S'imaginer une tempête de neige

Tof

Le chroniqueur occasionnel que je suis vous livre ici une chronique écrite au lendemain de la première tempête de l'hiver, alors même qu'une deuxième est en préparation pour le dimanche 16 décembre, soit deux semaines après la première.



Je marchais hier soir dans les rues de Montréal. Juste quelques blocs me séparaient de ma destination, mais ce fut suffisant pour m'inspirer ce billet. Il faut que je raconte à tout le monde ce que peut être la vie à Montréal avant, pendant et après une tempête de neige, sans trop sonner “redite” par rapports à nos premiers billets sur l'hiver. Voilà ce que je me suis dit. Je me suis dit aussi que dans le fond, quand on a vu Montréal au printemps, en été ou en automne mais sans jamais la voir en hiver, on n'a pas idée de ce que c'est, et on ne peut pas affirmer haut et fort qu'on aime Montréal. Ce n'est nullement un message indirect à nos proches qui, depuis plus de trois ans, rechignent à venir nous voir en plein mois de Février, quoiqu'un certain Julien l'ait déjà fait en 2005, c'est simplement un cri du coeur pour cette ville que j'aime tellement quand elle enfile son manteau blanc! Et de toute façon, je comprends très bien qu'un -30° C puisse en rebuter plus d'un. Qu'à cela ne tienne! Voici une tentative de description de ce à quoi peut ressembler la vie à Montréal en hiver.




Montréal avant une tempête de neige


Tout le monde sait, disons deux jours à l'avance, qu'une tempête se rapproche de Montréal. La question pour chaque tempête reste toujours de savoir combien de centimètres vont tomber. 15? 20? 30? 40??? En somme, s'agit-il d'une tempête habituelle ou d'une méga tempête, genre tempête de neige du 16 décembre 2005? C'est que.... ça change la donne de savoir ça à l'avance! Les plus mordus scrutent la météo toutes les deux heures (pour ne pas dire toutes les heures), et tout le monde se prépare psychologiquement. Une certaine fébrilité s'empare de la ville la veille d'une tempête, quand chacun sait qu'au réveil, une épaisseur non négligeable de neige sera déjà là, et sera là pour durer tout l'hiver. Et quand il s'agit de la première, c'est la course au garagiste pour aller faire installer ses pneus d'hiver, pour ceux qui ne s'y prennent jamais en avance, comme moi par exemple. Elle est à nos portes, elle s'en vient, et déjà l'excitation monte, les grognements grondent et les amoureux de l'hiver ont hâte.




Montréal pendant une tempête de neige


Le réveil sonne. La première chose que l'on fait une fois levé un jour de tempête n'est pas de se rendre à la salle de bain ni de se faire un café. Non. La première chose que l'on fait un jour de tempête est de regarder par la fenêtre pour constater l'”étendue des dégâts”, autrement dit, la quantité de neige au sol et si possible, sur la voiture.

En règle générale, une journée de tempête, on laisse la voiture là ou elle est, et on se débrouille autrement, sauf si on ne peut justement pas faire autrement. C'est aussi à ça que sert le coup d'oeil par la fenêtre du matin: une évaluation rapide de la dangerosité ou non d'opter pour sa voiture. Et s'il faut prendre la voiture, il faut nécessairement passer par la case “déneigement”, que je développerai plus tard! Quand on a pas de voiture, pas de grand changement, si ce n'est que les bus et les métros sont deux fois plus bondés qu'en temps normal, ce n'est évidemment pas très plaisant.



A la radio, le point sur la circulation en ville et la météo sont particulièrement écoutés et se font plus nombreux. On est pas encore sorti de chez soi que l'on mesure déjà à quel point la journée sera éprouvante.


Ce qui frappe inévitablement un jour de tempête de neige, c'est avant tout ce calme, qu'un incroyable silence favorise pleinement. En ville, tous les bruits sont étouffés par la neige, et parfois aussi par la capuche ou la tuque qu'on se met sur la tête pour se protéger de la poudrerie, phénomène ô combien déplaisant quand de forts vents accompagnent la tempête. J'avais de la difficulté à comprendre pourquoi ce phénomène météorologique qu'est une tempête s'appelait de même, tant le calme caractérise ces journées, malgré le déchainement des évènements. Ce n'est plus le calme avant la tempête, c'est bien “le calme pendant la tempête”.




Montréal après une tempête de neige

Montréal après une tempête est une ville pour le moins folklorique, en fonction de l'accumulation de neige du jour précédent. Voici ce que ça pouvait donner une journée comme hier, alors que je marchais dans les rues de Montréal.


Le déneigement des rues a commencé relativement rapidement, il devrait prendre entre 4 et 5 jours. On assiste alors à un véritable défilé de déneigeuses, suivies de près par deux ou trois camions à neige qui emmènent cette dernière hors de nos routes et qui se relaient régulièrement dès que l'un deux est plein. Montréal se transforme en fait en un gigantesque chantier ou les cols bleus s'affairent pour nous rendre la vie plus facile.


Les routes de la ville sont évidemment déblayées les premières, puis suivent les trottoirs qui se vident les uns après les autres, progressivement. Restent les petites rues qui sont laissées pour compte et sur lesquelles circuler à pied comme en voiture relève parfois du défi. Prendre le bus dans une telle rue demande une certaine souplesse pour emjamber le monticule de neige entre le trottoir et le bus.


Déneiger sa voiture, quand on est garé dans une telle rue et que la déneigeuse est passée, est un véritable cauchemar. Comme vous pourrez le voir sur certaines photos de la tempête du 3 décembre, les déneigeuses déblaient les routes, et ce faisant, elles coincent tous les véhicules stationnés le long de la rue derrière un monticule de neige qui peut atteindre des proportions hallucinantes. Il s'agit pour l'automobiliste de déneiger sa voiture, puis de déneiger ce monticule histoire de se frayer un chemin qu'il forcera de toute façon avec son véhicule, qu'il s'agisse d'un 4 par 4 ou non d'ailleurs. L'hiver est le moment de l'année ou l'on abime volontairement sa voiture, et ou on le fait en toute conscience. “Fuck that” après tout.... Sortir de son stationnement est une chose, mais retrouver une place de stationnement à son retour en est une autre. Il faut prendre son mal en patience, ou se stationner n'importe comment comme le font la plupart des automobilistes, contraints et forcés d'agir ainsi, ou encore par habitude, ne cherchant même pas une place décente puisque de toute façon, ils finiront garés n'importe quoi une demi-heure plus tard. Pour ma part, j'ai finalement réussi à sortir la voiture du stationnement aujourd'hui, et ce ne fut pas une mince affaire....



Pour finir cette chronique non exhaustive sur les joies qui encadrent une tempête de neige, voici une vidéo que j'ai filmée en fin de journée le 3 décembre, en descendant la rue Saint-Denis, alors que la tempête était quasiment terminée (il a neigé presque toute la journée du lendemain pour ne donner qu'un mince 5 centimètres additionnels).




Ok, trois ans. Pi?

Tof

Ma chronique précédente était un bilan de nos trois premières années passées en tant qu'immigrant au Québec. Et si je parlais de l'année à venir? Des trois prochaines? Des cinq prochaines? Des... dix prochaines? Est-ce que je peux affirmer avec certitude que je serai encore au Québec dans trois, cinq ou dix ans? Je vais tenter d'y répondre, par l'image, dans cette dernière chronique.



Commençons par l'année qui vient. C'est d'abord, très probablement, l'année où nous allons nous demander notre citoyenneté canadienne. Eh oui, ce serait dommage d'avoir passé ces années au Québec "pour rien", sans demander notre citoyenneté. Si pour une raison X nous devions rentrer en France, au moins nous n'aurions pas à refaire les démarches d'immigration si au bout de quelques années nous souhaitions revenir. Mais de toute façon, ce n'est pas le plus important : personnellement, il me tarde de pouvoir prendre ma part de responsabilité dans mon pays d'adoption : pouvoir voter aux élections, me sentir appartenir pleinement à la société canadienne, me débarasser de mon statut d'immigrant "permanent" qui, justement, pourrait ne plus l'être du tout par la même occasion. Bref, ça en fait du chemin à parcourir, après tous ces litres d'essence déjà consumés depuis notre arrivée. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin !



Élargissons maintenant notre champ de vision. Essayons d'y parvenir doucement. Fermez les yeux. Gardez-en juste un ouvert pour continuer à lire disons. Vous voici au Québec depuis plus de trois ans, après avoir traversé autant d'épreuves heureuses que difficiles pour en arriver là ou vous en êtes. Les lumières s'éteignent, le son mono fait place au son stéréo dolby surround tout en s'amplifiant, les bavardages du public cessent : le film commence. Vous revenez ce soir de la projection en avant première (au Québec, on s'entend) de "Ensemble, c'est tout". Très bon film par ailleurs. Un film français donc, que vous avez été voir au cinéma Quartier Latin, dans une salle remplie à craquer... de Français, pour la plupart. Voir un film français à Montréal, c'est croire pendant deux heures que l'on se trouve en France, ou plutôt oublier, le temps d'un film, que l'on a immigré au Québec, et qu'on se trouve dans une salle de cinéma à Montréal. Toutes les conditions sont réunies pour participer à cette terrible machination : film français, public composé de Français essentiellement, rires synchronisés de toute la salle sur des références culturelles ou des répliques typiquement françaises, on s'y croirait. Rien à faire, vous vous dites que c'est plaisant de retrouver instantanément les anciens repères que l'on a mis de côté pour s'en créér d'autres en arrivant. Revoir Paris, son métro, ses rues, réentendre certains sons caractéristiques de Paris ou de la France, tout cela vous fait forcément voyager dans l'espace-temps... Le temps d'un film, une certaine nostalgie de votre vie d'avant pourrait fort bien vous envahir. En ce qui me concerne, c'est presque systématique. L'intensité de ce sentiment de nostalgie dépend cependant de la qualité du film et de ses prises de vues qui parfois me titillent particulièrement. Allez, c'est la fin du générique de fin, il est temps de sortir de la salle. Eh oui, vous êtes au Quartier Latin, à Montréal ! Ça fait drôle hein ? Je sais ce que c'est ! Si vous êtes atteint des mêmes symptômes que moi, vous ressentirez ça vous aussi, à votre façon. Peut-être en êtes-vous déjà victime? Bah, pas grave. Dans les trois prochaines minutes, vous savez déjà que tout ça sera oublié. Vous serez même contents d'avoir fait en quelques secondes le voyage en sens inverse, et de profiter de l'été à Montréal !



Essayons de voir encore plus large, avec encore plus de profondeur; entrons maintenant dans l'affectif. Votre famille, vos amis, ceux que, comme moi et comme tous les immigrants, vous avez laissé dans votre pays d'origine. Certains le vivent bien, d'autres le vivent moins bien voir très mal, pour x raisons qui sont propres à chacun d'entres nous. Pour ma part, je vis l'éloignement familial et affectif relativement bien, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il se pourrait bien qu'un jour, je ne le vive plus très bien. Je touche du bois. Pourquoi éloigner cette idée, la nier même, alors que nous y sommes tous confrontés? Et si encore il n'y avait que ce fantôme pour parfois venir nous hanter et installer le doute en nous ! Parlons-en, exorcisons ces questions existentielles, si vous le voulez bien !


Je vis donc plutôt bien l'éloignement famillial, mais certaines situations installent forcément le doute, ou remettent en question ce choix que l'on a fait de vivre à l'étranger.


Je pense bien évidemment au décès de ma grand-mère, il y a déjà bientôt un an. Perdre un proche n'est déjà pas chose facile, perdre un proche quand on se trouve à 6000 kilomètres de sa famille n'est pas là pour arranger les choses. J'avais eu la chance de pouvoir
me rendre à son enterrement, mais aurais-je à nouveau cette possibilité quand la Faucheuse s'attaquera au "prochain" sur la liste? Oui, comme vous, ce mot, "prochain" me fait froid dans le dos... Aurais-je la force de surmonter un deuxième décès dans ma famille? A vrai dire, je n'en sais rien. On pense toujours que oui, parce que tout ceci fait partie de notre choix de vie, qu'on en avait conscience avant de partir.. que nenni.


Les amis maintenant. Ou plus exactement, ceux qui sont encore là après l'écrémage qui suit le départ. Est-ce qu'ils s'accrochent désespérément dans l'espoir de nous voir revenir un jour ? Est-ce qu'ils savent
ce que nous vivons au quotidien? Est-ce qu'ils nous comprendrons encore dans 5 ans, dans 10 ans, enfin, est-ce qu'ils resteront ? Est-ce qu'ils pourraient nous en vouloir de développer d'autres amitiés dans notre pays d'adoption? Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à toutes ces questions. Tenez, assez récemment, je me suis cyber engueulé avec mon meilleur ami resté en France, pour une histoire stupide de débat sur le port du hidjab, et l'utilisation du mot "soccer" ici au Québec pour désigner le football que l'on connait en Europe. Nous avons du continuer le débat par courriel pour éviter le pugilat public et parce que de toute façon, nos commentaires étaient entrés dans la sphère privée. J'en ai profité pour lui rappeler à quel point je souhaitais qu'il vienne me voir, histoire qu'il puisse se faire une idée de ce que nous vivons ici. Mais j'ai été obligé aussi de lui dire que, malheureusement, même s'il restait plusieurs semaines, il n'aurait finalement jamais une idée précise de ce en quoi est faite notre vie ici. Il n'aurait rien à se le reprocher pour autant. Ceci est le lot de chaque immigrant : gérer les décalages qui parfois s'installent, et jongler avec. Si seulement il n'y avait que le décalage horaire, hein ça... Nous avons du nous appeler par téléphone, un soir de semaine, pour en découdre, mettre les points sur certains i, et en finir avec cet épisode qui est aujourd'hui de l'histoire ancienne. Une fois de plus, tout ceci fait réfléchir.



Et enfin, finissons brièvement par la vue à long, voire à très long terme. Attention, ça fesse. On y va. Suis-je prêt à avoir des enfants au Québec? Est-ce qu'un jour, le principe de "Maman Webcam" fera partie du quotidien de ma propre mère, et celui d'"enfants webcam" pourra être le quotidien de mes propres enfants? Suis-je prêt, suis d'accord avec l'idée que mes enfants auront l'accent québécois, et seront bien plus québécois que je ne pourrais l'être moi-même? Suis-je d'accord avec l'idée que la France ne représentera que "le pays de naissance des parents", du point de vue de mes futurs enfants? Est-ce que nous serons encore au Québec dans 10 ans? Dans 20 ans? Je ne saurai le dire, ni prendre le risque d'y répondre aujourd'hui. Et, non chérie, les enfants peuvent encore attendre un p'tit boute !



Bref, cette anecdote au cinéma, et les considérations suivantes un peu plus profondes, ne sont donc pas complètement pas anodines. Heureusement, ces idées nous traversent l'esprit rapidement et de façon éphémère. De plus, c'est vrai que dans le cadre d'une chronique comme celle-ci, j'y met un peu plus de relief, voire de lourdeur... ne vous y méprenez pas ! J'espère d'ailleurs n'avoir remis en cause aucun projet d'immigration d'un lecteur qui aurait lu ces lignes, ce n'était pas le but, mais alors pas du tout !


Pour finir, car toutes les bonnes choses ont une fin, cette chronique met un terme à ma carrière de chroniqueur chez Immigrer.com. Oh je ne dis pas que je n'en enverrai pas de temps en temps à Laurence, à titre de chroniques "ponctuelles", pourquoi pas. Et puis, quitter comme ça la communauté, la grande famille Immigrer.com qui m'a tant apporté et à qui j'ai essayé de donner en retour grâce à mes chroniques, est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire !



Cette chronique parlait entre autre d'avenir... eh bien justement, il est temps que je cède ma place à une jeune recrue, fraichement débarquée, qui aura tant à raconter ! Je dois dire que ces deux dernières années m'ont beaucoup inspiré. Certains des sujets que j'ai abordé ont provoqué de vifs débats sur le forum, alors d'autres sont passés presque inaperçus. Qu'importe, j'ai fait mon temps. Ce que j'ai à dire s'oriente beaucoup moins qu'avant vers le lectorat d'Immigrer.com, et cela s'est ressenti dans mes trois ou quatre dernières chroniques. J'avais moi même plus de difficultés à trouver un sujet digne de faire l'objet d'une chronique d'une part, et d'autre part qui puisse réellement intéresser. Je pars donc, mais je garde un pied et un oeil sur vous ! Bonne chance à ma ou mon successeur(e) !



Trois ans, 'stie!

Tof

Trois ans. Cela fera exactement trois ans, le 16 mai 2007, qu'Isa et moi aurons posé nos valises à Montréal. Cet anniversaire est l'occasion pour moi de revenir sur ces trois dernières années, de faire le point, le bilan. Quelle tâche fastidieuse que celle de faire un bilan de vie, faire le point sur ces trois dernières années qui ont changé ma vie, nos vies. Je vous propose donc un voyage accéléré dans les trois dernières années de ma vie : commençons à l'heure où l'immigration au Québec n'était qu'au stade d'idée, de concept caressé doucement, de folie... jusqu'à aujourd'hui. Et sans aucun doute, demain.


Nous voici donc projeté 3 ans exactement en arrière, dans l'avion qui nous conduit à Montréal en ce 16 mai 2004. Les épreuves et les moments intenses que nous venons de vivre resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Nos deux dernières semaines en France avaient été fantastiques. Les moments forts avec la famille, avec les amis, les adieux, la veille et le mariage d'un couple d'amis auquel je n'ai pas pu assister en entier, l'au-revoir baclé et raté à mon meilleur ami, la dernière nuit avant le départ où personne ne s'est reposé, le jour du départ les yeux mi-clos et boursouflés... tout cela n'est pas près de s'effacer. Beaucoup enviaient notre projet qui se concrétisait, pendant que les autres se demandaient encore comment on pouvait sciemment lâcher un CDI à notre âge, et partir vers l'inconnu sans même avoir la certitude de retrouver du travail "la-bas". Après presque un an de démarches abracadabrantes, d'aller-retours incessants à l'ambassade du Canada, et de questions existentielles à n'en plus finir, nous y étions. Le point de non-retour était franchi. Alea Jacta Est.


Nos premiers mois sur le sol québécois furent mémorables. Le moindre écureuil fascine, l'accent québécois étonne tandis que le notre nous trahit, la taille exubérante des appareils éléctroménagers et des voitures nous prend de court, l'hiver approchant nous terrifie, l'actualité canadienne et québécoise nous dépasse tandis que les nouvelles de France et "Patxi" en couverture de Paris-Match (la Star'Ac 3... ou 4?) nous rassurent. Nous apprenons à connaître Montréal, un peu plus chaque jour : chacun y découvre ses coins favoris, ses quartiers préférés, ses nombreux parcs. Nous découvrons Montréal et ses festivals d'été, ses feux d'artifice chaque semaine. Après un séjour chez mon parrain qui nous avait accueilli pendant nos 6 premières semaines, nous emménageons en juillet 2004 dans un petit trois et demi d'une tour à logements sur Rachel, avec vue sur le parc Lafontaine et le centre-ville. Nous avions hâte d'y être... le séjour chez mon parrain s'était plutôt mal terminé pour des raisons d'incompatibilité de caractères que je regrette mais sur lesquelles je me m'épancherai pas.


Puis vient rapidement le temps de se trouver du travail, au beau milieu de cette période de découverte de notre nouvel univers. Le stress se fait sentir... et si je ne trouvais jamais? Et si je ne trouvais pas un travail qui corresponde à mes compétences, et qui me plaise ? Allez, on se lance. Six semaines dans un club de recherche d'emploi. Payées. Oui, payées ! Oh, pas de quoi se payer un trois et demi sur le Plateau, bien entendu, mais ça aide quand-même. CV refait mode québécoise, je le dépose sur Monster.ca. Et hop, mes deux prochaines années étaient bookées quelques jours plus tard. Chanceux... oui je sais. Quoique j'ai un souvenir relativement amer de ces premiers mois passés à travailler au Québec pour des casinos en ligne. J'étais tombé sur une compagnie qui ignorait parfaitement ce que signifiait le mot "organisation", et au coeur d'un business délirant d'activités et de rebondissements. Je me suis fait littéralement exploiter pendant mes trois premiers mois, à me demander quelle connerie j'avais bien pu faire en prenant ce maudit avion. Heureusement, les choses se sont améliorées graduellement, et mes journées de travail se sont terminées régulièrement à 17 heures quelques mois plus tard. Ah... maudites habitudes, satanée mentalité française et belle jeunesse, toutes trois m'avaient enferré dans cette compagnie alors qu'il me suffisait de profiter de la flexibilité du marché de l'emploi pour mieux rebondir ! Bah, à l'époque, c'était inconcevable. D'autant plus qu'Isa étudait à HEC et que nous ne vivions que sur un seul salaire, qu'il ne s'agissait en aucun cas de laisser filer. En tous cas !


Le temps passe. Déjà un an... Notre premier retour touristique en France recharge nos batteries tout en les épuisant en même temps : une semaine pour voir tout le monde, c'est bien trop court. Quelques mois plus tard, une partie de la famille vient à nous pour notre plus grand plaisir. Octobre 2005, nous craquons pour un petit chat et lui faisons élire domicile chez nous. Muffin fait désormais partie de la famille. Nous surmontons haut la main notre premier hiver, j'en redemande même. Quelle joie, chaque matin, de marcher sur les trottoirs enneigés de ce premier hiver ! Quelle expérience inoubliable que celle de fumer une cigarette par -42° Celsius avec facteur vent ! Et quelle surprise de constater qu'un deuxième automne nous attend après l'hiver, quand la neige fondante d'avril dévoile les feuilles de novembre emprisonnées sous la glace depuis des mois... La période des découvertes touche à sa fin mais nous réserve manifestement encore quelques surprises.


Nous restons un an dans notre trois et demi sur Rachel, opuis nous déménageons l'année suivante, pour nous retrouver dans un demi sous-sol quelque peu glauque, derrière le Dairy-Queen de la rue Parc. Je ne recommande à personne le demi sous-sol... je pense bien qu'il doit en exister des sympas et agréables à vivre, mais le notre ne l'était guère. Je suis encore dans mes casinos, Isa a trouvé du travail au moment ou sa deuxième année d'étude commence. À part l'obscurité de notre appart qui nous plombe le moral, tout va pour le mieux en cette année 2005. Nous partons quelques jours découvrir New-York, nous achetons notre première voiture, et nous vivons de l'extérieur les émeutes qui secouent les banlieues françaises. Je me laisse emporter par un documentaire saisissant, qui me plonge dans les méandres de l'actualité canado-québécoise et me permet d'y voir beaucoup plus clair : le documentaire "Point de Rupture", sur le référendum de 1995. Ça y est, une fibre de plus vibre en moi.


2005, c'est aussi l'année de la première saison des Invincibles, qui me montre l'audace et la force de caractère des séries TV québécoises qui sont d'une qualité époustouflante. Son cinéma non plus n'a rien à envier au cinéma français. Des films d'une immense qualité comme l'Audition, précédé d'Horloge biologique et suivi de La vie avec mon père, (pour ne citer qu'eux, sortis en 2005) me transportent au coeur des problématiques de la société québécoise que je comprends de mieux en mieux. Je fais des liens, des connexions. Certains référents culturels qui me manquaient viennent peu à peu s'ajouter au puzzle complexe et parfois tordu de la société québécoise que j'apprends à aimer et que j'aime comprendre.


L'année 2005 s'achève sur une note "blanche" : le 16 décembre 2005, 42 centimètres de neige tombent en moins de douze heures sur Montréal et sa grande région métropolitaine. Même pas la peine d'essayer la voiture, elle restera au garage ce jour là. Puis arrivent Noël et nouvel an, entre amis


2006. Élections fédérales, les conservateurs au pouvoir. Puis, les manifestations monstres anti-CPE en France, qui après les émeutes, sont le deuxième évènement que nous avons vécu de l'extérieur, avec nos yeux d'immigrants. Incompréhension face à tous ces jeunes qui n'ont jamais travaillé ou si peu, et qui claquent la porte à un contrat qui aurait pu apporter un peu de souplesse des deux côtés du bureau, le jour de l'entretien, ou le jour de la démission. Passons, et revenons au Québec. Ce Québec que je commençais à comprendre l'année précédente, j'y décrivais une autre de ses facettes qui m'avait sauté à la face dans une chronique intitulée Les deux solitudes. Ces deux mondes différents qui se cotoient cordialement chaque jour, je le vivais quotidiennement chaque jour. À l'époque, je travaillais dans le quartier d'Atwater, à quelques mètres de Westmount... et j'avais coutume de dire que je faisais en réalité des milliers de kilomètres chaque jour pour aller au bureau et rentrer à la maison. Je vivais au Québec, mais tous les matins, j'aller travailler au Canada, et tous les soirs, je rentrais chez moi au Québec. Que personne ne me dise que le Québec n'est pas différent du reste du Canada. Souverainiste de la première heure ou fédéraliste convaincu, il me semble inconcevable (ou hypocrite) de nier le caractère distinctif du Québec.


Le temps passe. Déjà deux ans. Le 16 mai 2006, soit deux ans jour pour jour après notre arrivée à Montréal, nous étions dans le bureau du notaire pour signer les papiers d'achat de notre futur condo. Rien que deux ans ! Puis un deuxième retour en France, plus long celui-là parce qu'une semaine, c'est bien trop court. La folie de la coupe du monde de football envahit Montréal, la France en finale, les Français de Montréal en liesse, mais Zizou qui déconne. Too bad. Montréal se remet d'un mois très spécial, l'ambiance retombe, les confettis disparaissent. Ma grand-mère maternelle décide d'en faire autant, un jour du mois d'août 2006. Le soir même, j'avais mon billet d'avion, et quelques jours plus tard, j'étais en France auprès de ma famille. Décalage horaire, décalage psychologique, tristesse, joie, émotions en tout genre, j'étais là, mais j'étais aussi ailleurs par moments. C'était une épreuve difficile à traverser pour l'immigrant que j'étais et que je reste encore aujourd'hui. On a beau s'y attendre, et on a beau savoir qu'on aura peut-être à faire face à cette éventualité au moment des préparatifs, rien ne peut nous permettre d'être prêt ce jour là. Vivre le décès d'un proche à distance a tendance à prolonger le deuil parait-il. C'était vrai.


Septembre 2006. Un mois de fin d'été qui aurait pu être tout à fait paisible sans le 13 septembre 2006. De ma fenêtre au bureau, du haut de ma tour, j'assiste avec mes collègues aux premières minutes de la fusillade du Cégep de Dawson, pour me retrouver projeté au coeur de l'action à cause d'une stupide mais néanmoins irrépréssible envie de fumer une cigarette. Les deux semaines qui s'en suivirent furent terriblement marqués par l'évènement, et en particulier à la place Alexis Nihon, ou je travaillais. A propos de travail, je commençais à me trouver autre chose en passant des entrevues discrètement en pleine journée ou sur l'heure du lunch, ni vu ni connu. Les casinos me lassaient sérieusement. Je finis par trouver rapidement, pour commencer une nouvelle job le 13 novembre. Commencer un 13 n'était sans doute pas une bonne idée : deux mois plus tard j'étais viré, à mon grand soulagement d'ailleurs, et une semaine après notre troisième retour en France pour les fêtes. Quelle joie de passer ces moments en famille et entre amis !


2007. Je commence ma troisième nouvelle job au Québec.. J'y suis encore aujourd'hui et pour encore longtemps j'espère ! 2007 et son hiver tardif du 15 janvier, qui s'est imposé jusqu'au 16 avril dernier avec un bon petit 10 centimètres de neige fondante pour bien t'écoeurer une dernière fois. Ça a marché pour moi. Cette année, l'hiver a eu raison de moi, et je l'ai même haï. Avril et mai nous passionnent pour l'actualité française et les élections présidentielles, nous nous remettons à regarder le JT de France chaque soir. Le 16 mai 2007, le nouveau président de la république française va prendre ses fonctions, le jour où, il y a trois ans exactement, nous avions posé nos valises au Québec.


A venir, la demande de citoyenneté canadienne ! Pas pour tout de suite, mais on y songe. Il s'en passe des choses en trois ans !!!



Aux urnes, Français du Québec !

Tof

Comme beaucoup de mes compatriotes français, je suis en train de vivre mes premières élections présidentielles en tant que Français à l'étranger. Je dois bien dire que... quelque part, et à tous points de vue, ça fait drôle. Dommage par ailleurs que le calendrier des chroniques ait fait en sorte que ma chronique tombe quelques jours avant, et non après ! Mais c'est ainsi. Il m'a été impossible de trouver des chiffres précis sur le nombre de Français résidant au Canada : je sais simplement qu'ils sont environ 120 000 et que 92% d'entre eux sont établis au Québec. 40 000 d'entre eux sont inscrits sur les listes électorales. Un petit nombre qui, ajouté à ceux des autres pays, pourrait bien faire la différence.


Mes collègues de travail et nos amis nous demandent régulièrement et avec curiosité : "Alors, c'est bientôt les élections ! Sarkozy ou Ségolène?" En ce qui me concerne, j'ai mon point de vue sur la question... mais en qualité de chroniqueur soucieux de maintenir un climat de paix sur le forum d'Immigrer.com, j'essaierai de ne pas trop m'épancher sur le "pour qui" et le comment de mes opinions. J'essaierai... mais je peux très bien faillir à ma tache, vous êtes prévenus ! Ceux qui me connaissent ou me lisent régulièrement, ici-même, sur le forum ou sur mon blogue, savent très bien de quoi il retourne. Il y a aussi une autre question qu'on me pose : :"Pi y'en a un troisième là... Bayrou c'est ça? C'est qui lui?" Alors là, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec le résultat des dernières élections provinciales au Québec et plus particulièrement Mario Dumont. Je leur réponds donc que, Bayrou, c'est un peu le troisième homme, qui n'est pas vraiment de gauche mais pas vraiment de droite non plus, tout comme Mario Dumont qui n'est ni fédéraliste ni souverainiste. De là à le voir débarquer au second tour, rien n'est moins sûr, mais il est pour l'instant impossible d'écarter cette possibilité.


Il y a encore quelques semaines, j'hésitais. Je suis passé par une longue phase de doute, pendant laquelle je me posais la question de l'utilité, voire de la légitimité de mon vote, moi qui suis à 6000 kilomètres du "pays qui m'a vu naître", comme il me plait de le dire. Pourquoi devrais-je voter. Oui, pourquoi devrais-je voter pour les élections présidentielles françaises, alors que je ne réside plus en France depuis presque trois ans ? Quelle influence mon vote aura sur ma propre vie ici, à Montréal ? Pourquoi devrais-je imposer les conséquences de mon vote aux Français de France, alors que je n'habite précisément plus en France ? Ces questions sont, selon moi, parfaitement légitimes. Depuis, mes réflexions sur le sujet ont suivi leur cours, et ont abouti à la conclusion inverse : il faut que je vote, d'autant plus parce que je suis un Français à Montréal, un Français au Québec, bref, un Français à l'étranger. C'est d'ailleurs très prétentieux, voire carrément hautain je l'avoue, mais j'en suis venu au constat suivant, que j'assume pleinement :: moi qui suis un Français établi à l'étranger depuis presque trois ans, mon point de vue sur la France a changé. De l'extérieur, mon regard s'est aiguisé. J'ai une bien meilleure idée de la façon dont La France est perçue à l'étranger, et à vrai dire, je n'en avais aucune idée il y a trois ans. De même, je distingue avec des yeux neufs ses forces, et ses faiblesses. Mais surtout, fait-il l'admettre, ses faiblesses. Maintenant que j'ai des yeux pour voir, il faut que je fasse profiter la France et les Français de cette connaissance, que les médias français aveuglés, aveuglants et si partisans refusent d'admettre. Une façon de le faire, c'est en votant. Et j'y vais, c'est maintenant décidé, les 21 avril 5 mai prochains.


Je me dis aussi de temps en temps que j'aurai aimé être en France pour suivre avec plus d'assiduité tous les débats en lien avec les élections. Regarder A vous de juger sur le site de France 2, pendant 2 heures, sur un petit écran en 320 sur 240, non merci. Et je n'ai qu'un iPod de troisième génération, blanc, avec une molette tactile certes mais sans écran couleur ni possibilité de regarder des vidéos. Je n'ai pas non plus le courage, ni l'envie, de brancher le laptop sur la TV, pour nous bloquer une soirée télé à regarder un débat passé date... Alors, à défaut de pouvoir suivre de façon régulière les émissions politiques qui me manquent tant, je me suis récemment remis à regarder le JT chaque soir, histoire de connaitre les "faits saillants" de la campagne du jour, en plus de lire plus régulièrement les principaux quotidiens français sur le web. A un point tel que maintenant, nous l'enregistrons, afin d'être certain de pouvoir le visionner en rentrant à la maison. C'est dire !


Ségolène Sarkoyale, trouvé sur le blog de ZanorgLes élections en France sont donc un sujet qui attise vraiment la curiosité des Québécois et des médias québécois, à un point que j'étais loin d'imaginer. D'une façon générale, au Québec, si l'on est comme moi un fidèle auditeur de Radio Canada ou du FM parlé de Montréal, ou un fidèle spectateur de la première chaîne de Radio Canada, il est difficile de ne pas entendre parler de la France au moins une fois par semaine, pour x raison, et ce en dehors de tout évènement particulier comme la crise des banlieues ou le lancement du nouveau Airbus A380. Inutile de dire donc qu'en ces temps d'élections, le sujet est maintenant quasiment quotidien. On entend régulièrement un journaliste ou un envoyé spécial parler des dernières déclarations qui ont fait jaser. Et quel plaisir, quelle joie de pouvoir profiter de l'objectivité des médias québécois, elle qui contraste tellement avec les médias en France... Bien entendu, Ségolène soulève les foules ici aussi, peut-être même encore plus qu'en France d'ailleurs, puisque elle est... une femme. La déclaration d'un certain Laurent Fabius, "Mais qui va garder les enfants ?", avait fait grand bruit ici, et pour cause. En France aussi, heureusement, cela dit. Et enfin, chose certaine, même les Français de Montréal ne sont pas complètement à l'abri du tapage médiatique de gauche : les quelques invités français que j'ai eu l'occasion d'entendre chez Christiane Charette ne se sont pas privés pour vanter les mérites de la future présidente "Royale". Attendons 14 heures dimanche qui vient, nous en saurons déjà un peu plus.


Pour terminer, pour ceux que ça intéresse, ceux qui ont un blogue, un laptop et l'envie de bloguer sur les élections françaises, ou tout simplement ceux qui ont envie d'être là, ce dimanche se tiendra au Café Méliès un rendez-vous de blogueurs. L'expérience a l'air intéressante, et c'est l'occasion de se retrouver entre Français, principalement. Un jour comme celui des élections présidentielles, je ne vois pas de mal à ça.


Bon, sinon euh... j'ai manifestement failli à ma tâche de chroniqueur - voir premier paragraphe - tant pis.


Allez ! Français de Montréal, Français du Québec, Français du monde : votez !


La déprime hivernale

Tof

Il était temps. Il était temps que le printemps s'en vienne ! Car oui, il est bel est bien arrivé depuis une semaine. Et comme à chaque année, à cette période de l'année, Montréal se transforme, les derniers amoncellements de neige fondent tranquillement pendant que les gens se remettent à sortir et à investir les bars et cafés dont les terrasses s'ouvrent progressivement. Fini le "winter blues", vous pouvez ranger vos simulateurs d'aube au placard jusqu'au prochain hiver. Il était temps !



Je ne suis pas moi-même victime de ce phénomème de déprime hivernale, du moins je ne crois pas. Mais il est certain que l'hiver a une influence négative sur le moral des gens, qu'ils soient au Québec comme partout ailleurs sur le globe (en tous cas, là ou l'hiver est reconnu comme étant une véritable saison ayant des effets visibles dans la nature). Je ne m'exclue pas de cet état de fait : même si je ne déprime pas, je suis sans doute moins jovial, comme tout le monde.


Il faut bien dire que les raisons sont nombreuses au Québec pour en arriver à détester l'hiver.


Père Noël dépriméAprès chaque tempête et chaque bordée de neige, il faut... déneiger sa voiture. Oh oui c'est marrant au début, c'est l'fun, c'est même exotique pour les immigrants nouvellement arrivés. Mais au bout de la quatrième tempête de neige et d'une dizaine de bordées de neige (relativement fréquentes comparées aux tempêtes), un certain "ras-le-bol" s'installe, et c'est bien normal. Ajoutons à ce tableau le passage à l'heure d'hiver, qui tombe au moment où les jours raccourcissent déjà, à la fin du mois d'octobre. La nature fait déjà en sorte qu'il fasse noir de plus en plus tôt. Mais en décembre, période de l'année déjà propice aux dépressions (mentales aussi bien que climatiques), la nuit tombe dès 16h30 si ce n'est plus tôt. A 17 heures, il fait carrément nuit, à l'heure des embouteillages sur Descarie. Puis arrivent janvier et février, les deux mois les plus glacials de l'année. Cette année, les montréalais ont été si l'on peut dire "chanceux" : la première bordée de neige est tombée le 26 décembre. De fait, ils ont du passer un réveillon de Noël sans la moindre trace de neige. Déprimant, d'une certaine manière. Puis la première tempête de neige les a épargnés jusqu'au 15 janvier 2007, date à partir de laquelle on pouvait vraiment s'estimer en hiver, suite au redoux qui a suivi la seule et unique bordée de neige de décembre. Mais à partir de ce 15 janvier, il n'a plus été question de redoux du tout. Les températures, de saison, oscillaient autour des -10 à -15°, ponctuées par des périodes de froid intense à -38° avec le facteur vent, non négligeable celui-là. Et dans ce temps là, personne ne sort, ou seulement par obligation : aller au travail ou remplir le frigidaire par exemple. On ne sort plus "pour le fun" dans ce temps là, plus de petites soirées improvisées à la fin du cours de théâtre : fait ben trop frette, on verra la semaine prochaine ! Ouais... ben la petite soirée improvisée s'est tenue finalement en après-midi dimanche dernier, quand tout danger de vergetures était définitivement écarté.



C'était donc il y a une semaine que la mutation printanière de Montréal et de ses habitants s'est opérée. C'était carrément hallucinant. Un monde fou sur la rue Mont-Royal. Le parc Lafontaine était noir de monde, les cafés et les bars pleins à craquer. On pouvait voir des sourires éclatants sur tous les visages, derrière leurs lunettes de soleil flambant neuves. Les quelques mots qu'on entendait sur les trottoirs disaient tous la même chose "printemps", "chaleur" "agréable", "bientôt l'été"... Bref, je devrais pourtant y être habitué après trois ans, mais non rien à faire, cette renaissance de la ville et des gens quand arrive le printemps est tellement soudaine qu'elle ne peut que surprendre à chaque fois.



Profitons-en, avant que l'été et sa chaleur humide et suffocante ne fasse tourner à plein régime nos climatiseurs ! Sortez et souriez : l'hiver est pour ainsi dire fini pour cette année; il n'aura duré que trois mois, faisant du même coup un beau pied de nez à ceux qui pensent encore que l'hiver au Québec dure six mois dans l'année... Bien sûr nous ne sommes pas à l'abri de quelques flocons : ici aussi, en avril, ne te découvre pas d'un fil... mais d'ici une ou deux semaines, les premiers bourgeons et les arbustes en fleurs viendront définitivement à bout de l'hiver 2006/2007. Immigrantes et immigrants, c'est le moment : venez !



J'aime, j'aime pas

Tof

J'ai eu l'idée pour ma 20è chronique de faire un rapide tour d'horizon de ce que j'aime ou ce que je n'aime pas au Québec, ce que j'adore, ce qui me rend fou, ce qui me perturbe, ce qui me chagrine, et plus encore. Entrons de suite dans le vif du sujet et commençons, en bon français, par quelque chose que je n'aime pas !


Le système d'assurance automobile du Québec
Ça, c'est LE truc qui m'a tout de suite bloqué à mon arrivée et, rien à faire, je ne m'y fais pas. Je touche du bois, je n'ai jamais été victime d'un accident de la route ni n'en est causé un en bientôt trois ans de vie au Québec. Et d'ailleurs, mieux vaut éviter ! En effet, il faut savoir qu'ici, responsable ou non, en cas d'accident ayant causé un bris matériel, votre prime d'assurance augmentera. Prenons par exemple le cas d'un automobiliste lambda particulièrement malchanceux. Disons qu'il a déjà eu l'année précédente, un incident non responsable rue Sainte-Catherine. Voilà le même, cette année, qui vient magasiner comme il le fait régulièrement au magasin du futur. Il se cherche une place sur la rue. Ah ! Quelqu'un sur le point de partir en train de déneiger sa voiture. Notre monsieur attend quelques minutes. Mais voilà qu'un autre monsieur, un septuagénaire à lunettes avec des verres énormes, entreprend de sortir. Bam ! Il vient de donner un coup d'accélérateur trop puissant à cause d'une douleur lancinante à la cuisse doublé d'un problème occulaire évident et vient d'emboutir pas à peu près la voiture de notre protagoniste qui attendait bien sagement que sa place se libère. Trop tard, et tant pis pour les deux. Le septuagénaire responsable tout comme notre pauvre monsieur absolument innoncent et malchanceux devront payer tous les deux leur caution, et les deux verront leur prime d'assurance augmenter. Eh oui, même le pauvre monsieur qui n'avait rien demandé à personne et dont le véhicule était à l'arrêt !! Bref, mieux vaut faire attention à sa conduite dans les rues de Montréal !

La désinformation
Je pense au très récent cas de cette musulmane ontarienne de 11 ans qui jouait avec son hidjab lors d'un tournoi de soccer à Laval. Celle-cis'est faite exclure d'un tournoi parce qu'elle a refusé d'obtempérer aux ordres de l'arbitre, lui-même musulman, qui lui demandait de retirer son hidjab par sécurité. La FIFA a refusé de trancher sur la question et a préféré laisser les fédérations locales de soccer et leurs arbitres à sa place. Ce qui m'épate c'est qu'on en parle depuis une semaine ! Sans compter que l'Égypte vient tout juste de s'inviter dans le débat en interpellant le gouvernement canadien à ce sujet... Heureusementque les élections sont là pour faire diversion ! Est-ce une tentative pour refaire parler des accomodements raisonnables en pleine période éléctorale ? Ce ne serait pas étonnant, les accomodements raisonnables en tant que tels se font plus rares en ce moment.


Le thème de la désinformation me rapelle aussi un non-évènement dont j'ai moi-même fait les frais en novembre dernier. Tout a commencé par une vidéo des fameuses Têtes à Claques que je diffusais sur mon blogue, avant que je ne reçoive un "courriel de mise en demeure" plutôt salé de la part de son auteur. Je retire de suite la vidéo et répond alors à l'auteur en lui faisant remarquer que son courriel était loin d'être un exemple à suivre de politesse. Il me répond alors sur un ton encore plus sec; je n'étais plus seulement un voleur, j'étais devenu un moins que rien. Qu'à cela ne tienne, je décide de poster en commentaire le contenu de ses courriels, et la sauce monte à petite échelle dans la blogosphère québécoise francophone. Un mois plus tard, les créateurs des p'ti papoutes étaient les invités de Tout le monde en parle.
Jamais je n'aurais pu imaginer que Guy A. évoquerait le sujet et donc indirectement et sans le nommer (ouf!!!) mon blogue. Par curiosité
et/ou recherche d'auto-flagellation (c'est selon), je répond le soir même dans une lettre ouverte aux auteurs des Têtes à Claques. Le lendemain, je me retrouvais en une du site Branchez-vous ainsi que dans leur capsule vidéo quotidienne, la "Minute techno", pendant que mes statistiques de visites battaient des records chaque jour. Encore aujourd'hui, le principal mot clé qui amène du trafic sur mon site est "tetes a claques". Je n'ai toujours pas compris comment un tel monument d'insignifiance, destiné initialement à rester dans la sphère privée des blogs francophones (et encore), ait pu se retrouver à Tout le monde en parle et en une de Branchez-vous.com. Une telle couverture médiatique pour "ça", c'était bien trop ! Ne se passait-il rien de plus important en Novembre 2006 ? Quelle affaire !

La politique

Je ne comprends pas que le premier ministre actuel de la province puisse décider lui-même de la date des élections. Cela lui donne un avantage certain que je trouve injuste. Oui c'est inspiré du système britannique, mais quand-bien même ! Ne serait-il pas temps de s'en
défaire ? Suis-je le seul que cette abération dérange ?


L'hiver, j'aime... en qualité de piéton. J'adore ça même ! Je l'ai déjà dit, quand il neige, je redeviens un enfant, je capote !


L'hiver, j'aimais, avant que j'aie à pelleter le matin. Quand on met plus d'une demi-heure à déneiger sa voiture et à déblayer le banc de neige qui empêche de sortir, on se met forcément à être tanné de l'hiver avant l'heure. Même chose quand il fait -10°C un jour -38°C avec facteur vent le lendemain ! Heureusement, ça ne dure pas bien longtemps.


L'ascension professionnelle

J'en ai déjà parlé à maintes reprises dans des chroniques ou sur mon blog, je ne m'étalerai donc pas sur le sujet. Je dirais simplement que j'occupe actuellement un poste auquel j'aurais eu du mal à prétendre aussi vite en France. J'ai mis deux semaines à trouver le travail que j'espérais, et je découvre par la même occasion le milieu des agences de pub montréalaises. J'adore ça !


L'amabilité

Ça aussi c'est quelque chose qui frappe et qui m'impressionne encore aujourd'hui : faire face à un commerçant bougon ou désagréable est plutôt chose rare ici. Et c'est très appréciable ! En comparaison aux grandes villes de France, et pas seulement sa capitale, où se faire servir avec le sourire tient de l'exploit, ici, c'est une habitude ! Même lorsque l'on commande un vulgaire expresso et qu'on a le culot de demander un verre d'eau avec, on se le fait apporter avec le sourire. Au restaurant, pendant le repas, les serveuses et serveurs viennent régulièrement nous demander si tout va bien, si "c'est à notre goût".


La carafe d'eau

Il n'y en a pas, ou rarement.
Quand on s'installe à une table de resto, on nous apporte systématiquement un verre d'eau. Quand il est vide... il faut demander un refill ! A moins que le serveur ne s'en aperçoive avant et vienne vous remplir votre verre. Ce serait tellement plus simple avec une carafe d'eau !


La bouffe

Alors que le terme "bouffe" n'est pas très bien connoté en France, ici, la bouffe signifie bien manger, un bon repas, etc. Choc culturel la première fois que j'ai vu l'annonce pour IGA avec comme slogan "Vive la bouffe !" Tout ça pour dire que je n'ai jamais autant mangé "diversifié" que depuis mon arrivée. Libanais, éthiopien, grec, italien, chinois, japonais, thailandais, vietnamien et j'en passe... Montréal regorge de restaurants de toutes les cultures et à tous les prix. C'est fou !


Les yoghourts nature

C'est comme les carafes d'eau, c'est rare voire inexistant. On trouve du yaourt nature en pot, mais c'est ultra cher, et on est bien loin du plaisir que peut procurer un simple Velouté (chuut chuut pas de marque)... Mais bon on s'y fait. Pas le choix anyway!


Les Canadiens

J'aime pas quand ils perdent mais j'adore quand ils gagnent. Or ils ne font que perdre en ce moment, et tels qu'ils sont partis, ils joueront au golf dès les premiers jours du printemps. Je crois qu'ils peuvent même se pratiquer dès maintenant après leur performance sans pareille de ce soir contre les Trashers. C'était la première fois que je ne regardais pas un match du Canadien volontairement. Je zappe de temps en temps sur RDS pour apprendre que les Trashers mènent trois à zéro. Je zappe une vingtaine de minutes plus tard et j'ai peine à croire ce que je vois sur le bandeau du haut affichant le score du match en cours : MTL 0 - ATL 6. OK ! Golf golf golf...


Allez j'arrête là pour cette fois, je continuerai peut-être si l'inspiration me vient pour ma prochaine chronique !


Rebondir en deux semaines

Tof

Deux semaines. Oui, deux semaines. C'est le temps qu'il m'aura fallu pour me trouver un nouvel emploi qui corresponde exactement à ce que je cherchais.


Je vous disais dans ma dernière chronique sur le thème du décalage que j'avais démissionné de mon premier emploi. Pour en accepter un autre qui en fin de compte n'a pas répondu à mes attentes. J'avais donc été "mis à la porte" le 16 Janvier dernier. Mais... ce que vous ne savez pas encore, c'est tout ce qui s'est passé à partir de ce jour là, ni le jour-même, car ma journée n'était pas encore finie... J'avais gardé tout ça secret par prudence et parce que rien n'était joué.



Ce mardi 16 janvier, la première chose que j'avais dite à mon chef de projet était que je devais partir un peu plus tôt que d'habitude. Pas besoin de justification, il fallait juste que je parte à 17 heures. Mon petit rendez-vous, à 16h45, a été très bref. Bobby (oui, il s'appelait Bobby) m'a tendu un dossier très fin, dans lequel se trouvait une seule feuille de papier que je n'ai même pas pris la peine de lire tellement je savais à l'avance ce que j'allais lire. Notre discussion s'est déroulé très calmement, à vrai dire Bobby était même beaucoup plus nerveux que je ne l'étais ! 10 minutes plus tard, je quittais les bureaux, au chômage, mais heureux et soulagé. Ce que Bobby ignorait, c'était que je devais partir un peu plus tôt que d'habitude ce soir là parce que... j'avais une entrevue le soir même ! La semaine précédente, j'avais doucement mais sûrement commencé à prospecter pour me trouver rapidement une job. Et je suis alors tombé sur une offre d'une compagnie spécialisée en search marketing pour laquelle j'avais déjà effectué de petits contrats à la pige. Mon sang n'avait fait qu'un tour, j'avais alors appelé mon contact pour lui proposer de se rencontrer pour le poste. Il m'avait rappelé quelques jours plus tard pour me proposer une entrevue le 16 janvier à 18h00.


Donc, si on récapitule, le soir du 15 Janvier, j'avais quitté les bureaux de ce qui était devenu mon ancienne compagnie pour me retrouver 45 minutes plus tard dans les bureaux de ce qui allait devenir, deux semaines plus tard, ma nouvelle compagnie !


Entre temps, j'ai bien failli devenir consultant technique pour Xiti, qui viennent s'installer au Québec ce mois-ci. Ce poste là aurait également pu être un beau défi professionnel : aller chez le client, dans toute l'Amérique du Nord (Toronto, Ottawa, New-York... Hérouxville... euh rien non pardon je n'ai rien dit !), pour faire des démos techniques de l'outil. Je suis aussi passé proche de rester éternellement intégrateur HTML/CSS, ou encore développeur PHP... Heureusement, cette fois, la chance m'a fait un large sourire.



Il y a donc bien une part de chance dans tout ça, mais pas seulement en fin de compte. J'ai su développer, depuis un an mainenant, une bonne relation avec la personne qui allait devenir mon employeur. J'ai toujours fait du mieux que j'ai pu pour lui rendre un travail de qualité, à chaque fois qu'il m'a contacté pour un petit contrat. Quand nous devions nous rencontrer pour discuter un peu plus en profondeur de mon mandat, ou lors d'entrevues précédentes qui n'ont à l'époque pas eu de suite, le contact est toujours bien passé entre nous. Et voilà que, 363 jours exactement après notre toute première prise de contact par courriel, alors que je lui envoyais mon CV, j'ai fini par être embauché. Un an que je convoitais un poste dans leur équipe ! Et ça y est, j'y suis !



Passons à des considérations plus générales maintenant, comme la suivante pour commencer : le dynamisme du marché du travail ici m'épatera toujours. Ce n'est pas une spécialité du Québec, du moins pas à ce que je sache, mais plutôt une des caractéristiques de l'Amérique du Nord. Je n'ai pas stressé le moins du monde de me retrouver au chômage, je n'attendais même que ça finalement, Certes, les quelques heures par semaine que je fais à la pige pour ma première compagnie m'aident à rester à flôts, mais je pense que même sans ce soutien financier, je n'aurais pas stressé plus pour autant parce que je savais d'expérience que je retrouverais facilement. Évidemment, j'aurais trouvé dans mon domaine, mais pas exactement dans la spécialité vers laquelle je souhaitais m'orienter. Mais je veux dire que s'il avait vraiment fallu, j'aurais accepté le premier poste venu et je n'aurais pas laissé ma blonde payer toutes les factures. J'en arrive alors aux sites de recherche d'emploi, du type Jobboom, Workopolis et Monster. Jusqu'à il y a deux semaines, j'avais toujours trouvé du travail grâce à Monster. "Excellent !" me direz-vous peut-être. Pas si sûr.



Pendant mes deux semaines de chômage, je recevais régulièrement des coups de téléphone d'agences de recrutement qui avaient trouvé mon CV sur Monster.ca. Un appel tous les deux ou trois jours, sans bouger de chez soi. Cela tombait plutôt bien puisqu'à cette période, constatant que j'étais en ligne durant les heures normales de travail, mes anciens collègues m'ont donné de la job en masse, à tel point que je n'avais presque plus le temps de passer des entrevues pour retrouver un emploi à temps plein. En dehors de mon travail à la pige, je répondais aux agences de placement qui m'appelaient sans cesse pour me proposer des entrevues pour le jour suivant, et je faisais des suivis pour quelques postes intéressants que je convoitais de mon côté. C'est là que le bât blesse avec Monster : les agences de recrutement. Il n'y en a que pour elles.



En gros, celles-ci sont chargées par leurs clients (les vrais employeurs en somme) de faire un premier écrémage rapide parmi d'éventuels profils intéressants. Ensuite, deuxième écrémage à la suite des entrevues qu'elles organisent, pour ne laisser que les personnes réellement intéressées et compétentes aux mains de l'employeur qui a utilisé les services de l'agence. L'employeur gagne un temps précieux, et l'agent(e) se fait très probablement une comission pendant les premiers mois de votre propre salaire. Ce qui veut dire que sans passer par une agence, vous auriez pu prétendre à un salaire plus élevé, puisque la marge va à l'agence de placement ! De plus, quand elles vous mettent le grappin dessus, il est relativement difficile de vous en défaire.



En effet, lors de mon entrevue pour le poste de consultant technique dont je parlais plus haut, j'avais pourtant bien dit à l'agente que je ne me fermais pas les portes, et que j'attendais des réponses pour d'autres postes qui m'intéressaient tout spécialement, histoire qu'elle ne tombe pas des nues si je devais décliner son poste. Elle était donc prévenue. Cela ne l'a pas empêchée de me prévoir une entrevue avec son client, l'employeur Xiti donc, pour le 7 février. Elle faisait son travail, c'était bien normal après tout. Nous étions alors le 28 Janvier, ce n'était donc pas pour tout de suite, loin de là ! Le lendemain, j'apprenais que j'étais le meilleur des 25 candidats pour le poste de chargé de projets SEO, et que je pouvais commencer dès que possible ! Il a donc fallu que j'appelle l'agente avec qui j'étais en relation pour la prévenir... je me suis pris un véritable char de marde au téléphone. Murielle n'était pas contente du tout, elle était même plutôt fâchée parce que je venais de lui casser tous ses plans, de lui saper sa commission, et enfin de lui gâcher son lundi. Toutes ses phrases commençaient par un timide "Je comprends, ...", mais les chars de marde s'en venaient juste après la virgule. J'ai eu beau lui répéter au moins trois fois que je l'avais pourtant prévenue lors de notre entrevue, ça n'a pas suffit à la calmer. Elle a fini par couper court à la conversation, et heureusement d'ailleurs. Quelques secondes de plus et j'en venais aux insultes en français dans le texte. Non mais ! Sacrilège, je venais de décliner le poste qu'elle me proposait ! On aurait dit qu'elle essuyait son premier refus, ou qu'elle était simplement outrée à l'idée qu'un de ses candidats daigne accepter un autre poste que le sien. Come on. Bref, cette petite anecdote m'a alors d'autant plus conforté dans mon choix. Dire que j'excluais totalement le poste en question serait un mensonge, mais suite à cette malencontreuse expérience téléphonique, mon choix était définitivement arrêté ! Inutile de dire que je ne regrette pas le moins du monde et que s'il fallait recommencer... je le referais !


Mes décalages

Tof

Commençons par ce que le terme "décalage" m'inspire par rapport à mon dernier retour en France, puisque c'est en France que l'idée de cette chronique m'est venue. Oh, le sujet est plutôt vaste ! Mais je ne pense pas que ce soit un si grand hasard que ce sujet me soit apparu alors qu'on se baladait, Isabelle et moi, dans les rues de Lille, en France. Nous voici donc tous les deux en train de marcher, sur la Grand' Place comme on l'appelle, en plein centre ville de Lille. Et tout d'un coup, je la regarde et je lui dit : "ça fait drôle d'entendre parler Français partout" (comprendre "parler Français avec l'accent Français"). Isabelle s'apprêtait justement à me dire exactement la même chose. Ce n'est qu'une simple anecdote mais quelque part, ça m'a montré quelque chose : d'habitude, on fait ce genre de réflexions quand on est en vacances à l'étranger, et que les accents locaux et les façons de faire diffèrent de celles que nous sommes habitués à voir et à vivre. Alors on le fait simplement remarquer à l'autre. Mais là, voilà, j'étais en vacances en France, pays qui m'a vu naître et grandir jusqu'à mes 24 ans, mais je venais de dire cette phrase... C'est d'ailleurs assez difficile à expliquer. Quand je rentre en France, j'ai l'impression de ne l'avoir jamais quittée ou de n'être parti qu'une semaine auparavant. Sensation bien étrange et bien normale aussi, finalement. Mais d'un autre côté, j'ai au contraire parfois l'impression de ne plus rien reconnaître, ou d'avoir oublié certaines choses, comme par exemple le manque de civisme des commerçants à qui ça arracherait une côte de sourire. Autre exemple, peut-être plus parlant : aller dans une brasserie manger un bon steak tartare devient un évènement, alors que je ne trouvais rien d'extraordinaire à aller manger un steak tartare dans une brasserie il y a quelques années. Voyez-vous ce décalage ? On est chez nous, c'est naturel, mais c'est extraordinaire à la fois ! A contrario, à mes débuts à Montréal, prendre un café chez Starbucks ou Second Cup, était presque extraordinaire. Aujourd'hui, quoi de plus normal ?



Quitte à parler de la France, autant parler brièvement d'une autre forme de décalage : le décalage horaire, tout simplement ! Celui qui fait que l'on ne peut jamais appeler sa famille ou ses amis en pleine semaine, à moins de les appeler à minuit chez eux. Celui qui fait que notre grand tante fait sonner le téléphone à 5 heures du matin un dimanche en s'excusant de nous avoir réveillé parce qu'elle n'était pas certaine de l'heure qu'il était au Canada (bon c'était au tout début de notre vie au Québec mais je m'en souviens bien !). Celui qui fait que lors d'un retour touristique, la première journée sur le territoire Français est une hyperexcitation cauchemardesque et soporifique (chapeau bas à celui ou celle d'entre-vous qui tient au delà de 23 heures le jour de son arrivée !). Celui qui fait que Noël à distance est vraiment une expérience pénible quand on essaye de la vivre pleinement par webcam interposée avec sa famille restée en France. Celui qui fait que nous avons appris avant vous la mort de Jacques Villeret, et après vous la très récente disparition de l'Abbé Pierre.



Après le décalage horaire, vient le décalage linguistique. J'ai pensé à ma chronique hier, quand on m'a dit "bonjour" au moment ou je raccrochais mon téléphone. Il n'y a rien à faire, je pense que je ne m'y habituerai jamais à celui-là ! Mais c'est sans doute la seule exception, sinon une des seules exceptions que je fais à l'adaptation naturelle de ma façon de parler. Je ne dis plus "quoi" à la fin de chacune de mes phrases; je dis "tsé". Je ne dis plus "putain"; je dis "crisse". Je ne dis plus "c'est quoi c'truc ?"; je dis "c'est quoi c't'affaire ?". Mais je ne pourrai à priori jamais sortir un "bonjour" qui ait l'air un tant soit peu naturel, au moment de sortir d'un magasin ou de raccrocher mon téléphone... Tout ça pour dire que oui, au bout de trois ans (ou presque ! En mai prochain !) de vie ici, j'ai modifié naturellement ma façon de parler, ma façon de prononcer certains mots; j'ai adopté dans mon langage courant des expressions et des mots de vocabulaire à force de les entendre quotidiennement. Ouh là, rassurez-vous, quelques mots suffisent à un Québécois pour comprendre que je suis Français ! Je n'ai pas l'accent au sens où on l'entend (au sens propre) ici. Mais c'est vrai que j'ai tendance à aplatir mes "a" et à durcir mes "é". C'est simplement du mimétisme bien naturel, rien de plus. Jamais je ne "forcerai" mon "accent" québécois, je trouve ça absolument ridicule et ça ne m'avancerait pas à grand chose... De toute façon; il y aurait toujours un mot typiquement français pour s'échapper et trahir mes origines, et j'assume parfaitement mes origines justement. Français au Québec et fier de l'être !

Chose étonnante toutefois : au bout de deux jours en France, je perds toute trace des mes intonations et autres expressions québécoises. Le même phénomène se produit inévitablement à chacun de mes retours !



Parlons climat ! l'hiver. J'ai réalisé en venant ici que je ne savais pas ce qu'était l'hiver auparavant. Ce que je dis peut sembler assez paradoxal si l'on considère que cette année, l'hiver est arrivé le 15... janvier. Mais il est arrivé quand même ! Avant, je ne savais pas ce que c'était que de retrouver en ville avec 25 centimètres de neige. Je ne me souvenais pas de ce que pouvait représenter -25°C, et pourtant je suis allé plusieurs fois à la montagne, à Peisey-Nancroix pour être précis, quand j'étais enfant. J'avais du oublier, j'imagine. Ici, je redeviens un enfant plusieurs fois par année, à chaque tempête de neige. J'ai essayé, mais je ne parviens pas à ne pas rire quand je vois que dans l'actualité récente en France, la neige occupait les 10 premières minutes du journal télé de 20 heures. Ça me rappelle un souvenir de France justement, un trajet Paris - Lille en voiture, sur l'A1 donc. Je venais à peine de longer l'aéroport Charles de Gaulle, quand il a commencé à neiger, il devait être midi ce jour là. Incroyable mais vrai, il neigeait ! Les petits flocons timides ont peu à peu commencé a s'accrocher au bitume, et à gêner considérablement la visibilité par leur densité. J'étais en pleine tempête de neige, non pas à Montréal mais à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Plus je me rapprochais de ma destination, moins il était possible de rouler à une vitesse normale, et j'ai bien vite fini par me retrouver complètement à l'arrêt, pendant que la neige s'installait de plus en plus sur l'autoroute. Quelques heures plus tard, nous recommencions à rouler au pas, mais au moins, on avançait. Bilan : aucun tué, aucun blessé, juste des semi-remorques en travers de la route, des automobilistes arrêtés à contresens au beau milieu de la voie, et tous les survivants qui devaient réussir à se frayer un passage en jonglant parmi ces obstacles de ferraille. Enfin, après le dernier camion, la voie était libre. Pas un seul véhicule visible devant moi, rien que l'autoroute complètement enneigée. A 60km/h grand max, et quelques petites frayeurs après, je suis finalement arrivé à Lille vers 16 heures. 6 heures de route pour faire Paris - Lille, soit presque trois fois plus de temps que nécessaire en temps normal (ou par temps normal si vous préférez !). Un record personnel. Moralité : Français de France, l'hiver, achetez-vous des pneus neige !!! Je ne dis pas que 20 cm de neige en pleine journée à Montréal tombent sans que personne ne s'en soucie; c'est certain que la circulation automobile est quelque peu gênée, que ce soit en ville ou sur les autoroutes... mais ça roule quand même. Alors quand 4 centimètres paralysent les routes de France, c'est plus fort que moi, je ris ! Même si je sais que les infrastructures et le processus de déblaiement de la neige sont tout logiquement plus avancés ici qu'en France...



Terminons par un sujet plus sérieux ou en tous les cas, plus profond : ma perception du monde du travail. Comme vous le savez sans doute, ou peut-être pas, je n'occupe plus l'emploi pour lequel j'avais quitté ma précédente compagnie après deux ans de services. Je me suis rapidement rendu compte en effet que le poste pour lequel j'avais été embauché n'était pas celui que j'occupais pleinement, jusqu'à ce qu'il ne le soit plus du tout en bout de ligne. Mon employeur comme moi-même avons donc mis en oeuvre tout ce qui était possible afin que je me fasse licencier, ce qui est arrivé le 16 janvier dernier. Si je n'avais pas été mis à la porte cette semaine là, je serais de toute façon parti de moi-même, ce n'était malheureusement plus possible de continuer de la sorte. Je suis donc officiellement au chômage, pour la première fois de ma courte vie ! Et ça ne me dérange pas plus que ça ! D'autant plus que quelques contrats à la pige m'aident à rester à flots; d'ailleurs sans ces contrats, je pense bien que je serais dans un autre état de stress... Mais néanmoins, ma perception du chômage, de la perte d'emploi, a grandement changé. J'ai toujours entendu en France des discours fatalistes concernant le chômage. Perdre son emploi en France est encore aujourd'hui la pire chose qui puisse arriver. D'ailleurs je ne sais pas vraiment comment j'aurais vécu la même situation si je l'avais vécue en France, loin d'un projet d'immigration au Québec. Mais ici, je sais que je vais pouvoir retomber sur mes pattes relativement facilement. Grâce au réseau de connaissances d'Isabelle et à Isabelle elle-même avant tout, qui se démènent tous les deux pour moi et pour disséminer mon CV dans toute la ville, et grâce aussi au fameux Monster.ca. Au moment où j'écris cette chronique, je viens de recevoir il y a une heure à peine un coup de téléphone. Rendez-vous demain 9 heures. Et j'attends encore des réponses pour des entrevues précédentes. C'est le moment ou jamais pour moi de faire ce que je veux vraiment faire : prendre plus de responsabilités dans mon travail, et me spécialiser en référencement de sites web. Voici mon choix de carrière, et je sens que je vais pouvoir le réaliser ici. Prochaine étape, qui devrait arriver assez vite d'ailleurs : démarcher moi-même les compagnies, me rendre dans leurs locaux avec mon CV et demander à parler à un responsable, en bref, y aller au culot ! Ou plutôt, chercher un travail comme on cherche un travail en Amérique du Nord ! "Tout devient possible", comme dirait Nicolas !



Décalage enfin... parce que cette chronique arrive avec un jour de décalage. Mais c'était voulu hein Laurence, c'était pour lui donner encore plus de sens, euh... tu comprends. Ah c'est pas ça que tu comprends... ok euhhhh...


Joyeux Noël et Bonne année 2007

Tof

Eh bien ça y est : c'est déjà mon tour !! Nous autres chroniqueurs sommes mal traités comme vous le voyez : nous n'avons même pas de vacances pour Noël. Je rigole bien entendu ! Donc comme c'est déjà mon tour, il faut que je trouve un sujet un peu pertinent, ou au moins assez intéressant pour en faire une chronique entière. Alors, une fois n'est pas coutume, je vais laisser mes doigts glisser sur le clavier et on verra bien quel(s) sujet(s) en ressort ! je vous préviens, ça risque d'être un peu léger... cela changera des 300 commentaires de ma chronique précédente sur les accommodements "raisonnables" ! En plus, c'est la première fois que je vais être en mesure d'exploiter les nouvelles possibilités que nous offre le nouveau Immigrer.com, je vais donc essayer d'en profiter.



Tiens ! J'ai envie de dire quelques mots à propos de l'hiver. Oui, j'ai bien dit : "hiver". Cette année à Montréal, à part quelques jours pas mal frette un peu en avance sur l'horaire en Novembre, et une micro chute de neige vers la fin Octobre qui nous a tous laissé croire à un hiver enneigé et rigoureux, force est de constater que l'enneigement actuel et les températures au dessus des moyennes ne nous font rien présager de bon pour Noël (et si ce mot vous choque... tant pis pour vous). Non, cette année, les chances de passer les fêtes de fin d'année sous un manteau blanc sont plutôt minces. La petite bordée de neige d'il y a deux semaines a entièrement fondu depuis longtemps sans laisser aucune trace. Ok, je ne serai pas à Montréal pour Noël, mais quelque part, ça me gosse. Notre premier hiver ici, on s'en souvient avec ma blonde. On le redoutait, comme chaque immigrant venu ici redoute son premier hiver, mais en même temps, on avait hâte. Et même si l'hiver 2004-2005 n'a pas été particulièrement blanc, en ce que me concerne je ne m'attendais pas à plus ni à moins : je ne savais pas réellement à quoi m'attendre. J'étais content, c'est tout : je goûtais enfin aux joies des poils du nez qui collent et se solidifient par -35°C. L'hiver dernier avait été lamentable. Heureusement que nous avions pas mal voyagé vers le nord pour aller chercher de la neige, puisqu'elle ne venait pas à nous ! Mon gros manteau d'hiver, je l'ai mis en tout et pour tout et au total... 5 jours. Immigrantes, immigrants : n'ayez plus peur de l'hiver, la DGQ vous a menti ! Quant à cet hiver, il m'effraie un peu... je ne suis pas "écolo-freak", loin s'en faut (je me contente des gestes quotidiens pour sauvegarder mon environnement mais ça se limite à ça), mais quand je vois que le 15 décembre dernier, un orage sévissait à Montréal sous un ciel terrifiant et un bon 8°C, là je me pose des questions. Pour en avoir parlé à des "anciens" ou avoir entendu des témoignages à la radio, je crois qu'il y a vraiment de quoi s'inquiéter et se dire qu'évidemment, la douceur relative des hivers Québécois est sans aucun doute une conséquence directe du fameux réchauffement de la planète. Rien de bien nouveau... et pas grand chose que je puisse faire à mon échelle. En tous cas... on verra ce que Janvier et Février nous réservent, en espérant qu'ils soient plus combatifs que Décembre.


Tiens ! Combatif. En ce moment, ce mot me fait penser au Canadien de Montréal. Je l'associe aussi aux mots "persévérance" et "esprit d'"équipe". Je ne suis pas depuis bien longtemps le hockey, mais je dois dire que cette année... je suis accroc ! Cela reste d'ailleurs un mystère complet pour moi : quand j'étais en France, il ne fallait pas me parler de "foot", je détestais ça. Comme beaucoup finalement, je me laissais prendre au jeu tous les quatre ans, encore fallait-il que les Bleus se fassent remarquer par des performances respectables et dignes de mériter mon attention. Pourquoi donc, me direz-vous, vois-tu un intérêt à suivre la saison de hockey ? Je n'en sais rien... mais j'aime ça ! C'est peut-être que dans une bonne partie des matchs que j'ai vu, le CH était capable de remonter au score quand il se faisait dangereusement mener. J'ai vu des matchs absolument palpitants, rien à voir avec le peu d'actions, de mouvements que l'on retrouve au foot. Et plus je regarde, dans la mesure du possible évidemment, plus je comprends et j'assimile les règles et autres classements de la ligue nationale. Je ne suis pas encore rendu à regarder tous les matchs, je vous rassure (de toute façon ce serait tout simplement impossible, question d'horaire), je me borne donc aux matchs dans lesquels le Canadien est sur la patinoire. Mais je commence à savoir aussi qu'il vaut mieux par exemple que les Sabres de Buffalo perdent leurs prochains matchs si le Tricolore veut espérer un jour prendre la tête du classement de son association. Sans vérifier, et tant pis si je me trompe (je sais d'avance qui me corrigera), à l'heure ou j'écris ces lignes (lundi 18 décembre), la fiche du Canadien est de 19-8-5 avec 43 points. 19 victoires, 8 défaites dont 5 en prolongation, ce qui donne : 19 x 2 = 38 points (2 points par victoire) + 1 x 5 = 5 (1 point par défaite si prolongation). 38 + 5 = 43 points ! Ce sont seulement 7 malheureux points qui nous séparent de la première place occupée pour l'instant par les Sabres de Buffalo dans notre division Nord-est, au sein de l'Association de l'Est. Nous les rencontrons demain mardi 19 décembre... on croise les doigts. Et enfin, à défaut de pouvoir assister au match puisque toutes les places de la saison sont déjà réservées (je ne vous cacherai pas que je suis très fâché quand on sait comment et à quel rythme les places sont vendues, à qui et à quel prix), je vous suggère RDS et les irremplaçables Pierre et Yvon ! La rondelle dévie accidentellement sur le baton de Samsonov et termine sa course sur le filet protecteur... et on ira pas plus loin. Koivu réussi à intercepter la rondelle, la passe à Souray qui tiiiiiiire... mais c'est bloqué par Ward ... Kovalev s'empare du retour, le tir et le buuuuuuuuuuuuuuuuut ! Ah... je les aime bien eux autres !


Bon, de toute façon, il va bien falloir que je me désintoxique un minimum puisque cette année, nous partons en France pour Noël et le nouvel an. Nous avions l'habitude de partir au mois de Mai afin de profiter des rabais conséquents d'Air France, mais cette année, nous avions envie je crois de revenir pour les fêtes. De mon côté, des évènements familiaux récents m'ont incité grandement à revenir à cette période, et de plus c'est sans doute le meilleur moment de l'année pour être à peu près sûr de revoir tout le monde. Et puis... ça nous manquait, un Noël en famille ! Donc voilà. Oh, nous savons que ce ne seront pas des vacances au sens propre du terme, mais qu'à cela ne tienne : nous sommes prêts ! J'avais réussi à négocier ces deux semaines avec mon employeur sans aucun souci. Lui au moins autorise ses employés à partir en vacances pendant les fêtes !!


Quand on parle de travail, pour tous ceux qui se demandent (et ils sont nombreux) comment se passe ma nouvelle job (plus si nouvelle que ça d'ailleurs): ça se passe très bien ! Mes tâches au quotidien sont pas mal plus intéressantes que ce que j'avais à faire précédemment, sans parler du domaine d'activité qui lui est vraiment captivant puisque me voilà plongé au coeur du web 2.0. Je parlerai bientôt plus en détail de cette nouvelle job sur mon blog ou sur Immigrer.com si le sujet m'inspire assez pour en faire une chronique complète !


Bon eh bien j'ai fait le tour pour cette fois ! Une chronique "en vrac", il en faut aussi de temps en temps. J'espère qu'elle aura été agréable à lire ! Il s'agissait de ma dernière chronique de l'année 2006, alors je souhaite à tous mes lecteurs et à tous les membres d'immigrer.com un joyeux Noël et une excellente année 2007. A l'année prochaine !


Accommodements déraisonnables

Tof

Accommodements déraisonnables.

Bonjour et bienvenue sur cette chronique tardive à tous les plans ! Premièrement parce que j'ai dépassé de loin la date de publication, et deuxièmement parce que le sujet que j'aborde aujourd'hui était beaucoup plus d'actualité il y a un, voire même deux mois. Qu'à cela ne tienne, tant pis pour le sujet. Et mes excuses pour le retard à tout le monde !

Cela fait donc bien longtemps que ce sujet me titille, longtemps que mon clavier m'appelle et me demande de me laisser aller. Vaste sujet, vaste débat. Encore d'actualité comme je disais, quoique effacé par notre toute nouvelle Nation québécoise. Contrairement à certains politiciens sur la scène québécoise (sauf Mario Dumont, qui a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mais on dira qu'il a "dérapé"...), j'aurais, je pense, énormément de mal à aborder ce sujet en faisant preuve d'ouverture d'esprit, de pondération ou encore de solidarité envers les minorités concernées par ces fameux accommodements qui incommodent tout le monde. Ah ça, les minorités "visibles" portent soudainement très mal leur appellation ! On ne parle que d'elles à Montréal ; une sacrée visibilité médiatique ! Ce sont donc ces "minorités" qui ont provoqué tout un émoi à Montréal, dès le mois d'Octobre, avec leurs demandes spéciales qui en fin de compte, affectent la majorité. Et il est là le malaise. Alors pour un instant, pour un instant seulement, au diable le politiquement correct, ce fléau qui met tant à mal la société québécoise telle que je la vois. Bref, j'aurais du mal... mais je vais essayer. Je ne vous promet rien.

Commençons par un rappel des faits, et voyageons pour ce faire le temps d'un retour en arrière.
1997 : L'affaire des souccahs du Sanctuaire du Mont-Royal. Le syndicat des copropriétaires du Sanctuaire du Mont-Royal, un complexe immobilier luxueux, demande aux familles juives qui y résident de ne pas installer de souccahs sur leurs balcons. Les souccahs sont une sorte de huttes de fortunes, dans lesquelles les juifs orthodoxes se doivent d'habiter pendant 9 jours dans l'année afin de commémorer la traversée du désert par le peuple hébreu. Le règlement de la copropriété interdisait aux résidants de faire des constructions ou des décorations à l'extérieur. Quatre familles juives ont porté l'affaire devant la Cour Suprême du Canada, qui a fini par trancher en 2004 et accéder à leur demande, au nom du multiculturalisme Canadien, et au nom du droit à la liberté de religion garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.

2001 : L'affaire du kirpan dans les écoles. Le 19 novembre 2001, Gurbaj Singh Multani, jeune écolier sikh alors âgé de 12 ans, échappe par inadvertance son kirpan, un poignard d'une vingtaine de centimètres de longueur que sa religion lui impose de porter à la ceinture en tout temps. La commission scolaire de son école lui interdit alors, pour des raisons de sécurité, de porter sur lui ce qu'elle estime être un poignard. L'affaire fait grand bruit et est portée devant la Cour Supérieure du Québec, qui accepte que le jeune sikh puisse porter son kirpan sous ses vêtements, dans un fourreau de bois, enveloppé et cousu. Mais en mars 2004, la Cour d'appel du Québec renverse ce jugement. Il faudra attendre deux ans, soit le 2 mars 2006, pour que la Cour Suprême du Canada renverse le jugement de la Cour d'appel du Québec, au nom du multiculturalisme Canadien, et au nom du droit à la liberté de religion garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.

2006 : L'affaire du port du casque au port de Montréal. Quelques jours à peine après l'affaire du kirpan, des travailleurs sikhs du port de Montréal se font entendre. Ils réclament le droit de ne pas porter de casque de sécurité sur les lieux de travail. Charanjit Singh Padda, président du temple Guru Nanak Darbar, à Montréal, résume la situation: "Un chapeau dur de sécurité, ils nous demandent de porter ça. Et comme vous savez, on ne peut pas enlever le turban. Alors c'est ça qui nous donne des problèmes au port.". Le 9 mars 2006, l'Association des Employeurs Maritimes a finalement accepté de revoir ses méthodes de travail pour accepter les camionneurs sikh. Depuis, ceux-ci n'ont donc plus l'obligation de sortir de leur véhicule afin d'accomplir les tâches qui leur incombent. Les autres travailleurs l'ont de fait, cette obligation.

2006 : L'affaire du YMCA. En avril 2006, le YMCA de la rue Parc (oups ! 'scuzez... la rue Robert Bourassa) décide d'accéder à la demande de la communauté juive hassidim du quartier d'installer des fenêtres givrées pour une salle d'exercice, afin que la communauté en question ne soit plus importunée par les silhouettes hautement érotiques de femmes en sueur qui peuvent être aperçues au travers si l'on y prête vraiment attention. Le YMCA n'a rien déboursé pour faire givrer les quelques fenêtres coupables ; la communauté hassidim à payé. L'affaire n'a été révélée au public que le mois dernier, en novembre 2006, après qu'une journaliste cliente du YMCA ait décidé d'en parler, devant le mécontentement de certains clients qui refusaient par principe cet état de fait, ou étaient à leur tour gênés de devoir courir devant des vitres givrées qui leur cachaient la vue de l'extérieur.

2006 : L'affaire des cours prénataux du CLSC de Parc-Extension. Quelques jours après l'affaire du YMCA, vers la mi-novembre, le Journal de Montréal nous apprend que le CLSC de Parc-Extension avait refusé pendant plusieurs mois la présence d'hommes lors de ses cours prénataux, puisque celle-ci importunait quelques femmes musulmanes, hindoues ou encore sikhs. Les couples qui souhaitaient assister ensemble à ces cours devaient se rendre au CLSC Côtes-Des-Neiges ou au CLSC Métro, et devaient alors payer 50$ pour pouvoir y assister alors que ces mêmes cours étaient gratuits au CLSC de Parc-Extension.

2006 : L'affaire du SPVM et les policières. Au même moment que l'affaire du YMCA, on apprenait l'existence d'une brochure du Service de Police de la Ville de Montréal qui recommandait de manière informelle à ses policières de faire appel à leurs collègues masculins lorsqu'elles ont affaire à des membres de la communauté juive hassidim. Jacques Dupuis, ministre de la sécurité publique, s'en mêle et exprime son désaccord profond avec cette "note de service" qui n'a comme seul et unique but que de "faciliter la communication entre les policiers et certaines populations" selon le porte-parole du SPVM, Stéphane Roch.

Bon. On va s'arrêter là, je pense avoir fait déjà un bon petit tour des accommodements qu'on appelle "raisonnables"... il va falloir qu'on m'explique un jour pourquoi ! Enfin... j'ai ma petite idée là-dessus. Certains d'entre-vous me diront : "oui bon... c'est une tempête dans un verre d'eau". Pas si sûr. A mon sens, plus y il aura de micro évènements comme ceux que j'ai cité, plus la société québécoise se diluera et plus son identité se perdra. Accepter les demandes d'une minorité, qu'elle soit religieuse ethnique ou tout ce que vous voulez, alors même que ces demandes nuisent à la majorité, est un non-sens complet. Le problème est qu'il faut avoir le courage de le dire. Ceux qui s'y risquent ne s'en sortent pas indemnes.

Je ne pensais retrouver au Québec ce que j'avais quitté en partant m'installer à Montréal. Déjà en France, apprendre que certaines piscines municipales, de Roubaix à Marseille en passant par la banlieue Parisienne étaient réservées, à certaines heures, aux femmes musulmanes uniquement me donnait la chair de poule. Mais alors là...

Il est plus facile pour ces communautés d'obtenir des accommodements raisonnables à cause de ce foutu et sacro-saint politiquement correct. Celui-ci empêche toute critique d'une religion ou d'une communauté culturelle sous peine de se faire taxer de raciste ou encore de facho. Regardez Mario Dumont qu Québec en Novembre. Regardez l'ire qu'ont soulevé les propos de Jacques Parizeau au lendemain de la défaite du référendum sur la souveraineté du Québec en 1995. N'avait-il pas raison, dans le fond ? Souvenez-vous des caricatures de Mahomet, l'an dernier : le monde entier en a parlé, parfois en s'offusquant, parfois en acquiescent d'un sourire niais et nerveux. Souvenez-vous du tollé généré par Pape Benoît XVI, en septembre dernier, lorsqu'il a osé assimiler l'Islam à la violence. Même si je n'adhère pas à toutes les positions ni aux manières de faire de certaines personnes que je cite ci-dessus, j'en arrive tout de même à pense ce qui suit (pour l'instant c'est très politiquement correct, vous avez vu ?): vous voulez critiquer la religion catholique ? Pas de problèmes, allez-y, vous avez carte blanche. Vous voulez critiquer l'Islam, ou la religion juive, ou la manière de procéder des sikhs ou des hindous? Attendez de voir ce que vous allez vous prendre dans la face (là ça l'est beaucoup moins). Ce "deux poids, deux mesures" m'insupporte. C'est pour cela, et bien sûr à cause aussi de l'incapacité des politiques du Québec (de tous bords) à prendre acte de ce qui se trame et à agir, que d'autres affaires d'accommodements dits "raisonnables" éclateront encore à l'avenir.

Tiens, dès l'été prochain, je vais exiger que la ville de Montréal obtienne une dérogation qui puisse permettre aux Français de ne plus faire la file aux arrêts de bus du Plateau Mont-Royal pour passer devant tout le monde. Comment ça, cela affecterait à la majorité ??? La majorité sur le Plateau, c'est nous, les Français !!!! Non mais ! J'ai bien le droit à un accommodement raisonnable en tant que Français !!!!

Non mais franchement... non, non et non. Toujours et à jamais non.

Nouvelle job ! Nous ne sommes...

Tof

Nouvelle job !

Nous ne sommes pas le 27 avril 2011, et pourtant, ça y est : je viens de décrocher une nouvelle job ! J'ai l'air comme ça d'avoir de la suite dans les idées : ma chronique précédente portait justement sur "trouver du travail quand on en a déjà un". Ce n'est pas un coup monté ! Promis. Tout s'est évidemment passé très vite, et je me dois maintenant de raconter ça dans les moindres détails. Certains lecteurs outre atlantique l'attendaient, cette chronique ! Je ne vise personne... :)
J'ai sans doute beaucoup de chance. Du moins, c'est ce que penseront certains lecteurs... et ils n'auront pas complètement tort : je n'ai pas démarché beaucoup pour trouver cette nouvelle job, j'ai plutôt été contacté par la compagnie en question, que nous appellerons "Higgins Inc." par commodité et en hommage au premier joueur ayant marqué contre les Sénateurs d'Ottawa ce soir.
Commençons par le commencement. En Août dernier, (ou était-ce en Juillet ???), je reçois un appel de la compagnie Higgins Inc qui me propose un poste. Chouette ! Je n'ai alors pas eu la présence d'esprit de demander de quel type de poste il s'agissait, ni même de rappeler plus tard pour le demander, tant le coup de téléphone fut bref. J'avais alors rendez-vous dans les locaux de Higgins Inc le lendemain, si mes souvenirs sont bons. Arrive le jour J, je vous passe les détails du changement de vêtements dans la voiture, vous connaissez normalement le topo (gare à vous dans le cas contraire !). L'entrevue se passe plutôt bien, les deux personnes que j'avais rencontré avaient l'air emballées, quant à moi je n'étais pas encore très sûr, ni très mûr... vous comprendrez pourquoi quelques paragraphes plus bas. On me demande donc de rappeler le lendemain pour donner ma décision. J'en parle donc le soir venu à ma blonde, je pèse le pour et le contre toute la soirée et toute la nuit. Premier point négatif, et non des moindres : le salaire proposé était alors inférieur à mon salaire actuel. Même si un système de primes à la rentabilité allait de paire avec le poste de bloggueur / cyber-démarcheur (je vais de ce pas proposer ce mot à l'OLF) qu'on me proposait, ce point-ci a largement pesé dans mon choix final. Je me suis donc réveillé, après une nuit d'intense réflexion, avec les trois lettres du mot "NON" qui semblaient s'imposer comme une évidence. De temps en temps, même juste avant d'appeler pour décliner l'offre, le "OUI" passait furtivement d'une oreille à l'autre comme pour me rappeler à l'ordre. Mais j'ai su résister et annoncer mon choix au téléphone avant de commencer une autre journée de travail normale.
Entre temps, j'ai reçu d'autres appels, dont un d'une compagnie qui m'avait déjà contacté en Mai dernier, alors que j'étais en vacances en France, et qui m'a appelé pour un autre poste en Septembre dernier. Deux entrevues, deux échecs ! Un candidat du réseau de connaissances de la compagnie avait finalement été préféré, pendant que j'espérais en vain. C'est alors que, quelques CV et entrevues sans suite plus tard, les ressources humaines de chez Higgins Inc me rappellent lundi 23 octobre dernier et me proposent une entrevue dans la semaine.

Même configuration que lors de leur appel pendant l'été : j'étais assis à mon bureau et le téléphone sonne. Numéro inconnu au bataillon : c'est un appel professionnel ! Allez, juste au cas où, je me lève prendre un verre d'eau pour décrocher. Gagné : c'était Higgins Inc qui m'appelait pour me demander si j'étais toujours à la recherche d'une nouvelle job et pour me proposer une entrevue le lendemain midi. Plutôt que de dire oui tout de suite ok à demain, comme à mon habitude, j'ai choisi avec la personne le midi de la semaine qui m'arrangeait le mieux, à savoir jeudi dernier. De quoi me laisser le temps de me retourner à la job. Le processus de mûrissement était enclenché, mais pas encore terminé, loin de là : j'avais ENCORE oublié de demander en quoi consistait le poste à pourvoir ! J'ai donc rappelé immédiatement pour savoir, histoire de me faire une idée des questions que je risquais de me voir poser lors de l'entrevue... le minimum de base en somme.

Il allait donc encore falloir inventer une niaiserie pour pouvoir me rendre à l'entrevue sans éveiller les soupçons. Comme j'étais déjà sur un autre "coup" pour un autre poste dans une autre compagnie, j'ai rappelé mon contact pour lui demander de voir s'il ne pouvait pas précipiter notre rencontre avant le jeudi qui s'en venait, puisque je souhaitais autant que possible avoir le choix si mes deux entrevues de la semaine s'avéraient concluantes. Ce fût chose faite. Nous étions donc encore lundi, j'avais une entrevue le mardi et une autre le jeudi. Imaginons donc un lunch entre amis le mardi, et un repas avec ma chère et tendre le jeudi, ça fait beaucoup mais ça devrait passer.

Passons directement à l'entrevue de jeudi dernier. Dans l'ensemble, tout se passe très bien, de la présentation précise du poste au changement furtif à l'anglais de mon interlocuteur. Sans compter que j'étais déjà venu quelques mois auparavant dans les locaux de Higgins Inc et que j'avais donc déjà été présenté à certaines personnes. Je n'avais même pas pris la peine de passer par la case "changement de tenue express" dans ma voiture, j'y étais allé complètement relax et confiant que je pouvais maîtriser les diverses tâches du poste. Ça a du paraître et jouer en ma faveur : j'ai obtenu le poste de suite, en entente verbale uniquement, au bout d'une demi-heure ! A vrai dire, cette fois-ci, je n'ai pas eu à rappeler le lendemain pour annoncer ma décision, ni n'ai-je pu objecter quoique ce soit finalement ! Tout s'est passé encore une fois très vite. Je suis reparti manger une baguettine au Tim Hortons du quartier en me disant que cette fois-ci, j'étais en train de franchir le pas de changer de job, après deux ans et deux mois dans ma compagnie actuelle et deux ans et demi de vie au Québec. L'accord tacite que je venais de conclure n'était que verbal, rien n'avait encore été posé par écrit.

Je suis rentré travailler et j'en ai parlé à ma blonde au téléphone ainsi qu'à une de mes collègues. Je suis resté plus d'une heure à son bureau, pour en arriver à la conclusion que j'avais comme oublié de préciser certains points plutôt importants, en dehors du salaire qui lui reste le même que mon salaire actuel mais devra être normalement réévalué dans trois mois, à la fin de ma période d'essai. J'avais donc oublié de négocier certaines choses, comme par exemple le nombre de semaines de vacances dans l'année et d'autres détails qui ont leur importance (leur crisse d'importance oui !!!). Ma collègue et ma blonde achèvent de me convaincre de rappeler pour régler au plus vite ces points par téléphone ou de préférence de vive voix. Le rendez-vous fut fixé le soir même, avant le 5 à 7 (disons plutôt le 7 à 9) chez Sharks (coin Sainte-Catherine / Guy) auquel j'avais été convié. Trois semaines de vacances, mes deux semaines de vacances à Noël prises en compte et accordées, possibilité de stationnement intérieur dans trois mois. Toujours rien par écrit... mais c'était selon moi suffisant pour me rendre dans le bureau de Mme M (souvenez-vous, c'est ma boss) le lendemain matin avec ma "resignation letter".

Le lendemain vendredi était donc le jour auquel j'avais tant pensé et tant redouté, quand on connaît comme moi le caractère de Mme M et les crises de nerfs dont elle est capable. J'entre donc dans son bureau, je referme la porte derrière moi (signe qui en général en dit long en soi), toujours pas de réaction de sa part. J'ai du lui mettre la feuille sous le nez tout en expliquant de quoi il s'agissait. Finalement, je n'ai eu droit qu'à une dizaine de secondes de tension, jusqu'à ce que je lui explique oralement ce qu'elle lisait au troisième paragraphe de ma lettre. Je lui ai en effet proposé de continuer à travailler pour ma compagnie mais en qualité de pigiste, pour ne pas la mettre dans une situation indélicate. Je ne suis en effet pas "indispensable" dans la compagnie, mais mes connaissances des sites internet que je gère et les habitudes de travail que j'ai acquises avec mes collègues en deux ans d'expérience me donnent un certain poids quand même... je suis donc trop gentil, j'évite à Mme M d'avoir à trouver et surtout à former quelqu'un pour me remplacer. C'est bon pour moi car ça arrondira les "fins de quinzaine", et c'est bon pour elle car je lui coûterai moins cher ! Elle a donc accepté presque avec plaisir. Je venais d'établir un record : le record du seul employé ayant réussi à quitter la compagnie, de son plein gré, sans qu'un seul cri ne jaillisse ! Le soir de ce jour là, après deux jours pas mal intenses en rebondissements et en émotions, je me serais mis au lit à 19 heures si nous n'avions pas eu des maudites courses à faire. J'étais brûlé !

L'histoire de ma nouvelle job ne se termine pas encore. Quelques détails croustillants me restent à vous raconter.

Lundi 30 octobre, hier donc à l'heure où j'écris ces lignes, je reçois un autre appel de Higgins Inc, pour confirmer avec moi que le contrat sera bien de trois mois, et qu'il sera reconduit si j'ai fait mes preuves. Comment ? Pardon ? J'étais scié ! Mon objection a fait chou blanc auprès de mon interlocuteur qui n'a pas entendu ou fait semblant de ne pas entendre, je ne sais toujours pas. Si on résume : je venais de donner ma démission à ma boss le vendredi précédent pour m'apprêter à commencer dans deux semaines un contrat de trois mois qui était encore à durée indéterminée avant cette courte conversation pour me l'apprendre. Il n'en avait jamais été question lors de mes entrevues de jeudi dernier. Le stress de la semaine dernière s'est réinstallé d'un seul coup. Si je rappelais le jour même, j'allais à coups sûr passer pour le maudit chiant jamais content, genre français de service. Si je ne rappelais pas, je risquais de me faire fourrer sévère. Oh pi merde. J'ai finalement rappelé aujourd'hui vers 13 heures. Je demande à parler au directeur de la compagnie, mais je tombe directement sur la personne qui sera mon superviseur direct. Je commence avec la question qui me turlupinait, à savoir quand allais-je recevoir par courriel l'offre que j'attendais depuis vendredi. Puis je rentre dans le tas et lui repose mon problème : il n'a jamais été question d'un contrat de trois mois mais d'une période d'essai de trois mois suivie d'une reconduction si tout va bien, est-ce qu'un contrat de trois mois équivaut à la période d'essai dont nous avions parlé ? Réponse affirmative plus ou moins vague, "oui mais il y aura une date de fin sur le contrat"... Je me dis que je vais attendre de voir le contrat en question pour finir la négociation, si besoin est en me rendant sur place pour en discuter avec eux. C'était si bien parti, pourquoi un tel revirement de situation ?!

Deux heures plus tard, toujours dans la journée d'aujourd'hui, un autre appel de Higgins Inc, m'informant que je devrais avoir reçu mon offre par courriel et qu'il s'agit donc d'une période d'essai de trois mois, suivie d'un contrat indéterminé. Comment ? Pardon ? OK ! Je reçois le courriel en question et j'ouvre l'offre en fichier joint. Retour soudain à ce qui avait été dit lors des deux entrevues de jeudi : trois mois de période d'essai, suivi d'une période de contrat indéterminé. Je n'y comprends plus rien... mais je vais dès demain leur porter le document signé et garder une copie signée elle aussi pour moi. Moralité : toujours s'assurer de signer une offre par écrit avant de donner sa démission officielle à son employeur actuel ! Je vous tiendrai au courant.

Malgré tous ces malentendus, je reste très content de changer enfin de travail et d'avoir bientôt à faire face à de nouveaux défis, plus en rapport avec ce vers quoi je m'oriente professionnellement. Je serais donc rédacteur / spécialiste en référencement dans deux semaines ! Le marché du travail en Amérique du Nord est très souple, j'espère que vous l'avez compris en lisant cette chronique et d'autres témoignages sur le forum. Mais ce même marché nécessite une bonne adaptation, et il ne vous fera pas de cadeaux si vous n'êtes pas encore assez mûrs pour l'affronter. Quant à moi, j'ai beaucoup appris la semaine dernière. Et pas mal mûri aussi... c'est un début. A nous deux Chris Higgins !!

Trouver du travail quand on...

Tof

Trouver du travail quand on en a déjà un!

Quand nous sommes arrivés à Montréal avec Isabelle, il y a maintenant deux ans et demi, nous nous sommes accordés un peu de temps de vacances, du moins au début. Nous voulions je crois prendre le pouls de la ville, commencer à y prendre nos marques et à l'apprécier. Puis, au bout de quelques semaines, alors que nous étions encore hébergés chez mon parrain à Saint-Lambert (sur la rive sud), ma blonde a reçu une lettre d'HEC Montréal lui indiquant, à sa grande surprise, qu'elle avait été acceptée. Elle avait en effet rempli et envoyé un dossier de candidature pour HEC Montréal alors que nous étions encore à Paris, mais sans trop y croire. Et pourtant ! Alors que nous avions prévu de chercher (et de trouver !!) tous les deux du travail, la donne a subitement changé. Bien sûr, il n'était pas question de laisser passer une occasion pareille : Isa a donc commencé ses cours dès la fin du mois d'Août 2004. Il fallait alors absolument que je trouve du travail, si possible bien payé pour pouvoir subvenir aux besoins de notre couple. Travail trouvé, j'ai commencé le 3 Septembre 2004, avec un salaire correct pour un immigrant qui vient de débarquer au pays et qui se trouve sa première job. Un peu plus tard, nous apprenons que les cours d'Isa ne vont pas durer un an, mais deux ! Heureusement, comme la grande majorité des étudiants de sa promo et des autres, les étudiants peuvent travailler tout en suivant leurs études. Nous ne nous étions pas posé la question lors de la première année à vrai dire. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et Isa et moi travaillons toujours aux mêmes places : moi depuis deux ans maintenant, et Isa depuis un an et demi environ. Et... en ce qui me concerne, ceux qui me connaissent où me lisent souvent le savent, je changerais bien de travail si j'en avais l'opportunité. Mais avant de démissionner de mon travail actuel, il me faut en trouver un autre, plus intéressant et bien entendu mieux payé, sinon à quoi bon. Chercher et trouver du travail quand on en a déjà un est précisément l'objet de cette chronique, vous allez voir que ce n'est pas de tout repos mais que c'est assez drôle aussi !

Avant toute chose, je n'ai pas encore trouvé de nouveau travail. J'ai quelques pistes, notamment grâce au réseau d'Isa, mais je reste très sélectif. Je cherche le boulot idéal, pas n'importe lequel pour dire de changer et de me retrouver dans le même profil de poste que celui que j'occupe actuellement. Mais voilà, comme je l'ai dit, j'ai déjà un emploi, celui que j'occupe depuis deux ans, dans la même compagnie où je suis le seul véritable francophone. J'ai besoin de changer d'air, sans compter qu'en ce moment, une sombre histoire de fusion entre notre compagnie et une autre est en cours, et que les employés sont les derniers à savoir vraiment ce qui se passe. Tout ce que je vois, c'est que j'ai de moins en moins de travail, ça en devient presque effrayant... et cela peut d'ailleurs, en grande partie, expliquer mon "retour" du moment sur le forum d'Immigrer.com ! En plus, le domaine d'activité de ma compagnie est depuis longtemps la cible du gouvernement américain, qui a décidé très récemment de voter une loi pour rendre illégal les jeux d'argent en ligne dans certains États des États-unis. En clair, je sens que notre navire vient d'être torpillé et que ses cales se remplissent à vue d'oeil. Raison de plus pour le quitter avant qu'il ne coule. Et enfin, last but not least, cerise sur le sundae : ma boss a verbalement accepté que je prenne des vacances à Noël, mais refuse pour l'instant de les officialiser en signant cette maudite feuille. Il faut que vous sachiez que les employés de ma compagnie n'ont pas le droit de prendre de vacances pendant la période des Fêtes de fin d'année. Mais, quand j'ai demandé cette faveur à ma boss en Août dernier suite au décès de ma grand-mère maternelle, celle-ci s'était montrée très compréhensive et avait acquiescé ma demande malgré ses nombreuses réticences. Je lui ai de suite demandé comment elle allait s'y prendre pour justifier que je puisse prendre des vacances, elle m'avait répondu de ne le dire à personne et qu'elle se débrouillerait. Quand je pense que j'ai mis plusieurs semaines à lui faire signer cette satanée feuille ! Si je lui avais signé le jour même, peut-être qu'elle aurait pris son stylo sans réfléchir davantage et qu'elle aurait délicatement apposé sa signature tout en me faisant part de ses (sincères) condoléances. Mais... non. Pas de trace écrite pour l'instant, trop tôt, et il ne faut pas que mes vacances soient "on file", an anglais dans le texte ! Ben voyons... peux-tu bien me dire ce que ça change ? Peux-tu bien me dire qui, mis à part la comptable et toi-même, peut avoir accès à ces données? Bref, je vais donc incessamment sous peu revenir à la charge et voir sa réaction. Si je comprends qu'en fait, elle avait dès le début en tête de me refuser mes vacances, alors qu'elle sait que j'ai déjà acheté les billets d'avion, eh bien ce sera une motivation supplémentaire pour changer de job !
J'ai déjà commencé, bien sûr, à chercher. Et j'ai déjà passé quelques entrevues, qui se sont malheureusement toutes soldées par une réponse finale négative. Mais bon, je ne perds pas espoir de trouver chaussure à mon pied. Je vais prochainement, je l'espère, retrouver les frissons que procure la recherche d'emploi quand on en a déjà un ! Un vrai marathon, assez comique intérieurement mais somme toute bien normal en Amérique du Nord. Voici donc le résumé de ce qui se passe lors de ces journées où l'on recherche un emploi quand on en a déjà un !
Tout commence en général par un courriel envoyé au service des ressources humaines du potentiel employeur. Ne pas attendre de réponse immédiate, il faut relancer et relancer sans cesse, par téléphone. Pour cela, rien de bien compliqué, il suffit de s'équiper de son téléphone cellulaire et de s'absenter un peu de son lieu de travail, ou d'appeler d'une cabine téléphonique. Jusque là, rien de bien sorcier.

Ça devient amusant quand, au moment où je ne m'y attends plus, mon cellulaire sonne en pleine journée de travail. Tiens donc... un numéro inconnu... il est donc bien possible qu'il s'agisse d'un employeur. Stratégie : répondre à l'appel et se lever en même temps pour aller se chercher un verre d'eau, au cas où l'appel exigerait une certaine discrétion. Voir carrément sortir si la situation l'exige, de manière à conserver un ton de voix intelligible pour mon interlocuteur. Autre solution, pour les cas désespérés : demander de façon très polie si je peux rappeler dans les 5 prochaines minutes. Dans tous les cas, l'instinct trompe rarement : il s'agit bien souvent de la même personne des ressources humaines de la compagnie, que l'on a contacté la semaine précédente voire le mois précédent, qui vous propose une entrevue ! "Ok, va pour mercredi, dans deux jours donc, Ah! Non excusez-moi, demain ! Oui c'est ça, attendez je réfléchis, non il n'y a pas de problèmes pour demain. Merci beaucoup, et à demain 11h30 alors ! Au revoir." Et je me rassoit comme si de rien était. Puis j'envoie rapido presto un courriel à ma blonde pour la tenir au courant ! Et je commence déjà à réfléchir à la stratégie pour le lendemain, le but étant de conserver secrète l'entrevue. Phewwww... Ok, c'était ben l'fun pour l'instant, mais le plus drôle est à venir !
Arrive le lendemain. Donc... c'est ou déjà ? Sur mon petit bout de papier, c'est noté métro Mc Gill, au sous sol, prendre l'escalier roulant au 2020 University, puis en prendre un second immédiatement sur la gauche... ouh là ! Ok le plus simple c'est d'y aller en métro comme prévu ; en voiture je vais mettre trop de temps à me trouver une place, et les stationnements à 4$ la demi-heure, très peu pour moi anyway. Et j'ai dit que j'allais dire à mes collègues que je prenais mon lunch avec Isa ce midi, ça a l'air de la dernière journée pour profiter d'une terrasse puisqu'il fait chaud aujourd'hui, donc ça passera sans problèmes.

11 heures. Ça y est, j'y vais. Direction : le stationnement en bas pour me faufiler dans ma voiture. Je me retourne, gauche, droite, apparemment personne. C'est parti ! J'enlève mes Puma et mon jean, et je me change pour une tenue plus conforme à une entrevue. Chaussures noires de ville, et pantalon de costume. Et la ceinture bien entendu. Hop c'est fait, je sors discrètement de ma voiture et du stationnement, par l'entrée des voitures pour éviter de prendre le risque inutile de tomber sur un collègue dans l'ascenseur, et hop me voilà dans le métro ! Je passe l'entrevue, qui a l'air de bien se dérouler d'ailleurs (chouette), et je ressors sur la rue University, une heure plus tard. Quelle heure il est là... ah ouais, treize heures quand même ! Et je n'ai pas mangé alors que je suis sensé avoir fini depuis longtemps, puisque j'ai dit que je serais de retour à treize heures justement ! Bon bah, je n'y serais pas c'est clair. Bof, pas grave, mon entrevue, je l'ai passée ! Allez on continue, petite cigarette, un Subway sur le pouce dans la rue, et vas-y que je m'en fous partout, en plus je suis en rogne parce que chez Subway, décidemment, ils sont incapables d'articuler deux mots de français à leurs clients francophones, et ça m'énarve !!! Bref passons. Vite au métro Mc Gill, on rentre à Atwater, et chemin inverse : stationnement par l'entrée des voitures, je me change rapidement, et je reviens au travail comme si de rien était. "Alors t'as été ou ?" Allez cette fois, ça va être le coup du petit resto japonais en terrasse en face de la Place des Arts. Ni vu, ni connu.

C'est chiant d'avoir à mentir de la sorte à ses propres collègues, je n'aime pas franchement ça, mais la situation m'y oblige. Certains collègues néanmoins, parmi les plus proches, sont au courant. Quand ils me voient passer la porte à 11 heures, ils savent où je vais. Et quand ils me voient revenir à 14 heures, ils s'empressent de faire sonner mon téléphone pour me demander un pseudo service, afin que je vienne leur raconter comment s'est passée l'entrevue. Et quand ils n'ont pas de nouvelles depuis quelque temps, ils me redemandent si j'ai du nouveau. Je ne le dis qu'à certains d'entre eux, car je sais qu'ils le garderont pour eux, l'important est que ce genre d'information n'arrive pas aux oreilles de ma boss, du moins pas tant que je n'ai pas l'intention de le lui dire moi-même dans le cas d'une entrevue qui porterait ses fruits.

Puis, c'est l'attente. Elle m'a dit de rappeler vers le 20, le mercredi, OK. Si je n'ai pas de nouvelles avant, j'appelle mercredi dans une dizaine de jours. Arrive le mercredi en question. Je m'éclipse vers 10 heures du matin pour joindre la compagnie et aller aux nouvelles. "À vrai dire je ne sais pas encore, je vous appelle vendredi, je devrais avoir la réponse définitive." Ok, va pour vendredi, deux jours de plus à attendre donc. Le vendredi, mon cellulaire sonne et affiche le nom de la personne que j'ai rencontrée deux semaines plus tôt. Je me lève et me dirige vers la sortie, pour comprendre rapidement au ton de la voix de mon interlocutrice qu'un autre candidat avait été finalement choisi. Je demande la raison, si c'est lié à mon profil, à mon expérience. Non, c'est quelqu'un du réseau interne qui a été choisi ! (Crisse de réseau à mmm...) Cela dit, mon CV risque toujours fort d'intéresser la compagnie qui va donc le garder pour plus tard si besoin est. Pour ça, je sais que ce ne sont pas des paroles en l'air puisque la première fois que j'avais parlé à cette femme, il était 22h30 quand mon cell a sonné, et j'étais... en vacances en France !
Il ne reste plus qu'à recommencer à chercher et à envoyer mon CV de façon sélective. Je ne suis pas pressé, je veux juste changer de job, et être capable de partir en vacances à Noël comme prévu. Je vous tiens au courant sans fautes ! (27 Avril 2011 : Ça y est. J'ai enfin trouvé une nouvelle job !... je plaisante bien sûr. Enfin j'espère...)

L'immigration et la perte d'un...

Tof

L'immigration et la perte d'un proche

Un sujet un peu délicat pour ma deuxième chronique de cette saison. En fait non, il s'agit déjà de la troisième... j'aurais largement préféré ne pas avoir à écrire cette deuxième chronique du 13 Septembre dernier ! En tous cas. Je ne voulais pas commencer l'année avec une chronique démoralisante pour tout le monde, mais je voulais la partager quand même car malgré tout, le sujet que j'abord fait partie intégrante de la vie d'un immigrant. Je vais essayer d'être bref, car il est inutile de disserter longtemps sur un sujet comme celui-ci. Mais, il faut bien le dire, beaucoup d'entre nous, les immigrants, ceux qui comme moi, ont laissé dans leur pays d'origine des parents et plus particulièrement des grands-parents ou encore des grand oncles et grand tantes, se sont à un moment donné posé ces questions inévitables : "Vais-je les revoir ? Est-ce possible que ce soit la dernière fois que je les vois ?".

Lors de mes retours touristiques en France, au nombre de deux pour l'instant, je n'ai jamais pu m'empêcher de me poser ces questions. Et pourtant... on devrait le savoir. On le sait même. On sait que cette décision d'immigrer nous éloignera, au moins physiquement, de notre famille et aussi de nos amis, et qu'on devra se résigner à ne les voir qu'une fois par année. Mais... on part quand même ! Ce n'est pas contre eux, c'est pour nous. Égoïsme ? Non. Envie, nécessité, exploration, ouverture, épanouissement personnel... mais surtout : éviter d'avoir à se dire pendant toute une vie qu'on aurait pu le faire et qu'on ne l'a pas fait. On part quand même. Et même si on pense à "nos vieux", on se dit quelque part qu'ils seront encore là dans un an, et dans deux ans, et dans trois ans. Erreur d'appréciation majeure.

Lors de mon dernier retour, en Mai 2006, j'ai compris que ce serait alors la dernière fois que je verrais ma grand-mère de son vivant. Depuis le début de l'année, j'avais compris que son état de santé se dégradait de jours en jours, grâce aux coups de téléphone et aux courriels échangés avec ma famille, mais je savais déjà qu'elle ne serait plus comme quand je l'avais vue, en Mai 2005. C'était malheureusement bien vrai. Le décalage entre Mai 2005 et Mai 2006 était énorme. Puis l'état de santé de ma grand-mère s'est vraiment dégradé vers la fin du mois de Juillet / le début du mois d'Août. On le pressentait, on savait que le jour J arriverait sous peu, mais impossible de savoir quand exactement, et de toute façon on n'a pas envie de le savoir ni d'être en mesure de le prédire.

Les mêmes questions se sont alors mises à se télescoper dans ma tête. Je rentre? Je ne rentre pas? Ce n'est franchement pas raisonnable, je ne peux financièrement pas me le permettre... mais je n'envisage pas non plus de ne pas être là pour son enterrement ! De cinq minutes en cinq minutes, mon état d'esprit changeait, avant même le jour de son décès, et ce pendant deux semaines ou plus. C'était infernal mais je n'avais pas tout simplement pas le choix : j'étais à 6000 kilomètres de distance et 7 heures de vol de là. Je devais donc dores et déjà me poser des questions pratico pratiques assez terribles, et je devais en plus en faire part à ma famille, car leurs réponses devaient m'aider à faire mon choix final, quant à ma venue ou non. Je n'avais pas l'intention de me précipiter dans le premier avion avant son décès, quand les choses se sont précipitées, pour la voir une dernière fois. Je ne le souhaitais pas. Je voulais par contre lui faire l'honneur d'être là, au côté de ma famille et de mon grand-père, pour ce jour si sombre que je n'aurais pas supporté de vivre normalement, au travail, avec mes collègues qui, même s'ils compatissaient et m'ont tous présenté leurs sincères condoléances, ne pouvaient pas remplacer ces enlacements et ces corps qui se serrent et se soutiennent dans un moment familial difficile. J'ai finalement compris, le jour où j'ai appris que c'était fini, que j'avais ma réponse depuis le début. J'y allais, c'était certain. Quoiqu'il arrive.

Étant donné que j'étais déjà rentré en Mai, et qu'à l'époque nous prévoyions de rentrer une fois de plus cette année pour les fêtes de fin d'année, un troisième aller-retour de quelques jours en pleine saison estivale allait me coûter les yeux de la tête. Heureusement, toute ma famille s'est alors cotisée pour m'aider à rembourser le billet d'avion. Le problème financier était alors écarté, restait le problème de l'annoncer à ma chère boss. Certains lecteurs réguliers du forum d'immigrer.com connaissent à peu près mes conditions de travail et le tempérament de ma boss, c'était donc un obstacle de taille à surmonter. Soit elle refusait, et hop l'affaire était réglée, je ne partais pas et je m'en voulais pour le restant de mes jours ; soit elle refusait, je décidais de partir quand même et je me faisais virer avant même de revenir au pays ; soit enfin elle acceptait et tout irait bien. Elle a opté pour la troisième option, d'une façon plutôt compréhensive. Cet obstacle n'en était en fait pas vraiment un, en fin de compte. Dans ces moments là, n'importe qui peut être très convaincant quand il a la motivation nécessaire. Même en anglais dans le texte.

Le matin où j'ai appris la triste nouvelle du décès de ma grand-mère, étant réveillé un peu plus tôt que d'habitude par le fameux téléphone matinal que je redoutais tant mais qui devait bien sonner un jour, je suis donc allé un peu plus tôt au travail. Toutes les conditions étaient alors réunies pour que je puisse parler à ma boss et lui demander cette faveur. Et tant qu'à faire, c'était le moment où jamais de lui parler de mes plans de vacances pour Noël. Je suis donc arrivé dans son bureau à 8h40. "Did you fall from your bed?" m'a-t-elle lancé en rigolant. Elle a alors eu droit à un "Can we talk for a sec?" qui lui est sur le moment resté en travers de la gorge, car elle a cru que je lui annonçais que je quittais. "Oh my God. Oh my God." J'ai du la rassurer tout de suite avant de lui demander mes deux faveurs. Je lui ai donc expliqué ce que je venais d'apprendre le matin même, et que je voulais absolument être présent à l'enterrement de ma grand-mère. C'était OK, du moment que tout ce qui devait être fait pour la semaine était effectivement fait ou programmé pour se faire. Normal. Je suis donc venu travailler quelques heures en plus le samedi suivant après deux soirées très tardives le jeudi et le vendredi pour m'assurer que tout était prêt. Pour ce qui est de Noël, elle a accepté plus ou moins verbalement, mais a refusé dernièrement de me signer la feuille de vacances "officielle" alors qu'entre-temps nous avions déjà acheté les billets d'avion... mais bon, c'est une autre histoire. Je pouvais partir. Une chose à la fois. Le soir même, il me fallait au plus vite surfer sur tous les sites d'agences de voyages et de vacances pour trouver le vol le moins cher et qui correspondait aux dates que ma boss m'avait fixé : si possible, départ lundi soir et retour le jeudi soir. Ok pour le départ le lundi soir mais ça ira à vendredi pour le retour. Au bout d'une heure et demi de recherche assidue, j'ai fini par trouver des prix pas pires (pour la saison) sur Air Transat. FlyZoom, Expédia et les autres compagnies du même type n'avaient pas de prix intéressants pour la période, et les dates proposées ne correspondaient pas du tout aux miennes et à mes obligations vis-à-vis du travail. Qui dit Air Transat dit aussi Terminal Charles de Gaulle 3 et un peu plus de temps pour prendre le TGV au terminal 2 mais bon... c'est pas bien grave, hein... faut ce qu'il faut.

Quelques jours plus tard, j'étais donc en France pour trois jours et trois nuits. J'ai alors ressenti une sensation indescriptible, comme si quelque chose d'irréel, d'impossible était en train de se dérouler. A peine une semaine auparavant, je n'aurais jamais pu imaginer que j'allais me retrouver en France le mardi matin suivant. Cette impression irrationnelle ne m'a pas quittée une seule fois du séjour. J'étais subitement en France, qui plus est, pour l'enterrement de ma grand-mère maternelle.

L'enterrement en lui-même, de même que le jour qui a précédé et le jour qui a suivi, s'est déroulé... comme un enterrement. Je n'ai pas vécu beaucoup de funérailles dans ma petite vie, mais j'imagine que cette ambiance de profonde tristesse, mêlée à la joie intense de revoir des proches que l'on n'a pas vu depuis des années, est commune à la plupart des enterrements. Je n'entrerai pas plus dans les détails, un enterrement est ce qu'il est, avec ses peines et ses joies, ses larmes et ses rires.

J'étais déjà dans l'avion du retour, après une nuit d'à peine une heure et demi de sommeil passée à discuter avec ma s'ur chez qui j'avais passé ma troisième nuit à Paris. Et hop, de retour à Montréal. Ces quelques jours furent intenses en émotions, de la tierce mineure à l'accord parfait, et je ne regrette absolument pas aujourd'hui d'avoir fait le déplacement. J'aurais eu comme je l'ai dit énormément de mal à rester là, si loin de tout le monde.

Je sais aussi que j'ai eu de la chance en quelque sorte, dans mon malheur : toutes les conditions ont pu être réunies pour que je puisse revenir. Je sais aussi que certains immigrants n'ont pas eu ou n'auront pas le privilège de pouvoir rentrer juste trois jours pour "être là". Je sais enfin aussi que je ne pourrai peut-être pas rentrer quand ce sera le tour du prochain. Ma façon de dire les choses est crue, vous trouvez ? Oui, certainement. Mais l'immigrant que je suis s'est vu obligé de se poser ce genre de questions qui dérangent. Je ne regrette en rien d'être à Montréal et d'avoir mené ce projet à bien avec ma bien-aimée. Mais, faire face à la perte d'un proche et au deuil qui s'en suit à distance est malheureusement le lot de chaque immigrant. Nous devons vivre notre deuil à distance, et par conséquent celui-ci est souvent plus long, pour nous qui n'avons pas pu vivre toutes les étapes qui conduisent inexorablement vers la fin de l'existence de l'être cher. On se dit "préparés" psychologiquement ? On ne l'est pas du tout. Immigrant ou pas, c'est pareil pour tout le monde, mais c'est tout de même particulier pour nous.

Fusillade au collège Dawson...

Tof

Fusillade au collège Dawson

A l'heure où j'écris ces lignes (16h54 HE), l'opération est semble-t-il encore en cours ou sur le point de se terminer. Les informations que l'on peut lire et entendre dans les médias nationaux, aussi bien francophones qu'anglophones, ne cessent de changer d'heure en heure. On parle de 20 blessés et d'un suspect abattu par la police. On parlait plus tôt de 4 morts, mais depuis une heure il est presque impossible de savoir s'il y en a eu réellement; la police semble attendre que cette tragédie se termine complètement avant d'avancer des chiffres et un quelconque bilan. Toute la ville en parle, tout le Québec en parle et demain, les médias du monde entier vont forcément en parler. Les quelques montréalais à qui j'ai parlé, francophones et anglophones, sur place ou encore dans le bus, sont comme moi : ils n'en reviennent pas, ne comprennent pas qu'une tragédie comme celle-là puisse se dérouler dans une ville aussi paisible que Montréal. Le Québec est rarement au centre de l'actualité, mais en cette triste journée, il l'est, et le sera probablement aussi dans les médias européens et internationaux demain. J'étais au coeur de l'évènement, car depuis deux ans maintenant je travaille au 12è étage de la Tour 2 de la Place Alexis Nihon, qui abrite un centre commercial de plusieurs étages en son sous-sol et qui surplombe tout le quartier du métro Atwater. Voici comment j'ai vécu cette journée effroyable que je ne suis pas prêt d'oublier.

Vers midi, un de mes collègues me presse pour aller descendre chercher à manger, alors que nous y allons généralement vers 13 heures. Je commençais à avoir un peu faim, alors pourquoi pas après tout. Nous sommes donc descendu au centre commercial de la Place Alexis Nihon, comme nous le faisons tous les jours, pour aller chercher notre lunch et le remonter au bureau pour le manger. Merci JF, je ne sais pas ce qui t'a pris de vouloir manger si tôt aujourd'hui, mais merci ! Puis, vers 12h40, un autre de mes collègues, dans le même bureau que moi, nous dit qu'il se passe des choses bizarres au CÉGEP de Dawson, que nous voyons clairement de nos fenêtres. Plusieurs policiers, l'arme à la main, semblent alors faire évacuer Dawson. Certains ont les deux mains sur leur pistolet et semblent viser les fenêtres de l'établissement, pendant que les autres aident les étudiants à évacuer. Certains collègues, toujours les premiers à descendre quand il se passe quelque chose au métro Atwater ou qu'une voiture de police est stationnée en bas, sont rapidement descendus prendre le pouls de la situation. De ma fenêtre, je ne croyais pas ce que je voyais. Les images que j'ai vues sont comme des photos aériennes qui resteront gravées longtemps dans ma mémoire : tous ces étudiants qui sortaient par la porte arrière de Dawson juste derrière la station de métro Atwater, qui contournaient celle-ci pour continuer leur fuite le long de Maisonneuve vers Atwater ; ces policiers, tous armés de pistolets, alors que jamais encore je n'avais vu un policier ici sortir son arme à feu; le bureau ou tout le monde était scotché aux fenêtres et certaines collègues commençaient sérieusement à pleurer'

Quelques minutes plus tard, des collègues remontent et nous expliquent affolés qu'ils ont eux-mêmes entendus des coups de feu en provenance de Dawson.

Malgré tout ce que je venais de voir et d'entendre, en maudit fumeur que je suis, je voulais ma cigarette d'après repas. Ma conscience me disait d'attendre, mais ce besoin stupide de nicotine me disait que je pouvais encore sans doute sortir par le centre commercial rue Sainte-Catherine pour assouvir mon manque. Après quelques minutes de réflexion, et au vu du périmètre de sécurité établi à l'extérieur, je me suis finalement décidé à descendre. Oui dites-le, je suis franchement con et bien trop accroc à la cigarette. Je descends donc, et arrivé aux portes du centre commercial, je vois une foule de gens regroupés, arrêtés au beau milieu du mall, qui discutaient. Je ne pouvais déjà plus faire machine arrière : un des membres du personnel de la place empêchait les gens de remonter. Bon, soit, je vais voir si on peut accéder en bas et sortir rue Sainte-Catherine. Je me dirige donc vers les escaliers quand des cris se font entendre, en provenance apparemment du fond du centre commercial. Une marée humaine de gens s'est alors formée et allaient dans tous les sens, certains se dirigeant vers les portes à une trentaine de mètres de moi, les mêmes que je venais de franchir. Mon sang n'a fait qu'un tour, quoiqu'il arrive, si vraiment un des suspects était présent dans le centre commercial avec son AK47, il fallait que je me réfugie quelque part. L'endroit le plus proche était la Banque de Montréal, dans laquelle je me suis précipité avec d'autres personnes. Quelques minutes plus tard, les volets roulants de la banque se fermaient. J'étais enfermé à la Banque de Montréal, et des employés tentaient de nous rassurer et de nous faire asseoir. Une jeune femme anglophone, en pleurs, parlait au téléphone à son conjoint pour lui expliquer la situation. Je suis sorti du bureau pour respecter son intimité. D'autres personnes à la banque, employés ou fugitifs comme moi, venaient aux nouvelles. Puis dans un autre bureau, un jeune anglophone me raconte qu'une personne avec une mitraillette ("riffle") aurait fait feu sur une personne de 7 coups de feu dans la tête. J'appelle au bureau pour dire que je vais bien et expliquer la situation en bas, et mon collègue m'apprend qu'une annonce avait été faite dans les bureaux, leur apprenant que deux personnes seraient en possession d'armes à feu. J'essaye de me calmer tant bien que mal, malgré ce que je viens d'entendre. Une demi-heure plus tard, les portes s'ouvrent et un policier nous redirige vers une sortie de secours du centre commercial. Nous l'empruntons et nous retrouvons à l'arrière, rue Sainte-Catherine. La rue était noire de monde. Des gens au téléphone, des étudiants du CEGEP de Dawson par petits groupes, souvent entourant leurs amis les plus traumatisés, parfois incapables de parler. Tout le périmètre était bloqué. La rue Atwater, de Sherbrooke à Sainte-Catherine, était remplie de voitures de police et d'ambulance. Ce spectacle était réellement saisissant. La circulation sur Atwater, Sainte-Catherine, Maisonneuve était complètement bloquée, et les métros de la ligne ne circulaient plus non plus d'après une policière à qui j'ai demandé des infos. J'ai donc décidé de rejoindre Isabelle à son travail à pied, pour peu après rentrer à la maison dans le bus 80 en direction de la rue Parc. Là encore, tout le monde en parlait. J'en ai moi-même parlé à un montréalais, atterré comme moi, qui ne comprenait pas comment un tel évènement sinistre puisse se produire à Montréal. Plus tard sur le trajet, quatre étudiants de Dawson entraient dans le bus, soutenant une amie complètement traumatisée par ce qu'elle venait de voir.

Je suis donc rentré à la maison vers 15 heures, pour me jeter sur les nouvelles sur Internet et à la télévision. J'ai alors vu les images du quartier Atwater, où je travaille depuis deux ans et auquel je me suis bien naturellement attaché malgré ses quelques travers, notamment le service en langue française. J'ai revu les images de la rue Atwater remplie de policiers, les images aériennes de l'hélicoptère de TVA filmant les étudiants en train d'évacuer, que je venais de voir du haut de mon 12è étage. Cela me mets vraiment mal à l'aise. Depuis ma séquestration à la Banque de Montréal, je traîne un mal de ventre terrible, qu'un Coke n'a pas réussi à combattre.
A l'heure ou je termine cette chronique spéciale, les chiffres commencent à tomber au téléjournal de Pascale Nadeau sur Radio Canada. Le suspect a donc été abattu, et 20 personnes ont été blessées dont trois sont encore dans un état très critique. La mort d'une jeune étudiante de 20 ans vient d'être confirmée, et le journaliste est plutôt pessimiste quant à la survie des personnes à l'hôpital dont l'état est critique.

Voilà comment s'est passée cette journée pour moi qui l'ait vécue de l'intérieur. Je ne sais pas encore comment va se passer la journée de demain, je sais juste que ma voiture est restée dans le stationnement de la place Alexis Nihon et donc que nous irons travailler demain en métro. Certains accès seront certainement encore bloqués pour permettre l'enquête et les reconstitutions. Excusez-moi pour la piètre qualité du français de cette chronique et pour les nombreuses fautes qui ont du s'y glisser ! Bah' en fait, cela importe vraiment peu.

Le cinéma québécois J’ai...

Tof

Le cinéma québécois

J'ai toujours été friand du cinéma français. Quand je vivais encore en France, plus jeune, j'avais la fameuse "carte UGC" qui me permettait d'aller au cinéma aussi souvent que je le voulais, la semaine ou les fins de semaine. C'est comme ça que j'ai découvert des films que je considère depuis comme "culte". Citons "Un air de famille", "L'auberge espagnole", "Le péril jeune", "Les enfants du marais" et bien d'autres. J'avais aussi mes acteurs fétiches tels que Pierre Arditti, André Dussolier, Michel Serrault, Jean-Pierre Marielle, Fabrice Luchini, le couple Jean-Pierre Bacri / Agnès Jaoui, Bérénice Béjo qui est un peu l'étoile montante du cinéma français depuis peu' la liste serait bien trop longue et j'en oublie de toute façon.

En venant m'installer au Québec, une de mes craintes était justement de passer à côté de tous ces films français que j'affectionne particulièrement. Je me suis dit que je ne pourrais en voir que certains au cinéma avec plusieurs mois de retard, et que ceux que j'aurais voulu voir ne seraient pas nécessairement projetés dans les salles de Montréal. J'avais raison. Seuls certains films français finissent par arriver avec quelques mois de retard dans certaines salles de Montréal uniquement. "Brice de Nice", "Les chevaliers du ciel", "Les Bronzés 3"' seuls les films français plus ou moins commerciaux réussissent à traverser l'Atlantique pendant que la grande majorité des autres, sauf exception heureusement, restent confinés à l'intérieur de l'Hexagone. Puisque j'étais en quelque sorte "privé" du cinéma français que j'aime vraiment, je me suis alors rapidement intéressé au cinéma d'ici.
Je ne me souviens plus du premier film québécois que j'ai vu dans une salle obscure montréalaise. C'est assez énervant d'ailleurs. Je sais par contre qu'un des premiers films québécois qui m'a été donné de voir m'a tout de suite fait comprendre que j'allais aimer le cinéma d'ici. Ce film, c'était "l'Audition", un film de et avec Luc Picard, je crois me souvenir que c'est même son tout premier film, la première fois qu'il passait de l'autre côté de la caméra. Est-ce le fait que les protagonistes habitent dans la grande tour du coin des rues Rachel et Christophe Colomb, au pied du Parc Lafontaine, c'est-à-dire la grande tour dans laquelle nous avons nous-mêmes, ma blonde et moi, habité pendant un an à nos débuts à Montréal ? Est-ce le fait que j'ai trouvé le scénario, les répliques et les acteurs très bons ? Est-ce le rôle qu'interprète Suzanne Clément qui m'a chaviré ? C'est à mon avis un mélange de tout ça. J'adore ce film tout simplement pour toutes ces raisons. Luc Picard, Luc Picard. Toi là, je vais te suivre. Je l'ai effectivement suivi plus tard dans "Un dimanche à Kigali", et je l'ai même croisé, le 18 novembre 2005 vers minuit, toujours rue Rachel (coïncidence ?), alors que je m'en allais reprendre la voiture après la soirée Immigrer.com au Café Rico ! Je l'ai reconnu malgré son manteau d'hiver, c'est vous dire. J'attends avec impatience son prochain film.

Entre "L'Audition" et "Un dimanche à Kigali", il y en a eu d'autres évidemment.
Un autre de mes films cultes québécois s'appelle "Horloge Biologique". Quand je pense que j'ai tardé à le voir ! La sortie du film, le 5 Août 2005, coïncidait à quelques semaines près au lancement d'une nouvelle série sur Radio Canada intitulée "Les Invincibles". Or, "Horloge Biologique" et "Les Invincibles" tournent tous deux autour du même thème : des hommes au début de leur trentaine, soumis malgré eux au doute et à la remise en question de soi face à la perspective prochaine de la paternité, de l'engagement dans le couple, du regroupement total et définitif autour du cocon familial une fois bébé arrivé. Est-ce le fait que je me suis reconnu dans les questions que le film de Ricardo Trogi soulevait ? Est-ce parce que j'ai découvert à moment là des acteurs et actrices tels que Pierre-François Legendre, Patrice Robitaille, Jean-Philippe Pearson, Julie Perrault, Julie Deslauriers, que je retrouve désormais avec beaucoup de plaisir dans d'autres film ou séries TV ? Est-ce encore parce que ce film était aussi pour moi une brique de plus ajoutée à l'édifice qui me permet aujourd'hui de mieux comprendre la société québécoise ? Oui, c'est pour tout ça. C'est pour les mêmes raisons que j'ai suivi assidûment la première saison de la série "Les Invincibles" (la saison 2 démarre en Janvier 2007 !) et que j'ai tout logiquement regardé plus tard le premier film de Ricardo Trogi : "Québec Montréal" qui rassemblait les mêmes acteurs refaisant déjà le monde et les relations hommes/femmes, le temps d'un trajet de Québec à Montréal sur l'autoroute 20.
Puis il y a eu "Elles étaient cinq", un film que j'ai raté alors qu'il était projeté en salles, pour finalement le recevoir en cadeau en DVD. Ghyslaine Côté. Un très bon drame qui, même si on devine le fin mot de l'histoire, est extraordinairement bien joué. Je me souviens y avoir vu des plans de paysage et des portraits saisissants. Sans parler de l'atmosphère oppressante que dégage le film, un peu à la manière des films de Dominik Moll comme "Harry, un ami qui vous veut du bien" et plus récemment "Lemming". Ghyslaine Côté a récemment récidivé avec "Le secret de ma mère", que j'ai vu avec plaisir. L'ambiance y est beaucoup plus détendue puisqu'il s'agit d'une comédie dramatique. On y devine encore plus ou moins la fin mais celle-ci réserve quand même des surprises.
Comment ne pas passer sur des films comme "C.R.A.Z.Y.", et "Maurice Richard" ? Deux films qui retracent à leur manière une partie spécifique de l'Histoire du Québec, sous des angles évidemment bien différents. Le premier s'attaque à une famille et plus particulièrement un adolescent des années soixante, soixante-dix, en train de vivre une période où le Québec était en ébullition, pendant et peu après la Révolution Tranquille. L'autre se concentre sur un joueur de hockey du Canadien de Montréal dans les années quarante et cinquante, devenu depuis héros national pour nombre de québécois. Le film, outre l'évolution du "Rocket" dans la Ligue Nationale de Hockey, retrace la condition sociale des canadiens français de l'époque, jusqu'à l'émeute du Forum en 1955 suite à la suspension du joueur. "C.R.A.Z.Y." ne sait plus quoi faire aujourd'hui de ses récompenses locales et internationales, alors que "Maurice Richard" en aurait certainement mérité plus d'une. L'un et l'autre travaillent sur des registres très différents, mais une fois de plus j'ai beaucoup appris en les regardant. Pendant que le premier me sensibilisait davantage à cette période que le Québec a traversé dans les années soixante et qui fait que le Québec est ce qu'il est aujourd'hui, le deuxième a su mettre les mots sur ce que je n'arrivais pas à exprimer mais que j'avais pourtant plus ou moins déjà compris à l'époque où je l'ai vu : cette profonde différence culturelle qui existe au sein de la société québécoise, à l'intérieur des frontières du même pays, entre les francophones et les anglophones.
C'est sans doute grâce à certains des films dont j'ai parlé, mais aussi bien sûr au temps qui a fait son 'uvre depuis maintenant plus de deux ans que je suis ici, que j'ai ri de très bon c'ur aux très nombreux clichés et autres jokes de "Bon Cop, Bad Cop" le film d'Érik Canuel actuellement encore en salles. Encore une autre brique dans l'édifice ! J'en suis arrivé à un point où ce film ne m'a rien appris sur la société québécoise : il m'a permis au contraire d'en rire à ses côtés. Il m'a aussi fait parfois enrager par certains clichés, aussi bien côté "ROC" que Québécois d'ailleurs. Je n'aurais jamais apprécié ce film autant que j'ai pu le faire aujourd'hui si je l'avais vu en arrivant il y a deux mois par exemple.

Grâce à tous ces films, j'ai compris que le cinéma québécois n'avait selon moi rien à envier au cinéma français. Loin de là ! Je peux continuer ici à regarder des films ou seuls les dialogues et le jeu des acteurs comptent pour construire une histoire basée sur un scénario riche en rebondissements, sans pour autant y trouver d'armes à feu ou de voitures qui explosent. Je suis comblé : les films québécois m'apportent ce que je recherche quand je vais au cinéma : comédies de m'urs, drames psychologiques, films "historiques", tout y est. J'ai maintenant, en plus de mes acteurs français fétiches, mes acteurs québécois fétiches dont j'ai déjà évoqué les noms. Sans oublier ceux que je n'ai pas nommé comme François Létourneau, qui est par ailleurs un des scénaristes des Invincibles, Isabelle Blais, Lucie Laurier, Bianca Gervais (bon ok, elle c'est parce que je la trouve vraiment cute... je ne l'ai vue que dans "Le Secret de ma mère" donc il m'est difficile de juger ses talents d'actrice !)... et d'autres encore à venir !
Quand je vois ce dont est capable le cinéma québécois, j'ai pourtant du mal à accepter qu'il traverse à l'heure actuelle une mauvaise passe dont personne ne se préoccupe, pas même la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp. Il rayonne à l'étranger, au festival du film de Munich en Allemagne ou encore au Festival du film Meridian Pacific en Russie, où "Bon Cop Bad Cop" et "C.R.A.Z.Y." y ont été projetés (1) et notamment en France : le film C.R.A.Z.Y. a bien fonctionné dans les salles françaises. Du 22 au 28 novembre 2006 se tiendront au Publicis Store des Champs Élysées de Paris les 10 ans du "cinéma du Québec à Paris", un évènementiel produit par la SODEC' Mais son rayonnement mondial cache une grave crise de financement.

Le principal problème vient du fait que la SODEC (Société de Développement Des Entreprises Culturelles) (2) n'a aujourd'hui plus assez de fonds pour soutenir tous les projets de long-métrages qu'elle souhaiterait produire pour l'année 2007. Comme elle n'a pas assez de fonds ' Ottawa n'a (ô surprise) pas accédé à la demande des professionnels du cinéma québécois, et ne comptons pas non plus sur Jean Charest, notre premier ministre libéral du Québec ' la SODEC est obligée de sélectionner les projets qu'elle soutient, au détriment d'autres, ce qui conduit à une baisse du volume de films produits au niveau national. Quant à Téléfilm Canada, les fonds que l'organisme distribue sont basés sur la performance des films en salles, ce qui entraîne bien évidemment une production à tendance plus commerciale. Le public ressent cette crise à sa manière, et par conséquent se fait plus rare dans les salles obscures. Je résume : moins de films "nationaux" : moins de public national, plus de grosses productions américaines. Que le succès pour le moins retentissant de "Bon Cop Bad Cop" ne fasse pas mouche : l'industrie du cinéma au Québec ne se porte pas si bien que ça.

Selon Daniel Turp, dans son article du Devoir des 29 et 30 Août 2006 (3) (4), "Seule l'indépendance nationale du Québec permettra de conférer aux institutions québécoises la capacité de décider de l'ensemble des mesures visant à soutenir et à consolider notre cinéma national et de rapatrier notamment les sommes que Téléfilm Canada investit aujourd'hui dans le cinéma québécois." Il y a d'autres alternatives en attendant celle-ci, comme par exemple une redevance prélevée sur le billet de cinéma, ou encore l'incitation des entreprises privées québécoises au financement du cinéma. En ce qui concerne, je suis prêt à payer un peu plus cher mon billet, s'il le faut vraiment, pour pouvoir continuer à me délecter du cinéma québécois que je trouve très riche. C'est encore un cinéma jeune, mais pas pour autant naïf : il a déjà la tête sur ses deux épaules et il vous surprendra, surtout si comme moi vous aimiez le cinéma français. Je ne dis pas que le cinéma québécois copie ou ressemble comme deux gouttes d'eau au cinéma français, loin de là, sinon tous les films québécois seraient diffusés en France. Non, mais je leur trouve une sensibilité, une réflexion et une intelligence qui peuvent être comparées.

Comment ça, vous êtes encore là ? Allez, ouste ! Allez au cinéma, voir une production québécoise. Demain soir. Ou même ce soir tiens. Vous ne le regretterez pas ! Si vous êtes en France, ben' venez vous zen icitte !

PS: L'auteur de cette chronique n'a reçu ni financement ni aide financière d'aucune sorte de la part de la SODEC. La SODEC n'a aucunement demandé à l'auteur de cette chronique de promouvoir le cinéma et les productions cinématographiques (long-métrages, courts-métrages, documentaires, liste non-exhaustive) du Québec. L'auteur de cette chronique est le seul responsable de ces écrits à l'endroit du cinéma et des productions cinématographiques du Québec.

Sources / Infos complémentaires:
(1) Festival du film Meridian Pacific : http://www.viff.ru/child.php?id=882
(2) Site de la SODEC : http://www.sodec.gouv.qc.ca
Article de Daniel Turp : le financement du cinéma québécois ' la crise / les solutions :
(3) http://www.ledevoir.com/2006/08/29/116895.html
(4) http://www.ledevoir.com/2006/08/30/116983.html

La Coupe du monde de...

Tof

La Coupe du monde de soccer vue de Montréal

Dimanche 9 Juillet 2006, 23h32.

Et voilà, c'est fini. C'est avec un peu d'amertume que je me décide ce soir à écrire ma chronique, vingt-huit minutes avant la fin du jour de mon anniversaire d'ailleurs. Le français de France que je suis, qui vit à Montréal depuis plus de deux ans, a assisté à la défaite des Bleus lors de la Finale de la Coupe du Monde de Football 2006. Voici donc le récit de cette formidable aventure sportive qui a le pouvoir de fédérer des millions de gens sur la planète, telle qu'un français de Montréal l'a vécue. Voici ce qui m'a marqué, ce que j'ai aimé, ce qui m'a déçu... et plus encore.

Pour dire la vérité, je ne suis pas le plus fervent supporter des Bleus, puisque comme beaucoup finalement, je ne m'intéresse au "foot" que tous les quatre ans, lors de la coupe du monde justement. Je trouve passionnant le véritable phénomène social que crée tous les quatre ans cet évènement sportif aux vertus fédératrices : c'est quand même le sport le plus fédérateur au monde ! Et vivre une coupe du monde à Montréal, c'est tout un programme.

C'était donc au début du mois de Juin, la Coupe du Monde débutait. Bon, ok, c'est pas plus mal, ça nous donnera des sujets de discussion entre collègues. J'étais loin de m'imaginer avec quel entrain mes collègues allaient entrer dans le "phénomène coupe du monde", et j'étais loin de m'imaginer ce que signifiait vraiment vivre une coupe du monde à Montréal. En France, on ne se pose pas la question, on est entre français pour son équipe nationale, nos Bleus. Normal ! Ici à Montréal, où tant de nationalités sont représentées, c'est vraiment différent, et j'allais le découvrir assez vite. En fait, moi qui me croyait au pays du Hockey, je ne savais pas que Montréal allait se mettre à vibrer au rythme de la coupe.

Une des particularités de la compagnie dans laquelle je travaille, c'est qu'elle regroupe énormément de nationalités, à l'image de Montréal. Mon administrateur réseau est d'origine portugaise, le programmeur est d'origine espagnole, l'administrateur des bases de données est libanais, le service des finance est géré par une italienne, et j'ai à côté de ça d'autres collègues japonais, coréens, chinois... et pour finir ma boss est anglaise de Londres ! Un paquet de nationalités donc, dont la très bonne majorité était représentée lors de la coupe FIFA. Chaque jour, pendant les sélections, il y avait donc au moins un de mes collègues qui suivait la coupe de près. Quant à moi, je les ai très vite accompagnés. France Suisse : 0-0. Puis France Corée : 1-1. Mes collègues me niaisaient déjà sur les piètres performances de l'équipe de France. Puis vint France- Togo : à ce stade là (quel jeu de mots !), ça passait où ça cassait, sans Zidane ni Abidal qui s'étaient pris un carton jaune de trop lors du match précédent. Le Togo était dans les équipes dites "faciles" qu'il ne faut pas trop craindre, n'empêche qu'il nous fallait marquer au moins deux buts pour passer en huitième, pendant que la Suisse se débrouillait bien de son côté. Mes collègues proches, les trois premiers que j'ai cité plus haut, s'en sont donnés à c'ur-joie, le p'tit français a du encaisser les jokes ! Rien de bien méchant loin s'en faut ! Mais quand-même. Heureusement, on est passé en huitième. C'est là que les festivités (hostilités? ') ont réellement commencé, toujours dans une bonne ambiance, jusqu'au bout d'ailleurs. Ca devenait juste un peu plus sérieux !

Mon collègue espagnol avait commencé à faire l'école buissonnière dès les sélections... moi j'ai commencé avec les huitièmes !! Nous voilà donc tous les deux dans le bar "Tryx", en bas de la Tour Alexis Nihon à Atwater où je travaille. Rien n'était gagné d'avance pour les Bleus, l'Espagne ayant largement fait ses preuves depuis le début. Pendant le match, alors qu'aucun but n'avait été marqué, j'ai fait un pacte avec lui : si l'Espagne gagne, je n'avais pas le droit de le niaiser, et inversement bien entendu. Début du match. L'Espagne marque sur pénalty, suite à une faute de Thuram. Mon collègue jubilait, j'étais dépité. Mais les Bleus sont remontés au score et le match s'est fini par trois buts à un pour la France. Ouf... mais pas le droit de niaiser mon collègue, déjà hors course. De retour à la maison, je remarque le peu de présence française dans les rues, comparée aux explosions de joie précédentes des supporters d'autres nationalités comme les portugais, les brésiliens ou encore les italiens. Bon.

Puis vint France Brésil, que j'ai passé au bar "Chez Roger", sur Beaubien Est, en compagnie d'une grosse gang de français. Nous avons mis l'ambiance dans le bar à nous tous seuls, surtout après le seul et unique but marqué par Thierry Henry. A la sortie, je me disais que cette fois, les français de Montréal allaient enfin oser fêter ça : j'avais raison ! La rue Saint-Denis, entre Mont-Royal et Duluth, était remplie de français, qui dansaient sur de la musique jouée par des... brésiliens, juste devant le bar brésilien un peu en face du Barouf. C'était... délirant ! L'expression parfaite de l'esprit sportif tel qu'on devrait le définir.
Un peu plus tôt dans la journée, le Portugal avait vaincu l'Angleterre, devant mes yeux ravis et la mine sûrement déconfite de ma boss quelque part dans l'est de Montréal. La même qui nous a bien fait comprendre sa déception, et la même encore qui n'a s'est s'offusquée quand ma collègue de Trinidad et Tobago lui a dit qu'elle tiendrait pour la France lors de la finale. Bref.

Ce fut ensuite notre tour d'affronter le Portugal. Je n'ai alors pas hésité une seconde à "sécher" ; je savais déjà à ce moment là à quel point mon horaire allait être chargé à la job lors des deux derniers jours de la semaine. Sans scrupules donc, j'ai assisté à la victoire pénible contre le Portugal à la Cage Aux Sports, sur René Lévesque. Il nous a fallu presque une heure pour regagner le Plateau et envahir Saint-Denis, tant il y avait de monde une fois arrivés sur le Plateau, où l'ambiance était (faut-il s'en étonner) beaucoup plus animée qu'à l'ouest de Saint-Laurent. Même tableau que pour France-Brésil, mais avec encore plus de monde ! Les français de Montréal étaient alors véritablement fiers de se montrer vêtus de bleu. Ca faisait plaisir à voir et à entendre ! Mes collègues au travail, voyant que mon équipe se retrouvaient en finale, m'encourageaient chaudement. Même mon collègue portugais me félicitait (j'y suis pour rien ! :)) et me disait que son équipe ne savait pas jouer !

La déconfiture allait avoir lieu à la 111ème minute puis jusqu'à la fin du match aujourd'hui, au Parc Jean-Drapeau. Après un très bon début de match qui laissait entrevoir la meilleure des issues, les Italiens ont finalement égalisé avec beaucoup de panache, sur un corner. La suite, les français qui me lisent la connaissent et n'ont sans doute pas besoin que je le leur rappelle. Les italiens présents en masse sur le Plateau au lieu de fêter leur victoire "sportivement" dans la Petite Italie, s'en chargent très bien. Sans compter que... remporter une finale sur des tirs aux buts, il n'y a pas de quoi se la... ok je sors.

En dehors de ce qui se passait sur les terrains, j'ai beaucoup aimé cette période de coupe du monde à Montréal. Subitement, pendant un mois, toutes les nationalités, jusqu'alors presque cachées, se révèlent au grand jour, au gré des victoires de leurs équipes. J'ai ainsi découvert qu'il y avait une importante communauté portugaise non loin du Plateau, ainsi qu'une importante concentration de brésiliens. La liste serait longue ! Mais surtout, j'ai été fier moi aussi, de pouvoir sortir fièrement mon drapeau français dans les rues de Montréal, de discuter pendant quelques minutes avec quelques français de Montréal comme moi, de façon naturelle et anodine. Du jour au lendemain, toutes les nationalités avaient la possibilité de se reconnaître entre elles, grâce à la vue d'un simple drapeau accroché à une voiture ou à un chandail à l'effigie d'une équipe. C'était fort. Dès demain pourtant, les français de Montréal retourneront dans le plus parfait anonymat, il ne sera possible de les reconnaître qu'au son de leur voix, au hasard d'un trottoir ou d'une file d'attente dans un commerce, comme avant.

Je terminerai par une anecdote qui a eu lieu en soirée. Il faut savoir qu'au Parc Jean-Drapeau, il faisait chaud, et le soleil a brulé la peau des gens comme moi qui ne se sont pas mis de crème solaire parce que la crème solaire, ça ne sert à rien. Moralité j'ai les deux bras, le cou et le côté gauche de la figure en feu ! Tout ça... pour ça ! Soit. Il nous fallait donc absolument trouver un produit qui calme la douleur et réhydrate la peau. Nous filons chez Jean-Coutu, sur la rue Mont-Royal. Je montre mes bras rouge vif au pharmacien qui comprend tout de suite ce que nous cherchons et nous dirige vers quelques produits qui devraient selon lui faire l'affaire. Voulant être sûrs d'acheter ce qu'il fallait, nous lui demandons s'il connaît la Biafine et si on peut en trouver ici. C'est là qu'il fait un large sourire en nous disant que non, la Biafine n'existe pas ici et que nous sommes peut-être les quatrièmes clients de la soirée à lui parler de cette fameuse crème... une preuve de plus que nous n'étions pas les seuls français à s'être fait cramer au Parc Jean-Drapeau pour assister à notre défaite sur écran géant !!!

Vivement Octobre et le début de la saison de hockey ! Go Habs Go !

Ode au Plateau Alors que...

Tof

Ode au Plateau

Alors que Madonna se produit en ce moment même au Centre Bell de Montréal, que le Grand Prix de F1 de Montréal à lieu de dimanche sur l'ile Sainte Hélène, que le Festival de Jazz commence dans une petite dizaine de jours autour de la Place des Arts, que la Coupe du Monde de football fait rage et que la France célèbre sa énième fête de la musique, je vais vous parler du Plateau. De « mon » Plateau. Le Plateau Mont-Royal et moi : une véritable histoire d'amour !

Tout a commencé le 1er Juillet 2004. C'est le jour où ma blonde et moi avons emménagé dans notre premier appartement, au pied du Parc Lafontaine. C'est la grande tour à appartement que l'on voit de loin, dès que l'on croise la rue Rachel quand on remonte Saint-Denis ou Saint-Laurent. Pour ceux qui connaissent, c'est même l'immeuble qui a servi à tourner beaucoup de scènes du film « l'Audition » de et avec Luc Picard, film dans lequel les protagonistes sont censés habiter dans un des logements de ladite tour. Celle-ci était d'ailleurs maudite par un certain RedFlag et par sa blonde Natauquebec sur le forum d'immigrer.com car elle cachait une bonne partie de leur vue quand ils habitaient à proximité à l'époque ! 'Scusez encore !

C'est donc dans ce quartier que j'ai appréhendé pour la première fois Montréal, après avoir vécu chez mon parrain pendant un mois et demi, à Saint-Lambert sur la rive sud (le quatre cinq zéro pour les puristes :) ). C'est dans les rues avoisinantes que j'allais magasiner, je commençais à bien connaître entre autres le gérant du dépanneur « Chez Pierre » au coin de la rue Marie-Anne. Puis j'ai rapidement découvert la rue Mont-Royal et les nombreux commerces et restaurants qu'elle garde jalousement pour elle. J'étais alors déjà tombé en amour avec ce quartier.
Puis nous avons déménagé en Juillet 2005 pour nous rapprocher de la rue Parc tout en s'éloignant inexorablement du Plateau, même si la rue Mont-Royal n'était qu'à un coin de rue finalement' mais ce n'était pas la même chose. Nous quittions le Plateau, nous perdions par la même occasion cette vue splendide sur le Parc Lafontaine et le centre-ville pour nous retrouver enterrés dans un demi sous-sol non loin du Dairy Queen de la rue Parc. Le choc a été brutal ! Nous devions déménager parce que les loyers de notre tour à logements allaient augmenter brusquement suite au rachat des logements par un propriétaire. L'affaire a même été citée dans le Journal de Montréal, pour vous dire !!
Enfin, nous venons très récemment de déménager une fois de plus, mais cette fois c'est la dernière avant longtemps. Je l'espère car je commençais franchement à en avoir assez de bouger tous les ans. Cette fois, nous avons déménagé dans notre condo à nous. C'est déjà un immense bonheur de ne plus voir les pieds des passants par la fenêtre, imaginez le contraste maintenant que je le peux les voir du haut de mon petit balcon. Mais' C'est encore plus plaisant d'être revenu sur le Plateau ! Nous avons donc fini par y revenir, comme un retour aux sources qui s'imposait de lui-même.

Certains diront « mais pourquoi diable se sont-ils installés sur le Plateau », pour plusieurs raisons. Trop de français, quartier trop branchouille et donc trop cher, d'autres quartiers sont plus calmes' les points de vue divergent.
Trop de français ? Non. La question a fait débat sur les ondes de Fréquence Caribou (1) et à entrainé un débat sur le forum d'Immigrer.com (2). Des français, oui il y en a, et alors ? En ce qui me concerne, je n'ai pas déposé mes valises au Québec pour fuir mes ex-compatriotes. Même si certains traits de caractères typiquement français m'agacent au plus haut point alors même que je dois sûrement les appliquer à la lettre sans m'en rendre compte, je ne vois pas l'ombre d'un problème dans le fait de croiser des français sur le Plateau. Est-ce que les chinois de Montréal se plaignent de croiser trop de chinois dans leur quartier sur Saint-Laurent ? Est-ce que les italiens se plaignent de croiser trop d'italiens dans le quartier de la Petite-Italie ? Je ne pense pas que le même débat fasse rage dans leurs communautés respectives. Il doit s'agir d'une sorte de complexe franco-français que je ne saurais expliquer, ou encore, ceux qui pensent ainsi ont fui la France et ont bien fait pour la plupart de ne justement pas s'installer sur le plateau.
Trop cher ? Trop branché ? Non plus ! J'invite mes lecteurs à se balader dans les rues néanmoins très agréables du quartier Outremont et d'y prendre un verre ou un brunch pour constater la différence de « standing » en bon français. Les rues Laurier, Bernard, Outremont ou encore Saint-Viateur sont autrement plus branchées que la rue Mont-Royal. Je préfère le style réellement branché de la rue Crescent, à l'Ouest de Montréal, à celui plus ou moins guindé de Bernard ou Laurier ! Certes les prix de l'immobilier (location et propriété) sont exorbitants sur le Plateau. Mais Outremont (encore lui ! Non non je n'ai rien contre ce quartier je vous rassure !) ainsi que d'autres quartiers de Montréal sont en train de lui faire dangereusement concurrence. A part ça, question de goût.
D'autres quartiers sont plus calmes ? Certainement ! Mais justement, j'aime le côté vivant du Plateau. Rien à voir avec Crescent dont l'effervescence perpétuelle ressemble étrangement à l'incroyable agitation nocturne de Paris, même à trois heures du matin. J'ai au contraire trouvé sur le Plateau le juste milieu que je recherchais côté ambiance : un quartier vivant et animé en permanence, mais sans aller dans l'exagération ni les cris d'orfraie d'un type qui a manifestement trop bu. J'ai besoin d'animation, j'ai besoin qu'il se passe des choses dans mon quartier et j'ai besoin de voir, d'entendre et de sentir tous ces micro-évènements au quotidien.
J'aime donc le Plateau pour ces trois raisons : ses chocolatines, ses restos branchés et son agitation. Peut-être suis-je trop' citadin ? Allez, j'assume !

Mais je l'aime aussi pour une autre raison qui peut paraître stupide mais qui m'est très chère. Avant que je commence à travailler à Montréal, il y a plus d'un an et demi, j'étais encore naïf. J'avais entendu parler de la fameuse loi 101 (3), et je devais penser que les anglophones se faisaient rares à Montréal même si je savais qu'il y en avait, bien entendu. J'ai compris plus tard qu'ils n'étaient pas si rares que les statistiques provinciales le laissaient entendre. J'ai donc réalisé, en quelque sorte, que le quartier du Plateau comptait parmi les rares endroits de Montréal où il était possible de converser avec tout le monde en français dans le texte, sans courir le risque de se faire dévisager le moins du monde. Ce ressentiment que j'ai parfois envers d'innocents anglophones et dont je parlais récemment sur le forum (4) me vient peut-être aussi de là, à partir du moment où j'ai réalisé que j'obtiendrais plus facilement et rapidement ce que je voulais dans certains dépanneurs par exemple en parlant directement anglais. Aussi, pour moi qui travaille dans un environnement anglophone, je pense avoir besoin de retrouver des repères qui me sont plus proches quand je rentre dans mon quartier après une dure journée de labeur. En fait, je me sens beaucoup plus proche de la culture et des valeurs québécoises que j'affectionne quand j'arpente les rues de mon Plateau Mont-Royal. Je n'ai pas la même sensation sur la rue Atwater, c'est certain.

Vous l'aurez compris : pas touche à mon Plateau !!!


(1) http://www.frequencecaribou.com/voir/archives/
(2) http://www.forum.immigrer.com/index.php?showtopic=32132
(3) http://archives.radio-canada.ca/IDD-0-17-1300/politique_economie/loi_101/
(4) http://www.forum.immigrer.com/index.php?showtopic=41645

Deuxième retour en France Ça...

Tof

Deuxième retour en France

Ça y est, nous voilà déjà revenus de notre deuxième séjour touristique en France. Le premier, celui de l'année dernière, dura une semaine et fut un véritable marathon. Celui-ci s'est étalé sur deux semaines, déjà plus confortable pour visiter tout le monde et laisser un tout petit peu plus de place à l'improvisation.

D'abord, durant les semaines qui précèdent le retour, c'est l'excitation. La famille et les amis se préparent à nous recevoir suivant l'emploi du temps sommaire que nous leur avons envoyé. Eh oui, il faut bien organiser au minimum les jours dans la famille de l'un et de l'autre, ceux chez les amis. C'est un passage obligé aussi agréable que déplaisant : il s'agit de planifier de façon plus ou moins précise le programme de notre période de' vacances. Alors que les vacances sont sensées être un moment de détente, pendant lequel on ne devrait justement rien avoir à prévoir, pour nous c'est exactement le contraire ! C'est agréable dans le sens où on sait que l'on va revoir telle personne tel jour et ainsi de suite. Mais c'est déplaisant aussi puisqu'il s'agit d'imposer son emploi du temps à tout le monde : nous étions par exemple à Paris au début de notre séjour, et pour ma part j'ai du faire déplacer un ami qui habite dans le sud de la France. Il aurait pu tout simplement ne pas être en mesure de se déplacer à ce moment là ! Heureusement tout s'est relativement bien passé sur ce plan, mis à part les fameux rendez-vous manqués qui n'ont pas pu se faire par manque de temps, on se rattrapera l'année prochaine.

Au travail, il faut assurer ses arrières, c'est-à-dire permettre à sa compagnie de pouvoir continuer à travailler pendant son absence. La dernière semaine est donc logiquement très chargée puisqu'il faut continuer de faire ses propres tâches habituelles tout en automatisant le plus de processus possible par exemple, ou encore prendre le temps d'enseigner à ses collègues comment faire son travail. Le tout se terminant par un courriel immense récapitulant qui devra faire quoi, comment et à quelle date, quand faire venir le « pigiste qui coûte trop cher » pour effectuer le travail trop spécialisé que les collègues ne peuvent pas faire, etc. Puis vient le jour du départ, le jour où on vient au travail avec sa grosse valise rouge qui rappelle à tout le monde qu'ils vont devoir faire sans nous pendant un temps. Ils sont contents pour nous, mais attendent impatiemment notre retour quand-même !

A l'aéroport, je me répète qu'il faut absolument réussir à dormir dans l'avion si nous voulons réussir la petite soirée parisienne du lendemain. Et comme d'habitude, je ne dors que deux heures à peine si tant est que j'aie réussi à dormir, je ne sais d'ailleurs jamais vraiment si je me suis endormi ne serait-ce qu'une seule minute, et j'ai plutôt l'impression de n'avoir effectivement pas dormi une seule minute' qu'à cela ne tienne, on résistera le plus possible ! Nous voilà à Charles de Gaulle, on retrouve les amis qui nous y attendent avec plaisir, et direction Paris. Paris sous un temps aussi désastreux que le ciel montréalais que nous avions quitté quelques heures plus tôt, mais Paris quand-même. Ahhhhh, Paris, je m'y sens tout de suite bien, naturellement, malgré cette satanée pluie torrentielle comme jamais je n'en avais vu dans la capitale et ce vent à décorner les boeufs. Revoir Nation, Bastille, République, les Halles, bref ce Paris que j'ai connu et aimé et qui n'a finalement pas changé en dehors des voitures qui y circulent que je ne connais pas encore. Je reprends mes marques très vite, dans les quartiers que je connaissais et les lignes de métro que j'empruntais. Ça fait du bien de se sentir chez soi !!
Ensuite, tout s'enchaine très vite : Paris n'est déjà plus qu'un souvenir et nous voilà danch'Nord visiter nos familles. Boulogne sur Mer, puis Lille, ma ville natale, qui nous aura offert quelques rayons de soleil très appréciables après presque deux semaines entières sans apercevoir le soleil.

Immigrer, partir loin et ne revenir que deux semaines par an, c'est aussi prendre en pleine face certaines réalités crues. Ma grand-mère ne va en effet pas très bien, c'est le moins qu'on puisse dire, et moi je suis loin d'elle dans un moment où je préfèrerais grandement être à un quart d'heure de voiture. C'est déjà très bien que j'aie pu la voir pendant ces deux semaines.

Immigrer, partir loin et ne revenir que deux semaines par an, c'est aussi et heureusement passer des moments inoubliables et intenses avec ses proches. C'est normal, on condense un an en quelques jours, donc on a forcément beaucoup de choses à raconter et à partager !

Le retour, sous un soleil radieux, est teinté de tristesse parce que les courtes vacances sont terminées et qu'on sait qu'on rempile pour une autre année, mais c'est aussi un bon moment de se retrouver chez soi. Eh oui, l'immigrant que je suis a deux « chez lui », c'est une sacrée chance quand-même !

Printemps, Hockey, Retour C'est le...

Tof

Printemps, Hockey, Retour

C'est le printemps presque l'été, le Hockey c'est terminé et c'est pour moi le retour au pays en vacances. C'est le menu de cette chronique un peu désorganisée il faut bien le reconnaître !

Ça y est, c'est le printemps. Quel scoop n'est-ce pas ? Pas vraiment c'est certain, tout le monde s'en est aperçu. Quand le printemps s'en vient à Montréal, la ville explose littéralement : les gens sourient presque inconsciemment, les tables et les chaises des bars sortent s'oxygéner en terrasse et il faut être sacrément patient pour espérer trouver sa place au soleil, on ne sort plus sans ses lunettes de soleil ni son parapluie au cas où, on se rappelle soudain que les femmes ont des formes une fois que leur manteau d'hiver est au placard, les odeurs de côtes de porc braisées au barbecue vous donnent l'eau à la bouche avant de finir par vous écurer à la fin de l'été, la rue Sainte-Catherine grouille de monde et ce monde fait beaucoup de bruit, les nids de poule reviennent en force (si tant est qu'on puisse dire qu'ils soient partis ??), les arbres retrouvent leurs nuances de vert pendant que le paysage ambiant se départit de ce gris si typique du mois de Mars, les parcs et les forêts laissent à nouveau voir les feuilles mortes de l'automne conservées intactes sous la glace pendant presque six mois, il faut à nouveau passer chez Canadian Tire changer les pneus quand on a mes talents de mécanicien automobile, on se souvient subitement que Montréal est la ville du vélo et par conséquent pourquoi il est si important de vérifier ses angles morts le plus souvent possible, et... et... et... c'est déjà pas mal.

Mon seul regret de voir le printemps arriver a été que j'ai eu l'impression de ne pas avoir eu d'hiver. A part la tempête du 16 décembre 2005, on ne peut pas dire qu'on ait connu l'hiver à Montréal cette année. J'insiste : je dis bien "à Montréal"... un ami français de passage à Québec pendant trois mois m'avait soutenu le contraire avant son retour : lui se souviendra longtemps de son expérience de l'hiver en Belle Province !

Le printemps, ça veut aussi dire la fin du hockey. Et pour certains, c'est difficile à vivre ! Je n'ai connu le hockey que cette année : il faut préciser que l'année dernière, la saison de hockey a été complètement suspendue au grand désarroi de nombreux spectateurs assidus. J'ai donc découvert ce sport sur un tard, à cheval entre la fin de la saison régulière et le début des séries éliminatoires. Les Canadiens de Montréal ont remporté de justesse cette année leur billet d'entrée pour les séries, mais ils l'ont remporté quand-même ! Ils se trouvaient face aux Hurricanes de Californie. La première des deux équipes à gagner sept matchs pouvait passer en deuxième ronde... mais nos Canadiens se sont inclinés après un superbe départ. C'est comme ça, c'est aussi ça le sport, on ne peut pas toujours gagner... mais j'y croyais fort d'autant plus que les Canadiens n'ont pas remporté la Coupe Stanley depuis 13 ans ! J'espère que 2007 sera une bonne année pour notre fière équipe... et que Cristobal Huet choisira de rester fidèle à Montréal. Vivement la prochaine saison en Octobre !

Je vais bientôt laisser tout ça pendant deux petites semaines. Cette nouvelle vie que je me suis forgé ici depuis deux ans maintenant, je vais la laisser quelque temps pour retrouver mon "ancienne" vie. Le mot est sans doute un peu fort et déplacé. Il ne s'agit pas de mon ancienne vie mais plutôt de ma vie actuelle qui a changé du tout au tout et d'un seul coup, dès que j'ai posé le pied à l'aéroport de Mirabel. Cela va faire exactement deux ans, dans une semaine, que nous aurons atterri ici. Deux ans ! Il va falloir que je pense à changer ma signature sur le forum !

Plus sérieusement, est-ce que les choses seront telles que je les avais laissées l'an dernier lors de notre premier retour touristique ? Est-ce qu'il me fera plaisir de fouler à nouveau les trottoirs de Paris et de Lille ? Est-ce que nos amis et nos familles comprendront vraiment ce que nous vivons ici ? N'y aura-t-il pas un décalage de plus en plus grand entre eux et nous avec le temps ? Est-ce que ce décalage est supportable ? Ne voir son meilleur ami qu'une soirée par an permet-il de continuer une relation d'amitié normale avec lui ? Bordel, qu'est-ce que je fabrique ici ? Et enfin... Suis-je un masochiste qui s'ignore, pour m'être éloigné autant des gens que j'aime ???

Ces questions, et en particulier les dernières questions que je qualifierais carrément de crues, je me les pose. Pas la peine d'avoir un prochain retour au pays prévu pour se poser la question du masochiste ; elle vous prend au tournant sans crier gare, et ne se gène même pas pour vous gâcher un très bon moment, quand on croit que les questions existentielles sont loin derrière et ne reviendront pas. Préparer son immigration jour et nuit n'y changera rien, "la" question se posera un jour ou l'autre. Son degré de récurrence et le seuil de tolérance qu'elle nécessitera pour passer au travers d'elle sans dommage varieront d'un individu à l'autre. J'avoue sans honte ni ressentiment de la sorte que cette question m'a traversé l'esprit récemment, la perspective de retourner en France aidant c'est certain. Reste à savoir si elle reviendra, si je serai content de prendre l'avion pour retourner à Montréal sur un air d'Ariane Moffatt... le sujet de la prochaine chronique en direct de France sur un clavier AZERTY. Je voulais dire "sur un maudit cr***e de clavier azerty à m****".

Les Deux Solitudes J'aurais pu...

Tof

Les Deux Solitudes

J'aurais pu vous parler du printemps qui est définitivement installé à Montréal. J'aurais également pu vous parler de ma façon de percevoir les récents "mouvements sociaux" en France, maintenant que je suis installé au Québec depuis bientôt deux ans. J'aurais aussi pu vous parler de mon premier mois sans tabac, ou de beaucoup d'autres sujets qui me viennent à l'esprit mais qui ne sont pas vraiment ou même pas du tout en rapport avec l'immigration. Mais comme justement, cela fait bientôt deux ans que je suis à Montréal, j'ai eu envie de vous parler de mon interprétation de ce que la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (la Commission Laurendeau-Dunton) avait appelé en 1963 "les deux solitudes", ou encore les "deux scorpions dans la même bouteille" selon René Lévesque un peu plus tard. Je ne me perdrai pas dans des explications historiques sans queue ni tête, je préfère laisser ce soin aux spécialistes en la matière. Mais je peux partager avec vous certaines anecdotes que j'ai vécues ici et que je continue de vivre au jour le jour.

Ceux qui me lisent et m'ont lu sur le forum ou mon blog, savent déjà qu'il ne faut pas me demander "Alors, c'est comment le Canada???" Je me dois de corriger mon interlocuteur... mes oreilles sifflent. "Tu veux dire... au Québec? – Oui oh... tu m'as compris..." Nous sommes, je suis installé au Québec, à Montréal, un peu à l'ouest du Boulevard Saint Laurent et dans quelques mois de nouveau à l'est de Saint-Laurent. Le Canada? Oui, forcément, je connais. D'ailleurs, moi qui travaille toute la semaine en compagnie d'anglophones exclusivement, j'ai coutume de dire que je fais des milliers de kilomètres chaque semaine pour aller travailler. Je vais au Canada chaque matin, et je reviens au Québec chaque soir. La fin de semaine, je suis au Québec à temps plein. Bon, je vois déjà des yeux s'écarquiller et des sourcils se froncer... je m'explique, avec du vécu en guise d'exemples. J'ai en effet la très nette impression que les anglophones et les francophones de Montréal ne vivent pas dans le même pays. (Je ne sais pas vraiment comment ça se passe ailleurs au Québec donc je ne parlerais que de Montréal.)

Il y a plusieurs mois, en plein pétage de plomb chronique au travail, je me lève d'un coup et j'imite avec force une publicité archi-connue au Québec : "Ahhhh Ah ! Famili-Prix !" Personne n'a rit ni même sourit, alors que la situation était tout de même cocasse et assez inattendue : je ne pète pas souvent les plombs à la job mais quand ça m'arrive, c'est généralement mythique et plutôt drôle. Sceptique, je leur demande alors abasourdi : "M'enfin vous ne connaissez pas cette pub??? Ahhhh Ah ! Famili-Prix ! Non?!?" J'ai alors réalisé que non. Je venais de vivre un des plus fameux "vents" de mon existence. Non, cette publicité, que tous les québécois francophones connaissent et que les immigrants francophones nouvellement arrivés connaîtront sous peu, n'est tout bonnement pas traduite en anglais et n'existe pas dans le réseau de TV anglophone. Elle existe dans le Québec francophone tel que je le vis, tel que je le connais. Uniquement.

Plus récemment, j'avais été celui à la job qui devait organiser le repas du midi mensuel. En effet, cela fait partie des habitudes de la compagnie : chaque mois, un des employés organise le lunch qui sera suivi d'une grosse réunion d'équipe. Et la coutume veut que le lunch corresponde au pays d'origine de celui qui organise : japonais, portugais, espagnol, mexicain, libanais, j'ai tout eu depuis un an et demi ! Et cette fois-ci c'était mon tour. Quand on m'a désigné lors du lunch du mois de Mars pour être le prochain organisateur pour le lunch d'Avril, j'ai évidemment eu droit aux clichés habituels et les mots "baguette" et "camembert" se sont alors fait entendre une dizaine de fois en quelques secondes autour de la table. On s'habitue. J'ai donc passé commande pour 25 personnes chez Première Moisson, histoire de ne pas les décevoir : ils ont eu leur baguette et même leur camembert, et moi je me suis régalé ! Mais le plus insolite a sans doute été le moment où j'ai passé la commande en présence de ma boss. Je lui avais imprimé ma sélection en anglais pourtant... mais elle m'a laissé faire, devant l'anglais pourtant confiant de la vendeuse du Première Moisson au marché Atwater. Il faut savoir qu'elle ne parle pas un traître mot de français.

Là où ça coince, et les deux situations se présentent, c'est quand un vendeur chez Canadian Tire ne parle pas un traître mot de français face à un client francophone, ou qu'un chauffeur de bus de la STM soit incapable de comprendre les questions d'un client anglophone. Des situations comme la première m'arrivent tous les jours, surtout que je travaille à l'ouest de Montréal dans le quartier Atwater. Je ne me pose désormais plus la question : quand je magasine dans le centre commercial de la place Alexis Nihon, je le fais en anglais, c'est plus rapide. C'est frustrant... mais c'est un choix que j'ai fait. Et même en anglais, mon accent français / francophone n'échappe pas à certains vendeurs; j'ai alors subitement l'impression de leur faire perdre du temps alors que je veux juste mon 6 pouces dinde et fromage sans oignons ni olives et mayonnaise diète. Même situation au stationnement à ma job : ne surtout pas s'aviser d'oublier sa carte le matin ! Eh oui, le type du stationnement, celui qui décide de l'ouverture ou non de la barrière de sortie, ne parle pas un seul mot de français ! Même pas merci, ni même un simple "oui" ! Ce jour là, j'étais excédé... et j'ai fait mon maudit français. Le type a très bien compris pourquoi j'étais en rogne... mais peu lui importait : il travaille à Atwater, pas sur le Plateau ! Pas concerné.

Rassurez-vous (façon de parler...) : il parait que sur le Plateau Mont-Royal, un des quartiers exclusivement "en français" de Montréal dans lequel personne ne va vous regarder de travers quand vous parlerez en français même avec un accent français, les anglophones se font aussi parfois refouler sévèrement... En ce qui me concerne je ne vis évidemment que la situation ou moi, le petit francophone – qui peut être (en plus!) potentiellement pour la souveraineté du Québec – se fait insidieusement refouler chez Subway parce qu'il a osé pour une fois l'ouvrir en français. Mais ça fait du bien de temps en temps aussi de ne pas se laisser bouffer. Je ne trouve pas ça normal qu'un anglophone puisse toujours se faire servir partout en anglais à Montréal alors qu'un francophone ne se fera pas forcément servir en français, qu'il le veuille ou non. Je trouve injuste d'avoir constaté que les francophones à Montréal étaient toujours plus ou moins tenus de parler aussi l'anglais, alors qu'un anglophone montréalais qui ne parle pas un seul mot de français peut vivre en anglais sans trop de problèmes.

Anglophones et francophones vivent donc pourtant tous dans la même province, dans la même ville, conduisent ensemble sur les mêmes routes en essayant d'éviter les mêmes nids de poule, voyagent ensemble dans le métro, vont magasiner ensemble chez IGA ou Provigo, travaillent dans les mêmes compagnies... mais ils ne vivent pas dans le même pays. Pourquoi ? Parce qu'ils n'écoutent pas la même radio dans leur voiture, parce qu'ils ne lisent pas les mêmes journaux gratuits dans le métro, parce que la caissière du Provigo supposément bilingue répond en français ou en anglais au choix suivant la langue maternelle du client, parce que quand ils travaillent dans une compagnie, il suffit d'un anglophone pour que les réunions se déroulent en anglais, parce qu'ils ne regardent pas les mêmes postes à la TV, parce que les pubs Famili-Prix n'existent que sur les postes francophones, parce que "Canadian Idol" est diffusé sur le réseau anglophone uniquement... En bref, les deux cohabitent tout en s'ignorant plus ou moins, quand ils ne se détestent pas cordialement. C'est un peu fort... mais c'est assez proche de la vérité.

Il ne m'a pas fallu longtemps pour saisir que la société dans laquelle j'allais tenter de m'intégrer était différente du reste du Canada. Il m'a fallu plus de temps pour voir et comprendre ce qui sépare qu'on le veuille ou non les communautés francophones et anglophones au Québec mais aussi au Canada. Vu du Canada, certains jugent le Québec comme étant la petite province chiante qui veut se séparer mais que le Canada veut garder à tout prix pour des raisons économiques principalement malgré les heurts incessants entre le fédéral et le provincial. Vu du Québec, certains disent que le Canada est une barrière au développement et à la promotion de la culture francophone au Québec d'abord et dans le reste de l'Amérique du Nord ensuite. Un seul mot suffit à résumer cette chronique, et ce seul mot explique à lui seul la raison d'être de ces deux solitudes. Ce mot : "bilinguisme". Le Canada s'est construit autour de lui, mais ne va-t-il pas un jour devoir se disloquer à cause de lui, ou pour lui?

Fin de semaine dans les...

Tof

Fin de semaine dans les Laurentides

Comme les parisiens qui vont se "ressourcer en province" en fin de semaine, le montréalais que je suis est allé se ressourcer "dans le Nord" avec sa blonde et une gang d'amis ! Eh oui, même si Montréal est moins stressante que Paris, il n'en reste pas moins que c'est une ville nord-américaine éloignée des vastes étendues blanches qui font tant plaisir à voir l'hiver. Et cet hiver justement... on se demande quand il va finir tant il a été décevant. Radio et télévision nous parlent déjà du printemps qui s'en vient, alors que nous ne sommes qu'au début du mois de Mars... y'a comme un problème ! Donc, si on voulait voir de la neige et profiter pleinement des activités hivernales, il fallait absolument faire quelques centaines de kilomètres vers le Nord. Au programme : motoneige le samedi, chiens de traîneaux le dimanche, et un grand bol d'air frais qui revigore et nettoie les bronches au moment ou nous arrêtons de fumer. On inspire un bon coup... et on se lance.

Samedi. Départ vers 10h30 pour deux heures de sensations fortes en motoneige dans la forêt non loin de Saint-Hippolyte. Nous arrivons. Juste le temps de manger rapidement avant d'enfiler nos combinaisons coupe froid et notre casque. Inspection des motoneiges, exactement ce qui se passe juste avant de partir avec une auto en location. Rien à signaler à part la direction de notre motoneige un peu faussée mais rien de grave. Bon me voilà prévenu ! Bien sûr, nous avons du bloquer une somme assez coquette sur nos cartes de crédit au cas où nous aurions un accident qui aurait causé des dégâts sur les monstres d'acier. Impossible de conduire ses engins sans être titulaire d'un permis de conduire. Pour info, le permis B, permis de conduire français, a suffit à mon ami français de passage chez nous; bon à savoir pour les touristes. Notre guide – ah bah oui nous n'allions pas partir sans guide – nous explique un peu le trajet et le code de la route qui se pratique en motoneige. Par exemple, le dernier de la file doit indiquer aux autres motoneigistes (??) qu'il est justement le dernier de la file, autrement dit "c'est bon y'a plus personne derrière vous pouvez foncer !" Le premier doit indiquer d'un signe de la main combien de motoneiges il leur reste à croiser – et à éviter autant que possible.

Tout est prêt, on y va ! Je me laisse conduire à l'aller, je conduirai au retour. Première impression : celle d'être dans un véhicule motorisé d'une puissance absolument incroyable ! Il faut dire qu'on roule dans de la neige... mais ça n'empêche pas l'engin de démarrer sur les chapeaux de roues ou devrais-je dire, de chenilles. Autant d'adhérence sur un sol enneigé et parfois glacé, ça prend une bonne chenille qui s'accroche au sol. Quand mon conducteur s'est habitué à la conduite d'une motoneige, j'ai pu enfin apprécier l'expérience que j'étais en train de vivre, les paysages que j'avais sous les yeux, et... l'odeur d'essence qui me montait à la tête ! Non honnêtement, j'avoue ne pas avoir été énormément gêné par cette odeur d'essence, mais certaines personnes y sont très sensibles ou ont tout simplement horreur de ça. Je ne me suis rendu compte de cette odeur désagréable que le lendemain, en son absence. Après une série de chemins escarpés, nous arrivons sur un immense lac gelé, recouvert d'une épaisse couche de neige. La vue est surprenante, grandiose. Le ciel bleu et le soleil éblouissant de cette fin de semaine ne gâchent pas le spectacle. Nous traversons alors le lac à pleine vitesse, dans le vacarme assourdissant des moteurs à plein régime, mais la sensation est fantastique !

Au bout d'une heure, je prends la place du conducteur pour constater à l'aide du pouce de la main droite jusqu'à quel point une simple pression d'un demi centimètre sur le petit levier qui sert d'accélérateur peut engendrer une énorme libération d'énergie. Je mets quelques minutes moi aussi pour maîtriser la bête. Puis je me sens tellement à l'aise que je talonne notre guide, pendant que ma blonde et le fils d'une amie nous suivent derrière. Fantastique, trop facile... jusqu'à un virage un peu serré que je pensais pas si serré justement ! Ce fut la notre première frayeur sur un total de deux. Ma motoneige déviait un peu trop dans les énormes butes de neige sur les côtés, et impossible de rattraper le tir. Nous nous sommes finalement retrouvés à moins d'un mètre d'un arbre, à cheval sur une bute de neige sur le côté du chemin. La motoneige s'est penchée dangereusement d'un côté, puis de l'autre pendant que je tournais le guidon le plus possible sur la gauche. Au lieu de nous retourner complètement, nous avons alors glissé lentement vers la route... je n'ai toujours pas compris comment notre motoneige ne s'était pas complètement retournée. Si ce n'est pas par l'opération du Saint Esprit, alors certaines lois de la physique me dépassent !

Au bout d'un moment, nous avons retrouvé cette immense étendue gelée que nous avions traversé à l'aller. Et hop, plein gaz pendant une bonne minute, le temps qu'il nous fallait pour traverser tout ça. Quelle sensation ! Nous devons filer à une vitesse avoisinant les 60, voire 70 km/h. Le moindre coup de guidon un peu trop brusque entraînerait une scène que je ne préfère pas décrire... mais c'est grisant. Puis, retour aux chemins escarpés, et à notre point de départ. Ces deux heures sont passées bien trop vite. Heureusement, le lendemain allait être lui aussi chargé de sensations fortes !

Dimanche. Direction Wentworth-Nord pour notre escapade en chiens de traîneaux. On commence par se changer et mettre des vêtements plus chauds, puis vient une première partie théorique avec nos guides qui nous apprennent les rudiments de la "conduite" en chiens de traîneaux. Ils insistent sur le frein, une plaque sur laquelle on peut poser un pied ou les deux, qui frotte sur la neige et fait freiner le traîneau. Il faut que la corde entre les chiens et le traîneau soit toujours tendue, il faut donc freiner dans les descentes pour éviter que le traîneau glisse plus vite que les chiens et les heurte. Nous passons à la pratique, sur une petite descente pour nous entraîner. Rien de bien sorcier... on verra comment ça se passe sur le terrain. Arrive enfin l'attribution des chiens à chaque personne, en fonction de son poids mais aussi de sa personnalité. Pendant la préparation des attelages, chacun doit donc faire connaissance avec ses chiens. Une idée reçue autour de cette activité est alors bien forcée de s'écrouler : non, les chiens ne sont pas des loups agressifs et menaçants. Certains sont certes un peu excités, mais ils ne sont pas dangereux pour autant. D'autres sont même carrément timides et baissent la tête quand on s'approche pour les caresser. En ce qui me concerne, j'ai eu trois chiens: Kimo, Koué et Tilleul. Kimo s'est avéré être un fou furieux toujours prêt à bondir dès qu'il sent que la pression de la corde se relâche d'un iota. Les explications de mon guide étaient donc bien vraies : ce chien à lui tout seul valait pour deux ! Tous les autres avaient 4 chiens dans leur attelage, j'étais le seul à en avoir trois.
Une dizaine de minutes avant le départ, tous les chiens se sont mis à hurler d'impatience... c'était un moment assez désagréable d'ailleurs. Impossible de faire taire ses chiens et encore moins d'essayer de caresser Kimo pour le calmer. Puis vient enfin le moment du départ. On pose ses pieds sur les skis, les chiens sentent qu'il n'y a plus de résistance et foncent vers l'entrée du sentier, le long des chemins enneigés en pleine nature. La même période d'adaptation est nécessaire pour maîtriser les mouvements du traîneau et des chiens. Mais ensuite, on peut commencer à admirer les paysages qui défilent. Nous traversons alors une grande étendue de neige, sans aucun doute un petit lac gelé là encore. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est toujours ce qui m'émerveille le plus, cette neige d'une clarté de nacre à perte de vue... c'est magnifique. Et puis là, on a vraiment la sensation de prendre un grand bol d'air frais et pur, loin des vapeurs des grosses cylindrées montréalaises et des restes de neige souillés par la pollution urbaine. On respire. Rien à voir avec l'odeur d'essence du samedi à bord de notre motoneige. On ne pense pas le moins du monde au 28 courriels du dossier "To do - ASAP" de notre ordinateur au travail. On pense juste qu'on est bien là où on est présentement. Le temps passe alors trop vite, avec des démarrages ratés quand les chiens partent sans vous et que votre traîneau est sur le côté, des petites pauses de 5 minutes pour se reposer et faire souffler les chiens, un petit thé chaud avec les guides... et c'est déjà le temps de repartir. Petit pincement au cœur à l'idée que je n'ai même pas eu le temps de dire au revoir à mes trois chiens. Puis on pense au sort de ces chiens condamnés à tirer des touristes à longueur d'année... pour se dire que finalement, ils ne sont pas si malheureux que ça puisqu'ils vivent en meute, qu'ils peuvent se dépenser à loisir à longueur d'année, et que leurs guides leur apportent énormément d'affection. Allez.

Une fin de semaine sportive donc ! J'ai encore un peu mal partout à l'heure où j'écris ces lignes. Il ne faut pas croire qu'en motoneige ou en chiens de traîneaux, on se laisse glisser... au contraire, cela demande un certain effort physique qui passe inaperçu sur le moment mais qui se ressent dès le lendemain au réveil pour le non sportif que je suis. Un peu comme le portefeuille qui souffre pas mal lui aussi : tout ceci est assez cher finalement, mais ces activités sont quand même incontournables pour qui vit au Québec... alors ça vaut le coup de le faire au moins une fois dans sa vie, vous ne le regretterez pas !

Immigrer à deux Bon. Eh...

Tof

Immigrer à deux

Bon. Eh bien ça y est, je n'en suis qu'à ma quatrième chronique, mais là, ce soir, devant ma page blanche... rien de particulier. Ou plutôt, aucun thème qui ne puisse à lui seul occuper un espace conséquent et faire office de chronique. Me voilà bien embêté ! En plus je n'ai pas toute ma tête, étant donné la quantité de vin ingurgitée au restaurant quelques heures plus tôt avec ma chère et tendre... eh oui ce soir c'était la Saint-Valentin, cette douce journée commerciale dédiée aux amoureux du monde entier. J'en arrive à une idée que je peux peut-être exploiter : l'immigration seul versus l'immigration en couple.

Parlons d'abord de ce que je connais à savoir l'immigration en couple.
On dit souvent, on entend souvent que certains couples qui choisissent d'immigrer finissent par casser. Je le conçois aisément : rien ne dit dès le départ que les deux éléments du couple vont vivre leur immigration de la même façon ni s'intégrer de la même façon. L'un des deux peut aussi parfois se sentir beaucoup plus prêt que l'autre à franchir le grand pas... mais une fois dans l'avion, les jeux sont faits, alea jacta est. La première condition du succès avant de partir est donc évidemment, selon moi, qu'une bonne communication soit en place dans le couple. Si l'un ou l'autre n'est pas sûr, il doit absolument pouvoir se sentir libre d'en parler à l'autre : partir s'installer dans un autre pays n'est pas n'importe laquelle des décisions, elle influera à jamais sur la vie et la perception de chacun, couple ou pas d'ailleurs.
On dit aussi que c'est une fois arrivés que parfois, les vraies personnalités des personnes entrent en jeu, et ceci est aussi valable pour un couple. Sauf que dans le couple, les personnalités différentes mais complémentaires qui forment un couple n'évoluent ni ne se transcendent pas forcément de la même manière ni à la même vitesse. Mais les deux personnes vivent logiquement sous le même toît... Attention donc, encore une fois, à bien communiquer dans le couple, à concevoir ce que l'autre ressent face à une situation qui peut nous paraître banale ou facile à gérer par exemple.

Parlons maintenant de mon expérience personnelle. Initialement, nous étions venus tous les deux ici pour travailler. Or, il se fait que ma blonde a finalement repris in extremis des études. Après tout, c'était l'instant où jamais, je n'avais aucunement l'intention de lui refuser cette chance ! Mais cela dit, tout ceci changeait pas mal la donne pour nous. Il fallait alors que je trouve une job relativement bien payée pour qu'on puisse subvenir à nos besoins communs pendant ces études. Trouvé ! Nous avons donc vécu 6 mois avec un seul salaire comme assise financière. Et avec le recul, ce n'était pas spécialement difficile ni contraignant : nous sortions à peine de notre vie parisienne, et vivre avec un seul des deux salaires à Montréal ne s'est pas avéré être une expérience douloureuse. J'ai aussi eu la chance il faut bien l'avouer, d'avoir trouvé assez vite un emploi dans mes cordes et dans la lignée de mes études. La même chose à Paris n'aurait pas été supportable très longtemps, alors que cela aurait pu être vivable dans d'autres grandes villes de France sans doute.
Puis, ma blonde a réalisé que plus des deux tiers des étudiants avec qui elle suivait ses cours travaillaient en même temps et occupaient déjà des postes auxquels ils pourraient prétendre à la fin de leurs études. Elle s'est donc mise à chercher elle aussi un emploi, et a fini par le trouver à force de persévérance en environ un mois et demi si je ne me trompe pas... Il faut aussi dire qu'elle s'est vraiment donnée la peine de chercher huit heures par jour sans relâche, c'était normal qu'elle trouve chaussure à son pied au bout du compte. C'est dans ces moments là, par exemple, qu'un certain soutien psychologique est carrément vital... il est très facile de décrocher sous le poids des réponses négatives ou inexistantes des potentiels employeurs que l'on cible.
Tout ceci pour en arriver à la situation actuelle : en ce qui me concerne, cela fait un an et demi que je travaille dans la même compagnie anglophone. Ma blonde a pu, pendant ce temps, se constituer de son côté un réseau d'amis québécois qu'elle a rencontré et avec qui elle a travaillé sur des projets gourmands en investissement personnel et de groupe lors de ses études. Et elle a aussi le mérite et la chance d'avoir trouvé un emploi qui la satisfait pleinement et qu'elle peut concilier facilement avec ses études. Que demande le peuple ? Ma foi rien ! Mais vous aurez sans doute remarqué une certaine différence entre nos deux parcours: l'un plus linéaire pendant que l'autre rebondit sur des opportunités à saisir. Vous vous direz aussi que c'est à moi qu'il appartient de m'ouvrir à d'autres horizons, en m'engageant dans des activités extra professionnelles par exemple, pour m'entourer davantage des ces québécois trop absents dans mon entourage. Je ne le sais que trop !
C'était à mon sens la meilleure démonstration que je pouvais faire pour expliquer que des différences de parcours peuvent se creuser rapidement entre deux personnes d'un couple.

Mais heureusement, et là je vous rassure, immigrer ensemble peut aussi rapprocher et solidifier un couple ! Toutes les expériences et autres anecdotes que nous avons vécues ensemble, nous ne pouvons que les partager et les revivre ensemble. Les autres ne peuvent pas comprendre ce que c'est que d'immigrer, ni par quels états d'esprits on est passé depuis qu'on a foulé le sol de ce que je considère comme mon pays d'accueil, le Québec. Ça déjà, ça rapproche ! Et heureusement aussi, les expériences de l'un peuvent profiter à l'autre : je profite d'ailleurs en ce moment même et depuis peu d'une partie du réseau de contacts professionnels de ma blonde, je connais maintenant une bonne partie de ses amis que je retrouve avec grand plaisir lors de soirées improvisées ou organisées... mais il n'y a pas que ça. Nous vivons l'actualité québécoise et canadienne en même temps, nous prenons du recul sur le monde, la France et les français en même temps, nous voyons les mêmes films au cinéma, et tout ceci est source d'échanges passionnants et terriblement enrichissants, comme tout le reste de toute façon !

Tout ça pour en arriver à la conclusion que si vous décidez d'immigrer en couple, préparez-vous vraiment et parlez-en avant ! Mais surtout, ne vous isolez pas dans les chemins que vous suivrez respectivement, sur la route de votre intégration. Faites profiter votre autre de vos expériences et de vos impressions. Profitez autant que possible de votre immigration en restant soudés ensemble, que votre immigration soit irréversible ou temporaire. Vous avez immigré ensemble, c'est pour vivre votre immigration ensemble d'abord et avant tout, parce qu'on est plus fort ensemble !

Bon finalement, l'inspiration est venue. Et une nouvelle fois je dois remercier ma chère et tendre qui m'avait discrètement insufflé ce thème de chronique alors que je lui confiais ce soir mon angoisse de la page blanche. Merci ma chérie... et à bientôt tout le monde pour la prochaine chronique !

L’anglais au travail Je vais...

Tof

L'anglais au travail

Je vais aborder un sujet assez vaste, qui inquiète bon nombre d'immigrants francophones quand ils viennent s'installer au Québec ou au Canada : l'anglais au travail. Nous allons nous concentrer sur la province du Canada que je connais le mieux, à savoir le Québec, puisque j'y vis depuis bientôt deux ans, déjà !
Certains d'entre-vous le savent déjà : cela fait maintenant un an et demi que je travaille dans une entreprise anglophone à Montréal. Cas rare pensez-vous ? Pas tant que ça, bien au contraire... à Montréal en tout cas. Le problème est presqu'éliminé d'office à Québec par exemple. Comment ça s'est passé pour moi au début, comment se passe mon quotidien en anglais, "vais-je réussir à trouver du travail si mon niveau d'anglais n'est pas fameux"... autant de questions auxquelles je vais essayer de répondre au travers de cette chronique !

En arrivant ici, je me croyais un peu linguistiquement parlant en terrain conquis. Mais on apprend en seulement quelques heures que le québécois, c'est du québécois justement. Même si je savais que je pourrais très bien travailler dans une entreprise anglophone, je pensais vraiment que les chances étaient minimes, donc je ne me stressais pas plus que ça. Puis est venu le temps des premières entrevues. Quand le compte en banque passe dans la zone rouge définie à l'avance : c'est vraiment le temps de se trouver de la job. Envois de CV en masse, pluie de coups de téléphone aux mêmes destinataires des CV, et... première entrevue ! Allez ça va marcher, je vais lui dire ça, et s'il "switch" en anglais, ça devrait aller, on m'a dit que ça ne durait que deux minutes juste pour tester ton niveau... les doigts dans le nez ; j'ai de bons restes de mes années lycée avec anglais renforcé, et cerise sur le Sunday, ma grand-mère qui était professeur d'anglais a toujours essayé d'entretenir mon anglais, elle le fait encore maintenant d'ailleurs. J'étais fin prêt pensais-je. Sauf qu'il a effectivement switché le bonhomme. Je suis donc sorti de l'entrevue en sachant pertinemment que je ne devais pas attendre un appel téléphonique enjoué dans les jours qui venaient. Ce premier contact avec le milieu du travail anglophone a donc été une jolie baffe dans la face, le genre de celle qui laisse des traces sur les joues !

Puis, après de nombreuses péripéties dont un passage obligé dans un club de recherche d'emploi, j'ai eu de la chance. C'est mon employeur actuel qui m'a appelé fin Août 2004... et c'était mon deuxième contact avec le milieu anglophone de Montréal. La personne m'appelle et demande en anglais si je parle anglais, et si je peux lui faire parvenir mon CV en anglais (elle dispose alors de mon CV français, merci Monster.ca). Pas de problèmes, je vous envoie ça ce soir !!! Branle-bas de combat, je me mets à la traduction de mon CV, je lui envoie, et le téléphone sonne à nouveau le lendemain ou le soir même je ne sais plus, pour m'annoncer que j'ai une entrevue le lendemain à 14 heures. L'entrevue s'est déroulée entièrement en anglais, j'ai fait de mon mieux, en essayant aussi de mettre en valeur mes compétences au lieu de me concentrer uniquement sur mon anglais parlé. Bref, miracle ou pas, j'ai eu le poste la semaine d'après, et je l'occupe toujours (je cherche ailleurs mais c'est une autre histoire).

Mes débuts dans l'entreprise ont été particulièrement difficiles. Horaires absolument démentiels, une "warning letter" en moins de 4 mois, ma boss qui ne comprenait jamais ce que je voulais dire obligeant mes collègues à lui reformuler sans cesse mes phrases... bref, c'était pas vraiment rose. J'ai compris plus tard que ma boss ne voulait délibérément pas comprendre ce que je disais en réalité... whatever. Moi, je rentrais le soir lessivé, même les jours où mes horaires étaient normaux. J'ai compris avec le temps qu'en fait, c'était ma concentration permanente pour ne pas rater un seul mot de mes interlocuteurs qui me fatiguait énormément. Aujourd'hui, quand je passe la porte du bureau chaque matin, moi aussi je bascule en anglais en un instant, je ne me pose même plus la question. Même un coup de téléphone avec un américain ou un canadien anglophone à l'élocution très rapide ne m'effraie plus : l'essentiel est de comprendre les grandes lignes, de savoir exactement de quoi on parle ; c'est inutile de chercher à comprendre tous les mots, on finit par perdre le fil de la conversation. Quant à mes collègues, je les comprends tous sauf un qui a une fâcheuse tendance à mâcher ses mots et parler tout bas quand il me raconte sa fin de semaine ou une anecdote quelconque... mais je travaille régulièrement avec lui sans aucun problème de compréhension.

J'ai aussi constaté, au moment où mon anglais s'était plus ou moins stabilisé au bout de quelques mois, que mes collègues commençaient peu à peu à me parler en français. Je me suis alors aperçu que la plupart des personnes avec qui je travaillais quotidiennement, parlaient un français plus qu'acceptable. Eh oui, je l'ignorais, tout simplement ! Aujourd'hui même, dans la pièce du bureau où je travaille en compagnie de mes trois collègues "IT", quand une question est posée en français, je sais tout de suite qu'elle m'est destinée. Très pratique d'un point de vue communication étant donné que mes collègues sont derrière moi. Je leur ai déjà demandé pourquoi ils me parlaient en français et continuaient à se parler entre eux en anglais. Je pensais qu'ils préféraient me parler en français pour faciliter les choses, sous-entendu que mon anglais n'était pas terrible... Rien à voir. Ils me parlent en français pour améliorer leur français, me demandent parfois de les aider pour des lettres à envoyer à une institution bancaire ou autres. Quand je leur pose une question en anglais, ils me répondent en anglais, et vice et versa. Même chose en français. Lors d'une réunion d'équipe par contre, l'anglais reprend tout logiquement sa place.

Il y a quelque chose d'autre qu'on apprend quand on travaille ici (et je crois que ceci ne s'applique pas seulement aux anglophones) : ici c'est "Yes or No". Ne vous embourbez pas dans des explications ubuesques ou des tergiversations quelconques : il faut répondre le plus rapidement possible à la question posée. Exemples de questions auxquelles il faut répondre le plus vite possible en évitant toute tentative de dissertation : combien ça coûte ? Ça coûte tant. Est-ce que c'est réalisable ? Oui. Non à moins qu'on optimise tel processus. En entrevue aussi : à quel salaire prétendez vous ? Entre tant et tant. Aller droit au but, "straight to the point". Si on vous pose d'autres questions ensuite, vous pouvez développer à votre guise... tant que votre réponse est rapidement éclairante (et éclairée) aux oreilles de votre interlocuteur.
Quand j'ai compris ça, moi qui étais habitué à dire 3 fois la même chose en le formulant différemment en bon français, ça m'a fait un choc ! Mais j'ai surfé sur la vague au début pour éviter de trop balbutier un anglais encore incertain quand mon interlocuteur n'attendait qu'un oui ou un non.

Est-ce que votre anglais va progresser si vous vous retrouvez dans une entreprise anglophone ? Oui, bien sûr. Au début vous aurez l'impression ne n'avoir jamais suivi un seul cours d'anglais de votre vie, et ce sera bien normal. Avec le temps, vous vous rendrez compte des progrès que vous faites quotidiennement. Puis quand une certaine habitude de travail s'installera, vous vous rendrez compte aussi qu'il y a des jours avec, et des jours sans... je m'explique. Il m'arrive encore aujourd'hui de chercher mes mots toute la journée, d'être parfois incapable de fournir une explication intelligible. Le lendemain par contre, vous vous surprendrez en plein meeting à vous lancer dans une suggestion de projet à l'équipe, qui tient parfaitement la route, sans jamais chercher vos mots. Ce soir là vous vous direz que vos progrès en anglais sont indéniables, après avoir pensé le soir précédent que votre cas était désespéré. Vous auriez même pu vous lancer dans une discussion politique avec vos collègues !

En cette période d'élections fédérales qui viennent juste de se terminer, je me demandais si pour une fois j'allais entendre parler de politique au travail. Force est de constater que la différence n'a pas été flagrante : on ne parle pas de politique à la job, on évite autant que possible sauf si la hiérarchie s'absente où là, quelques discussions parfois houleuses peuvent éventuellement partir, à l'heure où libéraux et conservateurs s'affrontent... mais elles restent très brèves et très ponctuelles. Il est même parfois stipulé dans le règlement de la compagnie qu'il est interdit de parler de politique. Je dirais presque que ça me manque un peu... refaire le monde autour du café de 10h00 faisait partie de mon lot quotidien en France, ici, t'oublies ça. Si tu veux parler politique et refaire le monde avec tes chums de la job, organise un cinq à sept !

Enfin, je terminerai par une anecdote personnelle qui m'a manifestement marqué puisque j'y pense encore aujourd'hui. C'était à mes débuts dans ma compagnie, pendant ces quelques jours du mois d'octobre 2004 où les températures étaient déjà basses pour un automne normal au Québec. Je demande machinalement en anglais à ma voisine de cigarette, au bas de ma tour, si ces températures sont normales pour un mois d'Octobre au Québec. Elle me répond que non, qu'il fait habituellement 10 degrés de plus à la même période, et s'ensuit alors une petite conversation entre nous. Étant donné la question que je lui avais posée, mon interlocutrice a vite compris que je ne venais pas d'ici et m'a donc demandé d'où je venais, depuis combien de temps, si je comptais rester longtemps, si j'étais résident permanent ou pas, bref les questions habituelles que beaucoup d'entre-nous connaissent comme moi. Elle a terminé la discussion en me disant que mon anglais était très correct et qu'elle ne m'aurait jamais pris pour un français si je ne lui avais dit d'où je venais... Ces paroles sincères de la part d'une anglophone de Montréal m'ont alors regonflé à bloc au moment où ma boss commençait à douter de mon anglais et me faisait douter de moi par la même occasion. Et toc.

En guise de conclusion et en quelques lignes, l'anglais est bien présent à Montréal et dans le milieu du travail montréalais, en tous cas plus qu'on ne le croit. Il est possible de trouver une job à Montréal sans parler un mot de la langue de Shakespeare, mais pour être honnête, c'est un beau défi qui laissera devant vous beaucoup de portes barrées. Vous rencontrerez beaucoup moins voire pas du tout ce problème à l'extérieur de Montréal, mais si vous songez vous installer à Montréal, pensez-y sérieusement, prenez des cours avant de venir ou ici par exemple. Dites-vous aussi que je n'ai jamais cru un instant travailler dans une compagnie anglophone, je pensais que mon anglais ne serait jamais suffisant, et c'est pourtant ce que je fais depuis un an et demi. Pour que les portes s'ouvrent, il vous faut un anglais fonctionnel, un anglais professionnel. Et si vous ne comprenez pas les jokes hebdomadaires de votre collègue, ce n'est pas grave, à partir du moment où vous êtes capables de travailler avec lui. C'est tout ce qu'on vous demandera ici.
Ma candidature à certains postes a été refusée à cause de mon anglais, cela m'arrive encore maintenant au hasard d'une entrevue, et cela vous arrivera sans doute aussi ! L'important est de passer le cap, de se dire "Je suis capable", et de vous lancer dans l'aventure. Le terme "bilingue" dans une offre d'emploi n'est ni plus ni moins qu'une façon pour l'employeur de faire un premier tri, ne vous y méprenez pas, vous avez des chances d'occuper le poste. Je ne m'estime pas bilingue, et je ne pense pas le devenir un jour, et pourtant... (cf dernière phrase du troisième paragraphe !). S'il est indiqué "connaissance de l'anglais", foncez tête baissée.

De l’aéroport… à mon deuxième...

Tof

De l'aéroport.... à mon deuxième hiver

Pour l'instant, je n'ai pas le goût de vous parler de petites anecdotes de la vie de tous les jours ou de ce qui a changé dans mon quotidien. Continuons donc sur la lancée de ma toute première chronique qui faisait office de présentation. Je vais vous raconter en long, en large, et en travers, ce qui s'est passé dans ma vie depuis le jour où, comme chaque immigrant nouvellement arrivé, j'ai entendu les trois mots « Bienvenue au Québec ». Nous nous étions arrêté à ce moment précis, voici donc enfin la suite !

Arrivée
Lourdes valises à bout de bras, paperasses fédérales et provinciales dans les mains et souvenirs uniquement français plein la tête, ma blonde et moi étions donc à l'aéroport Mirabel, et cherchions mon parrain qui ne devait pas être loin. Nous le trouvons, il nous prend en photo, nous, nos valises et nos énormes poches sous les yeux, et nous emmène dans sa voiture, la même que celle avec laquelle j'avais fait l'aller-retour Moncton / Halifax des années plus tôt. Premier souvenir canadien qui me revient en tête. Puis la route vers sa maison, située rive Sud de Montréal, non loin de Longueuil pour les intimes : les grands espaces sans les forêts d'érables, ce sera plus tard. Je vous passe le déchargement des bagages et les douches pour arriver directement au petit apéro ou nous dégustâmes un vin excellent et du fromage typiquement.... français ; nous étions quelque part encore en France, même à plus de 6000 kilomètres de distance.

Découverte / Installation
Les jours et les semaines passent au rythme de la découverte de Montréal bien sûr, mais aussi des nombreuses administrations à visiter : eh oui, à ce moment, nous étions des sans papiers qui cherchaient à se régulariser ! Ça prend du temps, mais c'est beaucoup moins compliqué qu'en France. Moins compliqué, moins stressant et surtout rapide. Les files d'attentes? Vous en aurez encore ! Mais une fois arrivé au comptoir, une personne souriante et dévouée vous accueillera chaleureusement et répondra sans agacement à chacune de vos questions. Quel contraste criant !
Entre temps, nous prospections pour un appartement et effectuions déjà quelques visites après à peine une semaine sur place. Puis vint la visite coup de cœur au bout de 10 jours : un appartement rue Rachel, au septième étage d'une tour à logements avec vue sur le Parc Lafontaine et le centre-ville. Cette visite aura duré deux heures.... deux heures de discussion avec un français installé au Québec depuis six ans et sa femme québécoise. Bref, tous les éléments étaient réunis pour craquer sur cet appartement dans lequel nous avons vécu un an, et qui deviendra d'ailleurs, petit aparté, le lieu où habitent les protagonistes du film de Luc Picard, L'Audition, sorti au Québec cet été.
La fin du mois de Juin arrive, il est enfin temps pour nous d'emménager dans notre premier « chez-nous » montréalais ! Nous avons heureusement pu échapper aux embouteillages ou autres péripéties du 1er Juillet, jour officiel du déménagement au Québec, en emménageant le 27 Juin. Enfin.... emménager est un bien grand mot : nous n'avions alors reçu que le matelas, et devions recevoir le sofa et la table du salon dans les semaines qui suivent ! Manger par terre avec l'assiette sur le carton de l'ordinateur, j'ai déjà fait ! On s'en fout, on est jeunes, et on s'attendait à ce genre de situation. On s'attendait aussi à voir le compte chèque fondre rapidement, mais quand ça arrive pour vrai, ça fait tout de même un drôle d'effet. Il faut dire que nous n'avions que trois valises pour bagages, donc l'achat de meubles et d'un lit étaient indispensables. Prévoyez donc plus d'argent qu'il n'en faut, vous pourriez en avoir besoin.


Côté travail, à peine quelques semaines après notre arrivée, nous avions commencé à envoyer des CV et téléphoner aux employeurs qui pourraient potentiellement être intéressés par nos profils respectifs. Ma blonde décroche une entrevue dans les trois premières semaines : échec. Je décroche moi aussi une entrevue quelques jours après : échec particulièrement cuisant, limite humiliant sur le coup, mais on s'y attendait aussi. Je savais que les employeurs lors d'une entrevue pouvaient « switcher » en anglais le temps d'un clignement d'œil.... mais connaître cette pratique ne signifiait pas du tout y être préparé en situation réelle, pas après un mois de présence à Montréal, le tout en pleine période euphorique de découverte de notre nouveau milieu de vie. Mais ça, nous l'avons tout simplement compris plus tard.... chercher une job ne se fait pas à la légère, il faut avoir la tête dans son CV en permanence, et y croire vraiment ; chercher du travail est une job à part entière (conseil valable à Montréal comme partout ailleurs dans le monde je crois).

Nous avions donc définitivement besoin de pratique. Nous avions aussi besoin d'adapter notre façon de rechercher et d'obtenir du travail sur le marché québécois, ce que j'ai fait dans les semaines qui ont suivi, grâce aux six semaines que j'ai passées au Centre Jeunesse Emploi de Brossard. Quand j'y repense maintenant, je me dis que c'était une étape indispensable que je recommanderais à quiconque arrive ici en tant que résidant permanent ou PVtiste. CV remanié à la québécoise, le marché du travail au Québec, entrevues simulées et filmées suivies d'un compte-rendu sur les points forts et les points faibles : diction, gestuelle, les deux premières minutes.... tout était passé au crible. On en ressort plein d'espoir et de volonté ! Et si je vous dis que le CJE de Brossard était subventionné par le gouvernement fédéral du Canada (non.... sans rire?!) et que je repartais chaque vendredi après-midi avec un chèque de deux cent cinquante dollars? Ça c'est de l'intégration, de la motivation sur un plateau d'argent !

Je ne peux pas vraiment dire que j'aie mis à profit mes connaissances en la matière, puisque j'ai trouvé le poste que j'occupe actuellement grâce à Monster.ca, sur lequel j'avais eu la bonne idée de constituer mon profil un jour. C'était à la fin du mois d'Août 2004. Ce jour là, fait extraordinaire, le téléphone a sonné ! Et une voix en anglais a demandé à me parler, m'a dit qu'elle avait trouvé mon CV sur Monster et qu'elle aimerait bien me rencontrer pour une entrevue. J'ai commencé le mardi qui a suivi ce coup de téléphone, le 3 Septembre 2004. Depuis, j'y suis encore, malgré les 4 premiers mois qui ont été un véritable calvaire et sur lesquels je m'étais largement épanché sur le forum d'Immigrer.com à l'époque. Je vais aller à ma deuxième party de bureau ce samedi. Je fais maintenant des horaires normaux et quelques heures supplémentaires par mois, que je peux compter sur les doigts d'une main. Cela dit, tout ceci pourrait bien changer un jour prochain, trois points de suspension amplifiant un suspense déjà insoutenable....

Côté relationnel maintenant (non ce n'est pas l'horoscope mensuel de Christophe....) !
En arrivant, nous avons comme beaucoup noué des liens avec des personnes rencontrées sur le forum qui, comme nous, venaient d'arriver. J'ai même fêté mes 25 ans avec toute cette gang, qui depuis s'est disloquée presque naturellement; il ne reste que peu de survivants mais ceux-ci tiendront bon. On nous avait pourtant prévenus : rencontrer des gens de son pays d'origine quand on arrive est très réconfortant, on partage la même expérience, on a fait le grand saut comme eux.... forcément, ça crée des liens ! Mais voilà, si on s'aperçoit au fil des mois que l'on ne partage rien d'autre qu'une immigration commune malgré de nombreuses sorties ensembles, la ficelle s'étiole et finit par céder. Certains, avec qui l'on pensait avoir plus d'affinités en dehors d'avoir acheté comme eux un aller simple pour Montréal, peuvent aussi retourner subitement leur veste et partir sans même se retourner ni sans explications. Quittons le mélodrame pour aboutir à l'éternelle conclusion qui en découle : autant que possible, essayez de rencontrer des québécois, qu'ils soient francophones ou anglophones, végétariens ou amateurs de steak grillés, souverainistes ou fédéralistes ! C'est avec eux je pense que des immigrants doivent essayer de nouer des liens. Je ne dis pas qu'il faille pour autant renier ses ex-compatriotes et éviter tout contact avec eux, d'abord parce que ça n'a tout simplement aucun sens et ensuite parce que vous pourrez toujours vous lier d'amitié avec eux n'importe où dans le monde. Mais ne vous bornez pas à ce réflexe rassurant et normal si vous le pouvez, et ouvrez vos horizons. Facile à dire certes.... je suis moi-même mal placé pour en parler, mais je vais me soigner.

Saisons / Hiver
Je me souviens qu'il y a un an à la même époque, ma blonde et moi n'avions pas encore vécu notre premier hiver québécois. (Ben oui, faut bien que j'en parle de cet hiver qui effraie tant !) Il y a un an, on ne faisait pas les fiers, avec nos grosses chaussures et nos gros manteaux, on ne savait pas à quoi s'attendre. Finalement, rien d'insurmontable, c'est l'hiver et il fait froid ! Réchauffement climatique, qui parle de réchauffement climatique ? Oui, d'accord, il fait beaucoup plus froid au Québec qu'en France en hiver, c'est évident et ce n'était donc pas qu'une légende ! Mais j'ai constaté quelque chose qui devrait rassurer les futurs immigrants : la façon de mesurer la température est différente ici au Québec. Ici en hiver, on prend en compte le facteur éolien et on parle de températures ressenties. Aussi, l'hiver au Québec est généralement sec (aucune humidité ne tient dans l'air en dessous de -10°C !) Donc un -10°C n'est pas forcément insupportable comparé à un 2°C par temps pluvieux en France. Ainsi donc on en arrive à ma constatation : aujourd'hui, j'ai appris en revenant du travail qu'il faisait -9°C. Et pourtant, je n'ai toujours pas rangé mon manteau d'hiver français au placard au profit du gros manteau emmitouflé québécois. Pourquoi ? Parce que je ne me suis pas aperçu qu'il faisait si froid que ça ! Enfin bref, je ne vais pas faire un cours sur l'hiver québécois, vous le vivrez peut-être ou êtes en train de le (re)découvrir, et vous verrez par vous-mêmes que l'hiver, ce n'est pas seulement le froid, et que la vie continue, à l'extérieur aussi, même par -38°C ! Je n'attends qu'une chose : que la première tempête de neige recouvre une fois pour toutes le bitume des trottoirs ! Fin mars j'écrirai sans doute une chronique dans laquelle je dirais « L'hiver là, ça va faire.... », mais pour l'instant, j'ai hâte !

J'avais encore beaucoup de choses à dire et à partager, mais je vais en garder un peu pour la prochaine chronique avant que ce roman ne devienne indigeste. Je ferais plus court la prochaine fois !

A bientôt pour la suite !
Christophe

Une première chronique montréalaise Bonjour...

Tof

Une première chronique montréalaise

Bonjour à tous !

C'est un honneur pour moi de faire maintenant partie de la guilde des chroniqueurs d'Immigrer.com, dont chacun des parcours est différent. Je vais m'efforcer de vous faire part dans mes chroniques de ma façon de voir le Québec, mais pas seulement ! Une immigration en tant que résident permanent remet un tas de choses en question ou en perspective, et mes chroniques dévoileront ma pensée et son évolution envers ce monde qui a changé subitement à partir du 16 Mai 2004, date à laquelle j'ai posé mes valises emplies de joie et de doutes, accompagnée de ma blonde qui partage mon aventure. Voilà pour le fil conducteur, sujet à modifications sans préavis.

Ne brisons pas une tradition bien établie depuis qu'Immigrer.com et ses chroniques ont vu le jour : en guise de première chronique, je vais me présenter et raconter dans les moindres détails ce qui a fait qu'au jour de la publication prévue de cette chronique, cela fera exactement un an et demi que notre avion a atterri à l'aéroport Mirabel, encore en fonction à l'époque pour les vols touristiques.

Tout a commencé il y a presque 10 ans, je devais avoir 17 ans si mes souvenirs sont bons. Mon parrain, installé à Moncton au Nouveau-Brunswick, m'invite passer trois semaines en compagnie de sa petite famille pendant les vacances d'été. J'accepte évidemment avec plaisir ! Les grands espaces, les routes droites et immenses, les énormes trucks et les pick-up.... on aurait dit les États-unis pour l'adolescent que j'étais. Mais avec déjà un léger avant-goût d'Amérique à la Française. Au bout d'une semaine, voila qu'il décide de me faire passer l'examen théorique du permis de conduire. Je me disais “ à quoi bon, dans deux semaines je repars !” Mais il savait ce qu'il faisait. Une semaine plus tard, croyez-le où non, j'avais décroché la partie théorique ! Mon parrain m'a alors appris à conduire en deux jours, pour me laisser faire un aller-retour avec nuit comprise Moncton / Halifax, tout seul, avec sa voiture, lors de ma dernière semaine. Inconscience de sa part ou totale confiance en moi à l'époque, toujours est-il que j'en ai parlé pendant des mois lors de mon retour en France.

1999. Deux ans plus tard, on reprend les mêmes et on recommence. Me revoilà dans l'avion pour passer un autre séjour de trois semaines de l'autre côté de l'Atlantique. Cette fois-ci, mon avion a atterri à l'aéroport de Dorval, plus connu depuis un an sous le nom d'aéroport Pierre-Elliot Trudeau. Mon parrain habitait toujours à Moncton mais était de passage au Québec pendant quelques jours. J'ai donc mis les pieds à Montréal pour la première fois de ma vie à 19 ans. Ces quelques jours m'avaient permis de voir mes premiers condos, de visiter la tour penchée du stade olympique, et de faire mes premières sorties de nuit montréalaises, sans doute rue Saint-Laurent ou vers Crescent peut-être (j'étais bien incapable de le dire à l'époque !). Au moment où je me suis trouvé au sommet de la tour du stade olympique, il y a de fortes chances que mes yeux aient aperçus l'immeuble dans lequel j'allais habiter avec ma chère et tendre, quelques cinq années plus tard. Si j'avais su ! Nous sommes revenus à Moncton quelques jours plus tard, à l'époque en pleine préparation du Sommet de la Francophonie qui s'y déroulait. Deuxième avant-goût du français parlé en Amérique du Nord.

Les années passent. Je rencontre ma blonde actuelle pendant les études qui s'enchaînent et nous font peu à peu quitter le Nord de la France pour finir en région parisienne. Un CDI en poche tous les deux après un long stage, nous étions deux jeunes actifs pas spécialement à plaindre. L'idée d'immigrer un jour ne m'avait toujours pas quittée, mais c'est surtout ma blonde qui a alors pris les devants en entamant les procédures en vue d'obtenir le statut de résident permanent au Canada. C'est la que commence le marathon ! Réunions d'informations à la DGQ, paperasses en masse, recherche des anciens employeurs afin d'obtenir la preuve écrite qu'on a bien travaillé pour eux même pour un mois, recherche d'info et lectures tardives du forum d'Immigrer.com et de ses précieux conseils.... et j'en passe ! Les démarches d'immigration ainsi que l'investissement financier que l'immigration représente font partie du premier filtre de sélection. Jusqu'au jour où.... la fameuse lettre brune arrive : nous sommes tous les deux acceptés !!

À partir de là, les choses s'enchaînent très vite. Nous sommes en Septembre 2003, et nous décidons de partir en Mai 2004. Nul besoin de courir, il faut partir à point ! Nous nous faisons progressivement à l'idée que, ça y est, nous partons maintenant pour de bon ! Nos proches ont parfois plus de difficultés à l'intégrer où à l'accepter. Certains ne comprennent pas comment on peut décider de partir vers l'inconnu alors qu'on a un CDI en poche à Paris.... Je donne ma démission à mon boss et à son adjointe qui sont littéralement blêmes pendant les quinze minutes de mon explication, mais ils comprennent rapidement et me félicitent de ce choix de vie. Nous déménageons de notre studio de la région parisienne pour aller vivre chez nos parents pour les deux dernières semaines.

J'ai gardé un souvenir excellent et en même temps amer de ces deux dernières semaines en compagnie de nos amis et de la famille. Des moments d'une intensité rares.... mêlés à des adieux qu'on aurait voulu longs et cinématographiques, mais qui se retrouvent bâclés, précipités par le temps, et d'une tristesse sans nom. Les adieux aux grands-parents notamment, sans être certains qu'ils seront encore là pour notre premier retour touristique ou pour le deuxième, ou le troisième.... Puis vient le matin du départ, le voyage jusqu'à Charles de Gaulle l'estomac noué comme jamais, l'envie d'échapper à cette dernière série d'adieux inéluctables et interminables.... et l'avion décolle. La plupart des voyageurs reviennent de leurs deux semaines en France ou en Europe, d'autres partent passer un séjour à Montréal. Nous, nous avons un aller simple pour Montréal ! Au bout de quelques heures dans l'avion, après le premier repas, quand la tension est un peu retombée, on peut enfin se permettre de souffler un peu. On sait pourquoi on est dans cet avion, on l'a voulu, et on l'a fait ! Mais on ne sait pas ce qui nous attend une fois que l'avion aura atterri. On ne sait pas de quoi notre avenir sera fait dans trois jours, dans une semaine, dans un mois, dans six mois, dans un an. C'est là que les questions existentielles les plus fondamentales viennent vous envahir l'espace d'un instant. Quel immigrant, même le plus motivé soit-il, n'a-t-il pas vécu cette pseudo crise d'angoisse dans l'avion, qui lui fait se poser la fameuse question : “ Est-ce que je ne suis pas en train de faire une grosse connerie là ?” On a peur, et c'est bien normal ! On quitte tous nos repères, tous nos amis, nos familles, c'est un moment difficile. Enfin, l'angoisse laisse finalement sa place à l'excitation, à un sentiment indescriptible de curiosité joyeuse et effrayante, à mesure que Montréal s'approche sur la carte de l'écran de télévision. Au bout de 7 heures de vol, l'avion atterrit enfin, sous un soleil de plomb et 35 degrés.

Un immigrant ne va pas tout de suite récupérer ses valises. Il doit passer par le service d'Immigration de l'aéroport avant toutes choses !
Une fois les formalités remplies, les documents et les adresses administratives pleins les poches, les préposés nous disent tour à tour, avec un accent québécois délicieux, un “ Bienvenue au Québec ”, qui restera à jamais gravé dans nos mémoires.

Cela fait donc un an et demi que j'ai immigré à Montréal. Et ce ne sont pas seulement les paysages, les gens ou encore mes habitudes qui ont changé. J'ai changé moi aussi ! J'ai élargi mes horizons, j'ai appris à voir plus loin, à m'adapter à des situations que je croyais impossibles à affronter avant de partir, et j'ai plus de recul sur le monde qui m'entoure, sur mon pays d'origine, la France, qui traverse en ce moment une grave crise de société.
Ce n'est pas fini, et je ne sais d'ailleurs pas à l'heure actuelle s'il sera un jour question d'un autre aller-simple vers l'Ouest, même si je ne l'exclus pas, pour la bonne et simple raison qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. “La vie, c'est comme une boîte de chocolat.... ”

A bientôt pour la suite !
Christophe

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