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Pourquoi j’ai immigré… (je m’en...

Pourquoi j'ai immigré.... (je m'en souviens plus).

Quand elle s'est approchée de moi en cette pluvieuse soirée de décembre pour me demander du feu, je lui ai filé une « North Pole » et me suis dit: c'est elle et pas une autre! On va tout de suite vivre ensemble, se marier, faire des enfants et avoir un labrador jaune.
« Et puis partir loin d'ici.
- Où ça?
- Euh.... Au Canada!?
- Bonne idée! »
... Ensuite, j'ai dit : « tu sais quoi, ça tombe bien, c'est exactement là que je pensais aller aussi. C'est quoi ton nom?
- Manu. »

Bon j'avoue, si elle avait répondu en Guadeloupe ce jour-là, je serais peut-être chroniqueur sur immigrerdanslesîles.com et sa mère plus détendue pendant l'hiver.

Mais quand même, l'idée me plaisait beaucoup.... d'autant plus que je connaissais vachement bien le Canada : j'avais vu un film génial avec Sidney Poitiers et Tom Berenger qui se passait dans les Rocheuses, avec une haletante poursuite dans Vancouver à la fin et j'avais lu « Croc-blanc » et « L'appel de la forêt » à l'école.
Quand Dieu créa le monde, Il commença par le Canada : un pays gigantesque et discret entre deux océans qu'Il peignit de toutes les couleurs, avec des lacs aux eaux turquoises, des prairies, des montagnes et des forêts, Il le peupla de bûcherons sympathiques qui habitent des maisonnettes en bois, et plein d'espace partout autour pour faire courir son chien. Son œuvre terminée, il restait une place pour un tout petit pays, mais hélas Il réalisa qu'Il n'avait plus de peinture, Il posa alors son pinceau délavé sur ce qui allait devenir la Belgique : le plat pourri qui était le mien. Comme je trouvais ça pas très équitable, j'ai voulu changer.
Je savais aussi qu'au Canada, il y avait 3 villes (Montréal, Toronto et Vancouver), et peut-être même d'autres.... Le temps de vérifier sur la carte, puis d'écouter plusieurs fois d'affilée le film « shoot to kill » pour s'assurer de notre choix, et l'on courut d'un pas alerte s'inscrire à l'immigration.

On n'a pas trouvé tout de suite où c'était. À l'époque Internet n'existait pas, en tout cas pas chez nous.... et quelques années paisibles s'écoulèrent avant que nous puissions recueillir quelques renseignements valables sur les démarches à suivre, combien ça allait coûter et comment s'y prendre pour ne pas échouer. Et puis, comme nous étions très jeunes, il fallut grandir encore un peu d'abord et trouver des sous. L'année suivante, on acheta déjà le chien qui devait nous accompagner, puis progressivement Internet apparut et permit de partir à la quête de bûcherons sympathiques, de travail potentiel et d'informations diverses. Ensuite deux longues années suivirent entrecoupées de voyages de prospection et de découverte du Québec, puisque c'est là qu'on nous disait d'aller. Un véritable coup de foudre! Et la certitude qu'on ne voulait plus vivre ailleurs, sauf peut-être là bas, loin dans cet Ouest qui me fascinait.
Bref, les raisons qui font qu'on se retrouve au Yukon aujourd'hui sont un peu une compilation de choix, de hasards provoqués, de chance gagnée, et de rêves à combler. Tout est encore bien mieux qu'on se l'imaginait. Certains prédisaient qu'on allait tout perdre, on a tout gagné. Et désormais, rien ne nous décrochera d'ici....

Voilà.... cette histoire serait malgré tout un peu tristounette si elle s'arrêtait ici.... mais au contraire, avec l'arrivée d'un enfant tout prend enfin un sens et l'aventure commence véritablement. Bon là, par contre, je suis un peu jaloux, car en ce moment, il ne se passe rien pour moi et tout pour elle. C'est elle qui a le bébé dans le ventre, qui sent les trucs physiques dans son corps. C'est elle qui va accoucher. C'est elle qui va l'allaiter. Moi, entre les visites de contrôle chez le médecin, je reste planté là, à la regarder ou à lui caresser le ventre, en essayant de rien briser.... Pour me rassurer, elle dit toujours qu'« on est enceinte », que c'est pas elle toute seule, mais moi je sais que non, et ça me vexe un peu parce que depuis quelques mois, j'ai pris pas mal de bedaine par solidarité. Alors je la prends au mot, j'ai commencé l'Aqua fit à la piscine avec les autres femmes, je prends mon calcium, je m'entraîne à dormir 3 heures par nuit et je participe à tous les repas et réunions healthy mums, healthy babies.

Deux fois par semaine, les couples se rassemblent au Whitehorse Public Health center pour les cours prénataux. Toutes les femmes doivent être accompagnées de leur « coach ». Un peu comme le musher de son handler. C'est excitant. Ça me rappelle la préparation à mon premier saut en parachute. On compare un peu ses bedons, j'ai appris différentes techniques de respiration, je connais maintenant en théorie le déroulement d'un accouchement de A à Z.... je suis paré pour la pratique, reste que j'ai un peu le trac. La semaine prochaine, je commence à préparer le sac de maternité....

Certains couples décident d'accoucher à la maison, avec une sage-femme. Mais ici, la plupart préfèrent l'hôpital surtout parce que, d'après les patients et le personnel, il est réputé comme l'un des meilleur du pays, avec un service de maternité où l'on est, paraît-il, traité aux petits oignons du début à la fin. On verra.... mardi, on part visiter tout ça avec la gang de la classe.

En tout cas maintenant je dois vous quitter, c'est l'heure de ma séance de relaxation, et puis j'ai cours de tresses. Ben, oui, ça a l'air un peu con à priori, mais je ne sais pas faire les nattes.... alors ma blonde essaye de m'apprendre en me prêtant ses cheveux.

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      • 1953 lectures en date du 1/12/2008