par Scrogn le 30/5/2007
Un an après notre retour/immigration (deuxième partie): réponse à ta (tes) chanson(s), écrite à deux mains et demi
(Deux mains et demi ??? Eh ! Oh ! Puisque c'est comme ça, je vais intervenir, comme d'habitude en italique, mon Guinness ! Signé : Ta Scrogn )
Pour les rares qui ne l'auraient pas lu, cette chronique fait suite à la dernière de ma douce moitié.
Panache blanc, panache blanc, c'est vite dit ! Je suis là, en plein aéroport Dorval,(Bon, là c'est de ma faute... Mais sache qu'il semblerait qu'on appelle cet endroit tout plein d'avions : Aéroport Pierre Elliot Trudeau ou “Aréoport Ti-Pet”) à pousser nos 200 kg de bagages (et moi,tout le reste), mon visa validé en poche, mais je n'en mène pas large. Il y a deux jours encore, j'avais un CDI dans une grosse boîte bleue informatique, nous avions une grande maison avec un immense jardin, une magnifique voiture . Non, là, je plaisante. Une Ford Mondeo Turbo Diesel, n'a jamais fait rêver personne.
Et en ce jour, nous avons parcouru plus de 5 000 km. Je n'ai pas de travail et nous allons nous entasser joyeusement dans un logement trois fois plus petit que celui que nous venons de quitter (donc, trois fois moins de ménage). Génial ! Dans quelle galère nous ai-je embarqués, toi, nos deux affreux et demi, et moi... Ben, je suis largement responsable itou !
Revenons un peu en arrière (juste 7 ans, mais promis cela ne sera pas long). Le Québec nous titillait déjà. Tu y avais passé plus de 14 ans, et j'ai toujours voulu vivre une expérience à l'étranger, sans jamais penser avoir le courage de sauter le pas. En plus, nous ne sommes pas vraiment prêts. Tu avais peur de ne pas retrouver le pays que tu avais connu et peur d'en retomber amoureuse si nous y allions en voyage (qui a dit que c'est compliqué une femme ? ). Tandis que moi, une opportunité à Bordeaux me permet d'éviter le grand saut dans le vide.
Durant 4-5ans, le Québec n'est plus qu'un vieux projet qui ne verra jamais le jour. Notre vie se construisait : bébé, maison, re-bébé, amis, (et la Ford Mondeo ?) ... Mais la France nous faisait mal : point de salut hors de la “K-pitale” pour évoluer professionnellement, salaire en berne, un peu de ci, beaucoup de ça, chialage incessant. En bref, un vieux projet refait surface : il faut que l'on parte au Québec. Ici nous allons devenir aigris et chialeux (enfin... encore plus aigris et chialeux).
Tu le sais, chez moi, c'est de prendre la décision qui est le plus long, mais une fois que cela est fait, rien ne me fera dévier de mon (notre) objectif. Pouhahahaha !!! Non... Excuse-moi... Continue.
Les choses se mettent en place. Tu préfères que je fasse une demande de résidence permanente plutôt que de me parrainer. Cela te prouvera que je veux vraiment partir. De mon côté, cela me rassure en quelque sorte. Le Québec validera le fait que je vais pouvoir m'intégrer.
Bon, je ne vais pas m'égarer dans tous les détails de l'immigration que la plupart d'entre vous connaissent et qui n'en sont que la partie « facile » d'une telle aventure.
Passons directement (sans passer par la case « Départ », et sans toucher vingt milles dollars) de l'autre côté de la petite flaque atlantique, plus précisément du point de vue de l'intégration. Tu m'as à maintes reprises demandé comment elle se passait. Ma réponse a été invariable : « je n'en ai aucune idée !!! ». Je n'ai pas eu l'impression de m'intégrer ou de devoir m'intégrer, tout s'est fait naturellement. Dès le premier jour, Montréal a été ma ville, sans la connaître. Comme si nous nous étions adopté mutuellement. Il en a été de même avec les montréalais qui ont bien toléré mon accent du “Plato” et mon humour à deux euros ( Primo, nous sommes icitte, faque les euros, on oublie. Deuxio, ton humour me semble pas mal trop payé). Quelquefois, en réalisant que nous étions à Montréal, loin du pays qui m'a vu grandir, j'ai eu une étrange sensation de chute libre intérieure (voleur d'images débiles ! Ça vient de moé c't'affaire !), quelque chose de vraiment bizarre et angoissant, mais bon, cela ne durait que quelques dizaines de secondes.
Bien sûr, un des éléments fondamentaux de l'intégration réside dans le travail. Mais avant cela, nous avions un adorable affreux/bébé à pondre (enfin, pour la ponte, c'est surtout ta job - Mets-en !). Et, pour fêter dignement notre un mois de retour/arrivée à Montréal, il s'est décidé (enfin ! ) à montrer le bout de son nez (et le reste tant qu'il y était), nous reléguant par la même occasion dans le salon de notre logement. Ah, ce mois et demi passé avec le matelas au milieu du salon ! Un souvenir féérique...
Revenons à nos moutons, enfin plutôt à ma job... Enfin, celle que je dois trouver... Enfin, celle que je vais trouver... Enfin, tu vois ce que je veux dire. Mon statut d'ingénieur dans une grosse société bleue en France m'avait permis d'entrer en contact avec un recruteur de cette même boîte icitte. D'ailleurs, la tête qu'il avait fait lorsque je lui ai dit au téléphone (Oui ! Moi, je vois la tête des gens au téléphone, et alors ? Arrête un peu de me couper ! Mais je n'ai rien dit là ! Je me contente de savourer !) que j'allais venir le voir en décembre, quelques mois avant notre arrivée (onze milles kilomètres pour un rendez-vous d'une heure ?!? Je te reconnais bien là, grand fou !). Mais bon, ce n'était en aucun cas la garantie d'un emploi...
Et cela se confirma. Durant un mois et demi, les envois de CV et les entrevues (dont six dans la grosse boîte bleue) se sont succédés sans succès. Jusqu'à cet appel du recruteur que je tannais depuis bientôt neuf mois (j'appris un peu plus tard qu'il avait tout fait pour me trouver un poste) qui niaisa si longtemps sur la question salariale, à tel point que tu pensais qu'il allait me proposer un salaire indigent. Bon... Vingt pour cent de plus qu'en France, c'est pas pire, surtout pour un poste avec des responsabilités moindres.
Mais là, aucune inquiétude (enfin si, mais infondée comme je l'ai vite appris), les discussions avec ton géniteur (mon pôpa !) m'avaient bien préparé (entres autres) à l'évolution professionnelle à la québécoise. Et je ne fus pas déçu : en moins de un an, je suis passé d'assistant chef de projet, à chef de projet sur des projets de quelques dizaines de milliers dollars (un mois après), à des projets de plusieurs millions de dollars aujourd'hui. Même, si on est prévenu, cela fait drôle, en tout cas un sacré changement par rapport à la France. Bien sûr, et tu le sais, toi qui supportes trop souvent mes soirées à travailler à tes cotés, cela ne va pas sans quelques inconvénients et on a vite fait de se retrouver avec pas mal de travail. Et non, nous ne sommes pas au pays des Teletubbies (d'ailleurs, si j'ai bien repéré le chien baveur et chat miauleur à la maison, aucune trace de Dipsy, ni de Dinky-Winky, ni même de Lala, si tu les caches, tu le fais à merveille - Euh... Il t'en manque un...).
Par contre, la notion "travailler plus pour gagner plus" qui, dans notre mère patrie fait lever le coeur (et le poing) de tout syndicaliste normalement constitué, est ici une réalité (en tout cas, où je travaille, et jusqu'à un certain échelon), ce qui, avoue-le, nous arrange bien pour nos multiples projets d'aménagement de notre maison.
Ah! Cette maison (je suis en super forme pour les transitions aujourd'hui) ! Je me souviens du soir de février 2006 où tu me l'as montrée en photos sur le web. Elle t'avait plu mais tu n'osais pas me le dire, persuadée que ce ne serait pas le cas pour moi : raté ! Mais, nous étions encore à deux mois du grand départ, et sans source de revenu à notre arrivée...
Lorsque j'ai trouvé du travail, nous avons immédiatement planifié une journée de visites de maison, (pour le fun) en commençant par celle-là (par chance, elle était encore en vente). Une très mauvaise idée. Nous n'avons même pas vraiment vu les autres, juste parcouru. Mais celle qui nous plaisait depuis tant de semaine... Hélas! La vente de notre vieux coup de coeur se faisait le soir même. En rentrant, l'âme en peine, dans notre petit duplex du Mile-End, le coup de folie a pris le pas sur le coup de coeur : nous faisons une offre ! Te rappelles-tu l'après-midi qui a suivi ? « De toutes façon, c'est trop tard, elle est quasiment vendue », « Ben, au moins, on aura essayé ». Et l'appel de notre agent immobilier le soir même : « cela vous dérange d'acheter d'ici quatre semaines ? » - « Glups ! Ben, euh, on peut acheter une maison en 4 semaines ? » - « Oui, bien sûr » - « Ben, tu as ta réponse alors ! ».
Pour résumer, après à peine un mois et demi de notre retour/arrivée ici, nous avions déjà des revenus supérieurs à ceux que l'on avait en France et une maison encore plus belle !!!
Bon, je vais m'arrêter là, je n'ai vraiment pas ton talent épistolaire et je vais éviter de te faire perdre trop de lecteurs pour ta prochaine chronique (je pense, au contraire que tu as raté l'une de tes vocations... Mais je n'ai pas corrigé toutes tes fautes ni toutes les miennes...)
Je t'aime et je ne te remercierai jamais assez de nous avoir donné le courage de changer de vie.(promis, cette phrase restera entre nous, mon amour !) Ici, nous avons trouvé notre place et personne ne nous en délogera (Comme lors de notre rencontre, je te demanderai d'attendre un peu avant de t'engager... Oups ! Ça fait dix ans que nous sommes mariés ...) !