Le gouvernement du Nouveau-Brunswick amorce un virage important dans sa gestion de l’immigration économique en mettant fin au traitement des demandes selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Dorénavant, les candidatures de travailleurs étrangers seront analysées et sélectionnées en fonction des besoins prioritaires du marché du travail provincial. Ce changement marque une transformation significative de l’approche adoptée jusqu’ici et vise à mieux arrimer l’immigration aux réalités économiques actuelles de la province.
Cette réforme touche directement le Programme d’immigration au Canada atlantique (PICA), un programme qui permet aux employeurs désignés d’embaucher des travailleurs étrangers et de les accompagner vers la résidence permanente. Depuis le 3 février, les candidats qui déposent une demande ne sont plus traités automatiquement selon l’ordre de réception. Leur dossier est plutôt versé dans un bassin de candidatures et examiné de façon périodique, généralement chaque mois, en fonction des priorités établies par la province. Ce mécanisme introduit une logique de sélection comparative, où les profils correspondant le mieux aux besoins identifiés seront choisis en premier.
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Même si c’est Ottawa qui fixe le nombre total de travailleurs étrangers que chaque province peut accueillir annuellement, le choix des secteurs prioritaires relève du gouvernement provincial. Pour l’année en cours, le Nouveau-Brunswick a décidé de concentrer ses efforts sur trois domaines jugés stratégiques : la santé, l’éducation et la construction. Ces secteurs sont confrontés à des pénuries persistantes et jouent un rôle clé dans le maintien des services essentiels et dans la croissance économique. À l’inverse, les demandes visant des emplois dans la restauration et l’hébergement ne seront plus considérées dans le cadre du programme, une décision qui risque d’avoir des répercussions importantes pour ces industries déjà fragilisées par les difficultés de recrutement.
Selon le ministre responsable de l’Immigration, Jean-Claude D’Amours, ces choix ont été faits à contrecœur, mais ils s’imposent dans le contexte actuel. La province doit composer avec une réduction significative des seuils d’immigration décidée par le gouvernement fédéral. Alors qu’elle pouvait accueillir environ 5 500 travailleurs étrangers en 2024, ce nombre est ramené à environ 3 200 cette année. Cette diminution force la province à établir des priorités claires et à sélectionner les candidats susceptibles de répondre le plus efficacement aux besoins immédiats du marché du travail. Le ministre soutient par ailleurs que chaque province possède des réalités économiques distinctes et que les politiques nationales ne peuvent être appliquées uniformément sans tenir compte des spécificités régionales.
L’introduction du bassin de candidatures entraîne également un changement majeur pour les travailleurs étrangers. Une demande demeurera valide pendant une période maximale de 365 jours. Si elle n’est pas sélectionnée dans ce délai, elle expirera automatiquement et le candidat devra recommencer l’ensemble du processus. Cette mesure vise à maintenir un bassin actif et à éviter l’accumulation de dossiers en attente pendant de longues périodes, mais elle accentue aussi l’incertitude pour les candidats qui espèrent obtenir une sélection et planifier leur avenir au Canada.
D’après l’avocate spécialisée en immigration Nicole Druckman, le PICA figurait jusqu’ici parmi les programmes les plus accessibles pour obtenir la résidence permanente une fois établi au Nouveau-Brunswick. Les délais pouvaient autrefois être relativement courts, parfois autour de six mois. Toutefois, au cours des dernières années, les temps de traitement se sont allongés de manière importante et l’instauration d’un système par bassin pourrait rendre le parcours encore plus complexe pour certains travailleurs et employeurs. Elle note que si ces ajustements compliquent les démarches, ils répondent aussi à un besoin de mieux encadrer le programme, notamment pour limiter les risques de fraude et pour éviter que des candidats utilisent la province comme simple tremplin vers d’autres régions du pays.
Dans ce contexte de resserrement, Immigration NB a également annoncé la suspension temporaire, pour 2026, des nouvelles demandes de désignation d’employeurs. Or, la désignation est une condition essentielle du programme, puisqu’elle permet à un employeur d’appuyer officiellement un travailleur étranger et de l’accompagner dans son intégration professionnelle, communautaire et dans ses démarches vers la résidence permanente. Cette suspension pourrait freiner certains projets de recrutement à court terme, en attendant que la province ajuste sa capacité de traitement et clarifie ses priorités.
Ces changements s’inscrivent dans un contexte démographique préoccupant pour le Nouveau-Brunswick. La province fait face à un vieillissement accéléré de sa population et à une baisse du taux de natalité, ce qui réduit progressivement la main-d’œuvre disponible. L’immigration est donc perçue comme un levier essentiel pour soutenir les services publics, maintenir la vitalité des régions et assurer la croissance économique. Le défi pour le gouvernement sera désormais de concilier des quotas fédéraux plus restreints avec des besoins économiques bien réels, tout en maintenant la confiance des employeurs et des travailleurs étrangers qui voient dans le Nouveau-Brunswick une terre d’accueil et d’opportunités.
Source : Radio-Canada


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