De la culture...Québec versus France

Scrogn

Il s'agit de ma dernière bafouille. Permettez, mesdames, mesdemoiselles et messieurs, que mon chant du cygne soit un meuglement vachard. Permettez que je prenne le taureau par les cornes. Permettez que je fasse pis que d'habitude. Permettez que j'arrive à me trouver presque drôle avec mes jeux de mots bovins. Permettez que je parle d'élevage d'esprits et surtout de culture...

La culture ? Mais qu'est-ce donc ?

En général, quelqu'un peut paraître cultivé soit parce qu'il a picoré des savoirs dans des branches variées, soit parce qu'il en connaît un rayon sur un sujet qui vous intéresse ou vous dépasse complètement. Bien évidemment, vous avez pu croiser des énergumènes qui font fi de votre expérience personnelle, tout en étant au courant de celle-ci, et qui font montre de dons hilarants en terme de cours magistraux sur votre domaine. Le fou-rire qui m'a régulièrement saisie, face à des discours onctueusement doctes, méprisants (et d'une longueur cruelle) sur le Québec, servis par de vagues connaissances ayant passé, au maximum, quinze longues journées dans mon pays, si possible au cours d'un voyage-rodéo organisé. Il est vrai que mes plus de quinze ans icite lorsque j'étais enfant font pâle figure.

Pour tout vous dire, mon coup de gueule s'adresse particulièrement à ces quelques français croisés tout au long de mes années hexagonales, et ceux que je peux encore rencontrer bien malgré moi depuis mon retour dans la Belle Province. Pour ceux-ci, ceux qui pensent que les québécois :

- ont peu de culture
- n'ont pas du tout culture
- ont de la quoi ?

Pour eux donc, je vais me fendre d'un immense éclat de rire gras et tonitruant. Hélas, j'ai souvent vu des français qui, parce qu'ils ont des vieilles pierres, ont la conviction qu'ils possèdent la culture qui va avec. La formule est boiteuse à escient...

Lors de mon retour en France, s'il y avait bien quelque chose qui me faisait baver de joie, c'était bien ce sublime amoncellement d'histoire multi-centenaire, millénaire ! Au Québec, une maison datant du dix-huitième siècle tient presque du miracle, alors que les vestiges gallo-romains frisent le banal dans l'hexagone. L'extase, pour moi ! La ville française qui me vit revenir dans le pays de mes ancêtres, possède des trésors historiques inouïs. À titre d'exemple, une magnifique basilique construite vers l'an mille et une cathédrale, véritable dentelle de pierre datant du treizième siècle, font à juste titre la fierté des habitants. Seulement, j'ai réalisé avec horreur, que beaucoup n'en connaissaient que l'existence et n'y avaient jamais mis les pieds. De même, la ville abrite un musée des Beaux-Arts dont la collection d'oeuvres est d'une richesse formidable. Pour y avoir travaillé, je peux vous affirmer que les visiteurs étaient très majoritairement des touristes étrangers. Édifiant...

La France, pays des belles lettres. C'est vrai... Le foisonnement d'écrivains français qui ont marqué la littérature en est la preuve. Mais imaginez mon désarroi lorsque je me suis rendue compte que trop d'élèves de ma classe (dans un lycée privé réputé) s'enlisaient dans la paresse intellectuelle. Plutôt que de lire les ouvrages obligatoires pour une épreuve du baccalauréat français, ils se précipitaient sur des résumés dont le succès commercial m'effarait. Navrant...

Mais ne me faites pas dire ce que je ne pense pas. Bien évidemment, j'ai rencontré des français dotés d'une solide culture. Mais je connais aussi des Québécois qui possèdent de vastes connaissances dans des domaines artistiques. Cet ami, par exemple, mélomane patenté, capable de reconnaître un chef d'orchestre à la seule écoute d'une oeuvre. Cet autre, incollable sur la peinture avec une petite préférence pour celle italienne de la Renaissance. Ce dernier, mordu des écrivains français du dix-neuvième siècle. Le premier était professeur de français pour des détenus, le deuxième vend des assurances, le troisième a été éclairagiste, puis professeur de ski pour être menuisier, finalement. Du monde normal.

Donc, vous avez vos chances pour tomber sur un québécois cultivé, autant que de tomber sur son pendant gaulois, proportionnellement parlant. Il faut juste être patient. Étaler sa science devant un inconnu ne fait pas nécessairement partie de notre façon de faire, sans doute. Mais au fil des échanges, vous pourriez, tout comme moi, tomber sur de véritables pépites d'or.

Voilà, c'est fini, comme disait l'autre. Si, après cette dernière diatribe, vous désirez malgré tout m'adresser des offres d'emplois (rémunérés, siouplè) ou des compliments, sachez que j'étudierai celles-ci et savourerai ceux-ci.

Pour terminer (après, je me tais, promis !), je voudrais remercier du fond du coeur Laurence Nadeau et Laurent Gigon de m'avoir permise de m'exprimer par le biais des chroniques. Grâce à eux, j'ai pu renouer avec un exercice depuis longtemps oublié : de temps en temps, il faut savoir se faire un peu confiance et foncer...

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Home, Sweet home : l'achat immobilier à Montréal

Scrogn

Vous voilà installé dans le pays que vous avez choisi. Votre nouveau travail vous plaît, vos repères prennent forme, vos amis ont de plus en plus la parlure québécoise, et (qui sait ?) vous avez dénichez l'âme soeur. Comblé ? OUI ! Enfin, presque. Car, si vous savourez le fait d'avoir un toit au-dessus de votre tête, celui-ci traîne un petit quelque chose qui vous chiffonne : vous n'en êtes pas propriétaire...


Ainsi, un beau matin, vous vous réveillez avec le ferme projet d'acquérir, pour la première fois sur le sol québécois, votre petite cabane à vous... Et rien qu'à vous. Mais voilà, par où commencer ? Qui contacter ? De quoi se méfier ? Votre apport est-il suffisant ? Va-t-on vous octroyer un prêt ? En un mot : comment faire ?


Alors que je m'étais juré de ne jamais sombrer dans la paperasse (haute-voltige intellectuelle pour votre serviteuse) lors de mes chroniques, je vais m'inspirer, ici même et à l'instant notre propre exemple, notre aventure dans l'immobilier montréalais et dans ses méandres de l'administration. Non pas que nous soyons une référence parfaite mais vous verrez que dans les extrêmes, on a fait pas pire. Donc, c'est possible avec quelques précautions et pré-requis.


Première étape : déterminer votre budget


Ce point crucial qui va guider la totalité votre recherche. Avant de déterminer votre budget, il faut d'abord savoir si vous êtes éligible à l'obtention d'un prêt hypothécaire....


Au Québec, vous pourrez emprunter pour l'achat d'une maison même si votre apport est minimum (5%, voire 0% dans certains cas), mais ne rêvez pas, c'est loin d'être une généralité. Si vous avez immigré depuis peu, c'est différent : il vous faudra présenter de bonnes garanties en termes de « cash ». De notre côté, nous avions environ un tiers d'apport et nous avons pu obtenir un prêt alors même que Guinness venait tout juste de commencer à travailler. Rendez-vous compte : nous avons signé une promesse d'achat la veille de son premier jour de travail.


Les autres variables qui vont déterminer votre budget d'achat seront la durée de remboursement - la « norme » étant ici de 25 ans - le taux, et les mensualités que vous pouvez vous permettre. Sur ce dernier point, attention ! Les règles du jeu ne sont pas les mêmes qu'en France par exemple. Vous pouvez obtenir un taux fixe mais un prêt ne vous est accordé que pour une durée maximale de 5 ans. Ensuite, vous pouvez le reconduire avec la même institution financière ou une autre, mais le taux risque de changer (en bien ou en mal). Donc, ne calculez pas vos mensualités de façon trop juste.


Vous voilà maintenant avec en main le montant de votre apport et le montant des mensualités que vous pouvez vous permettre. Il vous faut maintenant un professionnel pour déterminer le budget pour la maison de vos rêves (ou la masure de vos cauchemars). Nous avons opté pour un courtier hypothécaire qui est en contact avec de nombreux organismes financiers. Ce type de professionnel vous obtiendra plusieurs offres et pourra, en plus, négocier en votre nom. Les autres options sont de faire le tour des banques par vous-même ou d'aller dans un organisme du type Multi-Prêts.


Dans votre budget, n'oubliez pas les frais de notaire (environ 1.000 $), la taxe de Bienvenue (0.5% sur les premiers 50 000$, 1.0% sur la tranche de 50 001$ à 250 000$, 1.5% sur la tranche qui excède 250 000$), les taxes scolaire et municipale, sans omettre éventuellement le coût des travaux de rénovation (qui dépendront de la maison que vous choisirez).


Bon, et bien, justement, il serait peut-être temps de la choisir cette maison !


Deuxième étape : Choisissez votre ville, votre quartier


Il existe des sites internet spécialisés dans l'immobilier, le plus centralisateur étant certainement sia. En furetant sur les annonces proposées, vous pourrez vous faire une bonne idée du marché immobilier qui régit le secteur visé. N'hésitez pas à sélectionner aussi les quartier limitrophes à celui de vos rêves. Il serait dommage de passer à côté de la perle rare pour quelques rues. Personnellement, nous avons passé plusieurs mois à éplucher les annonces immobilières et tenter de comprendre les subtilités du marché canadien alors même que nous étions encore en France. Cette pré-étude, bien que par moments fastidieuse, nous a fait gagner un temps précieux lors de notre acquisition.


Baladez-vous une fin de semaine dans les coins qui ont attiré votre attention. Repérez les emplacements des services bien utiles au quotidien comme les fameux dépanneurs qui portent si bien leur nom, ou les centres médicaux. Vous avez des enfants ? Situez les CPE (Centre de la Petite Enfance), les écoles primaires et secondaires. Songez aussi que vous pourriez avoir recours aux transports en commun. Pour Montréal et sa banlieue, vous pourrez vous fiez à la STM (Société des Transports Montréalais). Si le réseau du métro peut vous sembler chétif à côté de celui parisien parce qu'il reste essentiellement concentré sur la partie centrale de Montréal, les autobus desservent de façon remarquable l'île, y compris la nuit. Pour ceux qui opteraient pour la banlieue, il existe des trains qui mènent leurs passagers jusqu'au centre-ville de la métropole. Amusez-vous à faire le trajet entre votre bureau et votre futur quartier, en fonction de vos horaires de travail. Vous aurez ainsi une excellente idée de ce qui vous attend.


Notre agent immobilier, celui-là même qui nous avait dégoté notre premier pied-à-terre meublé, location fort pratique mais, par définition assez onéreuse, nous avait offert un petit truc pour jauger la qualité de votre futur voisinage. Parce que je suis dans un bon jour, je vous fais cadeau de ce précieux conseil : lors de vos promenades de repérage, soyez attentif aux voitures et aux jardins. Quoi ? Oui, vous avez bien lu ! Le soin apporté aux véhicules et aux pelouses sont assez révélateurs de l'ambiance générale du quartier.


Troisième étape : le domicile en tant que tel


Soyons honnêtes, je ne pourrais pas vous faire part de mon expérience dans le domaine de l'acquisition d'un appartement. Faut dire qu'avec trois moufflets galopants du matin (très tôt) au soir (très tard), la charité envers les voisins a rapidement repris le dessus. Nous avons donc orienté nos recherches, d'entrée de jeu, vers une maison. Après avoir sélectionné quelques annonces, nous appelons notre agent immobilier (celui de notre premier logement sur le sol québécois) pour lui faire part de nos choix et lui demander si des visites étaient possibles. Mon homme démarrant sa première job le surlendemain, nous ne disposions que d'un jour pour juger de nos présélections.


Sans le savoir, nous avons commis une erreur de taille : nous sommes tombés littéralement amoureux de la première maison visitée. Je revois encore la tête de notre agent immobilier en franchissant le seuil de la demeure et de sa remarque amusée : “ Ça va être dur, après...”. De fait, les visites suivantes n'ont pas suscité le même enthousiasme, loin de là.


Mais notre ravissement ne nous a pas empêchés d'être très attentifs à des points capitaux. Sous la houlette de notre agent, nous avons fureté, vérifié, questionné. Les fondations sont-elles saines ? L'isolation est-elle de bonne qualité ? La fenestration est-elle efficace ? Le chauffage est-il gourmand ? Si vous faites confiance au professionnel qui vous accompagne, n'hésitez pas à lui laisser les rênes de la visite. Le nôtre a pensé à une foule de choses qui ne nous serait certainement pas venue à l'esprit.


Le soir même, nous faisions une offre d'achat, tout en prenant soin de l'assujettir d'une condition que je ne saurais trop vous recommander : l'examen d'un inspecteur de maison devait être concluant. Cette précaution nous a coûté 500$, une dépense bien modeste au vu des garanties qu'elle apporte. Vous aurez un rapport complet sur l'état de votre projet et les travaux à prévoir : les bardeaux d'asphalte du toit seront à remplacer dans tant d'années, la législation vous oblige à avoir une rampe d'escalier pour la cave, voici des conseils pour maximiser le drainage autour de la maison, etc... La responsabilité légale de l'inspecteur est engagée si ses conclusions s'avèrent fausses. Par contre, ne vous attendez pas à ce que ce professionnel vous dise si vous faites une bonne affaire. Mais dans notre cas, il eut un regard admiratif qui en disait long...


Pour conclure, sachez fuir les maisons vendues sans “garantie légale”. Trop souvent, il s'agit de biens sur lesquels il existe de gros doutes... Apprenez aussi que le vendeur a une responsabilité de 3 ans sur les vices cachés.


Sur ce, bon magasinage...


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Ce sacré Charlemagne : le rythme scolaire au Québec

Scrogn

Il est 15h18. J'ai machinalement jeté un coup d'oeil à ma montre tout en épluchant les légumes pour le souper. Il ne devrait plus tarder, maintenant. Ben, tiens, qu'est-ce que je disais : Vlan ! Sitôt la porte d'entrée claquée, une voix de fausset me parvient :

“C'est moi, m'man ! Je suis rentré de l'école !”

L'aîné de nos fistons, du haut de ses 6 ans, entreprend de se dévêtir en veillant avec un soin particulier à faire de notre entrée, un véritable champ de bataille.

“Alors, mon chéri, raconte-moi un peu cette journée...”

Le système scolaire public québécois, son calendrier et ses horaires pourront dérouter plus d'un immigrant. Si le rythme peut sembler condensé aux yeux de certains parents fraîchement débarqués, je tiens à vous rassurer : j'y ai survécu personnellement et notre rejeton adoré n'a jamais été aussi épanoui.

La rentrée scolaire s'effectue fin août et nous récupérons nos charmants bambins pour les mois estivaux juste avant la Saint Jean-Baptiste, fête nationale du Québec. Ainsi, j'ai pu me débarrasser de mon aîné dès le 28 août et je sais qu'il me faudra le gérer durant de longues semaines d'été à partir du 23 juin.

Les vacances scolaires sont bien moins fréquentes et longues qu'en France. Si mes souvenirs sont exacts, nous avions des congés de plusieurs jours toutes les mois et demi, dans l'Hexagone. Ici, votre progéniture devra se contenter de quinze jours à Noël, d'une semaine dans les environs du mois de mars, et d'une quinzaine de journées saupoudrées ça et là. Avec un peu de chance, une bonne tempête de neige empêchera les écoles d'ouvrir leurs portes et vos enfants bénéficieront d'un jour de congé supplémentaire (mais non moins prévu par les calendriers scolaires sous le terme étrange et rigolo de “journées pédagogiques flottantes”). Je vous imagine déjà vous apitoyer sur l'état futur d'épuisement de vos chères têtes blondes (ou brunes, ou rousses, ou noires). Mais consolez-vous. Ils sont pleins de ressources.

Concernant la semaine d'école, oubliez les crises d'angoisse pour trouver une nounou les mercredis et le réveil-matin hurlant aux aurores, les samedis matins. Les élèves ont cours du lundi au vendredi. Entre nous, c'est nettement plus pratique pour organiser les fins de semaine...

La cour de récréation se peuple gentiment à partir de 7h45, heure à laquelle des surveillants frappent le pavé pour accueillir les hordes de “ti-pits” bien mieux éveillés que les adultes. À 8 heures, la cloche résonne. Vous pouvez respirer, les moufflets entrent en classe, jusqu'à environ 11h30.

Durant la pause du midi, de nombreux établissements scolaires proposent des activités gratuites ou payantes, qu'elles soient sportives ou culturelles. Il faut dire que beaucoup d'enfants restent sur place pour dîner (déjeuner, pour les transatlantiques). Il est donc judicieux d'occuper tout ce petit monde en attendant la reprise des cours de l'après-midi.

Si un service de cantine peut être offert dans certaines école, la formule “boîte à lunch” a de beaux jours devant elle. Vous préparez avec amour le repas de votre rejeton et vous l'empaquetez avec soin (le repas, pas le rejeton. Quoi qu'en hiver...). Le midi, votre petit ou petite pourra savourer vos délicieux plats-maison. Personnellement, cette façon de procéder me convient tout à fait. Bien sûr, je dois préparer conjointement le souper de soir et le dîner du lendemain, mais au moins, je suis certaine que ma tribu n'aura pas à manger deux fois la même chose dans la journée.

Les cours reprennent vers 13 heures pour se terminer dans les alentours de 15 heures. Si vous faites partie des parents qui travaillent, un service de garde peut se charger de surveiller la prunelle de vos yeux, tout en donnant quelquefois, la possibilité d'avoir recours aux aides aux devoirs.

Mon fiston, quant à lui, rentre directement à la maison. Il m'arrive de surveiller son retour par la fenêtre, juste pour avoir le plaisir de le voir noyé dans la marée d'enfants remontant notre rue. Les grands veillent sur les plus jeunes, avec l'appui bienveillant des hommes et femmes affublés de panneau “arrêt” qui font traverser la marmaille aux carrefours stratégiques. Vous habitez loin de l'école ? Pas de panique ! Les fameux autobus scolaires, d'un flamboyant jaune-orangé prendront en charge vos trésors, quasiment au seuil de votre porte.

Avant qu'il s'attelle à ses devoirs, mon aîné me narre (vaguement, il faut bien le reconnaître) sa journée. Pourtant, avec ses trois heures de sport, son heure de danse et son heure d'anglais par semaine, sans compter ses cours de lecture, d'écriture, de mathématiques et ses activités libres, il avait de la matière. Mais il souhaite garder son petit jardin secret maintenant qu'il est un grand de première année. Et honnêtement, j'ai mes légumes à finir d'éplucher...

Voilà ce que je pouvais dire sur le rythme scolaire d'icitte. Toutefois, il est possible d'observer de légères différences selon les commissions scolaires.

J'espère que vos enfants, tout comme le mien, se sentiront bien dans leur école. Et ils n'apprendront pas l'histoire de France. Ça tombe bien, on y est pas.

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Le travail, c’est la santé, surtout pour un informaticien !

Scrogn

Alors, bonjour, mesdames, mesdemoiselles et messieurs. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir le truculent Guinness lequel est français, résident permanent au Québec depuis dix-huit mois et qui travaille dans une grosse compagnie informatique depuis plus d'un an à Montréal. Alors dites-nous tout : comment étaient les relations de travail en France ?

Les relations de travail en France étaient très bonnes avec mes collègues mais détestables avec une partie de mon management. Je m'explique sur ce dernier point. Dans mon travail, j'ai deux lignes de management : celle avec laquelle je travaille et ma ligne hiérarchique.
Au niveau des managers avec lesquels je travaillais, cela s'est quasiment toujours très bien passé.
Avec ma ligne hiérarchique on va dire que cela a été plus spécial. Les remarques du type "si tu n'es pas content, va voir ailleurs", je ne les ai pas comptées. Il est vrai qu'oser évoquer une idée d'augmentation salariale tous les 3 ans, j'abusais un peu... D'autant qu'ils n'avaient pas la moindre idée de la nature ou de ma charge de travail.

Question : Qu'est-ce qui vous empêchait d'aller voir ailleurs, en France ? Vous aviez de l'expérience et vos diplômes étaient flatteurs, que diable !

Réponse : Je dirais qu'au final, c'est ce que j'ai fait. Avec vous d'ailleurs... mais de l'autre coté de l'Atlantique. Mais revenons à la situation en France : dans mon secteur (l'informatique), le marché du travail est très concentré sur la région parisienne. Ayant eu l'opportunité de travailler en province, il devenait très dur “d'aller voir ailleurs” sans retourner sur Paris.
De plus, et cela même dans la capitale, le marché de l'emploi est très peu dynamique (en tout cas, par rapport à ce que l'on peut vivre à Montréal). Et cela, les manager le savent et en abusent.

Question : Et du coté des relations avec les supérieurs ? Plus hiérarchisées ou plus informelles ?

Réponse : Quel changement ! Pour commencer, nous parlons d'égal à égal. Même si chacun de nous sait que l'autre est son chef/collaborateur, la relation est plus souple, plus humaine, tout en restant extrêmement professionnelle.
Une anecdote : en un an et demi, je me suis fait rabrouer une seule fois par mon supérieur. Mais quelle fois ! J'avais pris une demi-journée pour accompagner notre plus jeune fils aux urgences. Je ne comptais pas me faire payer cette matinée. Qu'est-ce que j'ai pris quand mon manager l'a su : "ton fils est malade, tu t'absentes, c'est normal. Tu n'as jamais pris de congé maladie, donc tu seras payé !"

Question : Vous avez beaucoup de chance, c'est tout...

Réponse : Je me rend bien compte que la pénurie dans le secteur informatique joue en ma faveur. Mais quand même, j'ai la nette impression que les relations sont ici plus simples. En France, il fallait en permanence paraitre concentré (con et centré sur soi-même). Nous en avions d'ailleurs parlé longuement avec votre père, ma chère Scrogn, et il semblait,
tout comme vous, persuadé que l'environnement de travail ici me conviendrait beaucoup mieux. Je dois avouer que cela dépasse toutes mes espérances. Par contre, ce qui est valable pour moi peut ne pas l'être pour un autre.

Question : En un mot, vous vous sentez plus en phase, ici ?

Réponse : On m'a souvent reproché en France de rester souriant même dans des situations difficiles. Ici, c'est plutôt une qualité puisqu'on montre que malgré tout, on reste maître de la situation, on la contrôle plus qu'elle nous contrôle.

Question : La question qui fâche : les immigrants sont-ils toujours sous-payés ?

Réponse : Que n'avais-je lu sur le sujet ! Bon, il est vrai que mon salaire francais était assez bas (au vu de ma job, s'entend), que j'avais dejà 9 ans d'expérience et que ma branche d'activité marche très bien icitte. Mais sans négociation, on m'a proposé 20% de plus que mon salaire français, tout cela un mois et demi après notre arrivée sur le sol québécois...

Question : Ceci avec beaucoup plus de responsabilités ?

Réponse : Ben, pas vraiment, ma grande. Pour m'assurer une bonne intégration, j'ai accepté un poste avec moins de responsabilités que celui que j'avais en France. J'espérais, après avoir fait mes preuves durant un ou deux ans, pouvoir retrouver le même niveau de responsabilité. Complètement raté ! Au bout d'à peine trois mois, je dépassais mon poste francais en trombe, et aujourd'hui, on me confie des responsabilités dont je n'aurai même pas rêvées en France.

D'ailleurs, je ne suis pas vraiment sûr d'en avoir voulu dans l'Hexagone. Comme me l'a dit récemment un ancien collègue québécois qui travaille en France depuis 10 ans : " En France, si tu aimes travailler, on va en profiter et en profiter, au Québec, on va en profiter et te soutenir".

Question : En bref, c'est le paradis, mon vieux ?

Réponse : Pas du tout, ma poule ! Vous savez bien que le paradis sur terre n'existe pas. Pas mal d'éléments ont joué pour que je me sente bien dans ma job icitte : je partais de bien bas en France, le secteur d'activité dans lequel je travaille marche très bien, j'étais bien préparé. Malgré cela, il n'y a pas que des points positifs.
Commençons par la charge de travail. Le bon côté, c'est que, si on fait ses preuves (et cela peut être très rapide), on se voit confier plus de responsabilités. Mais cela entraîne une charge de travail substantielle. J'ai récemment enchaîné quelques mois à plus de 50 heures semaines... Par contre, il y a une réelle prévention du "Burn Out" (épuisement professionnel) et j'ai parlé plusieurs fois de ce risque avec mon management au vu de ma charge de travail.

Ensuite la sécurité de l'emploi, ce n'est pas vraiment le genre de la maison. On peut se retrouver sans job en très peu de temps. Bizarrement, alors que cela m'angoissait en France, ici je me dis juste que je n'aurai qu'à aller travailler ailleurs. Bien sûr, si la situation se met à péricliter dans mon secteur d'activité, cela ne sera pas si simple... Mais je pourrai toujours trouver une ou deux jobs alimentaires en attendant des jours meilleurs.

Question : Vous sortez d'une grande école d'ingénieurs en France, vieille branche. Parlez-nous un peu de l'ordre des ingénieurs, ici.

Réponse : Bon, Mémère, je dois avouer à ma grande honte que je n'y suis pas encore inscrit (dans l'informatique, ce n'est pas un Must). Mais je vais me servir de l'expérience d'un de mes camarades de promotion, installé à Québec depuis 5 ans. Notre école est reconnu par le CTI (Commission de Titres d'Ingénieurs) en France, et au vu des accord entre cette commission et l'OIQ, il nous suffit de déposer un dossier et de passer un examen d'éthique dans les affaires pour y entrer. Ce dernier point me parait assez sain. En effet, puisqu'ici un ingénieur appose sa signature sur des documents techniques, il serait un peu étrange qu'il puisse le faire sans avoir connaissance des règles locales, non ?

On parle souvent de la quasi-xénophobie de l'OIQ. J'ai une petite histoire amusante à ce sujet. Mon manager, pur québécois, a fait ses études au Québec, dans une université dont le diplôme n'était pas encore reconnu par l'OIQ.
Lorsque cela fut fait, il avait terminé ses études et pensait pouvoir y adhérer. Raté, la reconnaissance n'était pas rétroactive et il a dû passer une série d'examens techniques pour pouvoir rentre dans l'ordre. Une sorte de phobie vis-vis des québécois, certainement.

Question : En conclusion, retourneriez-vous travailler en France, grand fou ?

Réponse : JAMAIS !!!

Ah ! On verra. Je pense que tout est dit. Merci beaucoup pour cette entrevue. Nous nous retrouverons peut-être un jour pour parler d'autre chose...

JAMAIS !!!!

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Monsieur René, mon professeur de français à la québécoise

Scrogn

Les souvenirs sont autant de petites souris dans le grenier de ma sale caboche. Ça grouille entre mes murs, ça trifouille dans mes fils électriques, ça ne dort que d’un oeil dans un recoin de mon isolation, et surtout, ça fait des petits.




Celui qui est venu parfois me chatouiller la mémoire, c’est cette affirmation trop souvent lue à mon goût : le Québec a un niveau déplorable en matière d’éducation, notamment en français. Les poils de ma réminiscence se sont dressés. Pis drette là, à part de ça. Voyons voir...




D’aussi loin que je me souvienne, et selon mes proches, j’ai toujours été une incorrigible bavarde. Si mes gros jambonneaux ont appris à me faire tenir debout fort tard, ma langue fut, hélas ! diablement précoce. J’ai hurlé, bavouillé, vocalisé, babillé, jacassé, papoté, placoté (dans l’ordre) à m’en faire exploser la glotte. Des légions de tympans y ont laissé des plumes. J’ai vite compris, qu’il n’était point dans mon intérêt d’assassiner mon public par voie orale. Un moyen beaucoup plus pernicieux me tendait les bras. L’écriture...




Aussi, ai-je appris avec une relative facilité mon alphabet icitte (t’en souviens-tu, Maman, de mon apprentissage des voyelles ? Je clamais haut et fort un beau “AAAA”, et ce que tu prenais pour un “EEEE”, n’était qu’un “euhhhhh” tâtonnant...). J’ai découvert avec délices les consonnes, puis les syllabes. J’ai affronté l’orthographe et j’ai croisé le fer avec la grammaire, dans l’arène essentiellement publique de mes écoles québécoises. Je me suis jetée à corps perdu dans cette bataille. À coups de moyens mnémotechniques, à coups de règles stratégiquement apprises par coeur, à coups de pages de dictionnaire, à coups de tonnes de livres dévorés, j’ai peut-être remporté certaines batailles, mais pas toutes. Ça, non. Et surtout, je n’ai pas gagné la guerre. Ça, encore moins. Ma langue, c’est comme une récompense : il faut la mériter. Et tous les jours, s’il-vous-plaît.




Mais dans mon combat, je n’était pas seule. J’ai été guidée, stimulée, poussée, encouragée par mon entourage. Voilà. Le terme est lâché. Mon entourage... Cette nébuleuse est peuplée de personnages disparates qui forment un “tout” uniforme. Ce “tout” est une pizza toute-garnie. Mais j’ai horreur de trier :j’ai gardé le bon et ce que je n’ai pas aimé. Ce “tout” fait partie de ma vie. Mieux, ce “tout” a fait ce que je suis.




Des professeurs par exemple. Non pas que j’ai aimé tous ceux québécois, non pas que j’ai détesté tous ceux français. Mais il en est un d’icitte qui m’a bien eu. Et qui doit en rire encore. Un sacré personnage. Jugez-en plutôt...






Monsieur René (vous me pardonnerez de ne point dévoiler son nom de famille) aurait eu sa place au “Super Bowl”. Pas dans les gradins. Sur le terrain... Car, sous son costume veston-cravate-pantalon, il donnait l’impression d’avoir perpétuellement greffée sur le torse, la panoplie parfaite d’un joueur de football (“football américain” pour les non-canadiens), tant ses épaules étaient larges.  Mais ce qui me frappa le plus chez ce colosse, ce n’était pas tant sa stature incroyable mais sa figure. Figurez-vous que cet homme possédait ce petit quelque chose qui allait définitivement ravir la mordue de littérature que j’étais et que je demeure. Sa tête ! Un chef-d’oeuvre sorti tout droit de mes lectures de l’époque. Monsieur René avait la tête idéale du “Hercule Poirot” que je m’étais façonnée. L’assemblage “corps/tête” pourrait paraître incongru. Il me ravit. Qui peut se vanter d’avoir eu un tel  personnage de roman comme professeur ?




Monsieur René... Une chevelure sombre et aussi plate que les règle de grammaire, dont la disposition parfaite semblait braver toute les lois physiques de notre redoutable blizzard hivernal.  Une sublime moustache cirée avec soin, dont les fières pointes nous embrochaient l’esprit. Un regard qui parlait. Un regard redoutable. Un regard surprenant. Monsieur René n’élevait jamais la voix. Ses yeux, si. Vous pensiez que son attention était éteinte, derrière ses verres à peine fumés, et vous receviez des éclairs. Vous vous croyiez à l’abri de la foudre et vous la receviez par un seul clin d’oeil. Même les éléments les plus perturbateurs de ma classe l’avaient compris. À la place d’un “hey !” (traduisible selon la langue du pays)  pour le moins bovin, un silence gêné allait lamentablement à l’assaut du regard si expressif de notre professeur... et bien sûr perdait devant ce dernier.




J’aurais dû me méfier. Il n’en fût rien.




A cette époque, j’avais eu la mauvaise idée de briller en volley-ball. Ma professeure d’éducation physique en fût sidérée. Je ne fis pas mieux. Aussi, me suis-je retrouvée capitaine d’équipe, brisant ainsi la longue, longue, longue coutume qui me laissait, misérable, sur le banc des joueurs et assistant pour la énième fois à une conversation des plus cruelles :




- Prends-la, c’est moi qui me suis dévoué, la dernière fois !




- Hey ! Minute ! Mon équipe est déjà plus faible que la tienne !




Cette fois-ci, je tenais les rênes avec une volonté de revanche féroce. Mon équipe pulvérisait les autres à la grande inquiétude de ma professeure de sport. Pour rééquilibrer les forces, elle fût mon adversaire. Je ne pense pas avoir été aussi proche d’elle que lors de ce smash, au sommet du filet. Mon majeur de la main droite ne résista pas à notre combat.




Cette fracture m’ouvrait un boulevard, que dis-je, une véritable autoroute de paresse. Plus de prise de note, plus de devoir, plus d’interrogation. La belle vie, quoi !




À ma grande honte, je dois vous avouer que j’en ai usé voire abusé...  Certains professeurs en furent dupes. Hélas ( et heureusement), pas Monsieur René.






Ainsi, à la fin d’un cours, il me retint et nous eûmes une conversation orale et par les cils.




- Tu ne m’as pas rendu le travail de rédaction que j’avais demandé. Tu sais ? L’histoire que vous deviez inventer ? (Et ça me déçoit)




- C’est que je ne peux pas écrire à cause de ma fracture. (Une bonne excuse, non ?)




- Je comprends bien. C’est arrivé quand, au juste ? (N’en sois pas si sûre)




- Euh... Avant-hier, mardi. (Effectivement. Je sens que je me piège moi-même)




- Ce travail est programmé depuis deux semaines. Tu devais me le rendre hier, mercredi. ( Je connais déjà ta réponse. Je suis un enseignant qui a de l’expérience)




- Euh... J’avais fait un brouillon, mais je n’ai pas pu le mettre au propre. (Je m’enfonce, non ?)




- Vraiment ? Bien ! Alors, dicte-moi ton travail de mémoire... (Voyons voir jusqu’où tu vas aller...)




- D’accord... ( Je relève le défi ! Mais ai-je le choix ?)




- Mettons-nous au travail, dans ce cas (Non, tu n’as pas le choix. Mais cette situation nous amuse, n’est-ce pas ?)




Je me suis alors lancée dans la plus grand improvisation de ma vie. Les yeux de Monsieur René n’ont pas cessé de rire à gorge déployée (?) durant toute ma prestation. De manière tacite, il donnait la permission d’inventer, de créer, de rêver... Je venais de comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une langue mais d’une formidable musique dans laquelle chaque note compte. J’ai saisi que les règles si arides de notre langue étaient autant de bijoux sur notre francophonie. Je me suis sentie riche, si riche...




Quelques jours après, Monsieur René m’alpaguait, l’air de rien. Un concours était lancé par un ministère quelconque. Il fallait rédiger une nouvelle sur le braconnage. Le braconnage ? Je n’y connaissais rien. “Et tu n’avais absolument pas préparé ton dernier devoir en français”, me télégraphia son regard.




Je ne sais pas s’il a appris les résultats de ce concours. Une chose est sûre c’est que, s’il en a eu connaissance, ses lunettes ont rigolé. Il avait gagné.




« On ne force pas une curiosité, on l'éveille. » a dit Daniel Pennac. Mon professeur, lui, l’a provoquée, à l’instar d’autres enseignants que j’ai eu au Québec. Des noms et des visages me frappent de plein fouet. N’ayez crainte, je ne vous ai pas oubliés.  Je sais ce que je vous dois, à vous tous, chers fantômes du passé qui guidez mes pas du présent et dictez mes chansons d’aujourd’hui.




Quant à vous, Monsieur René, je ne vous l’ai peut-être pas dit à l’époque mais aujourd’hui, je vous l’écris : merci. Merci pour ça... Merci pour tout...


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Un an après notre retour/immigration (deuxième partie)

Scrogn

Un an après notre retour/immigration (deuxième partie): réponse à ta (tes) chanson(s), écrite à deux mains et demi



(Deux mains et demi ??? Eh ! Oh ! Puisque c'est comme ça, je vais intervenir, comme d'habitude en italique, mon Guinness ! Signé : Ta Scrogn )



Pour les rares qui ne l'auraient pas lu, cette chronique fait suite à la dernière de ma douce moitié.



Panache blanc, panache blanc, c'est vite dit ! Je suis là, en plein aéroport Dorval,(Bon, là c'est de ma faute... Mais sache qu'il semblerait qu'on appelle cet endroit tout plein d'avions : Aéroport Pierre Elliot Trudeau ou “Aréoport Ti-Pet”) à pousser nos 200 kg de bagages (et moi,tout le reste), mon visa validé en poche, mais je n'en mène pas large. Il y a deux jours encore, j'avais un CDI dans une grosse boîte bleue informatique, nous avions une grande maison avec un immense jardin, une magnifique voiture . Non, là, je plaisante. Une Ford Mondeo Turbo Diesel, n'a jamais fait rêver personne.



Et en ce jour, nous avons parcouru plus de 5 000 km. Je n'ai pas de travail et nous allons nous entasser joyeusement dans un logement trois fois plus petit que celui que nous venons de quitter (donc, trois fois moins de ménage). Génial ! Dans quelle galère nous ai-je embarqués, toi, nos deux affreux et demi, et moi... Ben, je suis largement responsable itou !



Revenons un peu en arrière (juste 7 ans, mais promis cela ne sera pas long). Le Québec nous titillait déjà. Tu y avais passé plus de 14 ans, et j'ai toujours voulu vivre une expérience à l'étranger, sans jamais penser avoir le courage de sauter le pas. En plus, nous ne sommes pas vraiment prêts. Tu avais peur de ne pas retrouver le pays que tu avais connu et peur d'en retomber amoureuse si nous y allions en voyage (qui a dit que c'est compliqué une femme ? ). Tandis que moi, une opportunité à Bordeaux me permet d'éviter le grand saut dans le vide.



Durant 4-5ans, le Québec n'est plus qu'un vieux projet qui ne verra jamais le jour. Notre vie se construisait : bébé, maison, re-bébé, amis, (et la Ford Mondeo ?) ... Mais la France nous faisait mal : point de salut hors de la “K-pitale” pour évoluer professionnellement, salaire en berne, un peu de ci, beaucoup de ça, chialage incessant. En bref, un vieux projet refait surface : il faut que l'on parte au Québec. Ici nous allons devenir aigris et chialeux (enfin... encore plus aigris et chialeux).



Tu le sais, chez moi, c'est de prendre la décision qui est le plus long, mais une fois que cela est fait, rien ne me fera dévier de mon (notre) objectif. Pouhahahaha !!! Non... Excuse-moi... Continue.



Les choses se mettent en place. Tu préfères que je fasse une demande de résidence permanente plutôt que de me parrainer. Cela te prouvera que je veux vraiment partir. De mon côté, cela me rassure en quelque sorte. Le Québec validera le fait que je vais pouvoir m'intégrer.


Bon, je ne vais pas m'égarer dans tous les détails de l'immigration que la plupart d'entre vous connaissent et qui n'en sont que la partie « facile » d'une telle aventure.



Passons directement (sans passer par la case « Départ », et sans toucher vingt milles dollars) de l'autre côté de la petite flaque atlantique, plus précisément du point de vue de l'intégration. Tu m'as à maintes reprises demandé comment elle se passait. Ma réponse a été invariable : « je n'en ai aucune idée !!! ». Je n'ai pas eu l'impression de m'intégrer ou de devoir m'intégrer, tout s'est fait naturellement. Dès le premier jour, Montréal a été ma ville, sans la connaître. Comme si nous nous étions adopté mutuellement. Il en a été de même avec les montréalais qui ont bien toléré mon accent du “Plato” et mon humour à deux euros ( Primo, nous sommes icitte, faque les euros, on oublie. Deuxio, ton humour me semble pas mal trop payé). Quelquefois, en réalisant que nous étions à Montréal, loin du pays qui m'a vu grandir, j'ai eu une étrange sensation de chute libre intérieure (voleur d'images débiles ! Ça vient de moé c't'affaire !), quelque chose de vraiment bizarre et angoissant, mais bon, cela ne durait que quelques dizaines de secondes.



Bien sûr, un des éléments fondamentaux de l'intégration réside dans le travail. Mais avant cela, nous avions un adorable affreux/bébé à pondre (enfin, pour la ponte, c'est surtout ta job - Mets-en !). Et, pour fêter dignement notre un mois de retour/arrivée à Montréal, il s'est décidé (enfin ! ) à montrer le bout de son nez (et le reste tant qu'il y était), nous reléguant par la même occasion dans le salon de notre logement. Ah, ce mois et demi passé avec le matelas au milieu du salon ! Un souvenir féérique...



Revenons à nos moutons, enfin plutôt à ma job... Enfin, celle que je dois trouver... Enfin, celle que je vais trouver... Enfin, tu vois ce que je veux dire. Mon statut d'ingénieur dans une grosse société bleue en France m'avait permis d'entrer en contact avec un recruteur de cette même boîte icitte. D'ailleurs, la tête qu'il avait fait lorsque je lui ai dit au téléphone (Oui ! Moi, je vois la tête des gens au téléphone, et alors ? Arrête un peu de me couper ! Mais je n'ai rien dit là ! Je me contente de savourer !) que j'allais venir le voir en décembre, quelques mois avant notre arrivée (onze milles kilomètres pour un rendez-vous d'une heure ?!? Je te reconnais bien là, grand fou !). Mais bon, ce n'était en aucun cas la garantie d'un emploi...



Et cela se confirma. Durant un mois et demi, les envois de CV et les entrevues (dont six dans la grosse boîte bleue) se sont succédés sans succès. Jusqu'à cet appel du recruteur que je tannais depuis bientôt neuf mois (j'appris un peu plus tard qu'il avait tout fait pour me trouver un poste) qui niaisa si longtemps sur la question salariale, à tel point que tu pensais qu'il allait me proposer un salaire indigent. Bon... Vingt pour cent de plus qu'en France, c'est pas pire, surtout pour un poste avec des responsabilités moindres.



Mais là, aucune inquiétude (enfin si, mais infondée comme je l'ai vite appris), les discussions avec ton géniteur (mon pôpa !) m'avaient bien préparé (entres autres) à l'évolution professionnelle à la québécoise. Et je ne fus pas déçu : en moins de un an, je suis passé d'assistant chef de projet, à chef de projet sur des projets de quelques dizaines de milliers dollars (un mois après), à des projets de plusieurs millions de dollars aujourd'hui. Même, si on est prévenu, cela fait drôle, en tout cas un sacré changement par rapport à la France. Bien sûr, et tu le sais, toi qui supportes trop souvent mes soirées à travailler à tes cotés, cela ne va pas sans quelques inconvénients et on a vite fait de se retrouver avec pas mal de travail. Et non, nous ne sommes pas au pays des Teletubbies (d'ailleurs, si j'ai bien repéré le chien baveur et chat miauleur à la maison, aucune trace de Dipsy, ni de Dinky-Winky, ni même de Lala, si tu les caches, tu le fais à merveille - Euh... Il t'en manque un...).



Par contre, la notion "travailler plus pour gagner plus" qui, dans notre mère patrie fait lever le coeur (et le poing) de tout syndicaliste normalement constitué, est ici une réalité (en tout cas, où je travaille, et jusqu'à un certain échelon), ce qui, avoue-le, nous arrange bien pour nos multiples projets d'aménagement de notre maison.



Ah! Cette maison (je suis en super forme pour les transitions aujourd'hui) ! Je me souviens du soir de février 2006 où tu me l'as montrée en photos sur le web. Elle t'avait plu mais tu n'osais pas me le dire, persuadée que ce ne serait pas le cas pour moi : raté ! Mais, nous étions encore à deux mois du grand départ, et sans source de revenu à notre arrivée...



Lorsque j'ai trouvé du travail, nous avons immédiatement planifié une journée de visites de maison, (pour le fun) en commençant par celle-là (par chance, elle était encore en vente). Une très mauvaise idée. Nous n'avons même pas vraiment vu les autres, juste parcouru. Mais celle qui nous plaisait depuis tant de semaine... Hélas! La vente de notre vieux coup de coeur se faisait le soir même. En rentrant, l'âme en peine, dans notre petit duplex du Mile-End, le coup de folie a pris le pas sur le coup de coeur : nous faisons une offre ! Te rappelles-tu l'après-midi qui a suivi ? « De toutes façon, c'est trop tard, elle est quasiment vendue », « Ben, au moins, on aura essayé ». Et l'appel de notre agent immobilier le soir même : « cela vous dérange d'acheter d'ici quatre semaines ? » - « Glups ! Ben, euh, on peut acheter une maison en 4 semaines ? » - « Oui, bien sûr » - « Ben, tu as ta réponse alors ! ».



Pour résumer, après à peine un mois et demi de notre retour/arrivée ici, nous avions déjà des revenus supérieurs à ceux que l'on avait en France et une maison encore plus belle !!!



Bon, je vais m'arrêter là, je n'ai vraiment pas ton talent épistolaire et je vais éviter de te faire perdre trop de lecteurs pour ta prochaine chronique (je pense, au contraire que tu as raté l'une de tes vocations... Mais je n'ai pas corrigé toutes tes fautes ni toutes les miennes...)



Je t'aime et je ne te remercierai jamais assez de nous avoir donné le courage de changer de vie.(promis, cette phrase restera entre nous, mon amour !) Ici, nous avons trouvé notre place et personne ne nous en délogera (Comme lors de notre rencontre, je te demanderai d'attendre un peu avant de t'engager... Oups ! Ça fait dix ans que nous sommes mariés ...) !


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Un an après notre retour

Scrogn

Un an après notre retour/immigration : une chanson à réponse


C'est moi qui démarre, Guinness, si tu le permets. De toute manière, tu as des restes charmants de galanterie et ton texte n'était pas prêt.


Il y a plus d'un an, voici ce que je vivais (version courte, j'ai pitié de toi, mon beau mari.. mais je l'aime bien, ce texte... et c'était tellement ce que je ressentais) :


“Bizarre comme le hasard fait bien les choses, des fois... Je suis à peine installée dans la voiture de location, ce 26 avril 2006, qu'une chanson envahie l'habitacle... Pas n'importe quelle chanson...Ariane Moffat semble chantonner mon vécu : “je reviens à Montréal, la tête gonflée de nuages”... Je ferme les yeux et je revois tout...
Je me revois contempler, le coeur serré, les yeux embués, le peu de poussière qui reste de notre vie en France, à moi (la québécoise), à lui (le français), à nos enfants (panachés), en me disant qu'il s'en fallut de peu pour que nous la secouions de nos sandales. Mais il reste nos amis, qu'on a l'impression d'abandonner lâchement mais dont l'affection indéfectible nous a porté dans nos projets... Je me revois caresser machinalement le petit être tapie dans mes flancs, comme pour le rassurer sur notre avenir. “Tout ira bien, tout ira bien”. Mais à qui m'adressais-je ?
Puis cette soirée d'adieux chez nos copains, dignement arrosée du fruit de la vigne et du travail des hommes . Ces silences au beau milieu des rires, lorsque la nostalgie profite lâchement de la marée montante des souvenirs. Ô Temps ! Suspends ton vol... Cette nuit presque blanche, ce petit déjeuner pris à la va-vite, le copain qui embarque le mari, et nos bagages dans une fourgonnette déglinguée.
- Vous me retrouvez à l'aéroport à midi, sans faute, hein ?
Comme si j'allais arriver en retard pour notre nouvelle vie, pour le retour à MA vie...
La copine qui se désole toute seule devant ses placards : “je n'ai rien pour vous faire un pique-nique...” T'inquiète, va ! Les séparations de ce type ont tendance à vous combler l'estomac en délestant un peu notre vie.
Je revois, dans la hall de l'aéroport, le regard suspicieux de la digne représentante de notre compagnie aérienne, qui darde mon nombril et me demande : “C'est pour bientôt ?” C'est dingue ce que j'ai envie de répondre en regardant ma montre “J'sais pas, deux ou trois heures...”, juste pour entendre l'éclat de rire de ma cohorte... Mais non, voyons... L'heure est grave. J'arbore mon sourire le plus niaiseux qui soit, en déclarant , faussement ingénue : “ Dans 2 mois !”. Ah, ben v'là que je me rajeunis de 3 semaines...
Et puis vient ce moment que je redoutais tant, baigné par un torrent de larmes que mon engueulade intérieure ne peut réprimer... L'amie s'éloigne, les épaules trop affaissées à mon goût. J'ai encore raté ma sortie...
Pour être franche, notre voyage m'a laissé que peu de souvenirs, juste ce petit goût salé d'embruns lacrymaux aux coins des lèvres et l'inévitable bêtise perpétrée par les affreux, grâce à une collation donnée par une hôtesse inconsciente... Ce goûter dont une partie finira sur le sol, une dans l'estomac jamais rassasié de nos deux petits monstres, et la dernière enfoncée dans les anciens cendriers des fauteuils, au nom de la science. (“je peux mettre ça là, maman ?”-“non, tu ne peux pas.”- scroutch !-“ben si ! Regarde, je peux : ça rentre !”). Il était écrit que j'allais passer le reste du vol, les mains crispées sur ces foutus cendriers, afin de cacher l'irréparable outrage aux yeux de l'hôtesse....La fin du vol approche. Je me tords le cou pour apercevoir au travers du hublot, le paysage tant espéré. Et là, comme mus par une bonté soudaine, les nuages s'écartent pour m'offrir une vue magnifique de l'Oratoire Saint-Joseph. “Bonjour, me revoilà, comme promis...” A la tête ahurie de mes voisins, je comprends que des larmes coulent le long de mes joues. Je profite lâchement du dernier passage de l'hôtesse pour m'essuyer sur sa jupe. Je pense mettre mise à dos toute cette profession. Définitivement.
Enfin, on se retrouve dans le hall de l'aéroport. Ma copine d'enfance doit être là, à m'attendre depuis des heures. La pauvre... Je lui avais pourtant bien dit que nous serions retardés par les formalités... Mais elle, avec son entêtement si touchant, n'avait eu de cesse de me répéter : “Je veux vous voir atterrir”.
Je la reconnais immédiatement. Elle m'avait fait l'amitié de ne pas changer après toutes ces années. Je referme mes bras autour de son cou et j'enfouie mon visage dans ses cheveux pour cacher une nouvelle fontaine de larmes. Bigre ! Je ne pensais pas qu'il m'en resterait après tous ces épanchements. Je suis pleine de “re-sources”...
Elle part avec mon français de mari pour récupérer les clés de notre véhicule de location.
Je reste plantée là avec les enfants, mon gros bide et mon sac à main bourré de papiers officiels. Je tends l'oreille pour me replonger dans la musique de mon enfance. J'ai presque envie de m'y noyer, tant je suis ivre de bonheur et de fatigue.
Mais enfin, au loin, je repère le dos large et rassurant de mon homme. “Ralliez-vous à mon panache blanc”, disait l'autre. Aussi je me mets à pourfendre la foule, le ventre en prou, notre survie en bandoulière et les deux enfants en remorque. Hardi, les gars ! Souquez ferme ! Nous arriverons bientôt à bon port...chez nous...


En format original, je rentre à Montréal...”


Dis, tu te souviens ? Moi, je me souviens... Et même, en titi...


Mais en fait je t'ai menti. Le panache blanc, c'est moi qui l'avais et qui allais, sans aucune pudeur, te l'agiter sous le nez. Enfin, ce vocable “panache” me chiffonne comme un début de rhume. Mettons qu'il s'agissait d'un vague mouchoir détrempé (tu sais que j'ai la larme facile, hein ? ). Car, comme nous n'étions qu'au début de notre aventure en famille dans ma Belle Province, j'ai préféré, à l'époque, tout mettre sur tes épaules, mon homme. Ça tombe bien, tu as le dos large, comme je le disais.


Seulement, un peu plus d'un an après, qu'en est-il ? Zatse ze kouèchtionne, en bon français...


Nous avons eu notre troisième affreux, tu as eu du travail, nous avons acheté une maison. Nous nous sommes tous épanouis, avec des opportunités incroyables. Faut croire que sept ans de préparation consciente ou inconsciente, ça fait son homme... ou une gang au complet. Inutile de m'étaler dessus, mon petit doigt me dit que tu le feras... et mieux que moi.


Que moi ? Et moi, justement ? Mon drôle de statut de “née-en-France/arrivée-bébé-icitte/repartie-lors-de-l'âge-ingrat-en France/ puis-reviendue-dans-le-coin” a suscité des réactions perplexes, amusées et bourrées d'une sympathique curiosité de la part de mes concitoyens fleurdelisés.


“ Alors, ce retour ? Pas trop dur ? Tout a changé, non?”. Ben non. Désolée... Mais si, quand même... Désolée.


Vois-tu, lumière de mes jours, cauchemar de mes nuits (t'ai-je déjà dit que tes ronflements auraient de quoi faire verdir de jalousie le moindre paquebot en traversée, par temps de brouillard ?)... Vois-tu, dis-je, je pense avoir un parallèle à effectuer (et toi, en délire, de scander “ oui, une image idiote ! Oui, une image idiote !”). Je m'exécute d'autant plus aisément que c'est tout ce que j'ai sous le clavier.


En revenant de France, j'ai eu cette impression bizarre de revenir d'un voyage d'affaire. Tu sais que durant ma vie professionnelle, j'ai toujours eu horreur de ces déplacements. Mais tu sais aussi que j'y ai beaucoup appris. Et entre deux coup de blues au sujet de mon chez moi, j'ai drôlement rigolé, surtout en Bretagne, berceau rustique de mes ancêtres. Après tout, je pense avoir une chance incroyable d'avoir séjourné en France. Qui sait ? Si j'étais restée ici, il est fort probable que j'aurai eu ce regret, celui de ne pas connaître le pays qui m'a vu naître. Et je suis sûre que je n'aurai jamais eu le courage d'y vivre, une fois l'âge adulte échu. Car je suis dotée d'un solide sens de l'inconscience, mais de courage, c'est une autre paire de manches... Mon épopée semble m'avoir mis les points sur les i. La France n'était pas faite pour moi, et je n'étais pas faite pour elle. Un exil de plusieurs années ? Y'a un peu de ça. Depuis hier soir, un petit bout de poésie me fait de l'oeil :


BagagesHeureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !




(Joachim DU BELLAY)



Bon, tu me diras que mes parents sont en France, avec un petit air narquois. Je te répondrai que, pour ce qui est d'en être revenue pleine d'usage et raison, ta Scrogn aurait intérêt à repartir une couple d'années pour atteindre l'objectif.


Voilà donc résumé mon séjour dans l'hexagone. Dans ma sacoche, j'y ai quand même rapporté toi et nos affreux. Pas pire, non ?


Dès mon retour de ce fameux “voyage d'affaires”, j'ai fait comme tout propriétaire ou locataire digne de ce nom. J'ai fait le tour des pièces de mon chez moi pour voir si rien n'avait été cassé ou volé , si les dates de péremption n'étaient pas dépassées dans mon frigo, s'il n'y avait pas eu de fuite d'eau dans mon dos, si mes plantes avaient bien poussé et pour enfin soulager ma pauvre boîte aux lettres de ce paquet de factures en souffrance, de journaux orphelins, de lettres d'amis. Et tout ça au pas de charge. Je revois encore ta mine affolée, me suppliant de ralentir un peu pour le bébé à naître (puis né), et de ne pas vous laisser derrière moi sur le seuil de ma porte. Dame ! J'avais tant d'années à rattraper, moi !


En reprenant mon souffle, j'ai compris que ma Belle Province de maison, son âme et son cachet, malgré tous les changements que le temps y a apportés, étaient toujours les mêmes. Je m'étais tant préparée à trouver un pays qu'il m'aurait fallu ré-apprivoiser que j'ai failli passer à côté d'une évidence : en fait, je n'étais jamais complètement partie d'ici. Durant toute ces années, j'avais surveillé mon Québec du coin des cils et j'y avais laissé un petit bout de coeur. Juste au cas où...


Ce n'est pas très pratico-pratique, ce que je te raconte, là. Même, c'est limite un peu gnangnan. Que veux-tu. Je n'ai pas d'autres mots pour décrire mon retour, pour expliquer que j'ai repris ma vie au Québec, presque là où je l'avais laissée. J'ai remis le magnétoscope en route. Et même si j'ai raté un peu de film, je pense en comprendre l'intrigue.


Mais il me reste encore à faire du ménage dans mes valises et farfouiller avec entrain dans plein de placards de mon pays. De quoi m'occuper un bon bout'.


A la réflexion, j'aurais pu choisir une autre chanson pour illustrer mon retour icitte, en cette journée pluvieuse et glaciale du 26 avril 2006. Une de ces ritournelles souvent fredonnées par mes parents, tsé ? D'ailleurs, tu la connais itou. J'ai du te tanner à mort avec cette oeuvre de Jean-Pierre Ferland :



Je rapporte avec mes bagages
Un goût qui m'était étranger
Moitié dompté, moitié sauvage

C'est l'amour de mon potager


Fais du feu dans la cheminée

Je reviens chez nous
S'il fait du soleil à Paris

Il en fait partout


Fais du feu dans la cheminée

Je rentre chez moi
Et si l'hiver est trop buté

On hivernera



Je reviens chez nous”

paroles et musique: Jean-Pierre Ferland




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Vous et le Québec : le couple infernal ?

Scrogn

Cette bafouille ne sera pas longue... Bon d'accord, vous en avez l'habitude, inutile de ricaner , j'ai l'ouïe fine quand ça m'arrange.


Nous allons fêter cette année, nos dix ans de mariage, Guinness et moi. Dix ans de vie commune entre une franco-québécoise (enfin, surtout québécoise !) et un français tout court... Une paille pour certains, un miracle pour d'autres. Je suis sidérée de voir que mon homme est toujours amoureux de moi, alors qu'au début de notre fréquentation, je ne lui donnais pas trois mois pour déguerpir, horrifié. Et je suis émerveillée de me surprendre, encore quelquefois, à l'attendre avec impatience, le soir, les mains moites et les pieds “poites” (surtout s'il ne reste plus de lait dans le réfrigérateur).


Je devine votre air vaguement ennuyé (car vous êtes poli) devant mon sentimentalisme soudain. Aucun rapport avec l'immigration au Québec ? Pas si sûr.


Car , voyez-vous, s'il est un exercice dans lequel j'excelle, c'est bien celui des images hasardeuses mais qui résument à-peu près ma pensée.


Nos 2 passeports Partons donc du postulat suivant : l'immigration, c'est un peu comme un mariage à l'occidental, dans sa forme la plus traditionnelle qui soit ,et, disons-le, un tantinet désuet (mais si excitante). Nous avons donc (et si possible dans l'ordre) : la rencontre, les fiançailles, la cérémonie et la vie commune (parce, à l'envers, ça fait un peu brouillon).


La rencontre :


Un jour, vous avez croisé le regard de la belle (Province). Et, ma foi, qu'il s'agisse d'un coup de foudre ou d'un long cheminement, vous sentez que vous souhaitez faire un bout de chemin (voire votre vie entière ) avec elle. Aussi, vous apprenez à la connaître et vous ne ratez pas une occasion pour la rencontrer, d'une manière ou d'une autre. Elle vous émerveille de plus en plus, elle correspond à votre idéal. Vous voilà amoureux. Et puis (grand fou, va !), vous lui faites votre demande (de CSQ) en bonne et due forme avec une bague de fiançailles (à son ordre). Mais la belle va-t-elle dire “oui” ?


Les fiançailles :


Elle veut bien de vous. Et en toute logique, vous enfilez vos gants couleur “beurre frais” et vous allez demander la main de votre douce à futur Beau-Papa-Fédéral. Vous tremblez. Le bonhomme veut des renseignements sur vous. Dame ! L'affaire est sérieuse ! Etes-vous quelqu'un de bien ? Comptez-vous travailler ou vivre à ses crochets ? En un mot comme en cent, serez-vous bon mari, bon père et bon gendre ? Tout comme votre fiancée l'a fait, votre beaux-parents chercheront à vous jauger. Vous devrez passer une visite médicale avant le mariage, selon les lois. Les bans seront publiés, pour éviter tout cas de polygamie.


La cérémonie :


Vous vous êtes attelés tous deux à préparer le grand jour. Que d'énergie dépensée ! Que d'impatience ! Que de papiers !


Enfin, ce grand moment, que vous avez tant attendu, arrive. Derrière un guichet d'immigration, à l'aéroport, l'agent (d'état civil) tamponne votre visa. Vous êtes officiellement marié au Québec. Et vous connaissez vos obligations. Vous en êtes tout ému parce que, quelque part, vous êtes d'un romantisme touchant. Vous devinez que vos parents pleurent (surtout Môman), que vos amis vous regrettent déjà et qu'ils ne comprennent pas toujours votre choix.... Mais vous êtes prêt (en principe) de fonder votre propre foyer, votre propre famille. Tous les deux êtes conscients de votre engagement. Vous l'avez choisi librement et si vous envisagez votre futur avec une certaine appréhension (bien légitime), vous vous dites que vous avez pris la bonne décision. Vous vous êtes préparé avec soin à un petit chamboulement dans votre vie et êtes prêt pour votre grande aventure : la vie conjugale...


La vie commune :


Les vraies chose débutent (et c'est là qu'on commence à rigoler). Vous emménagez dans le logement de votre belle. Gentiment, elle vous a prévu un grand espace pour que vous y mettiez vos petites affaires. Pas question de remettre en question la totalité de sa façon de vivre, n'est-ce pas ? Après tout, vous êtes chez elle, et vous êtes bien élevé, n'est-ce pas ? Pas question de lui rappeler de façon idiote que Môman fait comme ci, comme ça, ad nauseam, n'est-ce pas ? Figurez-vous qu'elle avait aussi une vie avant de vous connaître et que, ma foi, elle ne s'en sortait pas si mal que ça... et sans vous... (je sais, ça fait mal).


La vie à deux s'organise donc autour de concessions. Bien sûr, votre Belle n'est pas parfaite. Ça tombe bien, vous êtes très loin de l'être itou. Elle a des défauts qui vous énervent, vous avez des travers qui l'horripilent. Il paraît qu'on appelle ça l'égalité, dans un couple. Le tout est de faire des quoi ?...Des quoi ?... Oui, vous avez raison : des efforts!!! Le bonheur n'est pas toujours gratuit. Faut croire que, pour partie, il se travaille...


Peut-être qu'un jour, elle mettra au monde un zoli bébé gazouillant. Vous ne serez peut-être pas dans la salle d'accouchement-élections, cette fois-ci mais qu'importe. Vous trouverez le moyen de vous rattraper la prochaine fois et de toute manière, vous aurez un rôle important auprès de l'enfant-politique.


Et puis, un matin, vous allez vous réveiller dans la routine. Et vous en serez satisfait. Non pas que vous n'aurez plus rien à faire, mais vous avez acquis une certaine sérénité, une certaine sécurité. Vous savez maintenant ce qu'il faut faire pour votre bonheur... Le vôtre, à tous les deux...


Soyez donc heureux, et surtout travaillez-y. La vie de couple n'est pas rose tous les jours, mais elle vaut le coup. Parole de (vieille) mariée ! Pour terminer cette bafouille sans prétention et forcément incomplète, je voudrais juste préciser un petit truc, pour mon Guinness : “ Mon amour, je sais que les dix ans de mariage sont symbolisés par l'étain. Mais entre nous, je préfère les diamants...”



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État d’urgences

Scrogn

Si vous êtes un parent normalement constitué et que votre petit dernier âgé de quelques mois se met à faire “cough, cough”, ne finit plus ses biberons (alors qu'il est surnommé le “Terminator des tétines”), et que la fontanelle “bébéique” vous fait une dépression nerveuse, pas de doute, vous pressentez que votre soirée sera longue, longue, longue aux urgences (et longue, j'ai failli oublié).

C'est en tant que véritable vétéran de la prise d'assaut des hôpitaux et des services de santé que je m'en vais placoter aujourd'hui. Voui, voui “vétéran” (ou vétérane, pour faire plaisir aux féministes de tous poils). En moins d'un an, j'ai peaufiné ma grossesse, pondu une merveille du monde en plus, fait vacciner les deux plus grands, survécu à une attaque sournoise de gastro-entérite format familial, fait face à un problème “scrognique” de santé, froncé le sourcil devant une plagiocéphalie, dégoté l'orthèse crânienne qui va bien avec et surtout, surtout ! affronté les deux bronchiolites de notre dernier-né, celles-là même qui nous ont amenés à fréquenter des services d'urgence.

Un enfant aussi jeune est extrêmement fragile. Et son état de santé a la fâcheuse tendance à se dégrader plus vite que son ombre. Aussi, le “cough, cough” du rejeton ressemble à s'y méprendre à une sirène d'ambulance dans votre cervelle parentale. Direction l'hôpital. Voui, je veux bien, mais lequel ?

Si vous habitez Montréal et ses environs, deux scénarios sont possibles : soit vous optez pour l'hôpital généraliste le plus près de votre domicile, soit vous choisissez la référence pour les enfants malades, à savoir Sainte-Justine. Puisque nous adorons la nouveauté et l'aventure, nous avons testé, pour vous, chers lecteurs, les deux systèmes. Non mais, qu'est-ce qu'on est sympas, tout de même...

Première option : l'hôpital général du coin . Mauvaise et bonne idée. Le personnel y est professionnel, indubitablement. Mais le caractère généraliste de l'endroit propulse le pédiatre dans la catégorie des denrées rares.

Pour la faire courte, je dirais que Monsieur Bébé a été ausculté assez rapidement. Dans mon souvenir, interminable fut l'attente de la deuxième visite du médecin (ah ben, v'là que je cause comme Maître Yoda astheure), celle où l'on reçoit le feu vert pour rentrer chez nous...

Une heure puis deux heures s'écoulent lentement, lentement. Et toujours pas de toubib à l'horizon...

Un petit biberon nous aiderait bien à patienter. Malheureusement, celui que j'avais pris avec nous a déjà bien entamé sa digestion dans l'estomac du petit monstre siffleur. Pas de problème, l'hôpital a prévu ce genre d'urgence alimentaire. Une infirmière nous propose même plusieurs marques de lait maternel. Pour fêter ça, nous choisissons la plus chère. C'est ma tournée !

Finalement, au bout de trois heures bien tassées, nous revoyions le pédiatre qui nous laisse repartir avec une ordonnance. Avec un petit rire fort gêné, il nous avoue à demi-mot qu'il nous avait un peu oubliés. Aaaaaaarrrggghhh !!!

Un coup d'oeil à la montre nous apprend que nous avons passé huit heures à l'hôpital. Mouais... Peu mieux faire... Mais l'affreux va bien maintenant. C'est le principal, non ?

Deuxième option : l'hôpital Sainte-Justine. Quelques minutes après notre arrivée, nous enregistrons notre petit malade puis nous nous dirigeons, résignés comme de vieux grognards durant la campagne de Russie, vers la salle d'attente. Salle qui en général porte bien son nom... Mais, circonstance atténuante, celle-ci est généreusement dotée d'une télévision. Alléluia ! On va pouvoir continuer à s'abrutir.

Sauf que nous n'avons pas le temps de goûter au moelleux des sièges. Déjà le micro émet des “heu...heu..”. Tiens, c'est déjà pour nous ? C'est que nous commençons à avoir l'habitude de voir le prénom de notre moufflet susciter des affres de prononciation et joyeusement massacré, grâce à sa terminaison en “oy” (comme dans Geoffroy, par exemple). Alors, doit-on prononcer “oi” ou “oille” ? Bref, nous faisons cesser la torture de la pauvre infirmière en nous approchant du comptoir. Notre instinct ne nous avait pas trompés. C'était bien à nous...

Direction le triage. La salle est moderne et informatisée. Une infirmière entre tout les symptômes de l'affreux sur un ordinateur, ce qui va déterminer la priorité de notre cas.

C'est bon, nous pouvons retourner en salle d'attente pour savourer trois ou quatre cents fois le journal télévisé ? Que nenni. Nous sommes conduits dans une petite chambre avec un lit pour le petit et un beau fauteuil pour son parent. C'est ici que je vais attendre minimum cinq heures avant de voir un médecin, tout ceci sans télévision (j'ai bien songé à démonter celle de la salle d'attente, mais je n'avais pas ma boîte à outil...) ? Pas de problème. Nous avions apporté une partie de notre bibliothèque (les seize volumes de “Jalna”). On se carapace de patience.

... Quoi ?! On vient encore nous déranger ? On ne peut jamais être tranquille ?.. Ah, ben c'est la pédiatre qui vient nous voir (moins de trois quart d'heure après notre arrivée !). Quelques “glou, glou”, “pshitt, pshitt” et “hum, hum” plus tard, nous tenons enfin entre nos petits doigts fébriles le précieux sésame pour regagner enfin notre foyer douillet et nos chaussons confortables. Verdict : moins de quatre heures en tout, soins et période d'observation inclus. Pas pire...

Que ce dernier récit nous vous berce pas d'illusions. Il existe une formule mathématique bien connue des québécois, qui s'applique aux urgences : plus vous êtes grand, moins vous êtes agonisant, plus votre patience sera mise à rude épreuve... et pas qu'un peu... D'où votre nom dans ces moments-là : vous serez un “PATIENT”. Aussi, avant de prendre racine dans une salle d'attente bourrée de malades avec leurs microbes variés, réfléchissez bien.

Qui a fait “cough, cough” ?

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Éducation sentimentale: Québec versus France

Scrogn

“Je vous demande pardon ?”

Si la maîtresse de notre fils aîné n'a pas compris le message que je tentais de lui transmettre grâce à ma mâchoire qui raclait le lino de la classe, je ne sais pas ce qu'il lui fallait. De la stupéfaction à l'état pur. Du grand art. Une de mes grandes spécialités. En fait, c'est une figure que je maîtrise à merveille avec le double lutz piqué suivi du double axel de ma fourchette enveloppée soigneusement de salade, ladite laitue qui décide de se déplier (traîtresse) et de m'exploser à la figure, durant les repas d'affaires, entraînant ainsi son bourreau fourchu dans son ballet aérien....

Je vous replante le décor. Nous sommes en France, quelque part dans le sud-ouest. Nous sommes en hiver. En gros, fait humide et je dégouline de partout. C'est fou ce qu'on se sent en position pour polémiquer, dans ce cas. Or, la maîtresse de maternelle de notre petit bonhomme âgé de 3 ans à l'époque , vient de me retenir après la classe. Bigre, ça à l'air sérieux. Qu'a-t-il fait ? Lui ? Rien. C'est moi le problème. Moi, la mauvaise mère qui s'obstine à refiler à son rejeton un fruit ( vous vous rendez compte : un fruit !) pour le goûter du matin.

“Je vous disais, Madame, que vous êtes la seule à le faire. Les autres parents donnent des gâteaux ou des bonbons. Il vous faudrait donc songer à passer à autre chose...”

Et comme si ça ne suffisait pas, la maîtresse m'apprend que l'année d'avant, les bambins avaient un roulement de goûter : un jour, fruit (soupir de soulagement), un jour fromage (un peu perplexe), un jour charcuterie (aaarrrgghhh !).

“Donc, si je comprends bien, je dois satisfaire à la mode ambiante, au détriment de la santé de mon garçon ? Vous n'envisagez pas une sensibilisation, au moins de vos élèves,sinon des parents de ceux-ci sur l'importance de bien se nourrir ?”

“Non, on n'est pas là pour ça...”

Au moins, c'était clair. J'ai bien essayé de faire part de ma perplexité devant de telles habitudes aux autres parents d'élèves, puisque je faisais partie de leurs représentants, mais on me fit comprendre très, très rapidement que je ferais mieux de m'aligner. Inutile de vous préciser que j'ai persisté (et signé), avec une rare jubilation, à donner des fruits pour la collation de mon affreux... Après tout, nous étions dans le pays des droits de l'homme.

Je ne m'appesantirai pas sur ce qui n'est, après tout, qu'un détail diététique. Seulement, nous eûmes une belle surprise en inscrivant notre fils aîné à la maternelle ici, dans l'Amérique du Nord, royaume de la mal-bouffe. Les parents ont l'obligation, selon le règlement que nous dûmes signer, de mettre dans le sac de leur progéniture QUE des fruits ou des légumes... Étonnant, non ?

De même, nous avons eu ce qui ressemblait à un furieux fou-rire, lors de la journée de présentation de l'équipe pédagogique à Montréal. Imaginez... Notre fiston, en France, tutoyait à tour de bras les adultes qu'il rencontrait dans son école, les appelant par leur prénom, corps enseignant en tête, et selon leurs directives. De quoi anéantir dans le cerveau de nos petits toute velléité d'apprentissage de la deuxième personne du pluriel et de rayer de la carte scolaire l'usage du “Monsieur” et du “Madame”... Je sais, j'exagère. Quoi que...

A Montréal, du moins dans l'école publique que fréquente notre Crapulet, les enfants ont l'obligation de vouvoyer tout ce qui ressemble de près ou de loin à des individus à deux pattes post-pubères et d'utiliser le titre adéquat. Oui, oui : ici, au Québec... Le gag.

Loin de moi l'idée de vous soutenir que toutes les écoles françaises sont ainsi. Mais, jusqu'ici, nous préférons largement l'approche québécoise et nous ne regrettons absolument pas d'avoir opté pour l'établissement public de notre quartier. J'ai fréquenté le système éducatif québécois jusqu'à la fin de mon secondaire 3, pour mon plus grand plaisir et mon plein épanouissement. Pour les sceptiques, je tiens à signaler que malgré le décalage dans les programmes scolaires évidents entre la France et le Canada, mes études dans l'hexagone se sont déroulées sans redoublement, sans échec aux examens, y compris à l'Université de Droit. En gros, j'ai eu une scolarité honorable (pas vrai, Pôpa et Môman ?). Pour une victime de l'enseignement québécois, réputé défaillant par certains immigrants, c'est pas pire, non ?

Évidemment, certains d'entre vous trouverons du dernier ridicule d'entendre la maîtresse d'ici minauder toutes les 5 minutes : “Alors, les petits amis.” “Allons-y, les petits amis.”“ Faites attention, les petits amis.” C'est vrai, ça ne fait pas Victor Hugo. Mais quelque part, je ne suis pas contre. J'ai même une théorie fumeuse à ce sujet, élaborée ce matin en épluchant frénétiquement quelques légumes. J'ai remarqué que nos petits monstres, à défaut d'être sages comme des images, témoignaient d'un certain respect et d'un respect certain entre eux ici, alors qu'en France, nous eûmes à déplorer de véritables passages à tabac, orchestrés par des gamins de trois ans... Oui, vous avez bien lu : trois ans. Dans notre école de quartier, qui n'est pourtant pas hautement select, nous n'avons pas vu de pareilles preuves de violence, alors même que les élèves, durant les récréations, sont tous, de la maternelle à la sixième, lâchés dans la même cour.

Pourquoi cette différence ? Dans l'hexagone, l'institutrice apostrophait son troupeau à coup de... ben, à coup de rien justement... Elle n'utilisait que les prénoms. C'est individualisant. On ne fait pas partie d'un groupe. Tandis que l'utilisation du “petits amis”, établit un lien social entre les enfants, crée un esprit de communauté. De plus, les plus âgés se voient très vite confiés des responsabilités à l'égard de leurs cadets. On apprend aux plus petits d'aller voir un “grand”, pour les aider à régler un problème. C'est ce qui contribue, à mon avis, à former une sorte de cohésion sociale, à l'échelle de nos enfants. Quand je vous disais que ma théorie était fumeuse... Mais, j'en connais un qui en a élaboré de pires. Un certain Sigmund F....

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Un singe en hiver

Scrogn

Un singe en hiver (ou la première vraie journée d’hiver d’un français)


 Je vous préviens tout de suite ; cette bafouille fut écrite à quatre mains (ou plutôt, à deux claviers). Car, j’ai l’insigne (ou l’infime) honneur de vous présenter mon Guinness à moi, mon mari, mon pouxxx, le papa de mes affreux (ils ont de qui tenir), le français fraîchement (c’est le cas de le dire, à l’heure où je tapote ces quelques mots) débarqué dans mon pays.


Nous sommes connus, fiancés, mariés en France. Dès les premières secondes de notre relation, le Québec papillonnait au-dessus de nos têtes, l’air de rien, à cause de moi. Pour ceux qui n’auraient pas suivi notre grossesse et notre accouchement du retour/immigration, je les invite cordialement à lire ma bafouille au sujet de notre profil un peu bizarre (“lettre à mes petits-enfants”). Cela m’évitera d`être “pas drôle” deux fois...


Je lui cède la parole... (t’inquiète, Guinness, j’ai corrigé certaines phôte d’aurtaugraffe que même moi, je n’aurais osées faire...) Et j’ai restitué la réalité en italique...


Écrit le 15 janvier 2007 :



Bon, (excellent début !)

Je pense que nous l'admettrons tous, aujourd'hui fut notre première vraie journée d'hiver sur Montréal (oui, j'écris "sur" et pas "à", j’suis parisien, et alors ? Et en plus, il s’en vante...). Il faisait frette et la marde blanche était de sortie.



Dès l'arrivée au travail, le nouvel immigrant français est traqué. Il a beau essayer de se faufiler discrètement dans son bureau (exercice difficile dans un open space et vu la taille de la bête ), ils sont là, ils l'attendent, le guettent...

... et dès qu'il est repéré, cela fuse :

"Alors, la voilà, la neige !"

"Oh, mais tu as acheté un beau manteau d'hiver !"

"Pfff, ce n'est même pas une tempête. Tu verras lorsque tu ne distingueras plus le building en face"

"Attend demain, il fera -25 " (De quoi ? Degré Celsius ou degré Fahrenheit ?) et j'en passe...



Mais qui sont ces "Ils" ? (Oui, qui sont-ils ? On se le demande...)

Ce sont ceux qui, la veille même, étaient encore de charmants collègues et qui aujourd’hui, se transforment en prédateurs à l'affût du moindre frissonnement, de la moindre faille dans votre armure "anti-froid". (et que dire de “l’épouse aimante” qui se mue en mante religieuse goguenarde)

"Ils", ce sont les québécois bien sûr, mais aussi l'immigré polonais, la libanaise, la gang d'italiens. Même le togolais et la béninoise s'y mettent ! (Bigre ! Il bosse à l’ONU ou quoi ?)



Heureusement, vous dites-vous, la solidarité française va jouer à plein, eh bien... (je n’ai jamais rien dit de tel...)

... même pas ! Ce sont même les pires.(qu’est-ce que je disais ?) Vous savez ? Vos compatriotes, issues de la même mère patrie (ou plutôt mère "partie" ouais ! Bande de traîtres !). Petit extrait vécu à la fontaine à eau : (c’était pas à la machine à café ?)


La québécoise : "Alors, cette journée d'hiver ?'

Moi : "Super, mais il ne fait pas assez froid"

La québécoise : "Mais, tu n'es jamais content"

La française : "Ben  non ! Il est français !"



Bon, je vous passe le reste de la journée.., du même acabit...



Arrive le soir, le temps de retrouver son doux et chaud foyer, son épouse aimante (c’est moi, ça ?), ses enfants adorables (tu ne passes pas tes journées avec, et ça se voit !), son fidèle chien (fidèle à sa gamelle, oui !), son adorable petit chat (qui perd ses poils, même en hiver) ET, sa pelle à neige...

Et bien, oui, une journée d'hivers sans séance de pelletage, ce n'est pas une vrai journée d'hiver (et je m'y connais !). Ici, ils en ont même fait un sport ! Comment chérie ? le curling n'a rien à voir avec le pelletage? Ah OK, je le note... (Mais, j’ai rien dit, moé !) Bon, y’a encore du boulot.



Me voilà donc dehors, fier comme un bar-tabac (je ne suis pas sûre de la justesse de ton expression, là...), avec ma belle pelle à neige Rona (on avait dit : pas de publicité gratuite !) et mes deux assistants, avec leur pelle itou.


Et là, votre charmant voisin d'en face (celui qui arrive à l'improviste le soir pour boire sa énième bière, enfin surtout la vôtre... nan ! La MIENNE !) se plante sur le trottoir et vous regarde d'un air amusé. Dans les maisons, derrière les vitres, les rideaux bougent. Vous êtes épiés : "Eh, viens donc voir, le français ! Il déneige !- Ah ouais ? Fais voir?  Pfff, y sait même pas faire - Mautadit ! Planque toé ! il nous a vus !". (je faisais partie des “épieurs” et je m’amusais follement !)


Moi, stoïque (et qui a hâte de rentrer dans son bar-tabac ou son foyer, enfin un truc où la température est VIVABLE malgré mon accueil glacial), après avoir fini de bien dégager les allées ( comment cela chérie, la voiture ne passera pas le gros tas de neige d’un mètre que j'ai laissé sur le bord du trottoir ? Mais si, voyons !...Tu verras, demain matin, tiens !), je m'attaque à ce qui sera le clou, l'apothéose, que dis je, le ...le...  (les mots me manquent) de la soirée, j'ai nommé : le bonhomme de neige !


Qui a dit que faire un bonhomme de neige avec de la poudreuse est impossible ? (Moi)


Et bien, il avait raison, un homme plein de sagesse celui-là... (En l’occurrence, c’est UNE FEMME pleine de sagesse)


Bon, notre joli tas de poudreuse surmonté d'un radis (y’avait plus de carotte dans le frigo - Menteur ! T’avais juste la flemme d’aller fouiller dans le fond) achevé, mes deux assistants et moi-même lancions à la foule invisible un dernier regard plein de fierté (tel le coq, les pieds dans la marde blanche). Nous rentrons ensuite dans notre doux foyer pour soigner nos engelures, lumbagos et autres courbatures... (Ben voyons... Il est mourant, comme d’habitude...)J'ADORE L'HIVER ICITTE !!!

(Quoi chérie ? On en reparlera dans 4-5 ans, pourquoi ?..) (Nan, j’ai dit “l’année prochaine”...)


 Signé : Guinness


 Je reprends le contrôle de ma bafouille pour vous rassurer : les affreux n’ont rien... Quant à Guinness :


Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc.

C’est un bonhomme de neige avec une pipe en bois,

un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.


Il arrive au village.

Voyant de la lumière,

le voilà rassuré.


Dans une petite maison, il entre sans frapper

et pour se réchauffer

s’assoit sur le poêle rouge

et d’un coup disparaît,

ne laissant que sa pipe au milieu d’une flaque d’eau,

ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau...


 Jacques Prévert


(Chanson pour les enfants - L’hiver)


 Et promis, la prochaine fois, ma chronique sera plus sérieuse.


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Caste-tête Voilà, je me suis réfugiée dans la cuisine

Scrogn

'Caste-tête'

Voilà, je me suis réfugiée dans la cuisine. Seule. Enfin seule. Mais pas pour longtemps. La lumière est pourtant éteinte, mais il en faut beaucoup plus pour les berner. Je le sais mais je tente de gagner du temps, pitoyablement. Ils seront peut-être désorientés. Ils ne connaissent pas encore mes cachettes... Alors, je tente d'en profiter. Il faut que je vous dise certaines choses. Je dois me dépêcher et faire court...Car ils vont bientôt venir. Ils vont me retrouver. Je le sens, je le sais. Bientôt, il sera trop tard pour vous parler. Ils approchent, ils arrivent, ils sont là...
'À la tienne, ma grande ! !'
'À la tienne aussi, mon vieux ! Et 'tchin', ma vieille !'
Argh ! Qu'est-ce que je vous disais ! Voilà ce que c'est de recevoir ses meilleurs potes d'outre-flaque.

Seulement, et en toute logique, nous n'aurions jamais du nous connaître. C'est que nous ne jouons pas dans la même cour... D'ailleurs, ce n'est pas une cour qu'ils ont, c'est presque un parc avec une sublime maison plantée au milieu (enfin, pas vraiment au milieu, mais on ne va pas commencer à chipoter...). Chez nous, c'était plutôt de l'élevage de mauvaises herbes à gogo (ma seule réussite à l'heure actuelle en termes d'espaces verts sans le faire exprès et très jaune à cause de la sécheresse, ma p'tite dame). Vous voyez ce que je veux dire ?

Non ? Bon, je vous la refait (mais c'est bien parce que c'est vous). J'ai grandi au Québec en force (et pas toujours en sagesse), puis j'ai atterri en France à 15 ans pour découvrir un système social tout à fait différent et fort troublant pour moi... Aujourd'hui, de retour au Québec, la différence me parait encore plus flagrante. Ici, dans la Belle Province, le principe de caste n'est pas autant prépondérant. Je m'explique...

Notre point de chute (aïe) lors de notre retour en France était situé à l'ombre d'une célèbre cathédrale et baigné d'un breuvage alcoolisé à bulles, dans une ville dont je tairais le nom, de peur que vous la reconnaissiez. Je fus scolarisée dans un collège privé (de tout) où la première question qu'on me posa porta tout naturellement sur la profession de mon père. Comme celui-ci n'était pas propriétaire de vignes à bubulle et s'obstinait à ne pas vouloir travailler dans le domaine viticole, je fus classée dans la catégorie 'pas intéressante'. Ainsi, lors des récréations, nous étions, moi et d'autres handicapés de la vie sociale, priés de rester entre nous, dans notre cour des miracles. Ce fut ma première (et non des moindres) confrontation avec le système de castes.

Inutile de vous dire que ça m'a fait tout drôle. Parce qu'icite, on se moque de tout ce fatras. Un directeur général peut avoir comme meilleur chum un employé de dépanneur. Ça ne choque personne. Le compte en banque n'entre pas non plus dans les critères de sélection. Les études sont un détail insignifiant. On se plaît ou non. That's it. Et les ordres professionnels, me direz-vous ? Là, je parle d'amitié, pas de d'exercice de métier, que je vous répondrai. Et toc...

Tout mon babillage me rappelle désagréablement une saynète maintes fois vécue en France. A leur décharge (publique), je ne faisais rien qui pouvait aider mes interlocuteurs. Peu après la naissance de notre premier affreux, je dus démissionner de ma place de 'pas-tout-à-fait-agent-de-la-fonction-publique-territoriale' (comprenez, contractuelle, non pas pervenche, juste signataire d'un contrat de 5 ans). Bref, mes journées se calaient en fonction des becquées lactées du moufflet, m'octroyant ainsi l'étiquette de mère au foyer (ceci malgré l'absence obstinée de tout ce qui pouvait ressembler à une cheminée dans notre appartement). Aussi, et régulièrement, lors de rencontre avec d'autres bipèdes de notre espèces, s'ensuivait immanquablement la même scène :
'Et vous faites quoi, dans la vie ?'
C'est à ce moment précis que toute ma naïveté, franchement niaiseuse à force de persister, éclatait dans un feu d'artifice formidable car je répondais franchement et sans fioriture:
'Je m'occupe de notre fils.
Un phénomène étrange se produisait alors : je devenais transparente, à tel point que j'en vins à me demander pourquoi je persistais à être toujours aussi complexée par mes formes... euh... présentes. Je n'existais plus. C'est tout. J'étais reléguée dans les bas-fond du no man's land social. Je lisais comme dans un livre ouvert (parce qu'un livre fermé, c'est quand même moins aisé), la terreur indicible de mon vis-à-vis (à défaut d'être mon égal) de me voir lui narrer avec force détails, les épisodes absolument palpitants du changement de couche ou l'impalpable suspens de l'attente du rototo. Comme si je n'avais que ça à dire... Aussi, je restais là en me demandant si je ne devrais pas me sortir une cigarette, histoire de me donner une contenance, à défaut d'avoir une consistance. Voilà comment je suis devenue fumeuse...

Mais le gag, le vrai, je l'ai vécu ici, dans cette Belle Province, mère-patrie des féministes de tout poil et néanmoins bien épilées. A une de mes voisines et fraîchement amie qui me posait cette satanée fameuse question, je voulus tricher un peu. Sans pose, et sans respirer je lui lançais dans une même phrase, en mâchouillant consciencieusement le début :
'Je m'occupe de nos enfants et j'écris des petites chroniques pour un site internet spécialisé dans l'émigration des francophone en Amérique du Nord.'
'C'est super ! T'as combien d'enfants ? Que des garçons ? Et ils ont quel âge ? C'est pas courant, comme prénoms ça ! C'est français ?'
Et patati, et patata... Et rien sur ma job... Vexée, la Scrogn... Va falloir que je remette au diapason, moé. Mais comme je suis un peu lente...

Ça m'a pris quand même plus de 10 ans pour assimiler le principe des castes à la française. Je pensais que tout ceci, avec l'âge, perdait du poids. Les enfants, entre eux, peuvent être d'une vacherie sans nom, mais après, ça se calme, non ? Et ben, non.

J'ai vécu parmi les plus belles années françaises lors de mes études dans une université bretonne. Nous étions une petite bande de copains dont le mot d'ordre était 'on se bidonne, mais sérieusement'. Nos origines étaient diverses mais on s'en moquait outrageusement. Seulement, notre petit mélange semblait agacer un autre de mes condisciples. Après qu'il eut appris je ne sais comment, qu'on nous avions, lui et moi, certains vagues amis en commun, il m'avait demandé si je savais ce que faisait le père de ma colocataire et néanmoins très bonne copine. Ce petit infatué n'admettait pas que je puisse éprouver de l'amitié pour une fille de plombier (lequel n'avait pas hésité à nous sauver la vie et la chasse d'eau, un dimanche matin). Ce sinistre prétentieux refusait tout mélange et me reprochait d'entacher indirectement sa caste. Incroyable, non ?
On pourrait croire que ce mépris vient d'une certaine classe sociale. Grossière erreur ! Lors de ma période de fonction publique territoriale, je travaillais dans un service doté d'une secrétaire. Un jour que je devais foncer en réunion avec ma chef de service, je demandais bien poliment à cette mégère de l'administration de me mettre au propre un texte truffé de fautes et dont la mise en page aurait fait fuir un gamin de maternelle en mal de gribouillis.
'Non, je ne le ferai pas. C'est hors de question.
'Ah ? Euh... Pourquoi ?'
'Parce que toi, tu as fais des études.
'Ah !... Et c'est de ta faute ?'

Elle songeait à quoi ? Que j'étais devenue une pro de la sténo, une wonder woman de la frappe in subito, une maîtresse du traitement de texte, tout ça grâce à l'opération des saintes études ?

Puis entre nous, les études ne rendent pas intelligent. L'absence d'études non plus. Il semblerait que ça se sache plus ici que dans l'hexagone... De même que de ce côté-ci de la flaque, le patron n'est pas forcément (et par principe), une bête sanguinaire qui bouffe systématiquement de l'employé et de l'ouvrier pendant ses repas. Il y en a même qui sont humains, comme vous et moi. Ah, les salauds !

J'ai du me lever du pied pamphlétaire, ce matin...

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Voisin-Voisine *Bigre, nous nen...

Scrogn

Voisin-Voisine *

Bigre, nous n'en sommes qu'à toute fin octobre, et mon cerveau semble déjà en hibernation... Une poussière d'honnêteté intellectuelle me pousse à vous avouer que mon neurone orphelin, enfant unique et célibataire (bien sous tout rapport, écrire au journal qui transmettra) est constamment en état pour le moins léthargique : en estivation, automnation et printaniation... Quoi ? Vous avez dit 'néologismes' ? Ah, oui....

Bref, j'étais en mode 'hors-service' devant mon écran d'ordinateur, déprimant comme une pleureuse professionnelle lorsque mon salut vint du dehors. Une main tambourine vigoureusement sur la porte d'entrée. Herr toutou (notre dogue allemand) réagit mollement, esquisse un vague mouvement pour se lever son méga-géant coussin moelleux (ah, ben non... Tout compte fait, c'était juste pour s'étirer. Tu parles d'un chien de garde ! À part ses ronflements faisant tressauter ses lourdes babines, on a un peu tendance à l'oublier, c'ti-là...)

Derrière notre porte, une sorcière, deux fantômes, un membre de la secte de Scream (avec un chandail du Canadien - je réfléchirai la prochaine fois que je m'écrierai 'Go, Habs, go !') et une créature de Frankenstein me regardent avec ce que je devine être un sourire. Avant que vous ne vous inquiétiez de ma santé mentale (et je vous remercie de cette délicate attention), je dois vous préciser que nous sommes le 31 du mois d'octobre. Le ballet macabre de l'Halloween vient de commencer.

Tout en distribuant des convocations pour une visite chez le dentiste sous forme de bonbons, je crus sentir vibrer en moi ce qui pourrait ressembler à un début d'idée. Bon sang ! Mais c'est bien sûr ! La voilà, ma prochaine bafouille ! Elle vient tout juste de frapper à l'huis : le voisinage... (tant pis pour ceux qui pensaient que j'allais les entretenir de cette fête d'automne, bien que cette dernière soit la fête du voisinage par excellence !)
Avant d'aller plus loin, permettez-moi d'ouvrir une parenthèse (bonjour les courants d'air). Afin d'éviter toute polémique (qui risquerait de faire naître dans mon esprit un état jouissif homéopathique et sur mes bajoues un rictus qui friserait le sourire ce qui, chez une scrogneugneuse, est déjà énorme !), je tiens à préciser que ce cas précis (le mien) ne constitue absolument pas une vérité universelle. Je suis même prête à reconnaître que j'ai eu une chance incroyable d'un côté de la flaque et une poisse monstrueuse de l'autre bord. Je vous décrirai ce que j'ai le plus observé, ce qui n'en fait pas une réalité d'airain, tout au plus un début d'impression. Je m'en tiendrai à notre vie en maison, puisque mon expérience en 'communauté verticale' est assez limité en Amérique du Nord, expérience qui se mesure péniblement au boisseau de quelques mois. Tout ce que je sais, c'est que dans certains appartements, les murs, plafonds, plancher peuvent être aussi épais que des pelures d'oignons et vous feront pleurer tout pareil à force de participer, bien malgré vous, à la vie de vos riverains.
C'est bon, on peut y aller ? Il serait temps de refermer la parenthèse. C'est que je chauffe, moi, et les nuits sont frettes...
Je vais reprendre mes statistique personnelles (et me faire des copains) : j'ai déménagé une dizaine de fois au Québec et idem en France (ce qui fait si je compte sur mes doigts et mes orteils, une vingtaine de fois dans ma vie de jeune/mi- trentenaire). Jolie moyenne, n'est-il pas ? Donc, des voisins, j'en ai eu, j'en ai vu... et j'en ai entendu.

Une des choses qui m'avait un peu surprise en France, c'est qu'il n'y a presque jamais de visite de bienvenue pour un nouveau voisin. Non pas que je m'attendais aux banderoles, à la fanfare et tout le toutim, mais j'aimais bien lorsque, au Québec, certains de nos voisins (nantis de menues victuailles) venaient se présenter à nous, pauvres naufragés au milieu de nos cartons épars. Evidemment, je ne saurais vous affirmer qu'il s'agissait là d'une démonstration purement philanthropique, vierge de toute curiosité, mais avouez que c'est drôlement agréable de se sentir accueilli par la communauté. Aussi, c'est avec joie que j'ai renoué avec cette sympathique coutume, lors de notre emménagement à Montréal-Est. Bon... Mon cher époux aurait pu passer sous silence notre ville française de départ (réputée pour ses jus de raisin alcoolisés) puisque nous avons hérité, en guise de cadeau de bienvenue, une bouteille de vin canadien (parfaitement infâme mais tellement touchant !).

Le voisinage me paraissait peut-être un peu plus bruyant en France avec cette douce excuse de l'ancienneté et/ou d'une certaine notabilité dans le coin. Pour prendre un exemple (juste un, promis !) concret mais, oh! combien parlant (et c'est le cas de le dire !), lorsque nous habitâmes en région parisienne, nous eûmes un charmant voisin (sourd comme un pot) qui faisait hurler sa télévision toute la journée ainsi qu'une bonne partie de la nuit pour meubler son insomnie, et accessoirement éprouvait un vif plaisir à se chicaner avec sa bonne femme. Une nuit, n'en pouvant plus, nous lui demandâmes de baisser le volume, tant de son téléviseur que de ses cordes vocales. Mal nous en pris. La réponse du-dit tortionnaire de tympans fusa agressivement : 'Et puis quoi encore, tonna-t-il, je suis un ancien conseiller municipal, moi !' Devant une telle logique implacable, nous baissâmes les bras (qui venaient de nous en tomber, justement). Le pire, c'est qu'après une micro-enquête dans notre rue, auprès d'autres voisins (charmants, eux !), ce trublion cacophonique dérangeait tout le monde. Typique, ça : un seul casse-pied pourrit la vie d'une rue entière. Drôle de démocratie où la minorité, si elle n'est visible, est (outrageusement) audible, et impose sa loi. Surtout, ne rien dire... Dame ! Un ancien conseiller municipal ! Il a un 'droit-z-acquis'. Nous en fûmes rendus à lui bourrer (littéralement) sa boîte aux lettres de prospectus vantant l'efficacité des prothèses auditives. Aux dires de nos anciens voisins (qui ont pris le relais depuis notre départ), le cauchemar continue et le massacreur des nuits réparatrices n'a toujours pas compris le message...
Nous vivons présentement dans un quartier qu'on pourrait qualifier de 'populaire'. Nous y avons amarrer notre gang vers la mi-juillet. Et quelle est la meilleure période pour tester la discrétion de vos voisins si ce n'est l'été ? Avec les fenêtres ouvertes, jour et nuit, on a tôt fait d'avoir un aperçu de l'ambiance sonore. Résultat ? Rien. Pas de coup de klaxon pour remercier les hôtes pour le souper tardif, pas de concert techno jusqu'au petit matin, pas de hurlement au clair de lune de commensaux avinés (ou 'abièrés', selon l'usage). Rien. Bien sûr, nous pourrions être amenés à supporter un jour, les débordements d'un nouvel arrivant dans notre quartier, mais j'ai souvenance que c'est bien moins toléré, ici. Le cas échéant, je vous tiendrai au courant (j'en vois quelques uns qui se gaussent d'avance... Oui, oui ! Vous là-bas, dans le fond !)
Forcément, il y a des exceptions. Je n'affirme pas que votre quartier sera totalement peuplé de moines tibétains à l'humour ravageur (!) et à l'amabilité sans faille ! Tenez, du côté tribord de notre pied-à-terre, vit un drôle de spécimen féminin. Notre voisine est aussi aimable qu'une horde déchaînée de portes de prison (c'est vous dire !). Mais, en toute sincérité, je m'en moque éperdument. Elle ne nous dérange jamais. Enfin... Non ! Elle 'm'énarve' comme c'est pas permis. Voui, je vous l'avoue humblement. Lorsque vous achetez une demeure ici, le notaire vous fera une déclaration solennelle concernant votre devoir de bien entretenir votre bien immobilier. Soit. Cela ne nous semblait pas insurmontable. Mais quand vous vous retrouvez à côté d'une maniaque de la propreté... Y'a de quoi sombrer dans un abîme de complexes. Figurez-vous qu'elle lessive les murs extérieurs (oui, vous avez bien lu : extérieurs !) de sa maison plusieurs fois par semaine durant la belle saison et elle ramasse pieusement chaque feuille morte qui a eu l'outrecuidance de choir sur son terrain. Nous attendons l'hiver avec une curiosité dévorante. Ce sont les flocons de neige qui vont déguster ! De quoi forcer le respect, non ? Je n'ose imaginer les cauchemars que nous lui infligeons avec les bicycles insolents de nos affreux qui trônent (les vélos, pas les affreux ! Quoique...) au milieu du jardin.

Tiens, en parlant des affreux, on frappe de nouveau à ma porte. Bon, c'est pas l'tout, mais j'ai un troupeau de monstres à sustenter, moi... (et je dois me faire soigner pour ma parenthèséite aiguë...)

* Voisin-Voisine : titre du premier téléroman français, franchement pitoyable et par là-même extrêmement rigolo, diffusé très tard dans la nuit (ou très tôt, le matin) que tous les noctambules d'une certaine génération connaissent (mais pas moi, puisque je ne sortais jamais en bonne enfant sage que j'étais.)

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Lettre à nos petits-enfants : notre...

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Lettre à nos petits-enfants : notre immigration franco-québécoise

Mes très chers petits enfants,

Lorsque vous tomberez sur ces quelques feuilles... (C'est quoi, des feuilles ? - C'est ce qui tombe des arbres en automne - Mais non, dans l'ancien temps, c'était un support pour écrire... et qui poussait sur les arbres - Ah ! taisez-vous, les morveux ! Grand-M'man va encore s'enfarger dans son histoire) ...Hum, hum !

Je disais donc, lorsque vous tomberez sur quelques mots (ça va, là ?), vous serez peut-être éparpillés aux quatre coins du monde ou, au contraire, vous serez tous agglutinés les uns aux autres, allez savoir. Vous aurez peut-être la bougeotte comme vos arrière-grands-parents, comme vos grands-parents, comme certains de vos parents, sans doute. C'est une histoire de famille, une affaire de génétique, certainement.

Seulement, avec votre grand-père, la donne s'est quand même emmêlé les pinceaux. Vos bisaïeuls découvraient, tous les deux, la Belle Province. On appelle ça l'égalité dans un couple. Pour nous, c'était un peu plus compliqué. J'avais triché, pour ainsi dire, vu que je connaissais le sujet avant même l'examen de l'immigration. Pensez donc ! J'y avais déjà vécu un bon bout de temps ! Tandis que Grand-P'pa... (Grands-Pas ? Comme dans la trilogie de Tolkien ? Dame oui, mon mignon, car il fit un saut prodigieux pour aller de l'autre côté de la flaque, après quelques sautillements en France, mais c'était pour mieux prendre son caribou... ou son élan...). Tandis que Grand-P'pa, lui, il ne connaissait pas grand'chose du Québec. Quoi que, j'exagère. Il avait été largement tanné par vos arrière-grands-parents. Il a même eu droit à une séance surréaliste d'une télé-série de mon enfance : 'Le temps d'une paix' ('Le temps d'une paix ?' Grand-M'man, qu'est-ce ça mange en hiver, c't'affaire-là ? - Hum, hum... Mange donc tes 'tites patates, mon Ti'Coune). Fallait voir son air ahuri tandis que mes parents et moi étions crampés ben raide... Je pensais avoir définitivement assassiné sa curiosité. Que je pensais... Mais c'était sans compter sur l'opiniâtreté de mon bonhomme et ses petites questions traîtresses : Raconte-moi comment c'était, au Québec... Ah ! Ça ! Il m'a bien eu, le 'tit maudit ! L'air de rien, il se renseignait tout en brassant mes entrailles et en ouvrant tout grand les écoutilles de mon coeur...

Dès le début de notre mariage, Grand-P'pa me fit cette promesse solennelle : 'Un jour, je t'emmènerai en vacances au Québec. Tu pourras revoir tous les endroits où tu as vécu'. Mais alors qu'il s'attendait à une explosion de reconnaissance échevelée, un festival de gratitude éperdue, il se heurta à un refus catégorique et aussi sec que du bon saucisson : 'Surtout pas ! ' Il en resta baba, mon pauvre homme. Pis, vu qu'il me restait encore un semblant de pitié, j'ai cru bon de me justifier.

Quand les hommes disent que les femmes sont compliquées comme c'est pas permis, ben ils n'ont pas tout à fait tort. (Si vous répétez ça à Grand-P'pa, je vous coupe les oreilles !). J'avais deux bonnes raisons pour ne pas remettre le début d'un orteil dans mon pays. Non, pas 'bonnes raisons'. Disons deux hypothèses antinomiques. Pis elles se disputaient comme des chats devant une belle minette.
D'abord, j'avais trop peur d'être déçue. Et si la réalité faisait mentir ma mémoire ? Allais-je renoncer à mes doux moments de rêverie ? Les bons souvenirs, c'est comme l'arnica : ça sert pour les coups durs, ça calme, ça apaise, c'est réconfortant. Alors, si tout mon passé enrubanné et pomponné s'effondrait d'un coup... Vous souvenez-vous du jour fatidique où l'on vous a appris que le Père Noël n'existait pas ? (Mais qu'est-ce que vous avez à brailler de même, les morveux ?)

Mais pire encore que d'être désenvoûtée, je ne voulais pas prendre le risque de retomber en amour avec mon pays. J'avais une trouille immense de m'y sentir à nouveau chez moi, avec mes chums et mes gentils fantômes de l'époque. Et si c'était comme je le pensais ? Comment revenir alors en France ? Comment continuer à y vivre ? Déjà que, avec mon maudit caractère, vivre avec moi n'est pas une sinécure (Qui a dit 'oui', hum, hum ?), alors si en plus, je devenais une droguée en manque de sa CAM*, euh... du Québec ! Vous imaginez l'enfer ? (Qui a dit 'non', hum, hum ?).

Bref, je souffrais du syndrome du 'je-me-souviens-mais-je-ne-veux-pas-savoir'.

J'ai tout de même fait une concession. Nous nous sommes rendus, comme à un pèlerinage, à la Délégation Générale du Québec en 1999. (Quoi ! Au siècle dernier ? Au millénaire dernier ? - Hey! Ça va faire, les morveux ! Hum, hum...). On en est ressorti tout chose. Il fallait prendre en considération les légions de 'mais' dont on nous avait abreuvés. Toutefois, avec une bonne préparation, de la prudence et un brin de folie, l'immigration demeurait faisable.

Quelques mois après, nous avons eu une opportunité pour enfin fuir Paris et nous installer à Bordeaux. Mais, de temps en temps, dans nos conversations, le Québec ressurgissait comme une vieille cicatrice qui démange. Mon homme ne semblait pas avoir abandonné l'idée de fouler un jour le sol de ma Belle Province. Tout doucement, j'ai compris qu'en se mariant avec moi, il avait épousé, plus ou moins, mon cher pays. Bien sûr, 'la fiancée' n'était pas parfaite (Oui, tu as raison, mon affreux : Grand-M'man aussi a tout plein de défauts...), mais il avait appris à aimer le Québec à travers et malgré moi, pour ainsi dire.

Moi, je continuais à m'accrocher à mon refus comme une bernique sur son rocher, à freiner des quatre fers (Les berniques ont des fers ? - C'était une image, mon 'tit niaiseux...) et décourager Grand-P'pa ...qui ne se décourageait pas pantoute, lui.

Faut dire que mon entêtement avait un petit quelque chose d'illogique. Mon pays me manquait visiblement et je savais que Grand-P'pa avait toutes les qualités qui, à mon sens, pouvaient faire de son immigration une belle réussite.

À force d'aller à hue et à dia, vos grands-parents ont fait comme les élastiques qu'on lâche brusquement. Chboing ! Ils se sont retrouvés drette au milieu : 'On part ?' - 'Oui, on part' (Dis, Grand-M'man, il ne serait pas plus juste de dire que c'est toi qui as craqué, non ? - Tais-toi, mon morveux, on n'interrompt pas les personnes âgées comme moé, hum, hum !). Il faut dire que la situation professionnelle de mon bonhomme n'était pas franchement au beau fixe. Pire, de nombreux plans sociaux avaient été mis en place, suite aux innombrables délocalisations en Inde ou en Biélorussie et à la centralisation qui en découlait. Déjà, ses supérieurs envisageaient de le renvoyer sur Paris. Quelle horreur ! C'était peut-être la goutte d'eau qui a fait déborder la cuve. Fait que, on s'est dit qu'on avait plus grand'chose à perdre.

J'ai refusé de parrainer mon homme. Il fallait que la procédure parte de lui. C'est par la paperasse que je pouvais mesurer la motivation du chéri. Situation on ne peut plus confortable pour le reste de la tribu puisque les enfants et moi avions la double nationalité. Aussi, Grand-P'pa est-il parti, tout seul comme un grand, dans sa quête du Saint-Graal. Oh ! J'ai quand même suivi sa procédure, mais de loin. Pas une éminence grise, pas un ange gardien, juste une petite veilleuse. Je me souviens encore que c'est moi qui ait reçu la fameuse brune... et qui l'ait ouverte... Ce n'est pas gentil, hein, d'ouvrir les cadeaux des autres ?

On est donc arrivé, toute la gang, à Montréal, le 26 avril 2006, et pis après...

Et pis après ? T'as perdu ta langue, Grand-M'man ? Non, elle n'a pas perdu sa langue, Grand-M'man. Elle s'est perdue tout court, une fois de plus, dans ses souvenirs du passé et dans ceux du futur qu'elle n'a pas encore vécus.

* : CAM (Carte Autobus-Métro) pour la ville de Montréal

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Parlure québécoise : placotons un tit peu...

Scrogn

Parlure québécoise : placotons un 'tit peu

Si j'en crois mes esgourdes (et Dieu sait si la nature m'a copieusement gâtée de ce côté-là), le parler québécois a toujours fait recettes (ou débit, c'est selon) auprès des européens francophones. Pour ne m'en tenir qu'au côté gaulois, il semblerait que notre parlature n'emporte pas l'unanimité. Et c'est tant mieux.

On reproche souvent aux francophones de la belle province d'user, voire d'abuser, de termes anglais et d'expressions n'entrant pas dans la sacro-sainte droite ligne du parti gagadémicien (et consorts). C'est oublier un peu vite que nos dictionnaires (made in l'Hexagone) ont tôt fait d'engouffrer en leur sein des termes tout droit sortis des caves de nos chères banlieues. C'est aussi oublier que le 'frânçais' s'est bel et bien construit en piochant ça et là des vocables de contrées plus ou moins lointaines, tout en radiant purement et simplement certaines tournures pourtant franco-françaises.

Pour en revenir plus précisément à nos moutons, décortiquons ensemble la parlature d'icitte.

Le québécois, si l'on fait abstraction du tronc commun avec la France (car oui, il existe !), est émaillé d'anglicismes, saupoudré de néologismes, parfumé d'ancien 'françois', jonché d'expressions pittoresques. Tout ce petit monde (oui ! 'monde' ! On parle de langue vivante, non ?) s'affronte, s'apprivoise, cohabite et se concubine.

Ainsi, à l'instar de la doulce France, le québécois est allé picorer du côté de ses voisins. À la différence près que nos alentours, ici, sont peuplés d'anglophones alors que l'Hexagone bénéficie non seulement d'une diversité notable en terme de pays frontaliers mais aussi d'un poids considérable vis-à-vis de ces derniers. Bien. Ici, les anglicismes existent, notamment dans le domaine de l'automobile. Aussi, vous pourriez vous sentir complètement perdu dans un garage. C'est vrai. Mais les colons français, au XVII ème siècle ne sont pas arrivés avec dans leur poches un lexique complet sur les futures inventions mécaniques. D'ailleurs, savez-vous comment on dit 'hélicoptère' en breton, pourtant véritable et vénérable langue celtique et non un patois ? Ça se dit 'hélicoptère' (avec l'accent). Et puis, entre nous, les vieux tacots français sont bien souvent pourvue de 'starter'... L'osmose linguistique aurait donc pu être plus grave.

En France, certains régionalismes perdurent. J'entends par là qu'il subsiste encore des petites poches d'irréductibles (pas seulement bretons) qui utilisent au quotidien des expressions propres à leur région. Changez de coin, et vous changerez un peu de lexique. Pour prendre un exemple concret, l'ordre des repas 'déjeuner-dîner-souper' se pratique encore aujourd'hui dans la région de Besançon, entre autre. En France, c'est une exception : Paris a gagné. Au Québec, c'est une généralité. A l'extrême, nous pourrions dire que la Belle Province, en véritable creuset de régionalismes du vieux continent, a réussi le tour de force de fédérer toutes ces expressions éparses dans ses jupons.

Notre parlature continue de choyer certaines locutions qui relèvent davantage de l'archaïsme (quel terme affreux !). Ainsi, on apprend, chez Balzac (si ce n'est pas un bon auteur bien franchouillard, ça !) qu'on barre la porte, astheure (ou a'c't'heure, si vous préférez). A moins de renier un fleuron de la littérature française, je vois mal comment on pourrait qualifier notre parlature d'abâtardie. Au contraire. Elle s'est battue, notre belle langue, pour survivre. Elle a peut-être des cicatrices mais elle ne s'en sort pas si mal. Les esprits chagrins devront s'y faire.

Ça, c'était la théorie. Passons à la pratique, c'est beaucoup plus rigolo.

Prenons un cas : le mien (Dame oui, c'est encore ce que je maîtrise le mieux). Ou plutôt, celui de mes parents lors de leur arrivée sur le sol canadien.

Le choc linguistique se fit avant même leurs premiers pas en terre québécoise. Dans l'avion qui nous amenait vers notre nouvelle vie, du haut de mes 2 ans, je mis tous mes charmes au jour pour sympathiser avec un jeune ménage québécois. Maman laissa faire. Les rapts d'enfant dans un Boeing en plein vol demeure, somme toute, assez rare. L'homme, ravi de jouer avec une toute petite fille empesée dans ses bourrelets de bébé, se retourna vers ma mère :
'elle est-tu mignonne ! J'peux-t lui offrir une liqueur ?'
Aïe, aïe ! Maman lui lança une regard noir, et récupéra prestement sa progéniture. Quoi ! Voulait-on faire de son bébé une alcoolique avant l'heure (parce que, depuis, je vous prie de croire que je me suis bien rattrapée) ? Ce ne fut que quelques temps après qu'elle compris qu'il ne voulait que me donner, en toute innocence, une boisson gazeuse....

Une autre fois, alors que Maman faisait son épicerie, elle entendit derrière elle une voix enjouée : 'oh, la belle petite catin !'. Elle se retourna prête à défendre son honneur et sa réputation pour se retrouver nez-à-nez avec sa voisine, laquelle regardait d'un air attendri ma petite soeur dans sa poussette. L'émotion passée, ma mère devina que ce mot, qui faisait bondir en France, était en fait un synonyme de poupée.

Toujours à la même époque, Maman dut faire le plein d'essence. Pendant qu'il remplissait le réservoir de la voiture, l'employé de la station demanda gentiment à maman s'il 'pouvait checker les tires'. Intriguée, et désireuse de ne pas froisser le jeune homme par son incompréhension, maman répondit par l'affirmative, histoire de voir ce qu'il allait faire. Et la pression des pneus fût vérifiée. Tout bêtement.

Dès son retour à la maison, ma mère s'empressa de raconter cette petite aventure à mon père. Ils formulèrent le postulat suivant : ce qui touche la mécanique est anglicisé. Encore fallait-il savoir jusqu'à quel point. Vivant dans la quasi terreur de blesser leurs interlocuteurs qu'ils appréciaient tant, mes parents se gardaient bien de nommer les choses. Ils les décrivaient. Ce qui non seulement compliquaient sérieusement les échanges mais aussi donnèrent lieu à des situations pour le moins cocasses. Un jour, mon père eut besoin de clous. Il alla à la quincaillerie du coin afin de s'en procurer. Mais comment diable dit-on 'clou' en québécois ??? Papa entreprit donc de décrit le-dit objet :
'Bonjour ! Je cherche quelque chose en métal pointu'
L'employé se gratta la tête, partit au fond du magasin pour en ramener un objet qui semblait correspondre aux attentes paternelles.
'Non, ce n'est pas exactement ça. Il y a comme une plate-forme, au sommet....' Bref, les explications de mon père devinrent par la force des choses de plus en plus confuses, et le pauvre employé, de plus en plus perdu. Finalement, ce dernier baissa les bras et partit quérir son boss. Papa se senti horriblement las, d'un coup. Lorsque le patron de la quincaillerie s'enquit de la demande de ce client de prime abord si difficile, mon père se résigna à faire l'impensable : utiliser le terme qu'il connaissait :
'Je veux des clous'
Furieux, le supérieur se retourna alors vers son pauvre employé éberlué et lui tonna :
'Ben quoi ? Il veut des clous !'
Un sentiment de culpabilité taraude encore mon père aujourd'hui.

Sur ce, je serre mes affaires et me retire sur la pointe des pieds. Et je n'oublierai pas de barrer la porte derrière moi, histoire que vous ne pogniez pas de rhume. Il ne faudrait pas que je vous magane de trop.

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GENÈSE J’ai vu le jour en pleine nuit

Scrogn

Genèse

J'ai vu le jour en pleine nuit (!) un certain 6 janvier 1973, fête des rois, quelque part en Normandie. Autant vous dire que mon sang breton ne fit qu'un tour (voire même moins), mais le reste de ma personne ne sembla pas plus mal s'en porter.

Je fus la première fille de mes parents, un brouillon pour ainsi dire au regard de mes deux soeurs qui me furent échues par la suite. Ma naissance laissa mon grand frère (l'éternel brouillon) complètement indifférent.

Mes parents n'avaient aucune velléité d'immigration à cette époque. Seulement la vie, cette grande rigolote, devait s'ennuyer ferme un beau jour pour provoquer l'occasion d'une telle aventure. Et surtout pour leur insuffler un je-ne-sais-quoi d'inconscience.

Ainsi, mon père, alors tout jeune docteur en psychologie, avait eu la mauvaise idée d'envoyer balader le folklore viennois pour se convertir à des thérapies beaucoup plus pragmatiques et efficaces. Seulement, en tournant le dos aux théories psychanalytiques et psychanalysantes, il se retrouva nez-à-nez avec des portes fermées. Son directeur de thèse, déterminé à aider son poulain, lui conseilla d'aller lorgner de l'autre côté de la flaque d'eau. Mais l'Amérique du Nord, c'est vaste...

Les États-Unis ou le Canada anglophone ? Bof. La barrière de la langue était un handicap qu'il ne fallait pas négliger, d'autant plus que Maman n'éprouvait que peu d'attraits pour l'apprentissage des langues étrangères (petit défaut qui semble se transmettre de génération en génération si j'en crois ma nullité fort brillante dans ces matières). Va donc pour le Québec ! Or ni ma mère ni mon père n'avaient la moindre connaissance de la Belle Province. Maman s'était toujours demandé d'ailleurs pourquoi diable l'école l'avait tant tannée pour qu'elle apprenne qu'Ottawa est la capitale du Canada, alors le Québec, vous pensez bien !

Les démarches d'immigration furent bouclées très rapidement. Le Québec avait un besoin urgent de jeunes psychologues. Tout fut vendu, à l'exception de quelques meubles breton (of course !), résistants et solides, comme ils le prouvèrent par la suite, en bravant de multiples déménagements. Ma tribu (composée d'un papa aux allures d'adolescent, d'une maman mignonne à croquer, vaguement inquiète des envies d'épopée de son bonhomme, d'un petit garçon âgé de 5 ans, d'un bout de fillette pavanant avec ses 2 ans et d'un bébé de 6 mois), débarqua donc durant l'été 1975 pour le Québec.

Papa décrocha en quelques jours un travail de psychologue à Carillon, près de Lachute, dans l'Outaouais. Mes parents louèrent une petite ferme à Saint-Placide. Une belle bâtisse de briques rouges, truffée de courants d'air, trônant avec une étable et des garages, jolis petits vassaux dans le paysage, au sommet d'une petite colline surplombant le lac.

Mes parents furent très bien accueillis par la communauté. Dame ! Il s'agissait de LA famille d'immigrants du village... Maman se souvient encore que lors de leur première tempête de neige, nous avions reçu un nombre impressionnant de coups de téléphone : les habitants du village voulaient savoir comment nous vivions cette prime manifestation sérieuse de l'hiver canadien et s'assuraient que tout se passait bien pour nous...

Papa et Maman adorèrent cette saison, dès la première année. Pourtant, ils firent le dur apprentissage de certaines règles essentielles. Ainsi, un jour de grand froid, mon père descendit notre chemin pour aller relever le courrier. Seulement, la boîte aux lettres fut réticente, et il eut le malheureux réflexe de retirer ses gants afin d'en dompter l'ouverture. Vous devinez la suite : il se colla (au sens littéral du terme) les doigts au métal givré. Je ne sus jamais comment il s'était tiré de cette position délicate, avant le dégel...

Je passerai sous silence la maison que firent construire mes parents à Lachute. En revoyant les photos de celle-ci, toute once de morosité s'envole de mon esprit. Chers parents, je vous prie de me pardonner, mais mon Dieu qu'elle était laide !

Par la suite, l'organisme pour lequel mon père travaillait, fut vendu à l'État. Papa avait été l'ardent défenseur de son indépendance. Mais il s'agissait d'une cause perdue. Pourtant ce revers fut tout à l'honneur de mon père. Lorsque les instituts Anbar tombèrent entre les mains publiques, l'adversaire devint recruteur. L'auteur de mes jours, grâce à son esprit combatif et le sérieux de son travail, se vit proposer un poste important au sein de l'organisme, à Montréal. Nous y migrâmes donc, dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce. Nous y vécûmes pendant un peu plus de 6 ans.

Notre première demeure fut la maison jaune, appelée ainsi du fait de ses volets couleur jonquille. J'y fis mes débuts dans le système scolaire, en classe de maternelle et par la même occasion, mon entrée dans le monde en tant que citoyenne canadienne.
Notre maisonnette s'avéra très vite trop petite pour notre gang. Adorable mais décidément minuscule. Nous déménageâmes donc dans la partie orientale de notre quartier, dans une maison aux délicieux relents 'so british', entée d'un porche typique de cette partie montréalaise. J'y ai vécu des années formidables, de véritables années d'aventure.

Comme nous grandissions, mes parents pensèrent qu'il était temps, pour nous les filles, d'avoir notre propre chambre. Ils firent alors construire une maison à Candiac, sur la rive sud de Montréal. Je peux comprendre que certaines personnes aiment ce genre de nouvelles villes coquettes mais, personnellement, je ne leur trouve aucun charme. Je n'aime pas le parfait et j'ai besoin d'histoire. Mon jeune esprit jugeait mon environnement épouvantablement aseptisé, monochrome et morne. Soyons juste : je n'y fut pas désespérée, loin s'en faut ! Mais tout cela n'avait plus la même saveur, la même intensité. Je trouvais alors un heureux échappatoire en multipliant les activités de tout poil, qui hélas ! me passionnèrent toutes.

Ce déménagement fut certainement 'l'accelerando' de notre retour en France. Mes parents ont toujours voulu que nous ayons le choix de notre avenir, qu'il devienne français ou qu'il reste québécois, voire même qu'il opte pour un autre pays dans le monde. Ils pensèrent alors que le meilleur moyen de nous ouvrir les portes du monde avait pour sésame une formation française. Ils ne pouvaient pas savoir que j'allais justement choisir la voie la plus restrictive qui soit : le droit.

Nous sommes donc revenus en France, vers la fin de ma quinzième année. C'est à cette époque que mes ennuis commencèrent. Comprenons-nous bien. Je ne suis pas retournée dans mon pays d'origine, j'y ai véritablement émigré.

En fouinant ici et là, j'ai cru comprendre que nombre d'immigrants voulait connaître les distinctions du Québec eu égard à leur pays de départ. Beaucoup de chroniqueurs ont établi avec brio les particularités que vous rencontrerez ici. Pour ma part je pense m'engouffrer gaiement dans le créneau qu'ils m'ont laissé. Aussi, il sera souvent question dans mes propos des différences que j'ai pu observer, voire subies en arrivant en France. J'espère que vous verrez ainsi le choc qui peut vous attendre en venant vous établir, vous, dans ma belle Province. Je vous parlerai aussi de ma vie ici, bien entendu. Par contre, je vous épargnerai tout le côté administratif et paperasses. Je n'ai aucun talent pour vous les exposer de façon digeste, et mes collègues du site ont déjà fait preuve d'une maestria établie à ce sujet.

Voilà. Je pense vous avoir à peu près planté le décor.

Oh ! Un dernier mot avant de vous quitter pour cette première bafouille : mes parents ne se sont jamais fait traités de maudits français... Ou plutôt si. Une fois. Mon père en fit les frais. Il avait devant lui une odieuse gamine qui, tremblante de rage devant une manifestation de son autorité, n'avait rien trouvé de plus malin, de lui murmurer, pleine de rancoeur : 'maudit français'. Cette affreuse petite peste, pas même âgée de 3 ans, c'était moi.
Sa propre fille.

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