Le programme des étudiants internationaux au Canada est de nouveau sous pression. Dans un rapport très attendu, la vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, pointe du doigt de graves lacunes dans la gestion et le suivi des permis d’études, soulevant des inquiétudes sur l’intégrité même du système.
Selon cette vérification, des dizaines de milliers de dossiers jugés « à haut risque » n’ont tout simplement pas fait l’objet d’enquêtes approfondies. En 2023 et 2024 seulement, environ 150 000 cas ont été signalés comme potentiellement problématiques, notamment parce que certains étudiants ne fréquentaient pas l’établissement indiqué dans leur demande. Pourtant, à peine 4 000 enquêtes ont été lancées, et une part importante d’entre elles n’a jamais abouti, faute de réponse des étudiants concernés.
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Le problème ne s’arrête pas là. Le rapport révèle également que près de 800 dossiers impliquant des fraudes ou des informations erronées n’ont donné lieu à aucune action entre 2018 et 2023, malgré leur identification par les systèmes internes du ministère. Une situation jugée « très préoccupante », d’autant plus que bon nombre de ces personnes ont ensuite pu demander, et parfois obtenir, un autre statut d’immigration, y compris la résidence permanente.
Au cœur du problème : un manque criant de ressources. Immigration Canada (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC)) affirme ne pouvoir traiter qu’environ 2 000 enquêtes par an jusqu’en 2028, un chiffre bien inférieur au volume de dossiers à examiner. Face à cette réalité, la ministre de l’Immigration Lena Diab promet une réforme progressive du programme sur plusieurs années, notamment en centralisant les enquêtes, sans toutefois préciser l’ampleur des moyens qui seront ajoutés.
Autre élément préoccupant soulevé par l’audit : le gouvernement ne sait pas réellement combien d’étudiants quittent le pays une fois leur permis expiré. Sur plus de 549 000 permis arrivant à échéance en 2024, seulement environ 16 000 départs ont pu être confirmés. La grande majorité des étudiants ont été autorisés à rester ou ont changé de statut, ce qui complique le suivi global du programme.
Dans ce contexte, Ottawa cherche à reprendre le contrôle. Le plan d’immigration prévoit de réduire le poids des résidents temporaires à moins de 5 % de la population d’ici 2027, notamment en limitant le nombre d’étudiants internationaux admis chaque année. Déjà, les chiffres montrent un ralentissement important : environ 150 000 permis d’études ont été approuvés en 2024, bien en deçà des objectifs initiaux, et la tendance s’est poursuivie en 2025 avec des taux d’approbation historiquement bas.
Fait notable, le ministère lui-même ne parvient pas à expliquer clairement cette chute des approbations, malgré l’introduction de nouvelles mesures comme le renforcement des exigences financières ou la vérification accrue des lettres d’acceptation. Toutes les provinces ont été touchées, bien que le Québec affiche des baisses un peu moins marquées que le reste du pays.
Ce rapport risque d’alimenter les critiques sur la gestion de l’immigration temporaire au Canada. Pour plusieurs observateurs, il met surtout en lumière un système sous tension, coincé entre des objectifs politiques de réduction des volumes et des capacités administratives insuffisantes pour assurer un suivi rigoureux.
Source : Radio-Canada


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