Seulement cinq demandes en 2025 et un seul investissement effectué depuis le début de 2026 : le programme québécois des immigrants investisseurs traverse une période difficile. Cette baisse d’intérêt fragilise une source de financement qui a longtemps soutenu les PME, particulièrement dans les régions.
Le Québec attire de moins en moins d’immigrants investisseurs. Selon une enquête de Radio-Canada, le nombre de demandes déposées dans le programme est passé de 2 234 en 2016 à seulement cinq en 2025. Depuis janvier 2026, un seul investisseur a effectué le placement prévu, d’après les renseignements obtenus par le média auprès du ministère de l’Économie.
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Ce ralentissement a des conséquences sur le Programme des immigrants investisseurs pour l’aide aux entreprises (PIIAE). Ce mécanisme, administré par Investissement Québec, utilise les retombées financières des placements des investisseurs immigrants pour soutenir des entreprises québécoises.
Alors qu’il finançait autrefois des centaines de projets, le PIIAE n’en a soutenu que trois durant la dernière année financière, pour un total de 3,6 millions de dollars. Il resterait environ 7,1 millions de dollars disponibles, selon le ministère cité par Radio-Canada.
Une relance qui attire peu de candidats
Suspendue en 2019, la réception de nouvelles demandes au Programme des investisseurs a repris en 2024, après une réforme importante. Québec souhaitait notamment corriger un problème récurrent : certains candidats obtenaient leur résidence permanente sans s’établir durablement dans la province.
Les conditions actuelles comprennent un placement de 1 million de dollars sur cinq ans, ainsi qu’une contribution financière non remboursable de 200 000 dollars. Les candidats doivent également satisfaire à des exigences de français et de séjour au Québec. Ces démarches s’inscrivent dans un processus de sélection : le versement des sommes ne donne pas automatiquement accès à la résidence permanente.
Plusieurs spécialistes interrogés par Radio-Canada estiment que les nouvelles conditions ont réduit l’attrait du programme. Le consultant en immigration Alex Côté s’inquiète notamment du nombre insuffisant de dossiers pour alimenter le financement des entreprises.
Le ministère de l’Immigration indique toutefois au média qu’aucune mesure particulière d’attraction n’est prévue. Il considère que les demandes reçues dans l’ensemble de la catégorie des gens d’affaires suffisent à répondre aux besoins du Québec en immigration économique.
Un apport important pour les PME régionales
Le contraste avec les années précédentes est marqué. Selon une analyse d’Aviseo citée dans l’enquête, le programme des immigrants investisseurs a généré plus d’un milliard de dollars de rendements entre 2009 et 2019.
Ces retombées ont notamment permis de verser 477 millions de dollars en subventions aux PME québécoises, en plus de financer des programmes gouvernementaux.
Toujours selon cette analyse, plus de 80 % des retombées directes étaient associées aux régions situées hors de la métropole. Le secteur manufacturier occupait une place centrale, représentant plus de 70 % des projets d’investissement et des subventions liés au programme.
Le recul des demandes dépasse donc la seule question de l’immigration : il touche aussi un levier de développement économique régional.
Les entreprises se sont tournées vers d’autres aides
La longue suspension du programme, suivie d’une reprise peu dynamique, a poussé les entreprises à chercher d’autres sources de financement.
Manufacturiers & Exportateurs du Québec ((ME&Q) indique à Radio-Canada que seulement huit manufacturiers ont déposé une demande au PIIAE depuis 2019. L’organisme estime que plusieurs entreprises ont trouvé ailleurs les liquidités et le soutien nécessaires à leurs investissements.
Véronique Proulx, aujourd’hui à la tête de la Fédération des chambres de commerce du Québec, rappelle que ce financement était autrefois particulièrement intéressant pour les entreprises souhaitant agrandir ou moderniser leurs installations. Depuis, d’autres programmes et mesures fiscales ont pris davantage de place.
Les fonds restants passent par le programme Innovation
L’utilisation des sommes encore disponibles a également évolué. Selon le ministère de l’Économie cité dans l’enquête, la page consacrée au PIIAE a été retirée en février 2026, puisque ses fonds sont désormais distribués par l’intermédiaire du programme Innovation.
Cette formule fonctionne par appels à projets, avec des critères propres aux initiatives visées. Alex Côté estime que cette évolution modifie le profil des entreprises pouvant bénéficier des fonds, comparativement au soutien auparavant offert aux projets industriels et régionaux.
Une évaluation attendue avant 2028
Malgré le faible nombre d’investisseurs, le ministère de l’Économie précise à Radio-Canada que le PIIAE restera en vigueur dans sa forme actuelle jusqu’au 31 mars 2028. Une évaluation doit permettre de décider de sa reconduction et de ses modalités.
L’économiste Pierre Emmanuel Paradis, associé fondateur d’APPECO, estime qu’un ajustement des critères pourrait permettre de retrouver une partie des retombées économiques du programme, tout en préservant les objectifs d’immigration du Québec.
Source : Radio-Canada

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