qui apprennent le français uniquement pour immigrer. Bruno Silva reconnaît que son objectif initial était purement stratégique, même si son intérêt pour la langue a grandi avec le temps.
La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) voit néanmoins cette tendance d’un bon œil. Selon sa présidente Liane Roy, les exigences linguistiques demeurent élevées et garantissent un réel engagement.
D’autres experts restent plus prudents, craignant que l’attachement au français soit parfois fragile et circonstanciel.
Le français, bien plus qu’un atout administratif
Pour Bruno Silva, apprendre le français pourrait finalement aller bien au-delà de l’immigration. Recruteur et spécialiste en ressources humaines, il estime que cette troisième langue pourrait aussi devenir un atout professionnel durable.
Avec son test de français prévu en mars, il espère franchir l’ultime étape vers la résidence permanente et s’ancrer définitivement au Canada.
Source : Radio-Canada


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