Chronique du Grand Nord - juin 2009

MissPlateau

1er juin 2009

Ouf! Il ne neige pas aujourd'hui! J'ai été vraiment traumatisée de voir mon terrain tapissé de neige hier matin. Un 31 mai!

Il faut dire qu'il ne fait pas tellement chaud non plus à Montréal...

La semaine passée je suis allée à Chibougamau et j'ai réalisé mon phantasme de faire du kayak sur le plus grand lac au Québec : le lac Mistassini. 120 km de long. Une vraie mer intérieure.

Les Cris ont construit le village de Mistissini sur le bord du lac, à environ une heure de Chibougamau.

J'avais communiqué préalablement avec un type de Chibougamau pour louer un kayak de mer. Le type, qui s'appelle Sylvain, m'a dit qu'il pourrait emmener deux kayaks de mer et me servir de guide. Nous nous sommes donc donnés rendez-vous à Mistissini, au Band Office, où nous faisons la cour itinérante.

La veille j'avais dormi au Mistissini Lodge, sur le bord du lac. Sylvain m'avait demandé de l'appeler, pour lui confirmer que le lac était bel et bien dégelé. Quelques jours auparavant, il y flottait encore quelques plaques de glace.

Nous avions donc rendez-vous à 15h, le lendemain. Quand je me suis levée le matin, j'ai été très déçue de constater que le ciel était totalement couvert. Il y a même eu quelques gouttes de pluie. 12 degrés celcius.

Au fur et à mesure que la journée avançait, je commençais à avoir peur de ne pas pouvoir finir ma journée à temps. Une fois que le sort de mes clients détenus a été réglé et mes procès terminés, j'ai commencé à mieux respirer. Au pire, je pouvais reporter les autres dossiers au lendemain.

Tous mes collègues étaient informés de mes plans, même la juge se montrait compréhensive. C'est qu'il n'y a pas grand chose pour m'arrêter quand j'ai une idée en tête!

Vers 14h, le soleil est sorti, miraculeusement!

Vers 15h15, j'ai vu un Blanc assis au fond de la salle. J'étais sûre que c'était Sylvain. Les gens qui font du plein air dégagent tous un peu la même chose, un mélange de paix intérieure, d'ouverture et de détermination.

J'ai trouvé un peu comique qu'il me voit en tailleur et en talons hauts, en train de plaider. Heureusement, il ne s'est pas sauvé en courant.

Une fois que j'ai reçu mon congé de la juge, je suis allée lui serrer la main. Nous n'avions pas beaucoup de temps. Nous en sommes venus droit au but. Il m'a montré les kayaks de mer sur le toit de son camion. La même marque que mon kayak de rivière.

Il a cinquante ans. Il a fait du kayak de rivière toute sa vie. Il a également milité contre l'harnachement de la rivière Rupert, avec les Cris, parmi lesquels il s'est fait des amis. Mais les Cris ne sont pas faciles à approcher. Plusieurs fois alors qu'il faisait du plein air dans les environs de Chibougamau, où il est né, il s'est fait rabroué par des Amérindiens, se faisant reprocher d'être sur leurs terres et se faisant sommer de retourner en Europe!

Quand on pense que nos ancêtres sont arrivés ici en 1600 quelque chose, c'est assez hallucinant de se faire traiter d'Européens!

Mon ancêtre, Robert Gagnon, né en 1628 à Tourouvre, dans le Perche, à moins de 150 km de Paris, en France, est arrivé en Nouvelle-France en 1658. Il est venu rejoindre ses trois cousins Gagnon et s'est installé avec eux sur l'Ile d'Orléans, près de la ville de Québec.

A quatre, ils ont peuplé la Nouvelle-France de petits Gagnon, une des familles les plus nombreuses du Québec.

Je suis allée visiter ses terres il y a quelques années. J'ai médité quelques instants près de la croix commémorative qui a été érigée en son honneur.

Quelques documents nous informent de son parcours. Par exemple, il a acquis une concession d'une terre en la seigneurie de Lirec par un certain Charles Lauzon, seigneur de Charny, le 2 avril 1656.

Le premier octobre 1657, il a pris Marie Parenteau en épousailles.

Le 12 juin 1670, il a signé un bail l'autorisant à pêcher du saumon :

Par devant Romain Becquet Notaire Royal fut present en sa personne damoiselle genneviefve desprez femme faisant et portant fort pour Louis Couillar Sieur de lespinay son mary absent Laquelle de son bon gré et vollonté Sans aucune force ny Contrainte a Recognu et Confessé avoir baille et delaisse esdits noms a tiltre de bail pour tout et tel temps que la pesche de saumon demeurera de Cette presente Annee a Commencer des Cejoudhuy dabte des presentes et promet faire jouir audit tiltre pendant ledit temps durant a Robert gaignon, pierre gargot habitant demeurant en lisle dorleans et jean Charpentier dit lapaille habitant demeurant a la Canardiere a Ce present ledit gaignon ce Acceptant tant pour luy que pour lesdits gargot et lapaille preneurs Audit tiltre pour ledit temps, tout et tel droit de pesche Ainsy Que bon leur semblera pendant ledit temps que ladite pesche de Saumon deurera

Les archives nous racontent que souvent, les habitants de l'Ile d'Orléans devaient repousser les attaques des Amérindiens, qui débarquaient sur l'Ile en canot, la nuit, pour mieux les surprendre.

Robert Gagnon est mort en 1703. Il a dû se retourner dans sa tombe quand il a appris que son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petite-fille défend des Amérindiens!!!

Il a dû également se retourner dans sa tombe quand son arrière-arrière-arrière-arrière-arrrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils a pris en épousailles une Sauvageonne...

Toujours est-il, Sylvain a perdu son combat. La Rivière Rupert sera harnachée bientôt. Elle servira à alimenter les barrages de la Rivière La Grande, afin d'alimenter les Américains en électricité. Cet été il part avec des copains pour descendre la Rivière Rupert en canot, pendant deux semaines. Deux semaines sans voir la civilisation. Ils vont emmener de la bouffe déshydratée, une canne à pêche pour pêcher du poisson, un 12 pour tuer des oies ou des canards. Et il m'a offert de me joindre à eux...

Nous avons mis les kayaks à l'eau vers 16h. J'avais mon wet suit, eau de température oblige. Cinq minutes à l'eau à ce temps-ci de l'année et c'est l'hypothermie assurée. Il y a d'ailleurs trois ou quatre personnes qui sont mortes d'hypothermie cette semaine. Des kayakistes et des pêcheurs.

Mais c'est probablement le vêtement le moins confortable au monde! Et ça ne respire pas!

Nous sommes arrêtés picniquer sur une île où les Cris vont camper. J'ai goûté à des ananas déshydratées, du jerky caribou. Miam! Miam!

L'eau du lac était comme une mer d'huile. Le soleil nous a tenu compagnie jusqu'à la fin.

J'avais une drôle d'impression. Nous étions deux Blancs à nous balader en kayak sur le lac Mistissini, pendant que les Amérindiens passaient près de nous en bateau à moteur.

A un certain moment, j'ai vu un canot approcher. Le type était seul et il pagayait d'une façon très particulière. Quand il est arrivé à ma hauteur, je lui ai offert mon plus beau sourire mais le regard qu'il m'a jetté m'a glacé le sang.

Un regard qui disait : "Tu es sur mes terres et je pourrais te tuer pour ça..."


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Chronique du Petit Nord

MissPlateau

Premier mai 2009

Il neige à Amos. Pour la Montréalaise que je suis, c'est complètement déprimant. Surtout après la semaine de fous que je viens de passer. 22 degrés lundi dernier. Les neiges ont tellement fondues que le lac s'est dangereusement avancé vers ma maison, jusque sous le patio; j'ai cru que j'allais être inondée.

Ne sachant trop quoi faire. La dame du bureau de poste de Trécesson m'envoie son mari au chômage, pour me prêter main forte. Il me conseille d'aller acheter des sacs de sable au Rona, pour qu'on fasse une digue. Et puis on pourrait louer une pompe, pour pomper l'eau à l'intérieur de la digue vers l'extérieur.

Je pars avec mon 4 X 4 chez Rona. Ils embarquent 12 poches de 66 livres de sable dans mon coffre. C'est le maximum que ma voiture peut prendre, la suspension est complètement écrasée. J'arrive chez moi, je dois sortir les sacs de sable. 12 X 66 livres = 792 livres. Dites donc, je n'aurai pas besoin d'aller au gym aujourd'hui.

Sur les entrefaits, mon voisin Raymond arrive. Il me demande ce que je fous avec mes 12 poches de sable...Je l'avais appelé plus tôt parce que sa motoneige, qu'il avait placée près de sa maison, prenait dangereusement l'eau!

"Ma pauvre, qu'il me dit, ça ne sert absolument à rien de mettre des sacs de sable, la forêt est inondée, le lac entoure ta maison, il te faudrait au moins deux mille sacs de sable pour faire une différence. Et puis, où veux-tu pomper l'eau au juste?"

Au même moment, le mari de la dame du bureau de poste arrive. Raymond lui demande où diable il a pêché une pareille idée!

"J'ai vu ça à la télé..."

"Ben oui, de répondre mon voisin, si c'était une rivière, on pourrait la détourner avec des sacs de sable, si le village au complet si mettait, mais là, tu comptais faire ça tout seul avec Catherine?"

Le monsieur a bien dû admettre que ça n'avait pas de bon sens. Et puis, j'avais mal compris, il ne m'avait pas demandé d'acheter des sacs de sable, mais bien des sacs pour mettre du sable...

Ben dis donc, il va falloir que je me retape les 12 sacs de sable de 66 livres...toute seule, parce que Raymond, mon voisin, s'est cassé trois côtes la semaine dernière, en tombant d'un escabeau.

Donc, je remets les 12 sacs de sable dans mon coffre, de peine et de misère. Et il y en a trois qui ouvrent...Bonjour le dégât dans le coffre arrière, dans ma voiture que je viens de faire nettoyer, la veille!

La route 111 est inondée. Les choses sont au plus mal!

Finalement, la ville envoie des bonshommes sur un pont près de chez moi avec une pompe et ils envoient l'eau du lac dans la rivière. Comme par miracle, le lac a commencé à s'éloigner de ma maison.

Quelle n'avait pas été ma surprise au matin de voir des canards plonger devant mon patio!!! D'ordinaire, le lac est environ à 50 pieds de ma maison!

Pour tourner cette mésaventure en rigolade, je décide de sortir mon kayak, pour la première fois de l'année et de faire du kayak sur mon terrain! Je suis allée sur le terrain de Raymond et celui de la voisine. La motomarine de Raymond a dévié jusque chez la voisine à cause du courant.

Il y avait encore une fine couche de glace sur le lac, mon kayak la brisait comme un brise-glace. Elle est mince et très mouillée. Le lac ne devrait plus tarder à caler.

La marmote est sortie de sa cachette. Ce qui devrait être un bon signe!

Dire qu'il y a deux semaines, il y avait encore plein de neige et que par un heureux hasard, j'ai regardé par la fenêtre de mon bureau et j'ai vu 3 magnifiques lynx adultes traverser mon terrain...

Après tout, ça vaut peut-être la peine de geler...pour vivre en Abitibi!

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Chronique du grand nord - retour sur le pire de l'hiver

MissPlateau

Tu sais qu'il fait - 40 degrés celcius quand...

Tu t'étouffes en sortant dehors en prenant ta première respiration...

Tes cheveux raides et bruns deviennent blancs et frisés...

Tes mitaines - 30 degrés celcius ne sont pas assez chaudes...

Ta voiture a dû mal à partir même si elle a été branchée toute la nuit...

Tu n'arrives plus à ouvrir les portes de ta voiture...

Tu dois réchauffer ta voiture pendant 20 minutes pour arriver à ouvrir les portes...

Quand tu y arrives, elles font un bruit de ferraille incroyable...

Tu n'arrives plus à les refermer...

Ton tableau de bord t'indique que tes pneus sont dégonglés, même si ce n'est pas le cas...

Ton coffre d'auto te retombe constamment sur la tête quand tu l'ouvres...

Tu gardes une chaufferette au propane dans ton coffre et plusieurs bouteilles de propane, au cas où tu tomberais en panne...

Tu gardes une couverte chaude dans ta voiture, au cas où...

Le chauffage dans ta voiture met plusieurs minutes à se mettre en marche...

Si tu enlèves le defrost une fraction de secondes, ton pare-brise se couvre de glace...

Ta voiture craque de toutes parts quand tu te mets à avancer, après être restée au repos toute une nuit...

Tu n'arrives pas à aller plus vite que 20 km/heure jusqu'à ce qu'elle se mette à se réchauffer...

Ton tableau de bord cesse d'indiquer que tes pneus sont dégonflés un coup qu'ils se mettent à se réchauffer...

Si tu gonfles tes pneus, ils explosent...

Mais ceci ne reviendra pas avant un bon 6 mois !

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Le retour des Chroniques du Grand nord

MissPlateau

Cette fois, nous n'avons pas voyagé dans les villages. Nous sommes restés à Kuujjuuaq toute la semaine. Je ne savais pas trop quoi apporter comme vêtements côté température. Je ne prends pas de chance, j'emmène des vêtements pour toutes sortes de conditions météorologiques.
 
Notre avion est retardé parce qu'il y a des orages dans le Nord de l'Ontario. Les pilotes partent de là-bas. A onze heures nous avons l'information que nous partirons seulement dans l'après-midi. Nous décidons d'aller manger à Val-d'Or.
 
Un collègue de Val-d'Or nous emmènent manger du steak haché pétillant dans un resto où paraît-il, les serveuses sont plus vite que leur ombre pour nous servir. On à peine fini de passer la commande que le plat est déjà devant nous...Cela reste à voir...Et puis, qu'est-ce que ça peut bien être du steak haché pétillant??
 
Il est 11h30, on doit être de retour à l'aéroport à midi. Cela prend 5 minutes se rendre à l'aéroport. Le service a besoin d'être rapide en effet...
 
Top chrono. Je passe ma commande à 11h32.
 
La serveuse est aussi sympa que l'avait prédit mon collègue. La gentillesse légendaire des Abitibiens n'est pas une légende, croyez-moi.
 
11h35 mon plat est devant moi! Sans blague!
 
La serveuse sert mes collègues avec son plus beau sourire. Elle a l'air d'une poule satisfaite de bien nourrir ses poussins. Elle passe de table en table pour voir si personne ne manque de rien. On jurerait qu'elle est investie d'une mission divine de nourrir la planète.
 
Mon steak haché pétillant consiste en du steak haché bien cuit couvert d'une sauce brune, accompagné d'oignons frits et de champignons de Paris dorés. Le tout servi dans une assiette de métal qui garde le tout très chaud et qui fait en sorte que la langue nous pétille à chaque  bouchée. Bon, on repassera pour la gastronomie mais c'est quand même meilleur que la poutine ou les pâtes aux fruits de mer de Kuujjuuaq.
 
Mais cette femme représente parfaitement l'image que je me suis faite des Abitibiens. Des gens sans complexe, qui acceptent leur sort sans maugréer, qui  se contentent de peu, qui prennent le temps de vivre et qui dégagent une sorte de force tranquille difficile à expliquer...
 
Mon père est justement venu me rendre visite à Amos le week-end dernier et ça l'a frappé lui aussi. Lui qui vient du Bas du fleuve, il a dû admettre que les Rimouskois sont froids et snobs à côté des Abitibiens. Le pauvre habite Côte-des-Neiges mais il n'a jamais réussi à apprendre l'anglais, n'étant pas très doué pour apprendre une langue seconde. Il était fasciné de voir que tout le monde parle français en Abitibi.
 
Il a parlé à des gens dans un café vendredi et le samedi, il était tout surpris de se faire saluer chaleureusement par eux sur la rue Principale.
 
Maintenant tout le monde me connaît au Rona. Ils savent quelle couleur j'ai peinturé mon salon, mon patio. Je suis allée chercher un paquet au bureau de poste de Trécesson. Deux petites madames dans la soixantaine m'ont accueillie avec leur plus beau sourire. Probablement les deux commères du village. Quand j'ai dit mon nom, elles ont su toute de suite qui j'étais.
 
"Ah! c'est vous qui avez acheté la petite maison sur le bord du lac Davey! On espère que vous allez rester plus longtemps que les autres..."
 
"Vous venez d'où?"
 
"De Montréal"
 
"Vous venez ici pour le travail?"
 
"Oui"
 
"Ben voilà votre paquet. C'est quoi au juste un simulateur d'aube?"
 
"C'est pour simuler le lever du soleil le matin. C'est pour se réveiller en douceur."
 
Les deux commères se sont regardées d'un air perplexe.
 
"J'ai de la misère à me lever le matin. Surtout l'hiver, quand il n'y a pas de lumière. Vous m'excuserez, il faut que j'y aille. Je dois aller au boulot."
 
Ben voilà, j'ai rencontré deux habitantes de Trécesson. Il m'en reste 1498 autres à rencontrer. Mais je suis certaine que tout le monde à Trécesson sait maintenant que la fille qui a acheté la petite maison sur le bord du lac Davey se réveille le matin avec un simulateur d'aube..."
 
Dites donc, il ne faudrait pas que je me fasse venir un vibrateur trois vitesses...
 
Au moment où j'écris ces lignes, mon voisin vient de m'apporter du doré qu'il vient de pêcher dans mon lac...
 
Raymond qu'il s'appelle. Lui aussi est assez coloré. Il habite Amos où il a plusieurs blocs-appartements. Mais il a son chalet à côté de ma maison. Il vient surtout le week-end. Raymond pêche à longueur de journée sur son ponton, mais il ne mange pas son poisson, alors il me l'apporte.
 
Raymond voulait tondre mon gazon parce qu'il croyait que je n'avais pas encore acheté de tondeuse. Quand je lui expliqué que je ne tondais pas mon gazon délibérément, parce que j'aime avoir des fleurs toutes les couleurs, il m'a regardé perplexe comme les deux commères du village.
 
C'est Raymond qui m'a parlé de la décharge du lac Davey. Il m'a dit: "Si tu vas complètement à droite du lac, tu vas trouver une décharge qui se jette dans un autre lac, puis tu vas prendre une crique qui va se jetter dans un autre lac et là, tu vas voir un gros tuyau de métal qui passe en-dessous de la route, d'après moi, tu vas pouvoir y accéder avec ton kayak..."
 
J'ai cherché un peu la décharge, puis je l'ai trouvé entre deux chalets. Le courant m'a emmenée dans un lac magnifique, où il n'y a pas de chalets. Puis j'ai cherché la crique. Je me suis retrouvée dans un genre de forêt enchantée et j'ai pagayé doucement dans la crique jusqu'à un étang plein de quenouilles où j'ai surpris un héron en train de déguster un poisson et dérangé un castor qui a sauté à l'eau en tapant de la queue. Puis j'ai déniché la cachette du huard de mon lac. Je me suis rendue comme ça jusqu'au fameux tuyau. Il a fallu que je me penche un peu, mais ça passe facilement.
 
Je me suis ramassée dans la Rivière Davey. J'étais à peu près à trois kilomètres de chez moi et ce, sans jamais sortir de l'eau. Il faut dire qu'il a beaucoup plu cet été. Le niveau de l'eau est élevé.
 
J'ai surpris un type en train d'uriner sur le bord de la rivière. Je crois qu'il ne s'attendait pas à voir arriver un kayakiste. Surtout pas une kayakiste. Il est parti en courant. Il n'a même pas pris le temps de remonter sa fermeture éclair.
 
J'ai pu constater qu'il avait également installé des filets pour attrapper des poissons, ce qui est complètement illégal. Cela explique un peu mieux sa réaction de surprise pour s'être fait prendre les culottes baissées, au sens propre.
 
C'est un peu le sport national ici. Tenter de braconner sans se faire prendre. De toute façons, les Indiens le font bien. Pourquoi auraient-ils le droit et pas nous?
 
Nous sommes débarqués à Kuujjuuaq à 18h. La Cour sera reportée à mercredi.
 
Non seulement on crève, mais il a fait autour de 30 degrés celcius tout l'été!!! Pas de pluie, pas de moustique. Ils sont allés se cacher, il faisait trop chaud.
 
Pendant que nous on avait pas eu d'été dans le Sud, au Nord, ils n'ont jamais autant crevé de chaleur. La coop de Kuujjuuaq a dû commander des centaines d'unités d'air climatisé. La ville a offert gracieusement des kayaks et des canots à ses habitants, pour qu'ils puissent aller se rafraîchir dans la rivière.
 
Pas étonnant que deux couples d'Amos se soient faits attaquer par un ours polaire alors qu'ils faisaient du canot-camping dans le Nord de l'Ontario! Les pauvres, ils sont complètement déboussolés. Je suis à la veille d'avoir des caribous sur mon terrain...
 
Blague à part, c'est complètement hallucinant de rencontrer un ours polaire dans le Nord de l'Ontario! Tu dors bien tranquillement, tu entends un grognement, tu prends ton couteau de chasse, tu ouvres la porte de la tente et surprise : tu vois un ours polaire et lui, il voit son souper!
 
Un des hommes a réussi à piquer l'ours avec son couteau, puis il a réussi à rejoindre les autres qui s'étaient poussé avec les canots, pendant qu'il faisait diversion.
 
Ils en ont été quittes pour une belle frousse! L'homme ne s'en est pas tiré sans blessures.
 
Combien de jours ont-ils dû pagayer par la suite sans tente et sans nourriture pour rejoindre la civilisation? L'histoire ne le dit pas.
 
J'ai retrouvé la même coop qu'à mon premier voyage. Mais cette fois, pas de pâtes aux fruits de mer. Ma glacière est pleine et j'ai bien l'intention de manger tout ce qu'il y a dedans. Nous y avons rencontré des recenseurs de bélugas. Il y en aurait moins dans la Baie d'Ungava que dans le Fleuve. Mais le but c'est de comprendre leur flux migratoire. Je leur ai raconté ma sortie en kayak de mer à Kamouraska où nous avons été entourés de plusieurs bélugas. Ils m'ont confirmé que le béluga est animal très curieux. L'un des chercheurs était originaire de Matane et il avait été à l'école avec mon cousin. Mon Dieu que c'est petit le Québec!
 

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Tu sais que tu vis en Abitibi quand...(les points positifs !)

MissPlateau

- Tu fais de la raquette sur un lac en revenant du boulot et le lac est situé en avant de chez vous...

- Tu es frusté d'avoir plus que cinq minutes de traffic pour te rendre au bureau...

- Ton épicerie est située à côté d'une ferme...

- Le poisson est meilleur dans ton lac qu'à l'épicerie...

- Tu commences à savoir à quel animal appartiennent les traces dans la neige...

- Les gens ne sont pas offusqués parce que tu conduis un SUV...

- Les gens ne te demandent pas des comptes quand tu pars ta voiture trois fois à distance avant d'embarquer dedans...

- Les gens te sourient même s'ils ne te connaissent pas...

- Les gens te tutoient même s'ils ne te connaissent pas...

- Les gens vont travailler en motoneige...

- Les gens s'arrêtent pour t'aider si tu es en panne sur la route...

- Les hommes te trouvent jolie même si tu es habillée en ours polaire...

- Les gens sont toujours disponibles pour répondre à tes questions...

- Tout le monde te connaît au Rona et ils te demandent si tu es contente de tes travaux de peinture de l'été dernier...

- Dès que tu rentres dans un magasin, un vendeur se jette sur toi, mais il n'est pas désagréable...

- Le gars à la SAQ se rappelle la dernière bouteille de vin qu'il t'avait conseillé d'essayer et il te demande si tu l'as aimée...

- Ton facteur te connaît par ton p'tit nom et des fois il vient te porter ton courrier à la porte...

- Quand tu conduis, des fois tu aperçois un lynx, un renard ou un loup...

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Cinquième chronique du grand nord : Tu sais que tu vis en Abitibi quand...

MissPlateau

Quand si tu as oublié de brancher ton auto la veille, elle ne part pas...

Quand tu arrives chez toi après une absence d'une semaine où il y a eu des froids sibériens et que les tuyaux de ta cuisine sont gelés, que ton plombier te dit que ce n'est pas une urgence, puisque tu as encore de l'eau et que tu n'as qu'à mettre de la neige sur le mur qui fait face au Nord, pour l'isoler et de mettre une chaufferette dans ton armoire, pour réchauffer les tuyaux...

Quand tu dois laisser de l'espace devant ta voiture pour sortir en avançant, parce que tu risques de briser le reculons si tu recules à froid...

Quand tu te promènes avec des hot shots et du lubrifiant à serrures dans ta sacoche...

Quand tu possèdes trois parkas différents : Un 400, un 600 et un Hyvent...

Quand tu possèdes des mitaines pour -20 degrés celcius et des mitaines pour -30 degrés celcius...

Quand tu possèdes ta propre souffleuse, qu'elle a des poignées chauffantes et que tu sais comment t'en servir...

Quand tu croises des motoneiges à la station d'essence...

Quand il y six sortes de poutines au menu des restaurants...

Quand tu dois commander à l'avance de l'encre pour ta plume fontaine...

Quand tu captes la télé seulement avec un satellite...

Quand le poisson et la viande est passée date avant d'arriver sur les tablettes...

Quand tu conduis 5 heures pour aller d'une ville à une autre...

Qu'il y a des pancartes t'informant qu'il n'y aura pas d'essence pour les prochains 120 km...

Qu'il y a des panneaux lumineux t'informant si le parc est fermé à la circulation...

Quand tu manques frapper trois orignaux en l'espace de dix mois...

Quand tu as le choix entre aller lire La Presse au restaurant passé 11h ou bien t'abonner à La Presse électronique...

Quand tu te fais draguer par le type qui déneige ton entrée...

Quand tu te fais encore dévisager au resto et à l'épicerie dix mois après ton arrivée...

Quand d'aller à la SAQ est la grosse sortie de la semaine...

Quand tu fantasmes sur ton voyage en Floride à la fin du mois de février...


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Quatrième chronique du Grand Nord

MissPlateau

Lundi Waskaganish
 
Petite communauté Crie de la Baie-James. Quelques 300 habitants. Nous demeurons dans un lodge tout en bois avec une immense cheminée de pierres qui monte au plafond, lequel fait environ 30 pieds et dont la salle à manger dont la face donne sur la rivière est toute vitrée. C'est magnifique!
 
Il y a des dream catchers accrochés un peu partout, des photos d'amérindiens à la chasse, à la pêche, des tableaux représentant des animaux, etc.
 
Nous débarquons avec nos valises. Nous commençons à monter la salle de cour. Je vais chercher les clefs de ma chambre. Chambre 129. OUPS! Il y a des gens dans ma chambre...
 
Nous sommes désolés, la chambre n'est pas encore disponible, voici une autre clef. Chambre 107. Deuxième essai. Wow! Ma chambre donne sur la rivière. Une superbe rivière, très large, avec plein d'arbres. Je sens que je vais aimer Waskaganish.
 
Je retrouve mes fameux amérindiens, très grands, aux longs cheveux noirs, à la peau bazanée. Très grands et plusieurs, très gros, obèses même! Pas étonnant quand on lit le menu du resto...Poutine classique, poutine italienne, hamburger, hot dog, pizza, lasagne, frites, club sandwich, grilled cheese, coke, pepsi, seven-up, café et that's it my friend! Make your choice!
 
Personne ne me dit bonjour comme chez les Inuits, mais personne ne me dévisage, comme à Amos...
 
Je me fonds assez bien avec la masse. Je passe franchement inaperçue...Je suis peut-être un peu maigrichonne par contre...
 
Ce matin nous avons pris un Embraer. Nous avons croisé nos collègues en partance pour Puvurnituq à l'aéroport de Val-d'Or. Là il fallait attendre que le voyage de Puvurnituq embarque ses valises en premier, si on ne veut pas que nos baggages se ramassent là-bas. Ce serait complètement le bordel si les Procureurs de Puvurnituq se ramassaient avec les dossiers de la Baie James là-bas et vice-versa.
 
Nous on avait 14 valises de dossiers. Il faut bien les identifier. On met un petit ruban orange pour les valises de la Baie James. Puvi mettent une autre couleur. On doit mettre tous les dossiers d'un même village ensemble et les mettre en ordre alphabétique, pour suivre l'appel du rôle à la cour.
 
Il s'agit de grosses valises noires rigides. Elles se ressemblent toutes, c'est pourquoi il est important de les identifier.
 
Dans l'Embraer, il n'y a pas de toilette. Il y a seulement une dizaine de places. On prend deux Embraer différents. C'est à seulement 1h30 de distance. C'est comme pour aller à Montréal.

Mardi Waskaganish
 
Jour deux à Waskaganish. J'ai un peu l'impression d'être en vacances.
 
Comme j'ai encore mes pâtes aux fruits de mer de Kujjuuaq sur le coeur, je me suis emmenée des noix et des fruits pour la semaine. Je n'ai pas de frigo, ni accès à une cuisine, je n'ai donc pas emmené ma glacière.
 
Je me laisse tenter par une salade. La soupe aux légumes aussi est bonne.
 
Mes collègues décident d'y aller pour de la poutine...Poutine italienne. Pour les novices comme moi, ce sont des patates frites avec du fromage en grains et de la sauce à spaghetti par-dessus. En fait de dégueulasserie gastronomique, c'est assez fort!
 
Puis il y a un collègue qui se prend la totale, la poutine classique jumbo triple sauce!!!
 
Cela m'a fait le même effet que quand j'avais vu une famille d'obèses manger au resto en Arizona, cela m'a coupé l'appétit NET!
 
Pas été capable de finir ma salade...
 
Bof! S'il me prend une fringale cette nuit, j'ai des fruits et des noix dans ma chambre.
 
Mercredi Wemindji
 
Je ne me suis pas réveillée cette nuit. J'ai dormi comme une reine.
 
Nous arrivons à l'aéroport de Waskaganish. Le plafond est bas ce matin, 200 pieds, nous ne pourrons pas décoller avant que le ciel s'éclaircisse.
 
Ce matin, nous prenons un King Air. A peine six place. Un petit avion tout mignon, qui est pas mal moins bruyant que l'Embraer.
 
Nous attendons à l'aéroport. Les pilotes viennent nous consulter une heure plus tard. Ils viennent d'avoir la météo de Wemindji. Le plafond est rendu à 400 pieds. Nous pouvons décoller maintenant, par le temps que nous arrivions à Wemindji, le ciel devrait s'éclaircir et le plafond s'élever aux 600 pieds nécessaires pour l'atterissage.
 
Comme le temps est plus couvert sur la côte que dans les terres intérieures, le plan B serait d'atterrir à Moosonee, à la Baie James côté ontarien, qui est déjà dégagé ou bien d'atterrir à La Grande, comme plan C.
 
Wow! Est-ce que je vais pouvoir voir LG1?
 
Non. C'est à 40 km de voiture de La Grande.
 
Merde.
 
Et puis il faut des autorisations spéciales pour aller à LG1. Seuls les résidents de Radisson peuvent y aller sans permis. Merci Christian Latreille et tes reportages à la con sur la sécurité à LG1!
 
Bon, j'imagine que c'est mieux ainsi, avec les terroristes, on ne sait jamais...
 
Les pilotes nous expliquent que les deux avions vont se suivre à 7 minutes d'intervalle et que le premier agira en éclaireur, avec la technique du "diveshooting"...
 
C'est quoi ça le diveshooting?
 
Cela c'est quand le plafond est de moins de 600 pieds et que le pilote n'arrive pas à localiser la piste d'atterrissage. Il descend et lorsqu'il est sur le point d'atterrir et qu'en sortant des nuages, il constate que la piste d'atterrissage n'est pas là ou que pire, il est en train de foncer sur des arbres...il lève le nez d'un coup vers le haut...
 
!!!
 
Ben dis donc,  une chance que je n'ai pas peur en avion...
 
Et puis j'ai toujours aimé les montagnes russes...J'imagine que ça doit être à peu près le même feeling...
 
On entre dans l'avion. Est-il nécessaire de dire qu'il n'y a pas d'agent de bord? Le pilote et le co-pilote sont assis juste en avant de moi. Il n'y a même pas de séparation. Je les vois consulter tous leurs cadrans. Ils font leur plan de vol. Je peux les toucher du bout des doigts, sans me lever de ma chaise.
 
Le pilote nous dit qu'il y a des croissants sous tel siège, des jus dans la glacière sous tel siège et du café dans le thermos sous tel siège. Help yourself!
 
Mais dépêchez-vous de faire cela avant le décollage, parce que vous devrez restez attachés pendant tout le trajet, il va y avoir de la turbulence.
 
Un collègue, qui est assis à l'arrière, décide de s'improviser agent de bord. On se passe les jus et la boîte de croissants, de mains en mains. Pour le café, on va attendre le décollage, personne n'a envie de se faire ébouillanter.
 
J'ai oublié de dire que nous avions chargé l'avion auparavant. Nous avons fait la chaîne. Nous étions seulement des femmes, les hommes avaient tous pris l'autre camion. L'organisateur a dit que l'avion n'avait jamais été chargé aussi vite!
 
La plupart du temps, le co-pilote est une femme et une Crie de surcroît. Il y en a une qui est apparemment très belle et qui a une très longue chevelure noire, qui débarque de l'avion en secouant sa tignasse épaisse et en enlevant ses lunettes à la Top Gun, qui fait beaucoup tourner les têtes à Dorval...ou à Pierre-Elliott Trudeau...
 
En parlant de cette gang-là...Dans les avions de Air Creebec, on ne se gêne pas pour dire que Robert Bourassa et René Lévesque ont tout fait pour mettre des bâtons dans les roues des Cris quand ils ont voulu mettre sur pied leur compagnie d'aviation.
 
René Lévesque aurait dit au Grand Chef Cri : "Everybody knows that Indians cannot fly"...
 
Et Robert Bourassa aurait quitté SON cabinet sans donner d'explications quand les Cris lui auraient soumis leur idée de mettre sur pied une compagnie d'aviation. Les Cris, pour qui cette réunion était prévue depuis longtemps avec le Premier Ministre et malgré le manque évident de respect à leur égard, ont quand même tenu LEUR réunion dans LE cabinet du PREMIER MINISTRE, sans lui...
 
Et René Lévesque ne voulait rien savoir d'Air Creebec parce que les Cris voulaient fonder leur compagnie avec les Cris de l'Ontario parce que leur territoire couvre autant la Baie James ontarienne que québécoise.
 
C'est donc dans le Nord de l'Ontario que se situe le siège social d'Air Creebec. Air Creebec et Air Canada sont les deux compagnies principales qui desservent les vols commerciaux de l'Abitibi vers Montréal...
 
Le Grand Chef Cri se rappelle cette réunion qui a eu lieu il y a 25 ans avec ou plutôt sans Robert Bourassa et il se plaît à dire qu'aujourd'hui, Air Creebec est plus en santé que jamais, alors que Québecair n'existe plus depuis longtemps...
 
Tandis que les relations entre le gouvernement de Stephen Harper et les Amérindiens se portent plutôt bien! Ils ont d'ailleurs fait des excuses publiques aux Amérindiens qui ont été maltraités dans les pensionnats il y a quelques années, pas plus tard que mercredi de cette semaine...
 
Donc, je reviens à l'aéroport de Waskaganish. Nous attendons impatiemment qui sera tiré à courte paille pour être dans le premier avion qui fera possiblement un shootdiving...Mais je ne suis pas du lot...Zut!
 
Et puis re-zut, nous atterrissons sans problème à Wemindji. Le plafond est rendu à 600 pieds.
 
Sauf que nous arrivons tellement tard que nous n'avons pas le temps de faire grand chose.
 
Nous redécollons aussitôt pour Chisasibi, où nous passerons les deux derniers jours.
 
Cette fois nous restons dans des chambres d'hôtel, dans un centre d'achat et la Cour aussi est dans le centre d'achat. Mais c'est une vraie salle de Cour et nous avons des vrais bureaux.
 
Il y a 2500 habitants à Chisasibi et je crois qu'ils étaient tous à l'appel du rôle jeudi matin...It was insane!
 
Dans mon bureau, il y avait une mappe du Canada avec tous les tracés des traités entre la Couronne et les Aborigènes et les années correspondantes où les Blancs ont réussi à leur arracher plus de territoire.
 
Les Cris sont très riches. Ils reçoivent des redevances du Gouvernement parce que les Barrages et les Centrales hydro-électriques sont sur leurs territoires.
 
C'est la seule nation amérindienne qui ne se fait pas fourrer par le Gouvernement.
 
Le Chef de police de Chisasibi m'a dit que tout le monde lui demandait si j'étais amérindienne...
 
That made my day!
 
Et pis chu r'partie sur Québecair, Transworld, Eastworld, pis Pan American...
 
Pis ché pu...ché pu pantoute...où chu rendu...
 
Je p-r-é-f-è-r-e mon AirCreebec
 
Fin

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Troisième chronique du grand nord

MissPlateau

Dans les villages du grand nord tout le monde ou presque se promène en véhicule tout terrain et personne ne porte de casque.

Il y a des mamans qui se promènent avec quatre petits accrochés à elle. Personne ne porte de casque.

Dans les voitures, personne ne porte la ceinture. J'avoue qu'on ressent une sorte de folle liberté quand on arrive là-bas. Mais pas longtemps. On se rend vite compte qu'on est une étrangère, que c'est une petite place, que tout le monde se connaît et que tout le monde parle dans le dos de tout le monde.

On a franchement une drôle d'impression quand on survole le Grand Nord. On a l'impression d'être au bout du monde. Un monde très hostile où les eaux sont encore gelées au mois de juin...

Jeudi Kangisujuak

Franchement le plus beau village. Le paradis des grimpeurs. Des montagnes de roches à perte de vue et l'eau. A l'aéroport de Kangisujuak, il y a une photo d'un cratère situé à 88 km de distance du village. C'est l'endroit où le météorite le plus gros est tombé au Québec. Avis aux maniaques de mots croisés...

Cela a fait un gros lac parfaitement rond et très creux. J'ai même visité un musée dans le village, en face de la cour, où ils expliquent l'origine de ce cratère. Ils expliquent aussi le mode de vie des Inuits. Apparemment, ils seraient les descendants des Thuléens. Cela va mieux m'orienter dans mes recherches.

Ils s'arrangeaient mieux sans nous, bien franchement. Les hommes allaient chasser, les femmes gardaient le feu allumé dans l'igloo, faisaient à manger et s'occupaient des enfants. Ils n'ont pas gagné grand chose à emprunter notre mode de vie.

A Kangisujuak, j'ai acheté une autre sculpture, en pierre de savon cette fois. Sedna, la déesse des mers. Je n'ai pas pu m'en empêcher. En plus, c'est le fils du sculpteur qui me l'a vendue. En fait, toutes celles que j'aimais, c'est lui qui les avait sculptées.

A un moment donné je mangeais une pomme dehors, sur le balcon et un petit garçon de 9 ans est venu me voir. Il m'a demandé mon nom. Je lui ai fait répété sa question trois fois, il parlait à peine l'anglais. Il s'est presque fâché.

Il m'a également dit son nom, mais j'ai rien compris. Je lui ai demandé son âge, c'est là que j'ai su.

Il a mis son index et son majeur en forme de peace et il a mis son pouce entre les deux. Il m'a montré, ça, c'est moi, au grand amusement de tous les hommes qui étaient avec nous sur le balcon. Il me signifiait ainsi qu'il était un homme.

En fait, j'étais la seule femme sur le balcon.

Puis il a collé le pouce, l'index et le majeur ensemble, pour faire un vagin et il m'a montré, ça, c'est toi et ils ont tous éclaté de rire.

Et j'ai dit oui en lui souriant d'un air tranquille, en continuant de manger ma pomme.

Et il a continué à le faire et à rire de plus en plus fort. Et les autres types aussi. Et ils se parlaient entre eux en inuktittut.

Finalement, un adulte a pris le petit dans ses bras et l'a probablement félicité en inuttitut.

Je suis restée sur le balcon et je leur ai tous souri, un après l'autre, jusqu'à ce qu'ils quittent, un après l'autre. Après ils ont eu la chance de me voir en pleine action, avec traduction simultanée en inuktittut.

Mais la plupart ont été très gentils. Ils sont d'ailleurs beaucoup plus gentils que les Cris.

Le soir nous avons visité un champ d'Inookshook, juste avant de prendre l'avion et nous sommes retournés à Kuujjuuaq.

Quand je suis embarquée dans ma bagnole à Val-d'Or, je me suis sentie tellement bien! Des vrais arbres, des vraies routes, du monde normal. Home sweet home. Pour la première fois, je me suis vraiment sentie chez moi en Abitibi. Je ne crois pas être encore mûre pour Kuujjuuaq. Je ne sais pas si je le serai jamais.

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Deuxième chronique du Grand nord

MissPlateau

Lundi Arrivée à Kuujjuuaq

Il fait plus chaud qu'à Amos. On crève. 2500 habitants. Kuujjuuaq est le plus gros village qu'il m'a été donné de voir, mais il ressemble à tous les autres.

Le matin nous sommes embarqués tout le monde ensemble dans l'avion.

Val-D'Or-Kuujjuuaq : 3 hres d'avion.

Nous volons trop haut pour voir les animaux. Dommage, j'aurais bien aimé voir un ours polaire. Il y a encore de la neige en tout cas. Pas à Kuujuuaq même, mais autour.

On débarque à la Coop laisser nos choses. On me donne la clef de ma chambre. C'est une chambre d'hôtel comme toutes les autres, sauf qu'on a une cuisine communautaire pour faire nos repas. J'ai rempli ma glacière de bouffe.

Il y a un petit frigo dans ma chambre. J'y place ma bouffe. Je suis affamée. Je pars avec le juge manger au resto. Chose inimaginable dans le Sud! Il me rassure que la nourriture est très bonne au Kuujjuuaq Inn. Au menu du jour, des pâtes aux fruits de mer. Miam, des fruits de mer frais de la place, je vais me régaler.

Le juge commande une poutine et un cheeseburger, ouach!

Quand je vais chercher mon assiette, ça n'a pas l'air très ragoûtant! Je goûte, c'est quand même bon. C'est comme une gibelote de pâtes dans une sauce blanche avec des morceaux de fruits de mer non-identifiables. J'ai pas envie de le manger, mais je n'ose pas faire ma difficile devant Monsieur le juge, que je rencontre pour la première fois.

On finit de manger et on marche dehors. Les écriteaux sont bilingues : français et inuktittut.

De retour au travail, je suis assise à côté de mon collègue de travail et je bois beaucoup d'eau, mon repas m'est resté sur l'estomac. Je commence à avoir un de ces mal de tête.

Mon collègue me tape sur les nerfs, c'est pas croyable. La pièce commence à bouger. Merde! Je fais une indigestion. A la pause, je fous le camp. J'avertis le gentil organisateur (qui n'est pas si gentil que ça) et je vais me coucher à la coop. Je laisse la fenêtre ouverte, il doit faire 30 degrés celcius dans ma chambre.

Dehors il y a plein d'enfants qui jouent dans les balançoires, juste derrière ma chambre. Il est 14 hres. Je ferme les rideaux et je me couche. Je suis tellement mal, j'ai de la difficulté à dormir.

A un moment donné, je me réveille en sursaut. Qu'est-ce qui se passe bordel, un bruit épouvantable me réveille. Un avion vient de passer au-dessus de la coop. On aurait dit qu'il y avait un ouragan dans ma chambre!!!

Je regarde dehors. Les enfants ne jouent plus, il y a une tempête de sable, on ne voit rien!!! Je ne suis pourtant pas dans le désert du Sahara!!! Je ferme ma fenêtre.

Je me recouche. Vers 20h, ça cogne à ma porte. C'est mon collègue qui cogne à la porte. Il prend de mes nouvelles. Je lui explique pour mon repas du midi. Il me dit que lui-même a été malade deux fois à cet endroit et qu'il n'y a pas de fruits de mer à Kuujjuuaq! Il y a seulement des crevettes et des moules, l'été.

Bordel!

Il me ramène des tylenols, de l'eau Perrier et du Pepto-Bismol. Je me sens déjà mieux.

Mais j'ai mal filé toute la semaine. J'ai presque rien mangé. Vendredi au retour, ma glacière était presque pleine.

J'ai essayé de régler mon cadran. Je ne comprenais rien à son fonctionnement. J'ai essayé d'ouvrir la télé. Il y avait tellement de manettes, je n'ai jamais été capable.

A minuit, le cadran sonne. Je me réveille en sursaut. Non, mais c'est quoi ce bordel? J'arrive pas à trouver le bouton pour l'arrêter. Finalement, il s'arrête et moi, je suis bien réveillée. Je vais lire un peu, pour essayer de me rendormir.

A 3 hres, je suis toujours éveillée. J'ouvre les rideaux, il fait clair dehors. C'est hallucinant!

Si je veux dormir, il va falloir que je ferme la fenêtre parce qu'il y a tellement de bruit à cause des motos et des véhicules tout terrain, c'est insupportable. C'est pire qu'en Italie!

Mardi Kangiqsualujuak

On se retrouve tous à l'aéroport à nouveau. On met nous-mêmes nos baggages dans la soute et on décolle. Il ne fait plus très chaud. C'est incroyable comment la température change vite ici.

Je ne suis pas tellement dans mon assiette. J'ai continué à prendre des tylenols toute la journée.

On fait juste vingt minutes de vol pour se rendre au village, une chance.

Je retrouve les mêmes maisons de bois de toutes les couleurs. Il y a plein d'enfants dans les rues. Le Nunavik a le plus haut taux de natalité au Québec. C'est en venant ici qu'on se rend compte à quel point notre population a vieilli.

J'aimerais aller me promener pour prendre des photos, mais je n'ai pas tellement le temps, je dois aller travailler.

Sur l'heure du lunch je suis allée voir les sculptures inuits, à la coop. J'ai acheté une sculpture faite dans les bois d'un caribou : un pêcheur inook. Elle est très belle.

Sur le chemin du retour, je suis passée à côté d'une maison où il y avait plein de chiens. En général, il n'y a que des chiens-loups. Des chiens qui restent dehors et qui l'hiver, tirent des traîneaux.

Ils sont tous venus vers moi, l'air agressif puis je me suis arrêtée et je me suis demandée pendant quelques secondes, si je devais m'accroupir et leur laisser sentir ma main. Mais mon instinct me disait de ne pas le faire et j'ai poursuivi mon chemin. Ils ne m'ont pas suivie.

J'ai su après qu'ils sont intimidés quand on est debout et moi, je suis une géante à côté des Inuits. Apparemment, si on a le malheur de s'accroupir, ou pire encore, de se coucher, ils attaquent! Ils deviennent littéralement des loups!

Nous avons repris l'avion et nous sommes repartis à Kuujjuuaq.

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Première chronique du Grand Nord : la rencontre avec Amos et ses environs, mai 2008.

MissPlateau

Départ pour Chibougamau lundi matin de l'aéroport de Val-d'Or en Abitibi. Val-d'Or est à une heure plus au Sud d'Amos. Le paysage entre Amos et Val-d'Or est très pittoresque. Un vrai paysage de campagne québécois, avec des terres agricoles, avec les innombrables lacs en plus. Des beaux chevaux la crinière au vent et des vaches qui broutent paisiblement. On est loin des usines de boeufs, de poulets et des méga-porcheries où les animaux sont entassés dans des cages et ne voient jamais la lumière du jour...

Samedi soir j'ai dîné chez une collègue de travail qui vit à Amos avec son américain de chum qui enseigne l'anglais à Amos. Elle vient du Saguenay. Elle et moi on a beaucoup d'atomes crochus. La première fois que je l'ai vue, elle m'a tellement fait penser à une copine de Montréal, c'en était dérangeant. Et puis, plus je la connais, plus la ressemblance est hallucinante. Des personnalités très semblables.

Toujours est-il que chez elle, j'ai rencontré un apiculteur de la région. Il m'a expliqué pourquoi les abeilles meurent au Québec et partout ailleurs, mais pas en Abitibi. Avis à tous ceux qui ont vu l'émission de Daniel Pinard sur le sujet, mon apiculteur m'explique que les abeilles butinent à un km de leur ruche et qu'elles ont besoin de butiner plusieurs fleurs ou trèfles différents pour assurer l'équilibre de leur système immunitaire. Or, les monocultures, très à la mode, font en sorte qu'elles doivent faire plusieurs kilomètres pour trouver autre chose que du canola, par exemple et qu'elles meurent malheureusement d'épuisement avant de retourner à leur ruche. Donc, en Abitibi, comme il n'y a pas de monoculture, les abeilles sont donc en pleine santé mais ici on n'a pas de miel de trèfle ou du miel de bleuets, on a du miel, point!

Avis à tous ceux qui voudraient encourager Daniel l'apiculteur, son miel s'appelle le miel de la Grande Ourse (si jamais il se rend dans la Métropole).

Donc, pour revenir à lundi matin, quand on arrive à Val-d'Or, nous entrons dans l'avion nolisé spécialement pour nous. Un petit Embraer 10 places avec des hélices qui font un bruit d'enfer pendant tout le vol. Plutôt sympathique toutefois. C'est le pilote qui joue également le rôle d'hôtesse de l'air...Il nous montre les sorties de secours, l'extincteur de feu et nous offre une petite collation pas très ragoûtante!

Décollage. Y a rien à faire, j'aime tellement ça prendre l'avion. Ca beau brasser de tous bords tous côtés, prendre des poches d'air, je suis comme un enfant, je suis toute excitée!!! Et j'ai jamais peur, en fait, j'ai toujours espéré mourir dans un accident d'avion. J'ai toujours cette image romantique de tomber dans le vide et de voir ma vie en accéléré, juste avant de rendre l'âme...Si jamais ça arrive (parce qu'il y a des bonnes chances...) sachez que j'ai vécu les 5 minutes les plus trillantes de ma vie! Et vous pourrez mettre dans la chronique nécrologique, "elle est morte comme elle a toujours vécu, en accéléré!"...

J'ai donc eu la chance de voir mon nouveau coin de pays du haut des airs. Y en a tu des lacs et des arbres!!! A perte de vue! A ce temps-ci de l'année, passé Amos, les lacs sont toujours gelés. J'ai pu voir la belle rivière Harricana serpenter vers le Nord, passant à travers les lacs. Maudit que j'ai hâte de la pratiquer.

J'ai magasiné pour mon kayak. Je vais l'acheter à Amos finalement. Je veux encourager l'économie locale, plutôt qu'encourager Mountain Equipment Coop. Je vais donc acheter un kayak de 13 pieds, la grandeur idéale pour l'Harricana. En composite. Pas de fibre de verre, à cause des roches. Mon kayak est fabriqué à Saint-Augustin-de-Desmaures. On encourage l'économie québécoise!

Comme l'Harricana se jette dans la Baie James, il y a des gens qui font le voyage intégral de Val-d'Or jusqu'à la Baie James, tous les étés. J'aimerais bien me joindre à eux, cet été ou l'année prochaine. En fait, j'ai un petit projet qui commence à mijoter dans ma tête...

Arrivée à l'aéroport de Chibougamau 45 minutes plus tard. Il fait plus chaud à Chibougamau! Mais ça n'a pas duré longtemps. Il s'est mis à neiger et on a eu de la neige toute la semaine. Yé! Engagez-vous qu'ils disaient!

Là on s'en va à notre hôtel à Chibougamau. On a juste le temps de mettre les valises dans nos chambres et se changer. On a une heure et demi de route à faire pour se rendre à Waswanipi. Réserve amérindienne crie. Arrivée à Waswanipi. Il neige à plein ciel.

On se doute qu'il n'y aura pas grand monde en ville, parce que c'est le Goose Break! C'est quoi le Goose Break? Et bien c'est quand les amérindiens vont chasser les oies qui reviennent du Sud. Elles remontent tranquillement vers le Nord. Elles seraient apparemment rendues à Senneterre, mais moi j'en ai encore vu aucune. Donc les Cris quittent tous le village et s'en vont dans leur camp de chasse, dans le bois, en famille. Plus personne ne travaille, ni ne va à l'école. Il y a bien des trousses d'apprentissage dans le bois pour le Goose Break, mais on doute fort que les parents l'appliquent. Et puis, de toute façon, passé 14 ans, il n'y a plus grand monde à l'école.

Franchement j'ai trouvé que c'était un beau village, avec des petits maisons en bois ou en sofites, de toutes les couleurs. Les Cris sont grands et gras. Mais rien à voir avec l'obésité morbide. Ils ont des crinières hallucinantes. Des beaux cheveux noirs jais, raides. Aucuns d'entre eux ne souffrent de calvitie! Une peau foncée. Des lèvres pulpeuses, pas de nez aquillin, des yeux noirs magnifiques où la pupille se perd dans le reste de l'iris...

Ils m'ont beaucoup fait penser à mon cousin Samson...qui porte bien son nom, à cause de sa crinière dont il n'a pas perdu un poil même la cinquantaine bien entamée...J'avais entendu dire que son père, avait du sang amérindien très proche. Je n'ai pas de misère à le croire maintenant...Mêmes traits, même crinière, même couleur de peau, même caractère...

Nous avons passé deux jours à Waswanipi. Mercredi, nous sommes allés à Oujé-Bougoumou.

Quel beau village! Nommé le plus beau village amérindien par l'ONU circa 1993. C'est un architecte qui a conçu le village, ce qui lui donne une belle uniformité. Tous les bâtiments sont en bois. C'est magnifique! Et, contrairement à Waswanipi, il n'y a pas de graffitis dans les fenêtres!

On est reparti à Chibougamau. J'ai bu une bière en arrivant au resto. J'en avais vraiment besoin! Il va falloir que je fasse attention de ne pas devenir alcolo moi aussi...

Deux dernières journées, destination Mistissini.

Wow! Les maisons sont super belles. Méchantes cabanes! Comparé à Mistissini, Amos a l'air d'une ville pauvre! C'est le Laval-sur-le-Lac des réserves amérindiennes. Les Cris sont bourrés de fric parce que nous leur payons des redevances pour l'utilisation de leurs terres pour l'hydro-électricité. Mistissini est très propre!

Mais là, franchement, le village est presque désert. Ils sont tous partis au Goose Break!

Mistissini est sur le bord du Lac Mistassini, le plus gros lac du Québec. Plus gros que le Lac St-Jean. Comment ça se fait que j'ai jamais entendu ça?

Les Cris sont tous des Ottereyes, Neeposh, Trapper, Longchap, Rabbitskin, Coon, Shecapio, Gunner, Icebound, Happyjack, Saganash, Wapachee, Coonishish et Blacksmith. Bonjour la consanguinité!

Les Shecapio sont reconnus pour être beaux et les Blacksmith sont tous des petits criss...Imaginez le mélange Shecapio-Blacksmith?!

En plus, les Blacksmith ont souvent les yeux bleus...

Miss Plateau

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