Alors que le Canada mise de plus en plus sur l’immigration pour combler la pénurie de personnel dans les hôpitaux et les cliniques, une nouvelle étude révèle un paradoxe préoccupant : les professionnels de la santé francophones recrutés à l’étranger ont beaucoup de mal à s’intégrer dans les systèmes de santé hors Québec.
Pour plusieurs d’entre eux, l’arrivée au Canada se transforme rapidement en véritable parcours du combattant.
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L’immigration francophone, un levier… encore inefficace
Dans les communautés francophones minoritaires du pays, l’immigration est largement présentée comme une solution incontournable pour maintenir les services de santé en français.
Gouvernements, employeurs et organismes communautaires s’entendent sur un point : attirer des professionnels francophones est essentiel pour répondre aux besoins des populations francophones hors Québec.
D’ailleurs, Ottawa affirme avoir atteint ses objectifs d’immigration francophone à l’extérieur du Québec. La ministre canadienne de l’Immigration, Lena Metlege Diab, s’est récemment félicitée de ces résultats.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.
Selon les chercheurs, atteindre les cibles d’immigration ne signifie pas que ces travailleurs réussissent réellement à exercer leur profession une fois arrivés au Canada.
L’obstacle inattendu : l’anglais
Premier obstacle majeur : la langue.
Même lorsqu’ils sont recrutés pour travailler dans des établissements francophones ou bilingues, plusieurs professionnels doivent réussir des tests d’anglais standardisés exigés par les ordres professionnels.
Cette exigence ralentit considérablement l’intégration de médecins, d’infirmières ou de pharmaciens pourtant recrutés précisément pour leurs compétences en français.
Pour plusieurs candidats, cette étape devient un frein majeur à l’accès à leur profession.
Diplômes non reconnus et emplois de survie
À cela s’ajoute un autre problème bien connu des immigrants qualifiés : la reconnaissance des diplômes étrangers.
Même avec plusieurs années d’expérience, les professionnels doivent souvent :
- faire évaluer leurs diplômes
- réussir de nouveaux examens
- effectuer des stages supervisés
Or, les places disponibles pour ces stages sont limitées.
Résultat : de nombreux professionnels hautement qualifiés se retrouvent coincés dans des « emplois de survie », très loin de leur expertise.
Les chercheurs parlent même d’un « gaspillage des compétences ».
Discrimination et barrières culturelles
L’étude souligne aussi une réalité plus difficile à quantifier : certaines formes de discrimination.
Plusieurs professionnels issus de l’immigration disent avoir été confrontés à des biais liés :
- à leur accent
- à leur origine
- à leur parcours professionnel
Les personnes originaires d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb seraient particulièrement touchées par ces situations.
Selon les auteurs du rapport, cette réalité représente un coût humain et social important, autant pour les professionnels que pour les systèmes de santé qui manquent pourtant cruellement de personnel.
Une « tempête parfaite » pour la santé en français
Les chercheurs décrivent la situation comme une véritable tempête parfaite pour les services de santé en français au Canada.
Le rapport, commandé par le Réseau de développement de la francophonie économique et d’employabilité au Canada et la Société Santé en français, met en évidence plusieurs défis simultanés :
- un recrutement international complexe
- un personnel vieillissant qui part rapidement à la retraite
- une formation insuffisante de nouveaux professionnels
À cela s’ajoute un problème surprenant : le manque de données fiables.
Actuellement, il n’existe aucun système national permettant de savoir précisément combien de professionnels de la santé sont capables d’offrir des services en français au Canada.
Une solution encore incomplète
Pour les communautés francophones hors Québec, l’immigration reste pourtant l’une des seules solutions pour maintenir l’accès aux soins en français.
Mais tant que les obstacles linguistiques, administratifs et institutionnels ne seront pas levés, le potentiel de ces professionnels restera largement sous-utilisé.
Et pendant ce temps, les patients francophones continuent souvent de chercher… un professionnel capable de les soigner dans leur langue.
Source : Le Devoir


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