C’est un tournant historique pour le Québec. Pour la première fois en près de 30 ans, la province a enregistré en 2025 un solde migratoire négatif : plus de personnes ont quitté le territoire qu’il n’en est arrivé. Selon les données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le Québec a ainsi perdu 7 126 migrants au cours de la dernière année.
Ce recul inédit s’explique presque entièrement par une réalité bien précise : le départ massif de résidents non permanents. En 2025, ils ont été 51 413 de plus à quitter le Québec qu’à s’y installer. Derrière ce chiffre se trouvent des dizaines de milliers de travailleurs étrangers temporaires, d’étudiants internationaux et d’autres titulaires de permis, contraints de partir faute de pouvoir prolonger leur statut.
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Ces départs ne sont pas simplement statistiques. Ils racontent des trajectoires humaines bouleversées par le resserrement des règles migratoires. À Québec, l’entreprise VériTable solution gourmande en a fait l’expérience directe. Elle a dû se résoudre à laisser partir l’un de ses employés, Boris Becker Monga, en avril 2025. Arrivé deux ans plus tôt après un long processus, ce boucher de métier s’était pourtant bien intégré, tant professionnellement que personnellement.
« Je me suis fait des amis, j’avais des collègues et des patrons sympas. J’avais envie de rester », confie-t-il depuis Douala, au Cameroun. Mais l’expiration de son permis et l’impossibilité de le renouveler ont mis fin à son parcours québécois. Malgré les efforts de son employeur, les démarches administratives se sont révélées trop complexes et trop incertaines.
Pour les entreprises, ces départs représentent aussi un casse-tête. « Tout est compté au millimètre près », explique la directrice de production, Sarah Louise Morissette, qui évoque des processus longs, techniques et imprévisibles. « On doit presque tout anticiper un an à l’avance, parce qu’il y a toujours des surprises. »
Le cas n’est pas isolé. L’entreprise a également perdu un chef pâtissier dont le permis a expiré en 2025, sans réussir à combler le poste depuis plus d’un an et demi. Une situation qui illustre les tensions persistantes sur le marché du travail, notamment dans certains secteurs en pénurie.

Et la tendance pourrait se poursuivre en 2026. De nombreux résidents non permanents arrivent actuellement à la fin de leur permis, sans garantie de pouvoir rester. C’est le cas de Tiffany Corti, pâtissière, dont le permis expire prochainement. Si une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) est refusée, son projet de vie au Québec pourrait s’arrêter brutalement. Son conjoint, lui, ne peut même pas prolonger son propre statut.
Même incertitude pour Léa Marquet et Samir Ameur, contraints de quitter leur emploi et de préparer leur départ. « On a été forcés de démissionner, sinon on serait dans l’illégalité complète », explique-t-elle. Le couple a déjà pris la décision de rentrer en France, billets d’avion en main.
Au-delà des chiffres, ces départs soulèvent des questions de fond sur l’équilibre entre contrôle migratoire et besoins économiques. Alors que plusieurs employeurs peinent à recruter, le Québec voit partir des travailleurs déjà formés, intégrés et motivés à rester. Une réalité qui pourrait continuer à peser sur l’économie et le tissu social de la province dans les mois à venir.
Source : La Presse


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