par Bouh le 2/12/2005
Sacrafaïce !! Déjà 1 an....
7 novembre 2005.... Ce même jour, 1 an auparavant, j'arrivais au Québec. Cette réflexion me tourne dans la tête pendant que j'attends sagement ma pizza 4 fromages, assise à la terrasse d'un restaurant parisien. J'essaye vainement de ressentir une émotion quelconque en pensant à cette date anniversaire. Allez Bouh, un p'tit d'effort ! ‘stie ! Ben non. Ca vient pas. Je ne garde finalement de ce moment qu'un lointain souvenir. Bien sûr, je me souviens des détails pratiques du voyage, de l'arrivée à l'aéroport, ainsi que de l'accueil chaleureux des amis qui étaient venus à ma rencontre. Mais c'est en vain que j'y cherche une signification emblématique, une expression symbolique. Pourtant, pour beaucoup d'immigrants, le jour de leur arrivée au Québec restera à jamais gravé dans leur mémoire comme celui du changement, de la joie, du soulagement, de la fin de l'attente du visa, des retrouvailles avec l'être aimé ou que sais-je.... Alors pourquoi n'est-ce pas mon cas ? Au bout de quelques minutes de réflexion, j'entraperçois enfin une explication : ce jour là, finalement, mon existence n'a pas basculé, et aucune page n'a été définitivement tournée.... Je ne fuyais rien, je ne recommençais pas ma vie, mais je la poursuivais tout simplement... Je n'avais pas de pression, pas d'objectifs, pas d'attente particulière, pas de préjugés. Je connaissais déjà le pays et ses habitants avant de venir y habiter. Pour moi donc, point de traumatiques chocs culturels.... Je connaissais déjà plusieurs personnes. Pour moi donc, point de tissu social à reconstituer. Je connaissais déjà la région qui allait m'accueillir. Pour moi donc, pas de déconvenues pratico-pratiques. Mais où est l'aventure, allez-vous vous indigner ? Et bien je vais vous confier un secret : Ce sont les autres qui l'ont inventée.... Pas moi. Ce sont les autres qui m'ont regardée avec cet oeil tantôt envieux, tantôt craintif, tantôt admiratif, tantôt dérouté. Ce sont les autres qui ont imaginé que je partais en exil, que j'allais abandonner ma famille, mes amis, ma petite vie tranquille et sécuritaire, et que pour faire tout cela, il fallait être fou, ou bien excessivement courageux. Et ce sont eux qui ont inventé ce mot pour désigner tout ce qui leur fait peur : l'aventure....
Ceci m'amène à vous conter une discussion que j'ai eue un jour avec mon ami Fabrice, immigrant français lui aussi. Pour lui, une immigration doit être mûrement réfléchie, longtemps préparée, et quand on a enfin sauté le pas, il ne peut être question de retour.... Les liens existants avec notre pays d'origine doivent être progressivement coupés, et c'est d'ailleurs le seul que je connaisse qui n'a pas allongé la liste des choses que je devais ramener de France. A sa solennité et son engagement, j'oppose la simplicité et le dépouillement. Bien sûr, on ne part pas sur un coup de tête (encore que....), mais pourquoi se mettre des freins, des barrières, des bâtons dans les roues ? Pourquoi ne pas dire : tiens, j'ai envie de faire ça ! Et si ça ne marche pas ? Ben on verra à ce moment là.... Pourquoi ne pas essayer de vivre ses rêves, la vie est si courte ! Pourquoi se raccrocher au conformisme et à la sécurité, si c'est pour se répéter chaque jour qu'on regrette de n'avoir pas fait telle ou telle chose ? Le prêt pour la maison ? Ben il sera payé lors de la revente. Le travail ? Ben on est pas manchot, on arrivera bien à trouver quelque chose. Les enfants ? Ben ça leur donnera de l'expérience et ça leur forgera le caractère. La famille ? Ben elle achètera des billets d'avion, et viendra découvrir un coin du monde qu'elle ne connaissait que par l'intermédiaire des livres. Quelle meilleure école de la vie ? On se remet en question, on se bouge le c...., on avance, on cherche, on découvre, on apprend.... On vit quoi ! Sacrafaïce !! Et si ça ne marche vraiment pas ? Ben on rentrera, avec des souvenirs plein la tête, et la satisfaction d'avoir au moins essayé....
Alors voilà.... Ce jour là, devant ma pizza 4 fromages, assise à la terrasse d'un restaurant parisien, j'ai enfin compris pourquoi ce fameux jour ne représentait finalement pour moi qu'une simple étape de ma vie dont je ne connais pas encore la durée. Je suis juste partie pour continuer à vivre, pour réaliser l'une de mes envies pressantes. Avant que je parte pour le Québec, ma mère m'a dit : « ça fait drôle de savoir que demain, tu vas partir pour toujours.... » Je l'ai regardée, étonnée, et je lui ai dit « Ah Bon ? Mais comment sais-tu que je vais partir pour toujours ? Moi-même, je ne le sais pas.... »
Mais ce que je sais maintenant, c'est que l'état d'esprit dans lequel je suis parti m'a ouvert bien des portes ici. Je n'attendais rien, on m'a tout donné. Je ne connaissais rien, on m'a tout appris. En toute simplicité, en toute inconscience.
Cette première année au Québec est passée si vite, et pourtant, j'ai l'impression d'être ici depuis plusieurs années déjà. Je me suis très bien habituée à mon nouvel environnement, et je n'envisage pas pour le moment de le quitter car j'ai trop de choses à y découvrir et à y accomplir. J'ai trouvé ici le bonheur que bien des gens espèrent sans jamais pouvoir l'atteindre, car ils restent suspendus au dessus du gouffre, en essayant d'attraper d'une main le fruit de leurs rêves, sans vouloir lâcher de l'autre la branche de l'arbre puissamment enraciné du conformisme. Moi, j'ai sauté. Et s'il le faut, je ressauterai encore, en sens inverse.... Ou ailleurs.
Quel étrange bilan, n'est-ce pas ? Vous devez sans doute être déçus.... Je n'ai même pas élaboré de tableau, avec les « pour » et les « contre ». De toute façon, si vous avez lu mes chroniques, vous les connaissez déjà. Cependant, il y a une chose.... Une dernière chose dont je veux vous parler.... Je ne m'en suis pas rendu compte tout se suite, car cela le changement s'est produit insidieusement.... Mais si je ne devais retenir qu'une seule chose de cette année passée au Québec, ce serait celle-ci : les gens d'ici m'ont permis de me réconcilier avec la civilisation. Vous ne le savez sans doute pas, mais après 6 années passées à Paris, j'étais devenue quasiment névrosée. On ne pouvait plus m'aborder dans la rue sans que je sursaute. J'étais tétanisée à la vue d'un simple clochard qui s'avançait vers moi, je ne regardais plus les gens qui m'entouraient, j'en avais peur. Prise dans la foule parisienne aux heures de pointe, je m'accrochais désespérément au bras de mon copain comme à une bouée.
J'ai commencé ma thérapie sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, et je l'ai poursuivie ici, au Québec, au milieu de gens accueillants, chaleureux, simples et ouverts. J'ai réappris à dire bonjour, à m'intéresser aux personnes qui m'entourent, à engager une conversation, à aider des inconnus qui cherchent leur chemin... En quelque sorte, j'ai l'impression de redevenir plus humaine.... Voilà en quelques mots mon petit bilan de cette première année au Québec...
Inutile je crois de vous parler des trois semaines que j'ai passées en France. Encore une fois, je n'ai pas ressenti de choc culturel important. Je n'avais oublié qu'une chose : le nombre de crottes de chien sur les trottoirs.... Je me suis re-glissée dans mon « ancienne » vie aussi facilement que je me suis glissée dans ma « nouvelle ». Je dois être une sorte de caméléon, et c'est tant mieux. J'ai couru pendant toutes les vacances, mon planning bien chargé à la main, pour être sûre de n'oublier rien ni personne. J'ai retrouvé avec joie et sans nostalgie les lieux chers à mon enfance et à ma vie parisienne (qui ne m'est chère que depuis que je l'ai quittée).... J'ai retrouvé avec un immense plaisir ma famille et mes amis, j'ai raconté ma vie, ils m'ont raconté la leur. Je n'ai pas senti que nos destinées se séparaient tant que ça. Finalement, avec les progrès de la technologie, il est toujours possible de rester en contact et de ne pas trop perdre le fil. Et de toute façon, les vrais amis sont ceux à qui vous ne donnez jamais de nouvelles (et de qui vous n'en recevez jamais), mais avec qui vous arrivez malgré tout à reprendre votre amitié là où vous l'aviez laissée la dernière fois. Et finalement, au bout de trois semaines, j'ai re-rempli ma valise, et après le traditionnel et inévitable petit pincement au cœur, j'ai repris mon avion pour rentrer chez moi.
Mais attention, ne vous méprenez pas sur ce que je viens d'écrire. Je ne prétends pas non plus que tout soit simple, et que rien n'a jamais été difficile. D'ailleurs, lorsque je suis rentrée chez moi, alors que tout semblait si confortable, une boule d'angoisse s'est formée dans mon estomac. J'avais quitté mon job depuis 3 semaines, et j'avais appris que pendant mon absence, l'une de mes collègues avait été virée du jour au lendemain. J'ai soudain pris conscience de la précarité des choses, surtout dans le monde du travail. Du coup, j'ai eu peur d'avoir été virée moi aussi, et que rien ne soit plus comme je l'avais quitté. Quant au journal, me reprendrait-il aussi ? Et mes chevaux ? Aurais-je assez de temps pour les former à l'attelage avant l'hiver ? Dès le lundi suivant, j'ai été rassurée sur mon sort. Mais je peux vous dire que sur le coup, c'est vraiment flippant. D'un autre côté, c'est aussi ce qui donne du piment à la vie, ce qui la rend digne d'être vécue.
Alors voilà. J'ai à présent entamé ma deuxième année de vie au Québec, et par la même occasion mon second hiver. J'attends l'apparition de la neige avec impatience. Je cherche désespérément une idée originale pour l'échange de cadeau qui va avoir lieu pendant le party de noël de mon entreprise. A propos, connaissez-vous ce procédé ? J'ai dans l'idée que cette tradition vient de la taille des familles québécoises. Lorsque vous vous retrouvez pour le party de noël familial en compagnie de vos 52 cousins-cousines, il est impensable d'avoir une petite attention pour chacun. Alors le principe est simple, vous n'achetez qu'un seul cadeau, vous le placez sous le sapin avec tous les autres, et chaque convive en choisit un au hasard (ou bien il y a tirage au sort). A la fin de la soirée, chacun repartira donc avec un petit quelque-chose, sans forcément savoir de qui cela provient. Le coût du cadeau est en général plus ou moins fixé à l'avance, et des règles amusantes viennent parfois pimenter l'affaire. Par exemple, il est possible de vous faire voler votre cadeau par quelqu'un, et de vous retrouver avec un autre paquet à la place. Ou alors, comme c'est le cas pour moi cette année, mon cadeau doit coûter environ 15 $, et doit être bleu et mou.... Intéressant non ? Vous comprendrez maintenant pourquoi je me creuse la tête. Sachant qu'en plus, le cadeau doit généralement être unisexe, et original de préférence. Bon, ben sur ce, à plus tard, il faut que je retourne magasiner !! Et à bientôt pour une prochaine chronique de noël !!