
L'incroyable chemin vers mon intégration sociale
par Olfa le 03/02/2012 Ses billets | Nos blogueurs
Je dois dire que dans cette vie ou dans une autre je ne troquerai jamais le Québec pour nul part ailleurs au monde. On reconnait une nation jeune pour les possibilités qu'elle offre à ses citoyens et des possibilités au Québec il y en a pour tous les goûts.
Je ne peux pas m'empêcher de comparer ma vie d'avant à ma vie après mon immigration et le constat est fulgurant, je suis arrivée ici avec beaucoup d'espoir et très peu de connaissances surtout sur moi-même, je ne pense pas qu'on encourageait beaucoup la connaissance de soi, là d'où je viens. Aujourd'hui je me sens si proche de moi-même et ça me rends si heureuse.
Au Québec, on peut être qui on veut et on nous donne les moyens de poursuivre notre rêve le plus cher, en tant qu'immigrant la porte nous est ouverte presque partout. Il y a certes des conditions comme partout ailleurs, il faut parler la langue du pays, être de bonne foi, rester ouvert et surtout faire preuve de tolérance. Ces conditions sont elles insurmontables ? Je ne sais pas, je ne peux pas répondre pour tout le monde, en ce qui me concerne je les ai trouvées naturelles.
Depuis que je suis arrivée au Québec et que j'ai accepté les conditions intrinsèques de ma nouvelle nation, je n'ai vu que des portes s'ouvrir et des sourires s'afficher, oui j'ai demandé de l'aide et oui je l'ai obtenu. On m'a aidé à surmonter bien des obstacles, on m'a tendu la main quand j'en avais le plus besoin, on m'a écouté me lamenter et me rechercher, on m'a soutenu pour faire un retour aux études et on m'a encouragé quand j'ai voulu faire un retour au travail, on m'a aidé à élever mon fils et on a m'a donné les moyens de l'accompagner dans toutes sortes d'activités, on m'a surtout accepté tel que je suis comme j'ai appris à accepter les personnes qui m'entourent. Je les ai acceptées dans leurs désirs et je les ai respecté dans leurs opinions.
D'autres part je n'ai jamais arrêté d'essayer, je n'ai jamais jeté l'éponge et pourtant j'aurais pu accepter la voie facile et rester encabanée ! Je ne suis pas entrain de dire que je suis meilleure que les autres immigrants, loin de là, je voulais juste dire que parfois notre pire ennemi est en face de nous quand nous nous regardons dans le miroir. Parfois c'est nous-mêmes qui créons notre propre malheur, parfois nous le faisons sans le savoir, nous nous enfermons dans notre façon de penser et nous refusons d'écouter les signes et cette voix intérieure qui crie au fond de nous.
Notre devoir en tant qu'immigrant et en tant que citoyen est de chercher par tous les moyens à nous intégrer, comment ? En parlant la langue de notre interlocuteur et non ce n'est pas à lui d'apprendre l'espagnol, le russe, l'arabe ou le chinois. C'est aussi de l'accepter et de faire preuve de tolérance, accepter que ses idéaux ne soient pas les mêmes que les nôtres et accepter que sa spiritualité ne soit pas la même que la notre et dans le mot accepter il y a un lâcher prise, il y a un abandon de préjugés et ce sont généralement les préjugés qui nous encabanent dans notre statut d'immigrant. Il faut comprendre qu'on ne reste pas immigrant toute sa vie, à un moment donné on devient citoyen tout simplement.
On vient tous de quelque part et on emportera toujours avec nous nos origines, en acceptant les autres, ceux qui sont différents, nous ne perdons pas notre identité et nous ne perdons pas notre culture, ce ne sont que de fausses croyances. En apprenant à mieux nous connaitre et à mieux connaitre les autres, nous ne faisons que nous enrichir, il s'agit d'un ajout et non d'un remplacement. On ne nous demande pas de devenir tous québécois, on nous demande d'être nous même, tout en respectant les autres, ceux qui viennent d'ailleurs, certains viennent d'ici et d'autres viennent d'un peu plus loin et c'est ça c'est la grande richesse du Québec.
Quand je m'assoie pour prendre un café avec mes amies, je regarde autour de moi et que vois-je, une amie marocaine, une autre haïtienne, une québécoise et moi tunisienne. Avec nos différentes origines nous faisons face aux mêmes réalités, nous sommes toutes des femmes, des mères, des conjointes, des amies, des travailleuses et des citoyennes. Nous échangeons nos petits trucs et nos anecdotes, nos petits plats et nos larmes. Nous nous acceptons et nous nous aimons pour ce que nous sommes. C'est ça vivre au Québec et c'est ça depuis mon premier jour ici qui m'anime et me donne la force de continuer, c'est cette richesse culturelle dans laquelle nous nous baignons tous les jours. Pourquoi s'enfermer dans une seule culture quand on peut les avoir toutes, pourquoi manger tous les jours le même plat quand on peut goûter à tant de variétés et de saveurs différentes.
Quand nous acceptons de nous ouvrir au monde qui nous entoure, nous faisons preuve de confiance, nous faisons preuve de tolérance et nous nous construisons un réseau. Notre réseau nous aide à acquérir des connaissances qu'on a pas et nous guide vers des possibilités qu'on aurait pas connu si nous étions resté enfermé chez nous avec nos idées noires.
Sortez et rencontrez du monde, vous ferez de belles et de moins bonnes rencontres et vous apprendrez à faire la différence entre les deux, vous verrez de nouvelles choses et vous aurez d'agréables surprises et puis un jour vous remarquerez que vous ne pouvez plus vous passer de votre réseau.
Surtout gardez le sourire ! La vie ne vaut pas la peine d'être vécue si on ne la vit pas comme un rêve !

Sept ans à Toronto
par Guille le 26/01/2012 Ses billets | Nos blogueurs
Sept ans. Les noces de laine. Ça tombe bien, l'hiver est plutôt rude au Canada. Les voilà déjà passées les fameuses sept années de bonheur. Et après ? Et avant ?
13 octobre 2004. Je m'envole vers Toronto accompagnée de Sylvain et nos deux chats. Sept années se sont écoulées depuis, mais je me souviens pourtant de cette journée comme si c'était hier. Je me rappelle avoir quitté la maison de mon enfance le coeur un peu serré et la voiture bien pleine, tellement chargée d'ailleurs qu'on avait dû recruter mon frère et son véhicule pour nous amener à l'aéroport. Je me souviens que mon père, sous couvert d'une migraine fulgurante, était resté planqué dans sa chambre.
Ce projet d'immigration, il n'y croyait pas trop, puis je pense aussi que ce départ tirait un trait définitif sur la petite fille que j'étais encore à ses yeux. Il ne me verrait plus les fins de semaine et ne pourrait plus me demander si je pensais à manger, dormir suffisamment et vérifier de ses propres yeux si j'avais l'air en bonne santé.
Quelques mois plus tard, il m'a montré une photo qu'il avait prise en cachette depuis la fenêtre et où l'on me voit dans la voiture avec ma mère. Je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt de ce cliché, un peu flou en plus. Était-ce un dernier souvenir de moi sur le sol français ou une photo à me ressortir en cas d'échec et de retour en France, qu'il pourrait accompagner d'un « tu vois, ça n'a pas servi à grand chose tout ce gros déménagement » ? La photo est rangée dans un tiroir depuis longtemps et le discours paternel a bien changé.
13 octobre toujours, à l'arrivée à Toronto. Je me souviens du sourire du douanier et de son « welcome to Canada », je me souviens du passage à l'immigration et de l'inspection des chats tout comme je me souviens parfaitement du coin du sous-sol aménagé chez notre ami et qui nous servira de point de chute pour les premières semaines.
Puis c'est le temps des premières sorties, des premières démarches administratives : permis de conduire, carte de santé, des premiers voyages dans les transports en commun (il m'a fallu au moins deux semaines pour comprendre leur principe de ticket de transfert), premier appartement loué, premier hiver, premières fêtes loin de la famille, premier printemps tant attendu, premières chaleurs écrasantes de l'été. Tellement de premières fois qui se sont petit à petit transformées en habitude.
Je relis mes premières chroniques et je me rends compte du chemin parcouru. Le travail d'abord. Mon premier emploi était surtout alimentaire et m'a permis de décrocher la fameuse expérience canadienne sans laquelle on ne vaut pas grand chose sur le marché du travail local. Puis je me suis faite recrutée, chose qui m'était totalement inconnue en France malgré mes diplômes, puis j'ai finalement décidé quelques années plus tard de retourner à l'université et je suis devenu enseignante.
Le Canada m'a donné mon premier boulot et une carrière aux antipodes de ce que j'avais fait auparavant. C'est ce que j'aime ici : tout reste encore possible à celui qui veut bien s'en donner la peine.
Sept ans, deux enfants et une maison plus tard, où est celle que j'étais en arrivant ? Est-ce que l'immigration nous change ? Que deviennent nos rêves, nos espoirs, nos frustrations ? Je ne suis plus tout à fait française, j'ai maintenant deux nationalités. Lors de la cérémonie de la remise de la citoyenneté canadienne, j'ai été émue. Touchée par le discours du juge, fière de faire partie du pays que j'avais choisi. Je sais, ça fait con, mais c'est vraiment ce que j'ai ressenti. Si demain je ne devais garder qu'un passeport, ce serait celui avec la couverture bleue.
Ma qualité de vie n'est rien en comparaison de ce que j'avais en France et chaque retour sur le vieux continent ne fait que renforcer ce sentiment. Mes premiers retours étaient différents dans le sens où c'était encore un peu difficile de me dire et surtout de faire comprendre aux autres que « chez moi c'est au Canada ». Pendant longtemps j'ai eu le droit à la question « bon alors quand est-ce que vous revenez vivre en France ? » et quand je répondais « jamais » je déclenchais quasi systématiquement un haussement de sourcil et une crise de rire. Puis l'entourage a compris que lorsqu'on rentrait en France c'était pour les vacances, pas plus.
Je me souviens qu'en France tout me paraissait trop petit, trop étriqué. Les gens un peu trop les uns sur les autres et prêts à se sauter à la gorge au moindre regard de travers.
Puis cet hiver, c'est presque de la pitié que j'ai eu. J'ai trouvé les gens ternes et résignés, enfermés dans une vie où peu d'espoirs sont permis et où il faudrait vendre un rein à chaque fois qu'on veut aller faire les courses au supermarché du coin. Bon c'est peut-être parce que d'habitude je rentre en été et que là, décembre oblige, il faisait gris et moche tous les jours, mais la bonne humeur et la joie des torontois pendant les fêtes m'a terriblement fait défaut.
Je me souviens que lorsque je suis partie en 2004, tous mes amis m'ont fait la promesse de venir nous rendre visite. Sept ans plus tard, je suis revenue en France plusieurs fois, et ceux qui ont fait le trajet au dessus de l'atlantique pour atterrir à Toronto se comptent sur les doigts... d'une main. C'est ça aussi l'immigration. Perdre un peu de vue ceux qu'on aime, même ses amis les plus chers. J'ai raté des mariages, des naissances, des ruptures, des discussions enflammées à nos terrasses préférées, des virées shopping, des soirées de nouvel an, des anniversaires. Eux aussi n'ont pas été là pour partager des moments, plus ou moins importants de ma vie. Mais je ne leur en veux pas et j'ai toujours autant de plaisir à les voir quand je rentre. J'ai aussi, je dois l'avouer, toujours l'espoir fou que l'un de mes proches vienne s'installer ici. Parce que, oui, il faut bien le dire, sept ans loin de sa famille et des gens qu'on aime, c'est long. Dans une vie parfaite, je serais ici, mais mes parents ne seraient pas trop loin ainsi que d'autres personnes que j'apprécie énormément et qui me manquent. Pourtant, malgré ce vide, je ne pourrais jamais faire le choix de rentrer. Ma vie n'est pas en France et j'ai eu plus que le temps de m'en rendre compte depuis 2004.
Parce que Toronto, c'est un peu le pays des bisounours comme dirait mon cousin et que je n'ai jamais autant aimé une ville dans laquelle j'ai habité. Les gens, dans leur très grande majorité, sont serviables et souriants. On peut laisser plein de choses sur son porche et ce n'est jamais volé (sauf les vélos, il faut l'avouer), on peut oublier son sac dans des lieux publics et le retrouver ainsi que son contenu (Sylvain a testé un nombre incalculable de fois), on peut sortir en mini-jupe sans se faire siffler, on peut manger des sushis et des empañadas dans la même journée. Ma vie est ici parce que j'ai envie de continuer à utiliser le verbe pouvoir pour au moins les sept prochaines années.

Et si c'était à refaire
par Yann le 03/12/2011 Ses billets | Nos blogueurs
Après avoir lu le récit de mon installation et de mes démarches pour obtenir la résidence, un lecteur de mon blog m’a demande si après coup, je le referais. La réponse est oui, oui et oui. M’installer à Montréal a été un tournant dans ma vie sur tous les plans et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde. Quoique je ne regrette rien, il y’a néanmoins certaines choses, que je ferais différemment avec un peu de recul:
On se souvient, que je ne me suis installé à Montréal 8 mois après avoir validé ma résidence. N’ayant pas d’adresse Canadienne au moment de la validation, je n’ai pas pu me faire envoyer la carte de résident tout de suite. La carte de RP étant le seul document accepté pour renter au Canada, j’ai du demander un titre de voyage à $50 et refaire une demande de carte à $50 lors de mon retour a Montréal.
Outre les frais, c’est des démarches supplémentaires dont je me serais bien passé, et que j’aurais pu éviter tout simplement en donnant l’adresse d’amis au Canada au moment de valider ma résidence. La carte de Résident m’y aurait été envoyée gratuitement et automatiquement sous 3 mois. J’aurais également demande un titre de voyage à entrées multiples, qui m’aurait permis de sortir du pays et surtout d’y rentrer avant de recevoir ma carte de résident.
A mon arrivée, j’avais loué une chambre au Marriott pendant une semaine avant de signer mon premier bail. Avec un peu de réflexion, je chercherais plutôt une colocation avec des Québécois au moins pour les premiers mois. Au delà de réduire les couts engendres par un loyer seul, cela aurait agrandi mon réseau social et intégré à la culture locale plus rapidement. Signer un bail, meubler un appartement de la petite cuiller au rideau de douche représente beaucoup de frais et de tracas. J’ai tout de même apprécié mon indépendance, et d’avoir pu meubler et décorer à mon gout.
Nous avons atterris le samedi, et j’achetais ma voiture le lundi matin. Montréal, c’est comme Paris. On n’a pas besoin de voiture !!! Ca en devient même très rapidement un fardeau quand il faut se stationner, ou être pogné dans le trafic pendant des heures. Conduire à Montréal est une expérience traumatisante même pour un parisien averti et féroce. Les frais reliés à un véhicule montent très vite également : Taxe au pourcentage sur le montant d’achat, immatriculation, permis de conduire, assurance, le gas, pneu d’hiver obligatoires, garage souterrain… Avoir une voiture aura quand même été bénéfique pour beaucoup de choses. J’ai par exemple pu trouver un emploi en dehors du centre ville, mais aussi explorer le Québec a mon gré. Je connais désormais très bien la grande région de Montréal me déplaçant toutes les semaines sur les 2 rives, lorsque la plupart de mes amis peuvent compter leurs sorties de l’ile de Montréal en un an et demi, tributaires des transports.
Nous sommes arrivés au mois de Juin. L’école se termine, les étudiants travaillent à plein temps, les vacances de la construction approchent, l’emploi fonctionne au ralenti. Beaucoup d’employeurs avouent même ne pas vraiment recruter pendant l’été. Avoir su, je ne serais peut être pas arrive au début de l’été.
Le dernier point n’est en aucun cas un conseil aux futurs immigrants mais bien seulement ma préférence personnelle et n’engage que moi. N’y voyez aucune intention de lancer un débat. J’avais très envie de vivre au Canada. Et je me suis installé au Québec… Passionné d’histoire, je me suis longuement attardé sur l’histoire Québécoise, depuis mon arrivée à Montréal. Je suis admiratif et très respectueux de ce peuple et comprend les ressentis qui peuvent subsister par rapport au Fédéralisme Canadien. Mais je n’avais pas mesuré la différence culturelle et identitaire de la Belle Province par rapport au ROC avant d’y vivre. J’aime le Québec. Mais ce que je préfère au Québec, c’est son aspect Canadien. Il en faut pour tous les gouts et je n’essaye d’influencer personne. Vouloir le Canada et m’installer au Québec n’a peut être pas été ma décision la plus lucide. Avec du recul, je serais allé dans l’ouest tout de suite.
Avec des si, on refait le monde. On peut toujours mieux faire, si on avait su. Oui mais on ne savait pas à ce moment la. On peut s’informer, se documenter, il y’a toujours des impondérables qu’on ne peut prévoir avant de les vivre. Le monde fait comme il peut avec ce qu’il a. Je ne regrette rien de mes erreurs, c’est ce qui fait que chaque parcours est unique.

Adil au Québec - Les doutes
par Rayan le 29/11/2011 Ses billets | Nos blogueurs
Après toutes les démarches faites par Adil et Najat pour bien poser leurs valises à Québec, l'hiver arrive à grands pas et avec lui les premières épreuves auxquelles font habituellement face les nouveaux arrivants, le choc culturel et les premiers doutes! Le couple savait que l'hiver québécois était rude et long. Ils ignoraient que leur premier allait enregistrer de nouveaux records de consommation d'électricité en raison d'une importante vague de froid. Ce n'est pas l'idéal comme contexte pour faire connaissance avec une société, s'apprivoiser avec ceux parmi ses membres qui s'interrogent sur les conséquences de la politique de l'immigration.
La nouvelle du recrutement de Adil s'est vite répandue dans son service et même au delà. Tout le monde apprend qu'un "Musulman" vient d'être recruté. Peu d'employés savent qu'il s'agit d'un Tunisien, quelques-uns pensent qu'il est Algérien alors qu'un autre croit qu'il est Libanais. Adil est content de ses premiers pas professionnels au Québec. Ce qu'il fait comme travail est semblable à ses tâches en Tunisie. Techniquement, il est même très à l'aise comparativement à ses collègues, plutôt habitués avec l'environnement Windows. Sur le plan relationnel, il se pose des questions sur ce qu'il doit faire et ne doit pas faire pour s'intégrer au groupe. Il est cependant loin de douter que ses valeurs modernistes n'étaient pas un gage de réussite de son intégration. Il constate des différences des codes culturels locaux avec ceux des Tunisiens voire des Méditerranéens. Il s'interroge ainsi sur les raisons qui fait que tel ou tel autre collègue, avec qui il a discuté de façon courtoise la veille d'un tas de choses, ne le salue pas le lendemain quand il le croise dans un couloir alors que des inconnus lui lancent presque systématiquement des sourires. Par contre, il est agréablement surpris de voir, à l'heure de pause, un cadre supérieur venir chercher un employé de soutien pour sortir ensemble fumer une cigarette, en discutant de tout et de rien. À une échelle plus générale, il ne comprend pas la frénésie qui gagne toutes les couches de la population, à plus d'un mois des fêtes de fin d'année, ni leur engouement, qu'il juge excessif, pour la surconsommation. Il se demande si tout le monde a vraiment les moyens des dépenses engagées et fait le parallèle avec ce qui se fait dans son pays durant le mois de Ramadhan - mois de d'abstinence-, où l'on voit les familles de faible revenu s'endetter lourdement pour garnir leur table au moment de la rupture du jeûne.
Parmi ses collègues de travail, Stéphane, comptable et sympathique gars au contact facile qui n'hésite pas à approcher Adil, dès son arrivée. Il lui demande quel genre de diplômes il détient. Adil l'informe qu'il était ingénieur en Tunisie mais qu'au Québec il ne peut revendiquer ce titre, à moins de passer les examens de l'ordre professionnel, ce qui n'est pas indispensable pour les informaticiens puisque ceux-ci peuvent travailler quand même. Stéphane l'informe que lui aussi avait suivi quelques cours d'informatique avant d'aller faire des études en comptabilité. Ils discutent de la Tunisie, des Musulmans et des raisons qui ont fait qu'Adil et sa famille ont quitté leur pays pour aller vivre à des milliers de kilomètres. Stéphane se dit admiratif des gens qui prennent de tels risques en ajoutant qu'il serait impensable qu'il fasse la même chose. Adil apprécie l'échange.
Stéphane a la réputation d'être taquin: un grand gaillard qui a, tout le temps, le sourire aux lèvres. Un matin, il se présente dans le cubicule de Adil avec un calendrier d'Air Canada sur lequel on peut voir une photo d'un Boeing de la compagnie aérienne canadienne. "Tu voudrais le piloter Adil?" lui demande-t-il en poussant un fou rire qu'on pouvait entendre dans tout l'étage. Surpris mais comprenant vite que Stéphane plaisantait, Adil répond qu'il voudrait bien mais qu'il est plutôt en train de chercher une école de pilotage et demande à Stéphane s'il en connaissait une. Ce dernier répond qu'il va se renseigner à condition qu'Adil ne choisisse pas "d'atterrir" sur une ville québécoise. Adil le lui promet et ajoute qu'il cherchait encore des gens pour son équipage et que si Stéphane était intéressé, il pourrait se joindre à lui en lui miroitant les fameuses 70 vierges du paradis et en l'assurant que sa famille serait définitivement à l'abri du besoin. Tout le monde autour rit à gorge déployée et Adil pense alors qu'il vient de gagner la sympathie de ses collègues et de tordre le coup aux préjugés qu'ils pouvaient avoir sur les immigrants musulmans. Pourtant au cours des jours suivants, Stéphane rejoue le même numéro et Adil finit par le trouver moins drôle. Il est très mal à l'aise et le fait savoir. Stéphane le comprend et se retire du bureau d'Adil, sur la pointe des pieds. Adil en parle à Najat et n'apprécie pas qu'on fasse un rapprochement, même en blaguant, entre lui et le barbu le plus célèbre au monde. Elle lui conseille de ne pas s'en faire pour ça et surtout de ne pas en vouloir à Stéphane qui semble être un chic type. Pour changer de sujet, elle l'informe ensuite qu'elle va s'occuper des démarches pour son propre avenir professionnel.
Najat se rend à la faculté de médecine pour s'enquérir des conditions d'exercice comme médecin au Québec en pensant que la clé est de s'inscrire à l'université pour refaire un certain nombre de cours et obtenir une reconnaissance de ses compétences. Ce qu'elle trouve d'ailleurs tout à fait compréhensible dans le cas des médecins ayant étudié dans un autre pays qui a ses propres règles et exigences. Au bout d'un entretien d'une dizaine de minutes, elle quitte le service des étudiants étrangers qui l'oriente vers le Collège des Médecins du Québec(CMQ). On lui signifie en effet que c'est le CMQ qui détient le pouvoir d’évaluer les titres des candidats diplômés de l'étranger. Il doit s’assurer que "leurs compétences correspondent à celles requises des diplômés du Québec pour fournir des services médicaux de qualité à la population québécoise" lit-elle aussi sur le site Internet de cet ordre professionnel. Elle joint le CMQ par téléphone et on l'informe de la marche à suivre et on l'avertit que la procédure est longue et qu'il est même possible qu'elle n'aboutisse pas. Elle apprend qu'elle doit passer deux examens, qui coûtent plusieurs milliers de dollars: l'un sur la législation québécoise en matière d'exercice de la profession de médecin et l'autre dit d'évaluation du Conseil médical canadien et qui est relatif aux compétences elles-mêmes. Une fois ces examens réussis, ce qui est loin d'être une sinécure, elle devra faire une demande de résidanat dans l'une des facultés de médecine du Québec. Elle apprend que c'est cette étape qui constitue le principal obstacle et que malgré des dizaines de places de résidanat disponibles dans les hôpitaux universitaires, très peu de médecins diplômés de l'étranger sont acceptés. Elle a vent du cas de cette néphrologue algérienne qui a plus de vingt ans d'expérience dans son pays, en France et dans un grand centre hospitalier en Arabie saoudite et qui s'est vue refuser plusieurs demandes par les facultés de médecine bien que le CMQ l'ait jugée apte à exercer.
Najat est désemparée. Elle ne comprend pas pourquoi on ferme ainsi les portes à des médecins alors qu'on dit au même temps qu'il en manque beaucoup au Québec. "C'est comme si les universités disaient aux Québécois, qui ont du mal à accéder à un médecin qu'il vaut mieux ne pas avoir un médecin que d’en avoir un qui est diplômé de l'étranger" lui dit un membre d'un collectif de médecins diplômés hors-Québec qui ne désespère pas de convaincre les autorités de la nécessité de corriger la situation qui ne sert ni les intérêts du gouvernement, ni ceux des immigrants concernés ni ceux de la population. Najat s'interroge sur ce qui s'apparente à un gâchis. Alors que la formation d'un médecin coûterait jusqu'à 160 000 dollars au contribuable québécois, on refuse de faire travailler ceux qui ne lui ont pas couté un rond. Elle pense à son pays, la Tunisie, qui l'a formée et se questionne sur son exil et se demande si en quittant son pays elle ne faisait pas preuve d'égoïsme et d'un manque de reconnaissance envers sa patrie. Elle fait le parallèle avec les médecins formés au Québec et qui quittent la province pour aller exercer aux USA ou dans les autres provinces pour des motifs matériels. Elle est pour le moins amère mais elle espère que le printemps finira par pointer le nez après la grisaille.

Retour aux sources après 6 ans au Québec
par Olfa le 25/11/2011 Ses billets | Nos blogueurs
Il y a à peine trois semaines, j'étais en Tunisie pour mon premier voyage depuis six ans, un voyage dans le temps dirais-je. J'ai encore un goût amer dans la bouche et des larmes au coin des yeux, ma famille me manque et puis le goût des vacances m'enivre encore. Pourtant loin d'avoir renoué avec ce pays natal et comme tout vacancier, j'étais contente de rentrer chez moi, soulagée de retrouver mes habitudes et mes amitiés. Tu m'avais tellement manqué ma belle Tunisie et je pense que tu me manqueras toujours, comme un amour impossible, tu me tortures et tu me déraisonnes, pourtant je ne peux que te quitter encore et encore.
Le Québec est mon chez moi et aujourd'hui je sais que je mourrai ici heureuse et épanouie. Pourquoi ? la réponse est simple pourtant, ici j'existe en tant que personne, en tant que femme et en tant que mère. Ici peu importe mon âge, mon sexe, ma religion, ma couleur ou mon orientation sexuelle je suis sure d'avoir des droits et des obligations en tant que citoyenne, respectée pour ce que je suis peu importe qui je suis.
Vous me trouvez idéaliste, mais non je suis consciente qu'il reste beaucoup de choses à faire ici et je suis prête à m'y investir parce que je sais que ma voix sera entendue, je sais que je peux réclamer des services publics parce que je paie des impôts, je sais que je peux voter pour un gouvernement en toute liberté, je sais que je peux marcher dans la rue sans me sentir jugée pour mes opinions mais seulement pour mes actes. Ici je me sens en sécurité, je me sens protégée par la loi et par un corps de police à l'abri de la corruption.
Immigrer est probablement une décision un peu égoïste, on choisit de vivre un autre combat, on choisit de se battre pour une autre réalité et dans tout choix il y a, à un moment donné, un deuil à faire. Pour pouvoir vivre pleinement sa nouvelle vie, il faut se détacher de l'ancienne et avancer. J'ai fais ce choix et pendant six ans je me suis demandée si j'avais pris la bonne décision. Après tout et je dois l'admettre j'aime ma Tunisie, c'est mon pays natal et c'est là où j'ai grandi et j'ai de très bons souvenirs d'enfance mais aujourd'hui la Tunisie a changé et j'ai changé et j'ai compris lors de mon dernier séjour que je ne peux plus y vivre.
Je dis toujours qu'il y a deux types d'immigrants, ceux qui restent et ceux qui finissent par repartir, les premiers selon moi font à un moment ou à un autre ce deuil et ferment la porte qui pourrait les ramener à leur terre natale. Les autres répondront tôt ou tard à l'appel de leur patrie.
Cette chronique est ma deuxième et j'ai encore beaucoup d'histoires à raconter sur mon parcours au Québec mais j'ai choisi de parler de ce que je vis en ce moment et peut être que ce que je dis touche certains d'entre vous qui êtes encore partagés entre deux vies ou entre deux pays. A ceux là je dis donnez vous du temps car le temps répond à toutes les questions, un jour la réponse à vos interrogations vous paraitra claire et limpide comme l'eau de roche. Quand ce moment viendra, soyez à l'écoute.
A tous les autres, qui ne se retrouvent pas dans ces mots, je vous dis à la prochaine chronique !
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