Y fait-tu frette!!! Après que...

Phil64qc

Y fait-tu frette!!!

Après que les températures se soient effondrées depuis la fin de la semaine dernière, j'en vois déjà qui ont changé la perception qu'ils avaient de l'hiver québécois, hein!

Un ou deux nouveaux records de froid, enregistrés comme à chaque année mais rien de bien fâcheux pour l'instant. Le pire n'est pas encore venu puisque nous sommes seulement au début de la période des grands froids.
Je le sais, certains doutaient tout de même un peu de la véracité des propos tenus régulièrement au sujet du froid intense que peut subir notre belle province. D'autres croyaient aussi que cela arrivait UNE journée par an et les derniers (j'ai toute la liste), ne se rendaient pas vraiment compte qu'un gentil -15°C avec un gros facteur vent, vous donne une sensation de froid sur la peau que seul les innuts peuvent endurer et encore!!!
Une pensée pour ceux qui n'ont pas de char et qui sont donc obligés de prendre l'autobus, ce n'est pas très amusant et excitant de l'attendre en ce moment.

L'entreprise dans laquelle je travaille, vend des systèmes industriels dans le monde entier et de nombreux clients viennent en formation à Qc. Je peux vous dire que pour certains, le froid représente le pire de ce qu'ils ont connu jusqu'à présent. Cette semaine, nous avons des gens du Nebraska (pas si pire, disent-ils), des australiens (qui n'auront rien vu de Qc puisqu'ils vivent calfeutrés dans leur chambre d'hôtel) et des français, que dis-je, des parisiens! Le collègue en charge de ce groupe (les parisiens) m'a raconté une anecdote ben, ben le fun. La semaine dernière, réglant les derniers préparatifs pour leur arrivée, il a prévenu ces derniers d'amener des chaussures et vêtements chauds parce que la météo annonçait un refroidissement important et leur a donné une échelle de températures possibles. Mais le jeune ingénieur responsable du groupe, a dit aux autres "pfiiiuuuu, au Qc, ils sont encore en Fahrenheit, c'est pas si froid que ça"................Ils sont donc arrivés sans tuque, en blouson cuir ou manteau genre printemps québécois, petits souliers vernis et certains n'avaient même pas de gants!!! Je ne vous explique pas la gueule qu'ils font!! Parce que nous sommes gentils, nous leur avons donné plein de revues et de brochures sur Qc pour qu'ils puissent en avoir un aperçu, vu qu'ils ne sortent pas pour visiter la ville et les environs, malgré un char mis à leur disposition!

Bon, je sais, certains chialent aussi parce que la neige n'est pas présente partout au Qc et en quantité appréciable......................ben si vous étiez venus vous installer à Québec, comme je le répète souvent (héhéhé!), vous pourriez en profiter sans arrière pensée mais surtout sans être obligé de regarder les news pour en voir plus de 10cm, ahahah!
C'est sur que les skis et les patins ont été mis de coté pour l'instant, en attendant des températures un peu plus clémentes pour profiter et surtout apprécier ces activités. Par contre, les sorties hockey, entre gars bien sur, sont toujours fortement recommandées pour le bien être de la gente masculine!

Bien que les discussions sur l'inconscience de rouler en pneus 4 saisons se soient un peu atténuées, nous allons maintenant ouvrir celle sur l'utilité et le gros bon sens quand au fait de brancher son char lorsque les températures sombrent vers le bas. D'après tout ce que l'on peut lire ou entendre un peu partout, il est fortement recommandé voir même indispensable de plugger son char lorsqu'il fait en dessous de -20°C. Avec une minuterie extérieure, 3 ou 4 heures de réchauffage sont suffisantes pour démarrer sans aucun problème le matin. Ce système a bien sur ses détracteurs, arguant le fait que le char est neuf, qu'il a toujours démarré sans ça, qu'il est sous un abri, que cela coûte cher..............etc mais le comble de la connerie, c'est de répondre que le char va s'y habituer et qu'il ne démarrera plus s'il n'est pas branché toutes les nuits!!!!! Ou dans le même registre de niaiseries, de prendre en compte le facteur vent!!!!!!! La ferraille s'en fout du vent, quand il fait -12°C mais -28°C avec le refroidissement éolien, tu branches pas ton char, c'est-tu clair pour tout le monde???
Une chose est sûre, la durée de vie d'un moteur et celle de la batterie, est plus importante et revient plus cher à changer que les quelques kw/h supposément économisés, surtout au Qc où le prix de l'électricité est bien moins chère qu'en France. Seulement deux fois et demi moins, d'après ce que je sais, alors donnez un peu de fun à votre char, il en a ben, ben besoin en ce moment!

Un petit gadget bien pratique au Qc, c'est le démarreur à distance, bien pratique lorsqu'il fait très frette. Ce n'est pas trop coûteux à installer et cela permet de faire démarrer son char depuis chez soi ou le bureau. Comme pour tout, il y a toujours des niochons qui abusent et font par exemple tourner le char 15/20mn et attendent qu'il fasse au moins 23°C dedans avant d'y mettre les pieds! Sans parler de ceux qui laissent le char en marche 10mn, devant le dépanneur ou le maxi du coin, faut-tu être cave des fois!

En cette période, comme pour toutes les autres, les québécois ont adoptés depuis fort longtemps un style de vie que vous pouvez copier sans problème.
Tout d'abord, c'est le mois de la poutine. Pour ceux qui n'y ont pas encore goûté, c'est le moment idéal puisqu'elle ne coûte pas grand-chose du fait que le rabais appliqué est en étroite relation avec le thermomètre extérieur!!

Vu que sortir dehors devient de plus en plus pénible, même pour les plus vaillants, une foule d'autres activités sont maintenant de rigueur.
Attention, je n'ai pas dis qu'il ne fallait plus sortir du tout, une petite marche de santé sous un soleil radieux et par un beau -20°C est toujours appréciée mais pas toute la journée!

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, non les québécois ne restent pas systématiquement enfermés chez eux, ils magasinent. Malgré que la période des fêtes de fin d'année ait fait de gros trous dans le budget, il faut prévoir de renouveler la garde robe de toute la famille pour la prochaine année et faire les soldes et autres spéciaux, parce que c'est le bon temps pour cela à partir de la mi-janvier, idem pour tout le matériel de sports d'hiver. Que l'on soit propriétaire ou locataire, penser aux changements possibles, prévoir les travaux extérieurs, revoir la déco de la maison ou de l'appartement, permettra d'améliorer son cadre de vie lorsque l'été sera de nouveau là ou pour le reste de l'année. Cela permet aussi de noter les améliorations à apporter pour que le prochain hiver soit plus confortable et moins froid. Puis aussi de mettre en œuvre toutes sortes de choses que l'on avait planifié durant les beaux jours. Même si le froid intense n'arrête pas les gens désireux de magasiner et d'acheter, il faut bien reconnaître que cette période de l'année est propice aux journées tranquilles à la maison, il est de bon ton de faire le plein de DVD, CD ou K7 VHS pour passer d'agréables moments familiaux sur le canapé.
Les dîner entre amis sont aussi l'occasion de se retrouver puisqu'en général, l'emploi du temps de chacun est certainement moins chargé. Il y a toujours un arrosage de visas à fêter, l'anniversaire de l'un, la première dent du fils de l'autre, les photos des dernières vacances à regarder, l'album photos français par exemple à voir............................etc!
Les discussions MSN avec la famille ou les chums en France par exemple, le téléchargement de musique ou de films (sur des sites payants bien sur!), les retouches photos et le montage d'albums, le surf plus intense sur Internet et les forums,..............................etc fait que l'ordinateur a des journées bien plus remplies que lorsqu'il fait 25°C dehors.

Il est également à noter qu'il y a recrudescence d'après-midi tricot, crochet, macramé ou simplement peinture pendant ces journées froides!
Certains de mes chums ou collègues en profitent aussi pour prendre des cours, c'est-à-dire se perfectionner en anglais par exemple, en informatique ou faire l'apprentissage de nouveaux logiciels.
De mon coté, je ne suis plus à une heure supplémentaire près. Puisqu'il y a toujours de la job en masse pendant cette période de l'année, cela me permet de remplir ma banque de temps et de la dépenser sur les routes québécoises en bike, lorsque les beaux jours sont revenus, héhéhé.
Pourquoi ne pas profiter de cette période plate pour s'enrichir intellectuellement et en apprendre plus sur le Qc, en visitant les nombreux musés ou autres expositions diverses qui existent dans toutes les grandes villes.

Une chose à ne pas manquer: le traditionnel carnaval de Québec. Habillé chaudement, c'est l'occasion de sortir en famille pour découvrir l'un des événements incontournables de la vie québécoise en hiver. Courses de chiens de traîneaux et de canots, concours international de sculpture sur neige, bain de neige, glissades diverses, balade en carriole, sans oublier le défilé dans les rues de la ville et tout un tas d'activités, sont prévues pour le bonheur de tous du 28 janvier jusqu'au 13 février. Pendant ces deux semaines, les rues de Qc sont pleines de touristes plus ou moins frileux, venus de partout dans le monde pour découvrir l'hiver dans sa vraie dimension et avoir aussi une autre vison de notre province que celle des érables flamboyants à l'automne.

Pour ceux qui sont encore et toujours célibataires, c'est l'occasion idéale de vous trouver une blonde ou un chum. Il est reconnu par de nombreux organismes ou associations diverses d'aide aux personnes seules que la meilleure période pour se matcher, est celle que nous vivons présentement. En effet, la libido de chacun étant plus ou moins au ralenti, les critères de sélection sont beaucoup moins élevés qu'en plein été par exemple où le petit gros boutonneux à lunettes aura beaucoup plus de mal à cruiser et trouver son autre moitié que le bôô gars tout en shape!!! Si vous trouvez la blonde idéale mais qu'en tant que français, vous êtes encore sujet à des excès de prétention maladive ou des périodes intemporelles de chialage, dites vous bien que vous avez encore quelques mois devant vous, pour corriger ces quelques problèmes comportementaux. Ceci avant que l'été arrive et qu'elle vous crisse dehors!!!
Alors sortez dans les bars, night clubs, 5 à 7, .............etc, même le bingo peut être un terrain de chasse idéal pour ceux qui n'aurait pas la patience d'attendre leur retraite!!!!!

Ayez du fun, profitez de la vie, changez-vous les idées, voyez du monde, aérez-vous de temps en temps, planifier votre été et préparez-vous, les impôts s'en viennent!




Ma lettre à France” Les...

JayJay

“Ma lettre à France”

Les fêtes ont fait place à un creux ennuyeux et interminable, la morne grisaille de cet hiver étrange. Mon boulot m'ennuie. Le temps est exécrable, la neige trop glacée ou trop mouillée pour faire du ski. Et puis nous n'avons toujours pas les moyens d'investir dans des équipements de ski de toute façon. Ça fait un an qu'on est ici ; je m'étais donné une période transitoire pendant laquelle je savais que nous devrions faire des sacrifices. Avec un seul salaire, je donne 27 % de ces revenus aux impôts. Je paie une fortune en assurances médicales obligatoires, et pourtant j'ai une franchise insurmontable avant de pouvoir en bénéficier. Je n'ai presque pas de vacances. Je ne fais pas ce que je veux dans la vie. Dans le bottin des diplômés de mon école, je n'ai pas encore réussi à enlever « Paris » sous mon nom.

Est-ce que j'ai fait une bonne affaire, moi ?

La vérité, c'est qu'au bout de cette année, je pense toujours à toi. Tu m'attrapes au tournant, comme un souvenir furtif qui me prend aux tripes. Dan Brown m'a parlé de toi dans son Da Vinci Code que je viens de fermer. Si j'étais encore là, j'aurais sans doute suivi la trace de son héros, du Ritz par la Place Vendôme, la rue des Petits Champs, le Palais-Royal, Rivoli, Saint-Sulpice, le coin des rues Longchamp et Kléber que je connais par cœur pour y avoir travaillé trois ans. Mon Graal à moi, ce sont ces lieux mythiques et ces vieilles pierres, ces odeurs de croissants au beurre, de bon café, les klaxons, les bouchons...

Et maintenant, j'arrive au boulot aux petites heures, le soleil se lève à peine; lorsque je le quitte, il fait déjà bien noir. Le manque de lumière me fait souffrir. Et ces flashs qui m'assaillent et me rappellent ton existence....

À tout moment du jour, lorsque je m'ennuie devant mon ordinateur, lorsque j'affronte le grésil, la pluie et la glace, pendant une fraction de seconde, les images viennent me narguer. Je vois le Marché aux Fleurs, la rue Montorgueuil, la Place de la Bastille. Pour aller bosser en bagnole, je contourne la Place Iéna. On passe devant l'Orangerie. La Conciergerie. J'arrête à Bercy. Plus tard on ira chercher des falafels rue des Rosiers.

Mon ancien chef, à qui j'ai filé un coup de main, m'a envoyé des fleurs. Je suis bien consciente de ne pas être grand-chose pour toi, mais de savoir qu'on ne m'avait pas oubliée chez toi m'a fait quelque chose. J'ai pensé plusieurs fois « Et si je revenais ? ». Et si on oubliait cette dernière année, qu'on capitulait et revenait vers toi ?

Il y a des moments où je t'ai détestée. Faut pas croire que j'ai des regrets de t'avoir quittée, je n'en ai pas. Mais lorsque je me pose des questions et que je constate que la période transitoire que je m'étais sagement donnée dure un peu trop longtemps, soudainement, tu me manques. Depuis que tu es absente de ma vie, tu deviens magique, idéale et pleine de sens. Tu as encore des choses à me dire. Je veux te revoir et je pleurerais de désespoir lorsque, fataliste, je m'imagine que ce ne sera jamais possible.


On me dit que le temps arrange tout et qu'au fond du baril, parfois on rebondit. Et c'est ce qui est arrivé. Alors que nous étions au bout de nos ressources, on a lancé en se berçant d'illusions peut-être quelques candidatures spontanées. Quelques heures plus tard le téléphone a sonné et le lendemain, DJay avait du boulot. À Ottawa, ô ironie, alors que du côté québécois on requiert le bilinguisme qu'il n'a pas. Commence la recherche d'une garderie et tombe sur moi l'urgence soudaine d'avoir ma voiture et.... mon permis. Ma mère accepte de nous dépanner quelques temps pour les enfants. Le temps qu'on se refasse une santé financière et que les petits, qui ont leur papa à la maison depuis un an et demi, s'adaptent à nos obligations professionnelles.

DJay est déjà plus guilleret. Il aime son travail, qui lui donne l'occasion de parler à plein de gens et d'apprendre énormément sur le fonctionnement de l'administration fédérale. Il a toujours eu une personnalité « pédagogue » et maintenant il peut en faire son gagne-pain. Il travaille dans le plus beau coin d'Ottawa, aux alentours du Centre Rideau. Il prend des cours de DAO au cégep aussi et toute cette activité soudaine, même si elle est un peu fatigante, est aussi très stimulante. C'est contagieux. Comme quoi, quand ça va bien, le moral est meilleur (et cette phrase me vaut de gagner le concours de lapalissade pléonastique la plus « cheesy »).

La glace qui pave notre entrée va bien finir par fondre. Les tulipes vont apparaître, on va sortir nos vélos et la piscine gonflable. On va pouvoir se mettre à économiser. Mon boulot est certes d'un ennui assez atroce, mais il y en a d'autres, des boulots. Mon frangin a fait ses deux maîtrises à 40 ans passés, je peux le faire moi aussi. Parce qu'ici, tout est quand même un peu plus possible.

Dans le magazine L'Actualité que j'ai reçu cette semaine, en couverture, on annonce : « Changer de vie. Beaucoup en rêvent. Certains osent. Pourquoi ? Comment ? ». On y relate l'histoire d'individus qui ont fait prendre à leur vie un tournant inattendu : une Torontoise, des Français et un Californien qui ont tout quitté pour s'établir au Yukon (tiens, tiens), une Québécoise qui a laissé derrière une partie de sa famille pour faire de l'humanitaire en Afrique, un scientifique qui est devenu séminariste, une famille québécoise qui a parcouru les océans pendant cinq ans....

Ces gens, qui sans être riches, étaient « installés » dans la vie, ont à un moment de leur vie tout plaqué. Pas nécessairement jeunes, pas particulièrement aventuriers, ils ont eu l'audace de changer de vie.

Contrairement à ce que je croyais autrefois, la décision de partir n'est pas qu'une simple équation de + et de -. La méthode décisionnelle du choix rationnel ne fonctionne pas dans ce cas. Il faut rêver et planifier ce rêve. Il faut une envie profonde de changer de vie et d'en assumer les bons comme les mauvais côtés.

Il paraît qu'à Whitehorse, au Yukon, il y a un bronze et une inscription qui dit : « En hommage à tous ceux qui vont au bout de leur rêve ». J'ai eu cette chance deux fois. Et nous l'aurons peut-être encore.

(Cette chronique est dédiée à Aurélien, mon pote qui veut changer de vie).

Choix de vie Quand je...

Monikebek

Choix de vie

Quand je regarde le parcours de ma vie, je me dois de me poser des questions ...

Si ma vie a été d'une stabilité totale tout au long de mon enfance et ma jeunesse pour sortir des chemins battus une première fois en quittant le foyer familial et l'Allemagne pour rejoindre mon amoureux en France à même pas 19 ans, suivie d'une autre période d'incroyable stabilité durant 16 autres années, je ne puis que dodeliner de la tête en contemplant la suite !

Tout d'un coup, je quitte mon mari et mon fils, je suis mon nouvel amoureux au Colorado où on a déménagé 4 fois en deux ans et où j'ai eu un enfant après une pause bébé de 16 ans, puis on revient en France pour 2 ans (3 adresses ...), le Québec pour 4 ans (avec seulement UN déménagement ...), et me voici au Yukon !!!

Je pense que chaque immigrant se pose la question un jour ou un autre: pourquoi je veux partir ? Qu'est-ce que je veux trouver ? Comment savoir si j'ai trouvé ce que je cherche ? Et est-ce vrai que je ne puis le trouver là où je suis ?

Une Amie m'a dit l'autre jour que j'avais une valise dans mon coeur (ou le coeur dans une valise ? je ne sais plus !). C'est une belle expression à mon sens, que ce soit l'un ou l'autre ...

Probablement il y a UN point commun à tous les immigrants: on fait un choix, le choix d'une nouvelle vie, parfois un choix DE vie d'ailleurs. Et c'est exactement ce que nous venons de faire en quittant le Québec pour aller vivre à l'ouest et plus précisément au Yukon. C'est un choix de vie.

En quittant l'Europe, nous avons laissé derrière nous un climat dans le monde du travail qui nous déplaisait profondément parce que l'on n'est pas valorisé du tout en France ni en Allemagne ni en Belgique. De par notre expérience au Colorado, nous avions pris goût à la reconnaissance des efforts et qualités. N'est-ce pas infiniment plus agréable de recevoir des compliments que des réflexions négatives et gratuites?

Au Québec, nous avons connu une atmosphère au travail que nous avons eu du mal à digérer au début: c'était trop beau pour être vrai! Toutes ces années de galère, et tout d'un coup, nous voilà devenus ouvertement appréciés! Nous avons dû mettre quelque chose comme 2-3 ans à le vivre sans complexes, je dirais même que je commence tout juste à me sentir à l'aise dans ce positivisme. Nous sommes devenus capables nous aussi d'accepter des compliments, en distribuer à tour de bras et d'en apprécier les mérites: tout en restant 100% honnête, l'ambiance générale est bien plus détendue et de fait, on fournit plus de travail et certainement d'une meilleure qualité. Mieux encore: notre estime de soi ainsi “boostée” nous permet de communiquer plus naturellement, et force est de constater que nous sommes entourés d'humains !!!

Pour un immigrant d'Europe, rien que cela peut être un excellent choix de vie !

Mais comme vous le savez, nous ne sommes pas totalement convaincus de vivre notre rêve dans toute son envergure, et nous avons cherché plus loin depuis presque deux ans. Il nous semble rageant que malgré nos bonnes jobs, il ne nous reste presque rien de nos salaires à la fin du mois, de l'année. Il nous fallait une alternative pour arrêter cela. Nous ne voulions plus être pris dans les rouages de la consommation au point où la moyenne de nos convives se trouvent. Jamais de temps pour les enfants en fin de semaine parce qu'il faut faire le ménage, le lavage, bla bla bla, je n'invente rien que vous ne sachiez déjà.

Alors nous avons fait un choix de vie, et nous ne pouvions le réaliser au Québec. Nous avons décidé que MOI, je serais la personne salariée et que mon mari quitterait son travail pour prendre soin de la maison et des enfants. Parce que lui est un bricoleur hors pair tout en étant une vraie fée, euh, OK, un magicien du logis, et qu'il peut faire tellement plus de choses que moi en restant à la maison, nous avons décidé que ce serait lui le conjoint au foyer. Donc un salaire en moins. Donc moins de sous.

D'abord, nous avions “lorgné” vers l'Alberta, mais vous savez entretemps que c'est le Yukon qui a remporté la coupe... Et je ne vous cacherai pas que le fait que moi, une femme sans aucun autre diplôme que celui qui est donné après les examens écrits et oraux après la 13e année scolaire en Allemagne, je pourrais avoir une belle job au Yukon, a pesé lourd dans la balance !

Alors OK, un seul salaire ... mais pas de frais de garderie ou garderie scolaire/parascolaire (avec deux enfants, ça commence à avoir un certain impact !), une réduction d'impôts parce que le conjoint n'a pas de revenus, moins de frais d'assurance de voiture qui d'un coup peut être assurée en “tourisme” et non plus “trajet travail”, moins de frais de nourriture parce que nous allons avoir une serre avec nos propres légumes que mon mari se fera un plaisir de cultiver, les petits plats qu'il va cuisiner et congeler au lieu de les acheter tout faits parce qu'en travaillant à deux, plus le temps de cuisiner, certains vêtements ne devront plus être achetés parce qu'il va coudre (ben oui, ça aussi il sait le faire !!! mais il refuse de se lancer dans le tricot, hihihi)...

Une des raisons qui nous permet ce choix de vie aussi, c'est que nous nous sommes éreintés à payer notre maison au Québec avec des remboursements élevés pour se débarrasser vite de l'emprunt et qu'avec la vente de la maison qui va se faire un jour ou un autre, nous n'aurons plus d'emprunt du tout à rembourser parce que nous pourrons acheter un terrain et le matériel de construction avec cet argent, et que c'est mon mari qui va la construire, la maison. La différence de prix résidera dans “l'huile de coude” ...

La raison principale pour laquelle un tel choix de vie n'est pas viable dans notre cas au Québec est le fait que tant au Québec qu'en Alberta, je n'aurais jamais pu avoir une job comme je l'ai ici. Au Québec, il aurait fallu que mon mari continue de travailler pour un patron, mais si moi je m'arrêtais, un tas de choses n'auraient pas été faites à la maison et dans le jardin parce que je ne sais pas les faire et que ça ne me tente pas de les apprendre et que pour nombre d'entre elles, je doute que j'aurais été capable de faire face. Donc financièrement peut-être OK, mais mon mari aurait toujours dû faire du travail à la maison en soirée et en fin de semaine. Toujours pas autant de temps avec les enfants que nous n'aurions voulu. Choix de vie, je vous dis.

Mais ce choix de vie n'était absolument pas dans nos têtes il y a seulement trois ans. Il nous a fallu vivre tout ce que nous avons vécu tant en Europe qu'aux Etats-Unis et au Québec pour en arriver à ces conclusions. Puis oui, l'âge aidant ... si si ... On ne raisonne pas de la même façon à 25 ans qu'à 40 ou 45.

Mais ce choix de vie n'est pas de vivre en “cabin” isolée loin de toute âme qui vive sans électricité ni eau courante comme beaucoup vivent ici au Yukon par choix, avec ou sans enfants. Si nous avons décidé de ne plus prendre d'abonnement pour la TV ni de téléphone interurbain, nous n'allons pas renoncer à l'internet au plus haut niveau que nous puissions accéder là où nous sommes (sauf en ce moment ...c'est leeeeent...) ni à rester à jour dans l'évolution des logiciels usuels et apprendre tout cela à nos enfants. Nous ne renoncerons pas non plus à l'électricité ni l'eau courante sauf que cette dernière ne nous sera pas acheminée par les tuyauteries de la ville mais par un réservoir que nous remplirons avec l'eau que nous irons chercher aux endroits indiqués avec notre propre petit moyen de transport d'eau (je vous dis que Pascal bricole ...).

Le choix de vie est de réduire voire bannir les choses que nous considérons secondaires, d'avoir du temps pour montrer certaines choses de la vie à nos garçons si avides d'apprendre et tout simplement être une famille qui travaille ensemble à certaines taches pour ensuite avoir du temps pour s'amuser tous ensemble, avoir du temps pour aller skier en fin de semaine, avoir du temps pour écrire de belles lettres à la famille et aux Amis, avoir du temps pour du bénévolat et donner un coup de main aux voisins et aux Amis, avoir du temps pour préparer un anniversaire, avoir du temps pour accueillir un ami des enfants à la maison, avoir du temps pour vivre et créer ces moments uniques qui surgiront de nos mémoires quand devenus vieux, nous ferons des bilans sur ... nos choix de vie !

Monika

Bonne Année 2005 ensoleillée de...

ohana

Bonne Année 2005 ensoleillée de la Nouvelle-Calédonie !

Hé oui, comme vous le savez depuis ma dernière chronique, je suis de retour dans mon île natale pour quelques semaines de vacances, vous laissant – temporairement et sans aucun regret, oui je l'assume - le froid hivernal du Québec pour la moiteur de l'été tropical qui baigne actuellement le Pacifique Sud. Dans cette chronique, j'ai envie de vous parler de la perception qu'ont les néo-calédoniens, francophones océaniens, des québécois, francophones nord-américains. Enfin, perception le mot est grand : je ne me suis pas livré à l'une des ces études dignes des grandes maisons de sondage, bien au contraire. « Armé » de quelques questions de mon cru, j'ai tout bêtement interrogé famille, amis, amis de mes amis et même des inconnus (que ne ferai-je pas pour vous donner une chronique qui a de l'allure hein !). Nul n'étant prophète en son pays, j'ai trouvé le sujet intéressant, histoire de savoir comment des gens, à l'autre bout de la terre dans un environnement complètement différent de celui du Québec, pouvaient percevoir ce village d'irréductibles francophones résistant encore et toujours à l'envahisseur (anglophone, of course) ....

En apparence, aucun point commun ne semble exister entre le Québec et la Nouvelle-Calédonie : la distance les séparant (je laisse les passionnés du genre calculer le nombre exact de milliers de kilomètres d'océan pacifique et de terre entre ces deux contrées) constituant, dès le départ, un argument dissuasif en soi pour se livrer à tout exercice comparatif. En lien avec le point précédent, notons aussi les différences de climat : quatre saisons bien distinctes au Québec contre littéralement deux saisons en Calédonie (un « hiver » qui ferait rigoler ou rêver - rayer la mention inutile - tout québécois avec des températures oscillant en effet entre 12 et 16° Celsius au plus froid et un été moite mais splendide avec cependant son cortège de cyclones tropicaux en janvier-février).

Cependant, en y regardant de plus près, on finit par déceler, ici et là, quelques similarités qui valent la peine de s'y arrêter. En premier lieu, le partage de la même langue officielle soit le français, réminiscence formidable de la présence de la France à un moment ou à un autre dans l'histoire de ces deux contrées. Ainsi, si le Québec n'est plus un territoire français depuis une secousse, la Nouvelle-Calédonie fait toujours partie de la république française à titre aujourd'hui de POM (pays d'outre-mer possédant son propre gouvernement bien que les pouvoirs régaliens – monnaie, défense, diplomatie, etc – soient toujours du ressort de la Métropole). Par ailleurs, le Québec comme la Calédonie ont constitué, au début, d'excellents endroits pour exiler ces parias ou rebuts de la société que la douce France ne voulait plus chez elle .... Sur le plan généalogique, n'ai-je d'ailleurs pas trouvé des Fontaine, Allaire, Tremblay ou encore Pelletier dans le bottin téléphonique calédonien ? Bon, je rêve probablement en couleur d'imaginer une famille aux ramifications dans le monde entier mais je trouve l'idée fascinante et ça me suffit. Dans la même veine, et là je m'adresse à nos amis forumistes maghrébins, j'ai pris soin de relever aussi des Kaddour et des Aïfa (pour ne citer que ces noms).

Autre ressemblance intéressante : à l'instar du Québec, la Calédonie voit depuis plusieurs années sa vie politique s'organiser autour du thème de l'indépendance. A la différence cependant que ce ne sont pas les calédoniens descendants de bagnards ou de colons qui souhaitent l'indépendance comme les québécois mais essentiellement les autochtones, c'est-à-dire les mélanésiens (peuple de l'Océanie comme les polynésiens ou les aborigènes) : un peu comme si c'étaient les Premières Nations qui avaient initié le mouvement indépendantiste au Québec et fondé le PQ par exemple. Toutefois, j'aime à rappeler que si la Calédonie se réveillait indépendante demain, elle ne se retrouvait pas vraiment dans les vingt premières puissances économiques au monde comme cela serait le cas du Québec par exemple .... (les loyalistes, c'est-à-dire ceux désireux de garder la Calédonie au sein de la France, brandissent régulièrement le spectre d'une possible rétrogradation économique, sociale et même culturelle à l'instar du Vanuatu – anciennement Nouvelles-Hébrides – depuis que ce dernier est devenu indépendant).

Autre point commun, plus positif sur le plan économique et très d'actualité : le nickel. Ce minerai, qui rentre dans la composition de plusieurs produits de consommation courante comme les pièces de monnaie par exemple, fait de la Calédonie le 3ème ou le 4ème producteur au monde (derrière la Russie et le Canada notamment). Cela a finit, un jour, par attirer l'attention très intéressée de deux des plus grandes compagnies au monde du secteur, soit Inco et FalconBridge ..... Deux entreprises canadiennes. Le calédonien entend alors beaucoup parler du Canada ces dernières années : d'ailleurs, Philippe Gomès, ministre dans l'actuel gouvernement calédonien, a rencontré Jean Charest il y a quelques mois (petite anecdote à ce sujet : des photos ont été publiés de cette rencontre dans le journal local et les gens d'ici se demandaient qui était le gars à côté de Gomès, hilarant). En outre, l'OPT (l'office des postes et télécommunications, l'équivalent calédonien de Bell Canada) annonçait fièrement la semaine dernière la signature d'une entente avec Rogers Wireless, permettant ainsi tant aux abonnés calédoniens que canadiens de pouvoir utiliser librement leurs cellulaires qu'ils soient en Calédonie ou au Canada. Enfin, il existe une association, l'Alliance Champlain, fondée en Calédonie par un québécois désireux de promouvoir encore et toujours les beautés et subtilités de la langue de Molière et qui considérait y trouver dans l'île un terrain fertile en ce sens.

Bref, oubliés les milliers de kilomètres entre la Calédonie et le Canada et ravivons la fraternité quelque peu assoupie des « cousins » francophones ! Maintenant que le contexte a été (brièvement) placé, qu'en pensent-ils justement ces fameux calédoniens du Québec à proprement parler? Premier constat : chers québécoises et québécois, remerciez du fond du cœur Céline Dion et même dans une certaine mesure, Joe Dassin ! En effet, le calédonien associe systématiquement le Québec à Céline Dion : « et alors, tu l'as déjà vu pour de vrai la Céline ? », « quand tu rentreras, dis-lui que ça serait sympa qu'elle fasse en tour en Calédonie un jour, ça serait très apprécié .... », « les filles ressemblent toutes à Céline au Québec ? », « ha le Québec ! C'est le pays de Céline ça ! » (notez au passage le choix du mot « pays », bon okay je me tais). Concernant l'ami Joe, il est bien évidemment fait référence à l'été indien de sa chanson : je suis resté assez surpris du nombre de calédoniens désireux très profondément d'aller au Québec pour y contempler ce fameux été indien, la douceur de sa température dans le flamboiement de ses couleurs automnales. Transition climatique, qui me permet d'ailleurs d'introduire mon second constat : l'hiver, le froid, la neige, tout ça ensemble ! « c'est quoi le plus froid que tu as connu ? », « vous allez travailler même quand il fait en-dessous de zéro ? », « ha le Québec, t'es malade de vivre là-bas avec le froid qu'il fait .... », « en fait, c'est comme dans mon congélateur en un peu plus froid, c'est tout .... » (je l'aime pas pire celle-là !). En clair, le calédonien ne comprend pas qu'on puisse vivre dans un pays pareil, même si, au préalable, il aura tenté l'effort très louable de justement comprendre son « cousin » québécois. Troisième constat qui m'a le plus touché : l'accent. Evidemment, après six ans au Québec, j'ai fini par l'pogner l'accint québécois, tsé veut dire ? Et bien sûr, famille et amis ne cessent de me le faire remarquer : cela fait rire certains (« tu parles comme Céline ! » vous aurez remarqué qu'elle n'est jamais loin la Dion ....), d'autres essaient de m'imiter mais toutes et tous le trouvent charmant (ils le trouvent « chantant »). Philosophe comme nous le sommes sur le forum concernant ce sujet, je leur répond que nous avons tous un accent dans ce merveilleux monde de la francophonie .... Réponse que les calédoniens ne saisissent pas (« comment ça on a un accent ? Mais y'a juste toi Eddy qui a un accent ! ») en dépit de toutes les influences francophones auxquelles ils sont exposés (français de métropole, tahitiens, wallisiens, réunionnais, etc).

Au-delà de ces quelques constatations, les calédoniens ne savent que très peu de choses du Québec : durant mon séjour ici, je leur rappelle souvent que je vis au Québec et non au Canada et ils ne comprennent ce que je veux réellement dire seulement que lorsque je fais la comparaison entre la Calédonie et la France (« lorsque vous voyagez, vous avez un passeport français, mais vous considérez-vous français ou calédonien au fond de vous ? »). Attention, loin de moi l'idée de raviver une polémique de la Calédonie au sein de la république : mon but est simplement de souligner l'idée que si le Québec n'est pas la France en Amérique du Nord, la Calédonie n'est pas non plus la France dans le Pacifique (au sens juridique oui mais pas au sens culturel du terme). Même les stéréotypes habituels sur le Québec n'ont pas cours ici (les coureurs des bois, les amérindiens, la cabane en bois rond, etc) d'après ce que j'ai pu voir : en Calédonie, on sait que le Québec existe tout là-haut (mais alors vraiment tout là-haut hein) ; on sait que ça parle français (Céliiiiine), et que bord de mer (pour éviter de dire bordel de merde), ça doit cailler et qu'ils sont intéressés par notre nickel, point à la ligne. Après tout, pratiquement personne ne connaît la Nouvelle-Calédonie au Québec, non plus. Mais à la décharge des québécois, je reconnais sans peine ni honte que le Québec est infiniment plus connu que la Calédonie dans le monde (et on n'oublie pas de dire merci à Céline au passage) ?
Ceci dit, beaucoup de personnes que j'ai rencontré ou revu se sont montrées très intéressées à quitter le Calédonie pour immigrer au Québec : « comment ça marche les procédures d'immigration ? », « ça parle français dans le reste du Canada en-dehors du Québec ? » (celle-là, elle est pour toi Jimmy), « c'est comment le niveau de vie à Montréal ? » - et ça ne manque pas, je vous laisse deviner – « et Céline, y'a une chance de la croiser dans la rue ? » Pourquoi ? Le partage de la même langue pour commencer bien évidemment, cela rendant l'intégration plus aisée (ou cela fait un souci en moins à gérer, dépendamment du point de vue sur lequel on se place). Mais il y a surtout la recherche de grands espaces et un besoin très fort de diversité culturelle. La chose étant en effet que la Calédonie, petit écrin de paradis dans le pacifique certes, n'en reste pas moins une île de seulement 22 500 km? avec 220 000 habitants .... Nouméa, la principale ville calédonienne est aussi grande que Sherbrooke ! Conclusion : on en fait très vite le tour et à moins d'être un passionné obsessionnel de sports nautiques, l'ennui pointe rapidement le bout de son nez. J'ai d'ailleurs rencontré deux couples de calédoniens qui ont obtenu leurs visas de résidence permanente et qui arriveront à Montréal au printemps prochain. Très lucides sur les différentes réalités du projet qu'ils vont entamer, il n'en reste pas moins qu'ils frémissent de joie à l'idée tout simplement de prendre leur voiture et pouvoir ainsi changer de province et même de pays ; ou encore de pouvoir camper sans nécessairement tomber sur des gens qu'ils connaissent (et bien évidemment, des gens qu'ils n'ont pas nécessairement envie de voir : quand on a pas de bol, on l'a pas jusqu'au bout). Tout est dit ....

Bref, après cette analyse hautement non scientifique, et par les pouvoirs que m'a conféré Laurence et Laurent, il me semble acquis que le Canada et le Québec en particulier bénéficient d'un bon capital de sympathie de la part du calédonien moyen. Ces derniers lui inspirant en effet la sérénité, une bonne qualité de vie, les grands espaces et la nature en particulier qui est d'ailleurs un élément très important pour le calédonien. Je ne puis enfin passer sous silence la réputation des canadiens qui sont perçus (et pas seulement qu'en Calédonie d'ailleurs) comme des personnes affables, pacifiques et tolérantes ; ce dernier point se trouvant d'ailleurs grandement confirmé, toujours selon le calédonien, dans la position de la diplomatie canadienne concernant le conflit en Irak. Position à laquelle les calédoniens se sont montrés d'autant plus sensibles et réceptifs dans la mesure où la grande puissance économique du coin – l'Australie qui est à peine à 2000 kms à l'est – a clairement exprimé son indéfectible soutien aux Etats-Unis, grande puissance économique tout court.

Peut-être est-ce cela que j'ai recherché et qui m'a séduit inconsciemment au Québec et chez les québécois : ce sentiment de différence. Sur le ton de la rigolade, je dis souvent qu'il faut protéger les calédoniens car avec 220 000 têtes de pipe à tout casser, ça en fait quasiment une espèce à protéger. Tout comme les québécois. Je ne fais pas allusion au communautarisme, simplement au rêve de protéger toutes ces merveilleuses mélodies que la symphonie de la francophonie a été capable de produire jusqu'à aujourd'hui.

Allez, encore une fois, bonne et très heureuse année à toutes et tous et une pensée affectueuse pour nos frères et sœurs victimes du tsunami en Asie du Sud-Est.

Histoires d’hiver… Il neige… Il...

Bouh

Histoires d'hiver....

Il neige.... Il neige.... Il neige. Je ne m'en lasse pas. Les sapins en sont recouverts. Tout est blanc autours de chez moi, sur le balcon, dans le jardin, sur la route, sur le lac. Tout est calme, la nature est comme engourdie, comme endormie. C'est magique, irréel.
Dernièrement, à cause de la luminosité de la neige (et avec l'aide de la pleine lune), on pouvait voir dehors quasiment comme en plein jour.
Peggy et moi avons le nez collé à la vitre....
- On pourrait presque aller se promener sur le lac....
- Ouais....
- 2 heures du mat.... On sort ? On sort pas ?
Il s'en est fallu de peu cette nuit là....

4 jours avant Noël.... il est grand temps que je me préoccupe de mon sapin. Je cours les magasins.... Plus rien. On essaye de me vendre un truc synthétique. Je refuse catégoriquement. Dans le pays du sapin, il est hors de question que je m'achète un truc en plastique. Ce sera un vrai, ou rien. M'en fous qu'il dure moins longtemps, m'en fous des épines par terre. Je m'en fous un peu moins cependant de faire crever égoïstement un vrai sapin alors tant qu'à faire, je préfèrerais en trouver un avec des racines.
Rien....Rien.... Rien.
Ma copie Karine m'appelle.... Je lui raconte mes déboires sapinesques. Elle rigole.
- Ben vient en prendre un chez nous ! J'ai une haie d'épinettes dont je veux me débarrasser de toute façon. Tu n'as qu'à choisir.
Je me précipite. Le plus petit mesure au moins 3 mètres.... Heu..... Ils sont tous trop grands ! Mon esprit de petite française ne trouve pas la solution à ce problème.
- Ben coudonc ! Tu n'as qu'à couper que la tête ! Et tu laisses les racines en terre. Comme ça, il pourra repousser en plus.
Ouf, mon problème écologique est réglé.
Cet après-midi là, il fait un froid polaire. Seulement -18° au thermomètre, mais un vent à décorner les bœufs. J'ai oublié mon bonnet chez moi, je n'ai pas encore de bottes de neige, et pour couronner le tout j'ai oublié de mettre un caleçon polaire sous mon jean.... Pendant que mes oreilles et mes pieds sont en train de geler, je repense en grelottant à la 70ème loi de Murphy : « Si le matin il fait -5° et si tu penses que tu n'auras pas froid habillée comme tu es, alors l'après-midi il fera -20° avec beaucoup de vent.... ». Depuis ce jour, quelque soit la température, j'ai toujours un bonnet et des gants chauds dans la poche de mon blouson....
Je tasse comme je peux mon sapin de 2 mètres dans la voiture et j'arrive chez moi, triomphante. Rempotage, arrosage, décoration, admiration.... Surprise. Sachez-le bonnes gens ! Une épinette fraîchement coupée, ça sent fort ! Tellement fort que je me demande un instant si je ne vais pas être obligée d'ouvrir une fenêtre pour aérer. Deuxième surprise.... Mon sapin pleure. Une sève tellement collante que lorsque je m'en mets sur les mains, ma brosse à ongle et mon savon n'en viennent pas à bout. Tant pis. J'en suis trop fière de mon sapin !

Le lendemain matin, je sors pour aller checker ma boite aux lettres. Hum.... Bien frisquet je trouve.... Je rentre pour jeter un coup d'œil à l'indispensable thermomètre.... -33° ! Je reste sans voix.
Flairant les ennuis, j'essaye de démarrer la voiture. Rien à faire. Impossible. Plus de batterie. Gelée. La question de l'immigrante fraîchement débarquée me revient aux lèvres : Et maintenant.... Je fais QUOI ?
Assistance ? Garage ? Dépannage ? Avant d'en venir aux solutions extrêmes je décide d'aller rendre une petite visite à l'un de mes voisins. Je choisi une maison au pif. Je frappe.
- Heu.... Bonjour, je suis nouvelle dans le coin.... J'ai un petit souci avec ma voiture.... Vous auriez pas des pinces.... et une voiture s'il vous plait ?
En bon québécois averti, le monsieur a des pinces.... et une voiture. Et il n'hésite pas un instant à venir me prêter main forte. Mais malgré tous nos efforts (enfin surtout les siens....), ma voiture refuse de donner signe de vie. Le gentil voisin repart chez lui pour aller chercher un gros chargeur de batterie.... qui restera branché pendant 3 heures avant que ma voiture consente à démarrer... Ouf.
Je repense alors au drôle de fil bizarre que j'avais vu plusieurs fois pendre à l'avant des voitures d'ici. J'ai soudain un flash ! Mais bien sur ! Un chauffe moteur !! C'est vraiment l'outil indispensable ici. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le système, le but du jeu est de faire réchauffer votre moteur en le branchant pendant la nuit sur une prise de courant. Outre le fait qu'un chauffe moteur doit être installé sur votre voiture, vous avez besoin d'une rallonge électrique, qui vous permettra de faire le lien entre le fil qui pendouille du moteur et la prise de courant, qui se trouve normalement à l'extérieur de la maison, ou dans le garage.
Puisque j'en suis à l'équipement d'hiver pour la voiture, mes voisins conseillent aussi d'acheter l'indispensable balayette qui servira au déneigement, ainsi que la pelle qui doit rester toujours dans le coffre, en compagnie de la lampe torche, des bougies, des allumettes (le froid fait geler le gaz des briquets), de la couverture de survie et des barres de chocolat. Si je rajoute ma touche personnelle, je conseille aussi d'acheter un tapis que vous pourrez glisser sous les roues pour le cas où vous voudriez sortir par vous-même du fossé dans lequel vous serez tombé !

Noël arrive.... Malgré une soirée géniale passée en compagnie de forumistes qui se reconnaîtront, je ne peux m'empêcher d'avoir un petit pincement au cœur en pensant à ma famille.... Et je me dis que je ferai tout mon possible pour passer la prochaine période des fêtes en leur compagnie, ici ou ailleurs....

Pour conjurer le coup de blues passager, je décide de m'offrir un petit plaisir et je prends rendez-vous pour aller faire une balade en traîneau à chiens. Après tout, si je veux en faire mon métier plus tard, il faut bien que j'apprenne un jour comment ça marche. Le chenil ne contient pas moins de 200 chiens. Chaque chien est attaché à un arbre par une longue chaîne. Un nom sur chaque arbre, un chien sous chaque nom, une niche pour chaque chien. C'est le concert des aboiements. Tous veulent participer à la promenade. Gaétan, le maître de cérémonie, connaît tous ses chiens par cœur. Il égrène les noms en fonction de la place de chaque chien dans l'attelage et compose sans hésitation 10 attelages de 6 chiens chacun. Ceux qui ne sont pas choisis se recouchent, déçus, le museau entre les pattes. Les heureux élus grognent au vent, paradent, s'excitent et tirent sur leur harnais. Seul le petit junior n'en mène pas large. C'est sa première sortie officielle. Il a la queue entre les pattes, il tremble un peu, il regarde autours de lui d'un air effaré. Je ne lui donne pas deux semaines pour être aussi confiant que ses potes et pour sauter de joie lui aussi.
Chaque attelage est accroché au précédent, chaque traîneau est solidement arrimé à un piquet, les freins sont fichés dans la terre. Les chiens sont comme fous. Les instructions sont brèves. Pour avancer : « up ! ». Pour freiner : « wooow ». Pour tourner à gauche : pied droit sur le frein. Pour tourner à droite : pied gauche sur le frein. Pour arrêter : les deux pieds sur le frein. Nous prenons place aux commandes du traîneau que Gaétan nous a attribué. D'un seul coup, les amarres sont larguées. Les chiens bondissent. Le départ est foudroyant. Quelle puissance ! Quelle vitesse ! Je crie de joie, le nez au vent, la tête dans les étoiles.
Au bout d'un moment, les chiens reviennent à leur vitesse de croisière. Une petite côte se profile à l'horizon. On descend du traîneau pour aider les chiens. On courre à côté. Une descente.... On resaute sur les patins. Le traîneau prend rapidement de la vitesse. Imaginez une luge dans une descente.... tirée par 6 chiens pour l'aider à descendre encore plus vite.... C'est impressionnant. J'ai les deux pieds sur le frein pour que le traîneau n'aille pas plus vite que les chiens. Un virage !! A cette allure ?? La peur vous prend au ventre. Virage à droite ? A gauche ? Vous ne savez plus. Quel pied déjà sur le frein ? Vous improvisez, ça passe. Cool !!! Instinctivement, vous faites les bons choix. La maîtrise de votre traîneau devient instinctive.
Un arrêt. On attend les derniers traîneaux qui ont pris du retard. Mes chiens de tête sont mécontents. Ils tournent la tête vers moi d'un air de dire : « bon alors ? On fait quoi là ? » Je culpabilise. « Ben j'y peux rien les potes....Faut attendre....»
Déjà le retour. Tristement, on dételle les chiens et on les ramène à leur niche. L'un d'eux commence à hurler. Tous reprennent alors le refrain et on a l'impression de se trouver au milieu d'une meute de loups. C'est fantastique.
Je discute avec Gaétan pendant une bonne heure. Je lui pose des milliers de questions à propos de ses chiens, je m'enquiers de la formation de ses guides, de la méthode de fabrication des traîneaux. Je suis passionnée. Il me regarde en rigolant. « Si tu t'ennuies un jour et que tu as envie de voir les chiens.... reviens me voir ! » Je crois que m'ennuie déjà....

Je rentre chez moi, le cœur léger. En passant, je m'arrête acheter de la nourriture pour les oiseaux. Pour la première fois de ma vie, j'ai envie de m'intéresser aux sujets à plumes En effet, chaque jour, j'entends un pic bois dans mon jardin (en France, on appelle ça un pic vert), et sa fidélité m'attendrit (évidemment, je suppose qu'il est fidèle à son territoire plutôt qu'à moi....)
J'accroche un filet rempli de graines de tournesols sur mon fil à linge extérieur, et, en tirant sur la corde coulissante, j'envoie le filet assez loin, tout près d'un arbre.
Au bout de deux jours, j'ai toute une ribambelle d'oiseaux qui viennent picorer mes graines de tournesol. C'est génial. Je me dis que si je nourris les oiseaux, ils ne mouront pas. Et s'ils ne meurent pas, ils boufferont les moustiques qui voudront me bouffer au mois de juin. Logique non ?
Un jour, en me levant, je trouve un truc bizarre dans le filet.... un écureuil ! Il a chassé les oiseaux, il a percé un trou dans le filet, et il est bien confortablement installé à l'intérieur, en train de décortiquer patiemment toutes les graines de tournesol....
Depuis, il est devenu un habitué des lieux. J'ai acheté deux filets. Un pour lui, un pour les oiseaux. Il vient sur la terrasse, dans le jardin. Il est très familier et je peux m'approcher de plus en plus. Un jour, peut-être, il viendra manger dans ma main.

Je regarde par la fenêtre.... Et soudain, je vois un skieur sur le lac ! Suivi d'un chien, puis d'une motoneige.... Le top départ est donné. Si les gens d'ici se promènent sur le lac, c'est que je dois pouvoir le faire aussi.
Comment vous expliquer ce que l'on ressent la première fois lorsque l'on marche sur l'eau ? C'est tout simplement grisant. J'ai fait du canoë sur ce lac, j'ai nagé dans ce lac, et maintenant, je marche dessus. Je me promène, j'en fais le tour, je reviens....
Et puis je me dis que je pourrais essayer de patiner, qui sait ? La difficulté, dans la construction d'une patinoire, est d'enlever toute la neige qui recouvre la glace. Normalement, si la couche est trop épaisse, la pelle est inutilisable et il faut disposer d'une souffleuse à neige.
La météo va jouer en ma faveur. Quelques jours plus tard, étonnamment, la température remonte au dessus de 0° et il pleut. Toute la neige sur le lac fond ce jour là. La nuit suivante, il fait -5°. La glace se solidifie, le lac est un vrai miroir.... Ma patinoire est prête ! Depuis, chaque jour, je chausse les patins. Lorsque quelques flocons de neige font leur apparition, je gratouille avec ma pelle pour entretenir un cercle d'environ 150 mètres de long. J'admire le coucher de soleil en patinant, avant de rentrer boire un bon chocolat chaud.

Et les promenades en raquettes ? Vous avez déjà essayé ? Quoi de plus agréable que de partir le matin d'un jour sans nuage, les raquettes aux pieds, le sac au dos, de gravir une colline en papotant avec des amis qui vous apprennent le nom des arbres ou des oiseaux, qui vous enseignent comment différencier les traces de l'écureuil, du chevreuil ou du lièvre.... Et lorsque vous arrivez en haut de la colline, vous sortez votre pique-nique devant une vue époustouflante, et vous passez deux heures là, à ne rien faire, sinon à contempler le paysage et à vous dire que ben oui.... Il semblerait que vous ayez fait le bon choix tout compte fait.

31 décembre. Fin de l'année 2004. Mon copain Kees est de passage. Vu que je l'ai rencontré sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, nous décidons de concocter notre menu pèlerin : pâtes à la bolognaise, plus un petit extra reçu par la poste en provenance de France : une boite de foie gras.

L'année 2005 commence.... De quoi sera-t-elle faite ?
Au programme pour moi, tout d'abord, un premier retour de quinze jours en France. Je pars à la fin de la semaine et je rentre le 23 janvier. Vous aurez donc deviné l'un des sujets de ma prochaine chronique !
Ensuite, les choses sérieuses vont vraiment commencer. Trouver un premier emploi, prendre des contacts avec des professionnels du tourisme, visiter leurs installations, étudier la viabilité de mon propre projet touristique, reprendre quelques formations si besoin est.... et pourquoi pas, mettre à exécution un projet qui devient, lui aussi une obsession.... Ecrire un livre sur mon pèlerinage à Saint jacques de Compostelle....

A vous tous, fidèles lecteurs ou occasionnels visiteurs, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2005 ! Et qu'elle vous permette de réaliser vos projets les plus fous !

940 billets au total - 5 billets - de 521 à 525 affichés (188 pages)

<< précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 suite >>




Copyright © 1999-2013 Immigrer.com Inc. Tous droits réservés. Conception Solutions Netaccès