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Discrimination et intégration : regards croisés

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Dans ma quête d’apprentissage de la société Québécoise, de ses valeurs, ses ressorts et ses particularités, je me suis intéressé aux questions de discrimination et d’intégration. Bien sur, mon propre vécu et celui de ma famille depuis notre arrivée au Québec me donnent des repères sur les deux questions mais je pense que cela n’est jamais suffisant pour avoir un point de vue objectif. À ce titre, j’ai vu certains immigrants changer leur regard sur le Québec, en passant d’une extrême à une autre seulement parce que leur situation sociale s’est entretemps transformée, dans un sens ou dans un autre. Aussi, j’ai fait quelques lectures et surtout visionné des documentaires vidéo qui ont certes confirmé l’existence, depuis longtemps, des discriminations dans la société Québécoise mais aussi conforté l’impression que j’ai du Québec, depuis les premiers mois de mon arrivée, et qui est celle d’une société capable de se regarder dans un miroir et se questionner comme lors des débats organisés sur les pratiques d’accommodements.


Les discriminations existent et sous différentes formes … comme partout à travers la planète. En précisant cela, il ne s’agit pas d’atténuer ce qui peut se passer au Québec en arguant que de toute façon il y a pire ailleurs. Il s’agit simplement de se rappeler que le racisme ou les discriminations se ressentent généralement quand on les subit et moins quand on fait preuve soi-même, même involontairement, de racisme ou de discrimination envers les autres. Il m’est arrivé d’entendre des gens - qui ont pu être effectivement victimes de discrimination dans la société québécoise - dire qu’ils s’en allaient à Toronto ou ailleurs parce que les Québécois étaient racistes. S’il faut certes détenir le pouvoir pour discriminer- ce que ne peuvent se permettre les minorités -, il n’en demeure pas moins que de telles réactions sont des préjugés racistes qui ne sont pas plus acceptables que les discriminations même s’il est plus facile de supporter le regard de l’autre que de survivre à des candidatures à des emplois qu’on nous jette à la figure.


La crise ne date pas d’hier


Parfois, on a l’impression que le Québec est entré en grave crise du Vivre ensemble suite aux événements liés aux demandes d’accommodements et que les différentes communautés sont au bord de l’affrontement. Voici quelques phrases parmi d’autres qui illustrent les tensions existantes entre des groupes ethniques dans la société québécoise :


- J’ai beau croire que le Québécois de maintenant, a les yeux bridés, la peau noire et le teint foncé, il y a quand même le Québécois qui était là avant et ça je pense il faut le respecter.


-  Ils arrivent ici et se mettent à 15 familles dans une maison et Ils sont malpropres.


- Il faut qu’ils respectent notre culture, notre langue et le drapeau. Si tu vas dans un autre pays, tu trouveras la culture des gens qui sont là bas depuis longtemps. Au Québec, ça devrait être la même affaire.


-  Toi, tu veux qu’on parle Français alors que toi-même tu ne sais pas le parler.



 On croirait facilement que ces phrases sont toutes sorties des débats souvent intéressants mais parfois houleux de la commission Bouchard-Taylor. Certains propos désigneraient les « Musulmans », groupe dont on a le plus parlé ces dernières années pour souligner son soi-disant refus de s’intégrer dans la société québécoise. Pourtant ces propos, si d’actualité qu’ils puissent paraitre sont tirés d’un reportage fort intéressant de l’ONF intitulé « Xénofolies » et réalisé en 1991 à l’école secondaire Jean-Grou à Rivière-des-Prairies à Montréal. Deux groupes formés, séparément, de jeunes francophones de souche et de jeunes issus de l’immigration italienne, sont confrontés et invités à dire tout haut ce qu’ils pensent de l’autre groupe. D’un coté comme de l’autre, on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère même si au final cette activité a permis de rapprocher les deux groupes. Près de vingt ans après, l’intérêt de ce documentaire réside surtout dans le fait qu’il montre, d’une part, que les inquiétudes de la société québécoise sur son avenir, sur l’avenir de la langue et de la culture francophones ne datent pas de ces dernières années et, d’autre part, que ces préjugés envers « l’autre » ne sont l’apanage d’aucune communauté. Un autre reportage fait, celui-là, dans les années 70 et intitulé « Cousins germains » montre par ailleurs que les immigrants allemands ont eux-aussi vécu en communauté, du moins dans les premières années de leur arrivée au Québec. Autre groupe, les « Latinos » arrivés du Chili, de l’Argentine et du Salvador dans les années 70 et 80 en fuyant la dictature, ont connu également les mêmes difficultés d’intégration que connaissent aujourd’hui les immigrants originaires de la région arabe ou d’Afrique. Des documentaires canadiens et québécois ayant pour thèmes l’intégration des immigrants sont nombreux. Ils témoignent bien sur du difficile dialogue interculturel et interethnique ou de l’insertion pénible des immigrants dans le pays d’accueil mais ils sont aussi révélateurs de la vitalité de la société Québécoise qui respire et sait sortir le méchant qui l’habite parfois.


Belle « Leçon de discrimination »


Après avoir passé de nombreuses heures à visionner plusieurs de ces reportages, mon coup de cœur est allé à « Leçon de discrimination » produit par Radio-Canada en 2006. Cette « leçon » magistrale a été donnée par Annie Leblanc enseignante dans une petite école de Saint-Valérien-de-Milton, en Montérégie, près de Sainte Hyacinthe. Ses élèves de 3e année primaire sont tous issus du même milieu homogène Blanc et qui ne connaissent des Noirs, des Musulmans et autres immigrants que ce que les adultes veulent bien leur raconter. Cela n’empêchera pas notre enseignante de vouloir « sortir en urgence la discrimination de sa classe ». La discrimination, quelque soit sa forme n’y avait pas sa place. Annie Leblanc recourt à une expérience, certes pénible pour ses élèves, mais importante pour leur avenir en s’inspirant d’un cas semblable ayant eu lieu en 1970 aux USA et des conclusions d’études sur les comportements des groupes menées par Henry Tachfel, chercheur et survivant des camps nazis. Selon Techfel, la catégorisation « Eux-Nous » (quels que soient les critères de catégorisation) et l’identification à son propre groupe sont suffisantes pour créer un effet de discrimination. Le critère choisi par Annie Leblanc pour séparer ses élèves : la taille, tout comme la couleur d’une personne, est un caractère sur lequel une personne n’a pas de contrôle. Annie Leblanc a cru bon de dire à ses élèves que ce sont des études scientifiques qui prouvaient que les Petits étaient généralement plus intelligents, plus rapides, plus sages, plus créatifs et supérieurs aux Grands. L’importance de l’argumentaire est de mise : On n’apprend pas à des jeunes enfants Blancs à détester les Noirs si on ne leur dit pas « qu’ils ont tendance à voler » qu’ils sont « méchants »,…etc. Il faut juste voir la réaction de certains élèves qui ont protesté contre cette catégorisation pour comprendre que derrière les préjugés, il y a tout un arsenal d’arguments et surtout de faux arguments qui sont utilisés pour créer une situation de discrimination. Malgré des protestations, l’expérience a fonctionné sur les élèves. Ceux qui mesuraient plus d’1m34 ont intériorisé l’idée qu’ils puissent être moins intelligents que ceux qui mesuraient moins.  « Leçon de discrimination » a fait souffrir des petits anges pendant 24 heures mais le jeu en valait la chandelle. Elle a au moins préparé ces enfants à vivre dans des contextes de diversités ethniques et culturelles et montré aux adultes la capacité d’influence des discours qu’ils peuvent tenir devant les enfants.


Au final, quoi de mieux que de paraphraser ce petit bout de chou qu’est Sabrina, pourtant favorisée au départ de cette expérience : « je ne veux pas de ces privilèges, c’est correct comme je suis ». Comme une petite flamme qui éclaire, une enfant de 7 ans a compris à sa façon qu’un peuple qui discrimine d’autres groupes ne peut être un peuple libre. La leçon d’Annie Leblanc est le genre de choses qui améliore en tout cas le regard que l’on peut porter sur une société.


2191 lectures | 18 commentaires | Ajouter un commentaire

posté par bencoudonc, le 06-05-2009 à 15:30Comme d'habitude, une chronique intelligente, nuancée et sensible. Merci Rayan !
posté par Tinavire, le 06-05-2009 à 16:31Un bon résumé de points de vue déjà lus et discutés sur ce forum au gré de divers fils et des sempiternelles clichés véhiculés par l'ignorance.
posté par chaplawn, le 06-05-2009 à 22:06
Citation
Autre groupe, les « Latinos » arrivés du Chili, de l’Argentine et du Salvador dans les années 70 et 80 en fuyant la dictature, ont connu également les mêmes difficultés d’intégration que connaissent aujourd’hui les immigrants originaires de la région arabe ou d’Afrique.
- in chroniques de immigrer.com par Rayan


Chacun son temps, hier c'était les "Latinos", bien avant, les chinois aux usa, aujourd'hui les arabes et africains mieux (malheureusement pour nous) les musulmans, l'image aujourd'hui d'un arabo- musulman est mal perçue par presque tous, alors il suffit de :
1- S'adapter et attendre la fin de notre tour
2- En s'adaptant et attendre, soigner le maximum son image et être soi- même
Mais le problème dans tout ça, dans la ou les prochaines décennies à qui sera le tour?

A+
posté par Tranquille, le 06-05-2009 à 22:18
Citation (chaplawn @ 6-05-2009 à 23:06) voir le message d'origine
Citation
Autre groupe, les « Latinos » arrivés du Chili, de l'Argentine et du Salvador dans les années 70 et 80 en fuyant la dictature, ont connu également les mêmes difficultés d'intégration que connaissent aujourd'hui les immigrants originaires de la région arabe ou d'Afrique.
- in chroniques de immigrer.com par Rayan


Chacun son temps, hier c'était les "Latinos", bien avant, les chinois aux usa, aujourd'hui les arabes et africains mieux (malheureusement pour nous) les musulmans, l'image aujourd'hui d'un arabo- musulman est mal perçue par presque tous, alors il suffit de :
1- S'adapter et attendre la fin de notre tour
2- En s'adaptant et attendre, soigner le maximum son image et être soi- même
Mais le problème dans tout ça, dans la ou les prochaines décennies à qui sera le tour?

A+



Bien vu,

A qui sera le tour !?
posté par eljh, le 06-05-2009 à 22:30Je trouve que le reportage: "la leçon de descrimination" (http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/en...au2_10939.shtml) est éducatif et touchant. Il suffit en fait de se mettre dans la peau de ses enfants pour comprendre ce phénomène et de le rejeter complètement.
Merci Rayan.
posté par Mowgli, le 06-05-2009 à 22:39Merci Rayan pour cette admirable chronique très bien documentée! C'est toujours un plaisir de lire tes réflexions.


La dernière expérience faite en classe par cette enseignante est inspirée d'une expérience faite aux états-unis, où les enfants aux yeux bleus étaient opposés à ceux aux yeux bruns.

il y a ici un article sur ce thème

article mrax

Un thème lié est celui de l'effet Pygmalion: on a tendance à se conformer aux attentes qu'on a de nous. Je ne me souviens plus de la référence exacte de l'étude, mais je me souviens d'une expérience où, dans un auditoire d'université américain, le prof présentait des données falsifiées montrant que les Noirs réussissaient moins bien un test particulier (genre QI)... et dans la classe où cela avait été présenté, les étudiants Noirs ont, en effet, moins bien réussi le test. Ce n'était pas le cas dans une classe où l'enseignant n'a pas transmis cette fausse croyance au groupe classe!

effet pygmalion

Les applications me semblent évidentes : peut-être qu'en ce moment, les québécois (ou n'importe quelle population) a des idées préconçues sur certaines catégories d'immigrants (exemples "le français est grande gueule"). Si l'effet pygmalion existe dans ce contexte, peut-être que la prédiction va s'auto-réaliser et le français va avoir tendance à répondre à ces attentes implicites en étant grande gueule! (que les français ne se sentent pas visés ici, je cherchais juste un exemple!) wink.gif

Ca fonctionne aussi avec ceux qui consultent ce forum: on a eu des tonnes de discussions récemment sur le fait que les immigrants issus du Maghreb ont plus de difficultés à trouver un emploi. Sans nier ces données, serait-il possible qu'une personne d'origine maghrébine, qui a consulté ces données et les discussions parfois animées sur le forum, ait comme idée de départ que les québécois ont des réticences à engager un employé maghrébin? Par conséquent, il sera peut-être sur la défensive lors de ses entrevues d'embauche, le québécois qui le recrute va le trouver sur la défensive et peut-être un peu revendicatif, et ne l'engage pas! wink.gif effet Pygmalion, la prédiction du candidat 'les québécois hésitent à recruter des maghrébins" s'auto-réalise, et la prédiction du recruteur "les immigrants issus du Maghreb (ou de la Russie, ou d'Italie il y a des années, c'est pareil!) sont revendicatifs" s'auto-réalise.
posté par chaplawn, le 06-05-2009 à 23:32
Citation (Mowgli @ 6-05-2009 à 22:39) voir le message d'origine
Ca fonctionne aussi avec ceux qui consultent ce forum: on a eu des tonnes de discussions récemment sur le fait que les immigrants issus du Maghreb ont plus de difficultés à trouver un emploi. Sans nier ces données, serait-il possible qu'une personne d'origine maghrébine, qui a consulté ces données et les discussions parfois animées sur le forum, ait comme idée de départ que les québécois ont des réticences à engager un employé maghrébin? Par conséquent, il sera peut-être sur la défensive lors de ses entrevues d'embauche, le québécois qui le recrute va le trouver sur la défensive et peut-être un peu revendicatif, et ne l'engage pas! wink.gif effet Pygmalion, la prédiction du candidat 'les québécois hésitent à recruter des maghrébins" s'auto-réalise, et la prédiction du recruteur "les immigrants issus du Maghreb (ou de la Russie, ou d'Italie il y a des années, c'est pareil!) sont revendicatifs" s'auto-réalise.


Oui, mais en principe le "Pygmalion" s'intéresse à se qu'il veut acquérir (recruter quelqu'un peu importe qu'il soit compétent, il faut le former, sous entendu l'effet Pygmalion), si j'ai bien compris (malheureusement les liens ne fonctionnent pas) donc, dans votre approche vous pensez à l'aspect revendicatif. Question : J'ai souvent entendu parler, sur ce forum, des jobines que décrochent des maghrébins ou autres, alors pourquoi l'aspect revendicatif ne s'applique pas pour ce type de boulot ?

A+
posté par Mowgli, le 06-05-2009 à 23:45
Citation (chaplawn @ 6-05-2009 à 18:32) voir le message d'origine
[
Oui, mais en principe le "Pygmalion" s'intéresse à se qu'il veut acquérir (recruter quelqu'un peu importe qu'il soit compétent, il faut le former, sous entendu l'effet Pygmalion), si j'ai bien compris (malheureusement les liens ne fonctionnent pas) donc, dans votre approche vous pensez à l'aspect revendicatif. Question : J'ai souvent entendu parler, sur ce forum, des jobines que décrochent des maghrébins ou autres, alors pourquoi l'aspect revendicatif ne s'applique pas pour ce type de boulot ?

A+

Bonjour!

Non, l'effet Pygmalion se réfère au fait que quand on s'attend à quelque chose, cette chose se réalise. C'est le nom d'un phénomène bien connu en psychologie, cela correspond aux "prophéties qui s'auto-réalisent". L'idée, c'est qu'un Pygmalion va modeler une personne, tu as raison là dessus, mais dans ce contexte précis, ça exprime le fait que si les autres ont une certaine image de moi, ça va me "modeler" et je vais inconsciemment m'identifier, devenir comme cette image, répondre à ce qu'on attend de moi.

Pour les liens, il faut enlever le '%22%20target=%22_blank" à la fin, je ne sais pas pourquoi ça fait toujours ça sur le forum.

Et non, je ne pensais pas à l'aspect revendicatif, je créais un exemple de toute pièce pour illustrer le fait que parfois, parce qu'on pense que les gens vont avoir un certain préjugé envers nous (revendicatif, ou grande gueule, ou tout ce que vous voulez), on va avoir tendance à inconsciemment nourrir ce préjugé. Donc revendicatif était un exemple mais on peut prendre n'importe quel trait de caractère.

Une personne qui aura par exemple peur d'être victime de préjugés en raison de son origine culturelle pourrait se montrer moins à l'aise, plus sur la défensive lors d'un entretien, et la personne qui mène l'entretien va se dire "tiens, cette personne est agressive, je ne vais pas l'engager". Donc c'est un cercle vicieux.

Pour vous donner un autre exemple qui ne concernerait pas les maghrébins, car c'est toujours un sujet sensible, autre exemple fictif.

Je suis une femme, je me présente à un entretien d'embauche. J'ai peur que le futur patron ne me juge mal car j'ai entendu dire que dans mon domaine professionnel, les gens sont très macho. Je me présente donc très dynamique, prête à répondre à toutes les questions et à défendre ma candidature face aux préjugés machos de mon interlocuteur. La personne en face de moi n'est pas macho en réalité, mais comme je m'attend à ce qu'elle le soit, je met en avant le fait que même si je suis une femme, je suis aussi compétente qu'un homme, etc. Je le fais à la fois dans mes mots et dans mon attitude. Le recruteur se dit "ouh la, elle est agressive, si elle se défend autant c'est sans doute qu'elle n'est pas compétente ou qu'elle n'a pas confiance en elle, ce ne sera pas une bonne candidate pour ce poste". Il pourrait même avoir des pensée du style 'encore une féministe enragée, elles va nous embêter avec ses revendications et sa manière de se poser en victime".

Conclusion: je ne suis pas embauchée, je suis sûre que c'est parce que je suis une femme et parce que le patron est macho, alors que non! Mais par mon attitude, j'ai fait que ma prédiction (je ne vais pas être engagée) s'est réalisée.
posté par Kweli, le 06-05-2009 à 23:59
Citation (chaplawn @ 6-05-2009 à 18:32) voir le message d'origine
Question : J'ai souvent entendu parler, sur ce forum, des jobines que décrochent des maghrébins ou autres, alors pourquoi l'aspect revendicatif ne s'applique pas pour ce type de boulot ?


Parce qu'en général, dans ce type de boulot, ça roule à fond. L'employé peut partir quand il veut, l'employeur peut te congédier quand il veut. Donc le lien employeur-employé n'est pas fort. Alors que si c'est un ingénieur, un comptable, un informaticien ou un pharmacien, tu es mieux de ne pas te tromper parce que: de un, tu as intérêt à recruter une personne qui "fittera" bien dans le reste de ton équipe parce que c'est long, un contrat; de deux: tu peux le mettre à la porte au bout de sa période de probation mais les formalités de recrutement sont souvent longues et onéreuses, alors ...
posté par chaplawn, le 07-05-2009 à 00:26
Citation (Mowgli @ 6-05-2009 à 23:45) voir le message d'origine
Citation (chaplawn @ 6-05-2009 à 18:32) voir le message d'origine
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Oui, mais en principe le "Pygmalion" s'intéresse à se qu'il veut acquérir (recruter quelqu'un peu importe qu'il soit compétent, il faut le former, sous entendu l'effet Pygmalion), si j'ai bien compris (malheureusement les liens ne fonctionnent pas) donc, dans votre approche vous pensez à l'aspect revendicatif. Question : J'ai souvent entendu parler, sur ce forum, des jobines que décrochent des maghrébins ou autres, alors pourquoi l'aspect revendicatif ne s'applique pas pour ce type de boulot ?

A+

Bonjour!

Non, l'effet Pygmalion se réfère au fait que quand on s'attend à quelque chose, cette chose se réalise. C'est le nom d'un phénomène bien connu en psychologie, cela correspond aux "prophéties qui s'auto-réalisent". L'idée, c'est qu'un Pygmalion va modeler une personne, tu as raison là dessus, mais dans ce contexte précis, ça exprime le fait que si les autres ont une certaine image de moi, ça va me "modeler" et je vais inconsciemment m'identifier, devenir comme cette image, répondre à ce qu'on attend de moi.

Pour les liens, il faut enlever le '%22%20target=%22_blank" à la fin, je ne sais pas pourquoi ça fait toujours ça sur le forum.

Et non, je ne pensais pas à l'aspect revendicatif, je créais un exemple de toute pièce pour illustrer le fait que parfois, parce qu'on pense que les gens vont avoir un certain préjugé envers nous (revendicatif, ou grande gueule, ou tout ce que vous voulez), on va avoir tendance à inconsciemment nourrir ce préjugé. Donc revendicatif était un exemple mais on peut prendre n'importe quel trait de caractère.

Une personne qui aura par exemple peur d'être victime de préjugés en raison de son origine culturelle pourrait se montrer moins à l'aise, plus sur la défensive lors d'un entretien, et la personne qui mène l'entretien va se dire "tiens, cette personne est agressive, je ne vais pas l'engager". Donc c'est un cercle vicieux.

Pour vous donner un autre exemple qui ne concernerait pas les maghrébins, car c'est toujours un sujet sensible, autre exemple fictif.

Je suis une femme, je me présente à un entretien d'embauche. J'ai peur que le futur patron ne me juge mal car j'ai entendu dire que dans mon domaine professionnel, les gens sont très macho. Je me présente donc très dynamique, prête à répondre à toutes les questions et à défendre ma candidature face aux préjugés machos de mon interlocuteur. La personne en face de moi n'est pas macho en réalité, mais comme je m'attend à ce qu'elle le soit, je met en avant le fait que même si je suis une femme, je suis aussi compétente qu'un homme, etc. Je le fais à la fois dans mes mots et dans mon attitude. Le recruteur se dit "ouh la, elle est agressive, si elle se défend autant c'est sans doute qu'elle n'est pas compétente ou qu'elle n'a pas confiance en elle, ce ne sera pas une bonne candidate pour ce poste". Il pourrait même avoir des pensée du style 'encore une féministe enragée, elles va nous embêter avec ses revendications et sa manière de se poser en victime".

Conclusion: je ne suis pas embauchée, je suis sûre que c'est parce que je suis une femme et parce que le patron est macho, alors que non! Mais par mon attitude, j'ai fait que ma prédiction (je ne vais pas être engagée) s'est réalisée.


Merçi pour vos explications et pour les liens.
Ce genre de discrimination, malheureusement, est partout dans le monde.

posté par Tinavire, le 07-05-2009 à 00:55
Citation (eljh @ 6-05-2009 à 17:30) voir le message d'origine
Je trouve que le reportage: "la leçon de descrimination" (http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/en...au2_10939.shtml) est éducatif et touchant. Il suffit en fait de se mettre dans la peau de ses enfants pour comprendre ce phénomène et de le rejeter complètement.
Merci Rayan.


Au contraire...Je pense que cette expérience est très"douteuse" ! Nos chères têtes blondes en-on-t-il besoin ? La notion de racisme est véhiculée par les adultes. C'est plutôt eux qu'il faut éduquer. Car les enfants confrontés au "multiculturalisme ethnique"dans les cours d'école, entretiennent naturellement des relations dépourvues de ce genre de pensée. N'oublions pas que nous apprenons en imitant...Mais peu importe en réalité, au vu des réflexions qui suivent, je trouve que nous confondons les problèmes de racisme et de discrimination avec des problèmes de communication et de perception.
posté par rayan, le 07-05-2009 à 01:08Merci à tous et à toutes pour vos messages et interventions.

Citation de Mowgli
Citation
La dernière expérience faite en classe par cette enseignante est inspirée d'une expérience faite aux états-unis, où les enfants aux yeux bleus étaient opposés à ceux aux yeux bruns.

il y a ici un article sur ce thème


Oui en effet, c’est en 1970 que cette première expérience a eu lieu en s’insprirant des conclusions d’études sur les comportements des groupes menées par Henry Tachfel. Leçon de discrimination m'a en tout cas beaucoup touché. On peut d'ailleurs consulter sur le même lien de Radio-Canada la réation des parents.

Citation de chaplawn
Citation
Chacun son temps, hier c'était les "Latinos", bien avant, les chinois aux usa, aujourd'hui les arabes et africains mieux (malheureusement pour nous) les musulmans, l'image aujourd'hui d'un arabo- musulman est mal perçue par presque tous, alors il suffit de :
1- S'adapter et attendre la fin de notre tour
2- En s'adaptant et attendre, soigner le maximum son image et être soi- même
Mais le problème dans tout ça, dans la ou les prochaines décennies à qui sera le tour?

Je suis d'accord avec toi qu'il y a un devoir d'adaptation pour nous les immigrants qui sommes d'une autre culture. Attendre? Pas forcément. Chacun peut agir à partir de la place où il se trouve et en fonction de ses possibilités pour que les choses changent.


Rayan
posté par Kweli, le 07-05-2009 à 01:43
Citation (Tinavire @ 6-05-2009 à 19:55) voir le message d'origine
Au contraire...Je pense que cette expérience est très"douteuse" ! Nos chères têtes blondes en-on-t-il besoin ? La notion de racisme est véhiculée par les adultes. C'est plutôt eux qu'il faut éduquer. Car les enfants confrontés au "multiculturalisme ethnique"dans les cours d'école, entretiennent naturellement des relations dépourvues de ce genre de pensée. N'oublions pas que nous apprenons en imitant..


C'est là que tu te trompes, Tinavire. L'identité, que ce soit l'identité individuelle ou collective, se définit justement par le truchement de la discrimination. Les êtres humains sont naturellement portés à préférer ceux qui leur ressemblent, par pur sentiment de sécurité. Ce qui diffère, c'est la capacité des uns et des autres à surmonter ce sentiment de méfiance. Certains y arrivent plus rapidement que d'autres, en fonction de leurs expériences (ou non) avec des êtres différents.

Citation
Mais peu importe en réalité, au vu des réflexions qui suivent, je trouve que nous confondons les problèmes de racisme et de discrimination avec des problèmes de communication et de perception.


Tu ne crois pas qu'avant la discrimination, il y a d'abord des perceptions? Nous n'avons pas toujours besoin de percevoir la réalité. Le plus souvent, nous percevons chez les autres ce que nous voulons bien percevoir.
posté par Tinavire, le 07-05-2009 à 03:02
Citation
Les êtres humains sont naturellement portés à préférer ceux qui leur ressemblent, par pur sentiment de sécurité


Je suis d'accord : Je suis blanc, je me tourne vers des blancs ou je suis français, j'échange avec des français...Cela ne fait pas de moi pour autant, un raciste ou une personne qui discrimine

Citation
Tu ne crois pas qu'avant la discrimination, il y a d'abord des perceptions? Nous n'avons pas toujours besoin de percevoir la réalité. Le plus souvent, nous percevons chez les autres ce que nous voulons bien percevoir.


Perception oui et dans le cas d'un enfant observation dénuée de "sentiment" ou de jugement partial. L'enfant perçoit que la couleur de peau de son ami est noir ou marron. Il comprend qu'il y a une différence physique et se demande pourquoi. Il ne le met pas à l'écart de fait pour cela. Ils restent amis. Par contre, le même enfant qui aura plusieurs fois "maille à partir" avec un noir, puis un autre qui l'agresse régulièrement et un autre, pourrait développer un sentiment de méfiance à l'égard de tous ceux qui leur ressemble. Vers qui se retourne alors celui-ci ?
Citation
La notion de racisme est véhiculée par les adultes. C'est plutôt eux qu'il faut éduquer. Car les enfants confrontés au "multiculturalisme ethnique"dans les cours d'école, entretiennent naturellement des relations dépourvues de ce genre de pensée. N'oublions pas que nous apprenons en imitant..


Enfin, si quelqu'un est dénué de préjugés et se met en écoute active, il n'y a aucune raison qu'il...
Citation
percoive chez les autres ce qu'il veut bien percevoir.
posté par Kweli, le 07-05-2009 à 03:37
Citation (Tinavire @ 6-05-2009 à 22:02) voir le message d'origine
La notion de racisme est véhiculée par les adultes. C'est plutôt eux qu'il faut éduquer. Car les enfants confrontés au "multiculturalisme ethnique"dans les cours d'école, entretiennent naturellement des relations dépourvues de ce genre de pensée. N'oublions pas que nous apprenons en imitant..


Mon expérience personnelle et professionnelle m'a appris le contraire malheureusement. Je ne crois pas tellement en l'innocence des enfants. Par exemple, mes enfants ont fréquenté une école 100% multiethnique de Montréal. Ils y ont subi de multiples affronts, venant d'autres petits immigrants (Latinos, Arabes, Asiatiques, etc.). Même parmi les enfants Noirs, il y avait des groupes de Haïtiens, Africains, Jamaïcains, Français des TOM, etc. Une des raisons pour lesquels je déteste élever des enfants à Montréal d'ailleurs. Par contre, à Québec, vu le quartier que j'habite, mes enfants sont très minoritaires (ma fille est la seule Noire d'une école de 350 élèves) mais en deux ans et demi, ils n'ont jamais connu de cas de racisme. Ils ont des tas d'amis et s'il leur arrive d'être en chicanes, c'est qu'ils sont aussi fatigants que leurs amis et non parce qu'ils sont différents.

Citation
Enfin, si quelqu'un est dénué de préjugés et se met en écoute active, il n'y a aucune raison qu'il percoive chez les autres ce qu'il veut bien percevoir.


Bah! On n'est pas dans le monde de Télétubbies Tinavire. J'aimerais tellement vivre dans le monde que tu décris mais je ne me fais pas d'illusions. Avec le nom que je porte, je sais que j'ai intérêt à soigner particulièrement mon CV pour qu'il n'atterrisse pas au recyclage. On ne se le cachera pas, l'immigrant part toujours avec un handicap: le diplôme étranger, l'expérience non canadienne, l'accent, la couleur de la peau, le manque de réseau, ou tout cela à la fois. L'important est de faire confiance en l'humanité, parce que tout cela est surmontable quand on y met du sien.
posté par sarbacan, le 07-05-2009 à 03:44Au niveau de l'école je pense que la différence peut créer le rejet !pas seulement le racisme ,je pense par exemple à l'obésité ,le handicap ... le monde des enfants est cruel !
posté par lilinemo, le 07-05-2009 à 14:49
Citation (Mowgli @ 6-05-2009 à 17:39) voir le message d'origine
effet pygmalion

Les applications me semblent évidentes : peut-être qu'en ce moment, les québécois (ou n'importe quelle population) a des idées préconçues sur certaines catégories d'immigrants (exemples "le français est grande gueule"). Si l'effet pygmalion existe dans ce contexte, peut-être que la prédiction va s'auto-réaliser et le français va avoir tendance à répondre à ces attentes implicites en étant grande gueule! (que les français ne se sentent pas visés ici, je cherchais juste un exemple!) wink.gif

Ca fonctionne aussi avec ceux qui consultent ce forum: on a eu des tonnes de discussions récemment sur le fait que les immigrants issus du Maghreb ont plus de difficultés à trouver un emploi. Sans nier ces données, serait-il possible qu'une personne d'origine maghrébine, qui a consulté ces données et les discussions parfois animées sur le forum, ait comme idée de départ que les québécois ont des réticences à engager un employé maghrébin? Par conséquent, il sera peut-être sur la défensive lors de ses entrevues d'embauche, le québécois qui le recrute va le trouver sur la défensive et peut-être un peu revendicatif, et ne l'engage pas! wink.gif effet Pygmalion, la prédiction du candidat 'les québécois hésitent à recruter des maghrébins" s'auto-réalise, et la prédiction du recruteur "les immigrants issus du Maghreb (ou de la Russie, ou d'Italie il y a des années, c'est pareil!) sont revendicatifs" s'auto-réalise.


L'effet Pygmalion est une réalité dans la société où on vit aujourd'hui, il y a quelques années cette théorie n'avait pas de grande crédibilité mais depuis quelques temps elle gagne du terrain et on lui accorde plus de crédibilité, pour la simple raison que des cas réels expérimentés ont vérifié la théorie, et qu'on le constate dans notre société de tous les jours !!

La frustration, vouloir défendre son cas, vouloir s'en sortir, la peur de l'échec sont tous des facteurs qui font que la personne donnerait une mauvaise opinion de son côté "employé" lors d'un entretien d'embauche ...

Le cas que tu as choisi pour expliquer cet effet est vraiment parfait !! Donc rien à ajouter à part +1
posté par Tinavire, le 07-05-2009 à 19:02
Citation (Kweli @ 6-05-2009 à 22:37) voir le message d'origine
Citation (Tinavire @ 6-05-2009 à 22:02) voir le message d'origine
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Bah! On n'est pas dans le monde de Télétubbies Tinavire. J'aimerais tellement vivre dans le monde que tu décris mais je ne me fais pas d'illusions. Avec le nom que je porte, je sais que j'ai intérêt à soigner particulièrement mon CV pour qu'il n'atterrisse pas au recyclage. On ne se le cachera pas, l'immigrant part toujours avec un handicap: le diplôme étranger, l'expérience non canadienne, l'accent, la couleur de la peau, le manque de réseau, ou tout cela à la fois. L'important est de faire confiance en l'humanité, parce que tout cela est surmontable quand on y met du sien.


J'aime bien, moi, le monde des télétubbies ! (je les regardais avec mes enfants)...et de Walt Disney ! laugh.gif smile.gif
Nous ne discutons pas de la même chose. Je situe ma réflexion et mes observations à la source (les enfants dans leur apprentissage de la vie). Je vais dans le même sens que toi et je constate les mêmes choses sur le racisme et la discrimination dans notre monde d'adulte quel que soit le lieu, le moment et le contexte.
Je me réjouis pour toi et ta fille de vous savoir épanouies à Québec et non confrontée aux "démons" dont nous discutons ici. Cependant, ce qui se passe dans la cour de l'école de mon fils (centre de montréal et grande mixité sociale et ethnique comme tu le décris avec justesse) est similaire. Des chicanes (assez normales) entre enfants sans relents de racisme ou de discrimination...et une source d'enrichissement et d'opportunités d'ouverture d'esprit (voyons le coté positif du multiculturalisme! et de l'immigration ?...pour revenir à nos moutons smile.gif )

Citation
Au niveau de l'école je pense que la différence peut créer le rejet ! pas seulement le racisme, je pense par exemple à l'obésité ,le handicap ... le monde des enfants est cruel !


Cruel, oui avec nos yeux d'adultes (notre expérience de la vie, notre éducation) comme le monde des animaux nous apparait également (pas les mêmes repères, nécessités). En grandissant et en tant qu'être humain nous developpons des sentiments qui modifient notre perception et nos attitudes. Jusqu'à ce que tu confrontes ton enfant pour lui dire que son attitude était cruel, pas sûr qu'il ait vraiment réalisé que d'un certain point de vue, il a fait peuve de cruauté...!?
Quant à la discrimination sur l'obésité ou d'autres exemples du même genre (il faudrait d'ailleurs distinguer l'obèse "génétique" du "gros par malbouffe"), on est pas du tout dans le même registre. Elle prend sa source dans la pression économique (la société de consommation) qui veut standardiser ou définir une norme idéale (pas dans un but philanthropique bien entendu !). Et de pointer du doigt ceux qui ne sont pas "dans les clous"...La marginalisation voit alors le jour avec son lot de railleries...

Allez! Je cesse de discourir et de faire de l'anthropo-ethno-psycho-sociologie tongue.gif ...Rdv, un jour, au coin du feu, pour en discuter de nouveau !? smile.gif Bien à vous.

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