Ce n'est qu'un au revoir...

Petiboudange

J'avais beau retourner la chose sous tous les angles, rien ne me satisfaisait. Et pourtant, fallait bien que j'en arrive là un jour. Mais non, je trouvais ça trop tôt encore. En fait, non peut-être pas. Bouh semble y être arrivée bien avant elle. N'a-t-elle pas avoué elle aussi un jour "J'avais donc décidé sur un coup de tête de vous faire profiter de quelques lieux communs, avant d'enchaîner la suite ma foi assez naturellement, mais au prix de quelques contorsions mentales visant à me rafraîchir un peu la mémoire sur des évènements que je jugeais dignes d'être racontés."
Des lieux communs. C'est tout ce dont je suis capable aujourd'hui. C'est ce qui m'empêche d'écrire autre chose que des banalités. Mais pourquoi donc? Parce que ma vie n'a plus rien d'extraordinaire, elle est le lieu commun des lieux communs, celui-là même que n'importe qui vit n'importe où ici ou en France.

Et tel que Bouh l'a fait, mon lieu commun m'amène à des contorsions mentales mais ce ne sont pas des événements qui sortent de cette gymnastique, mais un constat finalement simple, trop simple pour être accepté et/ou avoué. Je vis ma vie ici comme je l'aurais vécu ailleurs. Je ne suis plus immigrante, je suis tout sauf ça, finalement. Oh oui bien sûr je rencontre encore des gens qui me demandent depuis combien de temps je suis ici, mais on me le demandera toute ma vie encore. On me fait remarquer mon accent, mais ça aussi j'en souperais encore. Non, finalement, ce qui me fait dire ça c'est que je n'ai plus ce regard neuf sur les choses d'ici, je suis déjà dans la routine. La présence depuis quelques semaines d'une amie d'université a mis ces faits en exergue.
Tout dans sa candeur de touriste m'amuse et me charme ... comme à mon heure j'ai pu charmé d'autres. Son oreille innocente qui transforme un "Astie qu't'es laid" madelinot en "Astique la télé". Ses billes écarquillées quand un itinérant de la maison du Père se présente comme "itinérant". Son engouement pour essayer tout ce qui est culinairement nouveau: poutine (québécoise ET acadienne d'ailleurs), bière, fromage en grain, pâté chinois.

Finalement, qu'est-ce qui me distingue aujourd'hui d'un immigrant. Enfin disons d'un néo-immigrant. C'est finalement que ma vie ne contient plus rien d'extraordinaire que les ordinaires événements d'une vie pour m'extasier, me bousculer. Une naissance. Un mariage. La perte d'un emploi. L'embauche dans un autre.

Est-ce lorsqu'on est rendu là qu'on peut dire qu'on vient de changer de cap? Peut-être. Mais pas seulement. C'est quand je pense on fait le tour du forum par exemple et qu'on n'a plus aucun intérêt dans les sujets qui y sont lancés. Quand les procédures nous semblent trop loin pour se souvenir. Ou ont changé. Quand la énième question sur le tips, quand faut-il le donner? Avec tant, peut-on (bien) vivre à Montréal (Québec)? Quel quartier pour une famille? Ce n'est pas que les questions soient stupides, loin de là. C'est que les réponses, on se les est faite déjà, par notre expérience. C'est vrai que c'est à ce moment-là qu'on va être les plus utiles pour ceux qui arrivent. Mais en a-t-on encore le goût? Dans mon cas, pas vraiment.
J'aime à faire apprendre des choses aux gens, mais quand deux chroniques en file sur l'histoire du Québec, lors de sa 400ème année, ne trouve d'écho qu'auprès de gens installés, et en privé de surcroît, autant le dire, on se pose des questions sur son utilité. Et on se demande si on a envie de parler de choses banales comme la cabane à sucre (je l'ai faite au boulot cette année si vous voulez tout savoir), le retour du printemps, le retour de la chasse aux appartements (finalement on reste où on est) ... Dans mon cas non. Dans mon cas, je crois que j'attends le bout de cette aventure. Je crois qu'il est temps de laisser ma place à quelqu'un qui aura plein de belles et nouvelles choses à dire. Ou peut-être pas si nouvelles dans le fond, mais qui l'intéresseront encore.

C'est donc bien une dernière chronique que je livre ici. Mon temps est passé. Ma vie continue au-delà de cet espace. J'ai un mariage à préparer, des amis à chouchouter, des petits bouts à voir grandir, une famille à fonder. Je vais donc laisser voguer le bateau et prendre ma barque pour aller où je serai plus utile. Qui sait, peut-être que je reviendrais les bras chargés de belles histoires, plus tard, quand le temps m'en aura offert de nouvelles.
Ce fut une belle expérience et je remercie Laurence de me l'avoir offerte. Je vous dis donc au revoir...

Les compagnies en Nouvelle-France

Petiboudange

Lorsque nous nous sommes quittés il y a quelques semaines, Cartier venait de prendre possession au nom de la couronne d'une nouvelle terre qu'on appellera bientôt « Nouvelle-France ».
Mais alors encore point de trace de la « Capitale Nationale ».
Cartier meurt en 1557, dix ans après son principal souteneur François Ier.
La France entre en guerres de religion et les explorations ne sont guère menées avant l'Édit de Nantes (1598), hormis un épisode en Amérique du Sud (Brésil notamment). On maintient néanmoins des relations de commerce et d'exploitation avec les terres découvertes par Cartier.

Très tôt la pêche y est établie au large de Terre-Neuve, le commerce des fourrures commence à s'établir dans le coin de Tadoussac.
En 1597 c'est le breton Troilus de la Roche de Mesgouez (plus connu sous le nom de « de la Roche ») qui représente la première tentative de compagnie en établissant son camp de base en Nouvelle-Écosse. Partant de Canso, il ravitaille la métropole chaque année en poissons et autres merveilles des terres nouvelles. Cette tentative se termine hélas par une mutinerie en 1603 et le rapatriement de 11 survivants.

Mais l'exportation a déjà créée des besoins. Outre la mode des peaux de castors sous diverses formes, le poisson des pêcheries est un mets couru qui souffre de concurrence. Bretons, normands, portugais et espagnols se disputent les bancs et la couronne française rêve d'asseoir son exclusivité sur ces terres, les anglais s'y pointant déjà (terre de Baffin).

Mais avant Champlain, ce sera le courageux Pierre Chauvin dont Tadoussac porte encore les fières traces qui établira un poste de traite de fourrures. Henri IV lui ayant concéder le monopole sur la région, il part s'y établir dès l'été 1600. Il laisse 16 hommes sur place pour l'hiver, dont son frère ou son gendre (ceux qui sont allés à Tadoussac se souviennent peut-être de la plaque et de ce qui y est dit). À son retour au printemps, il reste 5 hommes qui n'ont survécu que grâce à l'amitié indienne.

Pour affermir leur mainmise sur le Canada et combler leurs rêves de grandeurs, les différents États ont besoin d'exploiter les terres qu'ils possèdent mais ont également besoin alors de prouver qu'ils y vivent. Le peuplement et le commerce seront donc les maîtres d'?uvres des destins des différentes colonies des couronnes européennes.
Les compagnies sont fondées, très tôt dans l'histoire, comme les sociétés de capitaux. Des associés s'unissent en apportant une part du patrimoine pour obtenir le droit de traite des fourrures exclusif, celui de pêcherie, celui d'exploitation du bois, bref la « mise en valeur » du territoire.

Le siège social reste dans la métropole mais la compagnie est propriétaire du territoire que lui concède la couronne dans l'exercice de ses fonctions et les compagnies s'engagent en général à peupler la colonie (vrai pour les Antilles et la Nouvelle-France) et à la faire fructifier, en louant les terres aux colons et aux entrepreneurs.

Parlant de peuplement, les compagnies exercent alors une espèce de parrainage collectif en fait, pendant X années ou pour atteindre X colons, nombre fixé comme étant le minimum vital pour que la colonie prospère. Elles attirent les colons, les transporte, les fixe à une terre louée à rentes ou à cens et assurent leurs subsistances durant un temps donné. Rien ne se crée?
Elle exerce également les pouvoirs royaux sur le principe féodale de suzeraineté, prélevant les taxes, exécutant la justice et gérant les groupes locaux. Le gouverneur est nommé par le roi comme représentant du roi et chef suprême de la colonie mais son poste est en lien avec la compagnie qu'il représente. Le roi conserve le droit de révoquer la compagnie.
L'état en retour leur confie un monopole sur l'exploitation des ressources de la région et leur commerce pendant plusieurs années (11 à 40 ans dépendant des compagnies) et s'assure tant bien que mal de les protéger sur les mers des pilleurs.

On sait que ce système de colonie n'a guère eu de succès, alors pourquoi j'en parle donc?
Parce que de nombreux épisodes de l'histoire civile du Québec en sont partis. La relation avec la métropole est aussi fondée sur ce rapport, des grands noms de l'histoire québécoise sont issus de ce système également. Et le parallèle entre la « colonisation » économique et l'immigration économique serait tentante . Les conditions sont différentes, les buts sans doute aussi mais tout de même, que des milliers de colons français aient quitté un territoire dont ils savaient beaucoup pour un où ils ne savaient rien, tentés par, par quoi tiens? La possibilité d'avoir une terre? La possibilité de se marier (les filles du Roy)? La possibilité de recommencer ailleurs et mieux peut-être que sur les terres natales? Et il est tout de même intéressant de voir que les conditions étant ce qu'elles étaient à l'époque, tant d'hommes et de femmes aient pu survivre là où nous nous plaignons si facilement donne des perspectives différentes, non? Pensez donc à ces colons poitevins qui durent endurer leur premier hiver sans électricité ni chauffage ? Oh oui le bois des cheminées, certes, mais avez-vous récemment été en forêt en hiver avec pour seul source de chaleur un foyer au bois et comme seuls habits des fibres naturelles de laine et de coton?

Mais revenons à nos compagnies.
La Nouvelle-France, et parallèlement donc, la couronne française en verra des nombreuses entre 1608 et 1789. Les principales dans notre affaire seront sans doute la Compagnie de Canada en 1613 qui servira de soutènement à Champlain puis celle de Caen qui lancera la véritable machine des compagnies; la Compagnie de la Nouvelle-France dite « des Cent Associés » fondée en 1627 par Richelieu et qui établira des règles suivies par la suite comme la seule immigration des catholiques, la possibilité pour le clergé d'être membre des compagnies, le devoir d'évangélisation des compagnies et l'obligation de subvenir aux frais de cultes et le soutien des ministres du culte; celle de Louis XIV et de son ministre Colbert la Compagnie des Indes occidentales.

La Compagnie de Canada entre en fonction en 1615 avec un monopole sur la traite de 11 ans dans la vallée de Matane à toute la région supérieure du Saint-Laurent. En 1623, la Compagnie n'a encore amené qu'une cinquantaine de colons et favorise le commerce avant tout.
C'est sous le monopole de la Compagnie du Canada que le bon Louis Hébert, le premier colon officiel de la Nouvelle-France qui fut aussi de l'expédition de 1604 en Acadie avec Champlain et de Monts, arriva accompagné de sa femme, de leurs enfants et de son beau-frère.
Cet homme dont on trouve trace à Québec (à vous de trouver la plaque commémorative ;) ) était apothicaire de son état. Et vu son acharnement constant à revenir en Nouvelle-France, on peut dire qu'il avait vraiment envie de s'y installer.

Ainsi en 1604, il embarqua avec Samuel de Champlain et Pierre du Gua de Monts (qui avait lui-même déjà accompagné Chauvin à Tadoussac) pour aller s'établir sur l'île de Sainte-Croix. Louis Hébert agissait alors comme homme de médicine, cultivant des herbes médicinales présentées par les Micmacs.
Lorsque cet établissement échoue, il retourne à Paris à sa boutique d'apothicaire avant de revenir en 1617 tentait l'aventure en Nouvelle-France.

Champlain perd toute confiance en la Compagnie de Canada et multiplie les démarches pour que lui soit soustrait le monopole. La Compagnie est agacée et tente de lui faire enlevé ses pouvoirs de commandant de la colonie mais en 1619 il est maintenu en place par le duc de Montmorency. En 1620 le monopole passe à la nouvelle Compagnie de Caen pour 11 ans, monopole qui n'inclut alors plus la pêche et n'implique l'installation que de 6 familles en 11 ans.

En 1624, Richelieu arrive en place et se fait convaincre par Champlain. La Compagnie de Caen s'est fait des ennemis, Champlain n'en est pas satisfait et en 1627, elle est abolie et remplacée par la Compagnie de la Nouvelle-France ou « des Cent Associés », en référence au nombre des actionnaires qui la compose.

Bien que l'on ne soit pas entièrement d'accord sur la répartition sociale des membres, la compagnie compte néanmoins des gentilshommes, des seigneurs, des marchands, un notaire, un médecin et premier fait notable plusieurs religieux dont Richelieu lui-même qui en est à la tête.
La Charte des Cent-Associés inclut notamment le devoir de faire passer 200 à 300 hommes par an puis jusqu'à 4000 par la suite d'ici à 1643, tous catholiques et français second fait notable. Le devoir de peuplement y est alors grandement impliqué.

La Charte implique aussi l'établissement de au moins 3 religieux en charge de la vie morale des colons, et oblige la Compagnie a en prendre soin, troisième fait notable. Enfin, on écrit que tous les descendants de colons qui resteront en Nouvelle-France (qui s'étend dans la Charte jusqu'en Floride! L'engouement québécois vient-il de là?) et tous les « sauvages » (sic) qui seront évangélisés et baptisés seront considérés comme Français.

En 1644, alors que la colonie est dans un piètre état, la Compagnie des Cent-Associés est en faillite. Champlain est mort, Québec a subi une première conquête anglaise, les Iroquois, les Algonquins et les Hurons sont en guerre. La Compagnie des Cent-Associés, pour se relever, cède une partie de son monopole à la toute nouvelle Compagnie des Habitants dirigée entre autres par Pierre Le Gardeur de Repentigny, un proche du gouverneur de Montmagny. Cette Compagnie fait rapidement des bénéfices mais le partage en est inéquitable. En 1659, elle cède elle-même une partie de ses droits à une autre compagnie et disparaîtra définitivement, après un bref sursaut, en 1663, en même temps que celle des Cent-Associés.

La Nouvelle-France compte alors 2500 personnes, hors Acadie déjà occupée, dont la moitié provient de l'immigration et l'autre moitié des naissances! La totalité des colons représentent alors environ 400 et quelques familles, majoritairement de Perche et de Normandie. Ils sont majoritairement laboureurs et défricheurs mais on compte néanmoins des maçons et des charpentiers, utiles à l'édification des nouvelles villes de la colonie, des soldats, des marins et quelques autres métiers divers constituant les bases d'une nouvelle société en pleine expansion. Ces colons se répartissent alors à Québec (fondée en ? ben oui 1608!), Trois-Rivières (1634) et la petite dernière Ville Marie, future Montréal, fondée en 1642.

C'est Louis XIV qui reprendra les politiques coloniales en accédant au pouvoir, avec l'appui de Colbert. Il réforme d'abord le système politique en Nouvelle-France en faisant du gouverneur le représentant du roi exclusivement et en l'asseyant sur un siège éjectable en tout temps. C'est Augustin de Safray de Mézy qui s'y colle donc le premier.
En 1664, Louis XIV crée la Compagnie des Indes occidentales, qui a en charge : le Canada, l'Acadie, Terre-Neuve, de la Virgine à la Floride, de l'Orénoque à l'Amazone, les Antilles, en Afrique du cap Vert au cap de Bonne-Espérance. Si la pêche est libre, la Compagnie a un monopole de 40 ans sur le commerce et la navigation. Elle doit subvenir aux frais du culte et des missions, et pourvoir à la colonisation, sans directives quantitatives pour autant. La compagnie ne sera jamais très en veine, tournée vers le commerce sur un territoire voué à la colonisation, et le roi la révoque en 1674.

C'est dans le temps de cette compagnie que Jean Talon sera nommé intendant de la colonie et c'est lui qui notamment mettra des bâtons dans les roues de la compagnie en veillant fort bien au développement de la colonie par le recrutement de colons, le développement du territoire dans ce but, et non dans celui du commerce, en prévoyant l'établissement des villes de manière à ce que l'agriculture se développe facilement, de manière diversifiée. Malgré les réticences du roi et de Colbert, il parviendra à faire passer 2500 français au Canada pour atteindre 6700 habitants en 1672. C'est sous Talon que les Filles du roi arrivent. Et contrairement à une vieille légende ce ne sont ni des prisonniers ni des prostituées qui fonderont la Nouvelle-France mais des filles orphelines et pauvres qui viendront prendre mari, des familles pauvres rêvant de mieux être en Nouvelle-France, assurées qu'elles étaient d'avoir un moins un lopin de terre pour s'établir, et d'autres engagés du genre, plus pauvres que malhonnêtes.
C'est aussi l'époque des premières allocations familiales puisque chaque famille de 10 enfants et plus reçoit un paiement du roi, et on exclut du compte des enfants ceux qui sont entrés en religion. On pressure tellement la population pour l'accroissement que les jeunes hommes venus au Canada pour l'aventure tentent de se soustraire aux obligations de mariage par une nouvelle mode : la course des bois!
Enfin Talon veille au développement de la colonie en oeuvrant pour le développement de son industrie.
Talon quittera le Québec en 1672 et tentera d'y revenir en 1681, mais rencontrera l'opposition de sa hiérarchie ecclésiastique.

D'autres compagnies ont existées dans le paysage québécois et bien d'autres encore dans le paysage canadien (dont la plus célèbre reste sans doute la Compagnie de la Baie d'Hudson dont il reste encore une trace non moins célèbre, la compagnie La Baie) mais toutes n'ont pas eu les mêmes impacts que celles-ci. Par leur volonté d'exploitation du territoire, elles ont contribuées à amener le terreau fertile qui a permit l'édification de la société que nous connaissons.
Le français comme langue commune, le catholicisme comme pendant longtemps religion d'état, avec tout le mode de pensée et les valeurs qui s'y rattachent, mais aussi le mode d'organisation qui va avec, sont arrivés avec ces premières compagnies. Pas grâce à elles, mais avec elles. Avec cette soif d'expansion et de richesse qui courait dans bien des cercles de l'époque.
Parce qu'aussi longtemps encore les Compagnies ont subvenu aux besoins des colons mais surtout du clergé, le lien colonie-métropole a été fort et vital. Et c'est parce que ce lien-là existait si intense que lorsqu'il fut rompu su abruptement, la blessure a fait si mal.
Mais ceci est une autre histoire?.

Il était une fois...Cartier

Petiboudange

Nous sommes en l'an de grâce 1534 sur le pont d'un bateau balloté par l'Océan:

"25 avril 1534.

Ma belle Madeleine,

Je suis embarqué sur ce bâteau depuis quelques jours mais cela fait des mois que je ne t'ai vu. Quand le sieur capitaine nous a embarqué à la Pâques passée, son second nous avait promis que toutes nos dettes seraient remboursées. J'ai quitté la prison pour une poignée de pierres promises mais j'ai été un sot et un fou de l'y croire. Me voila sur cette coque de noix pour me rendre dans les terres neuves, au-delà d'un nouveau monde qu'un gênois a découvert qu'ils disent, pendant que toi tu portes mon dernier né et tu gardes la ferme comme une âme en peine. Que je pleure de ne l'y voir la face à cet enfant-là.
Le sieur capitaine veut nous mener au bout du monde, vers l'Orient et ses richesses. Nous serons riches dit-il, nous n'aurons qu'à ramasser les tissus et les pierres que les hommes jettent comme de vulgaire paillot raconte-t-il.
Les hommes ont peur. On murmure que ce n'est pas l'Orient où l'on nous mène mais l'enfer et ses démons. Madeleine, si je ne dois jamais te revoir, confies mon âme au grand Saint Christophe ma mie.

27 avril 1534.

Certains hommes murmurent dans leur sommeil. Le diable cogne à la porte de leurs esprits. Il nous fait voir des créatures étranges.
Hier, nous avons aperçu de l'eau qui sortait de la mer, en long jet. Les hommes ont peur. Nous ne savons où nous allons. Nous rationnons la nourriture, car qui sait quand nous rentrerons.
Aucun navire, aucune terre, nous sommes sur la bonne voie dit ce méchant capitaine. Mais de quelle voie parle-t-il si ce n'est celle de l'enfer?

1er avril 1534.

Madeleine, il me semble avoir vu un bâteau cette nuit. Je faisais mon quart là-haut sur le grand hune et j'ai cru apercevoir l'un de ces bâteaux de pêche batant pavillon espagnol ou français peut-être. Peut-être ma blonde que notre capitaine n'est pas atteint de rêveries diaboliques. Peut-être bien qu'il y a là-bas une terre, riche, belle, promise?
Ce matin le ciel était fâcheux, les creux auraient rendus malade toute la chienlie du bagne. Pour justifier notre folie, grand Saint Christophe, offre-nous l'opportunité de voir une terre qui vaille.

8 avril 1534.

Des oiseaux. Nous avons aperçu des oiseaux Madeleine ce matin! Des oiseaux! La terre n'est plus très loin ma belle.
Lorsque je reviendrai, je t'amènerais de ces étoffes dont on dit que seules les reines peuvent se parer. Je te couvrirais de ces pierres vertes que le seigneur de ton père portait sur son sceau. Je ferai de toi la plus belle et nous aurons 3 vaches mon amour, à nous, bien à nous, pour donner du lait à mon fils. Et jamais plus je ne devrais courber le dos pour recevoir le fouet de n'avoir payer leur dîme.

10 avril 1534.

La terre, nous l'avons vu! Une terre neuve, offerte après 20 jours de longue mer. Nous avons mis cap sur le Nord.
Le coeur des hommes et le mien est empli d'impatience. Ah la douce folie! Nous allons être riches, le sieur capitaine avait raison.

14 avril 1534.

Nous longeons des côtes effroyables Madeleine depuis quelques jours. Le sieur capitaine dit que cette terre doit être celle que Dieu a donnée à Caïn pour avoir tuer Abel. Nous avons pris la direction du sud maintenant, ces côtes si tordues ne sont sans doute que des îles infertiles, posées là pour nous détourner de notre chemin et nous faire accroire que nous sommes au bout. Mais non le grand empire est plus loin encore et nous serons les premiers à en trouver les portes par cette voie, le bâteau des bretons, car il était de la Rochelle ma mie, leur bâteau est resté en arrière. Il mouille dans une baie que le sieur a nommé Brest sur sa grande carte.
Il y trace les lignes des terres que nous voyons et la position des étoiles aussi. Il dit qu'il veut tout y consigner pour que les flottes marchandes du Roy se rendent ensuite sans danger vers l'Orient.

10 juillet 1534.

Madeleine,

Hier que d'aventures. Au matin notre coque a heurté le fond. Nous sommes trop lourds et l'eau trop peu profonde pour pousser plus avant.
Nous sommes au milieu d'une baie à quelques milles des terres. Le sieur est parti en barque avec quelques hommes car nous avons vu de la fumée sur la côte. Il y a là-bas des hommes qui vivent, pour sûr mon amour. Et nous saurons très vite si nous sommes en Orient.
La folie a repris quelques hommes qui disent que ce sont sûrement des démons que l'enfer nous envoie pour nous tenter, ma mie, moi je sais que ce n'est pas ça. Nous avons trouvé une terre ma mie, Madeleine, une terre neuve.

16 juillet 1534.

Ma mie je ne sais si ce sont des hommes mais leur apparence y est semblable. Leur peau a une teinte similaire à celle de notre Pierrot quand il aidait aux champs mais leurs cheveux sont noirs, comme leurs yeux. Plusieurs portent sur la tête un panache de plume et ces sauvages parlent une langue qu'aucun homme ne comprend. Le sieur Cartier les a rencontré il y a deux jours à peine, il nous a demandé d'être prudents mais affables avec eux.

24 juillet 1534.

Madeleine, je n'écrirai pas beaucoup ce soir. Mes bras et mes mains sont endolories par l'ouvrage de ce jour. Nous avons entrepis de construire une croix de près de trente pieds dans les troncs des arbres que l'on trouve en abondance ici. Après que nous l'eûmes élevée, le Sieur Cartier y a placé l'écusson du Roy. Nous repartons bientôt Madeleine, je reviens vers toi.
Nous n'amenons qu'une maigre récompense, deux de ces sauvages, les fils de leur Roy semble-t-il. Le sieur capitaine prétend que l'on ne nous croira pas sans ceux-là. Mais toi ma mie, tu me crois-ty?"

L'histoire de ne dit pas ce qu'advint ce marin une fois rendu à Saint-Malo ce 5 septembre 1534. En revanche on sait que l'histoire des "Terres Neuves" fut crue et l'on embarquat 110 hommes sur 3 navires pour une exploration plus longue.

"23 mai 1535.

En ce jour béni, puisse le vent gonfler toujours nos voiles pour atteindre les Terres Nouvelles rapidement.
Nous voguons à bon train en arrière des deux Hermines et le moral des hommes est au beau fixe. Sieur Cartier nous convit à des repas sur son bâteau en compagnie des deux sauvages.
Ils nous ont parlé hier encore de tout cet or qu'on trouverait chez eux. Si nous venons à les convaincre de nous en faire cadeau, le Roy ne sera pas avare de partager sa grande richesse par quelques honneurs et titres.
L'aventure est excitante et mon vieux père avait tord de me déconseiller de suivre ce gentilhomme Cartier par delà les mers. La bénédiction de l'Évêque est avec nous, nous ne pouvons que réussir.

15 juillet 1535.

Eh bien qui eut cru que l'aventure fut si longue. Voici des jours que nous voguons et aucune terre en vue. Cartier prétend que nous n'en sommes pas loin mais rien ne nous indique qu'il ait raison. Nous avons essuyé deux tempêtes en ligne et l'équipage fait mine de chicane avec nous. Les rustres semblent prendre plaisir à nous voir malade sur le pont de ce maudit rafiot.

8 août 1535.

Nous sommes en vue des terres. Les deux sauvages s'agitent. Ils expliquent avec les rudiments de notre langue qu'ils ont apprises qu'il y a un passage, une rivière qui mène au royaume du Saguenay, là où l'eau déborde disent-ils.

16 août 1535.

Hier nous avons pris pied sur une île que nous avons baptisé l'île de l'Assomption. Et nous voila maintenant en direction du nord-ouest, nous longeons des terres sans s'y arrêter cette fois. Nous cherchons l'embouchure de la rivière dont nous ont parlé les 2 indiens.

20 août 1535.

Nous navigons sur une eau plus calme et douce. Une immense rivière mais dont les rives sont distantes de plusieurs milles. Une immense rivière.

15 septembre 2535.

Nous avons vu de nos yeux le Roy des "Iroquois", Donnacona. Il a embarqué dans son canot Cartier la semaine passée. Sa peau est plus brune que celles de nos marins mais ses manières seraient presque plus courtoises. Il a semblé heureux de voir ses fils vivants et de retour et nous a donné l'accès à un mouillage pas loin de son village, Stadaconé. Il est situé sur un Cap qui domine la rivière. Un bon poste d'observation quant à moi. Il y a sinon du génie militaire tout de même de l'inspiration en cet être là. L'iroquois prétend que ce village, est capitale de ce pays. Mais Cartier a entendu parlé d'un village plus avant dans les terres et il tient à s'y rendre au plus vite. Il craint l'hiver qui arrive et que Dommagaya lui a décrit comme effroyable. Un froid qui mord les chairs et laisse peu de chances à ceux qui ne sont pas préparer.

20 septembre 1535.

C'est finalement avec notre bâteau, L'Émerillon que nous avons mis le cap vers le village en amont. Donnacona et les siens ont tenté de nous en empêcher mais nous avons appareillé avec discrétion et avons levé l'ancre avec les hommes qui étaient sur le bâteau. Ceux qui étaient à terre sauront trouvé une place dans les Hermines.
Nous avons pris le temps d'observer le paysage. Proche de Hochelaga, le fleuve s'étrangle, et les berges autrefois si lointaines, semblent réellement plus proche depuis lors. Nous avons fait des expéditions de reconnaissance et sans contexte, la rivière est plus large en aval et va en s'étrécissant en amont. C'est pour cela que nous n'avons pas pris les Hermines, elles sont bien trop grosses pour naviguer dans ces conditions. Qui sait ce que nous rencontrerons plus loin. Nous avons cru bon de prendre des barques, si L'Émérillon se trouvait trop gros lui aussi, nous serions bien en peine d'avoir pousser si loin sans utilité.

2 octobre 1535.

Il fait nuit. Nous venons d'arriver à Hochelaga, un village en bois de quelques 2500 âmes surplombé par une montagne. Cartier a décidé que ce serait le Mont de sa majesté le Roy, le Mont-Royal. Les gens ici semblent accueillants. Ils nous convient à une expédition demain.

15 décembre.

Le mal de terre vient de faire encore des victimes. Et ceux qui n'en souffrent pas sont au prise avec le vent glacial de l'hiver.
Les neiges ont recouvert les arpents de terres aux alentours et les glaces emprisonnent nos bateaux où ils sont.
La glace est si épaisse par endroit qu'un groupe d'homme peut s'y promener sans risquer de tomber dans l'eau gelée qui coule en dessous.
Les iroquois n'ont pas apprécié la ruse de Cartier cet automne et ils semblent pressés que l'on reparte. Ou que l'on périsse.
Nous avons quand même pu échanger quelques babioles contre des fourrures et un peu d'or. Quand nous étions à Hochelaga, on nous a parlé d'une rivière qui menait au pays de l'or, dans le royaume d'autres peuples, mais nous ne savons pas s'ils sont amis ou ennemis avec nos hôtes."

Finalement 25 personnes périront cet hiver-là du scorbut et d'autres de froid encore.
Au printemps, les choses s'envenimèrent avec les Iroquois mais un accord fut passé entre Donnacona et Cartier et au mois de mai, quand les glaces eurent complètement fondues, Cartier, la Grande Hermine et L'émérillion, 10 iroquois dont Donnacona, quittent le mouillage pour faire route vers la France, une France en guerre contre l'Angleterre, encore.
Cartier a hâte de repartir, mais le roi ne l'entendra pas comme ça et après maintes tergiversation, le marin pionnier quittera pour un troisième voyage en 1541, sans Donnacona et les autres Iroquois, pour cette terre dont il avait rêvé.
De ce troisième voyage, il ramènera ce qu'il pense alors être de l'or et des diamants (ceux-ci donneront leur nom au Cap sur lequel Cartier fit construire le second fort), et qui ne seront que pyrite (l'or des fous) et mica.

Puis viendra le temps des Compagnies qui se chargeront d'exploiter ce qui est alors exploitable en Canada. Mais ceci est pour la prochaine fois.

Portrait du Bonhomme Hiver

Petiboudange

« Écoutez les clochettes, du joyeux temps des fêtes
Annonçant la joie de chaque cœur qui bat

Au royaume du bonhomme hiver


Sous la neige qui tombe, le traîneau vagabonde

Semant tout autour nos chansons d'amours
Au royaume du bonhomme hiver »


Ah le retour de l'hiver! La beauté des paysages blancs, la froideur qui mord les joues à les faire rougir, la joie des petits et des grands du retour des patinoires et autres glissades.


Hé, c'est qu'on a eu ça pas mal vite cette année hein ? Chais pas si vous êtes comme moi, mais j'avais beau avoir descendu la valise des affaires d'hiver et acheté des bottes, j'étais pas prête moi encore à voir la neige. Impatiente mais pas prête.


Pis j'avais presque oublié moi qu'il existe un hiver ici. Ce qui me console c'est que mon chum n'avait pas l'air plus prêt.


Oh je vois déjà les gens des régions qui se disent « Ah ces montréalais! ». Ben ouais je sais bien, mais en plus imaginez que ce n'est que mon 3ème hiver et que le précédent n'a pas été à la hauteur de sa réputation.


Quelle réputation ?


Ben là, vous savez bien : les bancs de neige hauts de même, les jours de classe qui sautent, les tempêtes ancestrales.


C'est vrai, quand on écoute les québécois parler de leur hiver, moi j'entends souvent les cigales qui chantent.


Des cigales en hiver? Ça y est elle est gelée du cerveau celle-là.


Ben oui les cigales de la galéjade pardi. Nan parce que je veux bien croire que les hivers de vos enfances étaient plus rudes, c'est sans doute en partie vrai. Mais la mémoire est un outil pervers qui transforme les souvenirs et les travestis au fil de notre expérience de vie.


Alors je veux bien croire que si vous étiez enfant en mars 1900 (47 cm de neige sur Montréal, 55cm en 2 jours), en décembre 1933 (avec un record des températures hivernales et -34°C sur Montréal) ou en mai 1963 (tempête la plus tardive sur Montréal un 10 mai avec presque 22 cm)[i], vous avez amplement de quoi dire que les hivers étaient rudes. Mais, comme dirait Ming (Mélodie Lapierre), dans Pure Laine, à Dominic son papa adoptif (Didier Lucien), quand vous étiez haut comme 3 pommes, tous les bancs de neige vous dépassez. Arrêtez donc de nous faire accroire le contraire….


Bon ok, il y a eut par après, quand vous étiez de jeunes ou moins jeunes adultes, encore quelques épisodes des plus intenses qui ne feront pas parjurer Gilles Vigneault.


Si on pense notamment à la tempête de verglas de 1998.


Hein comment ça pas plus tôt ? Ben ouais, voila un autre mythe qui s'effondre. Quand on écoute certains, cela semble si vieux qu'on oublie que c'était y a seulement 10 ans. Vous n'avez jamais eu l'impression vous que ça c'était passé y a plus longtemps ? Ah, ça doit être moi qui suis tombée sur des récits aux allures mythiques alors.



Figure 1 - Zones touchées par le verglas (Environnement Canada)


Ça n'enlève en rien que ce fut un gros épisode marquant pour les Québécois qui l'ont vécu hein, loin de là. Il faut quand même se rappeler qu'en ce mois de janvier entre 40 et 100 mm de pluie verglaçante se sont abattus sur une partie du Québec, la Montérégie en grosse partie (cf. figure 1).


Mais là encore, les cigales chantent parfois quand le père de mon beau-frère en parle. Habitant Beloeil, il a évidemment quitté son domicile pour rejoindre certains de ses enfants qui eux avaient de l'électricité. Mais rebranché assez vite, si vous l'écoutez, il est resté presque un mois pogné … Et M.-A. qui racontait qu'il avait patiné sur les trottoirs de Montréal. Oui patiner, avec des patins à glace. Je dis pas que c'est impossible, vu la quantité ça devait même être le mieux à faire… Mais il a les pieds plats et n'a jamais voulu patiner avec nous autres, et dixit son ex-blonde, il n'a même jamais patiné depuis qu'elle était avec lui soit en septembre … 1997.


Écoutez, vous ne les entendez pas vous aussi alors les cigales?


Je me moque, mais quand même, faut bien reconnaître que ce pays, c'est l'hiver. Soyons honnêtes, dans notre imaginaire, qu'est-ce qui fonctionne le mieux pour évoque le Québec? Les maringouins, le festival de jazz et Marc Labrèche ou la neige, les traineaux, le skidoo, les patins, le chalet et le bucheron-à-la-guitare-acadien-même-pas-québécois Roch? Moi je suis honnête, si les chiens ne me branchent pas, c'est bien la neige qui m'évoque le Québec au-delà de toute autre chose.


Alors, pour les immigrants qui ne sont pas encore là, c'est quoi l'hiver pour moi?


Je ne mentirais pas en disant que non non fait jamais froid, c'est le fun tout le temps. Oui il y a des journées, particulièrement en janvier et février, où il fait froid merci. Les joues qui gèlent, la goutte au nez hivernale et quasi permanente prend la forme d'un stalactite, l'air semble sec tellement vos narines se rétrécissent de froid, les yeux brûlent et pleurent, les oreilles ou les mains mal couvertes se vengent par une armée de fourmis aux dards acérés qui se mettent en branle dès le chaud retrouvé.


Oui tant que ça.


Mais l'hiver c'est aussi le retour des activités cocooning entre amis. Un bon vieux Astérix des familles, une bouteille de vin et 6 grands dadets de 23 à 30 ans qui se retrouvent dans un appartement du Mile-End en ce beau dimanche soir.


C'est aussi le temps des escapades dans le sud pour certains. Les sorties à la montagne pour une journée de ski ou à la « Montagne » pour du patin. Le chocolat chaud bien mérité, les ballades en raquettes. La fin de semaine au chalet parfois aussi.


C'est sûr, y a la sloche qui dégoûte partout dans votre corridor, les bas de pantalon qui se mouillent si vous ne les mettez pas dans vos bottes, le temps fou d'habillage des petiots qui ont inéluctablement « envie » une fois qu'ils sont parfaitement habillés, les profs d'école revêches qui trouveront à redire sur la façon d'habiller votre dernier.


Mais y a aussi les sons atténués qui permettent de dormir parfois bien mieux, la lumière si légère et si particulière à l'hiver, l'air qui semble si purifié.


Y a ces 400 heures et plus d'ensoleillement hivernal qui donne la pêche aussi. Certes c'est comparable à Nantes mais Nantes je n'y vis pas moi alors je compare pas.


Ah puis avec le redoux, la neige c'est important, parce que sans neige, pas de tire!


Certains demandent comment ne pas déprimer en hiver : profitez-en pardi!


Le soleil d'abord, gorgez-vous en, c'est essentiel pour le moral. Me demandez pas exactement le phénomène mais les UV aident à la libération d'une hormone sympathique, la mélatonine (oui la même qui fait bronzer). Mais pas parce que nous bronzons justement même si avoir un beau teint peut donner un bon moral, ça fonctionne par la vue cette patente là. Donc profitez d'abord du soleil.


Faites de l'exercice aussi. Profitez de l'air exempt de tous germes ou presque (sont pas si résistants que ça les bestiaux, trop froid c'est pas propice à leur développement !) pour aller découvrir la ville à pied. Allez visiter le cimetière Côte des Neiges maintenant qu'il est de nouveau rendu présentable ou presque. Puis en remontant un peu plus haut allez faire du patin ou des tubes au Parc du Mont-Royal. Si vous accrochez au patin, foncez à Bonsecours, à Lafontaine, au parc du Père Marquette aussi. On en trouve partout et on peut parfois même patiner avec le carrosse (la poussette) de bébé. Hé oui pas d'excuses que les rollers roulent mal sur la glace !


En finissant votre escapade, allez profiter des gourmandises en allant prendre un chocolat chaud. Ou une part de tarte.


Pis si ce matin il fait froid et que ça vous tente pas, mais que le soleil brille, n'attendez pas des heures pour en profiter, le temps vire parfois vite et si vous DEVIEZ aller quelque part et que ça vous tentait pas dans de bonnes conditions, vous allez encore moins apprécier si elles sont mauvaises.


Bon c'est sur, c'est facile de dire ça, comme c'est facile de discuter des trucs contre le froid : vaseline pour la peau ou pas? Mitaines pas de doigts ou gants? Bottes mode ou grosses et chausson amovible? Capuche ou pas capuche? Kanuk ou North Face?


Ouais c'est facile parce qu'on le veuille ou non, on a chacun son astuce pour passer au travers de l'hiver.


Mais il est rarement évident en tant qu'immigrant de réussir à le dompter si on le fuit.


Alors affrontez-le dès à présent, laissez à votre corps l'opportunité d'apprendre et de développer des moyens de défenses, parce qu'à moins d'être chanceux, vous ne passerez pas les 5 mois prochains mois en Espagne comme ma belle-mère avant votre retraite.


Ou à moins de rentrer chez vous, vous serez pogner à vivre dans ce pays, l'hiver, pendant encore de longues années.


Alors, découvrez-le, parcourez-le, domptez-le et vous aussi vous entendrez peut-être un jour chanter des cigales dans la neige…









Les légendes québécoises

Petiboudange

Cette chronique arrive après l'Halloween, faute au calendrier des chroniques, mais elle porte néanmoins la trace de cette fête que petits et grands fêtent en grand nombre au Québec.
Ti'Namour et moi ne l'avons pas vraiment fêter cette année, nous sommes allés manger une pizza dans la Petite Italie, à l'excellente pizzeria Napoletana, où mon homme a tout de même eu la frayeur de sa soirée.... Ne jamais savoir quoi choisir parmi les 32 sortes de pizzas toutes plus appétissantes les unes que les autres.
Non que nous n'étions pas convié à un souper de monstres et de sorcières cette soirée-là, mais je pense que notre costume de l'année était celui des « esprits de contradiction ». On voulait se faire une soirée en amoureux, oui ce soir là particulièrement, et au diable les convenances !

Mais ce n'est pas parce que nous n'avons pas été dîner chez ma belle-sœur bien aimée où un grand monstre adolescent survolté au sucre m'aurait piqué tout les rockets que je lui aurais voler d'une main fantomatique, que nous n'avons pas eu notre lot de contes et de sucreries.
Et parlant contes, puisque j'ai été inspirée par une belle soirée conte le vendredi précédant l'Halloween ainsi que par LE livre que je veux absolument pour Noël, je viens vous livrer ici quelques menus contes québécois.
Tirez-vous une bûche, étendez vos jambes bien comme il faut, et entrez dans la tanière des monstres du Québec, si vous l'osez.

La Corriveau.

L'un des plus connus, si ce n'est le seul, rappelé au public québécois par une chanson de Mes Aieux.
Ce conte est basé sur des personnages réels : Marie-Josephte Corriveau (1733-1763), son père Joseph, Charles Bouchard et Louis Dodier, les deux maris malchanceux de la vraie Corriveau. Même la cage de fer est vraie. Mais l'opulence des meutres de la chanson.... Néanmoins en voici une version.
Marie-Josephte Corriveau était la fille de Joseph Corriveau et de Françoise Bolduc, de Saint-Vallier de Bellechasse. Joseph et Françoise eurent neuf enfants, dont Marie-Josephte «La Corriveau» qui naquit le 14 mai 1733.

À seize ans, Marie-Josephte épousa un cultivateur, Charles Bouchard, qui était alors âgé de 23 ans. Pendant les onze années qu'ils vécurent ensemble, ils eurent trois enfants. Puis, Charles mourut de façon soudaine sans que personne ne puisse en expliquer vraiment la cause. Cette mort étrange et inopinée fit courir bien des rumeurs. On racontait que Marie-Josephte, fort jalouse, s'était débarassée d'un mari un peu trop libertin à son goût, en lui versant du plomb fondu et bouillant dans une oreille alors qu'il dormait. Cependant, on ne put jamais rien prouver et Marie-Josephte épousa après quinze mois de veuvage, Louis Dodier.
Quelques mois plus tard, Louis mourait à son tour. On le trouva au petit matin, dans un enclos à chevaux, la tête écrasée.

Quelques temps plus tard, elle épousa un médecin. La femme était jalouse parce que l'homme avait plus de clientes que de clients. Certaine que son mari était coureur de jupon, elle décida d'en finir et de l'empoisonner. Un bon soir, pendant qu'elle préparait le souper, elle fit tomber des gouttes d'un médicament pour les chevaux dans l'assiette du docteur. Ce médicament pouvant être mortel pour l'homme. ce qui devait arriver, arriva. L'homme n'eut pas le temps de déguster son repas puisque le médicament fit tout de suite effet et l'homme mourut. Après la mort de son mari, elle mit le médicament dans une bouteille d'épices fortes. Le coroner conclut donc que la femme, n'étant pas au courant, avait sans le vouloir empoisonner son mari.

1 an plus tard, elle fit la connaissance d'un homme avec qui elle décida de se marier. Le couple semblait avoir une vie stable, mais les gens du village étaient loin de se douter que l'homme avait des comportements violents. Tannée de se faire battre, la Corriveau décida de mettre un terme à cette histoire en tuant une fois de plus. Pendant que l'homme dormait, elle lui fit couler de la cire chaude dans les oreilles.

Cette fois, la justice fit enquête. «La Corriveau», jouant d'astuces et de perfidie, fit tant et si bien qu'elle convainquit son père, Joseph Corriveau, un homme qui aimait tant sa fille, de s'avouer coupable des meurtres.

Un premier procès eut lieu au couvent des Ursulines à Québec. Un tribunal militaire formé de douze officiers anglais condamna à mort Joseph Corriveau. Ce même tribunal condamna aussi Marie-Josephte à 60 coups de fouet sur un dos nu et on devait aussi la marquer d'un M (pour meurtrière) au fer rouge, à la main gauche. Elle était accusée de complicité.

Ces sentences ne furent jamais exécutées. Le pauvre Joseph fit confesse à un père Jésuite et lui avoua son innocence et désigna sa fille comme seule responsable du meurtre de son mari. Quelques jours plus tard, la Cour s'étant à nouveau consultée, entendit les aveux de Marie-Josephte s'avouant coupable d'avoir tué ses maris et prétendants. Cette fois le verdict tomba et la sentence disait:
«Marie-Josephte Corriveau sera mise à mort pour ce crime et son corps sera suspendu dans les chaînes, à l'endroit que le gouverneur croira devoir désigner.»
L'exécution eut lieu sur les Buttes-à-Nepveu, près des Plaines d'Abraham. Ses derniers auraient été « je me vengerai ». On exposa ensuite son corps à un carrefour de la pointe de Lévis.
Certains moments, les soirs de pleine lune les gens qui habitent près de la côte, entendent les dernières paroles et les derniers soupirs de la femme.

La cage fut très probablement enterrée dans le cimetière derrière l'église du village puisqu'en 1840, lors de l'agrandissement du cimetière, on retrouva la cage avec quelques ossements. Elle fut vendue à l'impresario Barnum (du cirque éponyme), de New York, qui l'exposa comme curiosité pendant plusieurs années. On raconte aussi que les os de la Corriveau on été vendus a un cirque irlandais qui aurait brûlé peut de temps après.

(Sources : Le grenier de Bibiane, Wikipedia et kazibao.net)

L'étranger (Philipe Aubert de Gaspé)
Rose était la fille unique d'un dénommé Latulipe. Celui-ci l'adorait, il tenait à elle comme à la prunelle de ses yeux. Et, il va sans dire, Latulipe ne pouvait rien refuser à sa fille.

Rose était une jolie brunette, mais un peu éventée. Elle avait un amoureux nommé Gabriel, à qui elle était fiancée depuis peu. On avait fixé le mariage à Pâques. Rose aimait beaucoup les divertissements, si bien qu'un jour de Mardi gras, elle demanda à son père d'organiser une soirée de danse. Celui-ci accepta, bien sûr, mais il fit promettre à Rose que tous les invités seraient partis à minuit car ce serait alors le Mercredi des Cendres. Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout à coup, au milieu d'un cotillon, on frappa à la porte. C'était un monsieur vêtu d'un superbe capot de chat sauvage. Il demanda au maître de la maison la permission de se divertir un peu.

-C'est trop d'honneur nous faire, avait dit Latulipe, dégrayez-vous, s'il vous plaît, nous allons faire dételer votre cheval.

On lui offrit de l'eau-de-vie. L'inconnu n'eut pas l'air d'apprécier la boisson offerte. Il fit une grimace en l'avalant; car Latulipe, ayant manqué de bouteilles, avait vidé l'eau bénite de celle qu'il tenait à la main, et l'avait remplie d'alcool.

C'était un bel homme que cet étranger mais il avait quelque chose de sournois dans les yeux.
Il invita la belle Rose à danser et ne l'abandonna pas de la soirée. Rose se laissa subjuguer par cet élégant jeune homme habillé de velours noir. Elle était la reine du bal. Quant au pauvre Gabriel, renfrogné dans un coin, ne paraissait pas manger son avoine HYPERLINK "http://legrenierdebibiane.com/trouvailles/legendes/lexique.htm" \l "avoine" \t "popup" de trop bon appétit.

Une vieille tante, assise dans sa berceuse, observait la scène en disant son chapelet. À un certain moment, elle fit signe à Rose qu'elle voulait lui parler.
-Écoute, ma fille, lui dit-elle; je n'aime pas beaucoup ce monsieur, sois prudente. Quand il me regarde avec mon chapelet, ses yeux semblent lancer des éclairs.
-Allons, ma tante, dit Rose, continuez votre chapelet, et laissez les gens du monde s'amuser.

Minuit sonna. On oublia le Mercredi des Cendres.

-Encore une petite danse, dit l'étranger.
-Belle Rose, vous êtes si jolie, je vous veux. Soyez à moi pour toujours?
-Eh bien! oui, répondit-elle, un peu étourdiment.
-Donnez-moi votre main, dit-il, comme sceau de votre promesse.

Quand Rose lui présenta sa main, elle la retira aussitôt en poussant un petit cri, car elle s'était senti piquer; elle devint très pâle et dut abandonner la danse.

Mais l'étranger, continuait ses galanteries auprès de la belle. Il lui offrit même un superbe collier en perles et en or: «Ôtez votre collier de verre, belle rose, et acceptez, pour l'amour de moi, ce collier de vraies perles.» Or, à ce collier de verre pendait une petite croix, et la pauvre fille refusait de l'ôter.

Pendant ce temps, deux jeunes gens qui étaient allés s'occuper du cheval de l'étranger avaient remarqué de bien étranges phénomènes. Le bel étalon noir était certes, une bien belle bête mais pourquoi dégageait-il cette chaleur insupportable? Toute la neige sous ses sabots avait fondu. Ils rentrèrent donc et, discrètement, firent part à Latulipe de leurs observations

Le curé, que Latulipe avait envoyé chercher, arriva; l'inconnu en tirant sur le fil du collier de verre de Rose l'avait rompu, et se préparait à saisir la pauvre fille, lorsque le curé, prompt comme l'éclair, s'écria d'une voix tonnante:
-Que fais-tu ici, malheureux, parmi les chrétiens?
-Cette jeune fille s'est donnée à moi et le sang qui a coulé de sa main est le sceau qui me l'attache pour toujours, répliqua Lucifer.
-Retire-toi, Satan, s'écria le curé. Il prononça des mots latins que personne ne comprit. Le diable disparut aussitôt avec un bruit épouvantable en laissant une odeur de soufre dans la maison.

Cinq ans après, une foule de curieux s'étaient réunis dans l'église, de grand matin, pour assister aux funérailles d'une religieuse. Parmi l'assistance, un vieillard déplorait en sanglotant la mort d'une fille unique, et un jeune homme, en habit de deuil, faisait ses derniers adieux à celle qui fut autrefois sa fiancée: la malheureuse Rose Latulipe.
(source : Le grenier de Bibiane)
La chasse galerie.

Le plus important selon moi dans le folklore québécois. Si important qu'un bar québécois en porte l'image peinte sur son fronton jusque dans Paris. La chasse galerie se retrouve aussi sur une bouteille de bière de micro-brasseur autrefois à cheveux frisés.

C'est moi le plus jeune des dix
Dans ce canot maudit
Volant par maléfice
Au-dessus de vos vies
Épargnez vos prières
Mes parents, mes amis
Je suis un beau tord-vis:
Martin de la Chasse-Galerie.
Vous connaissez l'histoire
Nous bûchions au chantier
Loin de nos êtres chers
Dix gars bien esseulés.
Dans notre désespoir
Le soir du jour de l'An
Nous avons fait, ciboère!
Un pacte avec Satan!
Dans le ciel du pays
Le canot fendit l'air
Et nous mena, ravis
Aux maisons de nos pères!
Toute la nuit, en famille
Nous pûmes rire et boire
Mais sans toucher aux filles
Le diable veut rien savoir!.
Mais moi toujours plus saoul
Fantasque et fanfaron
Plus prime aux mauvais coups
Que mes vieux compagnons.
Au moment des adieux
J'entraînai Marion
La plus belle des lieux
Dans un baiser profond!
C'est là que l'histoire se foque!
Car le grand Lucifer
Pour comble de badloque
Tchèquait du haut des airs!
"Martin mon escogriffe
T'as voulu faire ton frais!
Asteure on est kif-kif
Vous n'en reviendrez jamais!"
En nous voyant, penauds
Chuter jusqu'aux enfers
Dans notre maudit canot
Le Bon Dieu n'était pas fier.
"Ma gang de sans-génie!
Le Malin vous a pincé!
Il ne me reste qu'à vous souhaiter
Une belle éternité!"
"Quand même, je serai bon diable
Et au lieu d'en enfer
Je vous enverrai dans le ciel!
Ça fera suer Lucifer!"
Mais ce n'est pas le Paradis
Ce ciel dont je vous parle
C'est un petit peu plus gris
C'est le ciel de Montréal!
Voilà pourquoi, bonnes gensses,
Depuis ce jour fatal
Nous flottons en errance
Entre Longueuil et Laval!
Condamnés, pour toujours
À contempler de haut
Vos peines et vos amours
Vos chars et votre métro!
Jeunes filles au pas léger
Flânant rue Saint-Denis
Si un jour entendez
Un sifflet impoli
Ne soyez pas rebelles
Quelqu'un vous trouve jolie
Regardez vers le ciel
C'est Martin qui s'ennuie!

(source : La Bottine Souriante)
On raconte que plus personne ne se laissa prendre après cette aventure et ce doit être vrai car hormis les sifflets de Martin, qui peut prétendre avoir vu voler un canot?

Un cheval noir à Trois-Pistoles

Une autre légende qui cette fois unit deux bières de la même marque : le Cheval Noir à Trois-Pistoles. Elle m'a été racontée voila 3 ans dans le pub de la Maison Majorique de Tadoussac, autour d'une bonne Trois-pistoles.
Lors de la construction de la cinquième église de Trois-Pistoles, de 1882 à 1887, on put compter sur un cheval noir d'une vigueur exceptionnelle. Ce cheval apparut sans que personne ne sache d'où il venait et on s'en servit pour transporter la pierre de l'église d'en bas jusque sur la côte où l'on érigeait la nouvelle construction.
Fort comme 3 hommes, le cheval était utile, fort utile, et la construction avançait vite. Mais simple animal, on ne souciait que peu de son confort. Apparu avec une bride au cou, on ne jugea jamais bon de lui enlever une fois le travail fini. Et on fit fort bien car c'était le diable lui-même à qui on ne devait jamais enlever sa bride.
Malheureusement, lors de la dernière journée de construction, quelqu'un passa outre la recommandation et le cheval disparut aussitôt, les travaux n'étant pas encore terminés. D'ailleurs, une pierre manque toujours à l'église au sommet d'un des murs.
Une légende sur le Rocher Percé.

Enfin, voici une des nombreuses légendes qui entourent le Rocher Percé.

Blanche de Beaumont vivait en Normandie, dans un vieux château. C'était une belle jeune fille âgée d'à peine seize ans. Elle était fiancée au chevalier Raymond de Nérac dont elle était très amoureuse.

Sur les ordres du roi, le chevalier de Nérac dut se rendre en Nouvelle-France pour combattre les féroces Iroquois. Adieu la douce vie en France, les plaisirs de la cour et la belle et adorable fiancée de Normandie.
Une fois en Nouvelle-France, le chevalier de Nérac n'eut pas la vie facile. Il dut combattre les Iroquois et affronter nos durs hivers tout en commandant des hommes qui n'étaient guère obéissants. Il se rongeait d'ennui et d'amour pour sa fiancée qui le hantait.

Pendant ce temps, Blanche de Beaumont se morfondait également dans l'attente de son bien-aimé. Elle prit un jour la décision d'aller rejoindre son fiancé en Nouvelle-France et de l'épouser. Blanche de Beaumont s'embarqua donc pour la Nouvelle-France avec son frère que le roi avait prié de faire du service dans sa colonie.

À la mi-octobre, le navire arriva à la hauteur des côtes de Terre-Neuve. Soudain la vigie annonça un navire à bâbord, et on eut tôt fait de reconnaître un vaisseau pirate. Le capitaine ordonna à tous les hommes de se munir de leurs armes et assigna à chacun d'eux un poste en attente de l'abordage. Ce fut l'horreur! Les Français offrirent une résistance farouche mais les pirates, plus nombreux et mieux armés s'emparèrent du navire et de son contenu. Ils firent plusieurs prisonniers dont Blanche de Beaumont qu'on enferma dans une cabine.

Quand le capitaine des pirates aperçut la jeune fille, il décida qu'elle devait lui appartenir. Mais au lieu de la violenter, comme c'était souvent son habitude, il voulut en faire sa femme, la patronne du navire et la mère de ses enfants. Les enfants qu'il aurait seraient de sang noble.
Mais c'était sans compter la détermination de Blanche de Beaumont.
Celle-ci, accepta la proposition du capitaine, mais au moment de la célébration, alors qu'on s'y attendait le moins, elle se retourna, se mit à courir et se jeta à l'eau avant que personne n'ait pu intervenir. Elle disparut dans les profondeurs de la mer.

Par la suite, le navire glissa dans un épais brouillard. Le lendemain, lorsque le soleil eut réussi à dissiper cette brume, l'équipage aperçut une masse énorme: c'était le Rocher Percé. Cet imposant rocher, semblant flotter près du rivage comme un navire ancré, dégageait une menace mystérieuse et impitoyable. Les pirates, figés de terreur, distinguèrent à son sommet une espèce d'apparition voilée dans laquelle ils crurent reconnaître Blanche de Beaumont. Puis brusquement, cette apparition abaissa ses mains vers le vaisseau dans un geste de malédiction et ce dernier, avec tous ses occupants, fut changé en un rocher dont on retrouve encore des vestiges aujourd'hui.

Quant au chevalier de Nérac, il périt peu après aux mains des Iroquois.
Il paraît qu'à certains moments, lorsque le Rocher Percé est enveloppé de brouillard, on croit parfois entrevoir Blanche de Beaumont à la recherche de son amour perdu...

(Source : trouvé sur dark-stories.com)

Voila un petit bout du patrimoine du Québec qui ne cesse jour après jour de m'offrir de joyeuses découvertes.
En espérant que l'an prochain, les sorcières et fantômes qui s'empareront de vous à l'Halloween aillent à leur tour colporter légendes et contes québécois, pour le plus grand bonheur de tous et de toutes!

Le cirque Barnum fut notamment le lieu de « retraite » de Buffalo Bill .... et celui de Tom Pouce aussi !
Je vous conseille l'excellente version de Honoré Beaugrand de la Chasse Galerie, la meilleure que j'ai lu jusqu'à présent!

La Corriveau selon Henri Julien pour P.A de Gaspé

Plus capable !

Petiboudange

Ce matin, je lisais Foglia, comme tous les matins où je peux d'ailleurs.
Et là, je pense à Laurence qui me rappelle que je n'ai pas fait ma chronique. Oups oublié, que voulez-vous.
Foglia, dans toute sa grande splendeur littéraire de Maudit Français assumé (mais non je l'insulte pas, je me traite moi-même de MF, pensez donc que je ne peux m'insulter moi-même), nous dresse la liste des choses au Québec dont il n'est « pu capa-beu ». De quoi ne suis-je donc plus capable moi aussi après un an?
Allons, faut pas se leurrer, l'immigration c'est comme le mariage, passé la lune de miel il reste la vie quotidienne. Et cette vie quotidienne est remplie de bonheurs et de petites irritations.
Je vous rassure ma relation avec le Québec est plus remplie de bonheur que d'irritations, car comme en amour, pourquoi resterais-je en couple avec dans le cas contraire?
Mais il existe des petits irritants qu'il faut, pour les accepter et les intégrer, identifier.
Alors, quels sont-ils?

Je ne suis et n'aies jamais été capable de supporter le politiquement correct qui empêche certains individus de vider leur tripes au bon moment. Fuck off l'attitude « à-plat-ventriste », assumez donc vos opinions et criez-les bon sang, une fois pour toute, ça vous fera du bien. Non c'est vrai. De un, ça évite les ulcères, de deux ça donne matière au débat.
Certains diront que la commission Bouchard-Taylor est justement faite pour ça quant aux opinions vis-à-vis des immigrants et moi je m'abstiendrais de dire ce que j'en pense ouvertement. Je dirais juste que comme à chaque fois on fait une commission qui coûte une fortune, dure des plombes et conclura des choses qu'on savait déjà. Mais les prises de décisions elles, elles se feront attendre. Parfois on aura de timides tentatives battues en brèche par les journaleux (oui –eux pas –iste , un –iste descend en droit ligne d'un –isme, soit un concept. Ceux dont je parle n'ont d'autre concept que celui de blablater sans fondement – oui comme moi tout à fait, mais je suis chroniqueuse pas chroniquiste lol) qui seront relayés par des politicards et des intellos en manque d'inspiration.

Tiens puis en passant je suis plus capable des journaleux. Mais jetez pas tout de suite les feuilles de choux, ça me sert pour protéger le bureau quand je peins.

Je suis plus capable non plus de l'expression « à la française ». Fèves coupées à la française, porte-fenêtre à la française, vanille française.... Laissez donc la France où elle est, à 6000 km, pour sa grande partie. Puis vos fèves, ce sont nos haricots. Et ils n'ont rien de français quand on les coupe dans le long!
Ah pis fèves et piments, zucchinis et mûres noires non plus je supporte plus. Par contre, le choux fleur jaune ça m'éclate, ça j'aime!

Je suis plus capable non plus du métro. Mais bon je n'ai jamais été capable d'aucun métro. Je ne suis pas un rat ou une taupe moi, vivre sous terre, c'est pas mon truc, désolée. Mais regardez donc ce tube infernal et ses boîtes à roulettes. Du bruit, de la chaleur, de la saleté, à un prix exorbitant.
Mais ça va être modernisé ma p'tite dame! Ouais pour mettre des cartes à puces.... Mais ta boîte de conserve là, elle fournira toujours pas le café en prime, si? Ouais, c'est ce que je disais, je suis pas capable....

Je suis pas capable non plus de ce foutu sel qu'ils mettent en hiver dans les rues de Montréal. Ça bousille mes chaussures et pis ça fait fondre la neige qui ressemble alors à un amas de bouillasse infâme. Eh oh, la neige c'est beau quand c'est blanc et duveteux, pas quand c'est une chose molasse et brune!

Plus capable d'entendre la fille de mes voisins, moins de 18 mois, qui hurle et cogne contre les murs tous les soirs passés 18h. Bourrez-la de ritalin ou arrêtez de la faire chier, mais faites la taire quelqu'un je vais finir par appeler la DPJ tiens. C'est normal une gamine de cet âge qui hurle de même chaque soir, alors qu'on entend comme des coups sur les murs? M'inquiète moi parfois, entre deux séries de « Tab**** de câline, vont la faire taire une bonne fois pour toutes oui? ». Ben oui plus capable je vous dis.
Ah pis puisque je suis chez moi, plus capable d'enjamber les livraisons de l'épicerie du proprio qui sont dans mon hall tous les matins. Je pense que en contrepartie je vais lui refourguer la garde de mes paniers bio tiens! Et lui chourer deux bägels au passage aussi.

Plus capable d'entendre mes amis de France me dire que j'ai pris l'accent, mais plus capable d'entendre les québécois faire l'accent français avec la bouche en cul de poule. Quand comprendrez-vous que non seulement vous avez l'air c*n mais qu'en plus ça sonne à peu près aussi réaliste que moi si je vous imite? Ou tiens que quand Laurent Gerra fait Céline. Vous n'êtes pas capables de l'endurer? Moi non plus mais j'endure pas plus votre imitations les chéris.

Plus de capable de voir les prix des livres neufs! Et après on se plaindra qu'on ne donne pas assez le goût de la lecture aux enfants? Hey ça coûte plus cher de s'acheter des livres que de prendre un forfait au câble! Est-ce que ça vous paraît logique vous?
Puis dans la catégorie soyez cohérents avec vous-mêmes, plus capables d'entendre baver sur le vote voilé quand on peut voter avec deux pièces d'identité sans photo! C'est quoi la différence entre voter voilé avec une pièce d'identité avec photo et pas voilé avec 2 pièces d'identité sans photo? Ouais la laïcité, je suis pour, mais la cohérence aussi. En parlant de laïcité, le baptistère, c'est pas une pièce d'identité? C'est pas religieux non plus? Voyez, co-hé-ren-ce! Suis pour la laïcité moi, d'ailleurs je voterai pas avec mon baptistère! Et je présente une pièce d'identité avec photo.

Pfiou, c'est vrai que chiâler ça fait du bien hein. Mon gène MF s'est réveillé, tout ragaillardi tiens.

Mais grands dieux, pourquoi me suis-je embarquée dans cette galère alors?
Parce que le Québec, c'est un enfant encore. Un enfant qui grandit, qui se forme. Un ado en fait. Un ado qui subit les influences de ses rencontres, qui ne demande encore qu'à se définir pour devenir mature et indépendant. Comme un adolescent, le Québec a déjà ses traits distincts, son caractère propre et j'aime ces traits-là.
Dynamisme, envie de réussir, volonté d'aller de l'avant, ouverture.
Mais comme un ado, le Québec regarde avec nostalgie certaines choses de son passé qu'il doit laisser aller pour devenir adulte, définir son projet d'avenir, se faire reconnaître en tant que grand maintenant.
Et parce que c'est un pays en devenir, il y a encore tellement de choses à y faire.
Un véritable laboratoire pour les sciences sociales. Je ne sais pas si on y essayera tout, mais le Québec, avec tous les défauts qu'on pourrait lui trouver, c'est quand même la place où la société telle qu'on la connaît et qu'on l'envisage est actuellement la plus discutée, remise en question, de façon collective. Pas un jour sans qu'on ne discute d'un pan ou d'un autre pour la former notre société. Pas un jour sans qu'on ne soit interpellé par les télescopages entre l'héritage du passé (la common law et le droit civil, la confédération et la nation distincte, le français et l'anglais) et les volontés d'avenir (les immigrants et leurs apports, l'indépendance et son report).
Si si la démocratie aussi on l'a remise en question, y a eu un roi il y a quelques années qui s'était autoproclamé roi de son coin, me souviens plus lequel. (Comment ça je fais preuve de mauvaise foi? Tous les exemples sont bons, c'est mon espace, je fais ce que je veux.... Oups mon gène est encore actif)
Et comme je ne suis pas capable de vivre un chemin tout tracé, le Québec ne peut être que le refuge idéal à mes goûts déraisonnables d'accommoder ma vie et mes questionnements intellectuels de maître ès communication culturelle....

Il y a donc bien une chose dont je suis encore capable ici, c'est d'y vivre, tout simplement, et je l'espère, pour encore très longtemps.

Le marché Jean Talon

Petiboudange

Initialement écrite pour mon blog et pour ma mère, fanatique des marchés et autres halles, je me suis dit « eh quoi, depuis qu'on leur en parle, personne n'a jamais rien écrit dessus ? ».


Alors voici ma ballade matinale au marché Jean Talon, quelques photos en appui !



Le marché Jean Talon à Montréal est une institution autant pour les familles en balade le dimanche que pour les amateurs de fruits, légumes, fleurs, épices et aromates, viandes, poissons et fruits de mer, fromage et autres inventions du genre que la France aurait tôt fait de qualifier de produits du terroir.

On y accède presque par hasard, aux détours des rues de la petite Italie, sans s'y attendre, caché, dissimulé à la vue par les bâtiments d'habitations qui l'entourent.
Remontant en ce matin d'automne la rue Henri-Julien qui borde mon appartement, je profite des rayons d'un soleil généreux pour prendre les photos d'une de ces rues si typiquement montréalaises.

Je savoure d'avance les couleurs de ce marché à l'histoire si particulière puisque là où sont aujourd'hui bâti les halles, on trouvait autrefois un terrain de jeu de crosse irlandais privé, appartenant à la famille Shamrock, dont on retrouve encore la trace grâce à l'une des rues avoisinantes.


Racheté par la ville en 1931, le terrain, qui autrefois attirait jusqu'à 10 000 personnes les jours de match, va d'abord abriter la station de départ des autobus en direction de Laval. La vente de légumes, fruits, fleurs, porc et cochons s'y déroule déjà en bordure de la rue Jean Talon.

Le marché, qui se résume alors essentiellement au chalet central dans lequel on retrouve aujourd'hui une célèbre enseigne patentée de boulangerie, est inauguré par le maire Camilien Houde en 1933.

Le quartier déjà densément peuplé, et déjà de Canadiens italiens qui plus est, reçoit en même temps que ce pôle de transport et d'attraction un poste de police et d'incendie.

La population des paroisses avoisinantes, d'origine Italienne donc, étant habituée plus aux marchés ouverts, à l'instar des marchés européens qui ont bercé mon enfance, la ville n'a pas pensé à se doté dès le départ de bâtiments. Elle construisit seulement 3 galeries ouvertes aux vents divisibles en étals. Ce n'est qu'en 1983 que le marché se dote de cloisons amovibles pour l'hiver, rendant les abris saisonniers de fortune que se construisaient les maraîchers caduques.

Le marché actuel est le résultat de divers agrandissements, puisqu'il était au départ situé dans une enclave, dont la seule porte d'entrée était la rue Shamrock. La rue de la place du Marché Nord est percée, ainsi que la rue Henri-Julien et la rue Mozart, dès 1939 et dotée d'une nouvelle série d'arcades.

Dès 1943 le marché a atteint sa forme et sa superficie actuelle. On dit aujourd'hui encore que ce serait le marché à aire ouverte le plus grand d'Amérique du Nord. Vérité ou galéjade, peu m'importe, c'est un lieu de tous les délices: gustatifs, visuels, odorants, auditifs....

Un lieu de villégiature pour qui sait apprécier les simples plaisirs de se sentir vivant.



Mais qu'y trouve-t-on en cette saison au juste?

Des tas de choses: petits fruits (fraises, framboises, canneberges, bleuets, cerise de terre), des courges, courgettes, choux fleurs, aubergines, navets, pomme de terre, tomates, oignons, des fleurs, des tresses d'ail et de piments, du miel et du sirop d'érable.



Au plaisir de vous y voir un jour !


Tags : Culture

Du canot camping en outaouais

Petiboudange

Puisqu'il est de coutume pour bien des gens de considérer que l'été québécois commence à la Saint Jean-Baptiste pour finir à la fin de semaine de la fête du travail, et puisque nous nous sommes quittés pour la trêve avec le récit de ma fête nationale, je vous reviens en très grande forme, bronzée et enjouée grâce à mon long week-end de ce premier lundi de septembre.

Si le dernier récit était tout de bons sentiments et de famille, celui-ci sera gourmand et faunique !


Pour fêter ce dernier sursaut de vacances et les retrouvailles avec mon massothérapeute préféré, accessoirement le premier ami québécois que j'ai eu ici à Montréal et qui revenait d'une année d'études à Paris, nous sommes partis D. mon masso, P. sa coloc et partenaire de travail, Ti'Namour et moi en Outaouais, proche de Denholm, sur les pourtours, que dis-je au cœur même du réservoir/lac du Poisson-Blanc ou lac Ohara.


Après une première nuitée dans la tente, plantée sur le parking du camp Air-Eau-Bois où bien des jeunes outaouais de Gatineau et Hull, voire même des jeunes d'Ottawa, ont passé des semaines, en tant qu'enfant, ado puis parfois même bénévole, nous avons pu prendre possession de l'un des instruments essentiels pour notre fin de semaine : des canots !

Eh oui, voici une chose que je n'avais encore jamais faite et qui pourtant me semble plus belle et plus essentielle que les ballades en traîneaux (que je n'ai pas plus faites d'ailleurs), le canot-camping. Et croyez-le, nous avons choisi un site magnifique pour le faire !

Outre le fait que j'ai un peu paniqué (hum on appelle ça un euphémisme....) les premiers instants dans notre canot plein à craqué de nos victuailles, sacs de couchages, matelas de sol, habits, tentes, glacière et alouette, j'avoue un peu tard que j'ai finalement trippé sur la ballade au fil de l'eau.

D'îles en îles, nous avons profité de notre première après-midi de congé pour prendre un petit aperçu de la largeur de ce lac ! Puisque je suis de nature curieuse, je suis allée jeter un œil sur différents sites pour en apprendre plus sur notre vénérable hôte : environ une dizaine de kilomètres de largeur, un peu plus de 25 kilomètres de longueur, une centaine d'îles et de baies, certaines aménagées avec des pontons, des chalets, et d'autres, comme celle sur laquelle nous déposerons nos rames, pratiquement inhabitées.

Je dis bien pratiquement parce qu'un examen rapide permet de détecter deux anciens emplacements de foyer, une cabane sommaire de chasseur et de nombreuses traces animales qui nous serons confirmées lors de la première nuit.

Nous arrivons donc après 2h de navigation hiératique sur une île qui nous semble hospitalière : pente douce et plage de sable, arbres nombreux, un chemin qui mène vers un lac intérieur. C'est décidé, « c'est là que nous ferons notre maison ! »

Tenaillés par la faim due à l'exercice et par l'envie de déguster les bonnes choses qui sont les nôtres, nous allumons un feu avant même de planter la tente. Les premières victuailles victimes de leur succès seront les épis de maïs, roulés dans le beurre et salés. Cet apport d'énergie nous permet de monter la tente. Et ensuite, c'est une soirée de gavage, de rires, de discussions qui arrive.

Après le foie gras sur pain grillé au feu de bois, figues et gros sel, arrosé de mousseux, les steaks au poivre et épices italiennes à la sauce marchande avec pomme de terres à la braise en robe des champs et vin rouge sont venus complétés le tableau gastronomique. Nous nous couchons donc tardivement, la peau du ventre bien tendue.


Le lendemain, je suis réveillée par des bruits de sacs plastiques bousculés. Les poubelles sont attaquées, sus à l'envahisseur. La bestiole, que je n'entraperçois qu'à peine, myope sans verre de contact que je suis au réveil, m'accueille avec toute la froideur de la matinée encore blême. Un masque noir me regarde au loin, et je n'en demande pas moins pour aller faire de mon côté ce que la nature appelle. De toute façon, il a sûrement déjà commencé son ouvrage alors à quoi bon ?

Quelques minutes plus tard, c'est au tour de Ti'Namour, que j'avais rejoint au chaud finalement, de se lever après avoir entendu un nouveau cri. Et quelle n'a pas du être sa surprise de voir un faon au loin ? Lorsque je le rejoins finalement intriguée par ce son là, je me lève et le rejoins auprès du feu, où il me soulève dans ces bras pour me permettre d'apercevoir l'autre rive du lac intérieur et notre cerf de virginie aux abois.

Et notre fin de semaine ira ainsi de rencontres en découvertes. La veille déjà j'avais découvert les traces de sabots des cerfs et nous avions choisi de placer notre tente en retrait de la route que les empreintes formaient. Les pattes du raton se trouvaient en empreinte ce matin-là le long du chemin menant du lac intérieur à notre rivage. Les tamias rayés nous ont nargué toute la soirée et ils s'approchent déjà bien davantage puisque Ti'Namour m'avoue que quelques minutes avant que je ne me lève une seconde fois, deux d'entre eux étaient installés sur le tronc d'arbre qui borde notre tente, tentant presque de regarder via la moustiquaire.

La veille aussi j'avais subrepticement aperçu un héron cocoi si j'en crois les photos que j'ai trouvé sur Internet et ce matin-là, alors que Ti'Namour et moi observions le soleil paraître au-dessus de la futaie, nous avons eu le loisir d'entendre son chant.

Et nous n'avions pu résister la veille aussi à prendre la colonie de canards siffleurs qui passait à quelques encablures de notre plage, persuadés sans doute qu'elle était encore inhabitée ce soir-là.

Un peu plus tard cette journée-là nous rencontrerons une taupe, minuscule bestiole aveugle qui tentera de grimper sur un genoux de Ti'Namour, tandis que les 3 autres grands dadais que nous sommes s'extasieront sur tant de fragilité tout en se demandant comment un animal aussi bête avait pu survivre si longtemps.


Notre journée s'est donc déroulée paisiblement. Levés vers 7h sur un principe naturel de réveil échelonné, chacun à son rythme, nous déjeunons de tartines de pain grillé au feu de bois, de café et de jus de fruits. Quand notre 4ème larron sort enfin de la tente, nous attaquons les pommes de terres en rondelles et les saucisses puis partons explorer notre île.

Nous découvrons alors que ce que nous avions pris pour un lac intérieur n'est en fait qu'un bras du lac qui nous entoure. Nous décidons donc de partir en canot, faire le tour de l'île et revenir par ce bras-là. Et là, quelle découverte ! Non seulement notre île est un véritable réservoir faunique mais elle est immense.

En forme de croissant à vue d'eau , elle offre de nombreuses plages dans le genre de la nôtre et la plupart d'entre elles sont d'ailleurs occupées par d'autres naufragés volontaires.

Notre mission symbolique réussie, nous pataugeons sous le soleil qui frappe encore dans notre « lac intérieur », et savourons l'extase d'un temps qui défile sans prise mais sans retenue non plus.

Je repense alors aux joies que ces quelques heures nous ont déjà offertes. La joie d'être avec un ami que je n'avais plus revu depuis bien longtemps, le plaisir de rencontrer une fille très sympathique, les petits bonheurs simples d'avoir observé ratons, tamias, hérons, taupes, cerfs dans un habitat naturel, la beauté des paysages de ce coin de l'Outaouais qui me font prendre la pleine mesure de la beauté des grands espaces plus que toutes les brochures touristiques qu'on a pu me tendre.... Un stage au cœur de la nature du Québec, si j'étais restée plus longtemps, j'aurais sûrement nommé cette chronique ainsi !


Une petite sieste plus tard, et de grosses bourrasques plus tard, nous reprenons notre doux voyage gastronomique avec de la soupe de pois en boîte de conserve, « tradition maison depuis 1918 » dit l'étiquette. D. explique que le plus simple dans ce cas, c'est de mettre les « cans » non ouvertes directement dans le feu.

Quelques minutes plus tard, une détonation survient, une pluie de soupe aux pois brûlante s'abat sur nous, et sous le choc quelques secondes suivront avant que P. et moi ne quittions hilares les abords du feu pour le laisser sortir les 3 autres boîtes restantes. Ti'Namour sort encore tout endormi de la tente, réveillé par ce bruit incompréhensible et nous découvre couverts de soupe, riant aux éclats et lui tendant une soupe sur laquelle il lit, répondant à la remarque de D. « ils pourraient dire de ne pas mettre la boîte fermée dans le feu quand même » que sur l'étiquette il est stipulé de ne pas mettre la boîte fermée à plus de 155°. Nouveaux éclats de rire.... On se souviendra encore de cette aventure lorsque nous achèterons de nouveau cette soupe-là pour sûr !


Un autre moment de rire sera l'aventure de la partie de pêche de Ti'Namour. Nous avons trouvé une vieille canne à pêche pour pêcher à la mouche sur laquelle il restait encore de la ligne. En piochant dans ma trousse de premier secours une des épingles de sûreté, nous avons fabriqué un hameçon sur lequel mon homme a allègrement empalé une mouche (en nous détaillant bien le trajet de la pointe !) et le voila parti au creux des vagues pécher le poisson.... Les vagues sont à ce moment-là très fortes et D. qui revenait d'un trip en partant de notre lac intérieur et qui est plus expérimenté en canot que Ti'Namour a lutté quelques minutes en tournant sur place au large, avant de pouvoir rejoindre la côte et de faire avancer le canot à la main le long de la côte. Mais mon homme est intrépide et je l'attends pas très patiemment je dois dire....

Il nous revient finalement quelques minutes plus tard, en rogne après s'être battu contre les vagues qui ont gagnées et l'oblige à revenir en reculant et dépité de s'être fait voler sa seule mouche par un poisson local !


La soirée, rafraîchie par les bourrasques de vent, nous offrira d'autres moments aussi délicieux gustativement que dans les souvenirs qu'il en reste. Au risque de paraître sacrilèges, nous avons dégusté du fromage de chèvre sur pain grillé au feu de bois et cendres, un plat de patates en rondelles couvertes de camembert et cendres, des côtes de porcs et brochettes de légumes .... aux cendres ! Seules les bananes au chocolat échapperont à l'épice cendre mais c'est parce qu'elles furent englouties plus vite qu'il n'en faut pour dire « deux messieurs et deux mesdames sur un canot de bois ».


Finalement, ces deux jours de quiétude se terminent le lendemain matin, lundi fête du travail, après une nuit mouvementée du côté de nos hôtes à fourrure puisque nos bruyants petits amis suisses ont tenté de faire une rencontre avec le sel et le gros sel que nous avions. Visiblement, le sodium a gagné !

Nous nous levons donc plus tôt encore, 6h, pour paqueter les affaires, démonter la tente, laisser la place nette pour les suivants et nous embarquons pour la navigation de retour. Après notre dernier déjeuner des bois, il nous faudra presque 1h30 pour le voyage de retour, luttant contre les vagues et le vent encore présents ce matin-là.


Et devinez ce que nous avons fait en arrivant sur la terre ferme ? Je vous le donne en mille.... Ben oui exactement, manger ! On est un « ventre à pattes » ou on ne l'est pas ;)

Nous rentrerons tranquillement sur Montréal via Ottawa, retrouver la quiétude de nos foyers respectifs, la chaleur de notre chat et le plaisir d'une douche chaude, pas mécontents de retrouver la civilisation après 3 jours dans les bois !


Mon été se conclut donc aussi bien qu'il l'avait commencé, un boulot permanent de rêve en plus et quelques coupes de dollars en moins par contre ! Le bonheur n'a pas de prix, mais la location de deux canots et d'un mini van si !


Deux regrets dans ce tableau idylliques : les deux packs de bière que nous avons oublié sur l'île !!! Honte à nous !







« C'est là que nous ferons notre maison ! » de Flo et les Robinsons Suisses, interprétée par Claude Lombard, Johann David Wiss pour Nippon Animation





Pour ceux qui seraient curieux, les coordonnées que j'ai pu obtenir via Google Maps sont « 45.959504, -75.749016 », si ça peut vous aider ;) Vous verrez par ailleurs, que vu de haut, elle ne ressemble plus vraiment à un croissant !




Tags : Culture

Ma St Jean 2007

Petiboudange

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de la Saint Jean-Baptiste, fête nationale du Québec.


Après la théorie de l'an passé, je vais y aller de la pratique de cette année.


 


Alors que la majorité des immigrants déjà installés se rendaient sur les Plaines à Québec ou au parc Maisonneuve à Montréal, voire à un show des Cowboys à Repentigny, je m'embarque samedi 14h dans le métro direction Longueuil pour prendre l'autobus 200 en direction de Beloeil.


Je pars camper....à la frontière des États, à Lacolle, chez un cousin de Ti'Namour. Un pan de sa famille que j'avais rencontré dans une bien triste circonstance l'automne passé alors que l'oncle de Ti'Namour, le père de notre hôte, allait s'éteindre dans un hôpital de Montréal. Une famille déjà ébranlée quelques 10 ans auparavant par le cancer fulgurant de leur jeune frère, de feu le père de Ti'Namour; deux hommes aux dires généraux qui se ressemblaient, deux êtres exceptionnels qui ne m'aura pas été donné dans cette vie de connaître. C'est donc à une Saint Jean familiale que je m'apprête à aller.


Juste le temps d'arriver chez ma belle-sœur et de charger la Wesfalia, on jase autour d'un bon californien rosé et en route pour le party.


 


Enfin à Lacolle, on arrive dans un méga party de famille pour les 3 ans de la petite cousine, toute blonde, toute cute. Cris d'enfants, rires des parents et Beau Dommage feront la bande sonore de cette fin d'après-midi.


On se salue, on discute, on mange quelques trempettes.


Ici je discute avec cette québécoise exilée à Toronto qui avouera plus tard dans la soirée n'avoir jamais pris pour les Leaves tandis que là son conjoint anglophone « only » partage un jeu de crosse avec sa fille et moi. Plus loin je discute avec celui qui fut notre Père Noël au party cet hiver et plus loin avec une petite boule d'énergie, qui, du haut de ses 4 ans, mènera les futures chasses aux couleuvres de cette journée.


Puis voila le temps des cadeaux et des très prolifiques « Oooooh » répétés à la perfection par la petite M. en ouvrant ses cadeaux tous plus « Doraesques » les uns que les autres. Finalement, le souper est servi.


Porc et bœuf grillé, tomates et oignons marinés, olives, concombres, patates en robe des champs et crème sûre, fèves aux 3 couleurs, trempette aux artichauts et petits pains régalent la trentaine de convives et leurs quelques 15 enfants de 3 à 11 ans.


Bières et vin viennent liquéfier le tout, sans exagération toutefois, garantissant belle humeur et bonne entente, à moins que ce ne soit l'inverse ?


La nuit tombe paisiblement sur ce petit groupe en goguette, mais le vent qui souffle depuis le début de la journée lui ne cesse pas. Les chandails apparaissent, les souliers se ferment.


 


Pour le plus grand bonheur des petits, et des grands, un beau gâteau au généreux crémage et aux bonbons fait son apparition, accompagné de son cortège de tartes au sucre ou aux pommes. On troque peu à peu les bières contre du café et du thé et la vie s'écoule paisiblement. Mais avant que la nuit ne soit trop noire, la pinata est annoncée. Quelques petits coups suffiront à décapiter la comparse de Babouche et les jauges de sucre des plus jeunes vont exploser, les bracelets et autres bagues luminescentes égayant les quelques dernières courses échevelées des petits diables.


Rien de tel après ça qu'une chasse aux mouches à feu ? des lucioles?, pour dépenser une heure d'énergie. Petits et grands crapahutent dans les champs de blé d'Inde environnants et remplissent qui une bouteille qui une cage à insectes. Les petits sont à ce jeu là plus doués que les grands, mais la joie et la surprise sont collectives : elles sont si faciles à attraper ces petites bêtes que bientôt une trentaine d'entre elles brillent asynchrones dans la bouteille et presque autant dans la petite cage.


La nuit est donc déjà bien entamée, mais personne n'est fatigué encore. Assise sous la petite ourse, je converse à tour de bras et savoure le fait qu'ici je ne suis pas « la française » ou « l'immigrante » mais bien plutôt « la fiancée » voire « la cousine ».


Le vent semble enfin faiblir et l'une des premières activités nocturnes les plus attendues peut enfin avoir lieu : le feu d'artifice ! Mais avant, un tour de tondeuse pour la gang de petits décidément pas encore couchés ! Ils embarquent tous dans la remorque arrière de la tondeuse, la reine de la fête s'installe en avant avec son papa et roulez jeunesses !


Installés en rase campagne, à 5 minutes de la frontière des États, petits et grands savourent le bonheur d'une soirée familiale illuminée par un big blast et des fontaines jaillissantes. Un travail d'amateur qui vaut presque les professionnels annulés ailleurs dans la province.


L'arrière garde que nous sommes se déplace lorsque le bouquet final s'en vient, bombardés que nous étions par les cartouches en carton que le vent nous ramène. On profite aussi pour aller éteindre les quelques flammèches qui sont retombées. Ce serait tellement triste que la soirée finisse en grosse flambée involontaire. C'est sûr, on est le soir de la Saint Jean, mais faudrait pas exagérer !


Le vent fait une timide réapparition, mais les gens ont résisté jusque là et le feu d'artifice a vécu, alors pourquoi pas le feu de joie maintenant. La grosse montagne de bûche initialement prévue reste de côté et un petit tas plus modeste est rapidement bâti à côté. Et la flambée païenne commence, réchauffant les corps meurtris par le froid de la nuit. Un cercle se crée tout autour, les couvertures s'entrouvrent pour laisser entrer cette nouvelle source de chaleur, les muscles se détendent, les discussions reprennent de plus belle. Telles les cérémonies du temps jadis, celles-là même que la Saint Jean Baptiste française vient fêter, notre cérémonie du feu vient de redonner à tous regain d'énergie et bonheur de la lumière et de la chaleur retrouvées. Un petit miracle de plus à ajouter à celle longue soirée déjà bien remplie.


Mais allumer un feu n'étant pas en soit un acte bien complexe, nous voici mis au défi de réussir la recette des « biscuits graham-chocolat-guimauve ». On joint l'exemple à la parole, et notre hôte s'y colle : « On prend un biscuit Graham, on pose un carré de chocolat dessus. On réserve l'autre biscuit pour ensuite. On pique sa guimauve sur le bâton ci-présent, les adultes seulement, et on fait griller. Noir ou juste roussis, c'est à votre propre goût. Lorsque la cuisson désirée est afin atteinte, on approche sa guimauve du chocolat, on le pose dessus et avec l'autre biscuit on l'enlève du bâton. Vous n'avez plus qu'à déguster le tout avec force de « mmmm » et « miiiiiammm », s'il vous plaît ! ». Au diable les régimes et les jauges de sucre explosées, le sort des guimauves et du chocolat est très vite réglé.


La soirée tire bientôt à sa fin pour tous. Le signal est rapidement donné par les premiers pleurs inexpliqués des plus jeunes et les couvertures ronflantes que sont devenus les plus grands. Les parents tirent donc leur révérence les uns après les autres et lorsque les coups de 2h sonnent enfin, nous ne sommes plus 10 devant le feu, critiquant avec beaucoup de bonheur la liste musicale que l'ordinateur nous offre : Céline, Garou, Céline, Sardou, Céline, Céline, Céliiiiiiine.... Finalement, la soirée se terminera sur les coups de 3h, et les deux campeurs que Ti'Namour et moi étions ne dormiront pas dehors, car loin du cercle du feu, il fait 10°C et la rosée n'est pas encore là. On en a tué pour moins que ça nous dit-on. Nous nous coucherons donc au chaud dans un vrai lit cette Saint Jean là, heureux et repus, moi avec une grosse dose d'amour familial dans le cœur et la fierté d'être québécoise dans les tripes.


Bon été à tous donc et prenez le temps de savourer les petits bonheurs de votre vie quotidienne, où que vous soyez, c'est ce qui fait que vous serez heureux n'importe où dans le monde....



Tags : CultureIntégration

Le réseau

Petiboudange

On parlait récemment du réseau sur le forum. On en parle d'ailleurs assez fréquemment comme étant l'un des outils à développer en arrivant. Pourquoi? Comment? Qu'est-ce que c'est ? se demandent sans doute les apprentis migrants.



Qu'est-ce que le réseau?


Le réseau, c'est l'ensemble de vos proches (amis, familles et colocataires) qui ont eux-mêmes des proches, qui ont des proches etc. Une véritable toile qui se tisse entre vous et une infinité de personnes. Et une infinité de ressources!


Le réseau, c'est une infinité de possibilité de trouver un emploi, un logement, des meubles, des places de concert, des adresses, des tas de choses et de cossins qui ont comme point commun d'être désirés et recherchés d'une part et possédés et partagés d'autre part.


Pas clair ? Bon, je vais donc prendre mon cas comme cas d'école. Je suis une fille à réseau. Ben oui, posez moi à un arrêt de bus et je lie contact, faites-moi faire Montréal-Québec dans ce bus et je repars avec au moins un numéro de téléphone, qui part donc le début de mon réseau. Ben oui ça prend un point de départ, mais pour le commun des mortels, disons prenez un ami.


Dans mon cas, mon réseau se compose de plusieurs catégories d'individus (j'espère qu'ils ne prendront pas mal d'être ainsi catégorisés!) : ma belle-famille (suis chanceuse les conjoints/conjointes sont issus de famille de 7 et 8 enfants, ça me fait un gros lot d'un coup!), mes anciennes colocataires (impliquées dans le tissus associatif montréalais), mes amies d'université (des bonnes plugs pour des emplois puisque dans la même branche que moi, mais aussi de sacrés concurrentes!), mes amis, les amis de mon chum, mes clients et le forum. Oui le forum est un haut lieu de réseautage! Le premier pour beaucoup et ne pas le sous-estimer est important.



Un réseau, pourquoi faire?


Partant de là, en quoi mon réseau m'a été utile vous demandez-vous?


Il y a deux ans, cela m'a aidé à trouver un appartement. Puis une job au noir mais une job quand même.


L'an passé, me procurer des copies d'ouvrages disponibles au Québec mais pas en France pour étayer mon mémoire. Et des répondants à mon mémoire.


Cette année, deux apparts, des meubles, un job, un camion de déménagement, des bras solides pour déménager.


Plus concrètement? Prenons ma toute récente aventure du déménagement. L'appartement en question m'a été proposé par le parrain d'une des petites filles que je gardais, sur conseil de la maman de la petite fille. Le parrain m'a appuyé fortement auprès du propriétaire, mes autres clients m'ont pas mal soutenue aussi, ma belle-mère a finalisé le tout en m'endossant.


Une fois l'appart loué, il nous fallait compléter les meubles et électros initialement donnés par la belle famille (futon, 2 fauteuils + 2 poufs, une table et 6 chaises, une TV et son meuble, une commode en bois, un petit four-grille pain, un peu de vaisselle, une sécheuse). J'en parle donc dans mon entourage (amis, clients, belle-famille et ma famille aussi!).


Un poële nous ait trouvé et donné contre la force animale de mon chum lors d'un déménagement par un de ses amis.


Un lit + matelas, un sofa, une table de nuit roulante, un frigo, une laveuse, un bureau, des rideaux, des accessoires déco nous sont vendus pour 1500$ par l'amie d'une cliente. Nous sommes donc entièrement équipés pour 1500$, pas une cenne de plus. Mieux encore, je débourse de ma poche seulement 250$, le reste étant un cadeau de ma famille. Et le micro-onde arrivera de belle-maman cet été. La vaisselle d'amis. L'appartement en attendant que notre super chez-nous se libère au 1er juillet par des amis. Tout ça, c'est le réseau....


Oui j'en vois qui disent c'est bien beau tout ça mais nous on n'a pas de conjoint/famille/amis au Québec.



Alors prenons le cas des emplois. J'ai fait une entrevue récemment pour un job qui m'a été proposé par quelqu'un du forum (devenu des amis entre temps mais c'est le forum le point de départ). Je m'enligne je l'espère pour une autre opportunité encore une fois par le forum.


Des gens ici ont trouvé des colocations, de l'ameublement par le forum.


Le réseau, c'est ça. Ce sont ces possibilités qu'on a en connaissant quelqu'un, quelque part.


Cela ne prend pas la peine nécessairement de connaître directement la personne, mais sinon l'ami de cette personne au moins l'existence de la personne. Et cela prend surtout la peine de parler.


Je sais que certains ont tendance à garder tout pour eux, pensant que leurs soucis ne regardent personne. Ils n'ont pas tord, car la pudeur anglo-saxonne dont les québécois ont hérité ne permet pas de tout raconter (vous connaissez sans doute le mythe qui dit qu'on ne parle jamais de maladie avec un anglo-saxon? Non, ah bon, peut-être que c'était le mythe de mes profs d'anglais seulement alors!).


Mais outre cette considération culturelle, appréciez-vous pareillement la personne qui vous raconte tous ses déboires à longueur de temps et celle qui ne vous confie que de temps en temps ses problèmes et se réfère à vous comme étant peut-être une aide? Ben les québécois non plus n'aiment pas la personne sans jardin secret.


Néanmoins, il est normal et efficace de parler parfois aux autres de notre difficulté à se procurer certaines choses. Ne le fait-on pas spontanément sur le forum? Appliquez donc la même excellente manie dans votre entourage.


« Excuse-moi Martine, peut-être que toi tu saurais ça, je cherche une laveuse à chargement frontal, saurais-tu où je peux me rendre?


Hey, la cousine de la belle-sœur de mon meilleur ami en vend une justement, veux-tu ses coordonnées pour voir si ça peut t'intéresser? »


Et vous voila le futur acquéreur d'une machine frontale usagée certes mais potentiellement moins chère et tout aussi efficace. Il ne tiendra qu'à vous ensuite de déterminer si vous l'achetez ou non. Car en effet, une proposition par le réseau n'est pas un engagement ad vitam eternam. Dire non reste un droit.



Certains ont ainsi demandé comment créer et étendre et entretenir son réseau. Partons de notre point commun à tous, le forum. Une personne avait donné l'idée d'insérer son emploi dans sa signature plutôt que ses simples statistiques. C'est un début qui est payant puisque vous pouvez déjà repérer qui est dans votre domaine et eux vous repèrent aussi.


Parfois, il faut tout simplement oser cogner par MP à la porte de ses personnes, pour des conseils comme pour un coup de pouce.


Ça m'a permis notamment de lire des paroles rassurantes sur mon profil, qui n'est finalement pas aussi poche que les employeurs semblaient vouloir me le faire croire en France.


Partant du forum, vous allez également vous créer des contacts qui deviendront soit des amis soit à défaut des connaissances. Ces personnes là vous seront alors aussi utiles que vous le serez pour elles, car elles étendent votre réseau. Les habitués de Viadéo comprennent sans soucis de quoi je parle si je mentionne les contacts de premiers niveaux, second niveau, troisième niveau.



Mais le forum n'est pas le seul lieu possible.


Les réunions d'information en arrivant sont un haut lieu de ressources. La semaine sur le profil économique de la société québécoise aussi. Puis les centres de formations divers (langues, club de recherche d'emplois). Les associations. Bref, tous ces lieux où vous rencontrerez des gens. N'hésitez pas à discuter avec le monde, apprenez à vous présenter rapidement et efficacement. Oui, dire d'où vous venez et depuis combien de temps vous êtes là, les gens peuvent vouloir le savoir, mais dire ce que vous faites professionnellement, c'est encore mieux.


Ici, on vous demandera assez souvent ce que vous faites dans la vie, saisissez l'occasion pour vous vendre! Facile à dire mais pas toujours à faire j'en conviens, mais c'est comme le vélo, on se casse la figure 4-5 fois, puis ensuite on améliore notre ride, jusqu'à être capable de rouler sans les mains et avec toutes ses dents pourtant.



Le réseau, ça se commence quand vous dites-vous? Ça commence dès l'enfance dans le meilleur des cas. Si si, vous aussi vous pouvez en bénéficier. Vous souvenez-vous de la rousse à tresse en maternelle, celle qui faisait tourner toutes les têtes. Ben elle a justement un ami au Québec, qui bosse dans la même branche que vous. Ah une chance que vous ayez répondu à son mail par Amis d'autrefois[i] quand même! Oui, parler de son projet d'immigration est le meilleur début pour un réseau. Ceux qui l'ont fait ont toujours rencontré au moins une personne qui a quelqu'un ici. Pas étonnant vu la quantité d'immigrants et d'étudiants étrangers qui passent chaque année. Si c'est le cas, saisissez la balle au bond pour prendre les coordonnées de la personne. Et n'hésitez pas à prendre contact avec elle. Au pire, elle ne vous réponds jamais. Au mieux? Ben là, c'est l'avenir qui vous le dira!


Il ne faut pas attendre d'être ici pour le créer ce réseau. Sans soûler votre entourage avec votre projet, en parler permet de rassurer les gens et rapporte finalement bien plus.


Mais en admettant que vous n'ayez pas trouvé de personnes dans votre réseau qui connaît quelqu'un ici, vous allez peut-être bénéficier dans un futur proche d'en avoir parler.


Une amie d'université m'a récemment contacté après presque 3 ans d'échange plus que sporadiques de courriel pour m'aiguiller une collègue de travail qui venait faire un stage ici. Nous sommes toutes 3 dans les mêmes domaines de compétences, et en aidant la collègue, j'ouvre une nouvelle branche de mon réseau en passant par elle pour me brancher professionnellement à son réseau à elle.



Un réseau, c'est donc tout ça. Une multitude de possibilités dans des domaines inattendus parfois. Il se crée et s'entretient et s'étend chaque jour, à chaque nouvelle interaction avec un individu. Il est parfois plus visible qu'on ne le pense. Et surtout, il est très facile à se construire : l'homme est un animal social, alors socialisez, si vous ne vous faites pas des amis, vous vous ferez un réseau!



Je profites de l'occasion pour remercier mon réseau de son aide depuis mon retour ici! Sont géniaux, sont présents en partie sur le forum, et ils méritent tous de savoir que je les aime!








[i] Le nom est volontairement travesti




Tags : CultureIntégration

À bicyclette

Petiboudange

Dans la veine du Toronto à pied et à vélo de La Vosgienne, je viens aujourd'hui vous parler de Montréal à vélo.


Vous concèderez j'espère sans problème que vu le temps d'aujourd'hui, c'est assez incongru, étant donné qu'il pleut sur le Québec et qu'on attend de la neige dans certaines régions. Mais nous sommes pourtant entrés dans cette belle saison qui voit refleurir les terrasses de café, les pancartes « À Louer » et les vélos.


Or, le vélo est mon moyen de locomotion favori. Un excellent hybride entre la flexibilité de déplacement d'un piéton et la vitesse des transports en commun.


La flexibilité du piéton car, contrairement à une voiture, vous pouvez accéder à des rues en sens inverse (en prenant les précautions d'usage suivantes : attention à la police à vélo qui vous remettrait une amende salée si elle vous voyez le faire et attention aux voitures qui seraient surprises de vous croiser). Mais surtout parce que, alors que cela vous ait interdit en voiture, vous pouvez vous rendre dans des zones de nature fort belles : parcs nationaux, parcs municipaux, bord d'eau, boisé. Évidemment, cela dépendra de la zone où vous irez mais il est par exemple possible de se promener dans le parc nature du Cap-Saint-Jacques, celui du Bois-de-l'île-Bizard ou celui du Bois-de-Liesse à Montréal, profitant ainsi de panoramas d'intérêt et de quiétude.


Flexible également parce que vous avez la possibilité de vous arrêter où vous voulez pour prendre une pause ou une pose (photographique.... ouais ok elle est pas si bonne que ça finalement!), ce que dans mon cas le métro ou le bus ne permettent pas toujours.


Mais c'est également un moyen de locomotion un tant soit peu rapide, tout dépendant de l'effort que vous fournissez, fatigant certes, mais qui offre également la possibilité d'entretenir sa forme cardio-musculaire.


Pour donner une idée de la vitesse, je pars de chez moi vers 6h55 et j'arrive environ 45 à 50 minutes plus tard contre un départ vers 7h00 et arrivée à 7h40 en métro+bus pour Fleury. Le gain/la perte de temps n'est pas énorme certes, mais le plaisir, les économies et la forme immense.


Je ne parlerais hélas pas cette fois de la route verte dont je n'ai encore pratiqué trop peu de portions pour en faire une bonne promotion. Je dirai cependant que si vous souhaitez découvrir les Laurentides en vélo, je ne saurais que mille fois conseiller le Petit Train du Nord! Mais je peux inlassablement discuter de la beauté de Montréal vu à vélo.


J'enfourche chaque matin mon intrépide destrier pour pratiquer la « petite reine » dans le sens sud-nord. Partant de mon appartement sur Marie-Anne vers 7h00, je descend par Garnier rejoindre un bout de la piste sur la Rachel pour emprunter ensuite l'axe Christophe Colomb/Boyer qui me mènera à St Zotique ou à Fleury dépendant du lieu où je travaille ce jour-là. Sur cette route pas toujours épargnée par les nids de poule et les voitures mal garées, je m'envole aussi vite que mes pauvres jambes me le permettent, le vent dans les oreilles.


Le bon pain de chez Monsieur Painchaud torture souvent mon estomac pourtant plein de céréales et de fruits, de cafés et de lait.


C'est à ce niveau d'ailleurs que je rejoint la cohorte des pédaleurs matinaux, car comme dans le métro, c'est entre Berri et Laurier que l'achalandage est le plus gros, dans les deux sens.


La première fois, c'est d'ailleurs fou le nombre de gens que l'on peut rencontrer.


On y suit, double ou croise alors des sportifs en forme, des gens d'affaires apprêtés, des jeunes filles en goguette, et des gens de tout poil comme moi qui peinent encore sous l'effort, mais promis à la fin de la saison on ira aussi vite que vous messieurs/dames le-nez-dans-le-guidon !


Plus loin on sent parfois, même très tôt le matin, la bière des Brasseries RJ et l'arôme du gazon du Parc Laurier. En arrivant à Beaubien, mon cœur se serre chaque fois, parce que c'est ici que je m'arrêtais il y a 2 ans, en face de cette SAQ devant laquelle une longue grève avait donné lieu à une expédition en Ontario pour nos cocktails de Noël et où j'avais vu pour la première fois un piquetage en règle, sous la neige, la pluie, le vent, le soleil. C'est aussi à ce croisement que j'aperçois mon ancien appartement et son entrepôt aujourd'hui parti en fumée. Mais le pincement provient aussi de ma hâte à revenir dans ce bout-ci dès juin prochain, comme si j'allais enfin revenir à Montréal, vraiment.


Je sais que ça peut paraître ridicule de dire ça, mais que voulez-vous, il ait des symboles et des lieux qui font battre le cœur plus que d'autres !


Le lundi, je bifurque ensuite sur la droite pour emprunter la rue St Zotique, en voie partagée avec les autos. Cette rue souffre particulièrement d'un syndrome québécois : les nids de poule ! Ou plutôt vu la taille sur cette portion-là, les nids d'autruche. Vous vous plaignez quand vous les prenez en auto, protégés par vos amortisseurs ? Imaginez mon cou et mon dos quand j'en emprunte un, n'ayant pas le choix entre le trou ou l'auto qui déboule dans mon dos.


Le reste de la semaine je poursuis alors ma route et j'arrive sur les portions que je préfère et que je déteste aussi.


La portion que je préfère est au-dessus de St Zotique, quand on longe Notre Dame du Rosaire, l'école, le jardin communautaire. Le hic c'est que cela débouche tout de suite sur la portion que j'apprécie le moins, à compter de Jarry, sur Christophe Colomb. Même si certaines parties sont réellement isolées de la rue, on roule quand même pas mal en bord de la grosse voie Colomb et de ses voitures.


Le faux plat qui vous coupe les jambes passé le viaduc au niveau de Rosemont et se poursuit pratiquement jusqu'à Gouin m'étreint généralement à ce moment-là d'ailleurs. D'autant que je n'ai encore pas compris comment les vitesses de mon vélo s'activent; en fait je pense qu'elles sont brisées mais Ti'Namour soutient le contraire !


Mais c'est surtout parce que l'odeur des pots d'échappement et le bruit des moteurs amplifiés par les viaducs cassent automatiquement toute forme de rêverie ou de réflexion qui occupe mes pensées tandis que mes jambes se meuvent presque indépendamment du QG supérieur.


En revanche, j'apprécie les alentours du Rosaire parce que pour quelques minutes seulement (voire seconde si vous ne roulez pas comme moi à une vitesse de croisière plutôt promenade que course contre la montre), on se retrouve ailleurs. Une rue avec des enfants qui jouent, une rue avec des gens qui jardinent. Un agent de la STM qui rentre chez lui à pied et salue les jardiniers appliqués et obstinés à construire un point de verdure utile et éphémère, mais tellement beau.


J'ai hâte de voir les premières pousses des légumes qui poussent là !


À quel plaisir quand j'arrive enfin en vue de la rue Sauriol ! Je bifurque alors à gauche, et en route vers des petites rues pavillonnaires. Les arbres ayant maintenant reverdis, c'est un réel plaisir de voir les maisons en briques brunes ou rouges contrastant dans la lumière du matin avec le vert tendre du plafond naturel et le noir des troncs humides de rosée.


Déjà les écoliers sortent les yeux encore bouffis de sommeil et embarquent qui sur son vélo se joignant à moi sur la route, qui dans un autobus jaune qui dans la voiture parentale.


‘Stie, il est donc déjà 7h30 ! Encore quelques minutes et je commencerai ma journée, ici avec 6 flos et là avec un seul, pour les 10 prochaines heures, mêlées de joie et de fatigue, de frustrations et de réussite, de premiers pas et de fin d'étape.


Et le soir, lorsque je repars, je parcoure à nouveau ces mêmes chemins, maintes fois pratiqués par les montréalais. Je croise également les mêmes personnes inlassablement. Le monsieur et son radio qui diffuse du classique. La petite dame et son gilet orange fluo. Le papa asiatique et ses deux fils sur leur vélo trop grand pour eux.


Et le même achalandage, qui remonte cette fois vers leurs pénates, tandis que je descend vers les miennes, en m'extasiant entre Bélanger et Beaubien du petit gars qui apprend à faire du vélo.


Une chanson arrive alors dans ma tête, tandis qu'il chute et se relève :



Il empoigne son guidon

C'est parti pour le grand frisson

Sans les petites roues qui stabilisent

Va falloir qu'il improvise

Notre équilibriste

S'élance sur la piste

Il tombe

Retombe....

(Benabar, Le Vélo) 



Ben oui, je ne me refais pas !


Bonne route!


Tags : CultureIntégration

Les Îles de la Madeleine

Petiboudange

« Partons, la mer est belle;
Embarquons-nous, pêcheurs,

Guidons notre nacelle,

Ramons avec ardeur.
Aux mâts hissons les voiles,

Le ciel est pur et beau;
Je vois briller l'étoile
Qui guide les matelots! » -


Partons la mer est belle, folklore acadien.




Bien que Laurence semblait appeler mon témoignage sur les élections présidentielles françaises, je m'abstiendrai de tout commentaire. Pourquoi ?


Simplement parce que cela ne m'intéresse guère et que les principales raisons pour lesquelles je suis allée votée sont le respect d'un devoir citoyen, l'envie d'aller interroger des français sur leurs propres raisons d'aller voter et éviter à ma famille d'avoir à vivre un cauchemar au second tour.


Mais je pense que inconsciemment, la raison principale de ma présence aux élections françaises tenait dans ce petit rien que ne peuvent comprendre les français de l'Hexagone, le nez dans le guidon, obnubilés par leur vie locale (à raison en passant). Ce petit rien qui s'allume encore chez certains quand on leur parle de la France, cette petite envie, ce petit goût d'y aller. Pour ce petit symbole du rayonnement français, on ne pouvait risquer de permettre à l'extrême droite d'être présente au second tour.


Le symbolisme dont je parle ici fera sans doute vomir les plus politisés de mes compatriotes, mais la fierté d'être français passe parfois aussi par cette petite lumière là dans les yeux des autres. Et ça, on ne veut pas que ce soit ternit par un homme qui n'aime pas la France, qui n'aime que lui et le pouvoir, voire deux hommes mais ça c'est une autre affaire...



Figurez-vous cependant que c'est ce petit rien de fierté dans les yeux de quelqu'un qui m'a amené à cette chronique. Alors que nous discutions de l'après élections avec un Jimmy surpris de la vitesse d'annonce des résultats, à moins que cela n'ait été avant l'annonce, enfin en discutant avec Jimmy des Îles de la Madeleine, une phrase, que maintes fois on m'a dite, a retenu toute mon attention : « J'aimerai ça y aller un jour ».


Que n'ai-je entendu cette phrase depuis que je connais mon chum.


Un journaliste de la Presse faisait cet hiver un article sur les Îles de la Madeleine et évoquait également ce phénomène qui fait que :


1) les gens savent instantanément de quelles îles vous parlez quand vous dîtes simplement « les Îles »


2) de la lumière d'envie qui s'allume dans les yeux des gens, pour y aller ou y retourner.


À mon tour donc, avec bien plus de maladresse que ce journaliste, de vous faire voir les Îles telles que moi je les connais pour m'y être rendue mais également par la belle-famille et les amis qui en parlent et telles que Ti'Namour se les représentent après plus de 10 ans d'absence.













Carte des Iles de la Madeleine - (c) Tourisme Iles de la Madeleine



D'abord, on parle des Îles de la Madeleine car elles sont au nombre de 7 reliées entre elles par des lagunes de sable et 2 isolées en mer.


L'île de Grande Entrée et la Grosse Île sont le fief des 5% d'anglophones de la région (soit environ 900 personnes sur environ 13000 âmes), séparées par l'île de l'Est.



Carte des Îles – © Tourisme Îles de la Madeleine cliquez pour voir en plus grand.





Viennent ensuite l'île de la Pointe aux Loups, l'île du Havre aux maisons, l'île de Cap aux meules et l'île du Havre Aubert (ou aux bers dans d'anciens documents où bers désignent des berceaux) où se concentrent la majorité de la population. Ces 7 îles, totalisant une étendue d'une soixantaine de kilomètre du nord au sud, sont positionnées telles un hameçon dans le Golfe du Saint Laurent, forme caractéristique qui permet de les repérer depuis les images satellites par exemple. Forme également ironique qui vient rappeler le lien étroit entre l'Océan pourvoyeur de richesse et preneur d'hommes que ce peuple avant tout marin, pêcheur et aujourd'hui conchyliculteur entretient avec les eaux qui l'isolent.


Au nord-ouest de Grosse Île on trouve également l'Île Brion, réserve faunique, surtout accessibles pour les scientifiques. Enfin au sud de Havre aux maisons, comme un appât détaché de l'hameçon, vous trouverez l'île d'Entrée, repère naturel de navigation.


Cet archipel, baptisé Menagoesoneg (les îles balayées par le ressac) par les Micmacs, est accessible par avion (Air Canada Jazz au départ de Montréal, Québec, Mont Joli et Gaspé et Pascan Aviation) ou par mer (avec la croisière de la CTMA au départ de Montréal). Si vous êtes un peu plus proche de vos sous ou plus aventureux, je vous conseille la voiture (depuis Montréal comptez environ 14h pour vous rendre à Souris, IPE, en passant par le Nouveau-Brunswick, puis 4 à 5h de traversier pour accéder aux Îles- voir la CTMA pour les horaires de départ du traversier depuis Souris), avec le loisir de vous déplacer à votre rythme !


Une fois sur place, le moyen de déplacement le plus commode sera la voiture, que vous pourrez louer sur place (et même en acheter une souffle Ti'Namour), mais vous pourriez également tomber sous le charme de la petite reine et emprunter les nombreux corridors cyclistes aménagés en milieux naturel ou en bordure de la route 199, qui fait quasiment toute la longueur de l'archipel. Sachez néanmoins que pour vous rendre de Cap aux Meules à Grande Entrée en voiture, cela vous prendra environ 1h30 en voiture, sur une route que le vent, les moustiques et le ressac balayeront allègrement.



Une fois sur place, d'un accord presque commun, Ti'Namour et moi vous enverrions chez Benoît à Benoît, au Fumoir d'antan, un écomusée où vous aurez le loisir d'entendre un homme fort et bourru, parlant d'un bel accent madelinot, de l'activité de pêche et de fumage traditionnel.


En passant, si vous avez la chance d'y être alors qu'ils ont des moules fumées et marinées, n'hésitez pas à en acheter, ça vaut le détour.


Mais comme nous sommes des ventres à pâtes, nous vous enverrions sur Havre aux maisons également à la fromagerie éponyme quérir un peu de Pied de Vent, ce fromage typique des Îles qui n'arrive à Montréal que jaunit et vieillit alors que le plus gros de son arôme se déguste quand il est encore frais.


Si vous êtes également amateur de houblon, vous vous dirigerez alors naturellement vers la micro brasserie À l'abri de la tempête et dégusterez une des bières entièrement produites localement, où les céréales auront été balayées par le vent salin qui donne un goût si caractéristique. Vous pourrez faire une visite de la brasserie et dégustez ensuite les bières dans le pub attenant. La bière des Pas Perdus, que vous retrouverez en vente d'ailleurs dans le Pub/Auberge du même nom, est excellente mais je pense que vous vous régalerez autant que moi des verres/pots massons dans lesquelles vous serez servi les breuvages !



Mais les Îles de la Madeleine, ce n'est pas seulement de la nourriture, même si je vous dirai que passer à côté des délices de la mer apprêtés par les madelinots en Pot en pot[i], tourtière, marinades et autres soupes, ce serait passer à côté de l'essentiel. Les Îles c'est aussi de magnifiques paysages, d'ocre, de rouges et d'or. Le sable doré et fin des kilomètres de plages, le rouge des caps et des falaises, encore rehaussé par l'éclat du soleil couchant, les ocres des terres et des visages burinés des marins.


Si vous choisissez le déplacement à vélo, vous aurez le loisir de vous arrêter à l'un de ces belvédères naturels que les falaises offrent et de perdre votre vue dans le bleu de la mer, le rouge, or et vert de la terre. Ne loupez pas cette occasion, quand bien même vous seriez assailli de maringouins, cela en vaut la peine.












© Hugues Poirier (à Henri-Paul pour faire plaisir à Ti'Namour !).



Les Îles se sont aussi le vent qui y souffle en permanence. Un vent à décorner les bœufs dit-on. Un vent qui en fait le repère des kite-surfers, des véliplanchistes, des amateurs de voile sous toutes ses formes. Si vous êtes vous-mêmes amateurs de ces sports, rendez-vous à lagune de la Grande Entrée pour les championnats de kite-surf ou de planche à voile.


Vous aurez peut-être aussi la chance de voir passer des char à voile tôt le matin sur les plages ou de rencontrer des plaisanciers, battant pavillon français, vous expliquant qu'ils sont venus tout droit de Bretagne et qu'ils le referont encore, tant la place leur plaît.






Si vous êtes de nature tourisme de masse, je vous conseille également de vous rendre aux Îles au moment des Châteaux de Sables, et de profiter pour visiter les Artisans du Sable. Je vous le dis à demi-mot car le chum de ma belle-mère produit de bien belles choses sans être membre des artisans et c'est donc à la concurrence que je vous envoie. Mais si vous souhaitez voir les œuvres d'Yvon, faites-moi un signe et c'est avec plaisir que je vous enverrai chez lui acheter des Dollars des Sables laqués et montés en collier, des roses des vents, des animaux, masques et maisons fabriqués par lui ou par belle-maman dans les jours où elle ne se dispute pas avec.



Les Îles, c'est aussi le cheval, en romantique ballade sur la plage, guidé par la main sûre de Mickaël, sur le sable fin. Ou les canots de mer généreusement prêtés pour rien par David, fils indigne du chef de la sûreté du Québec local.


Évidemment tous ces noms n'évoquent rien à vos oreilles néophytes, mais ce sont pour Ti'Namour et moi des noms qui évoquent le sel marin et les vacances. Des gens dont la générosité autant que l'ivresse marque encore mon esprit presque 2 ans après. Car les Îles, quand vous êtes jeunes, c'est aussi de longues nuits autour d'un feu, bière à la main et histoire rocambolesque des fils fuyant leur père, des voitures bloquées dans les dunes de Fatima et des batailles entre « villes ». Bref, la jeunesse madelinienne est la même qu'ailleurs, si tant est que je puisse parler de la jeunesse québécoise, n'ayant comme aperçu principal que la madelinienne en exil sur Montréal.



Les Îles ce sont dons des souvenirs divers, engrangés en 4 jours pour moi, en 15 ans pour Ti'Namour, qui reviennent au gré des images dont nous nous régalons sur Internet alors que je fais des recherches pour cette chronique.


Je me souviens soudainement d'un après-midi sur la Grave, en contrebas du musée de la mer, tandis que Ti'Namour devisait avec qui de sa famille, qui de ses amis, une amie et moi nous étions retrouvées à bavasser avec, ou plutôt à tenter de comprendre, un marin édenté, tout à son accent acadien et à sa cigarette roulée.


Et oui, si vous pensiez que les québécois que vous aviez rencontrés jusque ici avaient un accent, c'est que vous n'êtes sans doute jamais allés en Saguenay ou en Gaspésie. Parce que un acadien qui vous parle, c'est parfois pire qu'un saguenéen.












En effet, comme je l'avais évoqué lors de mes recherches sur la phonétique, les Îles de la Madeleine appartiennent au bassin phonologique de l'Acadie. En fait, la quasi-totalité des Îles, population, musique, coutumes, symboles[ii], histoires, rythme de vie et emplacement géographique, appartient plus à l'Acadie qu'au Québec.






Déjà, par la proximité des Îles avec les côtes des Maritimes (105 km de IPE contre 215 des côtes gaspésiennes), ensuite par l'histoire du peuplement de ce bout de terre. Comme ses voisines St Pierre et Miquelon, les Îles de la Madeleine ont d'abord été un lieu d'échouement des pêcheurs basques et des chasseurs amérindiens, peut-être même des marins de Éric le Rouge également. Mais comme St Pierre, les Îles sont aussi et surtout le lieu d'exil des Acadiens, exilés en 1755 d'abord dans l'archipel français puis aux Îles de la Madeleine en 1793, alors que les remous de la révolution française arrivaient sur les rivages français.


Un ancien document dont une copie est conservée aux Archives de Londres fait état des premiers colons arrivés en 1765 pour travailler dans la pourvoirie d'un bostonnait, et on y lit les noms typiques des Îles tels que Arseneau, Boudreau et Poirier qui squattent parfois mon canapé. La vague des exilés de la révolution française amènera d'autres noms qui apparaissent fréquemment sur notre téléphone tels que les Bourque, les Vigneau, les Thériault ou les Lapierre.


L'histoire, la rudesse de la vie locale, la pauvreté dans laquelle des seigneurs stupides les ont maintenu, mais aussi l'isolement de leur terre ont donné aux madelinots un sens de la communauté qui se retrouve également lorsqu'ils s'exilent à Montréal ou à Québec pour leurs études.


Comme d'autres communautés culturelles, immigrantes celles-là, les madelinots s'entraident et se soutiennent à quelque 1600 km de chez eux. Quant l'un d'eux subit une perte dans la famille, la veillée se déroule comme elle se déroulerait là-bas, avec les allées et venues des membres de la famille et des amis, et on murmure en buvant de la bière, on rit et on se remémore le défunt courrant un fusil en main après deux d'entre nous, offrant son premier verre de vin à un autre ou son discours récent après les incendies qui ont ravagés les usines madeliniennes.


Cette proximité communautaire est au départ effrayante quand on y entre en tant qu'extérieur et pis encore en tant que française. Tous se connaissent, tous parlent de vous, de Montréal à Québec et de Québec à Cap aux Meules, vous êtes la blonde française de Jean-François à Jean-Yves[iii]. Vous ne les connaissez pas mais eux vous connaissent et vous attendent.


Le fun c'est qu'ils tenteront tous de vous impressionnez, de vous faire rire, de vous chahutez, bref de ne pas vous laisser seule. Mais c'est parfois stressant parce que un seul de vos faux pas se répercutera très loin, sans que vous n'ayiez aucun droit de réponse.


Mais l'avantage aussi de cette vie communautaire, c'est que vous avez un réseau immense, aux ramifications complexes, et il est parfois facile de trouver du homard, même en hiver !


Non plus sérieusement, la communauté madelinienne a un sens de l'accueil impressionnant. Il n'est pas nécessaire de prendre rendez-vous avec l'un d'entre eux des jours à l'avance, vous en trouvez toujours un prêt à venir manger chez vous pour autant que vous lui promettiez de savoureux plats, de la bière ou des cartes.


Saviez-vous que nombreux sont les madelinots en exil qui sont munis d'un congélateur, afin d'y conserver les colis alimentaires que les parents inquiets leur font parvenir au fil de l'année : des tourtières, des pot en pots, des moules fumées et marinées, du hareng fumé, des pommes de prés, des bleuets et des fraises sauvages… Tout le bon goût des Îles que les cousins et frères en déplacement ramènent en quantité industrielle. Et comme de raison, lorsque le frère aîné de Ti'Namour est venu à Noël, nous avons fait l'héritage de caribou (qu'il avait chassé à l'arc en Gaspésie), de pétoncles marinées et moules, importés directement sur Air Canada Jazz.


Les Îles, pour nous, c'est tout ça et plus encore. Ce sont des choses parfois qu'on ne peut nommer, qu'il faut vivre pour comprendre ! En espérant que ce rapide aperçu vous donne donc envie de vous y rendre et de vivre les Îles par vous-mêmes !



Pour terminer, j'envoie des pensées à notre « étoile des pêcheurs » maison, revenue de son hivernage espagnol et qui a subit récemment une triste perte.



Pour plus d'information sur l'hébergement et les activités locales :


Tourisme Île de la Madeleine


Site officiel des Îles de la Madeleine








[i] Le Pot en pot est une préparation de fruits de mer ou de viande en croûte. Une recette est disponible ici : http://www.saveursdumonde.net/?action=recette_show&id=1507&lg=fr.


Sur ce même site, vous trouverez bien d'autres recettes des îles : http://www.saveursdumonde.net/?action=recette_saveur_recette&id=27&lg=fr . Bonne dégustation.




[ii] Le drapeau des madelinots est le même que celui de l'Acadie, un drapeau tricolore français portant l'étoile de la mer- Maris Stella- jaune en haut à gauche dans le bleu. De même leur chant est un folklore acadien classique que Ti'Namour se souvient encore chanté par les Chevaliers de Colomb au son d'une vieille guitare désaccordée. Ici en photo, vous voyez le drapeau acadien reproduit sur le violon.




[iii] Les Madelinots se désignent entre eux selon leur ascendance. Ainsi Ti'Namour est Jean-François à Jean-Yves à Johnny quand on l'évoque aux Îles.




Tags : CultureIntégration

6 mois, un bilan (ou ce qui y ressemble)

Petiboudange

« Le bonheur ça s'trouve pas en lingots, mais en p'tite monnaie » -


Benabar, La p'tite monnaie



À quelques jours près cela fait 6 mois que je suis revenue à Montréal, soit un peu plus de 11 poutines (plus ou moins 1 par deux semaines lors de mes « vendredis cochonneries » où c'est Byzance pour mon foie allègrement servi en alcool et en gras !), 120 bières de micro-brasseries (à raison de 5 pintes par semaine en moyenne ) et je ne sais combien de secondes.



(Attention, si à partir d'ici ça ne vous tente pas de lire les 5 prochaines pages formatées Word en Times 12 point, rendez vous au dernier paragraphe, je résume !).



Mais bizarrement, quand je cherche à faire un bilan de ces 6 mois-là, ce sont 11 autres mois qui s'intercalent, se superposent et brouillent la carte.


J'ai eu beau tourner et retourner l'affaire dans tous les sens, je ne suis pas capable de faire un bilan de mes 6 derniers mois en excluant les 11 premiers que j'ai passé sur le territoire québécois entre août 2004 et juillet 2005 et sur lesquels je ne m'étais jamais penché sérieusement.


J'ai l'impression de ressentir seulement aujourd'hui ce que j'ai vécu il y a de ça 2 ans. J'en sens les impacts, à la lumière ce que vivent d'autres autour de moi, sans jamais n'avoir eu l'impression qu'ils aient été encore présents dans le décor.



Quand je suis arrivée ce 28 août 2004 à Montréal, j'avais bien plus de choses dans mes bagages que je n'en avais le 7 octobre dernier. Plus de démons et de fantômes de mon passé pour commencer. Mais j'avais aussi beaucoup moins d'expérience locale.



Ma situation d'alors était donc totalement différente de celle de cet automne. Je venais vierge ou presque de toute connaissance sur le Québec. Je venais en tant qu'étudiante observatrice puisque le Québec était mon terrain d'étude, l'objet de ma recherche de maîtrise, même si je n'avais alors que maladroitement ébauché ma problématique. Je venais pour une année seulement.


Ces 3 points contribuent, fondent même mon rapport au Québec.



Dès août 2004 et jusqu'en juillet 2005, j'ai éprouvé le choc culturel. J'arrivais dans une ville où les rues étaient plus larges, les cafés plus grands, les vins plus chers… et le fromage faisait scouik, scouik !


J'arrivais dans une culture différente, et sur un continent que je suis la seule dans ma famille à avoir foulé. Rien que ça porte en soi une symbolique que mon futur psychanalyste prendra plaisir à décortiquer. Je me suis élevée seule, non par manque de temps ou de considération de la part de mes parents, mais par un très prématuré goût pour l'indépendance et l'autonomie. Partir vivre un an loin de tous, dans un pays dont personne ne savait rien, c'était l'ultime épreuve que mon ego avait besoin de subir pour terminer ce qu'on appelle communément l'adolescence (surtout après l'échec cuisant de ma précédente aventure qui m'avait mené – déjà- à 6 heures de décalage horaire de chez moi).


Oui, ce 28 août 2004, quand j'y repense, j'ai enfin quitté l'enfance et j'ai atterri avec plus ou moins de bonheur dans un monde adulte[1].



Dès lors, je n'ai eu de cesse, comme beaucoup en arrivant, de pinailler, de me réjouir, de critiquer, d'apprendre, de découvrir, de remettre en question des éléments de cette société que je scrutais et passais à la loupe, afin de la comprendre.


Eh quoi, n'étais-je pas venue découvrir l'identité culturelle du Québec, ses fondements, ses variations dans le temps, ses frictions et tout le toutim ? Et ça aussi, ça contribue à faire varier la donne comparativement à ces 6 derniers mois mais j'y reviendrai plus tard.



J'ai adoré certaines expressions, tiqué sur certaines formes syntaxiques que j'aurais auparavant jugées incorrectes et qui depuis m'apparaissent comme un symbole de la francophonie vivante.


J'ai détesté le politiquement correct et d'autres choses encore comme le café filtre, les feux de l'autre bord de la rue et l'interdiction de boire sur la voie publique (et je me suis vengée un certain 25 juin au soir comme des centaines d'autres je pense pour ne pas dire des milliers). J'ai souligné le dynamisme local, je me suis opposée à certaines idées, j'ai décortiqué le mouvement étudiant de ce printemps là, j'ai fait la moue parfois devant tout ce que je découvrais comme certains (pour ne pas dire tous) arrivants.


La nouveauté dans tout ce qu'elle d'excitant et de surprenant, dans tout ce qu'elle a de quotidien aussi.



Bref, j'ai vécu le choc culturel dans sa splendeur et je suis partie sans doute au moment où je commençais à passer à l'étape 3 de mon schéma écrit presque jour pour jour il y a un an (souvenez-vous ou cliquez!).



En revenant en France, il restait donc dans mes bagages un goût d'inachevé, une attente, une parenthèse qui devrait tôt ou tard me revenir dessus. Et je m'y attendais pour cet automne, pour cette année… J'attends encore sagement, je ne dirais pas encore que je l'ai dépassée.


Mais oui, je vous l'avoue, j'ai été jalouse du bilan de certains récemment.


Point de surprises, de découvertes, de déceptions. Je suis revenue comme si j'étais partie en vacances en France, avec juste un peu de flottement quant au décalage horaire et à la monnaie. Même pas de micro-chocs !


Difficile dans ces conditions d'alimenter mon blog, mes chroniques. Je n'ai pas cette fraîcheur candide du nouvel arrivant qui n'a pas eu la chance, comme moi, de vivre un premier entraînement.


Parce que finalement, avant de devenir immigrante, j'ai eu une année pour me préparer puis une autre année pour rêver, mais sur la base de choses déjà vécues en tout ou en partie. C'est différent de ceux qui font leur PVT et immigrent dans la foulée sans avoir eu le temps de voir les écarts entre les deux pays et les ressemblances aussi.


C'est ô combien différent aussi de ceux qui arrivent ici comme une fraîche fleur, avec ou sans voyages de prospection derrière eux, parce que en toute franchise, je doute franchement que quelques jours passés sur place en tant que touristes vous servent autant qu'une année ici.


Et je ne dois me tromper de beaucoup en disant que la plupart seront d'accord pour dire qu'ils ont commencé à vraiment connaître le Québec au moment où ils ont débarqué pour une période longue, où le quotidien (et sa routine) doit inlassablement venir s'installer, et où la joie de la découverte laisse place à l'inquiétude de la survie.


Avant ça, cela s'appelle en cinéma un « teaser », une bande annonce. Les choses se corsent ensuite et c'est heureux, c'est aussi pour ça qu'on fait le grand saut, non ?



Moi en tout cas, je sens la différence. Il y a bientôt 3 ans que j'ai appris que j'allais partir; je n'envisageais pas alors une installation définitive. Mes amis et ma famille, je les reverrai, au bout d'un an, vaille que vaille, parce que finalement je ne partais pas pour plus que ça dans ma tête.


Et c'est ce que j'ai fait. Avec tout le bonheur et les chagrins que cela apporte. Parce que en revenant, j'ai combattu ces démons, ces fantômes qui m'avaient accompagnés à mon premier envol et que je regretterais amèrement de n'avoir jamais pris le temps de combattre si je n'étais pas rentrée.


En revenant un an, après un an d'absence, j'ai pris conscience des carences de ma vie affective. Les « je taime » jamais prononcés, les amis perdus de vue, les membres de la famille oubliés.


Cet automne, quand je suis revenue, mes fantômes étaient partis, mes démons apaisés. Les mots qui devaient être dits ont été prononcés, sur des plages de galets où tout avait commencé, dans des maisons campagnardes ou une coupe de champagne à la main.


Mon bagage était vide. Et c'est en ceci aussi que mon bilan diffère des autres. Je n'ai pas les mêmes regrets que certains d'être partis trop vite, par commodité ou par nécessité. De ne pas avoir eu le temps de voir certains une dernière fois, ni d'avoir dit ce que je devais dire. J'avais eu une année d'entraînement pour en souffrir et une année de rabais pour m'en départir.


Cet automne quand je suis arrivée ici, mes carences affectives étaient réglées et les amitiés de toujours renouées, les fausses abandonnées, les regrets effacés. C'est une superbe chance que j'ai eu, on n'a pas tous une deuxième chance…



Mais en revenant cet automne, je revenais munie d'une connaissance à la fois théorique ( 3 ans de lectures et d'interrogations sur le Québec) et pratique de la Belle Province (oui ma connaissance pratique de la chaîne éponyme est indéniable aussi !).


Comme je le disais plus haut et comme je tente de l'ébaucher depuis quelques lignes déjà, je ne reviens pas avec ce regard neuf sur ce qui m'entoure.


Je n'ai pas ce rapport au Québec où tout est une découverte, des conventions sociales aux réglementations, des mots de tous les jours aux courants politiques (même si je persiste à ne pas vouloir comprendre). Je suis revenue dans un pays que je sentais comme mien. Mon regard a changé sur le Québec non durant mon année de décantation en France, mais bien en foulant à nouveau son sol.



Le Québec que j'avais découvert en arrivant, je l'avais vu d'un œil neutre, de l'œil obligé de celui qui cherche. Je ne suis pas parfaite, et j'ai pris part à la vie québécoise, notamment lors de la crise étudiante, laissant de côté l'obligation de neutralité que ma qualité d'observatrice m'avait inconsciemment imposée. Je dis inconsciemment parce que, entre nous, la rigueur scientifique et moi… je pense que c'était plus la peur de m'attacher qui intervenait, à juste titre !



J'avais observé (et raconté) un Québec francophone, marqué par le clivage entre les deux cultures qui l'ont bâti, hanté par cette longue confrontation aussi.


J'avais vécu un Québec culturellement dynamique et créateur, mais trop enfermé dans ses limites, ayant du mal (encore à ce moment-là mais déjà beaucoup moins que quelques années auparavant) à s'exporter (je parle pas des rouleaux compresseurs « marchandisés » de la chanson mais des auteurs, artistes ou créateurs discrets dont j'ai vu fleurir les noms dans les journaux ou magasines français - bon ok c'était aussi l'année du Canada à Nice, j'étais un peu bombardée -).


J'avais aussi senti un Québec en crise, en proie à un dilemme, un questionnement sur son devenir, en tant que société distincte, au sein d'un Canada qui m'apparaissait tenir un discours passablement différent (je suis étrangement politiquement correcte ce soir ! Ce doit être le Coke qui fait ça !).



Je maintiens tout ça, en tout ou en partie. Certaines de mes idées se sont affinées, j'en ai mises de côté d'autres, et ma question sur l'agencement Québec/Canada est toujours à son 95% initial. Et aujourd'hui encore je le raconterai pareil aux aspirants.


De même que aujourd'hui, comme en ce fameux 12 juillet 2005 (après 13 heures de sommeil réparateur), où j'ai retrouvé la France, avec tout ce qu'elle avait de séduisant et de rebutant à mes yeux.



La France et ses parfums (jasmin, cerisiers en fleur, fleur d'oranger des navettes marseillaises, savon de Marseille, l'iode de Pornic et le fromage corse), la France et ses couleurs (les « pointus » cassidains, les calanques marseillaises, les falaises de Roquebrune). La France et son mode de vie « lentement le matin, pas trop vite le soir » pour le meilleur comme pour le pire. La France et ses rapports humains, si complexes et si simples, si agressifs et si amicaux aussi.


La France que mes aïeux ont atteinte comme une bouée de sauvetage entre les guerres qui les ont déporté, d'Italie et d'Indochine, dans les ruelles grouillantes et puantes de Marseille, dans les tranchées d'une ville qu'on reconstruisit douloureusement.


La France que certains défendent encore dans ce qu'elle a de beau, de bon et que je me plais à vouloir conserver en mémoire, au-delà des discours de dénigrements ambiants.


Mais je ne regrette toujours pas les infrastructures françaises, l'immobilisme conventionné, l'absence de perspectives heureuses pour moi, même si elles le sont pour certains de mes amis.



Depuis cet automne donc, je vis aussi le Québec comme je ne l'ai pas vécu. Je m'y sens impliquée, je m'y sens intégrée, je m'y sens comme si je n'avais fait que déménager de Nice à une autre ville de France. Oh pas avec cette idée de colon que tout m'ait du, non avec cette étrange impression d'habitude que j'ai relevé plus haut. Cette impression que je n'ai fait que revenir de vacances, de très longues vacances françaises.



Mais je suis revenue avec ces micro crises qui me traversent, mais qui auraient de toute façon pointé leur nez en France, puisque ici ou là-bas je passais de mon statut d'étudiante à celui de femme active, et forcément de mon statut choyé et un peu infantilisant (oui l'université en France est infantilisante !) à celui de travailleuse autonome, primo revenu du foyer !



Je m'insurge et vomis toujours sur le politiquement correct et j'enverrai toujours bouler les emmerdeurs, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs comme je l'aurais fait en France.



Je trouve toujours drôle les magasins qui font leurs promotions en payant les taxes.


Et les règles du hockey aussi (vous en connaissez beaucoup vous des sports où le but principal n'est pas de se battre mais où une bagarre est tolérée et où les arbitres s'abstiennent d'intervenir et regardent, jusqu'à ce que ça dégénère ou que le conflit semble réglé ? J'a-do-re !)



Je ne suis pas encore habituée au bonjour de salutation finale ni à m'enfermer dans les entrailles montréalaises du métro (mais je n'étais pas plus à l'aise dans celui de Marseille, quant à celui de Paris, la dernière fois que je m'y suis rendue, j'ai carrément été prise de crises de claustrophobie !).



Je m'extasie chaque jour des facilités de dialogue, bien que ceci aussi je le faisais en France. Mais dites-vous que en France, je n'aurais pas abordé de façon aussi désinvolte les deux messieurs accoudés au bar comme je l'ai fait lors d'un lancement de livre mémorable (notamment par la présence d'une scrogniqueuse qui me ravit à chaque entrevue).


J'aime cette façon (que certains diraient hypocrite bien qu'elle soit connue de tous) de passer du bon temps ensembles le temps d'une soirée sans qu'il ne soit obligatoire que cela se réitère, comme si ici, on savait jouir du temps présent sans fausses promesses (qui celles-ci pour le coup me paraissent hypocrites).



Bon j'étais au courant de ces choses-là, mais reprenez les deux remarques précédentes sur le politiquement correct et sur le bon temps et adaptez-les au monde du travail et vous aurez ce que j'aime par-dessus tout.


Tu ne te voues pas corps et âme à ton entreprise (ou tes clients dans mon cas) pour le reste de l'éternité, tu peux tout à fait changer de boulot sans qu'une armée de morons, fourches à la main, ne cherchent à te lapider (incluant d'ailleurs tes amis et tes parents qui trouvent dingue que tu renonces à la sécurité d'un emploi moyennement payé et des plus emmerdants ! Voyons donc, t'es bien niaiseux !). Oui j'exagères, mais l'image n'est pas si grossie… Si? Ok je m'incline.


Et ça c'est nouveau puisque moi, en tant qu'étudiante, je n'avais pas le droit de travailler.


Je n'avais des échos du monde du travail que par mes colocs et je trouvais déjà ça facile, je suis pas déçue.


Non pas du tout même si je gagne une misère, je la gagne dignement et je la gagne à la hauteur du travail que je fournis, parce que ici, avoir le front couvert de sueur vaut plus que les flatulences engoncées dans un acronyme d'études supérieures par exemple (celle-là je la dois à un chauffeur de taxi, fort doté de culture au sens artistique du terme, mais totalement pas embarrassé par la thèse du correc' politiquement !).


Et qui plus est, je travaille pour des gens qui ne s'offusquent pas que je puisse vouloir abandonner le confort de leur contrat à durée indéterminée pour un travail sinon plus épanouissant tout au moins plus pécuniairement payant. Voire qui « m'encouragent », mais c'est une longue histoire que je ne conterais pas ici.



Ce sont toutes ces micros surprises, ces petites rencontres qui me ravissent et me confortent dans mon choix, et dont je me délecte chaque jour comme la dose de bonheur qu'elles sont.



Bref, au jour le jour, je bâtis ma vie présente ici, dans un Québec qui me convient et me va très bien au teint.


Désolée si je ne fais pas un de ces bilans conventionnel qui ont l'habitude lassante de faire la liste du matériel acheté, des démarches effectuées, des emplois recherchés etc.). J'aime pas ça et mes deux vies sont trop matériellement et quotidiennement différentes pour être comparées, je suis le seul élément commun entre les deux.



En un mot comme en cent (et pour ceux qui auraient pris l'indication du paragraphe un au pied de la lettre) : je suis une éternelle positive, et je me contente des petits bonheurs que ma vie m'apporte chaque jour ici à défaut des présumés gros que j'aurai peut-être connus là-bas (et avec autant de si, on boucherait le Vieux Port de Marseille !).


Eh, le bonheur, ça s'trouve pas en lingots… vous connaissez la chanson qui rythme ma vie depuis 6 mois maintenant, si ce n'est depuis 3 ans !








[1] Est-ce pour ça que j'ai fini par qualifier la loi 101 comme le passage du Québec de son adolescence braillarde à son affirmation d'adulte ? Ça aussi mon psychanalyste va adoré!




Tags : CultureIntégration

Montréal pour les enfants

Petiboudange

Cette chronique est dédiée à ceux et celles sans qui elle n’aurait pu voir le jour : la gang de « Marmots » de Marie de France, Stanislas, les Marcelline, Outremont, le Mont Jésus Marie, Charlemagne et Jacques Prévert et à notre « Marmotte » en chef Isabelle qui m’a payé pour faire tout ça !


 


Certains d’entre vous se rappellent sans doute que je dépense mes heures journalières au travail avec les enfants. Et je dépense notamment mes jours de repos avec une garderie scolaire qui nous promène par monts et par vaux, en quête d’activités séduisantes et ludiques pour les petits et grands sous notre coupe.


Depuis novembre dernier, j’ai ainsi pu aller rendre visite à bien des places qui méritent un instant d’attention pour quiconque a des enfants… ou non d’ailleurs puisque à l’instar du Fort Angrignon, les adultes aussi pourraient s’y rendre.


Je vous emmène donc en ballade au travers de Montréal, Laval, les Laurentides et la Montérégie au travers d’activités familiales, et notamment de place où fêter des anniversaires, en ce beau jour de naissance de jumelles chères à mon cœur!


 


Les tarifs que je donne sont indicatifs, à vous de vous renseigner auprès des différentes structures dépendant du nombre d’enfant, des forfaits et des saisons également, car toutes les activités ne sont pas offertes à l’année et certaines varient selon la saison.


 


L’île de Montréal.


 


L’île de Montréal regorge d’endroits où se rendre en famille. Je ne vous ferais donc pas l’affront de dire que j’ai fait toutes les meilleures places. Je ne ferai ici la critique de ce que j’ai pu faire et tester avec des enfants de 4 à 12 ans, sauf mention contraire.


 


-       Le Centre Canadien d’Architecture – 1920 rue Baile – 514 939-7026


Une des sorties que j’ai le moins aimé, outre le fait que ce groupe là est composé de têtes de pioches et de baveux exécrables !


L’idée de base est sympathique, faire découvrir les différentes facettes de l’architecture aux enfants, avec notamment une chasse aux matériaux dans le sas menant du nouveau bâtiment abritant le musée au manoir Shaughnessy ainsi que dans le jardin d’hiver ou le salon de ce même manoir, puis la construction en papier et colle d’un musée sur un thème pigé au hasard.


On retrouve ce principe sur divers thèmes au fil de l’année et des expositions.


C’est cependant peu propice pour des enfants qui ont besoin d’action et de mouvement. À conseiller donc aux plus rêveurs, aux passionnés de construction mais déconseillé vivement aux marsupiaux en tout genre !


Des activités de groupes (12 personnes minimum) peuvent être organisées sur demande selon les besoins, donc là aussi un anniversaire pourrait peut-être se dérouler, à voir!?


·      Métro : Guy Concordia puis bus 15 ou 150


·      Tarifs : 6$ adulte, 4$ enfant pour 2H, sessions pour enfants de 5 à 12 ans accompagnés d’un adulte


 


-       Le Planétarium – 1000 st jacques ouest – 514 872-4530


Là je vous dirais que je suis mitigée. Autant on peut avoir de supers films (celui sur l’origine de noël et les façons de le fêter dans le monde) autant d’autres sont poches (celui du petit prince !). Par contre, la voix-off est un vrai passionné qui saura vulgariser et animer l’espace et ses mystères pour les petits et les grands. Une des matinées où nous nous y sommes rendus, il a improvisé sur son temps pour nous offrir un exposé sur « Pourquoi Pluton n’est plus une planète » qui a plu et intéressé nos enfants, de 5 à 12 ans. Les petits plus que les grands, mais simplement parce que les grands étaient plus bêtes que les petits cette fois là !


·      Tarifs : gratuit jusqu’à 4 ans, 4.00$ de 5 à 17 ans, adultes 8,00$.


·      Métro : Bonaventure


 


-       Le Fort Angrignon – Boulevard des trinitaires – 514 872-3816


Cet ancien zoo, situé à proximité du parc Angrignon, a été reconverti en mini Fort Boyard. Dans les anciennes cages intérieures se trouvent désormais toutes sortes d’épreuves physiques qui mettront au défi les petits autant que les grands.


Ramper, grimper, vider des balles, remplir des verres d’eau, se diriger dans le noir sont les quelques-unes des 17 activités qui vous attendent.


Il existe plusieurs formules : Parcours initiatique, parcours intégraux enfants et adultes, des défis entre ados ou entre adultes de 2h30 ou 3h30, on peut également louer la salle à l’heure.


À noter que si vous choisissez la formule défi, vous pourriez bien voir le nom de votre équipe affichait dans le hall du fort, au tableau des champions.


Un lieu vraiment idéal pour fêter un anniversaire, si vous êtes tannés des quilles !


Pour ma part, j’ai encore en tête ma gang de 4-5 ans tentant de vider la piscine de balles sur la tête de leur animateur ou effectuant une randonnée de la mort dans la salle de la toile d’araignée. Très drôle et super cute !


·      Métro : Angrignon, bus 113


·      Tarifs : enfants parcours initiatique (4-5 ans) 7.00$/enfant + 7.50$tx pour les adultes, parcours intégral 6-17 ans 11.50$, parcours intégral adulte 12.50$tx, défi de groupe de 8 à 10 personnes 200$.


 


-       Le centre des Sciences – 333 rue de la commune ouest – 1 877 496-4724


Étonnamment surprise par le centre des Sciences. Littéraire jusqu’au bout des ongles (qui ne se cassent jamais sans déclamer un Molière ou un Shakespeare !), les sciences et moi, on n’est plus vraiment copine depuis la première, année où je les ai enterré dans la cour du lycée avec mon livre de géométrie dans l’espace et où reposait déjà celui de latin (oui c’est littéraire mais j’ai pas aimé !).


Mais la vulgarisation mise en place dans les salles supérieures (Eurêka ! Et Technocité) m’ont plu, oui plu vous avez bien lu. D’abord parce que les plus tannants de mes chers tannants ont eu du plaisir et m’ont lâché pendant près d’une heure (au bout de laquelle ils sont revenus me réciter leur refrain préféré : « C’est plate, on s’ennuie, quand est-ce qu’on part ? » - ouf ils me manquaient presque !) ensuite parce que même moi j’ai pris du plaisir à découvrir toutes sortes de phénomènes scientifiques dit donc !


Je le conseillerai néanmoins seulement à partir du moment où les enfants savent lire, à moins que vous ne soyez d’humeur à leur lire tous les panneaux (ce qui est pas impossible mais autant vous prévenir).


À noter que ce jour là nous avons également vu Santa Claus vs Snowman (oui en anglais !) en 3D, ce qui a particulièrement plu à nos petits anges de Noël presque tous bilingues mais par le nez rouge du renne, quel film violent! La guéguerre entre les deux protagonistes nous a laissé un peu pantois. Dire que nous chantions Noël, ses saints et ses douceurs !


·      Tarifs : 7.00$ pour les 4-12 ans, 9.00$ pour les 12-17 et 10$ pour les adultes pour un film ou l’accès à l’expo temporaire+les deux salles supérieures. Avec le film 3D ça va de 14 à 19$ par personne !


·      Métro : Place d’armes ou autobus 55 direction sud


 


-       L’Aquadôme - 1411, rue Lapierre - LaSalle - 514 367-6460


Ce centre aquatique est tout entier indiqué pour les familles. On y trouve outre un bassin de nage classique, un bassin ludique avec bain tourbillon, champignon fontaine et glissades pour poupons, petits bouts de moins d’un mètre vingt et la grande pour les plus vieux. Les vestiaires familiaux permettent de se changer tous ensembles.


La verrière permet de profiter de la lumière du jour naturelle et je vous promets que vous baigner dans une eau tempérée alors qu’il tombe de gros flocons dehors tient presque du jouissif!


Ce centre se trouve accolé au Cégep Laurendeau, au sein duquel vos enfants pourraient participer également à un camp de jour sportif.


·      Métro : Angrignon, bus 113.


·      Tarifs : 1$ pour les moins de 3 ans accompagnés d’un adulte, 2$ pour les 4-17 ans, 3$ pour les adultes jusqu’à 54 ans puis 2$ pour les aînés.




-       La joujouthèque – 2005 Victor Doré n° 111 – 514 332-6552


Le même principe qu’avec une bibliothèque à ceci près que ce sont des jeux et jouets que vous emprunterez. Idéal notamment pour les expatriés ou les immigrants en attente de conteneurs, mais aussi pour toutes les familles qui n’ont pas les moyens ou ne voudraient pas dépenser des milles et des cents dans les jouets que le petit dernier demande et délaisse presque aussitôt obtenu.


Bon la ruse de cacher les joujous un temps et de les ressortir ensuite marche mais au moins là vous savez que vous trouverez sans doute quelque chose que votre enfant n’a pas déjà. Les plus grands pourront sans doute choisir mais mon petit bout de 15 mois le fait également très bien.


Il y en a sûrement une autre ailleurs (sous le nom de ludothèque)


 


-       La maison buissonnière – 10125 rue Parthenais – 514 384-8181


Ce lieu est parfait pour les bébés et les enfants de moins de 4 ans qui ont besoin de socialisation. Les nouveaux arrivants sont un public naturel pour cette structure et j’y ai pourtant bien peu croisé d’immigrants. Sans doute parce que vous en ignoriez l’existence les amis ?!


La Maison Buissonnière existe depuis 1992 et propose aux parents d’enfants uniques, d’enfants qui ne sont pas en garderie, un lieu de rencontres, de jeux et d’échange.


Deux adresses à Montréal (10 125 Parthenais dans Ahuntsic, métro Sauvé puis bus 121 direction est et 5377A sur Parc) vous accueillent en semaine ou le samedi (vérifier les jours et heures d’ouverture des structures) vous et vos petits pour leur permettre de jouer en compagnie d’enfants de leur âge.


Une contribution est demandée, mais le montant est à votre discrétion.


É., 15 mois, adore s’y rendre et rencontrer M. 18 mois qui parle, bouge, joue avec lui, croque dans une pomme (je travaille avec É. sur le retard oral à l’alimentation et au langage – qui sont intimement liés) et fait toutes ces choses que seul un enfant peut montrer à un autre enfant.


·      Métro : Sauvé bus 121 direction est ou 140 direction est pour celle de Ahuntsic


·      Tarif : contribution volontaire


 


-       Le lac aux castors


On s’y est tous ou presque rendus au lac aux castors. Fait que je ne vous en parlerai pas des heures mais sachez néanmoins qu’on peut y louer des patins double lame (7$ pour 2 h mais il y en a peu, 3$ pour un casque ou un support d’apprentissage pour 2h et un dépôt de 5 $) pour vos débutants préférés et qu’il est possible d’y faire des glissades en « tubes » (chambre à air), « crazy carpet » et autres soucoupes.


L’accès à la patinoire réfrigérée et celle du lac est gratuit, les tubes sont payants 4$ pour les 4-12 ans et 8$ pour les 13 ans et + et la glissade est ouverte de 10h à 17h en semaine (où vous aurez plus de fun puisque moins de monde !) et jusqu’à 20h le samedi, 18h le dimanche.


·      Métro : Mont-Royal, bus 11 direction Ouest


 


-       Le musée Pointe à Callières – 350 place Royale – 514 872-9150


Bien que je m’y sois rendue lors d’Halloween, et que donc la présentation du musée ait été plutôt courte et ponctuée de saynètes de Jack’o lantern version musée, le film en entrant sur la construction de Montréal m’a particulièrement plu.


Si vous aimez l’histoire, rendez-vous dans ce magnifique repaire de vieilles pierres !


Mais là encore, à voir selon le caractère de vos petits débrouillards, parce que c’est quand même vachement tentant de toucher aux pierres, et on n’a pas le droit !


·      Métro : Place d’armes


·      Tarifs : gratuit jusqu’à 6 ans, 6-12 ans 4.50$ et 12.004 pour les adultes.


 


-       Le musée des maîtres et artisans – 615 avenue Ste Croix – 514 747-7367


Des activités familiales en fin de semaine feront découvrir à vos enfants les gestes et métiers de l’artisanat.


Les activités changent régulièrement, mais actuellement par exemple vous pourriez apprendre à faire un tapis, cet hiver également les enfants et leurs parents pouvaient apprendre à fabriquer une poupée puis sa maison, tresser un panier etc.


Également l’histoire de la bâtisse elle-même est incroyable. Déplacée pierre par pierre pour ne pas être détruite, réaménagée pour un changement de culte (anglican vers catholique), des vitraux magnifiques, des sculptures impressionnantes quand on a la chance de pouvoir en entendre le détail!


Encore une fois si vous êtes tannés des quilles (et du fort Angrignon!), vous pourrez y fêter l’anniversaire du petit dernier pour 10$ par enfant, 3$ par adulte, présence d’au moins un adulte de la famille obligatoire, où les enfants réaliseront des bricolages qu’ils ramèneront chez eux!


·      Métro : Du collège


·      Tarifs : 10$ pour une famille de 4 personnes, 2$ par personne supplémentaire


Bon allez je vous avoue que je vous ai pas mis le site parce que l’actuel est pas top (je dirai même plus on l’aime pas mais chuuut !) et qu’on bosse dessus pour l’améliorer, fait que je vous laisse le chercher tous seuls comme des grands !


 


-       Des ballades en plus sans surplus de dépense :


La vitrine Ogilvy à Noël, la rue St Paul et St Jacques à Halloween (les commerçants ont des bonbons à donner et peu de clients pour en profiter !), l’ascenseur de verre de l’hôtel Mariott qui plonge dans la piscine du lobby, le hall du palais des congrès, le Chinatown, la savonnerie


 


 


Hors de l’île :


 


-       Musée des enfants – 3805 boulevard Curé-Labelle, Laval – 450 681-4333


Situé à Laval, ce musée propose aux enfants de jouer à faire semblant (un musée « wannabe » comme dirait l’une des éducatrices qui y est allée avec moi) d’être un adulte qui magasine ou travaille à l’épicerie, être marin pêcheur, ambulancier, policier, vétérinaire, star de la chanson ou de la météo etc.


Situé sur deux niveaux, le rez-de-chaussée ravira les parents et les enfants puisqu’on y trouve une véritable ambulance (on peut en faire fonctionner les lumières et le klaxon mais pas les sirènes – et croyez-moi après une journée complète, vous rêverez déjà de débrancher l’avertisseur !) ainsi qu’une voiture de police de la MRC de Richelieu. Qui sait, irez-vous peut-être aussi en prison ?


On accède à la mezzanine soit par des escaliers soit par l’échelle logée au sein de la fusée. En haut se trouvent un chantier de construction et un camion de pompier notamment, ainsi que les salles privées que vous pouvez louer pour un anniversaire.


Même si nos 10-12 ans se sont bien amusés, prévoyez de vous y rendre surtout pour des 4-9 ans (et des bouchons d’oreille pour vous parents sympathiques !). N’hésitez pas non plus à favoriser une couleur ou un dossard si vous avez un petit groupe, parce que ça se confond facilement un enfant avec la centaine d’autres !


·      Tarif : fait étrange mais logique pour une fois c’est les enfants qui paient plus chers !

10.55+tx à partir de 2 ans et 7.90$+tx pour les adultes avant 65 ans.


 


-       La grange aux fées – 685 route 137 St Denis sur Richelieu – 450 787-3336


Partis dans un grand autobus jaune, qui vous tasse correctement la colonne si vous êtes installés au fond, nous nous dirigions vers ce qui semblait être une colonie de champ de maïs (c’était cet automne). C’est certes très beau la vallée du Richelieu, mais je vous assure que c’est aussi souvent digne des villages perdus de Stephen King. Enfin, en tout cas, c’est suffisamment perdu pour que notre chauffeuse, super sympathique mais pas très au courant des lieux où elle se rend, nous perde et que nous passions près de 2h30 dans l’autobus avec des gamins affamés et des grands ronchonnant (parait-il que c’est pas « hot » d’aller voir les fées !). Ceci pour l’anecdote.


La grange aux fées est en fait un lieu multifonction : une ferme pédagogique, un lieu d’activités créatrices et un espace de conte. Bon je vous l’avoue ce dernier, et surtout la cabane boutique des fées est étrangement quétaine (les trolls sont des fées!?!) pour nous mais les petits trippent au bout quand on leur raconte qu’il faut cueillir de la poudre de fée avant d’entrée et qu’ils touchent une boule de cristal.


Les figurines de fées à vendre sont très belles par contre et la mienne devrait trôner dans la chambre de ma fille, dixit ma boss qui me l’a offert.


Les grands-mères qui nous accueillent dans ce lieu féerique sont également très sympathiques ce qui ne fait qu’ajouter du charme à une journée dans ce lieu.


·      Tarif : gratuit pour les 1 ans et moins, 5.00$ +tx jusqu’à 8 ans puis 8.00$+tx jusqu’à 12 ans, 10.00$+tx pour les 12 ans et plus y compris les adultes.








[1] Le titre est emprunté au guide Ulysse éponyme


Tags : EnfantsCulture

Avoir 25 ans à Montréal

Petiboudange

Certains d'entre vous se rappellent sûrement la série de reportage que France 2 avait diffusé il y a quelques temps sur le thème « Avoir 20 ans.... » quelque part. Les reportages rencontraient les jeunes de différentes villes et tentaient de percer à jour leur vie quotidienne, leurs envies, leurs angoisses, leurs sorties, leurs boulots, leurs coup de gueules etc.

Eh bien, mes 20 ans je les ai eu à Nice. Mais mes 25 ans, je les ai eu à Montréal, Québec, Canada.

Qu'est-ce que c'est avoir 25 ans à Montréal aujourd'hui ? (Toutes ressemblances avec les propos d'une personne de votre entourage ne seraient pas nécessairement fortuites ! Et n'allez pas croire qu'il n'y a pas de sombres vérités personnelles là-dedans lol)

Avoir 25 ans à Montréal, c'est comme avoir 25 ans à Marseille, Paris ou Nantes. Comme à New York, Amsterdam ou Dublin. Avoir 25 ans à Montréal, c'est comme avoir 25 ans dans la plupart des pays occidentaux, et peut-être même du monde. Sauf que avoir 25 ans à Montréal, ce n'est pas mangé un kebab en fin de soirée pour éponger l'alcool dans l'estomac, mais une poutine régulière !

Avoir 25 ans à Montréal, c'est avoir des envies, des idées, des rêves plein la tête. Mais c'est aussi avoir des doutes, des angoisses, des déceptions dans le cœur. Parce que avoir 25 ans aujourd'hui à Montréal, c'est avoir le cul entre deux chaises.
Imaginez donc que nous sommes la relève des baby-boomers mais que l'on doit faire ses preuves auprès de la génération Y qui nous précède et qui nous regarde d'un œil inquiet tenter de conquérir la place, leur place ! C'est également prouver aux vieux « cons » (mais non, c'est pas de toi que je parle !) que nous ne sommes pas des blancs-becs aux dents qui rayent le plancher et aux jeunes « vieux » que nos culs ne sont pas ankylosés par les années d'études parfois plus longues que les leurs mais bien aptes à bouger en cas de nécessité. Ou inversement d'ailleurs !
C'est envoyer des CV et des lettres pour des jobs incroyables sans y croire à 100%. Mais c'est également entrevoir une multitude de possibilité que la rigidité d'autres marchés n'offrent pas ou plus vraiment.

Avoir 25 ans à Montréal, c'est aussi entrevoir le tourbillon vertigineux du capitalisme roi (et s'en prémunir en promouvant la simplicité volontaire ou dans mon cas le tout fait main, oui même les meubles m'sieur dames, pas le choix, pas les moyens....). C'est très naturellement donc aussi courir après une carte de crédit, sans vouloir de crédit pour autant, mais pour avoir droit de faire plus tard un crédit pour avoir une maison et pouvoir louer d'ici peu son logement.
C'est également scruter les petites annonces à la recherche du logement de vos rêves, qui vous accueillera un peu plus que 6 mois sans ruiner votre maigre coussin financier. Et si possible vous accueillera vous, votre moitié, votre chat, vos meubles et vos envies de poupons aussi....

Avoir 25 ans à Montréal, c'est aussi rêver à un monde meilleur. Meilleur que quoi me direz-vous ? Meilleur pour nous ! Un monde où nous aurions nos règles du jeu, notre place à construire et à entretenir. Réinventer un monde qui en a déjà tellement vu en tentant de faire de quoi de nouveau. Bref un monde que nous révolutionnerions et à qui nous laisserions une trace comme étant autre chose que la génération X, « no name ». C'est vrai, imaginez donc qu'un jour on parle de notre époque. Nous serions la génération zapette, capote, chômage.... Peut-être serons-nous la génération qui fera un Québec souverain ou annexera la Nouvelle-Angleterre et les Maritimes dans une république du nom de .... Utopia tiens ! C'est plus hot non ?

Je pensais à ça l'autre soir en remontant l'avenue Mont-Royal, du Sublime dans les oreilles « What I got », à moins que cela n'ait été du Grand Corps Malade à ce moment-là, et je me disais que moi qui ne suis pas une aventurière, ni l'inventrice de quelques bons plans que ce soit, quelles seraient mes traces dans le monde ?

Moi, tout bêtement moi. Mon passage sur cette terre ne sera peut-être pas inscrit dans les livres du monde entier, mais après 25 ans de vie, je suis plutôt fière de pouvoir dire que j'ai laissé des traces dans les vies et les cœurs de plusieurs personnes qui me restent fidèles après tant d'années. Ce n'est pas grand-chose peut-être, mais c'est déjà beaucoup plus qu'on ne pense. Finalement avoir 25 ans à Montréal, c'est aussi avoir 25 ans d'amitiés et d'amours éparpillées sur la planète ! Ben oui la communication culturelle niçoise pratique fortement le réseautage (nan pas la réseautique stupide correcteur Word !) et, ne le répétez pas trop fort, mais nous avons prévu de conquérir le monde par les sourires et le pastis !

Nan plus sérieusement, c'est quoi encore avoir 25 ans à Montréal ?

Avoir 25 ans à Montréal, c'est se lever tous les matins et prendre le bus ou le métro pour aller bosser. C'est projeter son avenir : déménagement, formations, candidatures. C'est se projeter aussi dans la société en tant que femme et que future mère peut-être.
Se demander où grandiront nos enfants, dans quelle société et à combien de kilomètres ils s'expatrieront pour vous dire combien ils vous aiment, trop timorés pour vous le dire en vis-à-vis.

Avoir 25 ans à Montréal, c'est commencer une autre vie, non par le lieu mais par les années qui s'en viennent. Dans 25 ans, où serai-je ? Peut-être sur un nouveau départ. Il paraît que nous fonctionnons souvent à coup de cycles dans la vie. Le mien est de 5 ans. Tous les 5 ans se produirait un bouleversement dans ma vie. Réfléchissons....
À 5 ans, j'ai fait du ski pour la première fois de ma vie (me greffant le virus de la neige à jamais).
À 10 ans, je rentrais au secondaire (plus petite et menue que les autres, mais avec un gros appétit de connaissances et de découvertes qui m'a suivi jusqu'à aujourd'hui encore où le plus grand malheur actuel de ma vie est de ne plus étudier !). À 15 ans, mon premier amour (qui me mènera à Nice d'où je suis partie la première fois au Québec). À 20 ans, mes premiers road trip (qui m'ont filé les envies d'escapade)....

Ouais bon c'est pas les méga bouleversements mais n'empêche que tout ça combiné, ça a fini par me mener où je suis (lire les parenthèses, non elles sont pas capilotractées !) alors, bon, hein, ho !
Il est donc logique que à 25 ans, soit 5 fois 5 ans, j'ai vécu le grand bouleversement de la transhumance outre-atlantique, non ?

Avoir 25 ans à Montréal, c'est avoir réaliser le premier objectif de sa vie : être bien dans sa peau et dans sa vie, dans sa tête et dans sa ville. Avoir 25 ans à Montréal, c'était me venger des ratés du début de ma vie. Mais surtout, avoir 25 ans à Montréal, c'était mon rêve. Merci....

Tags : EnfantsCulture

Parlure québécoise : le lexique et la grammaire.

Petiboudange

Parlure québécoise : le lexique et la grammaire



Chose promise, chose dûe, en cette nouvelle année, je vous fait part de mes vœux et de mes découvertes quant à cette parlure québécoise qui nous entoure.



Nous pouvons tous remarquer dans notre vie quotidienne en terre québécoise ou par nos intérêts particuliers pour cette société qu’un grand nombre de termes et de tournures de phrases diffèrent de ce que nous avons appris sur les bancs d’écoles en France. Probable que nos amis belges diraient de même mais leur nonante et leur septante sont déjà en soi un « exotisme » lexical pour nous donc sans doute que vous ne trouverez pas exactement les mêmes différences.



Même si tous n’en conviennent pas, il reste pour moi une différence notable et totalement importante (dans le sens de « il faut la valoriser absolument! ») entre les différentes facettes du français dans le monde. Outre la richesse linguistique que représentent les différents pôles de la francophonie, il s’agit également par ce fait même de préserver l’identité d’un peuple, la manière dont il se raconte et se vit. N’en déplaise donc aux pragmatiques que j’adore et à ceux que j’abhore, mais il faut absolument conserver le « bas » tel que l’entendent les québécois (voire les canadiens : saurez-vous me dire ce qu’est un « bas-culotte » ?) même si cela vous paraît vieillot, peu précis ou trop que sais-je, cela fait partie de la mémoire du peuple locuteur.



Ainsi donc, si l’on commence par le début, c’est-à-dire par les origines de ce français québécois que certains exècrent et qui moi me plait tant, on sait qu’on y retrouve des traces des dialectes de la langue d’oïl et de la Normandie en particulier. Mais on apprend bien d’autres choses intéressantes.


Saviez-vous ainsi que 6 colons sur 10 étaient citadins et plutôt habitués à manier la plume, le boulier, les ciseaux ou la farine quand la colonie manquait surtout de paysans et d’éleveurs. Eh oui, déjà les premiers colons souffraient du syndrome de « professionnellement décalés avec le marché réel » ! Comme quoi, on n’invente jamais rien...



Mais néanmoins, le plus intéressant n’est pas cette petite anecdote pourtant fort symbolique, ce serait plutôt les fondements du français québécois.


Il faut savoir que si effectivement au début de la colonie de la Nouvelle-France, on y parlait plus français qu’en métropole, ce n’était néanmoins pas un français homogène, centralisé et normé. On parle le français comme on parle une langue seconde : par nécessité de se comprendre et de se faire comprendre. Mais la plupart de ces arrivants parlent encore leurs dialectes régionaux comme première langue.


Raymond Mougeon et Édouard Béniak[1] expliquent ainsi que les colons néo-français se distinguaient alors en fonction de la divergence ou de la convergence de leur patois vers le français, de leur français régional ou central normé ou central populaire, tout en pouvant être unilingue ou bilingue, cumulant un multilinguisme patoisant ou accotant patois et français. Et après, on dit qu’on est plus capable de s’entendre de nos jours ? Petits joueurs !


Lorsqu’on souhaite considérer les origines du français québécois et de son vocabulaire, il est donc nécessaire de revenir sur les influences internes et externes qu’il a subi.



De manière globale, on peut ainsi dire que le québécois est une reconstitution systématique (dans le sens de système) d’une langue commune sur la base de variantes concurrentes.


Ces concurrences ont donc donné lieu à plusieurs types d’alignements du français :



-       l’alignement sur le français central normé : en d’autres termes, les prononciations spécifiques aux parlers régionaux ont été remplacées par celle du français parlé par l’élite de la colonie (ce que Laurendeau[2] qualifie de lectes inférieurs et lecte supérieur).



-       L’alignement sur les parlers régionaux où la forme propre au français central s’est faite évincée au profit des formes plus régionales. Lionel Meney[3] appelerait cela du dialectalisme ou du périphérisme.


Ainsi le terme bleuet serait issu de Normandie et désignait alors « une variété d’airelle qui pousse en Amérique du Nord » (rien de très neuf en soi, je le conçois). Ce terme avait comme concurrent direct la myrtille en français central mais aussi abrêtier, abrêt-noir, brimbelle, moret, raisin des bois et teint-vin dans divers parlers régionaux. On sait tous qui a vaincu de ce côté de l’Atlantique !



-       Le non-alignement : On parle de non-alignement quand la forme centrale et les formes régionales se sont maintenues et/ou développées.



Ce sont ces différentes mixtures qui donnent aujourd’hui au québécois sa saveur particulière. Il est également intéressant de noter que ces mêmes influences ont joué sur la prononciation dont nous avons précédemment parlé.



Partant de là, il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’on retrouve dans le vocabulaire québécois plusieurs sources lexicales qui lui donne ses belles lettres de noblesse : les archaïsmes, les anglicismes (purs, traduits ou naturalisés par la prononciations, les emprunts syntaxiques), les québécismes (néologismes propres à décrire la réalité particulière du Québec) et les apports des langues autochtones (souvent liés à la nature). Dans certaines régions, on trouvera également des influences acadiennes.



Je ne prétends pas ici faire une thèse, mes sources l’ont très bien fait d’ailleurs, mais juste passer rapidement sur les influences qui ont donné au français québécois, sa forme actuelle.


Plus loin, je vais tenter de vous expliquer l’origine de certains mots couramment employés au Québec.



Commençons par le début:



- Archaïsmes:


Ce sont en général des mots qui étaient en usage en France au XVI-XVIIe siècle que le jacobinisme et les normes de la bourgeoisie de la Révolution Française ont contribué à faire tombé en désuétude (plus employés quoi!).

Outre les formes de conjugaison telles que aller 1ere pers. sing. au présent simple "j'vas" ( ou la conjugaison de croire au présent en "j'crés, tu crés, i cré" (il et elle devient en bon gros joual- c'est à dire en bon gros langage populaire- i et a), on trouve également des mots qui n'ont parfois plus aujourd'hui court en France et qui sont pourtant tout à fait à date ici, tels que encan, s’abrier, adrette, un ber(ceau), gageure, une chandelle, jaser, s'en venir – devenir, les vidanges, la parlure, cogner, toquer (d’où pensiez-vous que venez la fameuse onomatopée « toc toc » quand un personnage de BD frappe à une porte par exemple ?), tantôt (dans le passé ou le futur!).


Concrètement, ce sont souvent soit des termes que l’on qualifierait de régionalismes en France soit des termes classés au niveau du langage soutenu.



-       Québécismes:


Ce sont des innovations lexicales rendues nécessaires pour pouvoir exprimer les réalités du Québec, tel que le bleuet dont j’ai parlé plus haut. On retrouve notamment l’atocatière (un champ de canneberges dites aussi atoca selon le terme amérindien), ivressomètre (pure création québécoise pour remplacer la marque déposée « Alcotest »), acériculture (exploitation de la sève d’érable)…



-       Autochtonismes:


De même que pour les québécismes, il s'agissait de trouver des termes pour exprimer des réalités inconnues en Europe. Les premiers colons français ayant eu de nombreux rapports et contacts avec les premières nations, l'influence lexicale a donné aux québécois des termes souvent topographiques, fauniques ou floraux:


On retrouve ici :


-       Québec -- là ou le fleuve rétrécit (kebbek ou kebekk)


-       Canada -- habitation, colonie, village (?) (Kanada)


-       Abitibi, Chibougamau, Gaspé, Magog -- noms de villes


-       un ouananiche -- saumon d'eau douce


-       un ouaouaron -- gros crapaud (je crois que en anglais c'est un bullfrog, à confirmer)


-       un ouapiti – wapiti


-       une ouache -- quartier d'hiver


-       tépi – tipi


-       un machecouèche -- un raton laveur (surtout dans les zones acadiennes)



-       Acadianismes:


Dans les régions francophones du Nouveau-Brunswick, les Iles de la Madeleine et les autres rivages qui virent les acadiens, on trouve des influences syntaxiques ou de prononciation typiquement issues de ce peuple.



-       l'aïde/ayide -- l'aide


-       amounetter -- cajoler, calmer, caresser, dorloter un enfant


-       le bonhomme cavèche -- une marmotte ! J'adore!


-       brocher – tricoter


-       le burgau/borgot -- klaxon, avertisseur


-       être cagou -- être triste


-       la chacote – dispute


-       la cravate -- une écharpe (un foulard en québécois :p)


-       le galopeur de femmes -- est-ce vraiment utile de le dire? Oui? bon un coureur de jupons!


-       la gorlèze -- la putain, la marie-couche-toi-là, la fille facile quoi!


-       le madouesse - le hérisson (excellent aussi :p)


-       le margout/margot -- le fou de bassan (un oiseau)


-       le tet -- le toit



-       Anglicismes:


Ces termes ont souvent été introduits par le commerce ou l'industrie et la longue fréquentation forcée des francophones dans le milieu du travail avec les termes et expressions sans équivalents (encore) en langue française (notamment dans le domaine des mécaniques!).


-       bye -- au revoir


-       c'est l'fun -- c'est chouette, c'est drôle, c'est amusant


-       c'est cute -- c'est mignon


-       la toune -- la chanson (ang. tune)


-       le tip -- le pourboire


-       la napkin -- la serviette (en papier) (ang. napkin)


-       le sink -- évier (ang. sink)


-       le chum -- l'ami, le petit ami


-       le coat -- le manteau


-       la joke -- la blague


-       la break -- la pause


-       splitter -- partager, séparer, fendre


-       avoir un flat -- avoir une crevaison (un pneu flat - à plat quoi !)


-       toffe -- dur, difficile (ang. tough)


Parfois, ce sont des traductions presque littérales de l'anglais que l'on rencontre telles que:


-       bienvenue -- de rien (ang. you're welcome!)


-       liqueur (douce) -- des boissons sans alcool type soda (ang. soft drinks)


-       centre d'achat -- centre commercial (ang. shopping centre)


-       assiette froide -- assiette anglaise (ang. cold cut platter)


-       crème glacée (molle) -- glace (italienne) (ang. ice cream)


-       magasiner -- faire des courses, du shopping (ang. to shop)


-       surtemps -- heures supplémentaires (ang. overtime)


-       tanker -- remplir, faire le plein (d'essence) (ang. tank réservoir)


-       caller – appeler


-       le thipot -- le pot à thé, la théière (ang. tea pot)


-       le suit -- le costume


-       être slow bine -- être lent


Mais les meilleures pour moi restent ce que la méthode Assimil sur le parler québécois appelle des naturalisations phonétiques!


-       bécosses -- toilettes initialement extérieures (ang. back-house)


-       slaque -- relâché, relaxé (ang. slack)


-       paparmane/poporman (dixit Ti’Namour aux iles de la Madeleine) -- pastilles de menthe (ang. peppermint)


-       la clotche -- embrayage (ang. clutch)


-       souompe -- marécage, marécageux (ang. swamp)


Dans les influences de l'anglais on trouve enfin une dernière catégorie: les emprunts syntaxiques, c'est à dire la tendance à formuler les phrases sur le calque anglais tel que "la fille que je sors" pour "the girl (that) I go out with".



- Les mots travestis.

Ce terme n'a rien d'officiel et mes sources n'en parlent presque pas. Pourtant, Lachtite, l'auteure de ce néologisme fort sympathique, l'a remarqué autant que moi, il y a de nombreux mots ici au Québec qui n'ont pas le même genre que là-bas en France. Outre les fautes qui font dire à certains "une avion" au lieu d'un avion, d'autres sont pourtant explicables:



-       aller à la gym en France -- aller au gym(nase) au Québec


-       gagner au loto -- gagner à la loto (loterie) bien que je ne l'ai pas encore entendu, je suppose que cela doit être cela.



Cette question ayant animé plus d’un repas, je suis allée chercher dans mes tablettes si l’un ou l’autre des auteurs n’en parlaient pas, sous une forme ou une autre. Et tadam, j’ai enfin un début d’explication (qui ne vient pas remettre en question le fait que UNE avion soit une faute mais explique le phénomène).


Lionel Meney explique ainsi que outre les archaïsmes qui ont maintenu le genre féminin ancien de amour (qui est masculin au singulier et féminin au pluriel un long et bel amour devient de longues et belles amours), âge, hiver, hôpital, orage ou ouvrage, il existe également le cas des syllabe initiatique vocalique. Dans la plupart de ces cas, les québécois ont eu tendance à féminiser les termes : accident, appareil, autobus, automne, avion, échange, élastique (eh oui c’est bien masculin !), emploi, érable, escalier, été, habit, hélicoptère, incendie.


Cependant, on retrouve aussi l’inverse puisque affaire, aide, averse, auto, échappatoire, étape, étiquette, idée ou image sont traités comme masculins.



Mais revenons maintenant à nos mots usités dans le quotidien québécois et qui sonnent parfois bizarre aux oreilles des arrivants. Je ne vous soumets pas la totalité des mots possibles, Lionel Meney l’a très bien fait dans son dictionnaire québécois français. Je ne reviens ici que sur ceux que vous entendrez tous, peut-être emploierez pour la plupart, mais que moi je voulais connaître.


Ainsi, d’où viennent les termes suivants en fait ?



-       mitaines – gants (également de gardien, de base-ball, de cuisine) ou moufles. À noter que l’anglais dit également mitten pour ce que nous nommons aujourd’hui moufles.


-       boucaner/boucane -- (en)fumer/fumée. Boucaner s’emploie encore parfois sur l’Île de Ré notamment lorsqu’il s’agit des vignes, c’est évidemment un archaïsme.


-       embarrer – enfermer et débarrer – ouvrir. Il s’agit ici évidemment d’un héritage des fermetures de porte par barre en travers de la porte. Pour ouvrir la porte, on devait alors enlever la barre soit « débarrer ». Les québécois l’ont juste étendu également à ce qui ne se serait jamais barrer, tel qu’un char ou un vélo lol


-       astheure -- à cette heure, arch. asthüre, se retrouve en Wallonie et sous une forme un peu différente à la réunion dans le « aster ».


-       un chandail -- un pull(-over). J’adore l’explication de celui-ci : ce serait l’abréviation de (mar)chand d’ail qui désignait alors le tricot que portait les vendeurs de légumes aux Halles de Paris.


-       une blonde -- une petite amie. À noter que cette expression, bien que classée dans les québécismes, se trouve attesté dans le langage français par l’une des chansons pour enfants que nous connaissons tous « Auprès de ma blonde ». En effet, le terme de blonde dans cette chanson ne s’entend plus en français standard que comme étant une jeune fille blonde. Or, dans la Nièvre ou en Bresse par exemple, cette expression désignait la promise ou une bonne amie par exemple.



On pourrait en avoir bien d’autre encore, mais si je vous les donnais tous, à quoi bon venir s’installer icitte ?








[1] MOUGEON Raymond et Édouard BENIAK, Les origines du français québécois, Les presse de l’Université Laval, 1994.




[2] Cité par MOUGEON Raymond et Édouard BENIAK, Les origines du français québécois, Les presse de l’Université Laval, 1994.




[3] MENEY Lionel, Dictionnaire québécois français, Guérin, 1999.




Tags : EnfantsCulture

La parlure québécoise : la prononciation...

Petiboudange

La parlure québécoise : la prononciation.

Bernard Shaw aurait dit un jour à propos des américains et des anglais que ce sont « deux peuples séparés par la même langue ». Lionel Meney a repris cette phrase à son compte pour en affubler la relation entre les français et les québécois, en présentation de son Dictionnaire québécois français (1) tant nos langues sont différentes dans leurs prononciations et leurs lexiques.

Un esprit curieux ayant toujours milles choses à découvrir et à chercher, et comme je suis dotée d'un modèle particulièrement assoiffé, à peine terminées mes recherches sur l'identité culturelle, je m'avance désormais, de façon moins académique et plus personnelle, sur la parlure québécoise.
C'est un bien vaste chantier sur lequel je m'avance là, moi qui n'ait de la phonétique que d'infimes connaissances. Me voilà donc penchée sur le problème de la lecture de ces signes cabalistiques qui me seront utiles pour comprendre comment prononcer plus « québécoisement » un « dimanche » ou faire la différence entre un « maître » et un « mètre » (les prononciations, patates! Pas les concepts!)....

Les lecteurs de la bibliothèque d'Ahuntsic s'en souviennent encore, et la maman orthopédagogue avec qui je travaille actuellement aussi !
En tout cas, une fois munie de mon dictionnaire des signes phonétiques, de mes ouvrages de référence, je prétends pouvoir vous expliquer, sans l'ombre d'une prétendue reconnaissance académique, les différences fondamentales de prononciations entre nos deux langues chéries.

Avant toute chose, il faut vous mettre en garde contre l'idée que je prétends vous offrir les moyens d'avoir l'accent québécois (ou français) au travers de cette chronique. Ce n'est pas le cas. Je cherche juste à expliciter ce qui sonne différent dans nos oreilles de francophones d'un côté et de l'autre de l'océan (car n'en déplaise à nos amis québécois, lorsque vous tentez de prendre l'accent de France, vous n'êtes souvent guère plus crédibles que nos piètres tentatives avec le vôtre !). Je reviendrai plus tard vous faire découvrir l'origine des expressions typiques, que vous pourrez au moins lire dans le texte, à défaut de ne plus avoir l'air ridicule en les prononçant. Donc, ne comptez pas sur moi pour ne pas avoir l'air bête en prononçant votre premier sacre....

Les voyelles :

Commençons donc notre voyage somme toute pratico-technique par les voyelles.
Ah oui, avant de m'embarquer avec vous autres, je tenais juste à signaler que aucun québécois-acadien n'a été maltraité durant cette chronique, il aura été bien malgré lui cependant l'objet de test auditif peu probant : mon oreille est absolue.... ment nulle pour distinguer les différents sons !
En français (pour plus de commodité, je n'écrirai plus le français québécois versus le français français, vous saurez ne pas m'en tenir gré) comme en québécois, on compte 12 voyelles (dites orales), 4 voyelles nasales et 3 semi-voyelles - cela dépend aussi des régions d'appartenances linguistiques ! (2) -.
À noter également que ça c'est dans la théorie, car dans la pratique, tout se complique toujours. Figurez-vous que dans les 12 voyelles françaises, y en a quelques unes que je prononce distinctement pareilles, là où Ti'Namour fait, s'il articule, la différenciation.
Mais passons en revue ceci, je vous conseille juste avant de vous assurer d'être seuls car les tentatives sont parfois risibles, et Ti'Namour a encore un zygomatique coincé de ses fous rires pendant que je faisais mes essais personnels, tel M. Jourdain de Molière.

Allons-y par le /A/. Lorsque moi ou d'autres prononçons « pattes » ou « pâtes », le son /A/ est strictement identique bien que la phonétique en fasse la distinction et le québécois aussi. Ainsi, le /A/ de pâtes [A] se forme en arrière (postérieur), dans la gorge tandis que le /A/ de pattes [a] se formera en avant (antérieur), au niveau du palais. Lorsque vous prononcez [A] essayez de positionner votre bouche de façon à former un rond tandis que le [a] se forme en écartant les lèvres en un sourire.
Une autre manière de parvenir à prononcer le son de pâtes consisterait à diphtonguer le son en /AÔ/. Paôtes, caôdre, gaôze.

Continuons avec le son /O/. Si comme moi vous venez du sud, bien souvent vous dites « rose » comme « porte » c'est-à-dire très probablement avec un /O/ ouvert [O]. Cependant, d'autres disent tout de même les deux formes de /O/. Là encore, la différence se situe à l'endroit où l'air va résonner. Dans les joues et le palais pour la « rose » [roz] , bouche arrondie presque fermée comme pour siffler ; dans la gorge, bouche ouverte pour la « porte » [pOrt]. Oui bon mes traits sont grossis et forcés mais c'est plus simple de les expliquer ainsi à la caricature, ça rend peut-être les tentatives moins délicates pour vous !

Cela devient de plus en plus difficile, pour moi en tout cas, quand on attaque la série des /É/ et des /È/. Là où théoriquement, nous devrions différencier oralement les sons de « clé », « billet », « mettre » et « maître », je ne fais qu'un seul son, un /É/ ainsi noté [é]. Si effectivement « clé » se prononce ainsi, « billet » et « mettre » se prononceront /È/ et exactement [è] bref tandis que « maître » [3] sera plus long voire diphtongué comme nous le verrons plus loin. Là, le /É/ se prononce bouche entrouverte en étirant les lèvres en sourire, tandis que le /È/ bref se prononce en ouvrant la bouche vers le bas (je suis en train de vous imaginez essayant mes descriptions et je suis littéralement en train de rire. J'espère que vous étiez seul effectivement !).
Là, le son /È/ bref serait diphtongué en /AÈ/ : mettre>maètre, mère>maèr.
Et alors le summum pour moi, c'est la prononciation des sons /E/. Oui « les » car contrairement à ce que mon oreille me donne, plusieurs sons existent !
Ainsi, la phrase « le seul deux de mon jeu » s'écrirait en phonétique « le sFl dE de mI jE ». Je conçois que « seul » qui sort de la gorge soit différent de « le » et « deux » mais que « deux » et « de » soient différent me dépasse simplement, je suis incapable de le différencier, et donc bien de vous l'expliquer d'ailleurs !

Finalement, je l'avais vaguement évoqué sur le forum, les voyelles nasales /UN/ et /IN/ sont passablement plus accentués en québécois qu'ils ne le sont en français standard. Le [ẽ] de brin se prononce en étirant les lèvres sur les côtés en sourire (comme le son de « clé » de tantôt) tout en faisant résonner le son dans le nez, tandis que le [D] de brun se prononce comme le son de « seul » ou « beurre » en faisant résonner le son dans le nez (genre essayez de faire sortir le son de votre nez). Lionel Meney vous expliquerait tout simplement que /AN/ s'articule plus en avant dans la bouche en québécois, /IN/ la bouche plus fermée et /UN/ la bouche plus ouverte en québécois qu'en français.

Outre ces différences de prononciation entre la France et le Québec, on trouve aussi dans le langage populaire ou disons non contenu, une manière de prononcer des sons qui sont particulièrement typique de la musicalité de la langue de Nelligan ou Vigneault.
Vous avez sans doute déjà entendu le fameux « moé, toé » ou « fret, dret », qui sont des héritages du XIVème siècle souvent. Mais avez-vous aussi savourer les « farmer, marci », les « bédaine, pésant », les « côde, pôsse » en lieu et place des « fermer, merci », « bedaine, pesant » et « coudes et pousse » ?
Les modifications que je préfère sont les remplacements de /U/ en /I/ et les /OU/ en /U/ qui donnent alors lieu à des « bas-culotte>bas-kilotte », « député>dépité », « tout de suite>tussuite ». À la décharge de nos amis québécois, ce phénomène s'entend aussi chez les francophones du Maghreb et je rassure nos immigrants du Maghreb, je trouve cela excellent aussi chez vous !

Les consonnes :

La prononciation des consonnes est sensiblement la même, selon que vous soyez québécois ou français. Cependant, le québécois compte dans ses consonnes des phénomènes propres tels que les assibilés (ou affriqués dixit D., la maman orthopédagogue) et les versions palatales de /T/ et /D/ en [k] et [g].

L'affrication (ou assibilation si j'en crois Claude Poirier) consiste simplement à ajouter un son [s] ou [z] après un d ou un t placé devant un i ou un u, voire un « lle » [J] ou un « ui » [V]. En gros, dimanche se prononcerait dzimanche [dzimBH], verdzure [vèrdzur], petsit [petsi], tsulipe [tsulip].
Dixit la maman D., je n'affrique pas et Ti'Namour n'affrique que ces /T/ comme tous bons madelinots (c'est lui qui l'a dit!). Claude Poirier confirme en expliquant que ce phénomène est absent du domaine acadien (dont dépendent en linguistique les Iles de la Madeleine, le sud de la Gaspésie et la basse Côte-Nord) et récent en Charlevoix.
Paraît-il d'ailleurs que le tu/ti, du/di français est assez difficile à faire pour les québécois et à voir les efforts répétés de la maman sus-mentionnée à le dire à la française, je dirai que je sais d'où vient la légende du cul de poule.... Un grand moment de solitude pour elle mais beaucoup de fous rires pour son fils de 9 mois (oui c'est très visible et pas seulement auditif) et moi. Savoureux!

Les versions palatales (c'est-à-dire tout bêtement les sons que l'on prononce au niveau du palais. Donc quand on prononce « fille », le –ll–¬¬ est palatal, tout comme le –ui– de lui) concerne les sons /T/>/K/ et /D/>/G/ mis en présence d'un /I/, un /U/, un /LL/ ou un /UI/ .
Cela arrive donc qu'on entend (ou lit) « chanquier » pour chantier et « guiable » pour diable (voir même « yâbe » tout bêtement). C'est également ce phénomène qui donna naissance au « canayen » propre à désigner ceux qui sont aptes à le prononcer dans la francophonie.

Il arrive également que nos oreilles distinguent ce que nous dirions être une faute mais qui n'est en réalité qu'une prononciation québécoise : l'absence d'article « à a maison ». Ou précisément, la chute du /L/ des articles la et le entre deux voyelles. Ce ne sont en réalité que le reflet de cette illusion auditive du relâchement que nous pouvons avoir en écoutant les québécois parler. Trop crispés sur la taille de nos becs quand on ramage à l'ombre des peupliers, les québécois eux sont trop relâchés et laisse tomber non un fromage mais le [l] des articles et pronoms « la » et « les » entre deux voyelles [NDMM (note de moi-même) : pas pire cette phrase!].
Ainsi « à la maison/dans la maison » devient « à a maison/dans a maison », « sur la rue » se transforme en « su a rue » et « dans les magasins » un bon « dans es magasins ».
Ce même relâchement amène à laisser tomber le /R/ final de « crachoir » par exemple, suivant un usage du XVIIe siècle en « crachoé », ou le /V/ devant le /OI/ transformant « avoir » en « a'oaèr » et « voisin » en « oésin ».

La plus grosse chute et l'une des plus fréquemment entendu pour ma part au Québec est celle de la consonne finale des mots. « Séparatiste » devenant « séparatiss' », « artiste » > « artiss' ». Ainsi les lundis, je dis souvent à mon Robinou « Mais oui t'es capab' d'enlever tes bottes tout seul ». Et qui n'a pas entendu parler du « cenne noér » (cent noir) maudit dans les tips (pourboire) ?

Peut-être finalement entendrez-vous également, surtout dans la langue populaire, cet héritage linguistique qui transforme le préfixe /RE/ en /AR/ tel que reculer devient « arculer » ?

Il y a peut-être d'autres phénomènes que vous-mêmes avez relevés et qui ne sont pas listés ici. Je serai curieuse de les connaître, donc ne vous gênez pas.
En attendant, j'espère qu'à défaut d'avoir été facile, cette chronique vous aidera parfois à mieux comprendre ce que certains de vos interlocuteurs diront. Ou au moins aura permis de faire rire les personnes dans votre entourage vous ayant vu faire les exercices de prononciation comme les miennes ont rit.
Dans une prochaine chronique, nous verrons comment prononcer notamment les mots issus de l'anglais, mais aussi les origines diverses du lexique québécois que personnellement en tout cas j'aime tant.

(1) L. MENEY, Dictionnaire québécois français, Guérin, 1999.
(2) C. POIRIER (sous la direction de), Dictionnaire historique du français québécois, P.U.L., 1998.
Il explique que en Acadie notamment le son /IN/ et le son /AN/ ne sont pas prononcés pareils, de même que l'existence de /I/ /OU/ et /U/ fermé ou ouvert, portant à 16 les voyelles et 6 les nasales.

Tags : EnfantsCulture

Toune d'automne Comme dirait...

Petiboudange

Toune d'automne

Comme dirait un certain chanteur à minettes (mais non Marion j'ai rien dit !) « Anyway chuis content qu'tu reviennes, t'arrives en même temps que l'automne ».
L'automne et ses journées pluvieuses (qu'on est tanné nous autres de les subir, hein ?), l'automne et ses couleurs. L'automne et mes retrouvailles.

Avant d'aller plus loin, je dois juste avouer que j'ai galéré longtemps pour trouver ce sujet et qu'il m'a suffit d'une ballade en autobus sur l'avenue Mont-Royal ce soir, mon MP3 sur les oreilles, un petit Jeszcze Raz suivi d'un Cowboys fringants en regardant les gouttes de pluie sur les vitres du bus pour finalement trouver le "mood" d'écrire.
C'est donc à un exercice d'écriture spontanée que je me livre ici et hormis les fautes d'orthographes ou de grammaire, je vous fais le serment de ne rien corriger de ce qui sortira de mes doigts fébriles sur le clavier.
Oh my god, pourquoi ai-je promis ceci à l'instant quand je lis les niaiseries que j'ai déjà pondu en peu de lignes !

Bref, revenons à notre automne. Cela fait peu de temps ou près d'un mois que je suis revenue dans ce que je me permettrai d'appeler mon « autre chez moi ». Figurez-vous qu'avant de revenir, je me suis imaginée des retrouvailles, des soirées, des fêtes en pagaille. Mais la vie étant ce qu'elle est, des bébés ayant pointé leur petit nez, des emplois du temps tous plus chargés les uns que les autres (qui d'entre vous est capable de dire qu'il fait 16 heures dans une journée deux fois par semaine? Moi hihi mais avec une heure et quart de battement quand même et un client qui ne tient pas éveillé plus de une heure et demie à la fois !), je n'ai pas encore eu le temps de revoir le quart du tiers de mon agenda.
Néanmoins ceux et celles que j'ai eus le loisir de revoir sont tellement heureux de me revoir que j'en suis émue et surprise.

Je sais qu'il circule deux rumeurs diamétralement opposées sur Internet à propos des québécois : la première dit qu'ils sont fort accueillants, la seconde rapporte qu'il est difficile de s'en faire des amis.
Je ne remets pas en doute cette impression seconde que certains ont ressenti, je parle juste de mon point de vue avec mon idée personnelle de l'amitié.
Certes je n'ai pas eu droit au grand souper de retrouvailles que j'aurai aimé pour des raisons d'emplois du temps entre autres mais le plaisir des retrouvailles est aussi fort. Quand quelqu'un vous serre dans ses bras après un an de séparation, si frustration et hypocrisie il doit y avoir, vous le ressentiriez tous et toutes. Dans ce lot, mes colocataires, d'ailleurs une lectrice du forum a pu apercevoir nos retrouvailles, que j'ai revu en un mois une seule et unique fois, mais une fois suffisante pour que ces liens qui nous unissent soient recréés.
Un ami pour moi n'est pas nécessairement la personne avec qui j'irai dîner ou souper toutes les semaines, c'est quelqu'un que je peux justement revoir après tant d'heures d'absence et avoir toujours la même complicité. C'est ainsi pour ma meilleure amie depuis que nous avons quitté le secondaire et que je suis allée faire mes études par monts et par vaux. Et cela vaut également pour mes amis du Québec.
Mais plus encore, je pense qu'il faut faire la différence entre les amis (qui se comptent nécessairement sur les doigts d'une main, voire des deux quand on est chanceux) et les copains-connaissances qu'on apprécie aussi beaucoup et qui eux remplissent mon calepin téléphonique. Je suis un animal social, je l'assume, mais je ne suis « fidélisée » qu'à un petit nombre d'êtres.

Dans ce mois écoulé, j'ai également entamé comme tout bon immigrant ma recherche d'emploi. En fait d'emploi, je devrai dire emploisssss.
Un jour dans une garderie en milieu familial pour me faire les dents dans le métier, 3 jours dans une garde à domicile, 2 soirs dans une autre garde à domicile, quelques jours avec ma garderie en milieu scolaire, et des soirs d'appoint. Et mon téléphone sonne encore et mon agenda commence à ressembler à celui d'un ministre (ou ce que j'imagine comme tel). Mon annonce d'offre de services datait de 2 semaines quand mes contrats actuels étaient déjà tous bouclés ou en voie de l'être'
Un téléphone, un agenda, un stylo, et beaucoup de culot et d'audace, mes armes fatales lol'
Côté références, j'avoue que j'ai eu l'avantage d'être là auparavant, et d'en avoir des solides qui vous vendraient la lune et tous ses trous sans que vous ne vous rendiez compte de rien et en plus avec toute la conviction du monde en ce qu'elles disent' Chanceuse ? Sans doute.
Parce que en plus, y a pas à dire, mais même si je gagne pas 10$/H dans aucuns de mes (nombreux) contrats de garde, j'ai la chance de faire de sacrées belles balades.
Après le Mont St Bruno avec un guide naturaliste (nan c'est pas un monsieur tout nu mais un homme qui vous explique la nature, les trous dans les arbres, vous fait voir de près des musaraignes avant de les relâcher etc.) au moment des couleurs, j'ai eu droit à une visite dans une ferme entièrement dédiée aux fées à St Denis sur Richelieu (et un super cute cadeau de ma boss pour notre premier bout- pas encore en train je vous rassure). Puis j'ai eu le loisir de me baigner à l'Aquadôme, de visiter le musée Pointe À Callières pendant Halloween (et accessoirement de manger plein de friandises gentiment distribué sur la rue St Paul par les commerçants envoûtés par nos petits monstres!) et je me rends demain au Salon du Livre.
Alors forcément, je n'ai pas les avantages que présentent des jobs à temps plein, comme je pourrai avoir en communication peut-être, mais les avantages en nature sont tellement gratifiants : tendresse, sourires, yeux étoilés et dessins malhabiles qui décorent présentement mon réfrigérateur, pour le plus grand bonheur moqueur de mon coloc et de mon chéri.

Bien sûr, comme beaucoup, je me suis posée des questions sur ma vie ici. Je ne sais pas si c'est l'automne ou si c'est l'immigration, mais je penche pour les deux, mais j'ai jamais connu autant de hauts et de bas dans une même journée.
La première après une grosse frayeur au niveau de ma santé qui s'est soldé par 7h d'attente dans une clinique médicale (en fin de semaine !) et 2 semaines de téléphone pour obtenir enfin un RDV chez un spécialiste pour dans 3 semaines (mais là j'aurai pu l'avoir pour le vendredi qui suivait sauf que je bosse moi madame !). Oui le système des cliniques médicales est un lourd embarras quand on arrive au Québec, mais j'ai eu le loisir dans ces 7h de discuter avec ma voisine et mon voisin de pénitence, de faire sourire un enfant malade, de lire une entrevue de Céline Dion dans un magasine de 1985 !
La seconde s'est déroulée de manière moins drôle puisque mon chéri a perdu un oncle deux semaines après notre arrivée. Outre l'aspect première pour moi, puisque je n'avais jamais assisté à aucun enterrement de toute ma vie, soit parce que j'étais trop jeune, soit parce que j'étais en voyage ou au Québec quand cela est arrivé, cela a ravivé en moins le sentiment douloureux qu'éprouvent tous les immigrants à ce sujet en passant aux leurs restés là-bas.
La troisième lorsque, la bise euh ben nan la pluie en fait fut venue, et que mon tour de chercher de quoi payer ma pitance et mon abri est arrivé. Mais ceci a été l'objet d'une chronique plus tôt dans la saison' Néanmoins, la question me fait encore cogiter pour vrai.
Mais ces expériences n'ont en soi pas ébranlé mon bonheur d'être ici. Elles viennent plus comme des pierres dans la base de mon édifice ici et elles m'aident à bâtir à mon rythme une expérience solide.

Mon bilan n'a en soi rien d'extraordinaire, ce n'est qu'une tranche de vie d'immigrant. Mais cette toune d'automne est pourtant ce qui nous lie tous : un morceau de vie qui se répète à l'infini, sur des variations différentes, et qui nous donne pourtant une chose importante, une identité collective.

Tags : EnfantsCulture

Les aléas de mon immigration...

Petiboudange

Les aléas de mon immigration

Salut la gang,

Il était temps que je vous écrive cette petite chronique mais les bouleversements de ma traversée du miroir ont eu des répercutions sur bien des points de ma vie, y compris mon goût d'écrire.
Tout de suite pour enlever tout goût d'empathie ou de polémique, oui j'ai de la misère dans ma nouvelle vie mais non elle n'est pas vraiment due ni au Québec ni à l'immigration. Je suis dans cette phase de questionnement et de doute qui étreint chaque année les nouveaux diplômés qui se rendent sur le marché du travail et qui confrontent leurs compétences académiques avec celles de la vie professionnelle.

Ma situation n'est donc pas en soi inédite, elle est même reproductible et observable, tel que les faits sociaux sont réputés l'être. Le paramètre qui diffère par rapport à certains de mes amis est que moi je le vis pas dans mon pays cette affaire et que je le vis pas non plus dans le pays où j'ai obtenu mon diplôme.
Bon ceci étant tiré au clair, je peux donc vous faire part de mon état actuel.

Ça fait maintenant presque 20 jours que je suis arrivée et après un départ sur les chapeaux de roues, j'ai pris le temps de me laisser vivre, dans la perspective de ne plus pouvoir ensuite avant un moment.
J'ai fait tout comme il faut les démarches d'un nouvel arrivant, NAS, compte en banque, RAMQ etc.
À ce propos, peut-être que certains d'entre vous se sont rendus compte de l'incongruité des administrations québécoises (si si mais plus sympathique qu'en France !). Pour faire refaire ma carte de RAMQ (puisqu'ayant été étudiante ici j'ai déjà une carte et un dossier, je passe dans les procédures identiques à celles dont un québécois qui reviendrait s'installer au Québec- comme Ti'Namour par exemple !), il me faut une preuve de résidence domiciliaire. Sauf que notre bail est déjà signé par notre coloc et pour des histoires d'historiques de crédit, on ne voulait pas le faire rouvrir. Donc, me voila à appeler la RAMQ pour leur dire que je n'ai pas de bail, pas de compte à mon nom (on entend ici téléphonie-télévision ou électricité par exemple) ni de courrier émanant d'une instance officielle (un ministère quelconque) pour faire la preuve. Ça me prend donc une attestation assermentée où mon coloc affirme que j'habite bien là . Court à la caisse Desjardins qui m'offre ce service gratuitement puisqu'ils m'ont délesté de 5$ à mon inscription (sinon c'est 5$ pour les non-membres) pour savoir si il y a un commissaire dans celle-ci. Une chance que j'habite proche d'une grosse caisse. Finalement après des péripéties dont je vous passe les détails, j'obtiens la dite attestation. Je me rends avec Ti'namour à la RAMQ et mon dossier est fait, ok. Ti'Namour lui n'avait pas cette attestation donc il est en suspend. Mais le plus drôle, c'est que, en rentrant chez nous après cette visite, nous avions reçu du courrier de la RAMQ, ce qui peut être (et a été pour la bibliothèque du réseau montréalais) considéré comme une preuve domiciliaire, mais pas par la RAMQ (parce que émis par elle-même). Il faut une preuve de mon adresse mais vous m'écrivez à cette adresse avant que je vous la donne ma preuve. Bizarres eux autres'

J'ai même testé pour vous les formations de immigration Québec intitulées « Réalités socio-économiques du Québec » au cours desquels je n'ai rien appris de plus que ce que je savais déjà, mais j'ai eu le loisir d'aider, de réconforter, d'orienter et de rencontrer des nouveaux arrivants sympathiques, motivés et au parcours parfois plus qu'intéressants ! Ah ça la richesse capitale (issue de la tête donc) du Québec est encore plus grande qu'on ne l'imagine !
Mais voila, comme mon amie V. qui a débarqué une semaine avant moi (nous avons suivi les mêmes études universitaires dans la même université mais elle est canadienne par feue sa mère fille d'immigrants polonais ayant fui la seconde guerre), je cherche du travail et je cours les lieux pour apprendre à faire un CV, une lettre de motivation, du réseautage etc.
Sauf que '. (ben ouais ce serait trop facile sinon)' je sais pas ce que je veux faire de ma vie. Cette question me poursuit depuis un moment déjà, et comme tous les problèmes, je l'ai ramené ici avec moi.

C'est bien j'ai terminé ma maîtrise en communication et culture et je me suis prouvée à moi-même que je pouvais le faire. Mais ça n'a jamais été, je crois, mon but de bosser dans ce domaine. Je sais que certains et certaines pensent pourtant que je serais bonne dans ce domaine, mais il me semble que si l'envie n'est pas là, les performances non plus.
Et puis il y a cet organisme pour lequel j'avais déjà fait des journées dans les Laurentides qui m'écrivait régulièrement pour me rappeler que ma place était encore là à 150%. Celui pour lequel ma formation ne sert pas vraiment mais ma passion et mes jobs étudiantes, celles-là même sur lesquelles Immigration Québec m'a délivré mon CSQ, oui. Celui qui représente à la fois une passion et une profession.
Je tourne je vire et je me dis que faire une formation complémentaire peut-être dans ce domaine. Mais dans mon questionnement j'oublies de faire la première chose à faire : activer mon réseau et là pour le coup rappeler ma chère I. qui m'avait recommandé à l'immigration !

Bon, l'erreur est réparée mais un peu tard, puisque j'aurai pu bosser deux semaines complètes au lieu de 2 jours la semaine prochaine, puis un autre jour la semaine d'après et deux la semaine suivante. Et pour tout vous dire, des dates comme ça, si j'en veux, j'en ai jusqu'en mai ! Quand I. m'a dit qu'elle m'avait beaucoup apprécié dans ce travail et qu'elle me programmait forcément d'avance pour être sûre de m'avoir, je vous avoue que la peur et les doutes se sont un peu allégés. Mon expérience québécoise, elle est garantie et dans un boulot sur lequel je ne cracherais pas, de toute ma vie.
Mais forcément, c'est sur appel, c'est des fins de semaines ou des journées par ci par là. Du coup vient maintenant le temps de savoir quoi faire. Une formation ?
Ben ouais, pourquoi pas. Bon alors là du coup, je fouille dans mon sac en plastique rempli de pamphlets parce que j'ai justement vu une formation subventionnée par un ministère qui me permettrait totalement de réaliser le second rêve de ma vie (si si je suis une grande rêveuse vous pouvez le dire) et en plus au Québec ! Et en 15 semaines, je serais apte à me lancer dans cette affaire et à enfin développer mon propre emploi' Ouais c'est sûr, faut de la motivation, des fonds, des ressources, et le début risque d'être peut-être plus délicat que je ne le pense. Mais si je ne la tente pas cette formation, je le regretterai sûrement.
Peut-être que dans trois mois je serai sans le sou, mais d'ici là, j'aurai lancé un dé de plus pour avancer et je suis sûre (étant donné les statistiques favorables dans ce domaine et la demande !) que je trouverai comment rebondir. On se dira ça dans 4 mois si vous voulez bien !

Je sais que je ne peux quand même pas me contenter des appels de mon organisme de base. D'autant plus si je veux réussir le premier défi de I. : apprendre à conduire d'ici Noël pour aller l'aider ensuite au bureau de Ste Adèle ! Bon bon.
Alors quoi ? Alors, pour une fois, et c'est pas la première ceci dit, je vais écouter le Ti'Namour qui me pousse et me conseille de me servir de mon don (sic) pour l'écriture et de me trouver un travail de rédactrice, à la pige, en temps partiel, ou en autonome.
Donc me voila à la recherche de travaux de rédaction, de mise en page, de correction, et je commence à proposer mes services aux travailleurs autonomes, aux associations dans mon entourage. À bon entendeur lol.

Bon, elle est gentillette ma chronique, pas de prise de tête sur des chiffres ou des théories de grands auteurs (je peux vous raconter comment voyager avec un saumon si vous préférez ?), juste un trop plein d'envie et de peur, de doute. Un message pour ceux et celles qui se demandent quoi faire de leur vie, ceux qui doutent comme moi. Ceux qui ont à surmonter le stress d'une immigration et d'une reconversion.
Juste un message d'espoir, aussi minime soit-il, pour dire que on peut trouver de quoi au fond de soi mais aussi autour de soi, parce que au final, les informations sont toutes là, ce qui manque en général c'est le temps et l'envie pour faire le tri et décrocher son téléphone pour tenter. Je sais que je devrai faire de même dans mon travail mais la formation que j'ai suivi cette semaine m'a au moins apprise une chose essentielle : si vous n'êtes pas bien dans vos baskets, ça se voit et c'est très délicat de partir à la recherche d'un boulot dans cet état. C'est une chose à prendre en compte quand vous arriverez ici et que vous chercherez du travail ! Parce que l'immigration peut-être bouleversante pour tous et que le stress de pas trouver va venir amplifier ce mal-être et il finira par ne paraître que ça de vous !

Et puis, si vos problèmes n'ont pas été réglé avant d'arriver, croyez-le ou non mais ici, ils vous paraîtront encore plus insurmontables qu'avant. J'ai décidé d'affronter mes démons, et de tenter de faire ce pour quoi je me sens vraiment douée. Parait-il qu'on est aujourd'hui amené à changer de profil professionnel au moins 3 fois. Bon, j'en suis à 2, youpi yé lol.

Tags : EnfantsCulture

Un point de référence« Écoutez...

Petiboudange

Rectitude politique

L'autre jour, mon conseiller financier m'a parlé d'investissements dynamiques. En l'écoutant, j'ai fini par comprendre qu'il me parlait de placements à risques très élevés.

Le secteur forestier québécois vit une importante reconfiguration de ses entreprises suite au conflit sur le bois d'oeuvre. Comprenez qu'il doit faire des mises à pied massives pour survivre. Excusez : il doit procéder à une restructuration majeure de son industrie pour rester compétitif.

La semaine dernière, une étudiante me faisait remarquer que je commettais une erreur en parlant d'ethnies alors que j'abordais les difficultés d'insertion professionnelle de certains jeunes à Montréal dans mon cours. D'après elle, il faut désormais parler de communautés culturelles.

De gré ou de force probablement un peu des deux la diversité culturelle de la société québécoise s'accentue d'année en année. Du 1er au 08 octobre dernier, c'était d'ailleurs la Semaine Québécoise des Rencontres Interculturelles : l'occasion pour le Québec d'organiser une série d'activités sur tout son territoire pour à la fois souligner et rappeler le métissage croissant de sa société Autrement dit, il devient de plus en plus important de sensibiliser les diverses ethnies scusez, communautés culturelles de la société québécoise à la pertinence de se (re)connaître.

Voilà donc une activité qui reflète un souci collectif de se doter de règles de cohabitation afin de maintenir l'harmonie générale autant que possible. L'arsenal d'activités ou de mesures ne manquent d'ailleurs pas à cet effet. Il en est cependant une qui se démarque à mes yeux par sa grande influence bien que ne disposant pas - ce qui est paradoxal - d'aucune base juridique ou officielle. J'ai nommé la rectitude politique.

Si je menais un projet de recherche, mon hypothèse de recherche se formulerait probablement comme quelque chose dans ce goût-là : est-ce que la rectitude politique aide ou nuit au maintien de la société québécoise ?

En avril dernier, on nous annonçait que le nouveau cours d'histoire du Canada et du Québec au secondaire (alors prévu pour 2007) allait faire peu mention d'événements tels que l'Acte d'Union de 1840 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982. Ceci afin de rendre compte d'une histoire moins conflictuelle, moins politique et davantage plurielle. Selon Jean-François Cardin, historien-didacticien de l'Université Laval, Il s'agit de sortir du cadre habituel d'une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones pour faire une histoire plus rassembleuse. Bref, au nom d'une histoire qui se veut citoyenne, on balaie sous le tapis une couple d'affaires pour éviter le trouble et montrer qu'on est une société ben ben fine.

Mais, au nom de la pluralité qui est désormais la réalité du Québec, doit-on escamoter la singularité québécoise, qui est au fondement même de cette société ? C'est, en gros, la question très pertinente que pose Mourad Djebabla en réaction à ce projet. En effet, si on efface des pans entiers de l'histoire du Québec, comment comprendre ensuite certains phénomènes en jeu ? Est-ce réellement acheter la paix que de montrer une histoire polissée et bien vernie ? À court terme, assurément. Mais à long terme, la tragédie ne sera pas d'avoir menti ou caché : cela aurait été d'avoir formé des générations de fourvoyés.

By the way, c'est quoi déjà la devise du Québec ?

Je comprend l'intention très humaniste derrière la rectitude politique. Au-delà des règles minimales nécessaires à la vie en société (respect, politesse, etc), certaines situations exigent d'en faire un tout petit peu plus lorsqu'on est confrontés à une grande diversité culturelle ou religieuse. C'est un peu développer le réflexe mental de bien choisir ses mots avant de parler afin de ne blesser personne de manière indue. Mais il ne faut pas mélanger égalité sociale et rectitude politique : si le premier est correct, le second en est la forme exagérément caricaturale ; la politesse poussée au summum du ridicule quant à moi.

Et encore : quand c'est juste ridicule, on peut encore en rire. Là où ça ne me fait plus rire, c'est lorsque qu'une culture est en jeu. À l'édition du 29 septembre dernier de « Il va y avoir du sport » sur Télé-Québec, la journaliste Marie-France Bazzo posait bien la question : De rectitude politique en exceptions culturelles : Le Québec français va-t-il disparaître ?

Avez-vous bien lu ? Je vous le remet : le Québec FRANÇAIS.

Ha oui, c'est vrai 'J'aurai dû préciser que dans mon hypothèse de recherche, par société québécoise, je faisais référence à la société québécoise francophone (qui en constitue encore la culture principale).

Je vois déjà les chantres - de la rectitude politique probablement - fondre sur moi en m'accusant de défendre un nationalisme au sens lepéniste du terme. Primo, respecter l'histoire nationale sans la tronquer cela ne signifie pas nécessairement faire de l'histoire nationaliste pour reprendre Mr Djebabla. Autrement dit, chercher à protéger sa culture ne signifie pas qu'on la considère supérieure aux autres. Et là, je fais le lien avec un certain racisme qui est attribué aux québécois lorsque ces derniers expriment une « certaine réserve » face à certaines demandes de communautés culturelles (ex : l'affaire du kirpan). Et là et ça sera mon deuzio il ne faut pas confondre racisme et résistance culturelle pour reprendre l'argument du cinéaste et écrivain Jacques Godbout : le racisme est une discrimination fondé sur la race alors que la résistance culturelle est fondé sur le bien commun. Une société québécoise réellement raciste fonctionnerait donc sur un principe de sélection basé sur l'exclusion raciale, ce qui n'est pas le cas. En revanche, elle fonctionne sur un principe de sélection basé sur l'inclusion culturelle, c'est-à-dire sur le désir d'accueillir toute différence comme source commune d'enrichissement.

Ce qui n'est pas le cas du racisme dans la mesure où ce dernier se caractérise souvent par sa conviction d'avoir un statut de supériorité (raciale, économique, culturelle, etc) ; c'est-à-dire par la rigidité de sa pensée interdisant de facto toute possibilité d'enrichissement de l'extérieur, de mise en commun avec « l'Autre ». Croyez-vous que cela soit réellement le cas de la société québécoise ?

Car c'est là le problème de la rectitude politique dans le contexte québécois de l'immigration : on ne peut plus rien dire sans risquer de se faire incendier alors que le plus souvent, la personne cherche soit 1) à comprendre ce qui arrive à « sa » société, soit 2) à engager une conversation sur un sujet délicat en ayant les meilleures intentions. Ce qui est assez extraordinaire, avouons-le. Car si la rectitude politique avait notamment pour but de se doter de bases communes pour favoriser le dialogue dans le respect de chacun, dans les faits, on peut constater le contraire : en effet, on frise souvent le maccarthysme. C'est-à-dire une chasse aux sorcières où, au mieux, on a droit à un dialogue aseptisé qui ne veut plus rien dire et au pire, on assiste à des escalades verbales, ce qui n'aide pas au respect mutuel. Comme le dit Pierre Lemieux [5], faut plus qualifier de sauvage un indien. Maintenant, il faut dire Amérindien. Non, autochtone. Mieux encore : Premières Nations. Et si vous ne respectez pas ces dénominations, ça sera vous le sauvage. Avec un procès sur le dos en plus pour insulte raciale.

Parce que la rectitude politique cherche aussi à créer un ensemble sociétal harmonieux, chaque groupe tient à avoir son propre qualificatif : les Premières Nations, les aînés, les gays et lesbiennes, les musulmans, les féministes, les évangélistes, etc. D'où un second paradoxe : si on veut vivre tous ensemble sans distinction, il semble apparemment tellement nécessaire de bien se différencier les uns des autres. Et son corollaire : accorder des traitements « privilégiés » - donc, distinctifs - à certaines communautés dans le but de traiter tout le monde sur le même pied d'égalité, c'est-à-dire sans distinction ! Lorsqu'il s'agit, par exemple, de construire des rampes d'accès à des personnes en fauteuil roulant ou de proposer des structures scolaires adaptées pour des élèves en déficience mentale, je dis oui sans hésiter. Mais lorsqu'il s'agit d'exiger une technicienne en radiologie pour l'échographie d'une femme musulmane enceinte dans un système de santé où les ressources sont rares, je dis non [6]. Et si vous ne voyez pas pourquoi je dis oui à l'un et non à l'autre, réfléchissez à la différence entre une réelle inégalité sociale et une perception d'inégalité sociale.

Parce que cela fait partie du jeu de la démocratie, c'est souvent une question de qui aboiera le plus fort. Et la bataille est dure et sans pitié : au moment où j'achève cette chronique, je lis sur le site de SRC qu'un des cadres du Parti Québécois, Dominique Ollivier (issue d'une minorité visible), vient de démissionner de son poste car elle reproche à son chef, André Boisclair, son peu d'ouverture aux communautés culturelles [7]. En ce sens, je rejoins encore une fois Pierre Lemieux qui dénonce la rectitude politique comme étant une logique morale groupiste. C'est-à-dire une morale de groupes particuliers qui justifient leurs revendications sur la base de leur statut minoritaire. Un discours qui trouve évidemment un écho favorable au Québec, une société elle-même minoritaire sur bien des plans. Pourtant, cela ne semble jamais suffisant si l'on se fie à une certaine presse canadienne anglophone (cf. éditorial de Jane Wong dans le Globe and Mail suite à la tragédie de Dawson). Pourtant, il semblerait que la société canadienne ne serait probablement pas si tolérante, ouverte et progressiste que cela s'il n'y avait pas eu, entre autre, un mouvement souverainiste francophone pour lui rappeler constamment la fragilité de la confédération (Henry T. Aubin, chroniqueur à The Gazette de Montréal [8]).

Ainsi, au nom de l'ouverture, du respect des autres cultures et de ses valeurs progressistes, la société québécoise doit faire preuve d'une certaine rectitude politique pour accommoder ses immigrants. Le terme accommodation est d'ailleurs un terme très politiquement correcte pour taire des réalités qui le sont beaucoup moins : tensions, frictions, accrochages. D'ailleurs, le gouvernement québécois vient d'annoncer la mise sur pied d'un comité « chargé de définir les demandes d'accommodements raisonnables formulées par les communautés culturelles et religieuses dans les écoles » suite à des événements tels que le kirpan et le port du voile dans les écoles [9].

Il est effectivement important de baliser rapidement dans cette sphère de la société civile. Surtout que la majorité des québécois avec qui je m'entretiens de ce sujet ressentent un certain sentiment de trahison : ils nous offrent une société dotée de droits et libertés individuels et certains immigrants en abusent. Un temps j'ai pensé que c'était un simple malentendu : pour l'immigrant, la liberté de religion par exemple est probablement interprétée comme le droit de pouvoir vivre sa religion de manière inconditionnelle, c'est-à-dire sans aucune restriction. Ce qui est une interprétation logique en soi mais inexacte remise dans son contexte. Car il faut être extrêmement naïf pour croire qu'une société puisse garantir cela dans la mesure où, pour exister, elle a besoin d'un minimum de cohésion sociale (fin du malentendu). Ladite cohésion sociale exigeant la définition d'un socle identitaire commun minimal à laquelle chacun de ses membres puissent s'y reconnaître et s'y rattacher. Le prix à payer étant, dans le cas du Québec et dans l'exemple ici en l'occurrence, de pratiquer sa religion dans la sphère privée de son foyer. Parce que la société québécoise est une société laïque, ceci étant une des facettes du socle identitaire commun québécois.

Et avant qu'on ne m'accuse de persécuter certaines religions non occidentales, j'applaudis également des deux mains la décision en septembre dernier du Tribunal de la Personne ordonnant de cesser la tradition qui consistait à débuter tout conseil municipal de la ville de Laval par une prière (de la religion catholique romaine) [10]

D'autre part, l'autre gros problème avec la rectitude politique est qu'elle pose une morale dualiste reflétant une vision manichéenne des choses : il y a d'un côté une victime et de l'autre un coupable. La victime étant évidemment la minorité devant le coupable qui est donc la majorité. Une amie québécoise appelons-la Denise me racontait l'histoire suivante récemment : « la façon dont je vois les choses par rapport à l'immigration, c'est un peu comme si j'avais accueilli chez moi des étrangers. Deux heures plus tard, je m'aperçois que certains d'entre eux souvent une minorité mais les plus bruyants ont repeint d'une autre couleur mon salon sans m'en parler ! Pour se justifier, ils me disent que je leur avais garanti la liberté d'expression chez moi. Après un moment de surprise, la rectitude politique m'empêche de dire ce que je pense réellement de cet abus de droits. Surtout que je passerai pour la raciste et évidemment la grosse méchante qui harcèle le pauvre immigrant. Le lendemain, ils ont sacré tous mes meubles dehors et mis les leurs dans la maison en disant que ça fait partie de leur religion. C'est à ce moment précis que j'ai eu mon voyage : je ne veux plus rien savoir des immigrants. »

J'ai longtemps hésité à vous rapporter cette histoire. Probablement que vous la trouverez simpliste mais, à tout le moins, elle a le mérite de ne pas pratiquer la langue de bois. Et qu'elle démontre non pas la fermeture de certains québécois à l'immigration mais plutôt un certain découragement après avoir tenté de comprendre, d'écouter, de respecter et d'accueillir. À titre d'immigrant, il paraît que je n'ai pas le droit de me plaindre de la rigueur de l'hiver sous peine de passer pour un maudit français. Alors que si c'est un québécois, ce n'est pas pareil. À contrario, il paraît qu'un québécois ne peut pas émettre une « certaine réserve » face aux abus de certains immigrants : il passerait alors pour un raciste nationaliste conservateur extrémiste. Si tel est le cas, c'est pour Denise et bien d'autres québécois que j'ai écrit cette chronique car beaucoup d'entre eux ont renoncé à comprendre et accueillir. Mais rien n'est perdu, loin de là : ça dépend que de nous, immigrants comme québécois, de rétablir le dialogue.


[5] économiste et écrivain libertarien
[6] http://www.cyberpresse.ca/article/20060924/CPACTUALITES/60924062/6139/CPACTUEL
[7] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2006/10/11/005-demissions-executif-pq.shtml
[8] http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=102
[9] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2006/10/11/002-Quebec-accomodements.shtml
[10] http://www.cyberpresse.ca/article/20060922/CPACTUALITES/60922293/6048/CPACTUALITES

Tags : EnfantsCulture

Fête de la saint Jean...

Petiboudange

Fête de la saint Jean.

En ce beau 23 juin, veille de la saint Jean, JF et moi discutons de cet événement et je lui apprends que nous fêtons aussi ici en France la saint Jean.
Oh certes, ce n'est pas un événement aussi gros que chez lui. Mais des gens bourrés, des groupes folkloriques et des feux, on en a aussi.
Pour lui faire comprendre ce dont je parle, je cherche sur Internet des images de ces feux que l'on allume le soir de la saint Jean et que les jeunes mâles s'amusent à sauter pour prouver vaillance et force.
Un événement de village, que tous ne fêtent pas, mais que ma petite ville de Provence millénaire organise encore sur la place rénovée. Je me rappelle et raconte à mon Ti'Namour de mes saint Jean d'enfant, là-haut dans les Alpes familiales, où au pied des magnifiques villages de Forcalquier et de Manosque, je regardais les grands faire leurs preuves. Je me souviens aussi de la dernière saint Jean que j'ai fêté en France, dans un autre village d'une autre vallée alpine, où nous étions en formation et intrus du jour nous sommes devenus pour un soir membres du village dans lequel nous passerions une partie de notre été. Un feu plus large que haut, une chaussure de sport dont la semelle porte encore les séquelles des braises éjectées par le saut d'un des gars.
Eh oui, mes saint Jean à moi sont aussi nostalgiques parfois. C'est aussi ça l'avantage de grandir dans des familles de terriens [1], on ne reste jamais trop loin de ses traditions !

Je fais donc une petite recherche pour comprendre et connaître les raisons qui font de votre saint Jean et du nôtre (oui oui le même le Baptiste, si si) un être à tant fêter.
Ainsi donc, les feux de la saint Jean et la saint Jean elle-même fêtait chez nous, jusqu'à la seconde Guerre Mondiale essentiellement et aujourd'hui encore par effet du retour nostalgique aux temps d'antan, le retour de l'été et de la lumière. Une fête autrefois païenne qui était mise en place dans les villages dans la nuit du 23 au 24 ou du 24 au 25, en lieu et place du solstice d'été. Elle sera ensuite religieusement célébrée en France comme date de naissance du cousin de Jésus, Jean le baptiseur de la lumière m'apprend un site. Le roi de France lui-même se plie à cette coutume'
Les fermes faisaient des petits feux mais la coutume la plus répandu était un énorme feu de joie géant commun à voir de loin, souvent établi grâce aux apports de brindilles, branchages et menus bois amenés par chaque villageois au lieu désigné pour la fête.
Le feu, élément contre lequel l'église fut longtemps suspicieuse (image de la lumière- connaissance du chemin divin- et du feu éternel des enfers ouuuuh), était pourtant parfois allumer par les curés des villages; à défaut ce sont les maires (ah cette éternelle opposition entre l'église et la république !), les filles ou les derniers mariés de la commune.
Et fait cocasse de l'histoire dans ma belle ville, j'ai découvert c'est ce jour de la saint Jean qu'une veuve ayant perdu son seul fils pendant la première guerre mondiale un 24 juin a décidé de remettre une bourse aux jeunes hommes nés dans le ville qui s'y sont mariés dans l'année précédente'une veuve dont je porte le même nom de famille, la bourse de la veuve L. ! Je suis vraiment chez moi à Aubagne !
Danses, superstitions et chants autour du brasier, on repartait ensuite avec un tison, garantie de protection contre les incendies et la foudre pour la maison qui en est dotée.


Ceci étant lu, nous avons voulu découvrir ce qu'il en était de la coutume québécoise.
Ce sont donc les colons français qui ramenèrent leur tradition et on fait mention des feux de la saint Jean dans les Relations des Jésuites dès 1636 dans la ville de Québec et ses quelques 200 habitants, alors que sieur de Montmagny fit tirer 5 coups de canon le 24 juin pour marquer l'événement.
Pour ces colons-là, souvent très pieux, la saint Jean resta avant tout une fête religieuse avec processions dans les rues, premières formes de défilés de la saint Jean. Ce n'est qu'en 1834 que cette fête prendra un aspect plus national et symbolique.
Le 8 mars 1834, se réunissent à Montréal Duvernay et quelques autres pour fonder une société d'entraide et de secours mutuel (du genre de celle pour laquelle je bossais jusqu'au 15 juin dernier) dénommée société de saint jean baptiste, celle-là même qui existe encore aujourd'hui.
Le 24 juin, Duvernay et sa soixantaine de co-sociétaires français et anglais organisent un banquet festif et patriotique, première vraie manifestation à caractère « national »; en sachant que à cette époque, en Bas-Canada étaient nationalistes les gens qui voulaient se libérer de la métropole, en l'occurrence la Grande-Bretagne, on peut presque dire que la première manifestation patriotique de la saint Jean-Baptiste au Québec est un mouvement de « décolonisation ».
Ce premier événement semble d'ailleurs avoir été fêter dans les jardins du notable McDonnel, à proximité de la gare Windsor.
Le 26 juin suivant, le journal La Minerve déclare : « Cette fête dont le but est de cimenter l'union des Canadiens ne sera pas sans fruit. Elle sera célébrée annuellement comme fête nationale et ne pourra manquer de produire les plus heureux résultats. », où Canadiens désignent alors encore les Canadiens-français, futurs québécois.
Les révoltes des patriotes feront disparaître un temps ces manifestations, les frictions et provocations encore trop à vif sans doute pour que cette manifestation se passe sans heurt. On reviendra un temps aux processions religieuses, dès 1842 à Québec, dans l'année suivante pour Montréal.
C'est en 1848 que toute la symbolique de cette fête prend naissance quand une relique apparaît dans le cortège : le drapeau de Carillon, symbole passé de la victoire de quelques poignées d'hommes de Montcalm contre une troupe de 5 fois plus nombreuses en 1758 dans le ville de Carillon (aujourd'hui semble-t-il Ticonderoga dans l'État de New-York). Ce drapeau de Carillon, par ailleurs ancêtre du fleurdelisé actuel, est toujours conservé par le musée de l'Amérique française de Québec depuis 1982. Entre 1848 et 1982, chaque procession de la saint Jean voyait le défilé du tube de métal protégeant cette relique.

Finalement, ceux qui s'étonneraient de la présence des drapeaux patriotes lors de cet événement auraient pu en mordre leur chapeau de voir ce tube, autrement plus symbolique'
Il y a quelques années, un sondage effectué par Le Soleil révélait que 71.8% des québécois estimaient que la saint Jean était la fête de tous les québécois, quelques soient leurs origines, leur langue ou leur orientation politique. Une vraie fête à portée « nationale » et patriotique pour qui se sent québécois (et mon amie anglophone n'est pas la dernière à faire la fête ce jour-là d'ailleurs. En passant, je défie quiconque de la traiter de canadienne, le seul que j'ai vu oser s'en souvient encore et sa joue cuit encore au souvenir de la claque phénoménale qui avait fait suite au « ben la Canadienne qu'est-ce que tu fais ici avec ton drapeau bleu, c'est la fête des québécois ! ». Ah ah quel souvenir de cette première saint Jean, il y a un an, mémorable !).

Que ce soit en France ou au Québec, il ne reste de religieux à cet événement que son nom sanctifié et les messes qu'on fait spécialement ce jour-là.
Mais la ferveur des gens qui se rassemblent (encore) pour fêter ce jour reste emprunt d'un sentiment universel, celui d'appartenir à un groupe dont le destin est distinct (dites-le à voix haute 10 fois de suite pour voir ?) des autres groupes, ce qu'on appelle communément un sentiment d'appartenance, celui-là même qui traverse toutes les nations du monde, qu'elles soient sans états, dans une fédération ou dans un État nation et qui se basent à la fois sur des éléments objectifs (territoire et histoire) que subjectifs (dont la langue, la religion, les symboles qui font battre à l'unisson des c'urs par centaines, milliers ou dizaines de milliers)'

Ainsi donc, encore bonne fête nationale à tous, que vous soyez rouge, bleu ou tricolore !
Bon été aussi puisque ceci était ma dernière chronique avant les vacances. On se retrouve plus tard, quelques semaines avant ma grande traversée prévue pour début octobre'
Un retour au bercail pour JF, un retour en ma terre de c'ur pour moi !
Longue vie à vous et à votre terre, je ne m'en lasserais pas de si tôt d'en découvrir son histoire je crois !

Alors que je finis ce message dans le cybercafé (ils ont la clim, ça aide à se concentrer sur les sujets épineux qui me préoccupent actuellement) pour lequel JF exécute son contrat, viennent d'entrer deux touristes. La dame est embêtée par son clavier AZERTY car, chose incroyable du destin et de l'étroitesse du monde, elle vient de Montréal où elle travaille à McGill University. Elle est ici en vacances avec son ami, qui lui reste sur Vancouver, et est originaire d'Aubagne. Décidément, plus j'avance dans ma vie canadienne et québécoise, plus j'en rencontre des ressortissants !

[1] J'emprunte ici l'expression à Jean-Benoît Nadeau qui parlent des français comme de terriens en faisant référence à l'attachement dont ils font preuve au terroir de leurs « pays » de France in Pas si fous les français.
[2] Sources (en plus de divers site Internet) pour le Québec :
- Amérique française, l'aventure de Alain Beaulieu et Yves Bergeron publié aux éditions FIDES 2002 en collaboration avec les excellents Musée de la civilisation et Musée de l'Amérique française de Québec
- Canada Québec 1534-2000 de Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois aux éditions Septentrion en 2001.
Source pour la France : journal local 2000(?) d'Aubagne, sites Internet divers.

Tags : EnfantsCulture

Comment (re)découvrir un pays...

Petiboudange

Comment (re)découvrir un pays en le (re)nommant ou Toponymies et gentilés du Canada

Confortablement installée à mon bureau, je fais des « exercices de styles » pour délier ma plume, enfin mon clavier, en ces temps où je devrais écrire à toute berzingue pour un mémoire qui n'en finit pas de ne plus finir.
Je devrais avoir déjà terminé mes quelques 200 pages mais au lieu de ça j'en suis toujours à m'arracher les cheveux sur les articles de la loi 101.
Bref, j'abandonne pour cette fois, je ne suis de toute façon pas productive. J'allume alors mon fureteur internet préféré et mue par une soudaine curiosité, je me retrouve sur le site de la Toponymie au Canada [1].
Tiens donc, qu'allons-nous apprendre de drôle aujourd'hui? (la dernière fois que je me suis rendue sur le site de Toponymie- version Québec- j'avais trouvé le charmant lieu dit St Louis du Ha! Ha! [2]

Je me penche donc dans la lecture de ce site et ses insolites informations, inutiles à placer en vie sociale, mais qui m'ont suffisamment détendue pour me permettre d'écrire cette chronique.
Voici donc l'histoire des noms insolites du Canada, ou comment redécouvrir un pays en quelques noms!

Le premier et très logique nom est celui de Canada.
Si on imagine aujourd'hui difficilement un autre nom pour ce pays, quand il a été découvert il n'en avait pas. Il a donc logiquement fallu lui en trouver un. En fait, initialement le Canada c'était la Nouvelle-France sur le Saint-Laurent (sur le golfe de l'Atlantique, les actuelles provinces maritimes et IPE on parlait d'Acadie). Lorsque Port-Royal puis Québec tombèrent, elles devinrent les 14ème et 15ème colonies britanniques en Amérique du Nord. Et ce qui était le Canada devint la Province of Quebec (Traité de Paris, 1763) amputé de la Nouvelle-Écosse (Acadie ainsi nommée suite au traité d'Utrecht, 1713), la Baie d'Hudson et Terre-Neuve.
On connaît la suite de l'histoire ou non?
Bon alors ensuite on redonne à la Province of Quebec son entièreté (Quebec Act, 1774), la guerre d'indépendance dans les 13 colonies (1776) fait afflué de nombreux loyalistes qui donne peu ou prou naissance au Constitutionnal Act (1791) partageant le territoire en Bas Canada (pour la majorité francophone, catholique, avec des lois civiles françaises) et en Haut Canada (majorité anglophone et les réfugiés loyalistes, réformés, sous un système juridique britannique). Une espèce de compromis'
S'en suit une période de réveil politique de l'élite notaires-avocats dans le Bas Canada, la naissance du parti canadien (qui devient le parti Patriote ensuite) avec Joseph-Louis Papineau pour défendre les intérêts des Canadiens français jusqu'aux « troubles de 1837 » qui conduit à l'Union Act qui unit les deux Canadas en un seul. 30 ans plus tard est proclamée la Confédération [3] canadienne. Mais on cherche alors un nom pour ce nouveau pays'
On parle alors de Albertsland, Albionora, Borealia, Britannia, Cabotia, Colonia, Efisga - les premières lettres de England, France, Ireland, Scotland, Germany et «Aboriginal lands» («terres autochtones») qui sont les pays des premières populations -, Hochelaga, Norland, Superior, Transatlantia, Tuponia (acrostiche formé à partir des noms des provinces unies de l'Amérique du Nord) et Victorialand.
Imaginez un peu votre hymne avec Tuponia (Ô Tuponia' avec ce que cela implique d'ailleurs de connotation en québécois- sur la remarque très fine de Ti'Namour), Borealia ou Efisga !
C'est d'ailleurs un peu ce que Thomas D'Arcy McGee a déclaré le 9 février 1865 : «J'ai relevé dans un journal pas moins d'une douzaine de suggestions. On propose entre autres Tuponia et Hochelaga pour désigner le nouveau pays. Je demande aujourd'hui aux honorables membres de cette Chambre de me dire comment ils se sentiraient s'ils se levaient un bon matin et s'appelaient tout à coup, non pas des Canadiens, mais des Tuponiens ou des Hochelagais. »
Heureusement les arguments de McGee ont été entendus; le 1er juillet 1867, «les provinces du Canada, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick» sont devenues «une seule confédération appelée Canada».

Pour le Nouveau-Brunswick, j'ai appris qu'il faisait initialement partie de la Nouvelle-Écosse et c'est l'afflux des loyalistes qui a conduit à sa formation.
La séparation a eu lieu le 10 septembre 1784, et «le nom a été choisi en l'honneur du roi George III (1760-1820), qui descendait de la Maison de Brunswick».
Le site rapporte que parmi les autres noms proposés, il y avait « New Ireland », mais l'Irlande à l'époque était déjà en opposition avec l'Angleterre, et Pittsylvania, en l'honneur de William Pitt, qui était premier ministre britannique à l'époque celui-là même qui déclarera l'union de l'Irlande à l'Angleterre.
Avant ça la Nouvelle-Écosse était Acadie, du micmac Quoddy ou Cady qui était utilisé par les Français sous la forme cadie et désignait une parcelle de terre ou un territoire ou plus vraisemblablement du nom Archadia utilisé par Giovanni da Verrazano en 1524 sur un relevé topographique pour désigner les côtes verdoyantes de la Pennsylvanie proche.

Le nom Québec était initialement pour la ville et sa proche région, avant de devenir le nom de la Province.
Premières orthographes signalées par le site : Quebecq (Levasseur, 1601); Kébec (Lescarbot, 1609), Quebec (Champlain, 1613). En 1632, Champlain décrivait l'endroit comme suit dans ses notes : «... un détroit dans le fleuve, comme le disent les Indiens». Il faisait référence au mot algonquin signifiant «passage étroit» ou «détroit», employé pour désigner le resserrement du fleuve à la hauteur du cap Diamant. Le terme est commun à l'algonquin, au cri et au micmac et a la même signification dans les trois dialectes.
On sait aussi que la ville de Québec portait un autre nom avant celui-ci, mais ceci étant une partie du jeu que je vous propose en fin de texte, je tairais donc le nom'

Le nom d'origine amérindienne Ontario a d'abord été appliqué au lac Ontario (1641). On pense qu'il pourrait s'agir d'un variante du mot Onitariio, qui signifie «lac magnifique», ou de Kanadario, qui a été traduit par eau «pétillante» et eau «belle». Plus tard, les colons européens ont donné ce nom aux terres bordant le lac, et la région ainsi nommée s'est étendue avec le temps. On employait parfois le terme «Old Ontario» pour désigner la portion sud de la province. Ce territoire est entré dans la Confédération en tant que province de l'Ontario en 1867.
La capitale de la province, et du pays, a d'abord porté le nom de Bytown jusqu'en 1855, en l'honneur du colonel John By (1781-1836), membre de la Royal Engineers, à qui le gouvernement britannique avait confié la construction du canal Rideau. On retrouve ce nom dans le célèbre marché touristique, le marché By ou ByWard Market.
Le nom Ottawa est dérivé du terme algonquin adawe, qui signifie «commercer». On appelait ainsi la tribu qui contrôlait le commerce sur la rivière des Outaouais. Le nom «Ottawa» a été donné d'abord à la rivière, puis à la ville.
On trouve dans cette province une ville au nom originel fort savoureux :Collingwood.
Collingwood fut ainsi nommée en 1853 en l'honneur de lord Cuthbert Collingwood, amiral britannique et lieutenant d'Horatio Nelson lors de la bataille de Trafalgar. La ville porta plusieurs autres noms, notamment Hurontario, Nattawa et le meilleur de tous Hens-and-Chickens Harbour (littéralement, «port de la poule et des poussins»), parce qu'il y aurait dans la baie une grande île et quatre plus petites. Aurait du garder ce nom je trouve !

Le nom Saskatchewan est dérivé d'un autre nom, qui a d'abord été appliqué à la rivière Saskatchewan. Dans la langue crie, cette rivière s'appelait Kisiskatchewani Sipi, ou «rivière au cours rapide». L'explorateur Anthony Henday a donné au terme l'ortographe Keiskatchewan, dont la version moderne Saskatchewan a été adoptée officiellement en 1882, lorsqu'une portion de la province actuelle a été désignée district provisoire des Territoires du Nord-Ouest. Le statut de province a été acquis en 1905.
J'ai personnellement adoré l'histoire du nom de la capitale de cette province Régina. À l'origine la ville semble-t-il s'appelait Pile O'Bones («tas d'os») et n'a pris son nom actuel qu'en 1832 en l'honneur de sa belle-maman la reine (Regina) Victoria d'Angleterre.
Dans cette province on trouve aussi la ville dont j'ai longtemps hérité le surnom (un vieux souvenir d'un ami avec qui nous avions rêvé de parcourir le Canada d'est en ouest sans jamais avoir pu le faire et qui donna naissance à mon intérêt pour le Canada) : Saskatoon, signifiant « les premières baies».
J'ai été enchanté de découvrir l'origine de ce nom, comme le rapporte le site, donné à la ville par John N. Lake : « Le premier dimanche d'août 1882, j'étais allongé dans ma tente vers 3 h de l'après-midi quand un jeune homme entra, une poignée de baies rouge vif à la main. Après en avoir mangé, je lui demandai où il les avait trouvées. Il me répondit : « Sur la rive de la rivière ». Je lui demandai comment les gens les appelaient. « Des saskatoons », dit-il. Je me suis alors exclamé : «Tu viens de trouver le nom de la ville : SASKATOON. » Le nom fut officiellement accepté par les dirigeants cet hiver-là et consigné au procès-verbal. »

Une grande partie du territoire continental s'est appelée à l'origine «New Caledonia». Cependant, on a plus tard rejeté ce nom (qui existait déjà dans le Pacifique-Sud, la Nouvelle-Calédonie chère à O'Hana je crois) au profit de British Columbia- Colombie britannique. Il semble que cette désignation ait été établie par la reine Victoria. Elle a été adoptée officiellement en 1858. L'appellation «Columbia» (du fleuve Columbia, qui avait été nommé par le capitaine américain Robert Gray en l'honneur de son navire Columbia) avait auparavant été utilisée de façon non officielle pour désigner la portion sud de la colonie.

Le Nunavut signifie « notre pays » en inuktitut et est devenue une entité à part entière le 1er avril 1999. Voir à ce propos d'ailleurs toute la partie sur les nominations autochtones.

Au début, le terme Territoires du Nord-Ouest était utilisé pour désigner les vastes terres situées au nord-ouest du lac Supérieur. Plus tard, son aire d'application a été étendue aux terres qui devaient ensuite devenir la Saskatchewan et l'Alberta. Depuis le 1er janvier 1920, il désigne «la partie du Nord du Canada qui s'étend du Territoire du Yukon jusqu'à la baie d'Hudson et qui comprend l'île de Baffin, les îles de la baie James, la baie d'Hudson, le détroit d'Hudson et l'archipel Arctique».
Yellowknife est maintenant la capitale des Territoires du Nord-Ouest; elle a été constituée le 1er janvier 1970. Elle a d'abord été le dernier lieu de ruée vers l'or en Amérique du Nord, après qu'on y a découvert de l'or, en 1934. L'origine du nom serait liée aux Athapascans, des amérindiens qui utilisaient des outils faits de chalcopyrite (minerai de cuivre de couleur jaune).

Le territoire du Yukon a été établi le 13 juin 1898. Le nom, d'origine amérindienne, a d'abord été appliqué ici aussi à la rivière. Il provient de Yu-kun-ah, qui signifie «grande rivière». Il a été noté pour la première fois en 1846 par John Bell (1799-1868), un employé de la Compagnie de la Baie d'Hudson, «qui a désigné le cours d'eau par ce qu'il croyait être son nom indien».
Capitale du Yukon depuis 1953, Whitehorse est nommée d'après les rapides Whitehorse, dont on dit qu'ils ressemblent à la crinière d'un cheval blanc.

En Alberta, on trouve la ville Medicine Hat, littéralement chapeau-coiffe d'un homme médecin-sorcier. Ce serait la traduction de saamis, un terme de la langue indienne pied-noir qui signifie « coiffure de sorcier ».
Le site rapporte ces anecdotes : «le nom rappelle une bataille entre les tribus crie et pied- noir, au cours de laquelle le sorcier autochtone perdit sa coiffure dans la rivière. Une autre associe le nom au massacre d'un groupe de colons blancs, au cours duquel le sorcier autochtone se serait emparé du chapeau luxueux que portait l'une des victimes. Une autre explication veut que le nom fut donné à une colline située à l'est de la ville, parce que sa forme rappelait la coiffure d'un sorcier autochtone. Une autre voudrait que le nom soit lié au sauvetage d'une Autochtone des eaux de la rivière Saskatchewan Sud par un brave Autochtone, sur la tête duquel un sorcier autochtone plaça sa coiffe en signe d'admiration. Enfin, selon une autre légende, le nom fut donné à la localité parce qu'un chef autochtone vit en rêve un Autochtone sortant de la rivière Saskatchewan Sud coiffé de la parure à plumes d'un sorcier.» Ouf, que de suppositions!
Quand je me suis rendue aux Iles de la Madeleine l'été dernier avec Ti'Namour, nous avons fait le trajet en voiture de Montréal jusqu'au port d'embarquement du traversier (12heures de route quand même!) situé sur l'Ile du Prince Édouard à la ville de Souris. Alors autant dire que nous avons fait avec mon couple d'amis français de l'université qui nous accompagnait fortes suppositions sans jamais en savoir l'origine. Grâce à ce site je sais désormais plus ou moins l'origine du mot, voici ce qu'ils en racontent : «Les premières occurrences de ce toponyme sont havre à la Souris (Bellin, 1744) et Cap à la Soury (de la Roque, 1752). Les experts ne s'entendent pas sur l'origine exacte de ce nom. On sait qu'au XVIIIe siècle, la région était périodiquement infestée de souris, d'où la thèse associant ce toponyme au nom de la « Mouse River ». Selon Alan Rayburn, cependant, il se pourrait que le toponyme havre à la Souris soit une déformation du toponyme « Havre à l'Échourie » (le mot « Échourie » désignant une barre formée à l'embouchure de la rivière Souris), et que le nom Souris en soit dérivé.»

Pour finir sur une note plus ludique, je vous propose un jeu de devinette : voici les gentilés (nom savant de «nom des habitants») de plusieurs villes et/ou villages ou régions du Québec [4], saurez-vous les retrouver?
Attention, ces noms sont parfois les formes anciennes (avec la date quand c'est connu) de noms bien trop connus, histoire de corser le jeu !
1. Métropolitains
2. Stadaconans
3. Témiscabitibiens
4. Sabléens
5. Saint-Pauliens (époque inconnue)
6. Carougeois (époque inconnue)
7. Chibougamauite (1956)
8. Chékoutimiens (1913)
9. Gasponiens (1880)
10. Grandbyens
11. Kahnawakeronons
12. Tortulinois spécialement pour toi Fortsympa celui-là!-
13. Latuquois
14. Lévisiens
15. Bizardiens
16. Coudrilois
17. Tremblantois -érotique et romantique dit Ti'Namour!-
18. Rikiens (1920)
19. Septiliens

[1] Je n'ai pas retenu toutes les histoires mais seulement celles que j'ai réellement trouvé insolites. Je vous invite donc à aller lire les manquantes par vous-mêmes sur le site de la Toponymie : http://geonames.nrcan.gc.ca/index_f.php
Certaines informations ont été complétées sur la base de deux ouvrages :
- Amérique française, l'aventure de Alain Beaulieu et Yves Bergeron publié aux édition FIDES 2002 en collaboration avec les excellents Musée de la civilisation et Musée de l'Amérique française de Québec
- Canada Québec 1534-2000 de Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois aux éditions Septentrion en 2001.
[2] Pour voir où se situe ce chef-d'oeuvre de la toponymie, voir la carte à cette adresse : http://www.toponymie.gouv.qc.ca/carto.asp?Speci=57132&Latitude=47,66195&Longitude=-68,98417&Zoom=1700
[3] Le choix de ce nom pourrait porter à confusion. Une confédération est littéralement l'organisation prise pour rassembler sous une même bannière des état souverains, les institutions fédérales exerçant des compétences restreintes. On est à même de dire que le Canada est plutôt une fédération -littéralement composée d'entités politiques distinctes sans appartenance ethnique, linguistique, religieuse, culturelle spécifique- fondée sur des fronts pionniers de peuplement.
On pourrait y voir à l'origine en 1791 mais encore aujourd'hui une forme de fédéralisme asymétrique qui donne aux entités fédérées, celles surtout qui ont un projet de société spécifique à défendre (comme le Bas Canada en 1791, le Québec aujourd'hui pour parler de ce que je connais), des droits et des pouvoirs législatifs et budgétaires dont ne jouiraient pas d'autres entités purement « territoriales » et « administratives ». Certains parlent aussi de « consociation » pour l'avenir du Canada. Le mot consociation a été forgé dans les années 60 pour caractériser des sociétés qui connaissaient une configuration commune : une forte segmentation de la société selon des critères ethniques, linguistique (Suisse, Belgique), idéologique (Autriche) ou religieux (Pays-Bas) et une institutionnalisation aboutie de la négociation entre les élites représentant ces différents segments' À suivre donc'
[4] Le site de référence est : http://www.toponymie.gouv.qc.ca/lesgentiles.asp

Tags : EnfantsCulture

Un Québécois en France, épisode...

Petiboudange

Un Québécois en France, épisode 2.

Il y a quelques mois je vous faisais un retour sur les premières semaines de Ti'Namour en France [1]. 6 mois se sont écoulés, il est venu le temps du deuxième bilan.
Ce sera par ailleurs l'occasion de faire une valse des ressources du forum, de vous tous, qui directement et indirectement, en faisant partager vos expériences, nous ont permis à nous autres encore sur le plancher des «vaches rouges, blanches et noires» de réaliser un bout de nos vies.

Côté job :
Malheureusement pour nous, les histoires avec l'intérim ne se sont pas arrangées. Devant le zèle de la dame de refuser de comprendre qu'un permis 2E Échange de Jeunes inclus l'autorisation de travailler sur des CDD (mais attention pas sur des contrats d'intérim), nous avons renoncé à passer par cette boîte (vous savez la belle enseigne rouge et blanche qui ont/avaient une flotte d'avions!) pour trouver du boulot.
Ti'Namour s'est mis en quête de façon plus sporadique et spontanée pour un boulot. Après avoir surmonté l'épreuve service à la terrasse d'un café sur le bord de mer (dur), Ti'Namour a connu un creux de vague.
Mais quelque chose me dit qu'il a du être chat dans une vie antérieure. Et comme Berlioz, O'Malley ou Toulouse [2], il retombe sur ses pattes!
Mon fieffé félin est sur le point de signer son premier contrat (revu à la hausse par le client!).
Enregistré au Québec comme travailleur autonome, le voila futur créateur d'une vitrine électronique d'un cybercafé de ma ville. Un « cyber » dont j'ignorais totalement l'existence mais où il se sent comme un poisson dans l'eau Et le plus drôle dans cette histoire, c'est que mon Félix à deux pattes l'a trouvé pile en face de l'agence d'intérim maudite!

Bon ceci dit, Ti'Namour n'étant pas du genre organisé comme garçon, c'est bibi (comprenez moi) qui s'y colle pour les devis, les cahiers des charges, les rédactions de contrats et autres tracasseries législo-administratives en vigueur dans le cadre d'une transaction Québec/France (d'ailleurs merci encore à Fortsympa qui a uvré pour la paix des ménages en répondant à nos questions comptables! Puis aussi à Marionnette et à son récit pour devenir travailleuse autonome mais j'y reviens ensuite). Bon le point positif dans tout ça c'est que étant en stage en communication, j'ai pu lui trouvé plein de modèles et lui faire ça comme la pro que je ne suis pas encore!
Bref, en paraphrasant l'autre je dirai « la petite entreprise ne connaît pas la crise! » [3]

Côté administratif :
Côté français, rien à signaler.
En revanche côté feuille d'érable, oh mes aïeux!
La désorganisation désormais révélée de Ti'Namour a frappé par 3 fois (ok Patrick, voici l'un de mes défauts Comme « qui se ressemble s'assemble » je suis totalement désorganisée aussi. La seule différence c'est que j'ai un réseau sur lequel compter, que sous la pression je performe et que je suis pleine de ressources. Mais si j'en crois mes responsables de stage, j'ai toute d'une grande communicante lol).

Administration prise 1.
La première expérience de gestion des administrations à distance nous est tombée dessus en même temps que les élections!
Non mais quelle idée franchement de faire ça cette année si vite!
Bref, nous (comprenez « je » ) faisons des recherches sur internet pour savoir comment se passe le vote d'un Canadien à l'étranger[4].
Finalement, je remplis les formulaires, les imprimes, les soumets à la signature de «Monsieur» puis les envoies par la poste.
Et là vous recevez les instructions pour voter, les listes des candidats et des enveloppes à mettre dans les enveloppes à mettre dans les enveloppes. De vraies gigognes censées protéger le secret du vote

Malgré la volonté de faire son devoir de citoyen, Ti'Namour n'a pas pu prendre part au scrutin, les bulletins de vote étant arrivés chez nous à deux jours du vote (il fallait les faire parvenir le lundi 23 janvier 19h, Heure d'Ottawa et nous les avons reçu le samedi précédent à midi Impossible, même avec Fedex ou UPS, qui ne garantissait pas moins de 48h en l'envoyant le lundi et pas moins de 72h en les envoyant le samedi pour une somme ridiculement outrageante).

Administration prise 2.
Cette fois c'est Marionnette et son récit [5] qui m'ont été d'une grande aide.
Ti'Namour parle de s'enregistrer comme travailleur autonome depuis que je le connais. Il décide finalement de le faire en février depuis la France!
Je connaissais la procédure grâce au récit de Marion, je lui fournis donc le tout. Il signe, on envoie.

Pour info : il suffit de se rendre sur le site du registraire des entreprises du Québec (REQ), de cliquer sur Démarrer entreprise puis sur Immatriculer votre entreprise et dans la liste qui apparaît de choisir entreprise individuelle.
Bon faut justifier d'une adresse sur place et être muni d'une carte de crédit pour payer les 32$ demandés.
«hyperboria » est donc née en fin du mois de mars, pour le plus grand bonheur de toute la petite famille.

Administration prise 3!
Bon, cette fois c'est à Cocottes de récolter ses lauriers (ben oui j'ai exploité TOUT le forum, mais bon un réseau c'est aussi dans le virtuel qu'il se construit, non?).
Ti'Namour, dans sa précipitation de retrouver sa belle (comment ça mes chevilles enflent?), est parti un peu (trop) vite du Québec.
Oh il a certes pris le temps de faire faire un passeport international. Mais ce qu'il n'a pas pensé à faire, c'est de faire renouveler (oui oui, avec la photo et tout le tralala) son permis de conduire.
Or le permis international n'est valide et valable qu'accompagné d'un permis valide.
Le hic, c'est que depuis la France, il était difficile de se déplacer pour se faire tirer le portrait.
Et le second hic, c'est que si l'ambassade à Paris a pu me renseigner sur comment refaire son passeport, point d'infos sur le permis (ou j'ai pas trouvé, admettons).
De recherches en appel d'aide, le phénomène est réglé (mais pas encore les 92$ demandés hum).

Marche à suivre : appeler cocottes! Non, il suffit simplement de se rendre sur le site de la SAAQ et de faire une recherche pour un permis perdu ou volé à renouveler depuis l'extérieur du Canada [6]. On vous demandera de justifier de votre absence (mais un PVT, un contrat de travail ou un billet d'avion justifieront amplement l'affaire!).

Enfin côté culture.
On garde le fun pour la fin!
Rappelez-vous, il y a quelques moins nous avions laissé Ti'Namour au milieu des produits laitiers et des bouteilles de vins.
Autant le dire tout de go, on le retrouve pas nécessairement plus loin.
Eh oui, la bonne chère de la table française a opéré sur Ti'Namour.
Tant lors de la visite de la Belle Famille que celle des amis, nous parcourons sans relâche les petites brasseries et les petits restos qui ne payent pas de mine mais qui proposent un repas des plus succulents.
Du vieux Èze à Avignon, en passant par Marseille, Aubagne, Aigues Mortes ou les Saintes Maries de la mer, on a toujours eu le chic pour trouver des repas de gastronomie (sur son assiette d'ardoise, sa coupe de verdure ou son lit de sauce au chorizo) pour 10euros, soit le prix d'un resto moyen.

Ceci a donné des idées et des ailes à Ti'Namour qui nous a vu tour à tour propriétaires-gestionnaires d'un resto, une boulangerie, une fromagerie
Je crois que le restaurant est né de la daube de taureau à la camarguaise. La fromagerie quelque part entre les fromages corses de mon oncle à Noël et le Montdor fondu à moins que ce ne soit de la raclette

Au niveau relationnel, le choc se prolonge entre la culture nord-américaine et la culture très latine de Marseille.
Comme un certain Nadeau (non pas Laurence mais plutôt Jean-Benoît), il s'est interrogé sur le protocole du Bonjour/Aurevoir dans les magasins.
Il a suivi les manifestations anti CPE et le jeu de la République. De son point de vue de québécois mais aussi au travers du mien et de celui de mon père, qui sauf tout le respect que je lui donne, est un syndicaliste extrême-gauchiste convaincu. Vous imaginez déjà sans peine les belles discussions autour de la table le soir entre nous!

En un mot comme en cent, si je devais emprunter les paroles d'un autre pour décrire le sentiment de Ti'Namour face à la France, ce serait les très prosaïques
« Ça boit le petit noir ou le petit vin [rouge]
Ça cherche la bagarre et du boulot souvent
Ça lève le poing, ça bouge, ça manifestationne[]
Ça fait de l'huile d'olive et du couscous poulet
Ça trinque à la pétanque, au comptoir, chez Marseille
Ça Brassens à tout va []
Ça camembert[] »
Bref, c'est ça la France [7], son patrimoine culinaire, culturel et naturel. C'est tout ça, ma France.
C'est l'image que j'emporte de chez moi, de Marseille, de là-bas!

[1] http://www.forum.immigrer.com/index.php?showtopic=33690
[2] « Ev'rybody Wants to Be a Cat » dans «Les Aristochats», 1970, studios Walt Disney, réalisé par Wolfgang Reitherman, 78 minutes
[3] «Ma petite entreprise» par Alain Bashung
[4] http://www.elections.ca/content.asp?section=ins&document=index&dir=ire&lang=f&textonly=false
[5] http://www.forum.immigrer.com/index.php?showtopic=33794&hl=
[6] http://www.saaq.gouv.qc.ca/permis/perte_vol.html
[7] « C'est ça la France ! » de Marc Lavoine

Tags : EnfantsCulture

Partition à 4 mains pour...

Petiboudange

Partition à 4 mains pour un « brune bleu ».

Ce mercredi 26 avril, attablée à mon bureau, je bouffe mon troisième crayon en me demandant de quoi je vais vous parler pour cette fois.
Je pourrai vous parler du nouveau contrat de Ti'Namour, ou de comment régler plein de problèmes administratifs au Québec depuis la France (merci à Cocottes d'ailleurs pour sa précieuse aide).
Il y a bien aussi cette brune devant moi qui pourrait faire un sujet de chronique.
Vous dire ce qu'on ressent en fin de parcours, comment on vit le fait de la voir sur son bureau en rentrant chez soi le soir après une interminable journée de travail. Vous dire les mains qui sont moites et le cœur qui bat très fort. Vous faire vivre la joie qui naît quelque part au creux du sternum.
Je pourrai .... si je le vivais.
Je n'ai rien ressenti de tout ça. J'ai eu un pincement au cœur quand j'ai eu ma brune mais rien de plus. En fait je me suis sentie soudain vide. Comme si tout ce qui m'animait et qui prenait enfin vie sous mes yeux avec cette lettre ben c'était .... rien.
Un post-partum d'immigrante. Comme dirait Ti'Namour un « brune bleu », le blues post-brune !

Je réfléchissais à ce phénomène inédit pour moi quand une petite lanterne au bout de mon couloir de pensées noirâtres s'est allumée. Une phrase banale déposée dans l'anonymat de l'Internet sur mon blog : « Après avoir reçu mon passeport avec le visa collé dedans (tu vas voir il est chouette !), j'ai eu un moment de passage à vide, de démotivation totale...maintenant ça va mieux. Je ne sais pas si tu passeras par là mais si c'est le cas n'en soit pas surprise... ». Pimili venait sans le savoir de mettre le doigt en plein dans mon humeur du jour !

Le même soir, autant pour la remercier de son commentaire que par curiosité, je l'ai contactée pour lui parler de ce « brune bleu ». Au fur et à mesure que j'écrivais mon message, la chronique s'est formée sous mes yeux.
Mon sentiment de vide, l'envie depuis plusieurs semaines de vous faire partager la vie d'immigrant d'un autre forumiste, la curiosité de connaître l'aventure de Pimili.... Tout se conjuguait dans ma tête pour former un reportage dans les coulisses du forum et c'est avec beaucoup de gentillesse que Pimili a accepté de témoigner de son propre sentiment post-brune.

Pimili n'avait jamais vraiment envisagé immigrer. C'est la force des choses ou plutôt la force de l'amour qui l'y a poussé.
Elle avoue que au départ, quand elle a déposé sa demande, elle ne connaissait pas vraiment le Québec en tant que société complète.
Pour mémoire, une société complète est une société dotée de structures particulière, d'un territoire spécifique et d'une culture particulière dont la densité de représentation est forte. C'est-à-dire dont la culture est particulière, riche et diversifiée, «une culture qui assume à ses membres des styles de vie significatifs à travers le champ complet des activités humaines, dans les domaines sociaux, religieux, éducatifs, économiques et de loisirs, aussi bien dans les sphères publiques que privées», une société dont la culture est l'élément intégrateur principal.
Son « brune bleu » va le lui apprendre....

Au début de sa procédure, elle s'est rendue 3 mois au Québec, sur Montréal, et comme beaucoup avant elle, comme beaucoup après elle aussi, elle y a vécu un choc culturel. Les choses, les comportements, les règles tacites l'ont surprise.
Puis petit à petit elle a appris à aller au-delà de l'apparente différence et à aimer ce qu'elle voyait et ce qu'elle vivait tel que c'était : différent de ses habitudes. Et quelque chose s'est mis en route, tacitement en elle.

En rentrant en France, elle avait reçu la lettre de convocation. Elle se remémore le retour de Paris, tenant toute fière sa pochette de nouvelle immigrante québécoise, dans le train, les gens, les bruits, les odeurs. Elle avoue qu'elle avait oublié cet instant jusqu'à notre conversation. Qu'elle avait occulté beaucoup de souvenirs en fait.

Lorsqu'elle a déposé son fédéral, elle n'a pas vécu l'attente de façon irrationnelle et immodérée. Comme cette gang de joyeux drilles qui campent devant leur boîte aux lettres, bavent en entendant le véhicule du facteur et grognent lorsqu'il passe sans lettre de l'ambassade. Plus la discussion avançait, plus je me retrouvais en écho dans ses propos.

Sa vie continuait son fil, en parallèle à son dossier rue Montaigne.
Bien sûr, en rentrant le soir chez elle, elle vérifiait toujours que sa mère n'ait pas posé une lettre de l'ambassade à son intention. Mais chaque fois qu'elle dérogeait à cette règle, chaque fois qu'elle ne s'y attendait pas, l'enveloppe l'attendait.
Pimili me confie qu'elle a oublié son dossier la plupart de son temps, inconsciemment, et il se rappelait soudain à son bon souvenir.
Elle ne parlait pas vraiment de son projet et ça a surtout commencé à se savoir quand elle a reçu ses IVM, parce qu'il lui a fallu prendre un jour au travail.
Bien sûr comme beaucoup d'entre nous, elle se rappelle avoir vécu son plus grand stress au moment de la VM justement. Cette peur irrationnelle qu'on nous découvre une maladie qu'on ignorait. Irrationnelle mais tellement compréhensible.
Non seulement notre projet québécois semble soudain nous échapper mais toute notre vie entière se déroberait sous nos pieds. J'ai pensé non sans émotion à tous ceux qui ont du refaire des visites complémentaires et qui sont restés suspendus dans le vide jusqu'à l'annonce de ces résultats. Combien de cœurs ont vécu ce raté depuis que la visite médicale d'immigration existe ?

Mais ce parcours CSQ-AR fédé-IVM-VM-Brune est quasi banal pour beaucoup de nous autres forumistes aujourd'hui ! Un parcours sans embûche et sans surprise. Et une brune sans finalement de gros impact, comme si finalement on s'y attendait forcément. Après tout, on nous l'a bien répété 1000 fois depuis le début : y a pas de raison qu'on ne l'ait pas !
Eh bien si elle a un impact cette brune. Un impact psychologique insoupçonné.

Pimili elle aussi a ressenti ce que nous appelons Ti'Namour et moi le « brune bleu ».
Pour des raisons légèrement différentes des miennes mais le sentiment de « choc » était bien là. Elle a soudain eu l'impression qu'elle avait manqué de consistance et de sérieux face à un pays qui l'accepte. Un sentiment de responsabilité est né en elle et l'a poussé à s'instruire sur cette société qui allait l'accueillir. Ce petit quelque chose déclenché par son premier choc culturel venait d'être réactivé : le sentiment de responsabilité morale envers le pays accueillant.

Pimili a vraiment été transpercée par ce sentiment de responsabilité.
Elle a entamé ses propres recherches sur le Québec, son identité, sa culture, ses valeurs, son histoire, sa société pour apprendre et comprendre peut-être aussi pourquoi elle pouvait y accéder....
Et de se rappeler sans doute ses propres réactions face à toutes ces choses qu'elle ne comprenait pas l'été précédent, peut-être sourire gênée de ce qui lui parait aujourd'hui bête comme réaction parce que maintenant elle a mis le doigt sur le pourquoi....
Une société complète, dont les différences avec sa propre société sont aussi réelles que ce bout de papier collé dans son passeport ! On ne se rend pas compte de la réalité de la chose tant qu'elle n'est pas là bien en face de nous et nous nargue....
On ne cesse jamais de s'interroger en immigrant, ou si on cesse, c'est comme dans la vie quotidienne, on s'enferme dans un schéma de pensée qui bloque toute évolution.
Pour Pimili le bouleversement que l'immigration provoque, joie et peur de l'inconnu tout à la fois, a pris donc la forme de la responsabilisation. Devenir responsable, ne pas avoir besoin d'un tuteur ou d'une béquille pour vivre, devenir autonome. Pimili semble vivre son immigration comme un humain vit son développement : elle apprend et intègre ce qui lui permettra ensuite de devenir adulte, c'est à dire autonome et responsable dans sa vie.

Le parallèle de ce début de chronique avec le post-partum n'est pas innocent.
J'ai longtemps réfléchi à comment décrire ce que je ressentais dans ce projet. C'est comme un enfant que j'aurai voulu depuis des années et qu'enfin, il est là devant moi.
Mais je ne suis pas la seule semble-t-il à ressentir cet événement ainsi.
Le retour de notre petit castor (little beaver) de sa retraite à l'étranger pour nous annoncer la réception de la brune empruntait déjà de ce champ lexical de la grossesse.
C'est le vécu lui-même de ce projet qu'on porte en nous et au travers de nous des mois durant, pour le voir accompli, bien fini, né en cette brune tant attendue qui évoquerait presque une grossesse.
Et puis cette espèce de syndrome de dépression (« down ») qui semblait nous toucher toutes les deux soudain. Pas identique dans les effets mais identique dans la cause (réception de la brune) et dans le ressenti.
De mon côté en recevant la brune je me suis rendue compte que même lorsque je n'y pensais pas, mon dossier était toujours dans un coin de mon esprit entre mon conscient et mon inconscient. Et la brune est venue ôter de mon esprit cet espace occupé et préoccupé en moi.

Mais cette montagne brune n'a finalement accouché que d'une minuscule souris. Ou plutôt, cette brune n'était finalement que la partie immergée de l'iceberg.

Je ne me suis pas posée les mêmes questions que Pimili parce que ces questions sur les éléments sociaux et culturels du Québec ont fait partie depuis 3 ans bientôt de ma démarche de recherche de maîtrise. Et évidemment, j'en ai tiré mes conclusions personnelles en rapport avec ma thèse principale.
Mais d'autres questions sont apparues que Pimili a elle aussi touché du doigt. Les questions que tout un chacun se pose au moins une fois dans sa vie, en immigrant mais aussi simplement en vivant : que vais-je faire ? Comment va se passer ma nouvelle vie ? Que vais-je vivre ?
Comment assumer cette nouvelle étape de ma vie ?
Mais l'immigration favorise plus encore ces introspections parce que le bouleversement émotionnel et psychologique qu'on ressent nous y pousse pour ne pas éclater.
J'ai parfois entendu dire certains que l'immigration était une véritable aventure à cause de la procédure administrative, véritable parcours du combattant.
Si je veux bien croire que cela soit le cas pour les dossiers complexes, je pense que la véritable aventure pour les autres se passe ailleurs. À l'intérieur de nous, dans l'apprentissage de la patience, dans l'introspection qu'elle impose, dans la remise en question des acquis sociaux et culturels, dans le tri de nos motivations et de nos véritables besoins pour être vivant.

Pimili a confirmé. L'aventure de l'immigration s'est surtout passée en elle.
Elle a l'impression de s'être aventurée en elle-même, de s'être découverte au travers de cette attente. Une remise en question délicate qui en laisse plus d'un derrière. Mais en soi, cette réflexion sur soi est normale. Certains la vivent dans les yeux des autres. Les amis ou ceux que l'on considérait comme tels qui soudain montrent un visage jaloux ou indifférents. La famille qui refuse d'y croire et nie toutes les preuves évidentes qu'on leur présente. Les institutions qui se liguent contre nous pour ne pas amener notre courrier, pour refuser une certification ou pour ne pas retrouver trace de nous dans leurs fichiers. Tous ces petits maux dont on s'épanche sur le forum, tour à tour, pour trouver chez les autres ce qui nous fait parfois défaut en nous : le besoin d'y croire encore et de trouver la force de continuer à se poser les bonnes questions : où, pourquoi, comment, aujourd'hui et demain.

À ces questions, Pimili ne sait répondre définitivement, seul l'avenir lui dira.
Pas plus qu'elle ne peut répondre à la simple question de comment elle va vivre le retour au Québec.
Et je n'ai aucune réponse même théorique à lui fournir. Elle comme moi sommes parties du Québec au moment où nous remontions de notre choc culturel. Mais comment savoir si nous allons reprendre le train des montagnes russes au début ou ailleurs sur les rails....

Ce dont elle est sûre, c'est que le « brune bleu » passe doucement et laisse place à autre chose. Il faut le vivre pleinement et sereinement me conseille-t-elle d'ailleurs.
Et j'imagine d'ailleurs à ces mots-ci qu'il est aussi nécessaire que toutes les autres étapes de haut et de bas qu'on connaît en immigrant. Un autre régulateur, garde-fou ou ancrage avec le réel sans doute. Je commence donc la découverte de ce nouvel état d'immigrante, rassurée de son existence chez d'autres, convaincue de sa nécessité pour mûrir un peu plus, ragaillardie par le témoignage de Pimili.
De son côté, Pimili s'envole dans quelques jours pour une nouvelle aventure personnelle de l'autre côté de la « flaque », avec tout mon soutien et mes pensées.

1. La Nation dans tous ses État, les identités nationales en mouvement, Alain DIECKHOFF, Champs Flammarion, 2000, ISBN: 2 0808 00418, p. 125 et suivantes.

Tags : EnfantsCulture

J’immigre, tu immigres, on immigre...

Petiboudange

J'immigre, tu immigres, on immigre tous différemment et pourtant on vit tous la même chose !

Depuis quelques semaines fleurissent sur le forum les bilans des uns et des autres. A la lecture intéressée que je fais de chacun, je me rends ô combien compte que les théories sur l'immigration sont plus que réelles.
J'ai par deux fois connu un choc culturel important. Le deuxième m'a frappé durablement au Québec, et sans doute qu'à mon retour je le poursuivrai. Mais au moment où il a commencé, j'étudiais justement les effets de l'immigration sur les individus à l'université. Hasard de calendrier ou effet déclencheur, je ne sais pas. Ce que je sais aujourd'hui de façon sûre c'est que l'on reste ou que l'on reparte, vers ailleurs comme vers son pays d'origine, les différentes étapes qu'on traverse en immigrant sont nécessaires et obligées.

Voici ma Partition du blues de l'immigrant, ce n'est pas sérieux, c'est un canevas de mon vécu et de mes apprentissages, un joli patchwork de ce que nous avons vécu, nous vivons ou nous vivrons tous, exprimé avec mes propres mots. Vous vous y retrouverez ou peut-être pas, mais sachez que le fond est bien réel, étudié depuis des décennies et attesté par bien des générations d'immigrants avant nous.

Pour bien comprendre l'impact de l'immigration sur l'individu, il est intéressant de se demande ce que c'est concrètement.

Etymologiquement, ça donne :
Immigration : nom féminin du latin in- dans, sur ou contre et de migro, -are, -avi, -atum qui signifie :
1. aller ailleurs, partir, déménager
2. se transformer, changer, s'altérer.

L'immigration est donc autant un changement de lieu qu'une transformation. Jean-Claude Barreau parlerait d'un changement d'histoire.

Le langage commun définit l'immigration comme « l'action de s'établir temporairement ou durablement dans un pays autre que le pays d'origine ». C'est une action, c'est donc potentiellement volontaire et conscient (potentiellement car il existe le cas des réfugiés bien que je veuille ici surtout parler d'une immigration volontaire, durable ou non).

A toute action, on a une réaction, mais on a surtout une motivation, ce qu'on appelle simplement une raison.

Les motivations :
Les raisons du candidat à l'exil sont nombreuses :
- professionnelles
- pour les études
- économiques
- politiques
- familiale
- sentimentale (notamment se reconnaître dans les valeurs du pays)....

Elles sont toutes ou une à la fois, mais elles sont surtout légitimes uniquement aux yeux de celui qui veut partir. Difficile constat que celui de voir qu'on ne partage pas toujours notre motivation mais pire est celui de constater qu'on ne comprend pas cette motivation. Que ce soit votre mère, votre frère, votre meilleure amie ou votre patron, il y en aura toujours un pour vous demandez ce que vous allez trouver là-bas que vous n'avez pas ici.
On élude ou on argumente, mais on devrait surtout se poser cette question sérieusement. Trouver quels sont nos objectifs affectifs, sociaux, professionnels et culturels qui guident cette démarche. Les trouver, les noter et les conserver en mémoire, car c'est eux qui nous aideront à surmonter les prochaines épreuves de l'immigrant.
Personne d'autre que celui qui les formule ne peut les trouver objectives ou non, raisonnables ou bonnes. Mais celui qui avance ses motivations doit se demander pour lui-même si ces raisons sont réalistes et objectives.
Réalistes et objectives parce qu'une motivation idéalisante a peu de chance d'aboutir. Plus les attentes par rapport à l'immigration vont être hautes, plus les chutes feront mal, et vous allez voir que des chutes, on en fait !

7 ans, 4 étapes, une montagne russe complète d'immigration :
Car si la face la plus visible de l'immigration ce sont les démarches, il existe la foule d'étapes, personnelles, insidieuses qui interviennent ensuite.
Les théories en communication interculturelle que j'ai apprises se penchent d'ailleurs sur le cycle complet d'une immigration dite réussie.
On sait ainsi que le cycle complet d'une immigration prend en moyenne 7 ans pour s'achever, et durant cette période l'individu passe par plusieurs phases, à la manière des montagnes russes avec des grosses périodes de montée et de vertigineuses descentes, chaque montée et chaque descente n'étant pas une droite lisse mais un ensemble de creux et de vagues.
A chaque point culminant, on passe à une nouvelle étape : de l'euphorie à l'intégration, le parcours typique d'un immigrant :

Phase 1 (montée) : l'euphorie.
Vous venez de récupérer enfin le sésame pour l'entrée dans le pays de vos attentes. Déjà vous ne pensez plus qu'à votre départ. Vous en parliez depuis des mois autour de vous souvent, trop souvent mais là ça devient invivable pour votre entourage.
Vous arrivez enfin à destination, et tout est neuf, tout est surprenant, la folie de votre projet prend enfin son sens tellement vous êtes heureux d'arriver enfin.
Les comportements vous amusent, la culture vous intéresse, vous découvrez, vous êtes épanoui dans ce dépaysement. Et ça dure pendant quelques temps, des semaines, des mois, mais ce n'est qu'une question inéluctable de temps....

Phase 2 (descente) : le choc.
Il ne s'agit pas de choc des titans bien que les dégâts puissent être aussi forts.
On parle ici du choc culturel.
Vous avez découvert bien plus que vous n'auriez aimé. Aujourd'hui un rien vous rend irascibles, susceptibles. Vous comparez tout, vous critiquez tout et ce qui hier vous amusez vous horripile aujourd'hui. Vous rejetez la culture, les comportements vous paraissent aberrants et vous en voulez à tous ces gens de vous avoir menti. Vous êtes nostalgiques de votre pays. Vous avez l'impression de ne rien maîtriser, de ne pas comprendre les relations entre les gens, au travail, l'organisation spatiale, sociale, politique du pays et vous rejetez, vous vous énervez, vous détestez les gens, le pays.
Si vous vous reconnaissez même un tout petit peu, bienvenus en phase 2 !
Vous n'avez plus envie de vous battre, vous vous dites que de toute façon ça ne sert à rien, vous baissez les bras....ou vous passez en phase 3.

Phase 3 (montée) : l'acculturation.
Les objectifs initiaux qui étaient les vôtres réapparaissent. C'est le moment où les gens font leur bilan. Ce qu'ils cherchaient, ce qu'ils ont trouvé, ce qu'ils cherchent encore. C'est le temps de l'introspection, de la correction de la voilure pour atteindre les objectifs. C'est aussi le moment où on reformule nos objectifs initiaux, où on pose sur la société d'accueil un regard critique, mais qui ne devrait pas être accusateur, au contraire réaliste et positiviste.
L'individu apprend alors à ne plus se référer à son ancienne culture mais ouvre de grands yeux et de grandes oreilles pour découvrir ce qui l'entoure, à nouveau.
L'acculturation c'est aussi cet instant où notre culture d'origine, en permanente confrontation avec la culture d'accueil, s'effrite, évolue, disparaît pour laisser place à autre chose. C'est concrètement cet « ensemble de phénomènes qui résulte du contact direct et continu entre deux cultures et qui entraîne des modification dans les modèles culturels initiaux ». On passe généralement toujours à la phase 4.

Phase 4 (descente) : la culture d'origine versus la culture d'accueil.
Si on prend O pour la culture d'origine, et A pour celle d'accueil, les rapports possibles entre ces deux données sont alors les suivantes :
- O+A=Culture Personnelle. La forme dite « complète » de l'intégration d'un immigrant. Il a conservé de sa culture d'origine et pris de sa culture d'accueil ce qui fait aujourd'hui de lui un membre dynamique et à part entière de la société dans laquelle il s'est expatrié.
- O-A= Rejet. L'immigrant rejette la culture de la société d'accueil en bloc. Il conserve ardemment sa culture d'origine, n'apprend pas la langue nationale et exige plus qu'il ne donne de la société qui l'a accueilli. Le communautarisme extrême (les communautés repliées sur elles-mêmes, prosélytes et entièrement réfractaires à toutes formes d'accommodement réciproque) est une des représentation de ce rejet. Le retour au pays en est une autre.
- A-O= déculturation. Cette fois l'immigrant renie sa culture d'origine. Il provoque une amnésie culturelle et perd ainsi une partie de ses repères, une partie de ce qu'il a été et est encore.
- O A= Pertes des repères identitaire. La forme d'échec la plus complète. L'individu ne sait plus qui il est et se trouve en situation d'errance identitaire et souvent aussi de détresse humaine.
Il ne s'agit donc pas de perdre toute sa culture d'origine (la déculturation), ni de rejeter toute la culture d'accueil (qui est au même titre que la déculturation une forme d'échec de l'intégration)il s'agit avant tout de l'appropriation, de rendre personnelle la culture d'accueil.
C'est dans cette phase que l'accommodation raisonnable (sauce québécoise liant les immigrants à leurs homologues québécois) doit intervenir.
Les théoriciens de l'acculturation rappelle qu'il ne s'agit pas de mouler l'individu à la société prééminente (le modèle de l'assimilation française) ni d'ailleurs d'accepter in extenso et sans compromis toutes les traditions ethniques, les valeurs sociales et culturelles des communautés immigrantes (modèle du communautarisme). La gestion de l'intégration par accommodation doit se baser sur la recherche d'un consensus entre les cultures accueillies et la culture accueillante. Et on passe avec ce consensus réciproque à la phase ultime.

Phase 5 (montée et ?) : l'adaptation et l'intégration.
Les individus qui passent outre les accommodements culturels ont généralement autant pris qu'ils n'ont donné à la culture d'accueil. Car l'acculturation est nécessairement réciproque pour fonctionner. Une société qui prétend reste identique n'intègre pas ses immigrants, elle les noie dans la masse. De même, les immigrants qui ne prennent rien de la culture d'accueil et veulent trop lui donner, jusqu'à l'étouffement presque, ne s'intègreront jamais.
L'intégration est vécue comme un combat long et épuisant. Usant mais enrichissant. Il est intéressant de discuter avec les immigrants d'hier aujourd'hui de parfaits citoyens du pays. Ils en savent parfois plus que vous sur votre propre pays, parce que pour en faire partie, ils ont du en apprendre toutes les facettes, en maîtriser toutes les faces cachées, dans un temps bien restreint comparativement au vôtre.
Souvent, les immigrants qui sont parvenus au bout de ce parcours ne quitteront plus ce pays. Pas par peur de tout recommencer.
Certains d'ailleurs repartiront pour se prouver à nouveau qu'ils sont capables de s'adapter.
Si ces immigrants ne quitteront pour rien au monde ce pays c'est parce qu'il est enfin devenu leur pays et ils sont devenus pour ce pays un membre complet et entier de sa population.
Cet immigrant, désormais aussi national que les autres nationaux, sera parvenu à changer son histoire, sera parvenu au tournant de sa nouvelle épreuve personnelle. Et un pays entier aura mûri avec lui.

La suite c'est votre chemin de vie, sans doute encore des montées et des descentes, mais ça dépendra encore et toujours uniquement de vous, de vos envies, de vos objectifs à atteindre encore (car qui dit fin du cycle d'intégration ne dit pas nécessairement que vous avez atteint tous vos objectifs personnels), de vos freins personnels et surtout de là où vous repartirez. Une nouvelle période de questions, une nouvelle étape de vie. Et vous alors, que ferez-vous ?

Tags : EnfantsCulture

Le temps des doutes Salut...

Petiboudange

Le temps des doutes

Salut public fidèle (comment ça personne ne me lit ?).... Une envie de partager mon sentiment d'aujourd'hui se mélange à celle de ne simplement pas écrire cette chronique. Pas envie, le ciel est gris, mon humeur est morose et mes doigts bafouillent sur le clavier.
Donc aujourd'hui, c'est une chronique mi figue mi raisin, entre allégresse et morosité, ma catharsis, mon défouloir.

C'est étrange comme dans l'immigration il y a l'attente qui est trop longue et ces journées qu'on trouve trop courtes. Vous savez, celles qui vous rappellent que vous allez partir, quitter ces gens charmants autour de vous, ces journées où sans savoir exactement pourquoi vous êtes agacés, une boule au fond de la gorge ou l'estomac noué.
Ben moi je viens de passer une semaine de ce genre.
Ça a commencé mardi par l'arrivée de mes IVM. Chouette mon dossier avance mais howowo ça s'en vient la fin là ! Dans une semaine j'aurais passé ces examens que je redoute tant (parce que je n'aime pas les prises de sang, je sais pas faire pipi sur demande, dans un bocal en plus, et parce que même si le médecin est sympa et que je suis en forme, j'ai toujours peur qu'on me découvre je ne sais quoi).
Dans une semaine, sauf complication, les dés seront jetés et au revoir la France....
Bon finalement je me dis chouette, c'est ce que je souhaites depuis un bail maintenant et les nuages gris s'envolent. Sauf que....

En cette belle fin de semaine Ti'Namour a reçu la visite d'une partie de sa famille.
Sa maman en bonne québécoise qui rêve de plage et de soleil pour sa retraite se déplace tous les hivers à Malaga dans le sud de l'Espagne et depuis deux ou trois ans, au mois de mars, la sœur aînée de Ti'Namour et son chum passent leurs vacances là-bas. Cette année, ils sont remontés jusqu'à Barcelone en avion, puis ils ont loué une voiture pour se rendre jusqu'au pays des santons et des moutons nous voir.
Ti'Namour est assez proche de sa sœur et de son chum. Il a logé chez eux un bout avant de partir dans l'Ouest puis encore cet été avant de venir en France. On a passé des fins de semaines avec eux et je les apprécie moi aussi beaucoup. Quant à sa petite maman, elle est toute cute et volontaire (imaginez donc ce qu'on a pu arpenter comme rues et ruelles, elle nous a suivi partout. Elle était fatiguée en soirée, normal, mais elle ne s'est jamais plainte, elle a ben aimé ça).
Bref, jeudi en fin d'après-midi, je tente de boucler une chronologie et une arborescence pour un projet à ma job quand je reçois un message de Ti'Namour inquiet parce qu'il n'arrive pas à joindre sa mère et qu'ils auraient déjà dû être rendus.
Comme il est 18h10 et que je finis dans 5 minutes, je lui demande le numéro et je lui dis que je le tiens au courant.
En attendant mon train pour retourner sur Aubagne, je tente de découvrir comment joindre un cellulaire espagnol depuis mon cellulaire français.
Une fois le mystère du +34 résolu, je rappelle Ti'Namour pour le rassurer : ils sont alors à 50 km de Marseille. Finalement, ils arriveront à Aubagne en même temps que mon train.
Petit détour pour poser les bagages à l'hôtel et nos deux familles se rencontrent.
Présentation entre Papa-Maman Véro et Maman-soeurette-beau frère de Ti'Namour, avec ce qu'il y a de « stressant » dans ces affaires de familles. Mais tout va bien, on déguste le repas, et déjà on prévoit le lendemain.
Journée sur Marseille. Le vieux, le vrai, celui que peu de touristes connaissent, celui qui va me manquer. On fait le plein de produits locaux (les navettes à la fleur d'oranger, du savon de Marseille, une petite bouteille de Pastis et les cartes postales évidemment), puis on se rend au Cap Canaille à Cassis (une falaise pas mal ben haute) pour le coucher de soleil.
Retour chez mes parents pour un bon couscous tunisien et samedi matin départ à 10h00 pour la Camargue.
Les Saintes Maries de la mer, les chevaux blancs si chers à Brassens, le bac des Salins et l'ancien port des croisades Aigues Mortes. Et déjà c'est la fin. Ce matin, dimanche, on prend un petit déjeuner ensembles, Ti'Namour fait un essai pour une job à midi et la belle famille repart sur la route direction l'Espagne.
Et là, je repense à la phrase de Kees, l'ami de notre chroniqueuse Bouh : « la vie d'un immigrant, c'est de ramener sans cesse ceux qu'on aime à l'aéroport ». Et le même coup de blues me prend. Ok, c'est sûr la famille de Ti'Namour on la revoit en septembre, mais je me suis mise à penser à ma famille, mes amis que je ne reverrai pas de sitôt.
Je suis consciente dès le départ de cette situation, et dans mon projet c'est un des éléments qui pesaient dans la balance. Mais cela ne m'empêche pas d'y penser et de redouter les pertes et les manques.
En un an d'échange Crepuq, celle que je considérai comme mon amie la plus proche est pour moi une inconnue, j'ignore tellement de choses sur ce qu'elle est et fait aujourd'hui. J'ai gagné d'autres liens avec des personnes qui me paraissaient moins proches, j'ai perdu des amitiés et des plumes. En un an ! Alors qu'en sera-t-il en deux, cinq et dix ans ?
Le doute arrive donc déjà dans ma tête ? Oui, je doute, non de mon projet, mais de ce qu'il restera de mes « tendres » années, celles où l'on grandit, où l'on apprend avec d'autres, ce qu'est la vie et ses obstacles. Le doute de revoir un jour à nouveau ceux que j'aime et qui me manquent déjà, à 200 km. Ceux qui m'accompagnent depuis 5 ans déjà et que j'attendrai toujours sur un bout de parvis universitaire par une matinée d'octobre....
Mais ne dit-on pas que «le doute est le début de la sagesse».... Hum, je vais devenir extrêmement sage d'ici septembre, car les doutes ne sont à mon avis pas encore finis !

Un doux mélange de bonheur et de tristesse flotte donc sur la Provence aujourd'hui, qui, comme au diapason avec mon cœur, pleure ses larmes de printemps....

PS : le 20 mars est la journée de la francophonie à travers le monde et ses 63 états qui comptent des francophones.
En cette année 2006, on fête l'un de ses fondateurs, un poète, un écrivain du Sénégal et un grand homme, que j'avais étudié pour mon bac (DES) et que je redécouvre aujourd'hui.
Je vous invite donc à découvrir et redécouvrir comme moi celui qui reste le père de la littérature africaine : Léopold Sédar Senghor. Celui qui n'aima jamais tant que le français qui est pour lui « [....] les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l'orage. Il est, tour à tour ou en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon.» (in Les Éthiopiques).

Tags : EnfantsCulture

La Francophonie et le Canada...

Petiboudange

La Francophonie et le Canada....

Suite au débat sur la nomination d'un secrétaire unilingue anglophone à la Francophonie, situation pour le moins cocasse, je me suis tout simplement posée la question de savoir c'est quoi au juste la Francophonie, et surtout quelle est la répartition territoriale des francophones au Canada.

J'y suis donc allée de ma curiosité naturelle sur ce genre de sujet pour trouver des réponses à mes questions. Je vous préviens c'est long mais c'est pas mal intéressant pour connaître le fait francophone au Canada.
La plupart de mes données statistiques sont issues du recensement de 2001 et notamment des analyses disponibles sur le site de Citoyenneté et Immigration Canada.

Rappelez-vous d'abord que le Canada c'est 8.9 millions de francophones en 2001.

Le Canada est un des pays fondateurs en 1970 de la Francophonie, sous impulsion de ses communautés francophones et acadiennes; la francophonie est donc un objectif de politique intérieure, comme le déclare le site officiel du Canada et de la francophonie :

« En effet, [....], le courant nationaliste au Québec commence à se manifester sur la scène internationale dès les années 60, et ce peu importe les gouvernements en place au Québec. Afin d'encadrer ce courant, le gouvernement du Canada se devait d'établir une présence forte au sein de la Francophonie naissante de sorte que les aspects politiques soient clairement dissociés des aspects de coopération, les premiers étant du ressort du gouvernement fédéral tandis que les seconds étant d'intérêt pour le Québec autant que pour le Canada. »

Le Canada est depuis membre de toutes les institutions multilatérales et des conférences ministérielles.
Le plus drôle c'est que le Canada est un des seuls États membres (pour ne pas dire le seul d'ailleurs) dont des communautés francophones distinctes ont revendiqué leur représentation autonome. En effet, dès 1970, le Canada a proposé la création d'un statut particulier, les "gouvernements participants", pour permettre la participation provinciale du Québec (octobre 1971) et du Nouveau Brunswick (décembre 1977).

Depuis 1977 donc, les questions basées sur la coopération internationale n'ont visiblement jamais entraînées de frictions entre les 3 niveaux de gouvernements.
Les questions politiques ont par contre nécessité des aménagements.
Le Québec entretenait des relations diplomatiques privilégiées avec la France, qui ne négligeait pas pour autant les autres représentations du Canada.
Confusions et tensions politiques ont amené à une série nécessaire d'accords sur les prérogatives respectives du Canada et de ces deux provinces : les représentants provinciaux (premiers ministres lors des Sommets) toucheraient seulement aux compétences provinciales d'éducation, d'agriculture, d'environnement et de culture notamment.
Le gouvernement du Canada se réserve la responsabilité des décisions de politique internationale (droits de la personne, démocratie ou encore résolution de conflits).
Chaque niveau peut aussi développer et créer des actions de coopération internationale en son propre nom.

La francophonie au Canada est donc l'affaire de 3 gouvernements distincts.
À chaque gouvernement, non seulement des actions mais aussi un but précis.

En me penchant sur le gouvernement fédéral, celui où on retrouve donc notre ami Mendies, la francophonie est une compétence du Ministère des Affaires Étrangères.
La direction des Affaires de la Francophonie est chargée de coordonner les aspects de la participation aux niveaux ministériel et interministériel aux projets et actions pour la francophonie. Elle gère les crédits budgétaires (essentiellement issus de l'Agence Canadienne de Développement International) destinés par le Canada à l'OIF, aux projets issus des Sommets et aux activités des institutions francophones.
Le but avoué de la Francophonie au Canada est de "permettre au reste du monde de prendre le juste mesure de la contribution originale du Canada à la construction d'une francophonie internationale moderne et ouverte à la diversité".

Les raisons de participation du Québec sont évidentes : entretenir les relations avec la France et la Francophonie en général mais aussi et surtout, lorsque la Francophonie apparaît en tant qu'organisation au début des années 1970, le Québec est "Soucieux de sauvegarder son caractère unique en Amérique" et ses 400 de représentation du fait français sur le continent nord-américain, majoritairement anglophone.
En 1995, le gouvernement du Québec a rendu publique sa politique envers les communautés francophones et acadiennes du Canada.
On peut y lire :

"[....]que la vitalité de la langue française constitue un facteur essentiel de survie, de développement et d'épanouissement. Pour accroître cette vitalité, la politique convie donc la société québécoise et les communautés francophones et acadiennes du Canada à établir une relation franche et dynamique basée sur le dialogue, la solidarité et la concertation."

Pour favoriser cette coopération, le Québec a donc mis en place des moyens pour assurer au maximum la planification et la collaboration des activités.
Chaque année la province débloque environ 8 millions de $ pour les actions de la Francophonie, et sa priorité première, la diversité culturelle.
Le IIe Sommet de la Francophonie s'est tenu à Québec en 1987.
Le XIIe se tiendra à nouveau dans cette ville en 2008 pour fêter les 400 ans de la fondation de la ville, « une des plus vieilles villes francophones en Amérique du Nord ».

Les francophones du Nouveau-Brunswick, et dans une moindre mesure, puisque pas (encore) représentés dans les institutions de la francophonie de façon autonome, les francophones de l'ensemble des autres provinces et des territoires partagent en général la même préoccupation que le Québec en matière de représentation et de maintien culturel. En participant à l'OIF, le Nouveau-Brunswick, et le Québec, peuvent ouvrir et créer des réseaux multilatéraux de coopération avec les autres États et gouvernements de la Francophonie.
Le Nouveau-Brunswick s'attache essentiellement à la diffusion de la culture et de la langue, et au maintien sur son territoire de cette culture, afin notamment de lutter contre l'uniformisation mondiale.
Dans le cadre de la Francophonie, la Société nationale de l'Acadie et le gouvernement Québec ont d'ailleurs créé un programme de coopération et d'entraide, du fait de leurs liens historiques et culturels .
La Province du Nouveau-Brunswick débloque environ 750 000 $ par an.
La ville de Moncton a d'ailleurs accueilli le VIIIe Sommet de la Francophonie en 1999.

Les autres Provinces (notamment l'Ontario et le Manitoba) délèguent en général un représentant au sein de la délégation canadienne, malgré la présence sur leur territoire d'une population francophone au moins aussi égale que celle du Nouveau-Brunswick.

Mais ce qui m'intéressait surtout, c'est la présence réelle des francophones au Canada .
J'entends par francophones ici les francophones de langue maternelle (ben ouais c'est les seuls chiffres complets que j'ai pu obtenir !).
Ils étaient donc 6.6 millions en 2001. Les locuteurs du français en langue maternelle ET ceux de langue seconde représentaient 8.9 millions en 2001 sur l'ensemble du territoire canadien.
On trouve donc la majorité des francophones au Québec (5,6 millions en 2001).
Mais le plus intéressant est de savoir combien et où étaient les francophones hors Québec.
En 2001, donc, il y a environ un million de personnes qui vivent en français hors Québec, soit 4.5% de la population totale du Canada.

La présence territoriale est assez disparate. Concrètement on retrouve de fortes communautés (hors Québec) au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au sud-est de la Nouvelle Écosse.

Ainsi l'Ontario et le Nouveau-Brunswick regroupe 76% des francophones et acadiens hors Québec, soit les ? de la population francophone totale (hors Québec).
En Ontario, la population francophone totale est de presque 535 000 personnes.
On trouve alors 20% des francophones de la province autour de Ottawa et dans la région de l'Est, frontalière avec le Québec essentiellement.
Cependant, on trouve à cette époque 1 francophone de la province sur 5 vivait autour de Toronto.
Les Franco Ontariens représentaient 4,73% de la population totale de la Province en 2001.

Au Nouveau-Brunswick (presque 245 000 personnes), les 2/3 de la population francophone se retrouve autour de Moncton essentiellement.

Le Manitoba compte environ 50 000 Franco manitobains. Ils représentent 4,3% de la population en 2001. Dans cette province ce sont majoritairement des femmes qui sont francophones (24 935 femmes pour 22 620 hommes). Les 2/3 de ces francophones habitent à Winnipeg et sa région, et principalement une partie précise de la ville : les quartiers de St Boniface, Saint Vital et Saint-Nobert.

L'Alberta et la Colombie Britannique compte chacune 65 000 francophones (respectivement 2,2% de la population totale albertaine et 1,6% de la population de Colombie Britannique) et la Saskatchewan environ 20 000 locuteurs de la langue française (2% de sa population totale).

En Nouvelle-Écosse on compte 35 000 francophones concentrés essentiellement dans le sud-ouest de la province (Cap Breton où il représente 40% de la population, les comtés de Digby et Yarmouth, et Halifax évidemment qui concentre 11 200 personnes en 2001).

L'Île du Prince Édouard et les territoires comptabilisent le moins de francophones. On trouve environ 6 110 francophones sur l'Île, en moyenne âgés de la cinquantaine, essentiellement concentrés dans la région Évangeline (3/4 des insulaires francophones).

Le Yukon a la population francophone la plus représentée chez les moins de 15 ans avec 14,1% des 1200 francophones âgés en moyenne de 14 ans en 2001. Ils habitent majoritairement à Whitehorse et sa région.

Concrètement au Canada on retrouve 60% des francophones dans les régions appelées souches, où ils forment alors environ 20% minimum de la population. Ces régions souches sont typiquement les régions où les colons français, canadiens français, du Bas Canada et enfin Québécois selon l'époque sont allés s'installer.

Cette étude indique le fait que entre 1951 et 2001, le nombre de locuteurs de langue française, à plus que doubler passant de 880 000 à 2.4 millions de personnes, sans le Québec, soit aujourd'hui 10.8% de francophones de langue maternelle ou de langue seconde.

Aujourd'hui on trouve un réseau d'écoles et d'universités francophones au travers de tout le territoire. Et pourtant, le niveau de scolarisation des francophones semble rester inférieur. La région Évangeline (IPE) est la plus touchée : 50% de sa population adulte n'a pas obtenu son diplôme de secondaire.
On retrouve une situation peu ou prou identique dans les régions rurales, à forte concentration francophone, du Manitoba, de Cap-Breton en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan.
Les chiffres de 2001 parle, dans ces régions, de 19.1 % de la population seulement ayant atteint les études universitaires. La moyenne nationale : 22%
Par contre dans les communautés francophones métropolitaines, la population francophone ayant atteint l'université est égale voire supérieure aux chiffres anglophones.

Au point de vue du taux d'activité, on sait que 64% de la population francophone avait une activité en 2001 (69% pour la population anglophone), mais dans les 3 territoires (Yukon, Nord-Ouest et Nunavut), le taux d'occupation de la population francophone flirte avec les 85% dont 93% au Nunavut (ils sont alors 425)!
On trouve 11% de travailleurs autonomes dans l'ensemble du Canada, et près de 25% des francophones du Saskatchewan sont des entrepreneurs autonomes.

Bien qu'il existe aujourd'hui un ensemble d'écoles et d'universités francophones. Bien qu'on trouve depuis ces trente dernières années de nombreuses associations et organismes créés par et pour les communautés francophones et acadiennes à travers tout le pays. Et bien qu'au travers de ces organismes de représentations locales, provinciales et nationales, on trouve des actions en faveur de la population francophone, notamment comme au Yukon, qui semble être le plus actif pour la francisation de ses services, la francophonie au Canada reste délicate.

Et ce bien que le pays se déclare officiellement bilingue. La réalité est qu'il existe des poches linguistiques au travers du pays. Dans les milieux où la proportion de francophones est importante, les institutions francophones sont nombreuses. Et la vie quotidienne peut se passer en français.
Mais dans les contextes (réels) où il n'y a pas d'ancrage spatial, les contextes où les francophones sont trop minoritaires, on trouve alors peu d'institutions pour vivre de façon francophones.
Selon le rapport issu du recensement de 2001, les institutions francophones qu'on retrouve le plus facilement, surtout en région métropolitaine et dans les poches linguistiques à forte proportion de francophones, sont les écoles, les églises, les centres culturels parfois et rarement l'existence de médias (radios et journaux en tête).

Alors on peut effectivement donc trouver une vie en français partout au Canada, mais seulement si on choisit bien son lieu d'établissement. C'est une réalité à prendre en compte, la francophonie a beaucoup à faire encore au Canada, pays bilingue....
Dans les faits autant qu'officiellement, il n'existe qu'une seule province bilingue : le Nouveau-Brunswick, avec la présence acadienne encore et toujours ancrée sur ces terres.
Le Québec lui est unilingue et ne se reconnaît qu'une langue : le français.
L'ensemble des autres provinces et territoires l'anglais.

Et M. Ted Mendies devient petit à petit depuis lundi le 8 million 901 millième francophone du pays....

Tags : EnfantsCulture

Première chronique ou comment tout...

Petiboudange

Première chronique ou comment tout a commencé

En ce beau matin d'hiver dans le sud de la France, l'envie de travailler n'est pas vraiment là. Le temps de ma première chronique approche et je ne sais même pas comment me présenter.
Je suis une provençale de 23 ans, j'ai fait mes études sur la côte d'azur, j'habite à côté de Marseille....Lui (Ti'Namour) est québécois, il a 27 ans, il est en PVT en France pour un an....blablabla
Nan c'est ben plate dit comme ça....
Bon reprenons, parler de moi ok, mais pour dire quoi?
Finalement au bout du vingtième essai, je me dit "Et si je vous racontais le commencement de mon aventure parmi vous?"
En fait non, mon histoire avec le Québec ça commence bien avant vous, ça commence en 1998 (accrochez-vous ce n'est que le début d'une looooongue histoire!).
Je suis alors encore au lycée, en classe de 1ère, et nous montons avec un ami un projet culturel de découverte du Canada, sur la trace des grandes explorations viking et suivantes... Un grand rêve qui coûte cher et on compte donc obtenir des subventions dans le cadre des projets jeunes du ministère du même nom....Mais ça ne se fera jamais, et mon rêve du Canada se met entre parenthèses pendant 5 ans.

2003, année de ma licence en communication. Déjà trois ans que je traîne (mais bon le soleil qui tape dans les amphis ça aide pas à être actifs aussi!) dans mon université de la Côte d'Azur. Le soleil, la mer et les mouettes comme décor, c'est sympa mais j'aspire à autre chose. Je rêve d'Asie d'abord, en voyant une opportunité de stage de 4 mois en Thaïlande. Je ne serai pas retenue mais mon ami part. Je le rejoins en septembre 2003 pour un mois. Mais ma soif d'Ailleurs n'est pas satisfaite....

Octobre 2003 je rentre en maîtrise de communication dans la même sempiternelle université sans moyens, sans objets, sans ambitions (mon ras-le-bol devient cynique).

Courant novembre 2003 je rencontre une québécoise de Gatineau, faisant ses études à l'UQÀM, en échange CREPUQ dans ma section.
CREPUQ? Qu'est-ce que c'est que cette bête là? Renseignements pris, aussitôt dossiers remplis (beau slogan? Oui je trouve aussi, je devrai me reconvertir en pub moi!).

Décembre 2003 ma vie se conjugue en pointillé uqàmiens...Et que c'est long ces pointillés là!

Janvier 2004, en plein examen mon ami me lâche, il est sélectionné pour partir en CREPUQ mais à Chicoutimi....et moi?

Février 2004 feu vert des relations internationales: envoi du dossier pour l'UQÀM (ça sert parfois d'avoir un super bon dossier!), et rebelote l'attente... Au moins je parfais ma (im)patience.

Avril 2004 coup de fil de ma mère: une lettre de l'UQÀM....boum boum mon cœur fait boum: acceptée, je vais passer un an au Québec! Dans la foulée, ma québécoise m'offre une colocation, et plein de nouvelles connaissances québécoises (z'étaient nombreux cette année là sur Nice!).

28 Août 2004, je descends de l'avion le cœur battant. J'ai peu dormi, toute occupée à discuter avec ma voisine dans l'avion. Une immigrante qui vit à Québec ville, qui rentre du Maroc avec ses deux enfants. Elle me fait les comparaisons entre sa culture d'origine et sa culture d'adoption, en appuyant bien sur les zones de chocs culturels. Au moins me voilà prévenue que l'alcool, c'est chacun pour soi....Puis c'est un long couloir, avec un panneau lumineux qui dit « Bienvenue au Québec ! ». Le début de mon aventure en terre québécoise.
J'arrive après 24 heures sans sommeil dans ma maison de Beaubien, ma maison du bout du monde qui connaîtra en son sein pas moins de 7 langues et 5 nationalités!

Septembre 2004, j'ai commencé mes cours à l'UQÀM en maîtrise de communication dans une université moderne, grande, riche en savoirs et en pensées (oui j'idéalise mais au moins je reprends goût à mes études!). Je me trouve même un nouveau sujet d'études: l'identité culturelle québécoise....et un directeur de recherches français qui embarquera dans l'aventure sans jamais m'avoir rencontré, en ayant juste compris ma motivation pour un tel sujet (on ne se rencontrera qu'en septembre 2005, alors qu'il vient de célébrer son premier mariage de québécois vivant à Nice....quand je vous dis que c'est mon destin le Québec!).
Septembre 2004 aussi je rencontre un beau brun québécois, timide et tout doux qui revient d'une croisière en Méditerranée et qui a bu son premier pastis dans un de mes bars de prédilection!
Septembre 2004 enfin c'est le début de ma période auberge espagnole: je découvre, je goûte, je savoure et je rencontre tout ce qui aujourd'hui rime encore pour moi avec Québec. Des étudiants en échange comme moi, à ceux qui partiront en France avec moi, en passant par la poutine, les Unibroues (et l'usine Cheval blanc quand je rentre en vélo vers Beaubien), les Zapartistes et des sketches sur Paul Martin (mais qui est ce zouave? Je le comprendrai plus tard, comme l'accent, comme l'enjeu), Loco Locass et son flow si inspiré, les ligues d'impros du mardi soir, mon pub du vieux port, et, et, et .... Des petits riens que la vie vous amène et qui peupleront vos souvenirs pendant très longtemps encore....

Octobre 2004 je pars sur les routes du Québec avec mon amie française, sac au dos, panneaux en poche. Montréal-Trois Rivières-Québec-Tadoussac-Chicoutimi et retour. Et j'emmagasine encore plein de souvenir (et de photos). On rentre à temps pour Halloween, le premier en Amérique du Nord, le premier de ma vie.

Décembre 2004, les fêtes de Noël se profilent à l'horizon. Je n'ai pas les moyens de rentrer, mon amie française non plus. Sa sœur nous rejoint, et on s'adjoint la compagnie de trois québécois pour le repas du réveillon. Dont Ti'namour-pas-encore-Ti'Namour, vous savez celui qui a fait une croisière. Dans la foulée je mangerai ma première dinde sauce nord-américaine (chez un prospect amoureux d'une de mes colocs) et un jour de l'an dans la famille de mon autre coloc (celle de Gatineau) en Charlevoix.
Vous suivez toujours?
Chouette parce qu'on change d'année!

Janvier 2005, Ti'Namour me déclare (enfin!) sa flamme avec un cadeau, symbole de son écoute attentive: mon toutou de chien préféré (Snoopy pour ne pas le nommer) dans une boite trouée (pour qu'il puisse respirer), vestiges d'une histoire d'enfance où je pleurais de mon Snoopy en boite enfermé et étouffé!.
Mon amie française retourne sur Paris finir son année snif, mais une amie de Nice m'annonce son arrivée pour 6 mois en stage.
Ma colocataire anglophone part aux Philippines faire le sien. On gagne une colocataire néerlandaise en échange. Un petit bout de fille grande blonde et joufflue, drôle douce et marrante. Notre maison du bout du monde parle une troisième langue! S'ajouteront plus tard le créole, le suédois et l'italien....au fil des amourettes des unes et des visites des autres.

Février 2005, ça fait plusieurs semaines que je me démène sur la communication d'un festival artistique étudiant. Il prend forme, vie et saveur début février, magique! Je débarque au carnaval de Québec le lendemain de la soirée (et nuit) de clôture....Fait froid et y a beaucoup de monde, le bonhomme Carnaval ne me plait pas (pardon mais j'ai un faible pour notre Caramantran, qui brûle chaque année pour expier les fautes des vilains et ramener le printemps) mais l'ambiance est sympa.... Le caribou coule à flot, les trompettes de Québec retentissent toute la nuit à faire trembler les remparts de la ville....

Printemps 2005 je participe à ma façon à la grève étudiante: je tape du pied et je fais remarquer que les étudiants étrangers soutiennent le mouvement, même s'ils ne peuvent pas s'exprimer en votant dessus, ils font quand même aussi entendre les revendications. Qu'en est-il des leurs: sauver leurs propres bourses en obtenant l'assurance de valider leurs cours? Un petit groupe de mécontents plus tard et les arrangements sont pris. Je participe à la plus belle AG du mouvement au Medley. Pas droit de vote mais droit de compter....compter les mains levées, en un geste tendu dans l'espoir d'arrêt ou de poursuite de cette (trop ou pas assez c'est selon) longue grève. Mon cœur bat autant que les membres de l'association, autant que les membres de chacun des camps. Grand moment de débats et de démocratie humaine. Grands frissons.

Juin 2005, je participe au Tour de l'Île de Montréal, de l'intérieur. Je pars avec Ti'Namour sur mon vélo (dire que y a quelques mois je détestais le vélo!) avec deux appareils photos numériques. Notre mission est de photographier tous les bénévoles sur notre route et de leur offrir une séance diaporama photo inoubliable. Ils en parlent encore paraît-il!
J'écris aussi mon premier message sur le forum....Mon dossier de DCS est rempli prêt à partir pour Paris (ce qui sera finalement fait deux mois plus tard).

Juillet 2005, mon départ approche. Mais avant de quitter cette terre, pour mieux revenir c'est bien connu d'ailleurs, on s'offre un voyage tout à l'est, en pleine mer, sur une terre battue par les vents, aux Îles de la Madeleine, terre de naissance de Ti'Namour.
12 juillet 2005, je rentre en France. 2 jours plus tard je fête ma troisième fête nationale (St jean Baptiste- fête du Canada et maintenant 14 juillet), incroyable, mais mon cœur est lourd de la séparation de mon amour.

Halloween 2005. Finalement, après deux reports de dates, Ti'Namour me rejoint en France son PVT en poche, pour un an. Je l'accueille à Paris (j'habite à côté de Marseille, mais pour l'occasion je fais le tour des amicales de Paris!), on visite la ville lumière, on est heureux, amoureux, enfin réunis. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, mon CSQ arrive lui aussi.
Et depuis? Ben on coule des jours heureux ponctués des exclamations de découvertes de Ti'Namour....mais on vous racontera ça une prochaine fois !

Tags : EnfantsCulture

28 billets au total - 28 billets - de 1 à 28 affichés (0 page)




Copyright © 1999-2014 Immigrer.com Inc. Tous droits réservés. Conception Solutions Netaccès