Longtemps porte d’entrée quasi exclusive de l’immigration au Québec, Montréal voit aujourd’hui son attractivité relative s’éroder. Les plus récentes estimations démographiques de Statistique Canada, publiées le 14 janvier, confirment un changement de cap majeur : les nouveaux immigrants sont désormais beaucoup plus nombreux à s’établir en région, parfois dès leur arrivée.
Entre 2020 et 2025, la part des immigrants qui ont choisi la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal est passée de 83,1 % à 65,3 %. Une chute marquée qui profite directement aux autres régions du Québec, grandes et petites, et qui traduit une transformation durable des choix d’établissement des nouveaux arrivants.
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Québec en tête du mouvement
La RMR de Québec apparaît comme la grande gagnante de cette redistribution. En l’espace de cinq ans, sa part de nouveaux immigrants a plus que doublé, passant de 6,7 % à 14,7 %. Une progression spectaculaire qui confirme l’attractivité croissante de la capitale nationale, tant pour les travailleurs qualifiés que pour les familles en quête d’un meilleur équilibre entre qualité de vie et possibilités d’emploi.
Mais le phénomène ne se limite pas aux grandes villes. Les agglomérations de recensement — des centres urbains comptant entre 10 000 et 100 000 habitants — ainsi que les territoires situés hors des RMR et des AR enregistrent eux aussi une hausse de leur part de l’immigration. Les régions ne sont plus un simple plan B : elles deviennent un choix assumé.
Un ralentissement démographique généralisé
Ce déplacement survient dans un contexte de ralentissement marqué de la croissance démographique des grandes métropoles canadiennes. Entre le 1er juillet 2024 et le 1er juillet 2025, la population des 41 RMR du pays n’a progressé que de 1 %, après une année exceptionnelle à 3,5 %.
À Montréal, la croissance s’est limitée à 0,5 %, soit 22 900 personnes supplémentaires. La métropole demeure la deuxième RMR en croissance absolue au Canada, derrière Toronto, mais le contraste avec les années précédentes est frappant. Ce frein s’explique surtout par la forte diminution du nombre de résidents temporaires.
Moins d’étudiants et de travailleurs temporaires
Statistique Canada attribue ce ralentissement aux changements apportés aux politiques fédérales en immigration depuis 2024, notamment le plafonnement des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires. Résultat : l’immigration permanente est redevenue le principal moteur de la croissance démographique dans la majorité des grandes régions urbaines au cours des 12 mois se terminant le 1er juillet 2025.
Parallèlement, les migrations à l’intérieur d’une même province jouent un rôle de plus en plus important, particulièrement au Québec et en Ontario. Les migrations interprovinciales demeurent toutefois négatives pour le Québec, avec un solde de -12 733 personnes.
Le taux d’urbanisation plafonne
Malgré ces mouvements, la proportion de Canadiens vivant en milieu urbain reste stable à 74,8 %. Une stagnation inédite.
« C’est la première fois que le taux d’urbanisation du Canada n’a pas augmenté d’une année à l’autre depuis au moins 2001-2002 », souligne Statistique Canada.
Quand la région devient un choix dès l’arrivée
Derrière les statistiques, des parcours concrets illustrent cette nouvelle réalité. Recrutée en France comme infirmière clinicienne, Stéphanie Maisonneuve a fait le choix délibéré de s’installer dans les Laurentides, à Saint-Hippolyte, plutôt qu’à Montréal.
« J’ai accepté l’offre du CISSS des Laurentides parce que nous voulions vivre hors de la ville, dans la campagne », explique-t-elle.
Travaillant à Saint-Jérôme, elle fait partie de ces immigrants recrutés pour répondre aux besoins criants des services publics en région. Comme beaucoup d’autres, son projet de résidence permanente a toutefois été fragilisé par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre dernier.
Son témoignage reflète une tendance de fond : les régions ne sont plus seulement des lieux d’installation secondaire, mais des destinations choisies dès le départ.
Une tendance appelée à s’amplifier
Le phénomène dépasse largement le Québec. En Ontario, la part des nouveaux immigrants s’installant dans la RMR de Toronto est passée de 76,1 % à 60,5 % en cinq ans, au profit notamment d’Ottawa–Gatineau et des régions hors des grands centres.
Dans un contexte de plafonnement des résidents temporaires et de resserrement des politiques migratoires, Statistique Canada n’exclut pas que certaines grandes métropoles connaissent une croissance démographique négative à moyen terme.
À l’inverse, les régions pourraient continuer de tirer leur épingle du jeu — à une condition essentielle : réussir non seulement à attirer les nouveaux arrivants, mais surtout à les retenir.
Source : La Presse


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