Le Canada pourrait perdre une part importante de sa main-d’œuvre étrangère au cours des prochains mois. Selon des données publiées par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), plus de 1,3 million de permis de travail détenus par des travailleurs étrangers temporaires (TET) doivent expirer d’ici la fin de l’année 2026.
La situation est déjà pressante : près de 300 000 permis arrivent à échéance avant la fin du mois de mars. Si ces travailleurs ne parviennent pas à prolonger leur statut ou à obtenir un autre type de permis, plusieurs entreprises pourraient se retrouver soudainement privées d’une partie de leur personnel.
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Pour Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales à la FCEI, les conséquences pourraient être majeures. « Les répercussions économiques de cette situation pourraient être énormes », prévient-il.
Des secteurs clés particulièrement concernés
Au Québec comme ailleurs au pays, plusieurs secteurs dépendent fortement des travailleurs étrangers temporaires pour maintenir leurs activités. C’est notamment le cas de l’industrie manufacturière, de l’hôtellerie et de la restauration.
Depuis plusieurs mois, des représentants de ces secteurs multiplient les interventions publiques pour rappeler au gouvernement fédéral l’importance de cette main-d’œuvre. Pour eux, la perte de milliers de travailleurs risquerait de fragiliser des entreprises déjà confrontées à une pénurie persistante de personnel.
Les organisations patronales demandent notamment à Ottawa d’introduire une « clause grand-père ». Cette mesure permettrait aux travailleurs étrangers déjà présents au Canada de conserver plus facilement leur statut ou de prolonger leur permis, afin d’éviter une rupture brutale pour les entreprises et les employés.
« Les entreprises et leurs employés ont besoin de stabilité. Le gouvernement doit présenter un plan concret pour assurer la stabilité de la main-d’œuvre », souligne Christina Santini, directrice des affaires nationales à la FCEI.
Des règles plus strictes depuis 2024
La situation actuelle s’inscrit dans un contexte de resserrement des politiques d’immigration temporaire. Depuis novembre 2024, Ottawa a mis en place de nouvelles règles visant à réduire le recours aux travailleurs étrangers temporaires dans certains secteurs.
Ces mesures ont toutefois suscité des inquiétudes dans le milieu des affaires, qui juge que les entreprises n’ont pas encore d’alternative claire pour remplacer rapidement cette main-d’œuvre.
Des pertes économiques déjà observées
Les impacts se font déjà sentir. Selon une étude publiée en janvier par la Fédération des chambres de commerce du Québec, les restrictions sur les travailleurs étrangers temporaires auraient coûté en moyenne plus de 500 000 $ aux entreprises québécoises.
Les entreprises sondées estiment que ces restrictions pourraient entraîner des pertes moyennes de 2,2 millions de dollars au cours des deux prochaines années. Plus inquiétant encore, 35 % des répondants considèrent que la survie même de leur entreprise est menacée par la pénurie de main-d’œuvre.
Des inquiétudes liées aux nouvelles voies d’immigration permanente
Au Québec, la réforme des programmes d’immigration économique ajoute également à l’incertitude. Le remplacement du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) suscite des préoccupations chez plusieurs employeurs.
Certains travailleurs étrangers pourraient en effet se retrouver sans voie claire vers la résidence permanente, ce qui fragilise leur maintien dans des secteurs essentiels, notamment dans le domaine de la santé.
Des régions qui se mobilisent
Dans certaines régions, les élus et les acteurs économiques tirent déjà la sonnette d’alarme. C’est le cas dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges, où les entreprises et les municipalités craignent une aggravation de la pénurie de main-d’œuvre.
La situation est d’autant plus préoccupante que la région se prépare à l’ouverture d’un nouvel hôpital. Les autorités locales estiment qu’environ 10 000 nouveaux emplois seront nécessaires d’ici 2030 pour assurer le fonctionnement de l’établissement et soutenir la croissance économique locale.
Face à ces défis, plusieurs organisations demandent aux gouvernements fédéral et provincial de clarifier rapidement leurs intentions. Pour les entreprises comme pour les travailleurs étrangers déjà installés au Canada, les prochains mois pourraient être déterminants.
Source : Journal de Montréal


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