Au Québec, des milliers de familles vivent aujourd’hui séparées, parfois depuis des années, en raison du gel du programme de regroupement familial. Une mesure administrative qui, derrière les chiffres, bouleverse des vies et plonge de nombreux couples dans une attente interminable.
À Montréal, Jennifer Bogran en est l’un des visages. Arrivée du Honduras en 2017, cette résidente permanente de 29 ans élève seule son fils d’un an, tandis que son mari est coincé à l’étranger. Leur demande de parrainage, pourtant prête depuis l’été 2025, n’a jamais pu être déposée. Le programme était déjà suspendu.
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« C’est un an perdu », résume-t-elle au journal québécois La Presse, épuisée par une situation qui s’étire sans horizon clair.
Comme elle, des milliers de couples se retrouvent pris dans un système saturé. Le gouvernement du Québec a fixé un plafond de 10 400 demandes pour les conjoints et enfants adultes sur la période 2024-2026. Ce seuil a été atteint en seulement un an, forçant la suspension des nouvelles demandes jusqu’en juin 2026.
Une mesure qualifiée de « sans précédent » par l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, qui dénonce ses conséquences humaines majeures. L’organisation s’inquiète aussi du silence entourant cet enjeu dans la course à la direction de la CAQ, malgré l’ampleur de la crise.
Au-delà du gel, les délais déjà existants aggravent la situation. Au Québec, ils seraient plus de deux fois plus longs que dans le reste du Canada. Résultat : même les demandes acceptées s’enlisent dans un processus interminable.
Pour Jennifer Bogran, cette réalité a des impacts concrets sur tous les aspects de sa vie. Son mari n’a pas pu obtenir de visa de visiteur. Le père et le fils ne se sont vus qu’une seule fois. Après la naissance de son enfant, elle a même perdu son emploi, incapable de concilier travail et responsabilités familiales sans soutien.
« Ça m’a vraiment brisée », confie-t-elle.
Derrière les statistiques, c’est une réalité émotionnelle lourde qui se dessine. Isolement, précarité financière, détresse psychologique : les conséquences dépassent largement le cadre administratif.
Et l’incertitude demeure. Même lorsque le programme rouvrira, seules 10 400 demandes seront acceptées, ce qui laisse présager une course contre la montre pour des milliers de familles.
Pour les juristes spécialisés, la question est fondamentale. Le regroupement familial est inscrit dans la loi québécoise sur l’immigration. Pourtant, le plafonnement actuel en transforme profondément la logique.
« On parle de familles réelles, d’époux, de parents. Pas de relations temporaires », rappellent-ils.
En attendant, des couples continuent de vivre à distance, suspendus à une date, un quota, une décision politique. Et pour beaucoup, le temps commence à peser lourdement.
Source : La Presse


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