par Curveball le 29/5/2003
Le Mur de la Culture ?
Cela fait bientôt 2 ans que je suis installé au Québec, ou disons plutôt à Montréal la Métropolitaine. Assez rapidement quelque chose m'est apparue, mais je n'ai vraiment réalisé que sur le tard, à partir de l'adolescence de l'intégration. Je reprendrai le titre d'un livre qui date déjà un peu, pour affirmer : « Qui est québécois ? ».
Cet ouvrage traite de l'identité québécoise, sa définition floue, la manière dont des gens d'origines et d'ethnies différentes, mais tous installés au Québec depuis une ou plusieurs générations, voient leur nationalité québécoise.
Peu après l'arrivée en tant que résident, il y a déjà tout un travail de curiosité pour découvrir et absorber une culture qui n'est pas (encore) la notre. Cela va des habitudes quotidiennes, le changement de magasins pour les courses (!), les lieux de sorties etc, l'abandon du Danette pour le Fudge, en passant enfin par les simples références culturelles à des faits, des personnages historiques, des romans ou des films que nous ne connaissont pas. Le moindre Québécois l'a vu durant la fin de son primaire ou son secondaire, mais en arrivant ici, nous sommes peut-être plus démunis qu'un enfant sur ce point là. Côté radio, télé, cinéma, théâtre et show-biz, il faut aussi réapprendre pas mal.
Mais qui sont donc ces nouvelles têtes à la télé, sur la couverture des magasines crét.... pardon kétaines, sur mes paquets de yaourt aux fruits ? Qui sont donc ces autres humoristes que je ne connais pas. Vaste programme d'ingurgiter en accéléré (pour ceux qui veulent) ce flot de culture et de confiture de tous les goûts et de toutes les sortes.
Alors que diriez vous d'en avaler un peu plus ? Changeons de chaînes, par exemple, ou rentrons dans une librairie anglophone ou une presse internationale. Jetez un coup d'œil avec moi sur les ouvrages et les magasines, sur la programmation des chaînes anglophones. Ki cé donc ceux-là ? Et bien oui, on recommence à zéro. Qui est donc ce présentateur, cet acteur, ce musicien régional pourtant si connu ? Mystère que je ne peux combler car ce mystère parle anglais, voire espagnol.
Là ou ça se corse, comme le café bien grillé qu'on affectionne ici, c'est dans le métro ou les transports en commun, lorsque je croise nombre de personnes d'ethnies asiatiques, indiennes ou pakistanaises par exemple. Je parviens à détecter parfois un encart publicitaire connu dans des journaux tabloïdes qui ne m'évoquent rien. Leurs représentants culturels, leurs stars d'ici ne m'évoquent rien, je serai incapable de les identifier, de découvrir leurs talents, leurs caractéristiques.
Et pourtant il s'agit là aussi du Québec, de notre Québec. Mais je me rends compte que cette partie là de la réalité m'est grandement inaccessible. Et lorsque j'y pense, je me dis que nos prises de tête sur les détails du québécois occidental moyen ne sont vraiment que des raisons de se disputer pour presque rien, pour une réalité qui n'existe même pas pour des dizaines de milliers d'autres personnes.
Après tout, chacun va se faire sa vision du Québec, en touriste ou une fois installé à résidence. Et nous ne verrons pas et ne vivrons pas les mêmes réalités. Je suis parfois un peu agacé de me dire que toute cette vie culturelle à côté de moi m'est plutôt inaccessible, car le mur pour y accéder est grand à franchir, ne serait-ce que par la barrière de la langue.
De même, on parlait tout récemment sur le forum du parti au pouvoir au Québec. Les structures politiques et gouvernementales sont basées sur le style des institutions anglo-saxones occidentales. L'expression du pouvoir et de l'autorité n'est pas universelle et prend différentes formes selon l'origine ou les racines de la personne, selon son ethnie. Ce type d'institution représente l'expression du pouvoir d'une partie de la population. Mais vu l'accroissement de la diversité au Québec, on peut se demander si elles restent adaptées à une réalité et à des formes culturelles de plus en plus changeantes.