Comment devenir prof en Ontario ?

Guille

Comment devenir prof en Ontario ?

Après la naissance de mon premier enfant, la question d'une possible reconversion professionnelle s'est faite encore plus pressante. Tout d'abord parce que le domaine financier dans lequel j'évoluais ne me passionnait pas des masses, ensuite parce qu'avec trois semaines de vacances annuelles, j'avais le sentiment que j'allais manquer plein de moments importants dans la vie de mon petit bonhomme.
Comme j'ai toujours aimé travailler avec les enfants et que les quelques journées de suppléance faites dans des écoles élémentaires m'ont permis de voir ce que pourrait être ma carrière en enseignement, j'ai décidé de franchir le pas.
Alors concrètement, comment fait-on ?

Pour commencer, il faut savoir qu'en Ontario, il y a quatre systèmes scolaires différents (tous « public » c'est à dire gratuits) : le catholique anglophone, le public anglophone, le catholique francophone et le public francophone. Même si les programmes scolaires sont mis en place par la province, chaque conseil ou commission scolaire gère de façon assez indépendante ses écoles et son personnel. Les écoles anglophones proposent des programmes d'immersion française, mais ce n'est en rien comparable avec une école francophone où absolument tout se passe en français, des annonces du matin aux bulletins de notes en passant par les spectacles scolaires.

Comme je souhaitais enseigner en école francophone, j'ai choisi de faire mon Bed (Baccalauréat en éducation) en français auprès de l'université d'Ottawa au campus de Toronto. J'ai aussi pris l'option de le faire à temps plein, donc en huit mois, plutôt qu'à temps partiel. La formation est assez facile pour moi qui ait étudié auparavant en France ! Les profs sont accessibles, nous disent exactement ce qu'ils attendent de nous et les bonnes notes pleuvent (oui j'avoue, les premiers temps, j'ai un peu pris la grosse tête). Il y a deux stages en salle de classe qui permettent de mettre en pratique notre apprentissage et de voir concrètement si on est fait pour la profession.
Pour s'inscrire au baccalauréat, il suffit d'en avoir déjà un (donc trois ou quatre années d'études universitaires préalables) et de réussir à passer la sélection d'entrée, qui n'est pas trop dure pour le cursus en français.

Une chose est indispensable à toute personne qui souhaite enseigner dans une école ontarienne : être membre de l'Ordre des enseignantes et enseignants de l'Ontario. Pour cela deux possibilités, la plus facile étant de faire un baccalauréat en éducation auprès d'une université canadienne ou de faire reconnaître son statut d'enseignant de l'étranger (et là... bon courage).
Toute l'information concernant le membre est publique. Quiconque peut voir la liste de ses diplômes et pour quel(s) cycle(s) le membre est qualifié. Le cycle primaire correspond à la maternelle jusqu'en 3e année. Le cycle moyen, de la 4e à la 6e année. Le cycle intermédiaire de la 7e à la 10e année et le cycle supérieur comprend la 11e et la 12e année. Pour les cycles intermédiaire et supérieur, il faut une spécialité en relation avec les études universitaires faites avant le Bed, comme par exemple, mathématiques, français, histoires ou sciences.
Bon, allez... je balance un peu. L'Ordre est très compétent pour toute personne qui a fait ses études uniquement au Canada et beaucoup moins pour ceux qui ont étudié à l'étranger. Une chance que je le savais car j'ai envoyé tout mon dossier en novembre pour recevoir mon agrément... en juin ! Car l'Ordre doit recevoir tous les relevés de notes envoyés directement par l'université où vous avez étudié et là, ami français, tu sais que ce n'est pas gagné d'avance vu que les universités de l'Hexagone ne font pas de duplicata.
Une fois que vous avez réussi à compléter votre dossier, il faut être patient, très patient. J'ai dû refaire deux fois une lettre pour leur dire de ne pas inscrire mon troisième cycle sur ma carte de compétence (car trop compliqué et franchement inutile) et quand je pensais que tout était enfin en règle j'ai reçu un appel :
Madame Antoine ?
Elle même.
Oui c'est l'Ordre, il manque un élément à votre dossier.
Ah bon ?
Oui nous avons votre diplôme de maîtrise, mais pas celui de licence.
C'est normal je n'ai pas de licence.
C'est impossible.
J'ai fait une MSG (maîtrise de sciences de gestion) ça se fait en deux ans après un premier diplôme de deux ans de type Deug ou DUT. Il n'y a pas de licence.
C'est impossible
Si c'est possible, la preuve, c'est ce que j'ai fait.
Il nous faut votre licence
JE N'EN AI PAS (et là forcément je commence sérieusement à perdre patience)


Résultat des courses, j'ai dû leur fournir un pamphlet de dix pages tamponnées par mon université française expliquant ce qu'était une MSG et qu'effectivement il n'y avait pas de licence.
Ceci étant dit, je m'estime très chanceuse car j'ai une collègue à qui ils ont demandé ses diplômes du Liban alors qu'elle n'y a jamais mis les pieds.

Alors est-ce qu'un baccalauréat en éducation et une carte de l'Ordre garantissent un poste en enseignement ?
La réponse est non.
Chaque conseil scolaire fait passer des entrevues et des tests et est libre de choisir ses enseignants comme une entreprise est libre de choisir ses employés. De plus, une fois qu'un conseil scolaire vous a retenu, il faut attendre plusieurs mois avant de recevoir un appel des ressources humaines qui va vous proposer un poste dans une école qui fait partie de vos choix. Parfois l'appel se fera seulement quelques jours avant la rentrée de septembre, parfois l'appel n'arrivera jamais.
C'est ensuite la direction de l'école qui vous dira ce que vous allez enseigner.

Et un prof, combien ça gagne ?
Je me doute bien que la question du salaire est importante et que vous vous demandez si je vais y répondre.
Promis, si ça vous intéresse je vous raconte tout ça en détail prochainement, je pourrais même vous dire à quoi ressemble une journée type dans la vie d'un prof en Ontario. Quoiqu'il est très rare, quand on travaille avec des enfants ou des jeunes, d'avoir deux journées qui se ressemblent et c'est ce qui fait toute la richesse de cette profession.

Tags : Canada anglophone

Sept ans à Toronto

Guille

Sept ans. Les noces de laine. Ça tombe bien, l'hiver est plutôt rude au Canada. Les voilà déjà passées les fameuses sept années de bonheur. Et après ? Et avant ?

13 octobre 2004. Je m'envole vers Toronto accompagnée de Sylvain et nos deux chats. Sept années se sont écoulées depuis, mais je me souviens pourtant de cette journée comme si c'était hier. Je me rappelle avoir quitté la maison de mon enfance le coeur un peu serré et la voiture bien pleine, tellement chargée d'ailleurs qu'on avait dû recruter mon frère et son véhicule pour nous amener à l'aéroport. Je me souviens que mon père, sous couvert d'une migraine fulgurante, était resté planqué dans sa chambre.

Ce projet d'immigration, il n'y croyait pas trop, puis je pense aussi que ce départ tirait un trait définitif sur la petite fille que j'étais encore à ses yeux. Il ne me verrait plus les fins de semaine et ne pourrait plus me demander si je pensais à manger, dormir suffisamment et vérifier de ses propres yeux si j'avais l'air en bonne santé.

Quelques mois plus tard, il m'a montré une photo qu'il avait prise en cachette depuis la fenêtre et où l'on me voit dans la voiture avec ma mère. Je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt de ce cliché, un peu flou en plus. Était-ce un dernier souvenir de moi sur le sol français ou une photo à me ressortir en cas d'échec et de retour en France, qu'il pourrait accompagner d'un « tu vois, ça n'a pas servi à grand chose tout ce gros déménagement » ? La photo est rangée dans un tiroir depuis longtemps et le discours paternel a bien changé.

13 octobre toujours, à l'arrivée à Toronto. Je me souviens du sourire du douanier et de son « welcome to Canada », je me souviens du passage à l'immigration et de l'inspection des chats tout comme je me souviens parfaitement du coin du sous-sol aménagé chez notre ami et qui nous servira de point de chute pour les premières semaines.

Puis c'est le temps des premières sorties, des premières démarches administratives : permis de conduire, carte de santé, des premiers voyages dans les transports en commun (il m'a fallu au moins deux semaines pour comprendre leur principe de ticket de transfert), premier appartement loué, premier hiver, premières fêtes loin de la famille, premier printemps tant attendu, premières chaleurs écrasantes de l'été. Tellement de premières fois qui se sont petit à petit transformées en habitude.

Je relis mes premières chroniques et je me rends compte du chemin parcouru. Le travail d'abord. Mon premier emploi était surtout alimentaire et m'a permis de décrocher la fameuse expérience canadienne sans laquelle on ne vaut pas grand chose sur le marché du travail local. Puis je me suis faite recrutée, chose qui m'était totalement inconnue en France malgré mes diplômes, puis j'ai finalement décidé quelques années plus tard de retourner à l'université et je suis devenu enseignante.

Le Canada m'a donné mon premier boulot et une carrière aux antipodes de ce que j'avais fait auparavant. C'est ce que j'aime ici : tout reste encore possible à celui qui veut bien s'en donner la peine.

Sept ans, deux enfants et une maison plus tard, où est celle que j'étais en arrivant ? Est-ce que l'immigration nous change ? Que deviennent nos rêves, nos espoirs, nos frustrations ?
Je ne suis plus tout à fait française, j'ai maintenant deux nationalités. Lors de la cérémonie de la remise de la citoyenneté canadienne, j'ai été émue. Touchée par le discours du juge, fière de faire partie du pays que j'avais choisi. Je sais, ça fait con, mais c'est vraiment ce que j'ai ressenti. Si demain je ne devais garder qu'un passeport, ce serait celui avec la couverture bleue.

Ma qualité de vie n'est rien en comparaison de ce que j'avais en France et chaque retour sur le vieux continent ne fait que renforcer ce sentiment. Mes premiers retours étaient différents dans le sens où c'était encore un peu difficile de me dire et surtout de faire comprendre aux autres que « chez moi c'est au Canada ». Pendant longtemps j'ai eu le droit à la question « bon alors quand est-ce que vous revenez vivre en France ? » et quand je répondais « jamais » je déclenchais quasi systématiquement un haussement de sourcil et une crise de rire. Puis l'entourage a compris que lorsqu'on rentrait en France c'était pour les vacances, pas plus.

Je me souviens qu'en France tout me paraissait trop petit, trop étriqué. Les gens un peu trop les uns sur les autres et prêts à se sauter à la gorge au moindre regard de travers.

Puis cet hiver, c'est presque de la pitié que j'ai eu. J'ai trouvé les gens ternes et résignés, enfermés dans une vie où peu d'espoirs sont permis et où il faudrait vendre un rein à chaque fois qu'on veut aller faire les courses au supermarché du coin. Bon c'est peut-être parce que d'habitude je rentre en été et que là, décembre oblige, il faisait gris et moche tous les jours, mais la bonne humeur et la joie des torontois pendant les fêtes m'a terriblement fait défaut.

Je me souviens que lorsque je suis partie en 2004, tous mes amis m'ont fait la promesse de venir nous rendre visite. Sept ans plus tard, je suis revenue en France plusieurs fois, et ceux qui ont fait le trajet au dessus de l'atlantique pour atterrir à Toronto se comptent sur les doigts... d'une main.
C'est ça aussi l'immigration. Perdre un peu de vue ceux qu'on aime, même ses amis les plus chers. J'ai raté des mariages, des naissances, des ruptures, des discussions enflammées à nos terrasses préférées, des virées shopping, des soirées de nouvel an, des anniversaires. Eux aussi n'ont pas été là pour partager des moments, plus ou moins importants de ma vie. Mais je ne leur en veux pas et j'ai toujours autant de plaisir à les voir quand je rentre. J'ai aussi, je dois l'avouer, toujours l'espoir fou que l'un de mes proches vienne s'installer ici. Parce que, oui, il faut bien le dire, sept ans loin de sa famille et des gens qu'on aime, c'est long. Dans une vie parfaite, je serais ici, mais mes parents ne seraient pas trop loin ainsi que d'autres personnes que j'apprécie énormément et qui me manquent. Pourtant, malgré ce vide, je ne pourrais jamais faire le choix de rentrer. Ma vie n'est pas en France et j'ai eu plus que le temps de m'en rendre compte depuis 2004.

Parce que Toronto, c'est un peu le pays des bisounours comme dirait mon cousin et que je n'ai jamais autant aimé une ville dans laquelle j'ai habité. Les gens, dans leur très grande majorité, sont serviables et souriants. On peut laisser plein de choses sur son porche et ce n'est jamais volé (sauf les vélos, il faut l'avouer), on peut oublier son sac dans des lieux publics et le retrouver ainsi que son contenu (Sylvain a testé un nombre incalculable de fois), on peut sortir en mini-jupe sans se faire siffler, on peut manger des sushis et des empañadas dans la même journée. Ma vie est ici parce que j'ai envie de continuer à utiliser le verbe pouvoir pour au moins les sept prochaines années.

Tags : Canada anglophone

Quoi d’neuf Docteur? Après...

Guille

Quoi d'neuf Docteur?

Après quelques temps passés au Canada, je me suis dit qu'il serait temps d'aller tester le système médical. Non par joie, ni pour avoir de quoi raconter dans une chronique' non non' En fait, c'est à cause de mon dentiste français, qui était pourtant équipé de matériel hitech dernier cri (écran plasma, dossier informatisé') : tout ce qu'il m'avait fait en France avant que je parte s'était débricolé, et j'attendais avec impatience d'avoir de bons « benefits » pour pouvoir y aller.

C'est donc en juin de l'année dernière, après avoir trouvé un nouveau travail, que je me suis intéressée à la question. Après quelques questions à des collègues, j'ai donc pris rendez-vous avec le docteur Tallerico.
Je n'aime pas les médecins en général et les dentistes en particulier. Je n'ai généralement rien contre les personnes mais beaucoup contre ce qu'elles représentent ! Je me souviens avoir eu droit à des corticoïdes pour une angine carabinée car j'avais attendu d'avoir tellement mal à la gorge que même respirer m'était devenu pénible. J'ai eu aussi la mâchoire qui se bloquait en baillant car j'avais trop attendu pour me faire enlever les dents de sagesse.

De plus, il faut savoir que je n'ai pas eu de chance à la grande roulette du patrimoine génétique : j'ai pioché les dents pourries. A la grande joie de mon dentiste et malheureusement au prix de grandes souffrances pour moi.
Me voilà donc chez le docteur Tallerico, jeune femme fort sympathique, en train de remplir un long questionnaire sur mon hygiène bucco-dentaire et mon passé dentaire.

Puis la torture a commencé. Je vous passe les détails. Disons juste que la dentiste a mesuré ma gencive pour me dire ce que je savais déjà : elle est dans un mauvais état. J'ai, au début, eu peur de ne pas avoir compris, vu que tout se passe en anglais, mais non, à la 2ème écoute je comprends que je commence à perdre de l'os puis je me retrouve avec une mâchoire en plastique géante sur les genoux (oui la même que l'on montre ici aux enfants de 3 ans pour leur apprendre à se brosser les dents) et j'ai droit à un cours accélérer sur le bon usage du fil dentaire.

La honte !
L'hygiéniste, beau métier qu'il conviendrait d'importer de toute urgence en France, commence son travail. En gros (là aussi je vous passe les détails) elle gratte la plaque dentaire qui se loge sous la gencive, et quand s'est la première fois que vous avez ce traitement, que vous avez presque 30 ans, que la plaque a eu le temps de bien se calcifier, c'est des cailloux qu'elle retire de sous votre gencive.

J'ai encore plus honte.
Elle me demande avec curiosité comment ça se passe en France. Je lui explique que chez nous on répare mais on ne fait pas de prévention. Elle est effarée et moi je comprends un peu mieux pourquoi je connais plein de gens ici qui n'ont jamais eu de caries et qui ont les dents bien blanches.
Beaucoup de rendez-vous ont suivi celui-là, j'ai réalisé avec bonheur qu'une gencive saine ne saigne pas et n'est pas douloureuse. Mes dents sont plus belles et mes amis français me le font remarquer. J'ai l'impression d'avoir découvert ce qu'étaient les vrais soins dentaires où tout est basé sur l'éducation et la prévention.

La 2ème étape pour moi a été l'optométriste, équivalent à notre ophtalmo en France.
En fait, l'idée d'un rendez-vous s'est imposé à moi, le jour où perdue face au petit panneau à côté du feu rouge, j'ai demandé à mon passager si j'avais le droit de tourner à gauche.
« Comment ça t'arrive pas à lire ? »
« Ben non ils abusent, c'est écrit trop petit ! »
« Tu plaisantes ? Ca dit que tu peux tourner sauf du lundi au vendredi de 8 a.m à 7 p.m »

J'ai eu un peu peur alors je me suis décidé à prendre rendez-vous. Ma collègue me conseille une optométriste francophone. Je prends donc rendez-vous et quelques jours plus tard je suis dans le bureau du Dr Bergeron qui s'exclame en lisant ma fiche :

« Sophie ? Tu parles français alors ?! »
Super, elle a même tout le matériel en français.
Ca se passe exactement comme en France. On lit les lettres au loin, puis de près. Ensuite elle me dit de lui laisser mes lunettes et qu'elle va voir si ma vue à beaucoup changé ou pas (j'ai fait le test sans les lunettes).
Puis elle me rappelle et me dit :
« Tiens c'est drôle, en fait ta vue a vraiment changé : t'es myope ! »
J'étrangle mentalement mon ancienne ophtalmo qui en fait prenait juste la peine de mesurer mon 'il dans sa machine magique car pour elle, j'étais astigmate !
J'ai maintenant des lunettes adaptées et je n'ai plus de problèmes pour lire les panneaux quand je conduis, mes passagers sont rassurés !

La dernière étape pour le moment, a été de trouver un médecin de famille. Ce n'est pas une mince affaire.
Je me lance tout d'abord, pleine d'espoir, sur une recherche via le site des praticiens de l'Ontario, rubrique médecins de famille acceptant de nouveaux patients. Après quelques appels infructueux, dont un s'est avéré en fait être un psychologue et non un généraliste, j'ai abandonné. Le site n'a en fait pas été remis à jour depuis plusieurs années.
En lisant un article, je réalise que les hôpitaux ont des départements de médecine de famille. Il s'agit d'un programme de 2 ans pour les médecins diplômés. Il y a donc régulièrement des médecins libres, le hic, c'est qu'une fois qu'on en a un, on doit en changer tous les 2 ans.
Mais bon, à bout de ressources, je prends rendez-vous au département de médecine de famille de l'Hôpital Mount Sinaï, ils ont de la place pour dans un mois.

Un mois plus tard, donc, j'arrive à l'hôpital. Je vais, comme on me l'avait expliqué au rez-de-chaussée pour pouvoir m'inscrire et obtenir la carte de patient de l'hôpital. Pas de problème.
Je me dirige ensuite au 14ème et là aucun panneau n'indique le département de médecine de famille. Je vais à l'accueil et les infirmières m'ignorent prodigieusement. J'arrive à attraper une fille au détour d'un couloir qui a un badge de l'hôpital autour du cou.

Elle ne sait pas où c'est. Elle demande à une collègue qui lui dit qu'ils ont du déménager au 4ème. Je reprends donc l'ascenseur, légèrement agacée, et ressors au 4ème. Une petite dame est assise à une table minuscule face aux ascenseurs. Je me dirige donc vers elle et lui demande où se trouve le département de médecine de famille.

Elle me montre un plan collé sur son bureau et tend un doigt sur les escalators situés derrière elle. Je suis en train de bouillir.
Je descends donc les escalators, traverse le hall, sors dans la rue, tourne à droite et aperçoit le petit immeuble qui abrite les nouveaux bureaux du département de family medecine.

Je traverse le hall, prend l'ascenseur et arrive dans une gigantesque salle d'attente qui sent encore la peinture. Une grande ligne de petits guichets s'étend sur le mur du fond. Un sentiment de déjà-vu m'envahi. P*** on dirait les bureaux de la Sécu. Ce sentiment s'amplifie lorsque je m'avance vers un guichet et que la fille derrière m'ignore royalement et continue à parler avec sa voisine, je tente ma chance au 2ème guichet où la fille me dit sur un ton méprisant de s'adresser à sa collègue et je suis au bord de lui demander s'ils ont tous été effectuer un stage en France, mais préfère garder un profil bas pour le moment.

Le 3ème guichet est la bonne pioche. La fille est étonnée que personne ne m'ait contactée pour me dire que l'adresse avait changée et me donne une pile de formulaires à remplir. Je me dépêche pensant que le médecin m'attend déjà avec impatience. Mais non !

J'ai le temps de me fossiliser sur ma chaise avant qu'il vienne me chercher. Il s'excuse vaguement avant de me faire entrer dans son bureau.
Un long questionnaire sur mes antécédents suit. J'ai l'impression de passer la visite médicale pour le visa une seconde fois et suis à deux doigts de lui faire la remarque. Pas sûre que ce soit de son goût. J'ai droit ensuite à la prise de tension et test des réflexes puis à un discours remplit de fierté sur le fait que je suis migraineuse. Il a l'impression d'avoir fait la découverte du siècle et j'ai envie de lui arracher les yeux. Autant d'attente pour ça ? Pas de prise de sang histoire de contrôler si tout est ok ? Pas le temps de parler de mes « autres problèmes » ? Il me lance un « vous n'avez qu'à prendre rendez-vous pour dans 3 semaines puis on continuera le bilan » qui m'achève.

Une matinée pour ça ? Est-ce qu'il a bien compris que je travaillais ? Est-ce qu'il a l'impression que je n'ai que ça à faire : Perdre mon temps pour m'entendre dire ce que je sais déjà !
Je suis folle de rage et me promets de ne jamais retourner le voir. Le problème c'est que malgré de nombreux appels, je n'ai toujours pas trouvé de nouveau médecin.

Donc voilà ma petite expérience avec le monde médical canadien. Celle qui a priori attend tout nouvel immigrant. Du bon et du moins bon. Je vous souhaite plus de chance que moi pour trouver un bon médecin de famille.

Tags : Canada anglophone

Mon Amérique à moi Message...

Guille

Mon Amérique à moi

Message de Guille :

Je profite donc de la grève surprise de la TTC (la RATP locale) pour écrire ces quelques lignes. Aujourd'hui, pas de chronique sur Toronto, ni même l'Ontario. Ce sera le Québec et l'histoire d'un nouveau départ. Pas le mien, mais je préfère laisser ma place, pour cette fois-ci à quelqu'un qui a beaucoup de choses à dire.
Je me suis toujours demandé comment faisaient les gens qui avaient déjà « tout » en France pour partir. Quelle dose de réflexion, quelle part d'inconscience est-il nécessaire d'avoir avant de se lancer dans l'aventure avec femme et enfants ?
Le hasard de l'internet a voulu que je rencontre une personne qui non seulement a décidé de partir vivre au Québec avec de jeunes enfants, quitter un poste que beaucoup lui enviaient, mais qui en plus a un don pour l'écriture. Je n'en dis pas plus, les prochaines lignes parlent d'elles-mêmes.

La chronique de Philippe :

Hier, nous avons annoncé à notre fils de 7 ans (et demi) que nous allions partir vivre au Canada. Au vu des gaffes répétées commises par ceux de nos proches déjà au courant de notre projet, il devenait urgent de prendre les devants avant que ses copains ne lui apprennent la nouvelle durant la récréation.

Les réactions des récipiendaires adultes de l'information avaient été globalement prévisibles et positives. Mais comment notre Tom, dodu petit poulet élevé au grand air et sous le soleil du sud, allait-il réagir en cette période troublée pour les volatiles ? Glousser de plaisir ou tomber raide comme une dinde asthmatique ?

Nous penchions pour la première hypothèse, au vu de ses yeux brillants à l'évocation de nos récentes vacances au Québec, de son intérêt grandissant pour le hockey et de son appétit pour le sirop d'érable. Mais d'un autre côté, même s'il a eu la chance de voyager déjà beaucoup pour son jeune âge, il n'a jamais habité à plus de 2 km de la grande bleue et son histoire, à défaut de ses racines, est résolument ensoleillée. Et puis il y a ses copains, dont on peut vraiment dire qu'il les a depuis sa plus tendre enfance.

A la réflexion, nous aurions du filmer en caméra cachée la façon dont l'information échappée de nos lèvres a flotté quelques secondes dans l'air avant de cheminer le long de son conduit auditif pour arriver jusqu'au cerveau. J'ai eu l'impression de suivre visuellement sa progression, comme un radiologue suit le traceur injecté à son patient.
Patients, nous n'avons pas eu à l'être beaucoup, la nouvelle ayant rapidement et frontalement heurté la case « copains ». C'est donc un hululement de désespoir et une crise de larmes qui ont été les premières manifestations de notre petit coq. Ouf, au moins, il est encore vivant !

Nous avions préparé en prévision de cette éventualité une liste d'armes fatales qui peut être résumée en quelques mots clé : zoo de St Félicien, hockey, ours polaire, IMAX. Les effusions lacrymales se sont rapidement taries, la crête s'est redressée et un caquètement de questions s'en est ensuit : quand est-ce qu'on part ? Où va-t-on habiter ? Elle est comment mon école ? Je pourrais jouer au hockey ?

Après l'avoir rassuré sur les points névralgiques susceptibles de réenclencher les grandes eaux (oui, la Playstation marchera là-bas ; oui, les cartes Yu-Gi-Ho existent au Canada..etc), notre volatile s'était transformé en marsupilami hystérique prêt à sauter dans le premier avion.
Certes, nous avons évité de mentionner les détails insignifiants : l'hiver de 6 mois, plus de match de l'OM au Vélodrome, ni de foot en short en février ' Mais nous savons (ou du moins nous espérons) que les petits bonheurs sus-mentionnés aplaniront ces éventuels petits monticules de déception.

Nous avons fait promettre à Tom de garder la nouvelle pour lui pour l'instant. J'avais déjà eu l'occasion de tester sa capacité de confidentialité lors de l'achat non budgété de quelques guitares sur Internet. La mine déconfite de ma femme devant la mienne enfarinée à réception des objets concernés m'avait persuadé du mutisme de notre rejeton.
Peine perdue, les perspectives du départ l'emportent haut la main sur celles des flammes de l'enfer dont nous l'avons menacé s'il en parle à l'école (pour des raisons professionnelles compliquées, mon départ n'a pas été annoncé dans ma société et dans les petites villes du sud, les nouvelles se répandent au gré du mistral). Le lendemain, il nous jure la main sur le c'ur qu'il n'en a pas parlé à sa maîtresse, seulement à tous ses copains' Tant pis pour le secret, nous n'allons pas gâcher sa joie.
Et puis il y a toutes les questions qu'il n'a pas posées, parce qu'il nous aime et que l'innocence de son âge lui permet - pour quelque temps encore - de vouer une confiance aveugle en ses géniteurs. Toutes celles que nous nous sommes posées en tant que parents, femme, homme, sudistes, français, européens.

La première : pourquoi partir ? Pourquoi quitter une petite vie confortable dans une maison sympa à un jet de pierre de la plage, que je quitte le matin (la maison) pour aller prendre un bateau blanc et bleu qui m'emmène sur une petite île où je travaille dans un bureau avec 7 fenêtres avec vue mer ? Le tout dans une entreprise familiale (au vu de la prospérité et de l'influence de ladite famille, il conviendrait de parler de dynastie) qui m'offre les avantages d'un groupe d'envergure mondiale conjuguée à l'atmosphère bon enfant d'une PME. Beaucoup se battraient pour ce poste. Mon poste. C'est moi qui l'ai inauguré et en un sens créé il y a 5 ans. Jamais je n'en retrouverai un semblable.

Alors pourquoi ? Les raisons sont multiples et aucune séparément n'a emporté la décision. Une lente alchimie a finalement abouti à ce jour de janvier dernier où j'ai présenté ma démission à mes patrons éberlués.

Remontons à l'enfance pour la première raison dans l'ordre chronologique. Mon père était affublé d'un métier (militaire) et d'un tempérament tous deux nomades. Ce n'est donc qu'à 17 ans, en Allemagne de surcroît, que j'ai franchi le cap des 3 années successives passées au même endroit. Habitude ou génétique ? J'ai par la suite poursuivi seul une transhumance annuelle qui m'a conduit à vadrouiller en France, Allemagne et au Canada avant de me fixer (avec quelques soubresauts) au soleil du Var.
Cette propension au mouvement, cette envie de changement constitue sans nul doute une des raisons de notre départ. Mais l'aiguillon de la nouveauté est moins virulent sur les peaux qui commencent à tanner.

La lassitude est une explication au moins aussi importante. Lassitude du sud et de ses dérives. Je suis parisien d'origine, mais j'ai le souvenir d'orageuses soirées passées à pourfendre la capitale et à porter haut la bannière de la Côte d'Azur. Les soirs d'OM-PSG sont autant d'Austerlitz et de Waterloo. Et pourtant, petit à petit, le plaisir de redécouvrir Paris est revenu à l'occasion des mes rendez-vous professionnels et l'exaspération vis-à-vis des combines et des petits arrangements sudistes a grandi. Nous en sommes arrivés au point où le soleil et la mer se paient trop cher, au propre (voir l'immobilier et les prix en général qui prennent 15% à l'approche des beaux jours) comme au figuré.

Le souhait de quitter la région est donc apparu. Mais le désenchantement a conquis d'autres terres septentrionales de l'hexagone. Jusqu'au coup de grâce l'an dernier. Nous avions pris depuis 3 ans l'habitude de passer nos vacances en Amérique du Nord par échange de maison, système très développé là-bas et idéal avec des enfants en bas âge. Les regards horrifiés de nos voisins à l'idée que nous abandonnions notre maison à une horde de barbares, qui n'avaient sûrement pris l'avion que pour venir violer notre intimité et torturer notre pacifique chat (voire l'inverse), nous avaient vaguement fait prendre conscience que notre mentalité était décidément plus proche de celles de nos locataires provisoires que de la hautaine défiance des français.
Puis au retour du Québec fin 2005, nous avons découvert un pays malade, où les voitures souffraient de combustion non spontanée. Les discours lénifiants de nos dirigeants sur la grandeur supposée de notre pays, l'aura de nos institutions enviées par toute l'humanité étaient soudainement mis à mal par la dure réalité devant les caméras du monde entier.

Ce fut le pompon qui a fait déborder le vase, comme disait ma grand-mère. Nous allions quitter non seulement la région, mais aussi la France. Choix à la fois instinctif et raisonné. La sclérose de notre pays, sa propension à s'apitoyer sur sa situation à l'aune de sa soi-disante glorieuse histoire, me laissent présager des lendemains qui déchantent pour les futures générations, voire même la prochaine. J'espère me tromper. Mais un pays qui mobilise son énergie à rembourser le fardeau de ses erreurs passées (voir la dette faramineuse qui étranglera nos enfants) au lieu de chercher à affronter les racines du mal me semble bien mal armé pour faire face aux défis du futur. Si nous n'avions en nous depuis longtemps ce projet d'émigration, j'aurais l'impression de quitter le navire avant qu'il ne coule. Mais j'espère au fond de moi que nos dirigeants entendront le signal de ceux qui s'en vont. J'ai été stupéfait du nombre de personnes qui nous ont dit : « vous avez raison de partir ; il n'y a pas d'avenir à rester en France. Nous partirions si nous en avions le courage ».

Enfin, j'ai omis de parler de mes raisons professionnelles, même si elles relèvent de l'anecdote. L'internationalisation de notre recrutement, dont j'espérais qu'il amène un peu de sang et d'idées neuves, s'est malheureusement avérée être à base d'Anglais. J'ai à cette occasion découvert que la traditionnelle fourberie qu'on leur prête n'était pas une légende (j'assume la généralisation) et la vivace inimitié qui oppose nos cultures n'est décidément pas un vain mot.

De là à dire que notre choix de destination s'est porté sur un pays dont les habitants vouent aux Anglais un culte aussi limité que le nôtre serait exagéré. Mais il est clair qu'un environnement de travail où les relations sont plus simples et plus franches, où le respect de la parole est une valeur et où les sourires ne servent pas de masque constitue également un attrait puissant.

La question du départ réglé, restait à trouver la destination. Les contraintes : 2 nains élevés au grand air et aux joues rauses (avé l'assent) en primaire et maternelle, une femme dont la maîtrise de l'anglais est à améliorer et des parents (les nôtres) certes encore en bonne santé, mais plus de première fraîcheur quand même.
A prendre en compte également une envie pressante : après le tumulte du bord de mer, nous voulons de l'espace ! Ras le bol des 1230 habitants au kilomètre carré, voire 10000 en été. Et tant qu'à faire, une nature préservée.

L'idée de rester en Europe ne nous ayant même pas effleurée, la liste se restreint d'elle-même à 3 pays : Canada, Australie et Afrique du Sud. La décantation est tout aussi rapide : l'Australie, c'est trop loin, l'Afrique du Sud stresse ma femme et le Canada nous plaît et présente l'avantage d'une intégration plus douce sur le plan linguistique. Comme disait un philosophe teuton, la liberté est l'absence de choix. Vive le Québec libre !

Chaque cas d'émigration est unique, car chaque émigrant l'est, même si de grandes familles de motivation semblent se dégager. Certains fuient la vie dans leur pays ou leur vie à eux, avec l'espoir que l'herbe soit plus verte ailleurs. D'autres recherchent l'aventure, un nouveau défi, de nouvelles perspectives. D'autres encore sont las de leur vie d'automate de la vieille Europe, pour parler de notre cas. Las de regarder par terre dans le métro pour éviter d'avoir à croiser le regard d'autres êtres humains.

Nous, nous voulons simplement changer de vie. Faire une croix sur nos réflexes matérialistes (un salaire plus gros, une voiture plus grande, une télé plus plate, des seins plus bombés) pour une vie plus vraie et plus humble dans un pays où une nature grandiose nous ramène à notre véritable échelle. Parce que nous voulons non seulement voir grandir nos enfants, mais aussi grandir avec eux. Les aider à trouver leurs valeurs et leur donner envie de léguer à leurs futurs enfants un monde (un peu) préservé. Trouverons-nous là-bas ce que nous espérons ? Je l'ignore, mais au moins, nous aurons essayé. Et rien que l'idée en valait la peine.

Je serais bien tentée de vous dire, la suite au prochaine épisode, mais j'ai déjà le script en main et ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager.

Je vais aujourd'hui arriver au Canada avec mon visa d'immigrant, presque 12 ans jour pour jour après une première tentative, tentée sans grande conviction. Je n'étais alors pas prêt à franchir le cap, mais mon visa allait expirer et je ne voulais pas avoir fait toutes ces procédures pour rien. L'accueil que j'avais reçu à l'époque est sans doute pour quelque chose dans notre décision de partir, cette fois en famille. Il me reste de cette époque le souvenir inoubliable de 6 mois passés à parcourir les Amériques, du Canada à la Colombie.

Cette fois, histoire de corser un peu cette arrivée, je vais la faire par la route et je doute que les douaniers « terrestres » soient habitués à gérer ce genre de dossier. Comme de surcroît, j'arrive en important une voiture fraîchement achetée aux USA sur Ebay et que j'ai récupérée il y a 2 jours, je mets toutes les chances de mon côté pour embarquer dans une galère.
Mais j'ai la foi et plus longtemps à attendre, puisque que je serai à Derby Line, VT dans 3 heures. Puis même en cas de difficulté temporaire, j'aurai bien profité des beautés de la Nouvelle Angleterre et de l'hospitalité de ses habitants. On a trop souvent tendance à réduire l'attrait touristique des Etats-Unis à New York et quelques états côtiers (Californie, Floride). La côte nord-est est cependant parsemée d'endroits paradisiaques, peuplés de gens culturellement plus proches des européens que des texans. Chargée d'histoire aussi : j'ai traversé Long Island et ses vignobles et pris un ferry pour rejoindre le Connecticut. Une heure et demie de traversée sur un bateau qui était une barge de débarquement le 6 juin 1944. La moitié des gars présents alors avait été décimée dans la journée, mais en remontant le bras de mer vers New London, j'étais dans la peau d'un immigrant et je m'attendais presque à débarquer à Ellis Island.

Depuis l'annonce de mon départ au Canada à mon entourage, j'ai pourtant entendu à plusieurs reprises : « ah oui, c'est bien, ils sont gentils les Québécois, c'est pas comme les américains ». L'imaginaire français voit ces derniers tous volontiers ignares, imbus d'eux-mêmes, superficiels, avec une propension à vouloir diriger le monde. Bizarre, j'ai l'impression que cette description pourrait bien s'appliquer à d'autres, non ?

Quelques heures se sont écoulées depuis les lignes précédentes. Je suis maintenant résident canadien ! Toutes les formalités d'usages se sont passées sans encombre côté américain (on ne plaisante pas, mais on bosse) et dans une franche bonne humeur côté canadien. Comme anticipé, les douaniers avaient rarement vu un immigrant français arriver au Canada par Stanstead. Ils ne maîtrisent d'ailleurs pas d'emblée toutes les subtilités douanières de la situation, mais avouent sans ambages leur ignorance, y remédient en consultant Internet et bouclent le dossier en 30 minutes, avant de se taper dans la main (ils sont 2) et d'en faire autant avec moi. J'avoue que j'aurais bien aimé importer aussi 2 douaniers français et les mettre dans la même situation'

Deux façons d'être différentes donc entre les voisins d'Amérique, mais un même état d'esprit de service public au sens noble du terme, tellement galvaudé par bon nombre de nos fonctionnaires tout boursouflés de l'importance présumée de leur fonction. J'en parlais la semaine dernière avec un américain avec qui je passais la douane à CDG, en transit vers les US. Il était effaré par la nonchalance hostile de nos cerbères, à qui les formules de politesse basiques sont visiblement tout aussi étrangères que la pratique de l'anglais, or la douane est pour un voyageur le premier contact avec le pays qu'il visite. Le passage de la nôtre me renvoie comme par hasard à la description faite plus haut.

Mais je vais laisser à Chirac la lourde tâche de défendre la grandeur de la France et de pourfendre ses contempteurs. J'ai tourné la page France, sans regret. Sans difficulté non plus. Je suis parti depuis des mois dans ma tête. Je racontais le mois dernier à ma copine Sophie le bonheur que j'avais éprouvé à rouler au hasard des routes dans la forêt québécoise. C'était début avril, les lacs étaient encore en habit d'hiver. Ce soir, il faisait encore 25° (Celsius !) à 19h. Tout a changé en quelques semaines, mais tout est resté pareil. J'aime le contact avec cette nature comme j'aime le contact avec ces gens, des plaisirs simples que j'avais oubliés ou abandonnés en France.
Et ceci est vrai des deux côtés de la frontière.
Il n'y a guère que l'état de la route et la taille des voitures qui différencient clairement le changement de pays. Je m'interrogeais d'ailleurs en roulant sur la façon dont la frontière avait été fixée entre ces voisins qui ne se sont jamais fait la guerre. Je pense avoir eu la réponse peu avant de la passer : un panneau indique que Derby Line est situé exactement à mi chemin entre le Pôle Nord et l'Equateur. Le sentiment d'équilibre que je ressens dans cette région est peut-être aussi d'origine géographique après tout.

Le sentiment de ne pas être agressé est lui bien réel : en France, je dois justifier mon départ, comme un criminel en fuite. Je quitte mon pays, mon travail, pour partir vers des contrées gelées et désertiques. C'est louche. A l'arrivée au Canada, la seule chose qui ait surpris les douaniers, c'est le nombre de bouteilles de vin qui arriveront avec le déménagement. Ils ne sont pas gargarisés de l'attrait du Canada, n'ont pas tiré à boulets rouges sur mon pays d'origine. Ils m'ont simplement tendu la main, en souriant et en me souhaitant la bienvenue chez eux. Chez moi maintenant.

Je suis très heureux de m'être compliqué la tâche aujourd'hui. Plutôt que de faire la queue à l'usine d'immigration de l'aéroport, j'ai passé du temps avec des artisans de la chose, des vrais gens à qui je me suis promis d'apporter une bouteille de vin à mon prochain passage. Si un jour on m'avait dit que je prendrais plaisir à passer la douane'

Philippe


PS : Accessoirement, ces 2 jours de vacances m'ont fait économiser de l'argent : pas de TPS/TVQ sur la voiture, puisque je suis arrivé avec au Canada ! Et les voitures sont bien moins chères de l'autre côté de la frontière. Ce fut une surprise pour moi, je croyais qu'il fallait être propriétaire depuis plus longtemps que 2 jours. Décidément une belle journée !

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Éloge de l’instabilité Avril ne...

Guille

Éloge de l'instabilité

Avril ne te découvre pas d'un fil, mai, fais ce qu'il te plaît.
J'aime beaucoup les adages, surtout lorsqu'ils ne veulent rien dire. C'est drôle dans une conversation et pratique pour commencer une chronique.

Alors nous y voilà, mai, le mois où l'on n'en fait qu'à sa tête, le mois où tout renaît. Les oiseaux chantent, les feuilles repoussent, les fleurs rivalisent d'exubérance et moi je me sens pousser des ailes. Chaque période est rythmée par des bruits familiers. L'hiver, par les pelles à neige qui raclent le trottoir, les mi-saisons par les battements de pluie sur les toits et l'été par les claquements nonchalants des sandales sur les pavés. Deuxième printemps et je suis toujours autant sous le charme. Au début je me sens frustrée par l'hiver qui s'en va, l'esprit gagné par la morosité ambiante, tout est gris, sale, on ne saurait dire s'il s'agit de mars ou de novembre.
Puis BADABOUM. Un matin on se lève et tout est là. Les bourgeons, le soleil, le chant des oiseaux, le voisin qui refait son jardin, les vélos, les vernis sur les ongles de pied, les odeurs de barbecue, comme si une grande fête s'était préparée en secret et qu'en tirant les rideaux ce matin là, vous ne seriez pas étonnés d'entendre la rue vous crier « surpriiiiise ».
Deuxième printemps donc et le temps du grand nettoyage revient. Sauf que dans mon cas le nettoyage est plutôt intérieur, sorte de petit bilan annuel sur le thème de je, moi et moi-même. Et là me direz-vous, comment va-t-on en arriver à l'inconstance ? Où est le lien avec l'immigration ? Pourquoi diantre nous parle-t-elle de tout ça ?
Réponse dans quelques lignes.

Il y a plusieurs jours déjà, quelqu'un en visite depuis la France m'a posé cette question : « alors vous êtes là pour combien de temps ? ». Mes lèvres se sont entre-ouvertes mais aucun son n'est sorti, si ce n'est un long « euuuh » à peine audible. Bon sang, qu'est ce que je vais bien pouvoir répondre à ça ?
Comme il fallait bien trouver quelque chose à dire, j'ai balancé un vague : « on vient d'arriver, alors forcément on ne va pas penser à repartir de suite ». Mais depuis je n'ai pas arrêté d'y penser.
Maintenant je ne suis persuadée que d'une chose : c'était bien un aller-simple que j'ai acheté en venant ici. Il y avait moi avant et moi maintenant et à moins de remonter le temps il n'y a pas de retour possible.
Pourtant l'immigration ne m'a pas changée réellement. Il n'y a pas de miracle. Je suis toujours bougon le matin, je n'ai pas grandit d'un seul millimètre et j'ai toujours la même horreur des insectes, mais certaines aptitudes se sont amplifiées et chez moi c'est une sorte d'instabilité latente (et fort heureusement contrôlée) qui aurait trouvé un écho.
Voilà, j'ai déjà tout envoyé balancer une fois pour m'installer dans une ville que je ne connaissais pas, dans une langue que je maitrisais pas en totalité, et que j'ai pour cela laissé famille et amis derrière ; et c'était facile ! Bien plus facile que je ne l'aurais jamais imaginé.
Du coup qu'est ce qui va m'empêcher de continuer ? Combien de temps je donne à Toronto, au Canada ? Où je pars, qu'est ce que je veux ?
Quand je dis ça je pense à quelqu'un que je connais, 30 ans au Canada dont 20 à Toronto et voilà qu'elle vient de vendre sa maison et qu'elle part faire le tour du monde ! Après elle pense à l'Italie, peut-être... mais rien n'est sûr. Parles-tu Italien ? Non qu'elle me répond, mais en arrivant ici je ne parlais pas un mot d'anglais alors... Ah oui, bon, c'est vrai que l'italien reste assez proche du français.
Immigre-t-on par choix ou par défaut ? Comment peut-on être sûr d'avoir fait le bon choix surtout si l'on a procédé par élimination ? Qu'est ce qui nous retient une fois arrivé ?
Cette phrase me fait penser à un passage particulier de la carte que notre agent immobilier nous a envoyés « s'enraciner » (en anglais ça sonne mieux). Il aurait pu mettre un point d'interrogation tout de même ! Dans ma tête ce n'est pas clair car pour cela il faudrait toucher du doigt un sujet beaucoup plus compliqué et j'ai peur que ma main entière passe dans l'hélice. Où sont nos racines ?
Globalement je suis mieux ici qu'à Paris, c'est indéniable. Seulement qui me dit qu'il n'y a pas un autre endroit qui serait encore mieux pour moi. Jusqu'où peut-on rebondir ?
Ma collègue péruvienne me disait l'autre jour qu'au Costa Rica il était possible d'acheter sa propre plage. D'ailleurs si son copain lui propose de partir là-bas elle ne dirait pas non. Ce n'est pas la première qui me le dit, pas pour le Costa Rica mais pour le ‘après-Toronto ‘. Elle aussi m'a posé la fameuse question qui ne semble perturber personne d'autre que moi « tu sais combien de temps tu vas rester ici? Tu pars où après? ».

La grande différence, c'est qu'ici je ne subis plus le présent. Mon quotidien n'est plus une routine lancinante et pesante mais quelque chose d'agréable fait de découvertes et je n'ai plus besoin de me tourner vers le futur à m'en tordre le cou. Voilà, je suis une immigrante heureuse qui ne regrette pas d'avoir choisi Toronto.
Je ne réponds pas au après même si j'y pense. Quand on s'est frotté aux risques qu'un nouveau départ implique et qu'on a en a aimé le gout, peut-on réellement se dire qu'on ne va pas retenter l'aventure un jour ?

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La promenade du rêveur solitaire...

Guille

La promenade du rêveur solitaire à Toronto.


Souffrant dernièrement d'un manque d'inspiration certain, Laurence a eu la bonne idée de me suggérer que comme les beaux jours ne devraient pas tarder à revenir et avec eux, une horde de touristes prêt à partir à l'assaut de la ville, une chronique sur « que visiter à Toronto » serait la bienvenue.
Seulement voilà, je n'ai pas le goût de vous parler de ce que vous pourriez trouver dans n'importe quel guide, ni de me lancer dans l'écriture du Toronto-Insolite. C'est pourquoi je vais vous parler de ma perception de la ville, la façon dont je la vis, ce que j'y vois et finalement, je l'espère, vous donnez l'envie de la regarder différemment.

2005, quelque part entre janvier et avril, je suis collée à la fenêtre d'une tour du quartier financier et je regarde la rue en bas, émerveillée par les quelques flocons qui commencent à recouvrir les trottoirs, je suis en train de suivre un passant pressé du regard, lorsqu'une voix derrière moi me fait sursauter. Je me retourne et mon collègue me regarde en souriant et me dit : « c'est pas en bas qu'il faut regarder , mais en l'air ! ». Mon regard incrédule déclenche une crise d'hilarité chez mon interlocuteur et il me montre du doigt une petite masse noire sur le toit du building d'en face : « tu vois le faucon, il est là tous les jours. Ils sont deux en fait. Une année ils ont même fait leur nid dans la corniche de l'immeuble du coin ». Je suis restée muette quelques instants et les matins suivants ont tous été différents. Je n'ai plus jamais regardé la rue en bas en attendant que le café soit prêt, mais la cime des gratte-ciels, dans l'espoir secret de surprendre un faucon.
C'est toujours ça que je recherche, s'attarder suffisamment sur des paysages familiers, des rues bétonnées où la folie urbaine a eu raison du moindre brin d'herbe pour tout de même y ressentir quelque chose de spécial. Chercher une sorte de symbiose avec la ville pour tout simplement s'y sentir bien. Faire abstraction de la foule, du bruit, des constructions jusqu'à ce que l'émotion soit bien palpable, que ce soit parce que la démesure des gratte-ciels vous donne le tournis ou que vous vous laissiez bercer par le roulis du street-car en rêvassant.

Je me souviens de ma montée dans la CN tower comme si c'était hier et pourtant cette oeuvre futuriste dépassée, qui à première vue (même à la dixième) fait amèrement regretter la tour eiffel, n'a rien d'attrayant. Je n'avais vraiment pas l'impression que j'en garderais un souvenir impérissable et pourtant...
Les premières secondes de l'ascension sont surprenantes, je reste collée au bord de l'ascenceur vitré, l'estomac un peu bizarre, luttant contre moi-même pour ne pas faire un ou deux pas en arrière. Le spectacle en vaut le coup. Je vois la ville diminuer en quelques instants pour se transformer en drôle de maquette, le lac est là devant moi, grandiose, sans fin et la fine couche de neige sur les îles crée un contraste surprenant. J'ai le souffle coupé.
Après bien sûr, j'ai fait le tour (de la tour), j'ai même marché sur le plancher en vitres en regardant le vide et imaginant le pire. Mais mon regard est resté aimanté sur la ville, je découvre une nouvelle facette de Toronto et espère secrètement que je suis la seule à contempler ce diamant, persuadée que les autres n'y voient que du brut. Le collège des beaux arts, sorte de domino juché sur des mikados géants est beaucoup plus beau vu d'en haut, le quartier financier est tout aussi impressionnant et les voitures semblent irréelles, comme télécommandées par un enfant malicieux. On devine le tumulte de la ville, les klaxons, les sirènes, les gens qui traversent, courent après leur bus, puis on est là tout en haut comme dans un petit cocon. Le soleil se couche. Le lac qui semble s'étendre jusqu'à l'infini scintille une dernière fois avant de s'éteindre. Il est temps de redescendre.

La tour de Casa Loma donne un peu le même effet, le côté Disneyland en plus. Imaginez un richissime banquier qui dans un accès mégalo décide de se faire construire un château dans un pays qui historiquement, n'en n'a jamais vraiment eu. Ca vaut le détour. C'est finalement pas si moche, il y a des passages secrets comme dans tout bon château qui se respecte et quelques autres bonnes surprises.
La liste des choses à voir à Toronto est assez longue, le musée Bata de la chaussure, le ROM, le musée des Sciences, le Zoo (qui je dois le dire est assez exceptionnel dans son genre – je suis habituellement assez anti zoo-) etc etc... N'importe quel livre sur la ville vous offrira un avant-goût fidèle de ces différents endroits.
Mais il y a aussi et surtout ‘ce' qui fait Toronto et ce sont ses quartiers. Il y en a pour tous les goûts. Il y a les quartiers que je déteste et dont je ne vais bien évidement pas vous parler (je ne serais pas objective) et il y a ceux que j'adore et qu'il m'est plus facile de présenter.
Si vous avez la chance de visiter Toronto lorsqu'il fait beau et chaud (l'un ne va pas forcément avec l'autre), je vous conseille de parcourir la ville en vélo. Tout d'abord parce que la circulation le permet, ensuite parce que vous pourrez voir plus de choses qu'en marchant. J'aime faire du vélo quand le temps le permet, couper par un parc ou longer le lac puis m'arrêter quand l'endroit que je traverse me plaît. Ce qui m'amène en toute logique à vous parler d'un élément immanquable à Toronto : le lac.
Suivant où vous vous trouvez dans la ville, il n'aura pas le même visage. Au centre, près d'Harbour Front Centre, c'est le lac des touristes. Il y a quelques bars, une marina et de nombreux concerts gratuits l'été. C'est souvent bondé pendant la saison estivale, mais ça reste un endroit sympa à visiter, ne serait-ce que pour les concerts en plein air. Par contre si c'est le lac que vous cherchez vraiment, il faut partir un peu plus loin. A l'est de la ville, se trouve le quartier des plages (the Beaches) et là, le lac s'offre beaucoup plus simplement, sans béton, sans bruit ou presque, les plages étant assez remplies durant les mois d'été. Mon moment préféré est durant les mois d'hiver, lorsque le sable est recouvert de neige et que le bord de l'eau ressemble à une banquise. Je me souviens de ce paysage que mon cerveau de française n'ayant jamais vécu de vrai hiver avait du mal à assimiler (je rêve là ?). Le ciel était gris, le sable et le lac aussi et je n'arrivais plus à savoir où s'arrêtait l'un et où commençait l'autre, je me suis approchée du bord en escaladant le monticule de glace car un bruit singulier m'intriguait. Je me rendais compte que les vagues qui s'échouaient sur le bord ne produisaient plus le même son que d'habitude et je voulais en découvrir la raison. Stupeur. Des milliers de glaçons flottent dans l'eau et s'entrechoquent au gré du ressac, produisant ainsi une douce mélodie enivrante. Quelques canards et mouettes nagent dans une indifférence totale et s'éloignent lentement à mon arrivée. Je ferme les yeux pour mieux m'imprégner du bruit. Je ne l'oublierai jamais.
L'été, j'ai une nette préférence pour les îles, comme la majorité des gens d'ici. Passé la longue attente pour prendre le ferry, massée dans une foule compacte et bruyante, j'aime rester à l'arrière du bateau pour regarder la ville s'éloigner petit à petit. A l'arrivée je vous conseille de ne pas suivre les gens et de trouver un petit endroit tranquille loin de l'agitation de Central Island. Suivant le moment, vous aurez peut-être la chance de croiser un groupe d'oies et leurs petits ou surprendre quelqu'un glisser sur les canaux étroits dans un canoë. J'aime les îles parce qu'elles définissent bien Toronto. Le côté vacances avec le lac et les plages de sable blanc et de l'autre la grande ville avec ses tours impressionnantes.
J'aime me poser dans un coin isolé ou marcher en silence, laissant l'endroit prendre le dessus sur moi et mon esprit vagabonder au gré de ses envies.
Le soir, lorsque je reprends le bateau du retour et que je contemple le soleil se coucher sur les tours du quartier financier en face, j'ai toujours le sentiment d'avoir une chance inouïe de vivre à Toronto et de pouvoir profiter de ses milliers de facettes si facilement.
Avoir l'impression d'être partie en vacances l'espace d'un week-end et retrouver sa tour gigantesque le lundi matin.
Autre endroit, même contraste saisissant : le campus universitaire. Situé en centre ville et s'étalant sur plusieurs blocs, il est composé pour l'essentiel de vieilles bâtisses victoriennes plutôt jolies dans l'ensemble. Je dois avouer qu'avant de venir ici, je pensais qu'un campus universitaire était un endroit clos, réservé aux étudiants. Une sorte de ville dans la ville. Bien évidemment, j'avais tort.
Le campus de Toronto est donc gigantesque et accessible à tous. J'adore m'y promener. Je rêverais parfois d'avoir 10 ans de moins et de m'y inscrire rien que pour pouvoir vivre dans l'une de ces petites maisons vieillottes perdues en bas des tours du centre ville. Imaginez que vous quittiez une des grandes artères bruyantes pour vous retrouver en quelques pas, plongé dans un univers aux antipodes de celui que vous venez de quitter. Petites allées piétonnes parsemées de bancs qui invitent le passant à la méditation, vous hésitez entre l'envie de vous posez là pour vous imprégnez un peu plus de l'atmosphère particulière qui règne ici ou de continuez votre balade, poussé par la curiosité de découvrir ce qui se cache après le petit chemin qui part en serpantant derrière la petite chapelle. Généralement, quoi que je choisisse le résultat est le même : je me sens inspirée. Je refais le monde mentalement en laissant mon imagination m'emporter bien loin.

Il y a des jours pourtant où j'ai besoin de me mêler à la foule, de sentir le coeur de la ville battre à cent à l'heure. Je parcours les rues du quartier financier (petite note au passage : le week-end c'est tellement vide qu'on y ressent une espèce de malaise, ce n'est pas le meilleur moment pour découvrir cet endroit) en me faufilant à travers la foule des jeunes cadres en costume foncé. Time is money. Tout le monde marche d'un pas pressé avec l'air très occupé, mais avec un peu de chance, vous pourrez apercevoir un tournage de film et voir pour l'occasion des taxis new-yorkais remonter les avenues.
J'aime beaucoup mon quartier aussi. Little Italy, qui malheureusement n'est qu'un petit bout d'une artère à l'aspect très Nord Américain, mais qui offre une ambiance, elle, très européeenne. Les gens arrivent au restaurant vers 21h (bien après la moyenne locale) et les bars se lancent dès les beaux jours dans un concours de la terrasse la plus remplie. Ajoutez à celà une certaine nonchalance bienveillante et quelques vieux qui ne parlent toujours pas un mot d'anglais et vous arriverez à saisir l'essence même de ce quartier.

Je me souviens d'avoir manqué d'étrangler ma voisine de derrière dans l'avion qui m'amenait à Toronto en 2004. On était à quelques minutes de l'atterrissage et l'on survolait la ville. Tout était bien aligné vu d'en haut avec quelques cubes plus haut à côté de la CN tower et face au lac. C'est à ce moment là qu'elle s'est exclamée : « Et bien dis-donc c'est super moche comme ville ». C'est évident que Toronto ne vous surprendra pas par son aspect visuel ou alors dans le mauvais sens du terme, mais si vous prenez le temps de vous laisser imprégner pas ses quartiers et surprendre par ses contrastres, vous devriez en garder un bon souvenir. Maintenant si vous êtes passionnés par les vieilles pierres et la nature grandiose, je vous conseille de passer votre chemin.

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Comment se faire des amis...

Guille

Comment se faire des amis à Toronto.

Je ne suis pas forcément le meilleur exemple pour ce qui est de se créer un cercle d'amis à Toronto parce que d'une, je ne suis pas arrivée seule ici (donc moins d'urgence à rencontrer du monde) et de deux, j'avais déjà un petit groupe de connaissance canadienne qui ne demandait qu'à s'agrandir.
Pourtant, je dois dire que j'ai rencontré assez facilement de nouvelles têtes ici et que nouer de nouvelles relations (pour ce qui est de l'amitié, l'avenir nous le dira) n'est pas si compliqué que cela. Alors pour celles et ceux qui se demandent comment rencontrer du monde à Toronto, voici ma recette à la sauce Sophie :

Etape 1 : les immigrants
Même si vous ne voulez pas les rencontrer, vous ne pourrez pas leur échapper, surtout à Toronto, destination numéro 1 des immigrants. Voici donc une petite liste des endroits où les croiser ... ou au contraire à éviter.
Comme tout nouvel arrivant, je me suis précipitée au YMCA de la rue Charles au centre ville. Là, on y trouve des ordinateurs, fax et toute l'information nécessaire pour la recherche d'emploi et les adresses utiles en tout genre. Vous y rencontrerez des gens de tous horizons, Europe de l'Est, Amérique du Sud, Inde, Chine.... Des ateliers sont également proposés, idéal pour lier connaissance avec des gens qui finalement même s'ils ne pas issus de la même culture, partage les mêmes craintes et mêmes espoirs que vous. Une bonne entrée en matière.

Le Centre Francophone de Lower Spadina. Comme beaucoup de français, j'y ai suivi les ateliers de recherche d'emploi. J'ai beaucoup aimé. La seule personne avec qui j'ai gardé contact : ma voisine rencontrée par hasard et qui est installée à Toronto depuis 20 ans.... !!

Le COSTI de la rue Collège. J'y ai pris des cours de conversations anglaise. J'y ai rencontré des italiens, iraniens, mexicains, philippins, chinois.... pour la majorité installés depuis plusieurs années. Le mexicain m'a donné les meilleures adresses de Club de Salsa de la ville, on aurait du y aller tous ensemble, seulement voilà, j'ai trouvé du travail et les cours le samedi matin, ça ne me tentait pas du tout, alors forcément, je n'y suis pas retournée....

Le site immigrer.com. Y'a pas à dire mais pour créer des liens, c'est l'endroit idéal. Quand je suis partie, je me suis promis-jurée de ne pas rencontrer un seul de ces maudits-français une fois sur place (même si je les trouvais bien sympas en papotant avec eux sur le site). Quelques entorses à mon propre règlement plus tard, je dois avouer que j'en rencontre certains assez régulièrement. Il faut dire qu'entre français on se comprend bien. Pas de barrière de la langue, pas de problèmes culturels : ça fait du bien de se donner rendez-vous sans programme précis et de refaire le monde autour d'un verre.
Ce qui m'amène donc logiquement à l'étape numéro 2.

Etape 2 : les canadiens
Bon il faut bien avouer que quitte à vivre au Canada, on aimerait bien avoir des amis canadiens. Le problème est que même s'ils sont partout, ils sont difficilement approchables. La plupart ont un emploi du temps digne d'un Villepin en pleine campagne pour le CPE et la majorité n'a pas forcément le temps pour ajouter un nouvel ami à leur liste déjà bien fournie.
Le plus facile : rencontrer des canadiens qui viennent d'arriver à Toronto.
Et oui ! La mégapole ne se contente pas d'attirer des gens de l'étranger, mais elle séduit aussi beaucoup de canadiens des autres provinces ou de petites villes de l'Ontario.

Seulement voilà, vous ne les trouverez pas dans les centres réservés aux immigrants et accoster les gens dans le bus ou en faisant mon épicerie, j'en suis bien incapable, alors voici, rien que pour vous, mon petit guide du « Comment se faire des amis canadiens à Toronto ».

Faites du sport !
Si vous aimez le sport, vous pouvez pratiquer votre activité favorite tout en liant de nouvelles connaissances, avec un centre d'intérêt commun, c'est toujours plus facile. Les salles de sports sont nombreuses, il y a également des clubs de boxe, arts martiaux, yoga, pilates....
Si vous cherchez une ambiance jeune et aimez les sports d'équipes (toujours mieux pour rencontrer du monde !) je vous conseille le TCSSC (Toronto Central Sport & Social Club)

J'ai personnellement essayé le Floor Hockey. Non seulement j'ai beaucoup aimé le jeu en lui-même, mais j'ai adoré mon équipe (je ne connaissais qu'une seule personne quand je me suis inscrite). On a régulièrement été boire des verres après les matchs et ceux qui organisent des soirées pensent toujours à inviter les autres. Donc vous l'aurez compris, de fil en aiguille (de soirées en soirées, de verres en verres....), vous finirez par rencontrer pas mal de gens. A vous de faire le reste !
Le TCSSC organise d'ailleurs l'Urban Quest sur plusieurs dates en 2006, il faut s'inscrire en équipe de 4 et résoudre des énigmes ainsi que des épreuves « sportives » (oui l'épreuve de papier-pierre-ciseaux était probablement très éprouvante physiquement).

Devenez bénévole !
Si vous aimez les bonnes causes, là aussi il y a de quoi faire. Sur ce site www.volunteertoronto.on.ca vous trouverez toute les associations recherchant des bénévoles. Vous pouvez devenir Policier auxiliaire (oui oui, avec l'uniforme et tout), construire des maisons, distribuer des repas, récolter de l'argent pour diverses causes, aider des enfants, des personnes handicapées....
Tout en aidant votre communauté, vous pourrez rencontrer des gens et bien sûr, lier de nouvelles amitiés.
Pour ma part, j'ai fait du volontariat dans la construction d'habitation. Casque de chantier sur la tête, j'ai passé la journée à couper du bois, poser des plinthes et des entourages de fenêtre. Comme cette journée était proposée en relation avec mon entreprise, je me suis retrouvée avec mes collègues de travail, mais je me suis promis d'y retournée. Notre chef d'équipe, un monsieur à la retraite, nous a d'ailleurs suggéré de faire les nocturnes du mercredi soir, très « jeunes » nous a-t-il dit.... et devant notre regard incrédule, il a ajouté « disons que j'ai entendu dire que les gens y vont surtout pour rencontrer des amis ou même des petit(e)s ami(e)s ». Ahhhhhhhhhhh..... !!! Vous êtes donc prévenus.
Les activités disponibles à Toronto sont nombreuses et variées, celà dépasse même les frontières de l'imaginaire. Par exemple, si votre hobby c'est le tricot (très à la mode chez les stars en ce moment), il y a un club sur la très branchée rue Queen, si vous êtes plus club de lecture, toutes les bibliothèques de la ville propose des réunions régulièrement.
Une seule obligation : vous trouvez au minimum un centre d'intérêt, après, vous aurez la possibilité de le partager avec de nombreuses personnes et ainsi rencontrer pas mal de nouvelles têtes.

Etape 3 : oui mais après ?
Finalement, le plus dur ce n'est pas de rencontrer de nouvelles personnes, mais bien réussir à garder le contact.
Personnellement, j'ai rencontré la majorité de mes amis à l'université, voir même avant pour certains, donc forcément, j'ai un peu perdu la main pour ce qui est de créer de nouveaux liens. Puis des amis, ça ne se trouve pas dans un œuf surprise (dommage parce que c'est bientôt Pâques) et l'amitié c'est quelque chose de précieux qui met des années à se construire, qui s'entretient, qui fait que l'on pense aux gens souvent, qu'on aime partager des moments avec eux. Alors ce n'est surement pas en moins de 2 ans que je vais pouvoir parler beaucoup de l'étape numéro 3.
Donc pour l'instant parlons de copains-copines, pour celles et ceux qui aiment les nuances et j'en fait partie. Les français étant finalement les plus faciles à apprivoiser puisqu'en quelques heures passés ensemble on en sait pas mal sur l'autre, tout simplement parce que j'ose me permettre des questions que je ne pose pas encore aux canadiens de peur du faux-pas. Donc les petits français que je vois régulièrement ici (ils se reconnaitront), on peut dire que ce sont eux qui sont placés en haut de ma liste (oui oui dans la « oui mais après ? » rubrique) !

Ensuite, il y a quelques canadiens. Ceux sur qui je peux compter, que je vois régulièrement et que j'arrive à déchiffrer sans trop de problèmes et je ne parle pas linguistique là. Je vais éviter de trop me lancer sur les détails, ça risquerait d'être très long, mais je vais vous donner un petit exemple qui parle de lui-même :
Lorsqu'on est arrivé au Canada, on a été hébergé par un ami (copain-connaissance, ça devient compliqué tout ça) canadien que l'on avait rencontré pour la première fois quelques mois auparavant à Paris. Pour la petite histoire, c'est le meilleur ami d'une très bonne amie à nous.
On s'est tout de même dépêché de trouver un logement pour ne pas squatter trop longtemps et depuis (ça fait plus d'un an maintenant) pas trop de nouvelles.

J'ai beau lui laisser des messages, lui répéter à chaque fois que je le croise en soirée, qu'il est le bienvenu chez nous, qu'il doit venir visiter notre maison etc etc etc .... rien. RAS. Aucun signe de vie. Il ne rappelle jamais et pourtant est toujours très heureux de nous rencontrer en soirée et promet de passer dès qu'il sera moins occupé.
Tout ça pour dire que d'une, bien sûr j'ai arrêté de chercher à le joindre, de deux, j'ai abandonné l'idée de trouver une explication rationnelle à ce comportement.

Conclusion : le choc culturel est bien là !
Conclusion 2 : Je n'ai pas encore de réponse à l'étape 3. Je ne sais pas toujours si je dois rappeler, si les gens sont gentils par nature ou par excès de politesse. Mais bon, je viens juste d'assimiler la nuance entre « the guy I am dating » et « my boyfriend », donc avec un peu de patience, une bonne dose d'humour et en acceptant de ne pas tout comprendre du premier coup, je devrais bien réussir à franchir l'étape. Vous aussi.

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Leçon de conduite Lorsque je...

Guille

Leçon de conduite

Lorsque je suis arrivée à Toronto, comme tout bon nouvel arrivant, je me suis lancé dans la course aux diverses démarches administratives. NAS, carte de santé et bien sûr, échange de permis.
Depuis mai 2004, la province de l'Ontario a un accord avec la France ce qui nous donne la possibilité d'avoir accès au permis G si notre permis français a plus de deux ans.
Au début je me suis dit « ah ok » sans bien comprendre ce que cela signifiait. On donne son petit papier rose un peu trop pâle pour avoir passé quelques séjours en machine à laver et dont les 3 volets sont encore solidaires par un miracle inexplicable, on lit quelques lettres,vue parfaite, puis clic clac, la photo est prise et l'agent vous dit que vous allez recevoir votre permis par la poste.
En attendant, il vous donne un permis provisoire et « that's it ». Ah bon ? heu rien d'autre ?
Non non, pas de code de la route ni de guide de survie sur les routes ontariennes ou de livret sur les quelques conseils utiles de la conduite en cas de neige. Non non rien, circulez.
Puis mon permis est arrivé par la poste. Format carte de crédit, photo numérisée (et là j'ai amèrement regretté d'avoir gardé ma doudoune et ma grosse écharpe, 5 ans à attendre pour pouvoir changer de photo) et code barre à l'arrière. Tu m'étonnes que les Canadiens ricanent en voyant notre pauvre bout de papier rose !
Mes amis me demandent dans quelle catégorie je suis et quand je leur explique que grâce au nouvel accord avec la France on a directement un G, ils sautent de joie pour moi. J'ai de la chance ! Ah bon ? Ben oui !
Après quelques explications sur le principe des permis G1 et G2, j'ai tout compris. Bonjour les restrictions ! J'invite donc les curieux à jeter un coup d'oeil sur ce site : http://www.mto.gov.on.ca/french/dandv/driver/gradu/index.html

Donc fière de mon permis G, j'ai eu envie d'aller voir ce qui se passait un peu en dehors de la ville. Direction le loueur de voiture. On donne sa carte de crédit, photocopie des permis. Et voilà, le 4x4 Ford qui est sur la place 54 est pour vous.
Dubitative devant la boite automatique, je laisse le volant à Sylvain qui m'explique patiemment que D « c'est pour Drive » P « pour Parking », R « pour la marche arrière » et que le reste je n'ai pas vraiment besoin de le savoir.
Ah ok, c'est facile alors.
On fait un tour, pour voir, puis je prends le volant. Passés les quelques instants de fierté « ouais, j'conduis un 4x4 » assez courts dès qu'on s'aperçoit que la norme canadienne est bien loin du format Twingo parisien et que finalement on conduit la même voiture que tout le monde, on fait un peu plus attention à ce qui nous entoure.
Mon sens de l'orientation étant aussi développé que les phases de réveil de mon chat en période d'hibernation, je me suis vite sentie perdue.
Tout d'abord, il faut apprendre à regarder en l'air. Tout est en hauteur, les panneaux, les feux tricolores, les feux clignotants qui signalent qu'un piéton traverse et les lignes au sol pas mal effacées par le salage de l'hiver (quand ce n'est pas recouvert par la neige).
Premier feu rouge, j'ai failli m'arrêter trop loin ! Et oui, des années à s'arrêter au feu et non à la ligne blanche 5 mètres avant ont eu raison de moi. Mon pied gauche cherche désespérément la pédale d'embrayage et appuie dans le vide, pendant que ma main cherche à passer une première fantôme.
Restons calme. Pourquoi il klaxonne d'abord l'autre derrière, c'est rouge non ? Ah mais je tourne à droite et on peut le faire au feu rouge sauf indication contraire. Encore aujourd'hui j'ai l'impression de braver un interdit à chaque fois que je le fais !

Le premier arrêt au stop n'a pas été pas mal non plus. Je m'arrête, jusque là tout va bien, j'attends, j'attends, j'attends « mais qu'est ce qu'il fait celui là ? Pourquoi il y va pas ? ». J'attends, puis finalement la voiture de droite fini par s'engager. Mon passager rigole.
Un carrefour, 4 stops. Et oui. Le premier arrivé passe et bizarrement personne ne triche. Ça me perturbe toujours autant.

Première fois sur l'autoroute. Tranquille. Vitesse limitée à 100 km et la peur du gendarme (enfin de l'OPP) fonctionne à merveille, peu de gens se permettent des excès de vitesse.
D'une parce que ça coûte cher et de deux parce qu'après l'amende il y a votre assurance qui augmente et en Ontario, particulièrement à Toronto, l'assurance automobile s'apparente étrangement à du vol organisé, surtout pour les nouveaux arrivants.
Mais bon, pour l'instant je suis sur l'autoroute en train de paniquer pour savoir si je dois prendre la 401 Ouest puis la 427 Est ou l'inverse, à moins que ce soit d'abord la 400 Sud, puis après... J'avais pris l'habitude des noms comme direction (A13 vers Paris, A15 vers Argenteuil) alors les 4 points cardinaux sur une autoroute quand on est obligé de se concentrer 10 minutes à Yonge et Bloor pour savoir où est le trottoir Sud-Est, c'est l'horreur.
Pour moi deux solutions : Un passager compréhensif qui donne des indications claires comme « prochaine à gauche » ou mémoriser le trajet dans ma tête avant de partir (dans mon cas, aller sur mapquest et apprendre tout par coeur). Les deux marchent plutôt bien, mais je souligne l'importance de bien choisir votre passager. S'il a un bon sens de l'orientation ça donne souvent ça : « nan tu déconnes là ? ... Sérieux tu sais pas où t'es ??? Naaaaaan (c'est généralement à ce moment là que j'ai envie de larguer le passager sur le bord de la route, mais ça implique retrouver son chemin toute seule ce dont je suis souvent incapable. Mais tu reconnais pas là ? ... attends on a juste pris à droite depuis Ossington et bon après on est parti au Nord et là... ». Et si le passager est vraiment trop compréhensif « attends mais le sens de l'orientation ça s'apprend pas, on l'a ou on l'a pas. C'est pas de ta faute ! ». C'est que généralement il est aussi mauvais que vous et qu'à priori vous êtes bons pour vous perdre. « on est où là ? Hum ??? ». Mais bon, si vous avez un sens de l'orientation correct, pas de soucis à vous faire, tout à base de perpendiculaires et de parallèles.

Une amie canadienne nous avait donnés un hiver sans voiture, pas deux. On lui avait ri au nez en disant que niveau transport en commun Toronto était super et que si on voulait sortir de la ville on pouvait toujours louer une voiture et que donc ça ne servait à rien d'en avoir une.
Un hiver passé à se nourrir exclusivement de ce qu'on trouvait au dépanneur du coin et à ne laver notre linge que lorsqu'on n'avait plus rien à se mettre aura eu raison de nos beaux discours.
Août 2005, direction Toyota pour signer un lease sur 4 ans. Le choix de la voiture a surtout été déterminé par le prix de l'assurance. Je vous passe les détails sur les arrachages de cheveux et les crises de rires (jaunes) lorsqu'on consultait les tarifs (et encore on avait un permis G).
Notre amie n'a toujours pas compris pourquoi nous avons pris une manuelle. On a eu beau lui expliquer que sinon on s'ennuie, que le seul intérêt de conduire c'est un peu de passer les vitesses, qu'on a plus de contrôle. Rien n'y a fait. Elle nous a regardé avec des yeux ronds en disant : « ben comment vous faîtes avec votre café ? ».
Ah...

Donc aujourd'hui je me suis bien habituée à la conduite en Ontario et j'ai repris mes bonnes vieilles habitudes de parisienne (chassez le naturel etc...), je.. hum, je râle beaucoup.
Je trouve que les gens sont très lents et qu'ils ne font pas attention à ce qui se passe autour d'eux.
Voici une liste non exhaustive, des petits travers des conducteurs ontariens (ça n'engage que moi):
Le clignotant signifie : attention faîtes place, je déboîte.
Donc si vous voyez votre voisin de file mettre son clignotant, méfiez-vous et commencez à freiner. S'ils ne mettent pas le clignotant, c'est généralement qu'ils ont la place pour changer de file.
Je coupe la route à deux à l'heure. Comportement malheureusement assez fréquent pour lequel j'ai trouvé une hypothèse pas des plus plausibles mais qui à mon avis ne se tient pas trop mal. Donc vous roulez tranquillement sur la route et vous apercevez au loin une voiture qui s'apprête à sortir d'un parking. Vous vous dites, non il ne va pas y aller, petit doute, puis non non il n'y va pas. Et quand vous vous y attendez le moins, c'est à ce moment là que la voiture s'élance, elle bondit sur la route ... puis ... vous passe devant à 2 à l'heure vous forçant à ralentir. Ma théorie est donc qu'au début ils vont vite parce qu'ils voient qu'il y a une voiture qui arrive, mais qu'une fois qu'ils se sont engagés ils vont doucement car ils ne regardent déjà plus la voiture (vous qui continuez à arriver sur eux) car ils sont trop concentrés sur la route.
Bref, vous l'aurez deviné, j'ai envie de leur tordre le cou à chaque fois et je me dis qu'en France au moins, ils passent devant, mais vite.
Mais finalement même si je me moque d'eux qui s'y reprennent à dix fois pour faire un créneau alors qu'il y aurait de la place pour deux voitures comme la leur, eux qui s'arrêtent en plein milieu de la rue parce qu'ils sont perdus, eux encore qui pour la plupart ne savent pas se servir d'une boite manuelle, je préfère me retrouver avec eux sur la route qu'en France.
Ici il y a toujours quelqu'un pour s'arrêter en cas d'accident et proposer de l'aide, quelqu'un qui spontanément va vous faire des petits signes de la main pour vous aider à faire votre malheureux créneau ou encore d'autres qui vont vous laisser traverser lorsque que les feux ne fonctionnent pas.
Une amie m'a raconté qu'il y a quelques semaines, elle était arrêtée à un feu. Il était 19h, et trois hommes cagoulés se sont approchés de sa voiture. Il y avait tellement de circulation, qu'elle ne pouvait pas passer le rouge. Le temps qu'elle enclenche sa marche arrière l'un des hommes avait déjà fracturé une de ses vitres. Par chance, elle a réussi à se dégager avant qu'il ne réussisse à rentrer. Comme tout le monde là bas, elle conduisait portes fermées à clé et sac sous son siège. C'était en France, en banlieue parisienne. Son histoire n'a pas vraiment eu l'air d'émouvoir les policiers qui ont quand même pris sa plainte contre X. Après ça je me suis dit que finalement ma chronique sur les conducteurs ontariens était un peu plate. De quoi je me plains ? D'être entourée de conducteurs pas franchement très doués mais toujours prêts à aider ? Je crois que la question ne se pose même pas.

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Ma petite routine Je dois...

Guille

Ma petite routine

Je dois avouer, qu'en ce moment, je manque un peu d'inspiration. Il faut dire que j'ai épuisé pas mal de sujets et je me vois mal vous parler de l'hiver ... parce que justement, cette année, y'en a pas.
Donc pas de pêche de glace, pas de patins sur l'étang, rien, rien rien !

Du coup je me suis demandée de quoi je pourrais bien vous parler et j'ai repensé à toutes les questions que je me posais avant de partir. Le gros point d'interrogation de l'époque c'était le travail. Parce qu'il faut bien l'avouer, on a tous des rêves, des envies de tout envoyer balader, de changer de vie, d'essayer des choses nouvelles, mais il ne faut pas non plus perdre totalement pied avec la réalité. En résumé : faut bien de quoi vivre.

Ce matin donc, je somnolais dans le métro, comme à peu près tout les matins, en me disant qu'il allait falloir que je trouve rapidement un sujet pour ma prochaine chronique. Puis j'ai regardé autour de moi et j'ai compris. Je me suis rappelée qu'il y a un peu plus d'un an de ça, j'aurais vraiment aimé avoir une description détaillée, remplie de petites anecdotes, sur la vie de tous les jours, une journée de travail, juste pour avoir un avant goût de ce qui m'attendait histoire de me rassurer un peu.

Alors voilà, je vais vous parler de ma petite routine. Rien de très palpitant, mais pas vraiment ennuyeux non plus. Une petite routine sympa, sans stress, sans course éperdue après le temps qui glisse entre nos mains. Loin, bien loin, de tout ce que je haïssais dans mon quotidien parisien.

Donc le matin, je me réveille. Le Canada ne faisant pas de miracle, j'ai toujours du mal à émerger et à mettre un pied par terre. Seule différence et de taille : je suis contente d'aller travailler et je suis toujours à l'heure.
Ma mère m'a même déclaré : « eh ben, comme quoi tout arrive ! Il aura fallu que tu ailles au Canada pour arriver à te lever le matin et à partir à l'heure ! ».
La raison est toute simple : tu arrives à l'heure, tu pars à l'heure. Une pointeuse dans la tête, à 17h30 je me transforme en courant d'air.

Mais bon, là on est le matin et j'ai pris ma douche en 4ème vitesse. Je prépare mon sac de sport en même temps que je m'habille et je dévalle les escaliers. J'enfile mes chaussures, mon manteau. Je claque la porte et remonte la rue rapidemment. Je jette un oeil à droite. Ouf, du monde à l'arrêt. Le bus n'est pas encore passé.
En un peu plus de 10 minutes je suis à la station de métro. Le trajet est agréable si ce n'est que mon demi-sommeil est gêné par les « oh my god » répétés des lycéennes qui monopolisent le fond du bus.
Juste le temps de commencer à être vraiment irritée que je suis déjà sur le quai en train d'attendre le métro.
Porte automatique. Sièges rouges. Places assises et la possibilité de dormir profondément car le chauffeur énonce clairement le nom de chaque station « the next station iiiiiis Bloor ... Yonge'n Blooooor staaation » puis « this is Bloor, Bloor station ».
Bon j'avoue, ce matin j'ai failli louper ma station.

Je travaille dans une grande tour. Grande comme celles qu'on voit à la Défense.
Mon service occupe le 7ème étage en entier. Environ 120 personnes réparties dans des cubes. Même les managers.
La « big Boss » (directrice de 3 services) a un cube bien plus gros que les autres, mais un cube quand même, avec les même cloisons hautes comme 3 pommes, qui fait que tout le monde peut voir ce que vous faites. Au début j'avoue que c'est un peu dur. Surtout quand, comme moi, on est au bord de l'allée et témoin du va et vient permanent. Puis bon, c'est comme tout, un jour, ça nous gêne moins et le lendemain on y pense même plus.
Le matin j'arrive donc et je salue les gens de mon équipe, en français, puisqu'on est les « bilingues » du service.
J'allume mon ordi, me logue sur le système et ... commence à travailler. Ben oui ! C'est comme ça. Y'a bien une machine à café, mais pas les conversations qui vont avec. Si de temps en temps, rapidement, quand on vous demande ce que vous avez fait le week-end dernier pendant que vous attendez votre tour pour rincer votre tasse. Mais ça s'arrête là.
Bon généralement, 15 minutes après, je descends au Second Cup (Starbuck en mieux pour ceux qui ne connaissent pas) prendre mon café que je n'ai même pas besoin de commander car la fille me le prépare dès qu'elle m'aperçoit dans la file d'attente.
Efficace !
Je remonte, et je travaille.
De temps en temps, on fait une pause, on rigole avec son voisin de cube. On parle du dernier film qu'on a vu, du dernier bon restau.

Midi, je file au sport. Je dois dire que j'ai une chance pas croyable : on a une salle de sport sur place, gratuite ! Je travaille au 7ème, la salle est au 2ème. Un bon moyen de couper sa journée.
Si je suis fatiguée, je vais dans la salle à manger. Il faut ramener sa nourriture, mais les boissons sont gratuites. Il y a des micro-ondes, des tables, une télé, des billards, un babyfoot. Une autre salle permet de manger en silence, de lire les journaux ou piquer un petit somme sur l'un des canapés.
Le rêve ! Mais tous les employés sont bien disciplinés et n'y vont que sur leurs temps libres. La dernière fois j'imaginais comment celà se passerait si une boite française offrait tout ça... La machine à café risquerait d'être désertée !
Pour le repas du midi, au début je me demandais vraiment ce que les gens mangeaient et par extension, ce que j'allais devoir manger.
Finalement, la majorité ramène de chez eux et j'essaie au maximum d'en faire autant. Sinon, il y a un peu partout des food courts (- et là je voudrais bien que quelqu'un me donne le nom en français, parce que l'autre jour quand mon collègue m'a demandé la traduction, j'étais bien incapable de lui donner. J'ai tenté un vague « aire de repas », sans réelle conviction –) en bas des centres commerciaux ou des grandes tours de bureaux.
Imaginez quelque chose de grand, sans délimitations, avec au centre des tables et des chaises et tout autour différents stands de nourritures. En général plutôt fast-food avec invariablement : un chinois, un japonais, un grec ou libanais, un italien-pizza, un MacDo ou Burger King ou Harvey's (bref vous avez saisi), un muffin-café-machin-chose qui est surtout rempli le matin.
Voilà pourquoi, généralement, vous finissez toujours par ramener de quoi manger de chez vous.
L'après midi, ressemble à la matinée. Le travail que je fais n'est pas très compliqué. La formation que j'ai reçu très bonne et elle continue. Pas plus tard que ce matin on a eu un petit « refresher » sur certaines procédures.
Du coup, bonne formation, manager accessible (le petit cube ça aide), bonne ambiance = pas de stress.
J'ai l'impression que je vais pouvoir évoluer rapidement car mon manager m'a déjà suggéré de regarder vers quels postes je souhaitais me diriger et qu'il pourrait me donner des formations dans ce sens.

Un gros changement par rapport à la France ! Je ne vais pas partir dans un long discours que vous connaissez tous déjà, la plupart pour l'avoir vécu. Mais sentir qu'on a du potentiel, qu'avoir des diplômes et moins de 35 ans c'est pas une tare et qu'on ne va pas pourrir pendant 5 ans à un poste sous qualifié sous prétexte que « y'en à 20 qui attendent derrière alors tu devrais t'estimer heureux » et bien ça fait vraiment plaisir.
Mais je m'égare. Il est 17h30, si on a besoin de moi pour des heures supplémentaires, on me demande si je suis d'accord et on me les paye. Sinon, je rentre chez moi, même trajet dans l'autre sens. Toujours de la place assise.
Lorsque le bus me dépose devant la station essence, je suis depuis longtemps en train de réfléchir à mon programme de la soirée. Une petite routine bien tranquille, une de celle qui laisse plein de place à la vraie vie.

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Acheter une maison à Toronto...

Guille

Acheter une maison à Toronto

Après un an ici, l'envie d'avoir un vrai chez soi s'est vite fait ressentir.
Il faut savoir que lorsque l'on vient de Paris, les prix de l'immobilier à Toronto paraissent particulièrement bas.
Je n'ai pas une grande connaissance du marché parisien, si ce n'est qu'avec moins de 180000 euros les agents immobiliers vous rient au nez et qu'il faut également éplucher les annonces de toutes les agences pour pouvoir avoir une vue globale de ce qui est disponible.

Au Canada, mentalité nord américaine oblige, quand on peut faire simple et rapide, on le fait.
Il y a donc un site internet qui regroupe toutes les annonces de vente dans l'immobilier et qui est un excellent moyen de se familiariser avec les prix du marché.
www.mls.ca

Après 6 mois de présence à Toronto et un petit pactole en poche, on s'est donc mis à rêver. « Et si on achetait ? »
Après quelques recherches sur internet, j'ai pris contact avec un agent. Le hasard faisant parfois bien les choses, cet agent s'est avéré être très honnête, à l'écoute de ses clients, patient et en prime super sympa (si je vous dis qu'en plus c'est un ancien prof de français langue seconde vous y croyez ?!).
Il a donc mis en place un abonnement gratuit, sorte de présélection des annonces MLS que je recevais chaque jour par e-mail et qui tenait compte de l'ordre de prix que l'on s'était fixé ainsi que les quartiers que nous avions choisis.

Nous avons également assisté à un atelier (gratuit) organisé par l'agence immobilière, afin de nous apprendre toutes les ficelles importantes lors d'un achat immobilier.
Lorsqu'on est immigrant, c'est une mine d'or !
Pour celles et ceux que ça intéressent, voici quelques informations essentielles :

Il existe 2 types d'agents. Le listing agent qui travaille du côté des vendeurs et le buyer agent, qui vous l'aurez compris, travaille dans l'intérêt des acheteurs.
L'avantage d'avoir un agent, est qu'il va vous conseiller, négocier l'achat pour vous et que .... c'est gratuit ! Il partage la commission avec le listing agent. C'est donc le vendeur qui paye ! (Sauf quelques cas rarissimes, mais vous le savez à l'avance .... et donc vous ne choisissez pas cette maison)

L'importance de faire une bonne inspection. Je m'explique. Lorsque vous aurez trouvé la maison de vos rêves et que vous aurez convenu d'un prix avec le vendeur, la vente est caution du résultat de l'inspection (en d'autres termes, vous ne voulez pas vous retrouver à payer des frais énormes car la maison de vos rêves a une chaudière de 1950, la plomberie qui bat de l'aile et l'électricité qui saute dès que vous branchez votre sèche-cheveux).
Le problème est que ce n'est pas une profession réglementée. N'importe qui peut donc aller s'imprimer des cartes de visites et monter son business d'inspecteurs de propriétés. Il faut donc choisir son inspecteur scrupuleusement et ne pas hésiter à payer un peu plus cher pour être sûr d'avoir un service de qualité.

Faire pré-approuver son prêt hypothécaire. Avoir un prêt est une chose bien plus facile que l'on pense, mais mieux vaut prendre les devants pour ne pas voir une super affaire vous passer sous le nez.
Il vous sera demandé certains documents comme une lettre de votre employeur et un historique de crédit.
Avoir un prêt pré-approuvé peut faire la différence en cas d'offres multiples sur une maison.

Les frais de clôture. Ce sont les frais à payer lors de la finalisation de la vente. A ne pas négliger. Ils comprennent les frais d'avocat et les taxes en tout genre. Le montant varie en fonction du prix d'achat du bien immobilier.

Voilà pour les quelques éléments à retenir (merci pour celles et ceux qui sont toujours là !)

Après avoir vu un nombre incalculable d'annonces sur internet, le moment est venu de se lancer dans la partie la plus amusante (si vous avez un bon agent) : Les visites !

Notre agent ayant bien compris quel type de propriété nous cherchions, la sélection a été vite faite.
Rendez-vous a été pris un samedi matin pour visiter 5 maisons.

La première. Catastrophe. Magnifique maison victorienne d'extérieur. Massacre à l'intérieur.
La cuisine a été installée au sous-sol. Les parquets ont été remplacés par du carrelage au rez-de-chaussée et par de la moquette à l'étage et le jardin a été entièrement bétonné pour permettre au petit cabot de pouvoir faire des petites crottes bien visibles (ça doit être plus facile à ramasser .... quoique la dame n'avait pas vraiment l'air d'être de ceux qui ramasse vu le tas qu'il y avait)
On part en courant, non sans pouffer de rire quand notre agent nous déclare en riant : « je suis sûr que c'est la maison qu'il vous faut ».

Deuxième maison. Bonne impression dès que l'on sort de la voiture.
Petites marches qui mènent à un porche en bois. Quelques plantes bien arrangées. Sonnette rétro que l'on doit tourner pour la faire fonctionner.
On ouvre la porte et c'est le pincement au cœur ! Le grand OUAAA !
Pas de murs cassés pour se plier à la mode de l'open space et que du vintage. Les interrupteurs datent des années 50 et sont terribles ! La cheminée a de jolis carreaux verts et un cache en laiton.
On va à l'étage, salle de bain petite mais bon, y'a quand même une baignoire. Une chambre avec une porte au fond qui donne sur une extension minuscule. Non isolée donc il y fait bien froid, mais l'été ça doit être chouette.
Une autre petite chambre, puis la fameuse Master Bedroom. Ah oui c'est grand tout de même!
Tiens, mais y'a encore un étage. Une pièce riquiqui et un salon de lecture. Une partie du toit est plate et on imagine déjà y construire un deck. « Eh mais c'est la CN Tower que l'on voit ! » « Attends fait voir.... ah ouais ! On la voit bien en plus » .... Je vous passe l'épisode des rires surexcités et des plans sur la comète.

On a tout de même continué la liste des visites, mais le cœur n'y était plus. On avait déjà eu le coup de foudre pour la maison numéro 2.

Le lundi on retourne la voir, se forçant à regarder les défauts. La salle de bain est petite, y'a pas de lave vaisselle, va falloir refaire les peintures, la chaudière est un peu vieille .... Puis on se dit, allons-y, le cœur battant. Notre agent appelle donc l'agence qui vend la maison et demande à enregistrer notre offre. « Ah bon, mais c'est si rapide que ça ? »
Il est déçu car les vendeurs ayant des enfants en bas âge, ils ne peuvent pas faire la négociation le soir même. Rendez-vous est pris pour le lendemain midi.
Je dois aller travailler, le cœur battant, croisant les doigts pour que l'on soit les seuls sur la table des négociations. On a prévu le montant maximum que l'on voulait mettre.
Le lendemain, Sylvain m'appelle donc après la première offre. Je vous explique un peu comment cela se passe.
Notre agent a donc rédigé une offre avec un prix et quelques conditions. Il est allé la présenter aux vendeurs et a discuté avec eux.
Généralement, cela se passe comme cela c'est passé pour nous :
Les vendeurs signent l'offre en changeant le prix (ils baissent le leur, mais augmentent le notre) et les quelques conditions (du style ok pour les rideaux et les lampes aux plafonds mais pas le porte manteau dans l'entrée).
Il y a généralement un autre retour, avant que les vendeurs fassent leur dernière offre. Sauf que pour nous, ça ne s'est pas passé comme ça.

Les vendeurs ont bien signé en mettant leurs conditions, mais lorsque Sylvain parlait stratégie (combien met-on pour la contre-offre), notre agent a reçu un appel de l'agent des vendeurs, lui disant qu'ils venaient de recevoir une autre offre.
Panique ! Notre agent rigole « c'est bon Sylvain, vous avez la maison »
« Ah bon ? »
« Bah oui t'as pas compris ? »
« Heu, pas tout là »
Et bien les vendeurs avaient déjà signé notre offre. Donc si on était d'accord sur le prix qu'ils demandaient, on avait plus qu'à signer avant l'heure d'expiration et la maison était à nous.
Vite, vite, vite, on signe où !

A une heure près, on se retrouvait dans une situation d'offres multiples et là, c'était la flambée des prix assurée !

S'ensuit un moment d'euphorie. Resto. On trinque. On appelle la famille, les amis de France .... cette fois plus d'excuses pour venir nous voir.
Puis on redescend sur terre et c'est un peu l'angoisse. D'un coup je réalise que quand j'aurais 50 ans je serais encore en train de payer pour la maison. Ca y'est on est dans la cours des grands, celles des responsabilités. Mine de rien, ça file un petit coup de blues sur le moment.
On retourne voir la maison une fois qu'elle est vidée de ses meubles et ça fait bizarre. On ne voit que les défauts et on a du mal à imaginer que c'est chez soi. Au fond de moi, je sais qu'on n'a pas fait d'erreur, mais l'angoisse est tout de même là.
Je n'ai pas eu le temps de trop y penser car on a emménagé très vite, un mois à peine après l'achat.
Vive l'Amérique du Nord pour ça ! Pas de papiers inutiles, ni de temps perdu. En Ontario, pas de notaire, tout se fait chez l'avocat en quelques minutes.

En moins d'un mois je peux vous dire que je me sens chez moi ! On achète des meubles, on passe ses week-ends chez Home Depot et on se découvre des talents de bricoleur insoupçonnés (si si, puisque je te dis que démonter les toilettes c'est super facile) !
On découvre aussi que les propriétaires ont fait pas mal de travaux de peinture à la va-vite et on ne passe pas une journée sans découverte étrange : « Viens voir, oh pu%$#^ j'y crois pas, regaaaaaaaarde !!! Là .... Ils ont peint sur deux couches de papier peint ! ».

Je vais donc me dépêcher de vous laisser car j'ai des meubles Ikea à monter et des murs à poncer. Ce que j'aime dans cette maison, c'est qu'elle a gardé tout le charme de l'ancien et qu'on va pouvoir y laisser notre empreinte. Je vous en reparlerai probablement !

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L’art du magasinage C’est en...

Guille

L'art du magasinage

C'est en rangeant mon placard de cuisine que l'idée m'est venue de vous parler du magasinage, terme plus connu sous le nom de shopping ou l'expression « faire les magasins ». Parce que je dois bien vous avouez qu'il m'aura fallu une bonne année pour trouver mes repères.

Pendant longtemps, j'ai cherché désespérement un équivalent à Auchan, Carrefour et autre Leclerc. Bref, un endroit où je pourrais acheter une cafetière, un bon bouquin et remplir mon frigo en même temps.
Peine perdue, ça n'existe pas ici. Comme dit Sylvain, au Canada les magasins sont « bizarrement spécialisés ». Du coup on se retrouve à s'arracher les cheveux et à courir partout pour faire ce qu'on aurait fait avant dans un seul endroit. Et croyez moi, quand en plus vous venez d'arriver, qu'aucune enseigne lumineuse ne vous indique quel type de produits vont se trouver à l'intérieur, que l'hiver commence et que vous avez très faim, vous ne voulez pas vous trompez. Parce que oui, il faut bien le dire, IGA, No Frills, Dominion (ça me rappelle les pizzas Domino's) ou encore Loblaws, le nom ne donne pas trop d'indices sur le fait que vous pourrez y trouver tout ce qu'il faut pour remplir votre frigo !

Puis une fois que vous avez découvert ce qui se vend à l'intérieur, il faut aussi s'habituer aux produits. Là j'avoue c'est assez facile ! J'ai découvert de nombreux produits que je ne connaissais pas ou qui sont trop chers en France. Mais je peux comprendre que pour certains se soient un cap un peu dur à passer. Mon seul point noir : j'ai eu un peu de mal à me faire aux parfums des produits ménagers et de la lessive, un peu trop présents à mon goût. Pas de quoi rependre le premier avion pour Paris ou mettre en place un pont aérien pour demander à ma famille de m'envoyer de l'Ariel liquide ! C'est comme tout, on s'y fait, il faut juste reconnaitre qu'il y a un temps d'adaptation avec de bonnes et de moins bonnes surprises.

Pour les vêtements, c'est un peu pareil. Au début, je n'allais que chez H&M. Facile, je connais déjà ma taille, le style me plaît et ce n'est pas cher. Mais bon, comme je suis une fille, je fais souvent les magasins, puis j'ai aussi demandé à droite à gauche quels étaient les endroits intéressants et un jour on se laisse tenter.
Ce que j'adore ici : l'achat impulsif sans mauvaise pensée ! Le rêve de toutes les droguées du shopping en tout genre.
Deux outils indispensables : une carte de crédit (la carte de débit est acceptable, mais c'est beaucoup moins drôle) et une bonne paire de chaussures (voiture et carte de transport étant un plus évident).
Choisissez un jour où il pleut, un dimanche par exemple, ces mêmes dimanches que vous détestiez en France car tout est fermé. Choisissez un centre commercial, personnellement j'aime bien le Eaton Center et visitez tous les magasins.
Flashez sur une paire de bottes bleu turquoise avec fourrure à 200 $, essayez les, puis décidez, sans prendre le temps de la réflexion celà va de soi, que ces bottes sont à la pointe de la mode et que vos copines parisiennes vont en mourir de jalousie.
Passez à la caisse et repartez fièrement avec votre paire de botte sous le bras.
Rentrez chez vous, après avoir fait quelques autres petits achats et sortez les bottes de leur boite.
C'est à ce moment là que vous réalisez que vous n'avez rien à mettre avec et que vous n'oseriez pas les porter au travail. Mais il pleut dehors, alors vous n'avez pas envie de retourner au magasin les rapporter, puis d'ailleurs vous n'êtes pas encore bien certaine de vouloir vous en débarrasser. Tout ça mérite un peu de réflexion !
Au bout de plusieurs jours et autant d'essais infructueux devant votre miroir (même le chat est parti en courant), réalisant que vos copines parisiennes ne verront jamais ladite paires de botte à moins que vous leur envoyiez une photo par e-mail, vous décidez que ce serait mieux de les rapporter au magasin.

Ici, aucun problème, même si vous avez dépassé les délais de retour au magasin (outrageusement longs pour la plupart), vous pourrez toujours l'échanger contre autre chose ou avoir un bon d'achat. Si vous avez payé en carte de crédit, c'est encore mieux. Vous avez pu vous offrir le luxe d'un coup de tête, sans même que l'argent soit sorti de votre compte bancaire. C'est pas génial ?
La première fois que j'ai compris le système, c'est en suivant une amie qui avait dépensé 2000 $ et qui venait rapporter plus de la moitié. J'ai trouvé ça bien fatiguant, surtout qu'en j'ai réalisé que c'était une «  habituée » du système. C'est vrai après tout, pourquoi passer autant de temps à acheter pleins de choses si c'est pour systématiquement rendre la plupart des articles. Je conseille à toute personne sceptique d'essayer au moins une fois.

Les gars, courrez vous acheter une playstation, passer quelques soirées à jouer avec, puis rapporter là au magasin quand vous réaliserez que vous ne ferez plus rien de votre temps si vous gardez la console de jeux chez vous. Les filles, vous pouvez aller chercher cette fabuleuse machine pour abdominaux, puis en réalisant que c'est une véritable torture et qu'à part prendre de la place sous votre lit ça ne servira pas à grand chose, et bien débarrassez vous en !

Je me souviens en France comme c'était compliqué ! A part les appareils défectueux et quelques enseignes conciliantes, impossible de ramener un article en disant « heu désolé, mais ça ne me plaît pas » ou «  en fait, vous allez rire, je n'en ai pas vraiment besoin ».

Tout ça pour dire que comme l'hiver, la langue, le hockey, les magasins sont un des éléments auquels il faudra vous acclimatez.

Ce matin en allant chez Second Cup, je rigolais intérieurement. La manager m'a lancé un «  single americano ? » tout en le préparant sans attendre ma réponse, l'autre employée m'a demandé si je voulais autre chose et je lui ai répondu oui en lui désignant un croissant au cheddar. Bon sang, « un croissant au cheddar » ! L'année dernière j'ai ri au nez de la personne qui m'en a proposé un. Depuis j'y ai goûté et j'ai même reconnu aimer ça. Ce matin donc, je rigolais en me disant qu'une partie de l'intégration c'était ça, trouver ses repères dans la vie de tous les jours, ne pas avoir peur de la nouveauté et pour moi, aimer les croissants au fromage avec son café du matin !

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Un an déjà Le 13...

Guille

Un an déjà

Le 13 octobre 2004, je passais les portes de l'immigration à l'aéroport Pearson de Toronto.
En relisant cette phrase, une petite chanson sortie tout droit de mon enfance me trotte dans la tête : « Voici venu le temps la la la » j'arrange les paroles et c'est le mot bilan qui vient remplacer les rires et les chants. Quoique ? Finalement en y regardant de près cette année s'est bien passée, plutôt bien même.
J'ai traversé l'hiver sans encombres, je passerai sur l'épisode de la grippe, horrible. J'ai eu l'impression de renaitre en même temps que le printemps et j'ai suvécu à la chaleur tropicale de l'été. Septembre, magnifique ... et puis octobre déjà.
J'ai souvent tendance à être très enthousiaste lorsque je parle du Canada et de Toronto en particulier. Un vrai guide touristique ! J'arrivais même à vendre l'hiver au plus frileux de mes amis.
Mais un vrai bilan ne serait pas complet sans parler des petites choses que j'aime moins, voir carrément celles qui m'énervent.

En tête de ma liste noire donc: le dress-code (à prononcer avec emphase pour plus d'effet)

J'ai eu envie de rire en lisant donc le code vestimentaire inscrit sur le guide que l'on m'a remis le jour de mon embauche ... puis finalement, l'amusement passé (ah bon c'est pas une blague), le désarroi a pris la place. Maintenant, je n'en peux plus. Dès que j'en parle, je m'énerve. J'ai demandé à mes collègues le bienfondé de tout ça. Parait que sans code, certains viendraient en jogging ou en short de plage ... Merci les gars !
Du coup je n'ai le droit de porter de jean que le dernier vendredi du mois (attention à celui qui rigole) et je dois verser 2$ pour les bonnes oeuvres.
J'ai eu beau expliquer que je travaillais aussi bien en jean, que je serais mieux habillée en jean que certains avec leurs habits sans formes. Rien n'y fait. Du coup, j'ai acheté un pantalon bleu-marine, coupe jean que je porte assez régulièrement. Mais c'est pas du jean, alors on ne me dit rien. Je pourrais en écrire des pages et des pages et des pages tellement ça me met hors de moi.
Pour ça la France me manque. Les français savent s'habiller sans qu'on leur donne un document de 4 pages. Les gens savent porter des jeans sans que ça fasse négligé. Les couleurs sont coordonnées. Ca va surement en faire sourire beaucoup, d'autres au contraire vont tout à fait comprendre (les gars on se contacte pour monter un collectif anti dress-code), mais c'est depuis que je suis ici que je me suis rendue compte à quel point on juge les gens par leur aspect vestimentaire en France. Résultat, je dois avouer avoir un peu trop vite mis des étiquettes sur le dos de certains lorsque je suis arrivée.

Autre point noir, le fameux BYOW ou BYOB. Derrière cette abréviation barbare, se cache une pratique que je trouve ... hum ... digne de l'âge de pierre. Le bring your own wine, signifie, comme son nom l'indique, que vous devez amener votre propre vin (par extension, boisson alcoolisée) lorsque vous êtes invité à une soirée. Jusque là me direz-vous, plutôt logique. Sauf qu'ici, on boit ce qu'on a amené, on ne partage pas avec le voisin (sauf s'il vous le demande gentillement et qu'en plus il est mignon) et surtout, on ne pioche pas dans la réserve des autres. Bon ça a peut être l'avantage d'éliminer les piques assiettes en tout genre, mais je trouve ça socialement moyen.
Personnellement, ça me fait penser à la scène des Bronzés font du ski quand Marius amène une bouteille de vin rouge pour sa pomme car « il ne supporte pas le vin blanc ». A mourir de rire ! Et bien je trouve ça tout aussi ridicule en vrai. Ce qui m'énerve, c'est que sur certaines invitations, il y en a qui le précise. Pas plus tard qu'hier, je reçois un e-mail m'invitant à un anniversaire avec la mention BYOB juste à côté de l'heure de rendez-vous. Hum, on avait compris.

Dernier point noir : les vacances ... Deux semaines c'est minable ! Quand on sait que le Canada est le 2ème plus grand pays et qu'on a la famille à visiter ... deux semaines c'est vraiment trop peu.
J'ai de la chance, à partir de janvier 2006, j'aurai 3 semaines de vacances. Puis 4 semaines en 2009, si je suis toujours là. Par contre la 5ème semaine n'arrivera jamais car elle a été supprimée.
A chaque fois que je discute avec ceux qui ont connu les 5 semaines de congés, tous me répondent la même chose : je préfère gagner moins et avoir plus de vacances. Le problème c'est que peu d'entreprises proposent cette option.
Alors pour le moment, je rêve devant ma télé en voyant des reportages sur la Nouvelle Ecosse ou le Nouveau Brunswick, j'écoute avec envie le récit de voyage de mes voisines qui sont allées passer quelques semaines au Yukon, pour faire la descente de la rivière en canoé et je profite de chaque week-end pour aller visiter l'Ontario, ou plutôt les environs de Toronto ... c'est toujours ça.

Bon, je dois avouer qu'il y a encore une dernière petite chose qui me chiffonne : le manque de spontanéité des gens ici. Tout est planifié, codifié, organisé. Par exemple, j'avais prévu de voir une ancienne collègue après le travail. En France, on se serait prévenu un peu au dernier moment, puis on aurait décidé sur le moment où aller. Là, une semaine à l'avance, on avait prévu, l'heure de rdv, l'endroit où prendre un verre et presque le sujet de conversation.
Un jour, le collègue qui s'occupait de ma formation dans l'entreprise où je travaille actuellement me demande mon avis sur le Canada et les canadiens. De fil en aiguille je finis par lui avouer que j'avais quelques problèmes avec le peu de place qu'il restait pour l'imprévu car du coup, c'est assez dur de voir les gens, sans réserver un peu de leur temps longtemps à l'avance. Il est resté silencieux pendant quelques minutes, et j'ai bien cru m'être mal exprimée et l'avoir vexé, mais après ce temps de réflexion, il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : « you know what Sophie ... you're right ». Je crois que malgré moi je lui avais fait prendre conscience de certaines choses. Du coup, il est parti dans une liste incroyable, qui m'a fait froid dans le dos. Il savait que ce samedi là, il se lèverait à telle heure pour aller chez Canadian Tire échanger le cadeau pour son père, ensuite, il irait jouer au foot. Il aurait le temps de rentrer pour prendre une douche puis lire quelque pages de son livre (je n'invente rien là !!! Il prévoit même ça) pour ensuite rejoindre ses amis chez l'un d'eux boire quelques verres avant d'aller au restaurant où ils ont (bien sûr) réservé une table.
Bon c'est un cas un peu extrème, mais en règle générale, il y a très peu de place à l'imprévu. Le seul côté positif de tout cela (ça va faire plaisir à ma mère) : je deviens de plus en plus organisée (bon ok Laurence, sauf pour les chroniques :P )

Voilà pour mes petits regrets au quotidien, parce qu'après tout, il ne faut pas se voiler la face, on ne peut pas tout aimer, trouver tout merveilleux et formidable en se disant qu'on aurait dû faire le grand saut bien des années avant !
Mais quand je regarde ma liste des points positifs, tout ce que j'ai gagné en venant ici, je me dis que, vraiment, j'ai bien fait de venir. Pas de regrets à avoir si ce n'est de ne pas avoir su entrainer plus de gens dans mon sillage.
En 365 jours, partis de pas grand chose, on a déjà réussi à obtenir :

2 emplois chacun, le 2ème étant vraiment mieux
1 appartement (avec jardin)
1 bonne complémentaire santé (et une dentiste qui nous adore, forcément)
2 cartes de crédit
1 voiture
1 assurance à un prix raisonnable pour Toronto
Je passe sur les appareils electro-ménager en tout genre, mais vous l'aurez compris, on a pu très vite se re-construire un petit nid bien confortable.

Mais surtout en une année, j'ai compris ce que le mot départ signifiait une fois arrivée de l'autre côté de l'atlantique. J'ai quitté un pays où j'avais mes habitudes, ma famille, mon cercle d'amis, mais surtout j'ai quitté un endroit où l'on me connaissait et où malgré moi je m'étais laissée enfermer dans une certaine image que les gens avaient ou voulaient avoir de moi.
Ici personne ne me connait, personne ne m'attendait, personne n'est là pour moi. L'avantage dans tout celà est que l'on choisit qui l'on veut être et c'est une chance à ne pas laisser passer.
Je dois dire qu'en arrivant l'année dernière, j'ai surtout mis la priorité sur trouver du travail. Puis l'hiver est arrivé vite, très vite et la majorité des gens hibernent, il parait qu'en fait, ils se reposent des nombreuses parties et activités de l'été, c'est en tout cas ce que m'a expliqué ma collègue. Du coup j'ai commencé à vraiment m'intéresser à ce qui se passait autour de moi qu'au printemps.
Maintenant, je ne veux me fermer aucune porte, je veux tout essayer car finalement, tout est possible. M'inscrire dans une équipe de niveau intermédiaire de Floor Hockey alors que je n'y ai jamais joué. Pas de problème, je dis oui, puis finalement je m'aperçois que je me débrouille pas si mal. Du coup, je fonce m'inscrire aux cours de boxe Thai dans la salle qui vient d'ouvrir à côté de chez moi. Finalement je réalise que même si c'est dur, je m'éclate bien. On a besoin de volontaires pour tel événement : ok je suis là. Ils vous manquent quelqu'un pour l'équipe de Hockey de ce lundi, je dis oui.
Le danger de tout ça, c'est qu'il va bien falloir que j'apprenne à dire non. L'autre jour, une amie canadienne m'a dit que ce qu'elle aimait chez moi c'est que j'avais plein de centres d'intérêt. Ca m'a fait sourire car c'était bien la première fois de ma vie qu'on me le disait. En France, ma famille est persuadée que je n'aime pas le sport. Mes amis pensent qu'à part les soirées et le ciné je passe mes journées à dormir.

Tout ça pour vous dire que j'aime ma vie ici, que cette année est passée si vite que j'ai du mal à réaliser que je fête mon premier anniversaire ici. Puis finalement, en me penchant un peu plus sur chaque moment de ces 365 jours, je réalise qu'il m'aurait probablement fallu 5 ans pour en accomplir autant en France.

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Un petit week-end à la...

Guille

Un petit week-end à la campagne

Après quelque temps passés à Toronto, on en vient inévitablement à se demander ce qui se trouve de l'autre côté. Que peut-on bien trouver après les banlieues aux maisons tristement identiques et méticuleusement alignées, bien après le grand centre commercial, celui à côté du parc d'attraction ? Mais qui a-t-il de si grandiose qui fait que l'on assiste à une véritable exode dès le vendredi soir les jours d'été, un peu comme en France sur l'autoroute de Normandie ? Pourquoi tant de monde veut s'endetter pour acheter un cottage, tout ce monde qui rêve de pêche miraculeuse, de balade en canoë et d'escapade en foret.
Et puis un jour, très vite, on succombe nous aussi à cette envie qui nous taraude depuis un moment, on choisi une destination, on réserve un B&B et on y va.

En peu de kilomètres, on a déjà oublié d'où l'on venait. Plus de gratte-ciel, ni de maisons collées les unes aux autres. Pas d'affichage agressif et aucun Tim Horton, ou presque, en vue. D'ailleurs l'autoroute ressemble à si méprendre à une petite route nationale : une voie dans chaque sens et peu de circulation. Un peu de forêt, des champs, une ville minuscule traversée en quelque minutes, juste le temps de rigoler en regardant la vieille station service toute droit sortie d'un road movie, puis de nouveau des champs, des champs, de l'eau aussi, beaucoup d'eau. Non pas de pluie mais des lacs, des rivières, des petits havres de paix que l'on découvre au fur et à mesure de la route.

En un peu plus de deux heures on arrive à destination. Le B&B est une ancienne ferme aux fenêtres victorienne et dont le jardin en pente amène jusqu'au ponton sur la rivière, qui elle-même amène au lac, qui est lui, relié aux grands lacs, qui eux-mêmes finissent dans la mer. Bref, ce petit endroit de rien du tout est en fait le point de départ pour le tour du monde. Je regarde les oies se poser sur l'eau et je me demande si elles réalisent tout ce que cela implique. Puis finalement je m'installe sur l'une des chaises en bois posées sur le ponton et je réalise que je pourrais rester des heures à ne rien faire, juste à regarder l'autre côté de la rive puis suivre vers la droite pour voir la rivière se diviser en deux et imaginer l'immensité de ce qui se trouve derrière.

Je trouvais les gens de Toronto plutôt relax et bien j'ai réalisé qu'un peu plus au Nord, ils sont vraiment tranquilles. Imaginez que nous avons sonnés à la porte et que la personne qui vient nous ouvrir, s'excuse, et nous explique que les propriétaires sont partis à une vente aux enchères, que c'est un ami, mais que malheureusement il ne sait pas quelles sont nos chambres. Toutefois il nous montre le frigo et nous dit que les bières sont fraîches et puis de toute façon, rien n'est fermé à clé (enfin ça je l'ai déduit seule, car ça avait plutôt l'air tout à fait normal).
On s'installe avec lui sur la terrasse et on entame la discussion. Puis on lui explique qu'on irait bien pêcher en attendant, mais qu'il nous manque une canne. Pas de problème, on a qu'à aller se servir dans la maison.
Les propriétaires sont en fait arrivés en fin d'après midi, après que l'on ait eu le temps de manger, d'essayer de pêcher, de faire un tour en canoë sur le lac. Ma première fois en canoë.
Mais que fait-on à vivre en ville ? Je ne suis plus si sure de vouloir rentrer. Je me vois sur le lac, les fins de journées, ou sur le ponton, le regard vide et laissant mon esprit m'échapper, bercé doucement par les clapotis de l'eau.

Le soir, il pleut et l'on réalise que pour manger, il faut prendre sa voiture et parcourir quelques bons kilomètres pour arriver dans une ville un petit peu animées. Les restos sont bondés, mais celui que l'on trouve est sympa et on a le bonheur de s'apercevoir que la serveuse est québécoise !

Le lendemain, le soleil est de retour. Le petit déjeuner est très agréable et je retrouve le couple de la veille avec qui j'avais discuté. Le mari travaille pour une société et se rend souvent dans leurs bureaux de la Défense. Sa vision de la France ne me surprend guère ! Il est désespéré par le rituel de la machine à café tous les matins et me demande de lui expliquer le pourquoi du comment. Je déclare forfait.

Il faut déjà rendre la chambre et l'on part visiter les environs avant de rentrer vers Toronto.
Kawartha lakes. Pleins de petites villes, de lacs, de bateaux, de jolies maisons. Des villes plus grandes, mais pas trop non plus. Je m'arrête devant une agence immobilière et commence à rêver .... Puis je m'imagine l'hiver, sans les bateaux, ni les terrasses des restaurants, sans les boutiques de souvenirs et les badauds dans les rues. Je redescends sur terre et réalise que ce n'est pas pour moi.

On rentre le soir avec l'impression d'avoir visiter un autre pays, un autre monde. Je me sens un peu nostalgique en repensant à ma chaise sur le ponton et je ferme les yeux. Je revois la maison en face, un peu étrange, la minuscule marina sur la gauche et les gens qui passent sur leurs petits bateaux en faisant coucou. Je revois les milliers de nénuphars placés pile au milieu entre les deux rives et le bruit du frottement sur la coque du canoë lorsque l'on est passé dessus. Finalement j'ai réussi à voler un peu de cette quiétude et l'emmener avec moi dans la folie urbaine. Je pourrai aller au bord du lac à Toronto, dans un coin pas trop fréquenté et y repenser un peu plus fort. J'appartiens désespérément à la ville. Il me faut mes magasins, mes cinés, ma foule rassurante. Mais quand je suis au bord de l'explosion, je sais que pas trop loin sur la route se trouve des endroits merveilleux où il fait bon se perdre un peu.

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Vacances en France. Que fait...

Guille

Vacances en France.

Que fait tout bon immigrant dont la gentille mamie fête ses 80 ans au mois de juillet ? Je vous le donne dans le mille : il en profite pour passer ses deux semaines de congés annuels en France.
Mais comment part-on en vacances dans le pays qui nous a vus grandir ?
Le dilemne est hilarant, pathétique aussi et terriblement stressant.
Je suis déchirée entre la joie de revoir ceux que j'aime et qui me manquent et l'apréhension de remettre les pieds dans un pays que j'ai volontairement quitté et dont la situation économique et sociale mériterait la Une de la rubrique Yahoo Insolite.

Plus le départ approche et moins j'ai envie d'y aller ; et, en même temps, je voudrais déjà y être. Je sais que ça va passer trop vite et que je ne pourrai pas voir tout le monde, par moment je me dis qu'il vaudrait peut être mieux que je n'y aille pas du tout. Je réalise que j'ai tout simplement peur de ce que je vais trouver.
Tout les français parlent de leur premier retour comme d'un choc, l'incivisme et l'odeur permanente de cigarette étant les plus souvent nommés.

Puis finalement, le 6 juillet je suis dans l'avion. On décolle et je regarde petit à petit les routes et les maisons rétrécir, tout est si bien rangé vu d'en haut. Je m'étonne du nombre de piscines et j'ai à peine le temps de le faire remarquer à Sylvain qu'on est déjà en train de traverser la couche de nuages.

Les 8 heures de vol passent rapidement et c'est déjà l'annonce de l'atterrissage. Je regarde par le hublot et j'ai comme un pincement au coeur. Bon sang ! Mais on n'est pas à Paris du tout là, c'est la campagne !
Pendant un court instant, j'ai même pensé que l'avion avait été détourné et qu'on allait atterrir à Beauvais au lieu de Charles de Gaulle.
Mais non, l'avion se pose, il fait gris et un peu trop froid pour un mois de juillet : welcome to Paris.

Pas de déception à l'arrivée. On sort de l'avion et on suit sagement la personne qui nous précède pour arriver dans un hall où un employé d'aéroport de Paris appelle les passagers ayant une mouche de correspondance.
Pardon ? Connecting fly, zis wouai plizz.
Il nous fait signe, après une bonne dizaine de minute d'attente dans une file sans fin, ou presque, puisqu'elle finit quelques mètres plus loin devant les 2 uniques postes de douane ouverts pour l'occasion.
Mieux vaut tard que jamais, l'employé nous montre qu'il y a une autre file quelques mètres plus loin, cachée derrière un pilier. Vide bien sûr !


On récupère les bagages rapidement, puis on sort et j'aperçois ma mère, la larme à l'oeil et mon papa, un peu ému mais bien trop fier pour le montrer, qui nous attendaient.
On se dirige vers le parking, dans un ascenseur ridiculement petit, on regarde le coffre de la voiture en se disant que, non non non, les bagages ne vont jamais rentrer. Puis finalement si, tout y est. On part.

Premier sentiment qui ne me quittera pas de mon séjour : On est à l'étroit ici.
Tout est petit. Les parkings, les voitures, les routes, les appartements, les lits, les baignoires ....

J'ai l'impression d'étouffer et je ne suis pas la seule apparemment. Mes parents sont déjà en train de s'énerver car ils ne trouvent pas la sortie. Sûrement à cause des panneaux trop petits.

Finalement on arrive et je retrouve la maison de mon enfance, ma chambre comme si je ne l'avais jamais quittée.

La nourriture, ah, la nourriture. Je finis par comprendre Proust et sa madeleine. Tout est bon, exquis, raffiné et je me dis qu'on ne peut vraiment pas renier ses origines. C'est un vrai plaisir d'être tous réunis autour d'un bon repas.

Je suis un peu déçue par Paris, vidée de ses parisiens, ce qui fait que je me retrouve sans sujet d'étude. Les quelques spécimens présents sont toutefois comme dans mon souvenir : speed, malpolis et ne daignant toujours pas ramasser les déjections de leur compagnon à quatre pattes. Mais par contre, j'adore leur bon goût, leur style vestimentaire recherché et les magasins qui vont avec. Je réalise que malgré tout, il y a des choses qui manquent.

Je me rends vite compte également que, même si géographiquement la plupart des gens savent situer le Canada, certains clichés ont la vie dure.
Alors Tabernacle, tu es rentrée en France !
Heu, oui, mais je ne vis pas au Québec, je suis à Toronto.
Ah et c'est où ça ?
C'est en Ontario, c'est une province anglophone et les francophones que je côtoie ne sont pas québécois.
En voyant mon interlocuteur me dévisager d'un air dubitatif et au bord de l'entorse du sourcil gauche, j'abandonne mon explication.

J'ai également entendu une bonne centaine de fois, me promettant intérieurement que je tordrais le coup à la prochaine personne :
Alors, pas trop dur le choc thermique ?
Au début on est patient, on explique les principes du climat continental, très froid l'hiver certes, mais très chaud l'été. Puis après, je pense vers la vingtième personne, on devient plus direct :
T'as séché les cours au collège toi ? Le climat continental tu connais pas ? Non parce que au moins, on n'a pas un temps pourri comme à Paris. Il fait bien plus beau et chaud l'été. A Toronto on a des plages.
Mais j'ai eu la vague impression que certains pensaient que je mentais et que j'avais dû mettre mes bottes et mon manteau de fourrure à la consigne de l'aéroport.

J'ai retrouvé mes amis également et je m'aperçois qu'ils ont découvert de nouveaux endroits de réunion après le travail, et je n'étais pas là.
Je me rends compte que j'ai quitté des gens en or, qui sont capables de tout laisser en stand-by parce que Mademoiselle Sophie prend ses 2 semaines de congés annuels dans la capitale.
Je réalise qu'on a raté presque un an de vie. J'essaie de rattraper les histoires, je cours après le temps, mais en vain. De toute façon je pars demain, sans eux, parce que je vois ma vie différemment, parce que je me suis payé le luxe d'un nouveau départ, pourquoi ? Parce que.
Dans l'avion du retour, je suis heureuse de quitter cette tension électrique qui est palpable jusque dans la moindre ruelle et au plus profond des gens. Cette tension perpétuelle qui semble grignoter les être de ce minuscule pays, petit à petit, comme un mauvais virus. Je crois que là-bas on appelle ça le stress.
Je me dis, qu'il faut que j'atterrisse en même temps que l'avion et que je cesse de me raconter des histoires.
Personne ne viendra au Canada pour y vivre, aucun de mes amis ou membre de ma famille ne fera le grand saut par-dessus l'océan et par conséquent, je dois consacrer plus d'énergie à rencontrer des gens ici.
Je ne veux, peux, remplacer ce que j'ai déjà, mais pour que ma vie soit complète, il va falloir que je laisse le fil tendu au dessus de l'Atlantique se désagréger un petit peu plus.

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Do you speak French? Je...

Guille

Do you speak French?

Je pars en vacances mercredi, j'ai choisi une destination assez connue : la France.
Ca fait un peu bizarre de se dire qu'on va visiter sa famille et ses amis de toujours, comme on visiterait un pays qu'on aime bien, en bon touriste qui a envie de passer un agréable séjour et qui préfère retourner chaque année dans le même camping en Bretagne, ou la petite location sympa de la Côte d'Azur.
Je sais déjà que je vais devoir raconter, re-raconter, re-re-re raconter ma vie à Toronto et comme je sais qu'ils viennent lire de temps en temps mes chroniques, je vais prendre de l'avance!
Aujourd'hui, je vais vous parler du français à Toronto, plutôt de ma perception du français et comment je le vis au quotidien.
D'abord je parle français tous les jours, puisque je partage ma vie avec un français, je sais, ça aide!
Ensuite, et à ma grande surprise, moi qui pensait me retrouver en immersion totale dans le canadien anglais, je trouve que le français est bien plus présent que je ne l'imaginais.

Ma voisine déjà est française et à Toronto depuis 20 ans. Mon voisin du dessous, nous parle un peu français de temps en temps, la première fois ça m'a sciée, moi qui pensait que les francophones étaient quasi inexistanst ici.

Depuis je me méfie, j'évite de dire tout haut, ce que je pense tout bas.
Comme le jour où l'on est allé pêcher et qu'un jeune est arrivé en nous disant :
En anglais – « Vous n'avez pas le droit de pêcher ici, j'ai appelé les gardes pêches et quand ils vont venir, vous aurez une amende. »
Donc je fais un commentaire, à voix haute, un peu (beaucoup) du style « hmmmm cause toujours tu m'intéresses »
Et là, il m'a regardé et dans un français parfait m'a balancé un « ah vous parlez français » qui m'a fait l'effet d'une douche froide. Ouf, je n'avais rien dit de méchant, ni d'insultant.
Dans mon premier travail, nous n'étions que deux à parler français. Moi et la réceptioniste qui avait appris le français « dans les rues de Montréal» comme elle aimait à le répéter. De parents anglophones, elle avait quitté la ville il y a plus de trente ans, mais avait pris soin de garder son français.
On s'amusait bien ensemble à parler français devant nos collègues anglophones. La plupart s'en fichait éperduement, mais certains nous faisaient une crise pensant que l'on en profitait pour parler sur eux ... radical pour découvrir la vraie nature des gens !

Maintenant je suis dans une équipe bilingue. Tout le monde parle en français, ou du moins parle français. Dans l'environnement de travail, ça donne plutôt dans le joyeux mélange, puisqu'on est la petite équipe au milieu de plein d'anglophones.
Mais entre nous, c'est essentiellement en français.
Tout ça ouvre un peu les yeux sur la francophonie. En tout cas, pour moi, le français au Canada, ce n'est plus seulement le Québec, mais aussi tous les immigrants d'Afrique, de Haïti, du Liban, d'autres qui ont transité par un pays francophone avant d'arriver ici, comme mon collègue polonais et surtout, tous ces francophones- francophiles canadiens dont je ne soupçonnais pas l'existence avant de venir ici.

Il faut savoir que n'importe qui en Ontario peut envoyer son enfant en immersion, c'est à dire à l'école en français.
Il y a un niveau intermédiaire, ou les cours tels que les maths et la géographie seront toujours en anglais, puis il y a l'immersion totale où tout est en français.
Les résultats divergent totalement d'une personne à l'autre, et j'aimerai bien comprendre pourquoi. Certains gardent un niveau excellent, d'autres ne le pratiquant pas après leurs études, l'oublient petit à petit.
Malgré tout, la plupart des canadiens que je rencontre, me dise qu'ils enverront leurs enfants à l'école en français car c'est un atout inestinable.

Je ne passe pas une journée sans entendre parler français dans la rue et je suis toujours surprise de rencontrer des francophones.
La dernière fois par exemple, je suis allée faire réparer mon vélo. Le client qui était déjà là me dit (en anglais) « n'attend pas que mon vélo soit fini, explique lui ton problème » en me montrant l'unique autre personne du magasin.
Bref je me lance dans mon explication détaillée et quand j'ai fini, le client me demande si je suis finlandaise (toujours pas compris pourquoi) et je lui dis « oh no, I'm from France ».
Et là, devinez quoi (enfin moi ça ne me surprend plus), il m'a parlé en français. En fait ses parents étaient français et lui étaient prof d'anglais des affaires dans une école de Toronto.
On a échangé quelque mots, j'ai trouvé son français excellent, malgré son accent anglophone.
Mais qui n'a pas d'accent ? Moi, j'ai un affreux petit accent pointu pour les québécois, et je trouve que les marseillais ont un accent chantant. Et alors ?
Puis qui je suis pour juger du niveau de français des autres ?
Ce que j'aime ici, c'est cette soif de français dont font preuve les francophones dès qu'ils en croisent un autre. Un peu comme l'autre jour, lorsque je suis allé boire un verre avec Camusi et que deux gars nous ont accostées car on parlait français.
N'importe qui en France aurait pris ça, pour une tentative maladroite d'engager la conversation.
Mais là, on a croisé quelqu'un qui, après deux questions de ma part, avait déjà raconté qu'il avait grandit dans un village au Nord de Sudbury où tout le monde était francophone. Que tous ces villages avaient disparu faute de travail et qu'il vivait à Toronto et qu'il n'aimait pas du tout la vie dans cette grande ville.
Son français était parfait, avec un léger accent canadien, pas franchement comme au Québec, ni comme au Nouveau Brunswick. Comment on fait ces gens pour garder, transmettre, chérir leur langue comme si c'était le plus beau des trésors?

J'ai l'impression de moins m'approprier le français maintenant. Quand on me pose une question, comme sur le fait de mettre des accents sur les majuscules, je réponds que personnellement je ne le fais pas, qu'en France ce n'est pas correct, mais que pour le Canada je ne sais pas. Avant je pensais, naïvement, qu'il n'y avait qu'UN français, aux multiples accents.
Aujourd'hui, j'en suis à réaliser que le français au Canada ce n'est pas que le Québec.
Je suis fière de ma langue et heureuse de voir que je la partage avec autant de monde, chacun l'utilisant, avec plaisir, pour mettre des mots sur leur histoire.

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Mardi 7 juin, 21 heures...

Guille

Mardi 7 juin, 21 heures, 28° C, température ressentie, 33° C.
Mercredi 8 juin, 17h37, 28° C, température ressentie, 34° C.

C'est donc ça l'été au Canada ?

On est loin des -15 de cet hiver qui avec le facteur de refroidissement éolien nous amenaient un joli -30. La première fois m'a fait l'effet d'une bonne claque en pleine figure, un peu comme dans la pub pour Fisherman's friend. J'ai appris à mes dépends qu'à l'intérieur du nez se forment pleins de petits cristaux, sensation très étrange et pas vraiment agréable, que les cuisses piquent si l'on n'est pas assez couvert et que la théorie de « l'oignon » est très efficace (plusieurs couches, pas de coton à même la peau).
En bon immigrant, j'étais à la fois ravie d'avoir à affronter ce premier hiver et j'avais en même temps un peu peur de ne pas le supporter.
Puis finalement, à mon grand étonnement, j'ai vraiment bien aimé.

Par contre, un peu comme tout le monde, dès que mars est arrivé, je me plaignais chaque jour en demandant « c'est quand l'été déjà ? ».
Avril, pareil ... Début mai pas mieux. Je ne prêtais pas attention aux mises en garde répétées de mes collègues : « l'été, ici c'est chaud ... très chaud ! Tu vas voir ! En plus, c'est hyper humide ».
Je me disais qu'en France aussi on a des étés, le soleil je connais, la chaleur aussi. Mince, j'ai même passé l'hiver avec plaisir. Donc bon, je leur riais un peu au nez.

Ça c'était jusqu'à ce qu'il fasse vraiment chaud!

Et bien ils ne m'avaient pas menti, quand il fait chaud, il fait vraiment chaud ! Puis pas un brin d'air avec ça. Moi qui avait déclaré la guerre aux courants d'air cet hiver, j'essaie par tous les moyens d'en créer un maximum. Je transpire, je me traine, je traque l'ombre et si je pouvais, je prendrais 10 douches par jour.
Mais bon sang que c'est bon !
Mes doigts de pieds ont enfin fait connaissance avec l'air de la ville dont les rues sont emplies des claquements de sandales et autres tongs sur le macadam. Il y a du monde partout, à tout heure, sur les pas de porte, sur les terrasses de café, dans les parcs et sur les plages ... ah les plages. C'est ce que j'aime ici : pouvoir profiter pleinement de chaque saison. Faire du patin sur l'étang gelé l'hiver et pouvoir faire bronzette au même endroit quelques mois plus tard. Plus le temps passe et plus j'apprécie Toronto et ce qu'elle a à offrir. Pas besoin de sortir de la ville pour sa partie de Beach Volley! Difficile à croire dans une si grande ville et je vous rassure, rien à voir avec la tonne de sable importée pour Paris-Plage. Ici c'est que du vrai!

Le seul problème et pas des moindres en ce qui me concerne, ce sont les insectes. J'ai été dévorée, je ne sais même pas par quoi !
Mon premier réflexe, bien sûr a été de chercher de la crème. Sauf que pour ce genre de trucs, on a ses petites habitudes et je me suis retrouvée à jouer à « am-stram-gram pic et pic et golégram .... » devant le rayon des traitements pour les piqures.
Bonne pioche finalement, mais ça ne l'a pas été pour tout.
Je me suis dit que le mieux, forcément ce serait d'éviter de se faire piquer, donc je me suis mise en quête de l'appareil que l'on branche sur la prise et qui diffuse un produit inodore mais terriblement efficace. Ne le trouvant nul part, je me suis dit « allons chez Canadian Tire, il y aura forcément ». Hum ! Le vendeur nous a regardé comme si on était des extra-terrestres avant de nous proposer des bougies à la citronnelle ...
Du coup Je me retrouve à me pulvériser de l'insecticide avant d'aller me coucher et franchement l'odeur est insupportable.

Encore des choses à apprendre et à découvrir, bonnes ou mauvaises et qui finalement m'amènent à penser que, oui, curieusement, l'été aussi est différent au Canada!

Comme chaque soir depuis qu'il fait beau, je vais aller dans mon jardin allumer le barbecue, puis sentir les odeurs de grillades qui viennent des différents jardins aux alentours. Entendre des rires, des verres qui s'entrechoquent et me sentir en vacances alors que ce n'est même pas le week-end !

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Ma deuxième vie C’est marrant...

Guille

Ma deuxième vie

C'est marrant, mais ça fait plusieurs jours que mes pensées filent à cent à l'heure et que mon cerveau a repris ses horaires d'ouverture tardive.
C'est une sensation étrange que j'ai eu un peu de mal à analyser. Je n'ai pas compris tout de suite pourquoi je me forçais à faire un état des lieux, alors que d'une, je suis très heureuse ici et que de deux, je ne suis là que depuis sept mois.
Puis j'ai compris. L'explication était là, juste devant mes yeux ; tellement énorme que je n'arrivais pas à la voir. On me demandait de faire un choix, pas un gros choix comme celui gigantesque que de franchir l'Océan pour venir ici, non, non, un petit choix de rien du tout, mais qui fait l'effet d'un détonateur et finalement m'a obligé à me poser tout un tas de questions.

Je suis au travail, bien habituée à ma nouvelle routine, même mon cube certain jours me parait presque agréable.
Mon téléphone sonne et la fille d'une des nombreuses agences de placements que j'avais contactées quand je suis arrivée me demande si je cherche du travail.
Donc non je lui dis que merci bien mais j'ai ce qu'il me faut, mais curieusement elle insiste, me pose plein de questions, me demande mon salaire.
Bien docile je réponds, me disant qu'au moins pendant ce temps, je n'ai pas à expliquer pour la centième fois ce qu'est le programme PAA et quels sont les avantages à obtenir cette désignation.
Puis elle finit par me dire que voilà, la compagnie pour laquelle j'avais passé 3 entretiens au mois de décembre a une nouvelle position et que justement ils avaient demandé à l'agence si j'étais toujours disponible. Elle ne me laisse même pas répondre puis me raccroche au nez après m'avoir lancé « je les appelle pour savoir quel est le salaire et je te recontacte »
A peine le temps de me trainer à la machine à café qu'elle me rappelait déjà.
Ah oui, quand même, ahhh, 4000 $ de plus par an, bon. Je lui demande de m'envoyer le descriptif du poste, ce qu'elle fait aussitôt et en profite pour me glisser avec le descriptif des benefits.

Toute l'après midi je cogite, fais mes calculs, mon petit tableau des pours et des contres. Puis je me dis que le mieux, c'est d'aller parler à ma manager qui de toute façon a donné sa demission et sera forcément disponible et de bon conseil.
Je vais donc la voir et lui balance le morceau et elle me rétorque aussitôt « Fonce »
Elle me donne une lettre de référence et me dit que l'agence peut la contacter.

Je donne mon ok pour passer l'entretien qui se passe super bien. Même si je trouve bizarre de me faire jeter en décembre pour me faire dérouler le tapis rouge en mai !

Maintenant je ne me pose plus de questions : je le veux plus que tout ce job. Pas seulement pour le salaire ou les meilleures perspectives d'évolution, mais parce qu'on m'a proposée mieux et c'est exactement ce que je suis venue chercher au Canada.
Et c'est ce sentiment là, cette soif de changement qui me fait un peu peur.
Je ne suis là que depuis 7 mois et en regardant derrière moi je me rends bien compte de ce que j'ai accompli et je réalise, déjà, qu'il y aura, qu'il y a, un avant et un après et que je suis en train d'entamer ma deuxième vie.
Ce que je redoutais est malheureusement en train d'arriver. Mes amis s'éloignent de plus en plus. Il n'y a rien que 6 mois de cela, Widad m'appelait toutes les semaines, avec les amies, on s'écrivait des mails tous les jours, puis toutes les semaines, puis plus vraiment de réponse, ah si de temps en temps un « tiens ça fait longtemps, alors quoi de neuf ? ».
Je ne les blâmes, je suis pareille, entre le boulot, les sorties et le décalage horaire, je ne me soucis plus autant de maintenir le lien, qui s'étire, s'étire, s'étire ... jusqu'à quel point?
Je sais que si je saute dans un avion demain, ce sera comme avant, on se retrouvera tous les soirs au café Place Saint Augustin pour parler de tout et de rien. On ira se balader au Parc de Maisons Laffite, je reprendrai ma carte de ciné et passerai la majorité des dimanches pluvieux enfermée dans une salle obscure.
Je pourrai aller faire mes courses chez Auchan et acheter au même endroit, un robot ménager et du jambon, un DVD et du fromage ... ahhh du fromage, je pourrai même m'offrir un millefeuille sans avoir à parcourir des kilomètres.

Mais tout ça c'était dans ma vie précédente, avant que je connaisse la neige en ville, la pêche de glace, les maisons de ville et leurs jardins, le plaisir de revoir des feuilles sur les arbres et le sourire sur les lèvres des gens, de se dire que je pourrai avoir ma propre maison, demander de l'argent liquide en allant acheter son épicerie, aller au travail en vélo, la musique du camion de glace en fin de journée dans ma rue, le mur de brique de mon salon, le raton laveur qui essaie de rentrer pour manger les croquettes des chats.

Ma famille et mes amis ont compris que je ne rentrerai probablement pas, et c'est plus dur pour eux que pour moi. Eux sont encore dans une première vie alors que moi j'entame la deuxième. Si je pouvais choisir je les voudrais avec moi ... mais ici !
Très souvent quand je rêve, je mélange mes deux existences, mes amis de la bas, ceux d'ici, l'anglais, le français ... plus rien n'a d'importance si ce n'est le fait d'être ensemble.

Il y a tout le temps des choix à faire, plus ou moins faciles, plus ou moins réversibles.
Celui de venir au Canada est le meilleur que j'ai fait jusqu'ici.
Ma vie précédente est encore très présente, j'ai réussi à occulter les mauvaises choses très facilement, exit le chomage et l'immobilisme, plus la place pour râler après le gouvernement français, ça ne me concerne plus. Je ne pense plus qu'aux bonnes choses, aux bons moments. Un peu comme quand on rouvre un album de photos de son enfance et qu'on arrive à se souvenir comme c'était chouette d'avoir 4 ans et de faire des bonhommes en pâte à modeler, on arriverait presque à sentir l'odeur si particulière de la pâte à modeler.
Mais voilà, j'ai tourné une page, peut être même un peu plus facilement que je ne l'imaginais. Avant. Après. Maintenant.

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Une balade dqans Toronto Cette...

Guille

Une balade dans Toronto

Cette fois-ci je vous emmène avec moi à travers la ville. Il va falloir prendre votre vélo pour me suivre sur mon trajet, et prendre votre dictionnaire, si vous avez quelques lacunes en anglais. Pas de panique ! Tout ceci est purement virtuel et ne requiert qu'une bonne dose d'imagination. C'est parti !

Il est 7h12 et mon portable me rappelle qu'il est temps de se lever. Je prends un malin plaisir à me réveiller chaque jour à une heure différente et jamais, non jamais, à l'heure pile ! J'ai banni les 7h00, les 6h30 et même les 7h45 ou autre 6h15, juste pour ne pas faire comme tout le monde et aussi pour pouvoir changer de minute chaque jour.
Donc aujourd'hui c'est 7h12 et ça sera peut être 7h08 demain ou 7h14, on verra !

J'ai le temps de prendre mon petit déjeuner devant mon ordinateur et papoter avec ma famille et mes amis sur msn. J'ai aussi le réflexe e-mail et immigrer.com (je suis comme tout le monde, il me faut ma dose de forum pour bien commencer la journée).
Ensuite, je prends une douche (ça vous rassure, non ?), mets mes habits de travail dans mon sac à dos, enfile un jean, un sweat et des baskets et sors de chez moi.

Il est environ 8h30 quand j'enfourche mon vélo et le laisse glisser jusqu'en bas de la rue.
Droite sur Dovercourt, j'ai de la chance, ça descend toujours, puis 2ème à gauche.
Je passe devant une école et croise des enfants qui s'y rendent, certains sont déjà (ou encore ?) en train de jouer dans le parc adjacent.

Au bout de la rue, je tourne à droite sur Shaw, traverse Queen Street, puis tourne à gauche sur Adélaïde. La rue est en sens unique et il n'y a pas trop de voitures. L'air qui au début me glaçait les mains, me caresse le visage, je n'ai plus froid et je me dis que ce trajet devrait durer toute la journée, puis la rue monte et je me demande si je vais réussir à pédaler jusqu'au travail !
Cette rue est magique, les maisons sont belles, toutes en briques et bien entretenues, c'est calme, une sorte de petit paradis à quelques pas des grandes avenues. Ca doit forcément être hors de prix, mais ça ne m'empêche pas d'apprécier la balade.

Une fois Bathurst passée, la rue change complètement de visage. Même si elle reste en sens unique, elle devient une quatre voie et les immeubles prennent de la hauteur. Le quartier financier n'est plus qu'à quelques blocs.
C'est là qu'il faut commencer à faire plus attention et éviter de trop regarder les grattes ciels. Les gens sont pressés, les livreurs s'arrêtent sans prévenir et les taxis n'hésitent pas à couper la route sans prévenir.
York, Bay, Yonge, Victoria, enfin .... ! Je descends mon vélo dans le parking de l'immeuble puis prend l'ascenceur jusqu'au 6ème.
Je fonce dans les toilettes, me change et rejoins mon cube de travail.

Je dois avouer que plus le temps passe et plus mon « cubicle » me ressort par les yeux. Deux cloisons d'un côté et le mur en face ! Mais bon pas le choix, tout le monde ou presque travaille dans un cube, les plus anciens font face à la fenêtre, les veinards et les managers ont droit à un vrai bureau.

Il est 9h, j'allume mon ordi et me log sur le système téléphonique, je vous rassure, je ne travaille pas dans un call center ! Les appels sont peu nombreux et l'on n'est que trois à répondre au téléphone.
J'ai la chance d'être la seule à parler français, donc d'être demandée, pardon réquisitionnée dès que c'est en français et je dois dire heureusement car ça évite pas mal la routine.

Je me souviens de mon premier jour. Ils avaient tous fait des heures supplémentaires la veille car c'était le jour de publication des résultats des examens de décembre, la directrice avait amené une boite géante de beignets Tim Horton's. Je l'ai suivi dans la pièce et six personnes se sont penchées en dehors de leur cube et m'ont regardée.
La directrice leur a annoncé que leur collègue allait partir dans deux semaines et que j'étais là pour la remplacer.
Tout le monde m'a parlé comme si l'anglais était ma langue maternelle et je me suis dit « oh mon Dieu, mais ils ne croient tout de même pas que je suis bilingue à ce point ».
A ce moment précis, j'étais partagée entre l'envie de partir en courant et celle de rester pour me prouver à moi-même que je ne suis pas plus bête qu'une autre et que je vais y arriver.

Le premier jour passe vite, je ne suis pas au téléphone. Deuxième jour je réponds uniquement aux e-mails, troisième jour ma manager vient me voir pour me faire une formation express, puis me demande « Do you have any problems taking phone calls in English? »
Je réponds que non, bien sûr, j'ai travaillé pour The Economist avant et que donc j'utilisais l'anglais quotidiennement.
La réponse semble lui convenir puisqu'elle me dit que je serai au téléphone dès le lendemain.
Ca met quelques secondes à arriver jusqu'à mon cerveau, mais je réalise soudain que je vais donc travailler principalement en anglais et prendre les quelques appels français « en plus ».
Et là, une fois de plus, une image de moi en train d'attrapper mon sac et de cavaler vers la sortie en bousculant tout le monde sur mon passage me vient immédiatement à l'esprit, je respire un grand coup en me disant « ça va bien se passer, ça va bien se passer ».

Mon premier appel a été une catastrophe, pas à cause de l'anglais, mais à cause du fait que je n'étais pas assez formée et que je n'avais aucune idée de ce que la personne me demandait. L'étudiante était hyper désagréable et me mettait en attente (oui oui !) toutes les 30 secondes en marmonant « you're taking too much time ». Belle entrée en matière !

Avec quelques mois de recul, je me sens ridicule d'avoir eût peur comme ça.
Tout d'abord parce que mon anglais n'était pas mauvais et qu'il s'améliore très vite, ensuite parce que beaucoup au Canada ont un accent étranger, donc les gens à qui je parle en ont soit un également ou y sont habitués et pour finir parce que je parle français.
C'est marrant mais j'ai des fois l'impression que les gens me mettent sur un piédestal « Oh you speak French! You're so lucky! », avec le ‘I wish, I could' et la petite pointe de regret dans la voix.
J'ai ensuite droit, toujours dans le même ordre et de façon systématique :
« Are you from Quebec? »
« Bonn-jowre, comm-enn ça va? » qui est apparemment la seule phrase qu'un bon nombre d'anglophones aient retenue de leurs cours de français.

En quatre mois de travail j'ai déjà eu un premier bilan avec la directrice lorsque j'ai signé mon contrat permanent fin février. Plutôt très positif, du coup j'ai négocié deux semaines de vacances !
J'ai aussi eu un bilan avec ma manager, positif également, du coup j'en ai profité pour lui glisser un « I'd like to improve my english pronunciation » et du coup ils me payent un séminaire d'anglais le lundi après-midi pendant sept semaines.
Ce séminaire est génial, on y apprend non seulement à améliorer sa prononciation par rapport à notre langue maternelle. Par exemple, je dois penser à ouvrir plus ma machoire et je dois faire des petits signes descendants avec mon index pour penser à baisser l'intonnation sur la fin des mots, ridicule mais terriblement efficace.
Je vous rassure, je ne le fais que pendant le séminaire, je vous vois déjà pouffant de rire en train de m'imaginer faire des signes tout en parlant aux gens.
J'apprends aussi des petites astuces culturelles, comme comment recevoir un feedback négatif (d'ailleurs si on parle de feedback c'est forcément négatif, sinon on parle de praise), je sais maintenant que si je suis invitée à un mariage je dois donner un cadeau même si je n'y vais pas, bref j'apprends pleins de choses utiles pour évoluer dans la société canadienne.

Certaines fois je suis heureuse d'avoir tant de chose à apprendre, de me lever pour aller au travail en faisant des plans sur la comète « alors encore quelques mois et tu auras un très bon niveau d'anglais, ensuite ce serait bien de prendre des cours, ou peut être chercher un autre travail, plus dans ma branche ... », d'autres je me lève du pied gauche et je me dis « oh non, encore une journée qui va ressembler à la veille, il va falloir encore être à la disposition des autres qui ne savent pas parler français, répondre aux mêmes questions en se faisant appeler Suzie ... ».

Ah oui, je ne vous ai pas raconté, mais les gens ne comprennent jamais mon nom. J'ai abandonné et leur laisse croire que mon prénom est ce qu'ils ont compris.
« Customer service Sophie speaking »
« I'm sorry .... who am I speaking to? »
« Sophie »
« oh, hi Suzie / Sylvie / Sofia »


A partir de 16h, tout le monde part, il me reste encore une heure à travailler. Il n'y a presque pas d'appels, alors généralement, l'heure est plutôt aux bavardages avec les quelques collègues qui travaillent tard qu'au travail effectif.

17h, je pars. Direction les toilettes pour enfiler de nouveau mon jean. Le trajet du retour est moins agréable car il y a plus de trafic, mais je suis contente de rentrer tôt chez moi et de ne pas avoir à attendre le street car.
Le printemps est une chouette saison, les gens sont dehors, le quartier est animé et je réalise que mes voisins ont des chiens que je n'avais jamais vu auparavant. C'est mon premier printemps au Canada et Toronto semble avoir plein de choses à offrir. La prochaine fois, c'est promis, on ira s'amuser !

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Au commencement il y avait...

Guille

De Paris à Toronto

Au commencement il y avait une idée, d'abord un peu vague puis de plus en plus présente : partir.
J'ai d'abord pensé faire un Volontariat International, histoire de voir du pays pendant 2 ans et comprendre si ma vie était vraiment ailleurs qu'en France.
J'étais en bonne voie pour un poste à New York, mais au même moment un fou a lancé des avions sur la ville et le World Trade Center n'était plus ... sur une échelle moindre, je me retrouvais à la case départ.

Par contre mon envie de partir, elle, n'avait pas diminuée.
J'aimais cette idée de savoir ce que l'on perd et jamais ce que l'on gagne, cette impression que l'on jette en l'air toutes les cartes que l'on a en main sans savoir ce que l'on va récupérer.
Ce coup de poker s'appelera Canada.

Le Québec m'attire particulièrement car il y a la langue commune, les grands espaces, les opportunités ... Bref à l'époque j'avais été charmée par les nombreux témoignages et bien sur la réunion d'information rue de la Boétie.
Donc dans la foulée je fais la demande (avec mon copain, Sylvain) du CSQ que l'on obtient 3 mois plus tard.
On est en 2002 et je n'ai jamais mis les pieds au Canada.

Sylvain ayant des problèmes à régler avec l'administration française (je vous fais grace des 3 pages de détails sur l'année perdue...). On met le processus en pause et on décide d'aller faire un tour au Canada en attendant.
Direction Toronto, Montréal et Québec.
Je trouve Toronto d'une laideur effroyable, tout ce béton et ces églises perdues entre des tours immenses, les routes abimées par les hivers rigoureux. Ce coté très Nord Américain du tout fonctionnel, on fait du solide, du pratique, le côté esthétique, ben on verra après, hein !
Par contre je m'amuse comme jamais. Sylvain a des amis ici et c'est un atout inestinable pour se sentir bien dans une ville.
Je suis par contre très déçue par Montréal. Mais on ne connait personne et jouer les touristes n'est pas vraiment notre truc.
Québec est fabuleuse, un vrai coup de foudre ! Les gens sont souriants et agréables, la vie parait douce et facile. Lorsque l'on revient sur Toronto la veille de reprendre l'avion, on annonce à nos amis que notre décision est prise et que dès que l'on a le visa on s'installera à Québec.

C'était sans compter sur le pouvoir de persuasion de nos amis !
Ils nous ont proposés de nous aider et de nous héberger. L'argument de poids étant : "mais vous ne connaissez personne au Québec"
Une semaine de bourrage de crane plus tard, notre (nouvelle !) décision était prise : ce sera Toronto.

Mai 2004, le visa enfin !! L'euphorie passée, les préparatifs commencent et plus le départ approche et plus le temps semble s'accélérer, si bien qu'à la fin je réalise que je n'aurai pas le temps de dire au revoir à tout le monde comme je l'aurais voulu.
Le temps me file entre les doigts ; l'angoisse, elle, monte lentement mais surement.
Je suis heureuse de partir, mais je me demande comment va être cette vie en anglais, si je vais trouver facilement du travail, des amis. Je doute tout simplement de ma capacité à m'adapter.

13 octobre 2004 : direction Roissy Charles de Gaulle.
On part à deux voitures, je monte avec ma mère, Sylvain monte avec mon frère, mon père ayant déclaré forfait au dernier moment pour cause de migraine. Probablement la contrariété et le stress de me voir partir, il faut dire que le Canada, il n'y croit pas trop. Il est persuadé de me voir revenir quelques mois plus tard, complètement fauchée, mais je sais qu'au fond de lui, il espère se tromper !

L'avion est rempli par un groupe de touristes français, ce qui, comme un de ces signes cachés que moi seule peut décoder, me confirme que j'ai vraiment fait le bon choix en quittant la France.
Ils commencent par demander à un agent de sécurité un tire bouchon pour pouvoir ouvrir leur bouteille de vin dans la salle d'embarquement.
Un autre s'exclame : " c'est où qu'on va déja ? Toroto ?" " nan c'est Tor-ON-to" "t'es sure ??? Tor..ro ... to" " Non, non !!! TO ... RONNNNN ... TO"
Un vrai sketch !
Un coup de chapeau à l'hôtesse qui a supporté leurs mauvaises imitations de l'accent québécois pendant toute la durée du vol.

Les formalités à l'aéroport sont rapides. Aucun commentaire sur le fait que nous avons été sélectionné par le Québec.
Douane, frais pour l'inspection des chats et hop ... taxi.

La nouvelle vie peut commencer. Le plus dur reste à faire.

Ayant un sens de l'orientation inexistant, apprendre à me repérer dans une nouvelle ville me demande de gros efforts.
Heureusement tout est carré !
Au début lorsque l'on me demande mon adresse, je donne systématiquement le nom de ma rue, mais tout le monde s'en fiche, ce qu'on veut savoir ici c'est quelle est l'intersection la plus proche.
C'est comme pour les directions, tout est en fonction des points cardinaux, mais vu ma capacité légendaire à me perdre, Sylvain m'offre une boussole !
Ouf !
Pourtant tous les habitants de Toronto le disent, la meilleure façon de se repérer c'est de chercher la CN Tower qui est au Sud.
Hmm, sauf qu'on ne la voit pas de partout et qu'ensuite on ne sait pas vraiment si on doit aller au Sud ou au Nord, trois pas à l'Ouest ou quatre à l'Est.
Bref, j'ai beaucoup marché. Ensuite j'ai essayé de comprendre le système des tickets de transfert de la TTC (les transports en commun de Toronto), une bonne semaine plus tard et quelques arrachages de cheveux, j'avais compris ! (et j'ai décidé d'acheter une carte mensuelle ....)

Je me suis très vite sentie à l'aise dans la ville. Je ne sais pas qui a apprivoisé l'autre en premier, mais ce que je dois dire c'est que l'alchimie est là.
Il ne faut pas perdre de vue que "moi c'que j'aime c'est le macadam", j'aime la ville en général, j'aime sentir que je peux être anonyme parmi les anonymes, porter des chaussures roses fushias si ça m'amuse, aller au ciné, changer d'avis et aller au musée ou peut être au resto (thai, italien ou japonais ...j'aimerais bien essayer coréen pour changer), puis finalement louer une vidéo et rester chez moi.
Toronto pour ça ne me déçoit pas, bien au contraire ! C'est bien moins cher que Paris et il y a plus de choses à faire ! Les nocturnes des musées, le 24h/24 – 7j/7, des parcs pour les envies de verdure et d'activités de plein air, les magasins le dimanche. On trouve tout, il suffit de chercher ( si si, même du roquefort Papillon et du foie gras frais).
J'aime rêvasser dans le Street Car en rentrant chez moi, guetter la CN Tower entre les tours du quartier financier, tout comme je cherchais inconsciemment la Tour Effeil à Paris.
J'aime rentrer chez moi regarder mon petit jardin et me dire que, finalement, c'est super un jardin en ville. Gouter au calme de ma rue en pensant que le tumulte de Queen Street et de ses clubs branchés n'est qu'à quelques minutes.
La vie en anglais n'est finalement pas trop pesante, surtout que, justement, elle n'est pas entièrement en anglais ! Je développerai surement ce point un peu plus tard ...
5 mois ici ... déjà et seulement .... ! J'ai accompli plus de choses depuis mon arrivée à Toronto qu'en toute une vie à Paris. Trouver un travail, un appart, réapprendre son quotidien.
Je pourrais continuer à en parler pendant des pages et des pages, en attendant je vais sortir de mon bureau pour m'engouffrer dans le métro, à moins que je n'ai le courage de remonter les 2 blocs à pied jusqu'à Dundas pour prendre le Street Car, mon Street Car !
Que vais-je faire ce soir, ce week-end ? Je ne sais pas encore et c'est ça que j'aime ! Me décider au dernier moment entre une multitude de possibilités, pour souvent ne rien faire mais avec la satisfaction de ne jamais pouvoir s'ennuyer.

Tags : Canada anglophone

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