Carnet de Bord : C’était le...

LeMarquis

Carnet de Bord :

C'était le début d'une magnifique soirée d'été. J'étais assis tranquillement sur ma terrasse à ne rien faire si ce n'est que de contempler l'horizon se confondre avec l'océan . Me complaisant égoïstement dans ma solitude, je m'offrais en spectacle ce superbe coucher de soleil qui inondait artistiquement le ciel de ses couleurs primaires et écarlates.
J'écoutais le silence, regardais au loin, et c'est les yeux perdus, hypnotisés par tant de beauté, que je repris mes esprits et ouvris le Carnet de Bord de famille. C'est ainsi que l'avait appelé mon arrière grand-père, Thomas Reilly.
Thomas avait quitté son Irlande et sa ville de Tralee à l'age de 15 ans pour embarquer à bord d'un navire marchand en partance pour le Canada. À l'époque les échanges trans-atlantique n'en étaient qu'à leurs débuts et l'essentielle des cargaisons etaient humaines, déversant généreusement leurs flots d'immigrants partis pour le Nouveau Monde. Comme des milliers avant lui, il débarqua à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Le jour même il se fit immatriculer par les autorités, et comme pour dire adieu il jeta un dernier coup d'œil à l'Atlantique et prit la route de l'Ouest pour gagner le Pacifique.

Après deux mois de voyage et d'errance, c'est en solitaire et un sac de toile pour seul compagnon qui s'installa en 1870 sur l'île de Bowen, à quelques encablures de Vancouver. Son éloignement relatif de la cote en faisait un parfait refuge pour le jeune timide qu'il etait et ce rocher, posé entre ciel et mer, ressemblait un peu son Irlande natale. Tout y était beau et vert, un lac de turquoise s'y perdait en son centre, niché au milieu d'une chaîne de collines, les plages étaient recouvertes de galets et de sable gris, et l'écume y etait aussi blanche qu'au pays. Il s'y sentit bien tout de suite.

Ils étaient une centaine à s'y être installés, formant ainsi une petite communauté vivant de la pêche ou la boiserie et de leur commerce avec la ville. Thomas, apprit le métier sur le tas, et il ne lui aura fallu qu'une seule saison pour devenir un marin émérite. Il avait apprivoisé les courants et les vents dominants. Son bateau avait fière allure et ses pêches, pensa-t-il, tenaient du miracle . Le large détroit que forme l'Ile de Bowen avec le continent est le passage obligé pour des milliers de poissons. Les morues et autres harengs y côtoient les saumons qui machinalement remontent les courants de ce fjord pour aller tous les ans, à l'automne, retrouver les rivières oû ils avaient vu le jour. C'est heureux et avec les filets pleins qu'il regagnait toujours sa cabane.
Au fil des années, il était devenu un homme prospère vivant de sa pêche et de son commerce avec le continent. Il vivait paisiblement sur son île comme le Lord Anglais qu'il ne serait jamais devenu et rien ne semblait manquer à sa quiétude. C'était sans compter le regard de Ruth Finney, qu'il croisa quelques années après sur les quais de Snug Cove, devenu le port et le centre administratif de l'île. Le premier dispensaire de Bowen avait ouvert depuis un mois et Ruth avait quitté le continent pour y travailler comme aide-soignante. Elle était jeune et belle et comme lui venait de nulle part. Il se mariérent quelques temps après pour donner naissance à un fils, Ryan, mon grand-pere.

Ryan grandit entre l'ile et la cote aux gres des vagues et des marées. Accompagnant son père à chaque traversées il apprivoisa tres vite la mer et se découvrit une vocation qui devait le conduire des années plus tard à l'école des Arts et Techniques de Vancouver pour y devenir officier mécanicien. Il en ressortit avec les honneurs et ses gallons et c'est sans peine qu'il fut engagé par la Steamship Company, une des premières compagnies maritime de la région Mon grand-père quitta alors Bowen et c'est à bord du North Star, bateau-cargo qui reliait Vancouver au nord du pays, qu'il servit pendant plus de 20 ans. Au tournant de ce siècle, la ruée du Klondike et les immenses richesses minérales de la province avaient fait pousser tout au long de la cote des dizaines de bourgades. Elles servaient de comptoirs et de postes de ravitaillements pour les navires marchants croisant au large. La cote Ouest etait pour lui le plus bel endroit au monde. Qu'il soit en fond de cale a huiler la mécanique ou sur le pont à regarder l'horizon, Ryan, profondément croyant, pensait que seul Dieu avait pu façonner de ses mains un tel paysage.
Les Rocheuses dominaient de leur immensité l'océan pour s'y jetaient avec grâce et venaient narguaient du haut de leurs falaises les centaines d'îlots qui s'ètendaient à perte de vue. Ces archipels, caprices géologiques de cette nature généreuse, offraient ainsi un refuge aux quelques navires remontant le fjord et il n'était pas rare que certains d'entre eux y jettent l'ancre pour profiter de leurs baies à l'abris des vents et des tempêtes. Par beau temps, le bleu du ciel
venait se confondre avec l'océan qui reflétait les cimes verdoyantes des montagnes surplombant
des golfes ou régnaient le calme et l'harmonie. Le spectacle était superbe et Ryan en était convaincu : Dieu seul avait pu concevoir un décor d'une telle complexité et d'une telle beauté.

Naviguant des jours entier sans quitter le navire, Ryan ne rencontrait pas grand monde. Sa vie était faite de solitude entrecoupée de haltes qu'il occupait par quelques promenades sur les quais des entrepots. Un jour, le North Star de retour des côtes yukonaises, fit une halte à Prince Rupert, petit port paisible perdu au nord de la province. Ryan, lasse de longues semaines de travail, se retrouva au comptoir du King's Arms, la seule et unique auberge du coin. Molly, la serveuse, le devisagea avec toute la passion du monde et il ne suffit que d'une nuit pour que mon grand-père veuille l'aimer et la revoir. Ils ne se marierent jamais mais de cette nuit d'amour naquit mon pere. C'était en 1929, et la crise économique qui ravageait les Etats-Unis allait pourtant etre salutaire pour la Steamship Company. Le New Deal et ses grands travaux avaient un grand besoin de matiéres premieres et les richesses naturelles dont la Colombie Britannique regorgeait representaient une mâne inesperée pour la province. Le North Star fut alors affecté sur la ligne
Stewart-Portland, et ainsi au hasard des haltes Ryan pu fréquemment voir son fils et la femme qu'il aimait.

Le Pacifique porte bien mal son nom et c'est à l'aube de la seconde guerre mondiale que le North Star fut emporté par la tempête et sombra au large de Seattle. On ne retrouva jamais l'épave et c'est au milieu de rares photos et de quelques récits que Terry grandit et se forgea le souvenir de ce pere abscent. Mon père n'ayant rien connu d'autre que Prince Rupert voulut très tot s'engager dans la Marine. Il voulait voir du pays et savait qu'il était destiné, à vivre au gres des vagues. C'est avec toute la tristesse d'une mère aimant son fils que Molly le laissa donc partir pour Victoria, capitale de la province et port d'attache de la flotte du Pacifique.

Après six mois de formation intensive Terry fut affecté au HMCS (Her Majesty's Canadian Ship)
Shawinigan en qualité de Matelot-Chef et quelques temps après son affectation son bateau fut envoyé au large de la péninsule Coréenne. La guerre y faisait rage et le Canada s'était engagé à aider les Nations Unis en mettant à sa disposition quelques-uns de ses navires. Terry passa ainsi un an à sillonner la Mer de Chine aux sons d'Elvis Presley sans qu'il ne regrette Prince Rupert et ses fjords perdus et oubliés de Dieu.

Lors d'une de ses permissions, il fit la connaissance de Hea. Hea, jeune et belle coréenne, travaillait comme traductrice au centre de commandement du détachement Américain. Terry l'avait croisée dans un bar et en tomba amoureux au premier regard. Il l'épousa sur place et bien que ses parents soient contre cette union, elle quitta sa Corée pour partir avec mon père s'installer définitivement à Victoria où je vis le jour quelques années plus tard.
Ses années au service de la Marine lui firent connaître toutes les mers du globe mais dès que son bateau rentrait de mission c'est avec joie qu'il retrouvait son Pacifique. Nous partions souvent avec lui des journées entières sur le voilier qu'il avait acheté d'occasion pour aller naviguer au large. Nous aimions cet océan et nous étions heureux.
Après presque 30 ans de bons et loyaux services il quitta la Marine avec le grade de Lieutenant de Vaisseaux, ce qui devait lui assurer une retraire confortable. Mes parents achetèrent alors un pavillon à Deep Cove en banlieue de Vancouver pour y écouler leurs vieux jours. Mon père passa ainsi le reste de sa vie à pêcher et sillonner les iles de la côte comme son grand-père l'avait fait avant lui.

J'aimais l'océan et l'humilité qu'il enseigne, et mon enfance maritime devait à jamais marquer ma vie. C'est par passion que je m'inscris à UBC (University of British Columbia) pour y étudier la biologie marine. Je m'étais spécialisé dans l'étude comportementale des mammifères marins et une fois mon diplôme en poche, je pris la route pour Telegraph Cove afin de travailler sur un rapport que le ministère fédéral de l'environnement voulait que je conduise. Finalement j'y suis resté.
Telegraph Cove est un hameau d'une centaine d'ames perdu à l'extrême nord de l'île de Vancouver. Ce minuscule point sur la carte tire son nom de son histoire récente. Au début du siècle on y avait achevé la première ligne de télégraphe reliant Victoria au reste de l'île, réduisant du coup l'isolement des insulaires avec le reste du monde. C'est là qu'au printemps les baleines bleues et les orques élisent domicile pour se reproduire. Sans que l'on sache encore exactement leur nombre, ils viennent des quatre coins du Pacifique pour donner naissance à leurs prochains dans les eaux froides et profondes de cet océan, a quelques miles de la cote.
Bien que mon sonar soit un des meilleurs, il n'est pas facile de les approcher et les voir n'est qu'une question de patience que je contiens en contemplant ce monde qui m'appartient.
Mais quelle récompense quand je vois au loin les premières queues jaillir de l'eau. Le spectacle est magnifique, surprenant de beauté. À chaque fois qu'ils font surface ces mammifères viennent par leur grâce et leur aisance narguer la gravité. Leur corps jaillissent alors de l'eau en une verticale presque parfaite et c'est en l'air, que ces les baleines et ces orques se vrillent sur eux mémes et retombent sur le dos dans une gigantesque gerbe d'écume. Tout n'est que communion et volupté. La nature y est superbe et se conjugue de milles et une beautés....

J'ai appris à aimer cet endroit, ce bout du monde et jamais je ne le quitterais. J'y suis bien et je sais qu'il n'y a pas de meilleur endroit pour clore ce Carnet de Bord. Le soleil s'était couché pour laisser place aux étoiles et en refermant ce journal je repensais à ce poeme qu'avait écrit un certain Baudelaire:
“Homme Libre Toujours tu Cheriras La Mer”

Lire les commentaires

The Vancouver chronicles Il est...

LeMarquis

The Vancouver chronicles

Il est 6 heures du matin, et comme tous les matins de semaine, le réveil vient enlever Ryan de son sommeil profond. Comme à son habitude, après avoir bâclé sa douche et éclusé rapidement son café, il prend son barda et part en grandes foulées pour le boulot. Ryan, célibataire, la trentaine, est ouvrier en bâtiment. Il quitta son Manitoba il y a quelques années pour venir grossir les rangs de ses travailleurs attirés par le boom immobilier que connaît Vancouver depuis une décennie. Comme chaque jour il empreinte la ligne Millenium du métro pour gagner les chantiers du centre-ville, y travailler pendant ses 8 heures syndicales, terminer sa journée, passer se boire quelques pintes au comptoir comme substitue de vie sociale, pour enfin rentrer et s'écraser de fatigue pour tout recommencer le lendemain. D'ici quelques temps et il le sait il repartira les poches pleines d'argent. Il ouvrira son ´´dinner´´ pour vivre auprès des siens et passer à autre chose. La vie ne peut se resumer qu'a un tas de briques.

Ce matin-là, le wagon dans lequel il prend place est quasiment vide, et il s'assoit nonchalamment en face de Narahari qui ne lui prête aucune attention. Narahari Mohindar, la vingtaine, jeune Canadien d'origine Indienne, est plongé dans son journal. Son uniforme de gardien de sécurité bien trop grand pour lui attire facilement le regard moqueur de son voisin d'en face, de ce Ryan ayant lui fière allure le casque vissé sur le crâne. S'il savait à quel point Narahari peut s'en foutre. Il sait lui que d'ici quelques années il sera devenu quelqu'un, il sait que ses parents seront fiers de lui pour être devenu expert comptable travaillant " à la ville " et que lui aura réussi sa vie. En attendant ses cours du soir lui coûtent cher, et c'est pour cela qu'il "joue" tous les jours sans enthousiasme au gardien d'immeuble. Ses parents ont débarqué de Delhi voilà une trentaine d'années, sans pour autant l'avoir quitté complètement. Vivant ainsi à Vancouver sans jamais se confondre avec la foule, ils ont rejoint un cousin ou un oncle plus audacieux partit égoïstement quelques années plus tôt en quête d'une vie meilleure. La famille et ses traditions, Narahari les subit un peu, mais il sait que bientôt, après ses brillantes études, tout ira pour le mieux.
Il aura réussi, lui le Canadien, son assimilation dans son propre pays. A l'annonce de sa station, il descend du métro, laissant Ryan à ses regards et se dirige comme à son habitude vers son coffee shop ou l'attend son "latte" matinal.

Salvador Núnez, entouré de photos de famille et de cartes postales, se tient fièrement derrière son grand comptoir bleu "Ikea". Comme tous les matins il salue Narahari d'un large sourire, en lui versant allégrement son café quotidien. Salvador, propriétaire des lieux, est le dernier fils d'une famille de petits commerçants de Mexico. Faute d'avoir atterri aux Etats-Unis comme l'avaient fait ses deux frères quelques temps auparavant, il choisit le Canada comme destination finale, et s'y installa il y a cinq ans. A en croire le sourire qu'il arbore en permanence, on pourrait dire que Salvador est heureux. Son coffee shop est rentable, Vancouver lui plait et sa petite famille prospère. La centaine de visages qu'il croise, et les innombrables cafés qu'il sert par jour lui racontent tous une histoire différente qu'il aime inventer. Mais la sienne est ici et bien réelle. Sans pour autant se sentir véritablement Canadien, il ressent ce que ressentent la plupart des nouveaux arrivants : Un sentiment d'appartenance, et cela lui suffit pour sourire. La journée pourrait se terminer comme elle a commencé, mais il est encore tôt. Salvador veut rentrer chez lui et doit encore faire quelques emplettes pour que Carmen, sa femme, prépare le repas du soir....Que du frais, une saine habitude qu'il garde de son Mexique. Il quitte alors tranquillement son coffee shop et se dirige vers un des marches asiatiques à proximité du centre. Arpentant lentement un des rayons, il croise le visage de Kate, un de plus, et détournant le regard furtivement il s'élance les paniers pleins vers les caisses, impatient de retrouver sa famille.

Kate, aurait presque l'air d'un ange avec ses mèches blondes couvrant La moitie de son visage, ses courbes gracieuses et son demi sourire. Mais Kate n'est pas heureuse, ou du moins elle fait semblant de l'être.
Fraîchement arrivée d'Ottawa son diplôme de droit dans ses valises, elle est en train de passer le concours du barreau de Vancouver. Sa spécialité: Les litiges financiers. Elle ne connaît personne ou si peu, travaille 10 heures par jour pour réviser la nuit, se bourre de calmants et mange bio pour se donner bonne conscience. Elle a quitte Ottawa, la provinciale, et sa famille en espérant trouver à Vancouver l'ambition que la ville lui inspirait. Elle est tombée de haut, et elle s'invente alors une vie qui se conjugue au subjonctif. Elle est névrosée Kate. Les nuits interminables passées dans des bars aseptisés où Ryan ne mettra d'ailleurs jamais les pieds, et les inconnus qu'elle y rencontre ne lui suffisent plus a remplir le vide de sa vie. Alors après avoir machinalement pris un paquet de Tofu et du lait de soja au rayon "frais", elle se dirige à son tour vers les caisses, en se jurant de repartir a Ottawa tres bientôt. Mais aujourd'hui c'est le début du week-end, et ce soir les bars risquent d'être bondés.

À l'annonce du prix, sans même relever la tête, elle tend la monnaie à la jeune Huyen. Huyen est issue d'une famille vietnamienne arrivée depuis une quinzaine d'années au Canada au hasard d'une demande d'asile.
Comme des milliers avant eux, elle et ses parents originaires d'Hanoi Sont arrivés à Vancouver sans rien, ne comptant que sur eux-mêmes et les maigres aides fédérales. Et pourtant....A force de travail, de petits boulots et d'épargnes chèrement gagnées, ses parents ont pu s'installer au rythme des années dans cette ville qui est désormais la leurs, mais qui leurs restera toujours aussi étrangère. Depuis longtemps, sa naïveté, son sourire oriental et sa voix de soie lui ont fait croire qu'elle deviendrait chanteuse. Elle l'est devenue.
Mais faute de ne pouvoir chanter sur MTV, elle chante tous les week-ends dans un bar Karaoké au coin de Granville et de la 72nd Avenue. Kate sera sa dernière cliente, la journée prend fin, et elle est déjà en retard.
Elle referme consciencieusement sa caisse, passe par la salle du personnel pour vite ressortir du marché et s'engouffrer dans un des nombreux taxis gares la. Yuri, réveillé par le claquement de la porte, se revele de sa torpeur pour dévisager dans le rétroviseur sa jeune passagère. D'un regard, il en tomberait presque amoureux. Au son de sa voix, Yuri esquisse un sourire, trop rare dans ses journées mornes à sillonner la ville. Le trajet sera long mais la compagnie de Huyen n'est pas désagréable, et le temps d'une course il se surprend à rêver.

Yuri, la quarantaine, est originaire de Novossibirsk en Russie. Il débarqua avec tous les espoirs du monde à Vancouver il y a une dizaine d'années. Au pays, il était ingenieur-informaticien, travaillant pour la centrale électrique de la ville. Son travail lui plaisait, sa situation était enviable, mais sa vie souffrait de son passé soviétique. Le Canada s'est alors offert a lui. Depuis, et après avoir essayé maintes fois de faire valoir son expérience, il est condamné à jouer les chauffeurs pour la faune urbaine et prendre son taxi comme deuxième domicile. Certains diront que c'est à cause de son anglais approximatif, d'autres que c'est un manque de détermination. Mais la réalité est tout autre. Pourtant il l'aime son taxi. C'est la deuxième voiture qu'il possède dans sa vie et à chaque kilomètre qu'il parcoure, il se dit avec la plus grande philosophie du monde que finalement la vie est ainsi faite. Mais à l'instar de la vie de Kate, la sienne se conjugue à l'imparfait, et entre vodka et mélancolie, la "Mère Russie" lui manque beaucoup. En jettant rapidement un œil sur le compteur, il se dit que oui, il va y repartir un jour, le temps d'un congé, pour mieux revenir et ne plus se poser de questions.
La nuit commence à tomber, le taxi arrive doucement à l'angle de la 72nd Avenue et s'arrête pour y déposer sa passagère. Yuri prend les billets froissés que Huyen lui tend, rend la monnaie, et sans répondre au sourire qu'elle lui lance gentiment, la quitte anonyme pour une autre course en la laissant partir pour son "récital".

Vancouver, c'est cela. Des milliers de vies venues de nulle part et surtout pas d'ici. Ces milliers de regards se croisent tous les jours sans que jamais ils leurs viennent à l'esprit qu'ils ont tous fait le même trajet pour les mêmes raisons. Le Canada, l'envie d'une autre vie, l'envie de celle des autres peut-être, ou tout simplement l'envie de s'épanouir.
Bien que similaires, chacun a ses raisons pour y venir, et parfois aussi ses raisons pour la quitter. Mais quoique ces tranches de vie vous inspirent, il n'est pas de parcours écrits, et chacun peut ici se réaliser à la mesure
de ses envies....Peut-Être....

Lire les commentaires

VANCOUVER, Now and Then… Me...

LeMarquis

VANCOUVER, Now and Then....

Me voila face à une page blanche sans bien savoir pour l'instant quoi vous raconter. Il paraît que si l'on commence à écrire spontanément sans réfléchir et sans savoir où mettre la virgule ou le point, on arrive vite à composer, et finalement à gribouiller quelques phrases qui ont du sens. Cela s'appelle l'écriture associative et ce que je suis en train de faire à l'instant même.

Vancouver, oui Vancouver...
Par une calme matinée de juin, le Capitaine George Vancouver, à bord du Discovery, escorte par deux vaisseaux de la Marine Royale, est en poste sur l'avant pont de son navire. Parti une année plus tôt des cotes Californiennes afin de reprendre à l'Espagne la Côte Pacifique et affirmer la présence Britannique dans la région, Vancouver se retrouva ainsi seul au monde, contemplatif, à quelques encablures de ce port naturel qui allait devenir la métropole que l'on connait aujourd'hui. C'était en 1793, le Canada n'avait toujours pas été fondé, et nous parlions encore de la Nouvelle France. Et depuis me direz-vous??

Depuis la ville et sa région n'ont cessé de semétamorphoser aux gres des années et des flux d'immigration. Ici les quais de Gastown qui fut l'embryon de Vancouver, se sont élargis pour y accueillir de magnifiques bateaux de croisières emportant a leurs bords le flot de touristes venant des Amériques ou d'Asie. La les scieries et sombres
entrepôts de stockage du début du siècle ont laissé place à de nombreuses terrasses et buildings de verre contemplant de majestueuses chaînes de montagnes. De ces mêmes rochers et de Grouse Mountain dominant la baie, autrefois refuge des ours, descendent maintenant durant l'hiver de nombreux skieurs et autres surfeurs des neiges avides de poudreuse et de sensation. La péninsule jadis anonyme ouvrant Vancouver sur le Pacifique répond maintenant au nom de Stanley Park, et nous sommes des milliers par semaine a y trouver dans son immensité le calme et l'évasion, ou les cyclistes y cohabitent avec les patineurs.

Les montagnes qui couvrent l'autre rive de cette embouchure n'étant pas reliée à Vancouver, semblaient jusqu'en 1937 presque inaccessibles aux promeneurs. Cette année-là fut construit le majestueux Lions Gate Bridge enjambant, comme suspendu, l'estuaire ou s'engouffre aujourd'hui des centaines de bateaux. Depuis, et après une cinquantaine d'années de développement immobilier, l'autre rive se décline en North et West Vancouver et leurs superbes villas surplombant fièrement le Pacifique, n'ont rien à envier à leurs cousines Californiennes, sûrement un peu jalouses d'ailleurs. Les échoppes et le chemin de fer traversant Robson Street a la fin du XIX siècle, n'existent plus et ont laissé place à d'innombrables boutiques de luxe, de bistrots en tout genre, et de galeries d'art qui font désormais la joie des autochtones et des visiteurs de passage se balladant sur cette avenue tres animée dû centre. Grâce aux efforts de La Canadian Pacific Railways ce qui s'appelait tout bonnement la Vallée au début du siècle, des noms comme Burnaby, Richmond, Surrey ou Abbotsford se sont ajoutes à la liste des municipalités de cette conurbation connue aujourd'hui sous le nom simpliste mais évocateur de Lower Mainland, résidence de plus de 2 millions d'habitants.

Commercial Drive a l'est de la ville, qui fut le quartier italo-grecque il y a encore une cinquantaine d'années, est maintenant une des avenues les plus alternatives de l'Ouest Nord Américain. Les barbiers et les échoppes du vieux continent posant encore fièrement sur des photos en noir et blanc vestiges d'un temps révolu, ont passé la main à des galeries d'artistes new age en quête de spiritualité, à des boutiques Afro-Américaines, à des restaurants fusion ou ethniques cohabitant avec d'innombrables épiceries Bio, de boulangeries Européennes et de nombreux bars
et coffee shops qui accueillent leurs flots de Vancouverites éclusant leur pinte ou espresso en Terrasse. Les plages d'English Bay accueillant le Pacifique au centre même de la ville, autrefois privilège d'une certaine bourgeoisie Victorienne, est de nos jours fréquentée par la faune urbaine scrutant avec envie les voiliers croisant au large ou venue profiter, dès les beaux jours, des couchers de soleil déchirant le ciel d'un rouge écarlate sur fond de roche et de turquoise.

L'Hotel Vancouver, magnifique édifice neo-classique construit par la Canadian Pacific en 1916, qui s'imposait jadis au centre ville par sa hauteur, n'est plus que ce
superbe établissement de luxe classe monument historique, les nombreux autres bâtiments de verre et d'acier le dominant a son tour par leur taille et leur beauté architecturale; Le quartier de Kitsilano, à l'extrême ouest de la ville, nomme ainsi en l'honneur de Khahtsalano, un des chefs de la tribue des Squamish, etait a la fin du XIX siècle une paisible bourgade d'une centaine de pêcheurs et d'artisans.
C'est aujourd'hui un des coins résidentiels les plus prises pour ses magnifiques villas blanches au bord de l'eau, ces appartements désirables, pour sa tranquillité, ses plages intimistes et pour les brises maritimes qui viennent donner à l'air une douceur iodée qui fait bon à respirer ; Granville Street en plein cœur de Downtown, était dans les années 1920 le quartier des arts et du divertissement, avec comme
point de chute, le fameux Orpheum Theatre et son style Art-Deco. C'est à cette époque où Vancouver fut, et cela bien avant San Francisco, la capitale du divertissement à l'ouest des rocheuses. Après sa réhabilitation dans les années ‘80, le quartier est redevenu aujourd'hui le rendez-vous des noctambules, de l'ivresse, des concerts improvisés, des représentations théâtrales, de la débauche estivale,
des cinémas et des lounges bondés par une foule sillonnant le flot incessant de voitures, elles mêmes sillonnant Granville By Night.

False Creek à l'embouchure de la ville fut, après la première guerre mondiale, le carrefour du sciage du bois d'oeuvre, de la manufacture et du transport maritime du sud de de la province. La, sur ce pan de terre qui allait devenir Granville Island, les petites et moyennes industries embauchaient des centaines d'ouvriers jusqu'à la grande dépression et les délocalisations. False Creek fut alors abandonné pour être dans les années ‘70 transforme et devenir cette île au beau milieu de la métropole. Ce superbe amalgame de vieux bâtiments de tôle, d'anciennes usines poussiéreuses et rouillées ressuscitées et transformées en marché public regorgeant de produits venus du monde entier, en école d'art, en magasins, restaurants, théâtres, galeries, et hôtels de luxe, est impressionnant à voir. Tous les jours de la semaine des milliers de personnes viennent profiter de ce que Granville Island a de mieux, de ses spectacles de rue, de son ambiance estivale et du cadre unique qu'elle offre à ses visiteurs.

De ce village a l'embouchure du Pacifique à la ville que l'on connaît aujourd'hui, Les transformations ont été nombreuses, le visage de Vancouver a dû prendre
quelques rides vite effacées par le développement industriel et commercial, les artères et avenues se sont multipliées avec la population, et la région s'est urbanisée de façon exponentielle. Entre mer et montagne, Vancouver la magnifique, fut et restera en constante évolution pour y accueillir ses nouveaux arrivants et ses touristes. Elle se transforme ainsi au gres de ses envies, de ses ambitions, pour nous laisser admirer sa beauté et son dynamisme, et même si l'on peut s'y sentir parfois anonyme, il y est fait bon vivre, pourvu que l'on prenne la peine de bien la
connaître et de profiter de ce qu'elle nous offre.

Lire les commentaires

3 billets au total - 3 billets - de 1 à 3 affichés (0 page)




Copyright © 1999-2014 Immigrer.com Inc. Tous droits réservés. Conception Solutions Netaccès