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Accident de parcours

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Le 22 mars 1999, j’arrivais à Montréal avec deux valises et un visa de travail en poche pour effectuer un stage de quatre mois au Québec. Dix ans plus tard, je suis encore là : un peu plus que deux valises et désormais néo-québécois et citoyen canadien. Comme je n’avais initialement aucune intention d’immigrer au Québec, j’aime à penser que mon « immigration » est un accident de parcours. Un accident qui dure depuis dix ans.


Mon visa de travail s’est transformé en bref visa touriste, le temps de demander – et d’obtenir – un visa d’études de trois ans, ensuite de nouveau un visa de travail pour finalement déposer, fin 2002, une demande de résidence permanente. Même jusqu’à ce dernier changement de statut pour devenir résident permanent, je n’étais même pas sûr que je voulais rester au Québec. Rester dans le sens de rester « pour de bon » et non pas se poser la question avec la prochaine année comme horizon. Paradoxalement, c’est cet état « flottant » qui m’a permis d’apprendre et de découvrir la société québécoise sans subir cette sorte de pression de l’immigrant qui a tout quitté là-bas pour tout recommencer ici. La vie d’étudiant étranger au Québec a bien des inconvénients administratifs – carte soleil, frais de scolarité, renouvellement du permis d’études – mais comporte des avantages psychologiques intéressants : un pied ici et un pied ailleurs, contacts systématiques avec des québécois, participation à différentes activités dans le cadre des études, profil recherché par les services d’immigration. On a l’impression d’être en contrôle de son affaire et qu’on est juste de passage alors qu’on ne se rend pas compte qu’il y a des racines qui poussent et qui se plantent dans le sol.


Pour prendre l’image de la vie comme un livre, disons que la première page de mon chapitre intitulé « Québec » a tourné très doucement. Mais si ça se trouve, la page avait tourné bien avant que je ne m’en rende compte. Bref. C’est quand l’idée de demander la citoyenneté canadienne a commencé à trotter dans ma tête que quelque chose en moi – ce qu’on appelle la conscience apparemment – m’a invité à réfléchir sérieusement à mon avenir québécois. C’était l’idéaliste en moi : j’aimais à croire qu’obtenir la citoyenneté d’un pays est un privilège, offrant autant des droits qu’exigeant des devoirs. Et qu’il fallait donc beaucoup plus que la simple motivation d’obtenir le passeport pour devenir citoyen.


Où j’en suis présentement ? Voyons voir :


* J’ai toujours l’année 99 comme point de repère : récemment, tout en discutant avec un ami de la sortie du film Dédé à travers les brumes, je me suis demandé intérieurement si j’étais déjà au Québec quand André Fortin, le chanteur des Colocs, s’est suicidé. C’est comme ça : pour la plupart des événements, je suis incapable de m’en rappeler par moi-même, ça me prend nécessairement l’année quand c’est arrivé.


* Évidemment, certains événements font à ce point l’Histoire qu’on n’a pas besoin de repère pour savoir si on était au Québec ou pas à ce moment-là : l’appel angoissé de ma mère pour savoir si je vais bien, moi, si loin au Canada en ce 11 septembre 2001. Surréaliste.


* J’attends toujours mon premier défilé de la Coupe Stanley du Canadien.


* Météomédia est devenu mon meilleur ami (celles et ceux qui sont ici depuis un certain temps devraient comprendre).


* même si ça fait dix ans que je vis ici, je ne peux pas dire que je connais la vie au Québec : au mieux je pourrais dire qu’au gré de mon parcours personnel et professionnel, je connais bien quelques éléments dans quelques domaines d’activité de la vie au Québec. Je peux seulement affirmer que je connais la vie à Sherbrooke car j’ai toujours vécu dans cette ville. Un de mes amis qui a aussi immigré au Québec il y a trois ans connaît beaucoup mieux Montréal que moi maintenant car il y vit et pas moi


* Incapable de souper (dîner) à 17 :30 mais j’ai adopté la toast beurre-de-cacahuètes-bananes au déjeuner (petit-déjeuner)


* Ça me prend absolument de la neige pour le réveillon de Noël mais rendu au mois de mars, mettons qu’elle peut partir que je ne lui en voudrais pas


* ma petite entreprise ne connaît pas – encore – la crise (merci Alain Bashung)  et on croise les doigts pour que cela continue ainsi et que ça aille mieux pour tout le monde le plus rapidement possible


Finalement la grande question : est-ce que je me vois vieillir ici ? Je peux aujourd’hui répondre par l’affirmative, maintenant. Bien sûr, la réponse n’est pas un engagement mais pouvoir en proposer une signifie déjà beaucoup de choses. Comme par exemple qu’on aime bien regarder ces petites racines du début continuer à grandir. Ceci dit, ce genre de question ne se règle jamais totalement, en tout cas, elle ne nous attend pas gentiment pour se régler. Comme immigrant, ça reste toujours en suspens car on ne sait jamais si l’immigration est le résultat d’un accident de parcours ou la cause d’un parcours accidenté.


1099 lectures | 5 commentaires | Ajouter un commentaire

posté par Mowgli, le 03-04-2009 à 15:45
Citation (Laurent @ 30-03-2009 à 17:26) voir le message d'origine
Vous pouvez lire la dernière chronique de notre chroniqueur de Sherbrooke, en page d'accueil.

Bonne lecture.

Je viens d'aller la lire (enfin) et je suis tellement d'accord avec tout. Comme toi O'Hana, j'ai découvert le québec comme étudiante, j'ai aimé ça, je suis rentrée en Belgique, j'ai essayé de voir si je pouvais trouver un job à Montréal, ça marché, on est revenus ... et encore maintenant, même si mon mari sera résident permanent dans quelques semaines, nous ne sommes là qu'avec un horizon de "3 ans", la durée de mon contrat actuel. Et de manière surprenante, je me sens en décalage total avec ceux qui ont "tout quitté" pour vivre au Qc, car nous n'avons pas cette angoisse de "refaire sa vie ailleurs". On est là pour le boulot et parce qu'on adore la vie au Qc (en tout cas sur base des mois qu'on y a passé depuis 2005), mais on sait qu'on sera peut-être ailleurs dans 3, 5 ou 10 ans, que ce soit en Belgique ou n'importe où dans le monde. Et ce côté non définitif rend la vie tellement moins angoissante ! Finalement, est-ce que tous les immigrants ne devraient pas se mettre en tête que c'est provisoire et que le mot 'permanent' dans l'expression ' résident permanent' n'est qu'une vue de l'esprit? Est-ce qu'il n'est pas plus facile d'apprivoiser la société d'accueil et de s'y intégrer en se disant que si ça ne nous plait pas, on peut quitter et rien ne nous oblige à rester au Qc si les inconvénients (beaucoup soulignés sur le forum ces dernières semaines) nous pèsent trop? Est-ce qu'on n'est pas plus tolérant et ouvert aux différences culturelles quand on est là "à l'essai", avec l'envie de découvrir une culture, et en n'ayant pas l'ambition d'y rester pour toujours?
posté par kremmig, le 03-04-2009 à 17:56
Citation
Je viens d'aller la lire (enfin) et je suis tellement d'accord avec tout. Comme toi O'Hana, j'ai découvert le québec comme étudiante, j'ai aimé ça, je suis rentrée en Belgique, j'ai essayé de voir si je pouvais trouver un job à Montréal, ça marché, on est revenus ... et encore maintenant, même si mon mari sera résident permanent dans quelques semaines, nous ne sommes là qu'avec un horizon de "3 ans", la durée de mon contrat actuel. Et de manière surprenante, je me sens en décalage total avec ceux qui ont "tout quitté" pour vivre au Qc, car nous n'avons pas cette angoisse de "refaire sa vie ailleurs". On est là pour le boulot et parce qu'on adore la vie au Qc (en tout cas sur base des mois qu'on y a passé depuis 2005), mais on sait qu'on sera peut-être ailleurs dans 3, 5 ou 10 ans, que ce soit en Belgique ou n'importe où dans le monde. Et ce côté non définitif rend la vie tellement moins angoissante ! Finalement, est-ce que tous les immigrants ne devraient pas se mettre en tête que c'est provisoire et que le mot 'permanent' dans l'expression ' résident permanent' n'est qu'une vue de l'esprit? Est-ce qu'il n'est pas plus facile d'apprivoiser la société d'accueil et de s'y intégrer en se disant que si ça ne nous plait pas, on peut quitter et rien ne nous oblige à rester au Qc si les inconvénients (beaucoup soulignés sur le forum ces dernières semaines) nous pèsent trop? Est-ce qu'on n'est pas plus tolérant et ouvert aux différences culturelles quand on est là "à l'essai", avec l'envie de découvrir une culture, et en n'ayant pas l'ambition d'y rester pour toujours?



Pour faire une analogie entre Permanent et Temporaire cela me fait penser au couple qui vivent non mariés , sans enfant la plupart, et tout va bien, tout est sous contrôle.

Quand pour une raison ou une autre (souvent à la naissance d'un enfant) ils décident d'officialiser leur couple (mariage), les choses commencent à mal aller voire souvent une séparation à la fin.

Je connais de nombreux couples comme cela ... des années ensemble puis mariage et paf ... séparation. Il est possible que dans certain cas, ce n'est pas le mariage en tant que tél qui a causé la séparation. mais juste le nombre total d'année ensemble etc...

Souvent par contre en parlant à ces couples avant qu'ils ne parlent de mariage, le simple fait de mentionner "mariage" il y avait un refus immédiat, comme une crainte vicérale d'être ensemble "forever".

posté par Mowgli, le 03-04-2009 à 18:33
Citation (kremmig @ 3-04-2009 à 12:56) voir le message d'origine
Pour faire une analogie entre Permanent et Temporaire cela me fait penser au couple qui vivent non mariés , sans enfant la plupart, et tout va bien, tout est sous contrôle.

...

Souvent par contre en parlant à ces couples avant qu'ils ne parlent de mariage, le simple fait de mentionner "mariage" il y avait un refus immédiat, comme une crainte vicérale d'être ensemble "forever".



Ton analogie n'est peut-être pas fausse: j'ai souvent entendu des gens dire "quand onn' est pas marié, on reste ensemble parce qu'on en a envie, quand on est marié, ça se peut qu'on reste ensemble parce qu'on se sent obligé".

Je ne prendrai pas position à savoir si cette affirmation est vraie ou pas... mais a-t-on besoin de se marier avec le Québec? Peut-être que non, et c'est pas plus mal d'y rester parce qu'on en a envie et qu'on y est heureux, et pas parce qu'on s'y sent obligé par un engagement qu'on a pris un jour en faisant une demande résident permanent. Oui, comme tu le dis, certains ont une crainte viscérale de s'engager pour la vie, et sur ce forum, souvent, on voit des gens qui viennent au Qc pour y reconstruire toute leur vie, avec une optique "pour toujours" et un certain idéalisme. C'est se mettre beaucoup de pression... je me souviens d'une jeune femme récemment qui était rentrée au bout de 3 semaines en France, incapable de gérer l'angoisse du "changement de vie" alors qu'elle avait déjà été expatriée de manière provisoire dans d'autres pays, sans problème.

Peut-être qu'il vaut donc mieux arriver ici et y rester par "accident de parcours"?
posté par lilinemo, le 03-04-2009 à 19:27
Citation (Mowgli @ 3-04-2009 à 10:45) voir le message d'origine
Citation (Laurent @ 30-03-2009 à 17:26) voir le message d'origine
Vous pouvez lire la dernière chronique de notre chroniqueur de Sherbrooke, en page d'accueil.

Bonne lecture.

Je viens d'aller la lire (enfin) et je suis tellement d'accord avec tout. Comme toi O'Hana, j'ai découvert le québec comme étudiante, j'ai aimé ça, je suis rentrée en Belgique, j'ai essayé de voir si je pouvais trouver un job à Montréal, ça marché, on est revenus ... et encore maintenant, même si mon mari sera résident permanent dans quelques semaines, nous ne sommes là qu'avec un horizon de "3 ans", la durée de mon contrat actuel. Et de manière surprenante, je me sens en décalage total avec ceux qui ont "tout quitté" pour vivre au Qc, car nous n'avons pas cette angoisse de "refaire sa vie ailleurs". On est là pour le boulot et parce qu'on adore la vie au Qc (en tout cas sur base des mois qu'on y a passé depuis 2005), mais on sait qu'on sera peut-être ailleurs dans 3, 5 ou 10 ans, que ce soit en Belgique ou n'importe où dans le monde. Et ce côté non définitif rend la vie tellement moins angoissante ! Finalement, est-ce que tous les immigrants ne devraient pas se mettre en tête que c'est provisoire et que le mot 'permanent' dans l'expression ' résident permanent' n'est qu'une vue de l'esprit? Est-ce qu'il n'est pas plus facile d'apprivoiser la société d'accueil et de s'y intégrer en se disant que si ça ne nous plait pas, on peut quitter et rien ne nous oblige à rester au Qc si les inconvénients (beaucoup soulignés sur le forum ces dernières semaines) nous pèsent trop? Est-ce qu'on n'est pas plus tolérant et ouvert aux différences culturelles quand on est là "à l'essai", avec l'envie de découvrir une culture, et en n'ayant pas l'ambition d'y rester pour toujours?

+1 wink.gif Tout est temporaire !!
posté par Tinavire, le 30-04-2009 à 19:16...Et tout est une question de choix, ou quand il y a une alternative, forcément, la pression est moins importante. D'autant moins quand il existe une possibilité de "revenir" à une situation antérieure, qui avec le recul, peut s'avérer à nouveau comme étant le bon cheminement, et celui qui nous apparait comme le plus favorable à notre épanouissement.

En effet, "Partir", quel que soit le projet ou les raisons, c'est aussi faire un voyage en soi-même. Il n'y a pas que des raisons rationnelles, et de temps en temps, il faut savoir écouter notre petite voix intérieure..."Les voyages forment la jeunesse". C'est vrai ! Cela forge le caractère, nous transforme et cela permet également de découvrir qui nous sommes. Certains traits de caractère sont immuables et l'absence de repères finit par les mettre en relief. Nous pouvons, dès cet instant, faire un choix plus éclairé.

Cependant, si cela peut se concevoir pour une personne jeune, il en va tout autrement pour une personne plus mature dans son parcours, et qui plus est pour une famille. Les racines sont plus fortes. La décision de partir ne trouve pas son origine dans le même terreau ! Et l'erreur ou l'échec est parfois plus lourd de conséquences.

Qui ne voudrait donc ne pas immigrer en ayant cette possibilité de se dire qu'il pourra toujours revenir pour ancrer ou continuer d'ancrer ses racines dans son pays d'origine sans n'avoir rien perdu au passage (ou tout au moins en repartant sur les mêmes bases qu'il a laissées) ? Ce n'est malheureusement pas donné à tout le monde et tout le monde ne peut pas envisager d'immigrer (ou de partir) en "transit".

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