Dernier bilan Déjà, lors de...

Bouh

Dernier bilan

Déjà, lors de la rédaction de ma dernière chronique, je me demandais ce que j'allais bien pouvoir vous raconter. J'avais donc décidé sur un coup de tête de vous faire profiter de quelques lieux communs, avant d'enchaîner la suite ma foi assez naturellement, mais au prix de quelques contorsions mentales visant à me rafraîchir un peu la mémoire sur des évènements que je jugeais dignes d'être racontés.

Aujourd'hui, je me rends compte bêtement que je me retrouve encore devant le même problème. Mais comment diable se fait-il qu'après à peine 1 an et demi, une nouvelle arrivante comme moi ne trouve déjà plus rien à raconter sur son pays d'accueil ? Est-ce que je serais déjà blasée ? Est-ce que par hasard, je considèrerais que ce qui m'entoure n'est déjà plus digne d'intérêt ?
Je rejette d'emblée ces considérations. Non, je ne suis pas blasée. Chaque fois que je regarde autour de moi, je ressens toujours cet émerveillement du premier jour par rapport aux paysages qui m'entourent et aux gens que je côtoie. Qu'est-ce que ça peut bien être alors ?

Finalement, je repense à une conversation que j'ai eue récemment avec mon ami Fabrice, « l'autre français de Ferme-Neuve » (celui qui, vu son drôle d'accent, ne peut être que le chum de la fille, tu sais, celle qui vit toute seule dans l'ancienne maison de Michel Corbeil, mais si ! Tu sais, celle qui bosse aux Amis de la Montagne et qui a des chevaux. Ben évidemment, puisque ça fait plusieurs fois que je vois sa voiture garée devant chez elle. Pis des fois, il repart vachement tard) Bref. Lui là.
Donc, avec mon pote Fabrice, celui qui se gare souvent chez moi parce qu'il a la flemme de faire à pieds les 500 mètres qui séparent nos deux maisons et qui repart tard parce qu'on a matté du Viet Vo Dao à la TV toute la soirée ou qu'on a refait le monde devant un café, on se disait que finalement' Et ben ça avait été facile. Très facile. Trop facile peut-être ???

Lui, il a trouvé du boulot tout de suite (en région, évidemment, parce qu'à Montréal, il y aurait eu plus d'offres, mais aussi plus de postulants'). Il a réussi à se payer une voiture, à s'acheter une canne à pêche, un kayak et une paire de ski de fond. Il a réussi à se faire une bonne gagne d'amis et à se trouver un idyllique colocataire québécois. Et finalement, dès qu'il aura trouvé le moyen de monter son propre club de Viet, il aura enfin réuni tous les ingrédients qui suffisent à son bonheur.

Quant à moi, pour le moment, je n'ai pas eu la partie beaucoup plus difficile. Malgré quelques petits coups de blues passagers, malgré l'épée de Damoclès toujours suspendue au dessus de mon compte en banque, et malgré mon Kia Sportage qui mériterait à peine de trôner dans une casse auto, on peut dire que je m'en sors particulièrement bien.
Je vis dans un décor de cinéma, j'ai été adoptée par tout le village (à moins que les ragots méchants ne me soient pas encore parvenus aux oreilles), j'ai une vie trépidante qui me laisse à peine le temps de souffler, j'ai un travail qui me passionne (pour lequel finalement je n'ai pas eu à beaucoup chercher), j'ai un centre équestre à moi toute seule, j'ai une famille et des amis supers qui se relaient à tour de rôle pour venir me voir, et j'ai moi aussi toute une gagne de potes locaux.

Bref, Fabrice et moi, on se regarde, ahuris, ébahis, et on se dit qu'on ne comprend toujours pas pourquoi ils sont encore des millions à se marcher sur les pieds dans le métro parisien.

On sait bien sûr que le processus d'immigration n'est pas aussi facile pour tout le monde, qu'il y a sans doute bien des malchanceux, des attentistes, des incompris, des « maudits », des frustrés, des nostalgiques, des introvertis, des idéalistes, des gens qui se cherchent et qui n'ont pas encore réussis à se trouver, ou des éternels mécontents, mais' Pour nous, ça n'a pas été le cas.

Tout ceci, me direz-vous, n'explique pas pourquoi je n'ai toujours rien à raconter dans mes chroniques. Et bien je crois que j'ai finalement trouvé les réponses à cette question.

D'abord, je n'ai pas le temps de réfléchir à des sujets « profonds ». Je ne suis jamais chez moi, virevoltant toujours à droite ou à gauche. Je ne regarde pas la télé, je ne peux donc pas commenter l'actualité. Je n'ai pas fait d'études philosophiques, économiques ou sociologiques, et je ne peux donc disserter qu'avec difficultés sur ce genre de sujet. Je ne m'appelle pas non plus Balzac, et mes descriptions se limiteront toujours à quelques mots, toujours les mêmes, ressassés inlassablement jusqu'à ce que vous en soyez tannés. Je n'habite pas une grande ville, et je peux donc difficilement vous embarquer dans un tour d'horizon sur plusieurs mois. Je participe activement à la vie culturelle de ma région, certes, mais de là à la commenter' Et puis mes loisirs sont plutôt rares, et je ne me vois pas vraiment vous raconter mes quelques sorties en kayak ou en raquettes, le barbecue chez le voisin ou ma dernière sortie ciné - Tim Horton's'
Car finalement, comment peut-on parler inlassablement de ce qui nous parait maintenant naturel ? Car même au bout de seulement un an et demi, et sans fausse modestie, je crois que j'ai déjà réussi à me fondre dans le paysage et à faire mon trou. Bref, j'ai l'impression de m'être déjà bien intégrée.

Bien sûr, dans la vie, rien n'est immuable, et rien n'est jamais acquis. Il faut toujours se battre pour garder ce que l'ont a réussi à construire, et il faut toujours poursuivre sa propre quête du bonheur. Car le rêveur est ainsi fait. Lorsqu'il a atteint les objectifs qu'il s'était fixé, il ne s'en contente déjà plus, portant son regard vers des cieux encore plus lointains, encore plus inaccessibles. Et il s'attaque à la réalisation de ces nouveaux projets.

Pour le moment, je me situe dans une brève et bienheureuse période transitoire : celle qui se situe entre un rêve réalisé, et un autre à venir. D'ailleurs, c'est ça ma définition du bonheur. C'est précisément cette période fugace et fragile pendant laquelle on est fier de ce qu'on a déjà accompli, mais qu'on sait que tout reste encore à faire.

Alors voilà, je pourrai vous parler encore et encore de mes chevaux, de mes promenades dans la montagne du Diable, du déneigement de mon toit, de mon boulot, du ciel rose qui se reflète dans le lac à côté de chez moi et qui sublime les collines aux alentours. Mais je sens que je me répète, et je ne veux pas finir par vous lasser.

C'est pourquoi, vous l'aurez deviné sans doute, ceci sera ma dernière chronique. Je vais laisser ma place à un nouvel immigrant, qui saura vous faire vibrer par le récit de ses premières impressions, de ses premières réactions, de ses premières joies et de ses premières peines. Ou bien peut-être choisira t-on pour me remplacer quelqu'un qui vit ici depuis longtemps et qui saura apporter une réflexion un peu plus approfondie sur notre nouveau pays d'accueil.

Rassurez-vous cependant (ou plaignez-vous !), je ne vous laisserai pas complètement tomber. Les gentils commentaires que vous avez apportés suite à mes chroniques me sont toujours allés droit au coeur, et c'est ainsi que j'ai pu constater, souvent avec surprise, que vous attachiez de l'importance à mes récits.
Libérée de la pression d'avoir à produire un écrit à intervalle régulier, je reviendrai donc de temps en temps pour vous faire un petit bilan de ma situation, pour vous faire vivre une prochaine partie de pêche, pour vous relater quelque rencontre inédite, un prochain retour en France, ou pour vous raconter comment je vais réussir à acheter ma ferme et à y installer mon premier bison' Et puis je vais revenir de temps en temps, simplement pour vous empêcher d'oublier que la vie est belle dans les Hautes-Laurentides !

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Partie de pêche et petit...

Bouh

Partie de pêche et petit cours d'histoire.

Oyez oyez chers lecteurs ! Me revoici, enfin !
Premièrement, je voudrais vous adresser mes plus plates excuses pour avoir raté mon tour de chronique le mois dernier... Et d'autres excuses aussi pour encore être en retard ce mois-ci. Mais « tout vient à point à qui sait attendre ! » dit-on.
Enfin il faut le dire vite quand même, car pour moi, ça n'a pas marché ben fort ces derniers temps, et je dois bien reconnaître que l'inspiration me manque depuis quelques semaines. Et au moment où mes doigts pitonnent sur le clavier, je ne sais d'ailleurs toujours pas de quoi je vais bien pouvoir vous parler.

Commençons donc par un brave « lieu commun », comme les appelle mon cher ami Claude. Vous savez ? Les « lieux communs » sont ces petites phrases de rien, qui semblent a priori inutiles et dénuées de sens, mais qui sont d'une importance vitale quand vous vivez dans un village de 3 000 âmes.
Je vais d'ailleurs vous donner un exemple : lorsque vous rencontrez votre voisin trois fois par jour au grés de vos déplacements professionnels ou personnels (poste, épicerie, bar local, aréna), vous vous devez de trouver le juste milieu entre l'indifférence totale (ça pourrait le vexer, même si au bout de la troisième rencontre, vous pourriez malgré tout y prétendre), et une conversation trop pointue, ce qui pourrait finir par vous faire perdre un temps précieux et qui ne servirait à rien car au bout de trois rencontres, il est déjà au fait de tous les potins locaux de toute façon.
Le juste milieu, ce sont donc ces fameux « lieux communs » du genre : « Y a plus de saisons », ou bien « ça pousse en tabarouette ! (le gazon du jardin) », ou encore « fait chaud hein ? ».
Ce qu'il y a de bien avec les lieux communs, c'est qu'ils s'adaptent naturellement à toutes les saisons. En hiver, il vous suffit de remplacez « fait chaud hein? » par « fait frette hein ? », et le tour est joué !

Faque ! Revenons à nos moutons, je vais donc commencer cette chronique par vous parler du temps qu'il fait. D'une part parce que je me rends compte que la météo est un sujet de conversation inépuisable ici, et d'autre part parce que cela va me permettre de faire d'une pierre deux coups et de répondre à la première question que tous les français me posent lors de nos conversations téléphoniques.
Donc bonnes gens sachez le, il fait CHAUD ! Même très chaud. Mais j'aurais écrit cette chronique la semaine dernière, mon discours aurait été tout autre. Du jour au lendemain, on est passé de la pluie avec une température extérieure n'excédant pas 1° à un soleil radieux avec 32°. Croyez-moi, ça surprend !!
Finalement, la chose importante que vous devez savoir, c'est que nous avons déjà ré-inauguré la piscine de la ferme. Début juin, c'est appréciable !

Et voilà. Déjà une demi page Word de remplie, et je ne vous ai encore rien raconté d'extraordinaire. C'est ça la magie des lieux communs !

Pendant que je vous écrivais ces quelques lignes, mon esprit s'est envolé vers mon ami Willi Heine et sa pourvoirie. L'homme est un phénomène, il faut donc que je vous en parle.
Willi est un allemand de 60 ans, qui a décidé de venir vivre sa retraite au Québec. Pour lui, pas de problème de visa' Les autorités ont juste jeté un rapide coup d''il sur son compte en banque et on décidé de fermer les yeux sur le nombre de points qu'il a acquis lors de sa demande préliminaire d'immigration.
Willi a donc vendu sa prospère compagnie en Allemagne pour débarquer à Sainte-Anne-du-Lac, petit bled paumé au bout du bout du monde. Là, il a fait construire belle une maison en bois tout confort, avec spa, sauna, grand écran et 5 000 chaînes de télé du monde entier. Dans le garage attenant, le gros pick-up Ford côtoie ses quatre motoneiges, achetées pour des visiteurs occasionnels.
Passionné de chasse et de pêche, Willi a voyagé partout dans le monde et a rapporté une quantité de trophées impressionnante, qu'il a bien sûr importé d'Allemagne pour décorer sa « cabane au Canada ». Et comme il n'avait pas envie de s'ennuyer, tout seul au fond des bois, il a décidé d'acheter une pourvoirie ! D'un naturel enjoué, il s'est vite fait accepter par tous les employés grâce auxquels il tente (difficilement) d'apprendre quelques mots de français. L'anglais n'étant pas non plus son point fort, nous mixons allègrement les trois langues pour essayer de nous comprendre.

Mue par ma curiosité naturelle, et à l'occasion d'une petite visite de courtoisie, me voilà donc embarquée dans le pick-up pour une visite en règle du domaine. Mon Willi est aux anges, il a enfin trouvé son paradis. Il est d'ailleurs intarissable et il n'en finit pas de s'extasier sur la beauté des lieux. Il se plait à dire qu'il possède 14 lacs, 12 chalets, une rivière, et un jardin de 100 km... De quoi faire frémir ceux qui végètent dans leur petit appartement parisien.
Je plaisante en le surnommant « King Willi », ce qui ne manque pas de le faire rire, mais je sens qu'il gonfle sa poitrine comme un petit coq. Il en est fier de sa pourvoirie, et il a raison. Les lieux sont tout simplement enchanteurs. On se croirait au bout du monde, on entend absolument rien. Pas de bruit de voiture ou de camion, pas d'avion dans le ciel, pas de cacophonie de la ville. Des arbres, des lacs, des orignaux qui viennent boire sous notre nez et des oursons orphelins qui viennent nous faire un petit clin d'oeil.
A la fin de la journée, après la visite terminée, il me demande si je veux emmener du poisson pour mon souper. Je réponds que j'en serais ravie, et je le vois partir en trottinant pour aller préparer sa canne à pêche ! Moi qui croyait bêtement qu'il allait le sortir de son congélateur, je déchante rapidement. Combien de temps ça va prendre pour pêcher un repas ? Je me souviens vaguement d'une partie de pêche avec mon oncle quand j'avais 7 ou 8 ans, et je me rappelle que j'avais passé trois bonnes heures à attendre qu'un vilain poisson chat veuille bien mordre à mon hameçon'
Willi, lui, est confiant. Sur le lac qu'il a choisi, il n'y a pas de poisson chat, rien que des truites mouchetées affamées. Il lance sa ligne avec vigueur. Et au bout de deux coups, un premier poisson se retrouve dans le seau !
Ca a l'air facile, je m'intéresse de plus en plus. C'est à mon tour d'essayer. Je rechigne à accrocher le vers de terre à l'hameçon. Beurk. Je me fais traiter de « pêcheur du dimanche ». Qu'à cela ne tienne, je le revendique !
Je ferme le clapet de mon allemand lorsque mon premier lancer accroche un poisson frétillant. Mon ego s'émoustille ! Je tente de ferrer la bête, je m'emmêle, je tire trop, pas assez, le coup de poignet est raté' Bref, le poisson s'échappe. Je grogne.
Au bout de trois autres lancers, j'ai attrapé deux autres poissons, qui ont encore réussi à s'échapper. Je prends des conseils avisés' En allemand' Et après ça, on s'étonne que je n'y arrive pas !
Finalement, ma patience sera récompensée. J'attrape mon premier poisson, pose pour la traditionnelle photo, et reçois les félicitations du maestro.
J'esquive discrètement le moment de tuer les pauvres bestiaux pour les vider et les nettoyer, et je repars finalement avec mon sac plastique contenant 3 belles truites mouchetées.
La préparation des truites est super facile. Un peu de sel, de poivre, et hop ! Dans la poêle. Mes amis. Un régal !

L'invitation suivante est déjà lancée, mais cette fois, on va prendre son temps. Le lac sera plus grand, on va y aller en chaloupe et avec une petite gagne d'amis, on va préparer la pitance sur le champ grâce à un bon feu de bois en admirant le coucher de soleil comme des vrais Robinson Crusoé. Ensuite, on dormira dans l'un des chalets et on se réveillera en même temps que le soleil pour aller prendre un bain et pêcher encore une fois notre petit-déjeuner. Des amateurs ??

Bon, trêve de plaisanterie, il est temps de parler de boulot maintenant. Car à m'entendre, on pourrait croire que je suis en vacances tout le temps !
Que nenni, la réalité est tout autre, et c'est bien difficile. Imaginez-vous ! Je dois me réveiller le matin vers 8 heures, pour commencer à bosser à 8h30. Ici, pas de métro, je dois donc marcher pendant au moins 5 minutes ! Un comble n'est-ce pas ?
Au bout d'une heure à peine, ma chef ose me proposer de quitter mon bureau climatisé pour aller battre la campagne pour une séance de photos car parait-il, la lumière est bonne aujourd'hui. Je renacle. J'ai horreur d'aller me promener au soleil pour aller poser quelques-uns des plus beaux paysages qui composent ma région et que je dois immortaliser pour vendre tout cela aux touristes. Et après, il parait que je vais devoir concevoir des présentations Powerpoint, rédiger des chroniques pour les faire paraître dans les journaux locaux, travailler sur une informatisation du bureau d'accueil touristique, repenser le site Internet de l'association, triturer des statistiques sur Excel, participer à la réflexion sur un plan de développement quinquennal pour la montagne du diable' Bref, tout ce que je déteste ! A 16h30, la journée est ENFIN finie !
Et à 16h35, je suis à cheval.

Bref, vous l'aurez compris, j'adore mon nouveau métier' Et ce qu'il y a de merveilleux dans le fait de travailler dans l'industrie touristique, c'est que je découvre des documents passionnants qui traînent ici et là dans mon bureau. Comme par exemple ce livre qui célèbre les 100 ans de mon village ! Historique complet, photos d'époque et j'en passe !

Imaginez. Bien avant l'arrivée des premiers colons, quelques familles amérindiennes avaient établi leur campement d'été au pied de la montagne du Diable pour y chasser. A l'approche de l'hiver, elles repartaient traditionnellement plus au sud pour y rejoindre d'autres familles. Leur survie était alors assurée par la mise en commun des produits de leurs chasses respectives.
Vient ensuite l'époque des coureurs des bois, qui partaient de chez eux durant de longs mois pour faire le plein de fourrures qu'ils revendaient aux postes de traite.
Au 19e siècle, les coureurs des bois cèdent leur place aux bûcherons, qui ont toujours convoité ce territoire riche en pin blanc et rouge. La multiplication des chantiers forestiers amène l'ouverture d'une importante ferme forestière : « la ferme de la montagne ». Elle servait de poste de ravitaillement pour les bûcherons.
La ferme est ensuite vendue à Cyrille Lafontaine, qui se charge d'y envoyer son fils, Léonard, alors âgé de 18 ans. Ce dernier devient donc le tout premier « résident permanent » de la place.
Six ans plus tard, Cyrille viendra rejoindre son fils et s'installera définitivement sur la ferme avec toute sa famille. Les « Lafontaine » sont donc considérés comme les fondateurs de ce qui prendra le nom de Ferme-Neuve en 1901.

En feuilletant mon nouveau trésor avec l'avidité d'une gamine, je tombe sur un « hommage aux aînés ». Tous nés avant 1911, ils étaient encore vivants en 2001 lorsque ce livre a été rédigé. Ils témoignent des temps anciens, de cette époque où ils ont tout quitté avec leur famille pour venir s'établir là où il n'y avait rien, ou encore si peu' Ils ont connu la fondation du village, ces terres qu'il a fallu défricher à la main pour planter quelques pommes de terre, ces chevaux et ces b'ufs sans lesquels ils n'auraient pas pu survivre. Ils ont connu les hivers difficiles, sans eau courante ni électricité. Ils ont été les premiers bâtisseurs du village que l'ont connaît aujourd'hui.
A côté de leur photo, on peut lire un résumé de leur vie. Je m'amuse à épeler ces prénoms qui me sont étrangers, mais dont la consonance me plaît. « Rosina, Josaphat, Omer, Ovide, Aldéa, Aldège, Athanase, Donalda, Hermas... ». Je reste éberluée devant leur nombre d'enfants. En dessous de 10, cela reste rare. La palme revient à Rosina Aubin Piché, qui a élevé 22 enfants ! Elle a actuellement 93 petits-enfants, 195 arrières-petits-enfants, et 23 arrière-arrière-petits-enfants. Comment fait-elle pour se souvenir du prénom de tout le monde ?
Dans la vie, ils ont été majoritairement fermiers, parfois bûcherons ou commerçants. L'un d'eux est devenu chauffeur de l'un des premiers camions de l'époque, en 1928.

Je suis une nostalgique de cette époque que je n'ai pas connue. Celle des coureurs des bois, celle des premiers colons, celle des bâtisseurs. Arriver quelque part où il n'y a rien, et en faire quelque chose. Quelque chose de si bien, et si vite, que 100 ans plus tard, ce village n'a rien à envier à personne.
D'un autre côté, ils ont eu la délicatesse de laisser quelques petits lopins de terre encore vierges, pour des gens comme nous, ceux de ma génération. Et c'est ce qui fait mon bonheur ici, cette impression que tout est encore neuf, à l'état brut, que tout doit être peaufiné. L'impression aussi d'avoir à bouger pour les choses continuent d'avancer, d'être maître de son destin et qu'à mon niveau, je me sente capable de compter, d'exister, sans me sentir noyée dans une masse informe de citadins pressés et conditionnés.

PS : Pour Claude : Ici, on appelle les crapauds locaux des ouaouarons. Je suis sure que le mot va te plaire. Crois-tu qu'on peut les faire exploser même si on n'a pas de cathédrale ?

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Virage professionnel Olé !! Me revoilà...

Bouh

Virage professionnel

Olé !! Me revoilà ! Et en grande forme cette fois-ci, rassurez-vous !

Dans ma chronique précédente, j'avais promis de vous parler d'un phénomène étrange, inconnu de moi jusqu'à lors, mais qui m'a sauté à la face récemment.... Chose promise, chose due, je vais donc vous entretenir de ce que j'ai appelé : l'éparpillement professionnel.

Si vous suivez un peu mes chroniques, vous savez donc que le premier jour où je suis partie avec un CV en poche pour chercher du boulot, je ne suis pas allée frapper à n'importe quelle porte. En effet, j'avais déjà dans l'idée de travailler pour une association de la région qui s'occupe de développer et de valoriser l'environnement, en particulier le secteur de la Montagne du Diable. Sans détour, j'ai donc demandé à rencontrer le Big Boss, Môssieur Romain. Au bout de dix minutes d'entretien, il était malheureusement clair qu'il n'avait pas les moyens d'embaucher une personne de plus. Cependant, c'est lui qui, ce jour là, m'a suggéré de collaborer avec mon pote Mario pour créer un centre équestre, et qu'il s'engageait dans ce cas à ce que tous les sentiers de la montagne du Diable me soient accessibles. Dès ce premier jour de recherche d'emploi active, l'occasion de réaliser mon rêve de gamine était déjà à ma portée....
Sitôt dit, sitôt fait, je me suis donc lancée dans mon plan d'affaire, et au mois de juin, j'ai ouvert les portes de ma baby compagnie : « Windigo Découverte ». Et d'un....

Puis, après une saison d'été que je qualifierais de « pas pire », sont venues les périodes dites « creuses », voire disons-le sans détour, carrément mortes....
L'idée de trouver un autre travail commençait déjà à me trotter dans la tête, et c'est là que, sous les pressions de mon ami Kees, je suis allée postuler pour un poste d'infographiste à temps partiel. Autant dire tout de suite que j'y suis allée à reculons, car rien que le mot « d'infographiste » me laissait perplexe. Finalement, après avoir rencontré la patronne du journal local, je suis revenue avec un boulot de journaliste pigiste ! Et de deux....

A la fin de l'été, ma voiture décide de me laisser tomber.... Je constate alors l'urgence de trouver un « vrai » travail pour pouvoir payer les réparations de mon char et passer l'hiver au chaud. Pas question cependant de laisser tomber Windigo Découverte qui est l'emblème de mon rêve québécois, ni le journalisme qui est une job franchement passionnante même si ça paye 2 factures sur 10.
Sans trop chercher, je suis embauchée deux jours plus tard dans une entreprise de Mont-Laurier en tant que secrétaire réceptionniste.... Et de trois !

Je commence déjà sérieusement à jongler avec mon emploi du temps....
L'hiver se passe ainsi.... Et puis vient le printemps, et ses montées de sève....

Un beau jour, je reçois un appel téléphonique d'un gars qui veut créer un nouveau journal sur les camions.... Il a eu mon nom par l'ami d'un ami, et il veut que j'écrive des articles....Je lui dit franchement que je le remercie, mais que je n'ai pas vraiment de temps à y consacrer. Et puis les camions, j'aime ça, mais je n'y connais rien. Le monsieur en question me jure que ça ne me prendra pas beaucoup de temps, que c'est bien payé, et pour finir de me convaincre, il me dit qu'il est co-actionnaire de la grosse imprimerie de Mont-Laurier, et co-propriétaire de la seule et unique radio locale....Le mot « réseau » danse devant mes yeux et devant l'argument massue, j'accepte.... Il y a des invitations qui ne se refusent pas....
Et de quatre.... Vous suivez toujours ?

Un jour où je n'avais rien de spécial à faire (ça commence à se faire rare....), je décide de rendre visite à un ami qui a ouvert une tannerie traditionnelle. Il a monté sa compagnie un an avant moi, et on s'était connus lors du concours québécois en entrepreuneuriat. On jase pendant toute l'après-midi, il me fait visiter son antre, et me décortique le processus de tannage, qui consiste à préparer les peaux que lui ramènent les trappeurs et chasseurs de la région. Castors, ratons laveurs, ours, loup, coyote, il y a de tout. Ca m'intéresse beaucoup.
Il me dit que son principal problème réside dans le fait qu'il a tellement de demandes qu'il passe tout son temps à tanner ses peaux et qu'il n'a donc pas le temps de les vendre ! Un petit démon me murmure à l'oreille.... Je sais que je dispose du réseau de connaissances nécessaires à ce genre de commerce. Il serait facile pour moi de lui emprunter quelques peaux et d'aller les vendre, moyennant une certaine commission, à tous mes chums qui ont des pourvoiries pleines de touristes.... Pour mon copain Clément, l'affaire est déjà conclue, et on décide de se recontacter à la fin du mois d'avril....Je rentre chez moi en pensant à tous ceux qui sont persuadés qu'en région, il n'y a pas de travail.... Et je rigole. Et de cinq.... presque....

Sur ces entrefaites, mon pote Romain me téléphone. Vous savez, celui de l'association ? Il voudrait que je participe occasionnellement au montage d'un projet touristique pour développer un circuit de canot camping sur la rivière du Lièvre. Il faut rédiger le projet, le présenter pour avoir des subventions, suivre son état d'avancement etc.... Là, ça m'intéresse tellement que je ne réfléchis même pas et j'accepte.... et de Six....

Je raccroche le téléphone et je me rassois. J'ai la tête qui tourne. C'est à ce moment précis que j'ai pris conscience de ce phénomène d'éparpillement professionnel et de ses dangers potentiels. Alors qu'en France je ne m'intéressais qu'à peu de choses, je me découvre au Québec un intérêt pour tout ce qui m'entoure. Le fait que tout soit à l'état brut dans mon coin de pays me donne le vertige. Tout est neuf, tout est à construire, tout est à faire. Et j'ai envie de participer à tout !
Je me souviens alors d'un dicton du genre « qui trop étreint mal embrasse ». En clair, plus je vais vouloir en faire, plus ça risque d'être superficiel. Je le sais, je le sens. Déjà, force est de constater que je n'ai pas été voir mes chevaux depuis une semaine. Mario est là pour s'en occuper, d'accord, mais est-ce une excuse ? Et puis qui va préparer les nouveaux poneys pour la prochaine saison ? Qui va trouver le temps de nettoyer le matériel, de réécrire le site Internet, de s'occuper de la campagne de promotion ? Qui va s'occuper de mes comptes, de répondre à mes e-mails, d'écrire les chroniques pour immigrer.com ? Qui va avoir le temps de s'adonner aux quelques loisirs que je m'étais consacré, à savoir d'apprendre à jouer de la guitare ou à parler espagnol ? Gagner de l'argent est une chose, mais peut-être est-il bon de faire une petite sélection des moyens d'y parvenir... Sans compter que plus on bosse, moins on a de temps pour les amis. Et vu que pour un immigrant c'est déjà rare d'en avoir, il faudrait peut-être penser à ne pas les négliger.

Une remise en question est donc nécessaire... Elle viendra toute seule, par la force des choses.

Vers la fin d'un bel après-midi ensoleillé, le patron de l'entreprise où j'étais secrétaire réceptionniste me convoque dans son bureau. Avec sa façon si particulière d'exposer les faits, Il arrive à me faire croire que je vais être augmentée, pour ensuite me faire penser qu'il va me changer de poste, pour finalement me faire comprendre que j'étais virée.... Les raisons sont obscures, il sent que je suis démotivée (à faire du classement toute la journée, qui ne le serait pas ?), il sait que je suis capable de faire mieux, et il ira même jusqu'à prétendre qu'il me rend service....

A ma grande surprise, le ciel ne me tombe pas sur la tête, et je sens même un petit vent de libération me caresser le visage. Il faut dire que ce poste me rappelait trop celui que j'occupais à Paris, par son côté inintéressant et alimentaire. En tout cas, je ne voyais clairement pas l'intérêt d'avoir quitté ceux que j'aimais pour retrouver ça.
Ceci dit, c'était quand LE job qui me faisait réellement vivre pour le moment.... Et en Amérique du nord, lorsque vous êtes viré, on ne vous laisse pas le temps d'y réfléchir. Une demi-heure après, j'étais déjà revenue chez moi, avec un chèque équivalent à une pauvre semaine de préavis.

Malgré tout, le petit vent de libération qui me chatouillait les naseaux ne m'a pas lâchée. Je suis montée à la ferme pour annoncer avec un grand sourire que j'avais été virée, ce qui a failli faire tomber ma copine Lucie dans les pommes. Même répercussion dans ma famille de France, qui a appris la nouvelle par téléphone. Et c'est là que ça devient intéressant d‘un point de vue sociologique !
L'approche a, je trouve, été complètement différente. Là où Lucie voyait le côté pratique des choses (comment tu vas bouffer ?), ma famille a plutôt eu le réflexe de considérer le côté « honteux » de l'affaire (Tu t'es fait virer ? On ne s'est jamais fait viré nous !! - Ce à quoi j'ai failli répondre en regard aux récents évènements concernant le CPE : « Ben non, parce que personne n'a pu ! »). Mais laissons là les divergences culturelles, le principal étant que tout le monde s'inquiétait équitablement de mon sort.

Pour rassurer toute la gagne, j'avais donc le devoir de démontrer que l'assurance que j'affichais était bien fondée. En effet, je n'avais aucun doute sur le fait de retrouver un travail dans les tous prochains jours. Mon réseau de relations était encore mince, mais j'entrevoyais malgré tout quelques portes qu'il me suffisait d'essayer d'enfoncer.

Ceci dit, j'avais décidé de mettre à profit ce signe du destin pour recentrer mes objectifs professionnels, et échapper ainsi à un éparpillement néfaste. Mes chevaux et mon entreprise restent ce qui reste de plus cher à mon cœur, et il faut absolument que je mette l'accent là-dessus. Hors de question de retrouver une job qui m'oblige à délaisser mon rêve québécois. Un point de réglé, tout devra donc tourner autours de ça. Deuxièmement, je souhaite pouvoir continuer mon boulot de journaliste. Pas que ce soit très payant, mais c'est grâce à ça que j'ai pu commencer à créer un bon réseau de connaissances, et rien n'est plus important par ici. A part ces deux choses là, je suis prête à tout laisser tomber, en attendant d'avoir un peu réorganisé ma vie.

Ayant reconsidéré tout cela, je ne voyais plus qu'un seul eldorado qui me permettrait à la fois de manger convenablement, de m'éclater dans mon travail et de faire la part belle à Windigo Découverte .... Et je suis allée refrapper dès le jour suivant à la porte de.... Romain.
« Romain, ça fait un an que je t'achale pour que tu m'embauches.... Tu vas bien finir par céder ! Alors maintenant, ce serait le temps !! » Romain plisse les yeux et je vois sa moustache frémir, signe d'un sourire discret. « Justement, on parlait de toi l'autre jour.... »

Et à l'heure où je vous parle, je commence mon nouveau travail après-demain...

Des morales à cette histoire, il y en a sans doute plein. Mais je retiendrai surtout ces deux là : « Dieu ne ferme jamais une porte sans ouvrir une fenêtre » et « tout vient à point à qui sait attendre ». Finalement, mon ancien patron avait raison : il m'a effectivement rendu service !

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Petite chronique suisse… Non, rassurez-vous...

Bouh

Petite chronique suisse....

Non, rassurez-vous, je ne suis pas devenue folle, et je ne suis pas non plus allée en vacances en Suisse récemment. Mais voyez-vous, vu le contexte actuel, j'avais deux choix : soit laisser tomber mon tour de chronique ce mois-ci, soit laisser ma place à quelqu'un d'autre ! Alors j'ai choisi la deuxième solution, et n'ayant reçu de Fabrice qu'un « mmmouai.... » circonspect, c'est donc un autre immigrant qui s'est gentiment prêté au jeu de la vérité. Place donc à Lionel, qui nous raconte sa petite histoire !

« Voilà, Katy est encore arrivée devant une page blanche.... Elle m'a proposé à moi le Suisse d'écrire une chronique pour le site, Fabrice (l'autre français de l'entreprise) n'ayant pas eu le courage de le faire.

Qui je suis ?? Un gars qui le 26 juillet 1999 à tout plaqué pour refaire sa vie ailleurs. J'avais décidé de quitter Genève et mon confort suisse pour venir tenter l'aventure au Québec. Bon je vais tout de suite répondre à la traditionnelle question qui est « c'est quoi qui t'a attiré au Québec ». En fait plusieurs choses, comme pour beaucoup d'immigrants, l'espace, la faune, le côté francophone, la gentillesse des gens d'ici, le service offert que beaucoup de Québécois ne voient pas.

Pour la deuxième qui est « c'est quoi qui t'a poussé à partir ». Ca je ne sais pas trop l'expliquer, je n'aimais pas la mentalité des gens à Genève, tout y est superficiel. J'avais besoin de partir, besoin de refaire une vie qui ne me plaisait pas vraiment, aussi pour fuir un peu je pense.

Ce qui m'a manqué le plus de ma vie en Suisse ? La première année, rien du tout. C'est normal dans ma tête j'étais en mode vacances. Puis l'année suivante, les ami(e) ont commencé à me manquer, le net et la webcam c'est cool, mais ça ne remplace pas une bonne soirée, une sortie ou une discussion devant un bon repas. En septembre dernier, je suis retourné à Genève, après trois ans, la ville ne m'a pas vraiment manqué, juste la vieille ville que j'adore. Mais quand nous sommes allés avec mes parents dans notre maison à la montagne, avec les Alpes en face, j'ai eu un regret. Là j'ai eu une révélation, si le Québec ne marche pas ou que pour une raison X je devais retourner vivre en Europe, ce serait en Haute-Savoie.

Ce qui me manque le plus aujourd'hui après plus de cinq années ici ? Mon copain Robert, que je connais depuis l'age de 7ans et qui est comme mon petit frère, mon copain Jean et sa copine, mon amie marina qui est plus qu'une amie pour moi, mes parents bien sûr même si l'on s'appelle tous les dimanches. Sinon ce sont les montagnes, les marchés français, la raclette valaisanne et la viande séchée des Grisons, le chocolat de la Migros....

Heureusement pour moi, mes parents et mon ami Jean viennent souvent dans mon coin pour de courtes vacances. Ils me rapportent les petits produits qui font mon bonheur le temps d'une bouchée. Étrangement la France me manque plus que la Suisse, mais même si j'y retourne régulièrement pour des trop courtes vacances, je remarque que malgré le temps, je garde une petite fenêtre ouverte sur mon pays. Je ne peux m'empêcher d'aller régulièrement sur le site de la Tribune de Genève (www.tribune.ch) pour voir ce qu'il se passe là-bas, j'y vais aussi pour aller sur la section reportage en photo, pour essayer de reconnaître les endroits, ou pour essayer de reconnaître des gens. Je me surprends même parfois à regarder le téléjournal suisse.

Maintenant est-ce que je conseille à d'autres de venir ?.... Oui, mais il ne faut pas s'attendre à ce que tout soit facile. Ici tout recommence à Zéro, le cercle d'ami(e)s, le cercle de contact (amical et professionnel), nos lettres de références pour nos CV n'ont aucune valeur, nos diplômes doivent être évalués par le gouvernement du Québec (pour une centaine de dollars bien sûr), il faut faire du porte à porte pour trouver du job et non envoyer simplement un CV, ici le boss veut voir ta figure, il peut aussi te dire oui et tu commences là de suite à la fin de l'entrevue.

Tout ça pour dire au futur arrivant, qu'il faut une bonne dose de courage et de volonté, et sans doute une bonne dose de folie. Mais le résultat en vaut la peine, personnellement la deuxième année ici a été un cauchemar pour moi, mais j'avais deux choix : rentrer en suisse et choisir la facilité ou me battre pour faire ma place. J'ai choisi la deuxième et quand je vois ou j'en suis aujourd'hui, je suis bien fier de moi. J'ai réussi à avoir un bon job, acheter une maison au bord de l'eau avec ma copine. Et puis le 16 décembre dernier, j'ai eu le plus beau des cadeaux, je suis devenu papa.
Nous avons eu un beau petit garçon du nom de Mathis. Il va être suisse et canadien et je vais tout faire pour qu'il connaisse aussi bien la Suisse que le Canada. Bien sûr, j'ai peur qu'il fasse comme moi et qu'il soit attiré par l'autre coté de la clôture plus tard, et qu'il décide d'aller vivre en Europe.... C'est ça la vie. Je me demande par contre quel sera son langage et quel sera son accent, car j'avoue avoir de la peine à ne pas dire « putain de merde » quand je suis énervé, et j'ai gardé certaines expressions qui font tant rire nos collègues....

Voilà donc ma petite tranche de vie, mon petit témoignage, de toute façon dites-vous que chaque personne vit une expérience unique, bonne ou mauvaise et que la vôtre sera de toute façon différente de la nôtre. Un ami Suisse, a vécu le racisme dans la ville de Québec, moi j'ai au contraire été super bien reçu étant Suisse et je n'ai jamais vécu de racisme. Donc faites une bonne étude de la région qui vous intéresse, faites des recherches et lancez-vous ça en vaut vraiment la peine.

Je termine en disant merci à Katy de m'avoir offert un petit espace dans ses chroniques et pour sa gentillesse, c'est bien agréable de travailler avec elle. En plus, elle a beaucoup d'humour et croyez moi il en faut pour bosser avec Fabrice et moi ! »

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Coup de blues et page...

Bouh

Coup de blues et page blanche....

Ben voilà.... Ca devait m'arriver à moi aussi.... syndrome de la page blanche .... Et en même temps que tous mes collègues chroniqueurs en plus.... La seule différence, c'est qu'ils s'en sont quand même bien sortis eux.... Moi, je rumine.... Je mâchonne mon crayon.... J'ai les yeux dans le vague, je n'arrive pas à me concentrer. Des motoneiges passent dans ma rue à vive allure, ils font un boucan d'enfer, on dirait qu'ils s'amusent à faire le tour du pâté de maisons.... Y a pas idée quand même....
De toute façon, elle tombe mal cette chronique. Le jour J, j'avais trop de choses à faire, et j'ai donc repoussé l'échéance. Et maintenant, j'ai pô envie. Un vieux coup de blues. Ou plutôt, non. C'est pas vraiment un coup de blues, c'est une période de transition. La transition d'une vie à plusieurs à une vie toute seule.

Mon copain Kees est finalement reparti vers sa verte et humide Irlande.... Il m'écrit un petit mail tous les jours, pour me dire qu'il s'ennuie, et qu'il a froid. Elle est bonne celle-là.... Froid à 0°, alors qu'ici, il se promenait dehors en caleçon pour sortir les poubelles par -10°.... Et oui, mais en Irlande, il fait gris, il pleut, et il y a un vieux vent du nord bien glacial.... Bref, c'est humide pas à peu près. C'est vraiment débile que les services d'immigration québécois ne veuillent pas de lui. Et pourquoi ? Parce qu'il est trop vieux. Il a 59 ans ! Vous vous rendez compte ? Un croulant ou je ne m'y connaît pas. Mais des croulants qui partent pendant un mois pour aller faire une randonnée à vélo ou qui marchent 1600 kilomètres pour aller à Saint Jacques, je voudrais bien en voir tous les jours. En plus, je suis sure que la moitié du village de Ferme-Neuve serait d'accord pour signer une pétition pour qu'il revienne. Pensez donc ! La chorale vient de perdre sa plus belle voix de basse, Mario a perdu son coéquipier de galère quand le tracteur ne marchait pas et regrette l'ami qui l'aidait à faire tous les petits travaux de la ferme. Guillaume a perdu son pote de bagarre et de construction de château fort dans la neige, Pitoune et Puce ont perdu celui qui les avait dressées à venir au galop sur un simple coup de sifflet (en passant, j'ai essayé toute ma vie le coup de Zorro qui siffle son cheval, et ça n'avait jamais marché....). Jules perd son professeur d'anglais, Lucie perd son plus fervent admirateur, Pierre perd son adversaire aux échecs, André-Jean pleure son confident, et l'industrie touristique de la région se prive du seul gars du coin qui pouvait parler 5 langues.... Quant à moi, je perds tout cela, plus tout le reste.... Parfois, on souhaiterait que les services de l'immigration laissent tomber leurs œillères et qu'ils fassent du cas par cas. Enfin bref. Le voilà reparti dans ses pénates, mon chum hollandais. Il reviendra sans doute en touriste, un de ces jours....

Pour rendre les choses un peu moins difficiles, Kees a cédé la place à ma mère, qui arrive avec sa doudoune et ses grosses valises. Elle vient passer ses vacances avec moi, pour goûter enfin à cet hiver québécois que tant de monde redoute. Moi, je suis aux anges. Quel plaisir d'avoir sa môman à la maison ! On se lève, le petit déjeuner est déjà prêt, et la vaisselle est expédiée. On rentre du travail, on a droit à de bonnes crêpes toutes chaudes, le repassage est fait, la cour déneigée, la maison sent bon le propre, le souper est sur le feu.... Ahh !! Qu'il est bon de se faire dorloter comme quand on était petit !! On oublie pour un moment la folie de l'immigration et on retrouve les plaisirs de la vie de famille. On prend le temps d'un petit apéritif, on se raconte notre journée, on fait les plans pour le lendemain.... Quel bonheur !
Ma mère avait tout emporté en vue de rester scotchée dans la maison, vu qu'on lui avait dit que février était le mois le plus froid. En fin de compte, elle aura passé 15 jours dehors, à humer le bon air. Ski de fonds, raquettes, promenades à pieds, elle a découvert tout un univers auquel elle ne s'attendait pas.... J'avais réussi à prendre un ou deux jours de congés pendant sa visite, et on est partie toutes les deux pour une grande promenade en raquettes sur la montagne du diable. Quel enchantement ! Les arbres sont de vrais fantômes, croulant sous le poids de la neige. C'est à peine si on peut voir leurs branches. On passe sous des ponts de glace, on se laisse glisser dans les descentes, on se laisse envahir par la magie des lieux et par le calme qui y règne. On écoute religieusement le silence, on est à des millions de kilomètres de la vie trépidante des cités. Arrivées au refuge, on regrette que le temps se soit couvert, nous empêchant de contempler l'extraordinaire vue de la paroi de l'aube, mais ce n'est pas grave. On promet de revenir de toute façon....
C'est le cœur un peu lourd que je la ramène, elle aussi, à l'aéroport. Comme le dit si bien Kees : « la vie d'un immigrant, c'est de ramener sans cesse ceux qu'on aime à l'aéroport ». D'ailleurs, on le connaît par cœur ce fichu chemin de l'aéroport. On pourrait conduire les yeux fermés.
Cette fois-ci, la traditionnelle question reste coincée au fond de la gorge : « on se revoit quand ? ». Pour une fois, personne n'a la réponse. Ou plutôt si, mais on ne veut pas la donner. Ma mère ne pourra pas revenir cette année, et moi, je ne pense pas repartir avant le mois de novembre. Ca fait loin, tellement loin qu'on ne veut même pas compter le nombre de mois. Alors on laisse la question en suspend, au cas où....

Et voilà. Après tout ça, me revoici toute seule chez moi. Pour ne pas arranger les choses, je trouve deux lettres, provenant de mon ancien employeur français.... Stupeur.... C'est quoi ce truc ? Finalement, je découvre deux cartes de vœux, écrites collectivement par tous mes anciens collègues de deux services différents. Chacun y va de son petit mot, ils sont tous aussi touchants les uns que les autres.... Séquence émotion.... Larmes aux yeux. Ils me manquent....
Et je suis contente d'avoir quelques nouvelles des bonzaïs....

Comme la dernière fois que ça m'est arrivé de me retrouver seule, je sais qu'il me faudra un petit temps de réadaptation, mais que tout ira bien par la suite. Déjà, pour mon premier week-end en solo, je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer. Mes fermiers préférés avaient vaqué chacun à leurs occupations, me laissant pour deux jours la garde de la bergerie.... en pleine période d'agnelage ! Alors j'ai donné à manger à tout le monde, vidé les seaux de glace pour les remplir avec de l'eau pas gelée, caressé les bébés déjà nés, rentré les brebis qui vont agneler, supervisé les accouchements, surveillé les nouveau-nés pour qu'ils tètent leur mère.... Cool non ? C'est ça qui est bien quand on s'occupe d'animaux.... On a pas le temps de penser à ses propres petits soucis, et ça vous remet vite les pieds sur terre.
Demain aussi, je vais recommencer une nouvelle semaine de boulot, et je sais que mes collègues vont tout mettre en œuvre pour me booster. C'est ça qui est incroyable ici. Les gens sont vraiment attentionnés. On connaît l'histoire de tout le monde, et on est très attentif au moral des troupes. Alors tout le monde va y aller de sa petite parole gentille, de sa petite invitation, ou que sais-je. C'est vraiment touchant, et ça vous redonne un coup de fouet en un rien de temps.
Et puis enfin, il y a mon nouveau projet. Enfin je n'en suis pas l'instigatrice, mais j'ai été contactée pour participer à sa mise en œuvre, et j'ai bien l'impression que cela va m'ouvrir de nouveaux horizons. Il s'agirait de développer un nouveau circuit touristique de canot camping dans la région des Hautes Laurentides. Imaginez un réseau de plusieurs centaines de kilomètres de rivières et de lacs, emprunté autrefois par les amérindiens pour leur commerce de fourrures, utilisés ensuite pour la drave, et oubliés depuis.... Quel dommage.... Alors il a été décidé de rouvrir les voies ancestrales, de les mettre à portée de tous, et de les agrémenter de panneaux informatifs et thématiques, racontant la faune, la flore, et l'histoire de la région, des pionniers jusqu'à nos jours. En tout cas, c'est un projet carrément passionnant.

Je crois d'ailleurs que j'ai déjà trouvé le thème de ma prochaine chronique : comment essayer de réussir professionnellement au Québec quand tout nous intéresse, en évitant les dangers de l'éparpillement....

Mais pour le moment, je vais m'affaler devant ma télé avec mon paquet de chips.... En essayant de raisonner mes chats qui foutent le bazar dans toute la maisonnée depuis une heure....

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Activités d’hiver 20ème chronique !! Ouf...

Bouh

Activités d'hiver

20ème chronique !! Ouf. Merci à tous ceux qui ont eu le courage de suivre mes aventures jusqu'ici ! Alors.... Qu'est-ce que je pourrais bien vous raconter cette fois-ci ? Et si on restait dans les plaisirs de l'hiver au Québec hein ? Après tout, vu qu'il dure au moins quatre mois, c'est normal qu'on en parle beaucoup.

Un jour, mon voisin est venu me prévenir qu'il serait bon que je déneige mon toit. Je le regarde, les yeux ronds. Vous me voyez, moi, petite française qui a le vertige, m'amuser à grimper à l'aide d'une échelle sur un toit glissant pour faire mumuse avec une pelle ? Je commence donc par m'enquérir du bien fondé de la chose. Il est vrai qu'il a beaucoup neigé ces derniers temps, et qu'il y a environ un pied et demi de neige sur la couverture. Héhé. C'est l'hiver, il y a de la neige, so what ??

Et bien bonne gens, vous ne pouvez même pas imaginer le poids qu'un pied et demi de neige exerce sur votre fragile charpente. Et pour un peu que la météo capricieuse décide de vous envoyer de la pluie ou du verglas par-dessus tout ça, et bien cette pression sera encore démultipliée ! Alors pas le choix, il faut y passer. Je pioche à droite à gauche les outils nécessaires. Une échelle chez le voisin numéro 1, un scraper chez le voisin numéro 2, un peu d'aide chez.... personne ! Tous mes potes sont partis faire du ski de fonds. Damned. C'est pourtant le jour idéal pour déneiger un toit que diable !

Juste une petite parenthèse pour vous expliquer sommairement ce que c'est qu'un scraper.... C'est un genre de pelle-luge, que vous pouvez pousser ou tirer selon votre envie. La pelle est large, et posée par terre. Vous, vous tenez un espèce de manche en arc de cercle (imaginez un truc comme sur une poussette de bébé). Vous ne soulevez pas la pelle, vous ne faite que la planter dans la neige, et ensuite, vous tirez le tout vers vous. Il parait que ça épargne votre dos.... Mouais.
Ensuite, il y a deux façons de procéder. La façon masculine, « nice and easy », comme dirait mon ami Kees, et la façon féminine, « à la Bouh ». Vous poussez votre pelle en courant, pour la planter bien profondément dans votre gros tas de neige (pour que ça aille plus vite). Ensuite, vous pouvez à peine la retirer tellement elle est lourde. Et enfin, vous suez comme une vache pour tirer votre chargement jusqu'à la route. Pis à la fin, vous poussez, soulevez, tirez et jurez pour vider votre neige bien compacte qui se trouve dans votre scraper. Au bout de trois coups, vous maudissez le Québec.... le scraper.... Et vous reprenez votre pelle à neige traditionnelle.

Petite parenthèse fermée, me voici donc maintenant sur mon toit, après une laborieuse montée d'échelle (ben oui, il a en plus fallu monter le scraper !). J'ai de la neige jusqu'au genou. Je me taille un chemin vers le sommet. Finalement, tant qu'il y a de la neige, ça ne glisse pas du tout. Mais dès qu'on commence à l'enlever, ça devient une vraie patinoire ! Le scraper n'est décidément pas un engin pour moi. Deux fois j'ai failli être emportée en bas de mon toit par son poids quand il était rempli de neige. Au diable donc les bons conseils de mon voisin, on va reprendre la bonne vieille pelle. Au bout de deux heures, le toit est vidé de son fardeau. Petit conseil au passage : il faut toujours laisser une petite couche de neige sur votre toit pour contribuer à l'isolation, et pour que les éventuelles pluies verglaçantes n'endommagent pas votre couverture.

Là, vous croyez en avoir fini, et vous êtes fier de vous ? Et bien que nenni. Parce que toute la neige que vous avez jetée en bas de votre toit se retrouve à présent dans votre allée de garage ! Et vous devez recommencer la job pour pouvoir libérer votre voiture (qui marche encore pas, alors on s'en fout me direz-vous, mais c'est pour le principe). Et hop ! Encore 2 heures de dur labeur.
Je peux vous dire que quand vous rentrez chez vous, vous l'avez bien mérité votre chocolat chaud ! Le lendemain matin, vous racontez fièrement votre exploit à votre chum de gars qui vous emmène au boulot. Lui, il a été skier toute la journée le p'tit vlimeux.... Et il a quand même réussi à déneiger son toit à 6 heures du soir.... En une heure et demi.... Mais lui, il sait se servir d'un scraper, et il a un petit quad avec la pelle devant !! Grrrr....

Deux jours après, comme pour me donner raison d'avoir déneigé ma toiture, on pogne de la pluie verglaçante toute la journée. Et bien vous pouvez me croire, il est là le fléau de l'hiver québécois. C'est d'ailleurs l'une des rares choses qui arrête les bus scolaires. Ma voiture est prise dans un carcan de glace. Aucun interstice pour commencer le nettoyage, il faut quasiment attendre que ça fonde.... Ou avoir un démarreur à distance et attendre que ça dégèle doucement grâce au chauffage. Les routes sont mortelles, ça glisse pas à peu près. Et là, quand on roule sur de la glace, 4x4 ou pas, c'est le même combat. Vous vous surprenez même à arrêtez de respirer de peur de faire dévier votre char d'un demi pouce. Ceux qui avaient oublié de déneiger leur toit tirent la tronche.... La croûte de glace qui s'est formée sur la neige rend le travail encore plus ardu !
De toute façon, cet hiver, c'est du n'importe quoi. Un jour il fait -20°, le lendemain il fait +6° et il pleut, ensuite il refait froid, il re-neige, on ne sait plus sur quel pieds danser. Où sont les beaux jours froids et ensoleillés de l'année dernière ? Vivement le printemps tabarnouche !

Allez, pour se consoler, on a décidé de se faire un petit plaisir avec toute la gagne du bureau. Nous voici donc partis au centre Corel à Ottawa pour voir un match de hockey qui oppose les canadiens de Montréal aux Sénateurs d'Ottawa. On s'est inséré dans un groupe d'étudiants, pour pouvoir profiter d'un tarif de groupe et d'un transport par bus. Elle est pas belle la vie ? Je suis toute excitée, car outre le fait d'aller voir ma première « game » de hockey, je vais pouvoir y aller en autobus scolaire ! Un beau bus tout jaune, dernier cri ! .... Ouais.... Et bien figurez-vous que ces bus ne sont pas chauffés ! Et bien sûr, ce jour là, il faisait -25° dehors. Au bout de 10 minutes, il y avait de la glace sur toutes les fenêtres à l'intérieur, et on ne voyait plus rien. On a donc grelotté pendant les 3 heures du voyage. Mais quelle satisfaction lorsque l'on arrive dans l'aréna ! Les petits déboires du voyage s'évanouissent lorsqu'on entend hurler les 18 500 spectateurs du centre Corel. Imaginez, il y a presque autant de spectateurs là-dedans que d'habitants dans ma région.... Quelle ambiance, et quelle animation ! Même celui qui ne connaît rien au hockey ne peut que se laisser envahir par la fièvre. Et même si on s'est regelé pendant 3 autres heures pour rentrer, j'étais vraiment ravie de ma soirée ! Alors si vous avez l'occasion, ne ratez pas une soirée au centre Corel ou au centre Bell à Montréal ! Vous ne serez pas déçus, c'est promis.

A présent, j'ai envie d'enfoncer un petit peu plus le clou de la vie culturelle en région. Vous connaissez ma position sur le sujet, j'ai toujours été agréablement surprise de la qualité et de la diversité de ce qui était organisé dans mon coin de campagne. Récemment encore, l'un des éminents humoristes québécois est venu nous rendre visite. Il s'agit de Jean-Marc Parent. J'étais bien sûr aux premières loges, grâce à mon badge de journaliste (bon plan non ?). Même si ce job n'est pas franchement bien payé, je ne voudrais le lâcher pour rien au monde, car il me permet de me tenir au courant de tout ce qui se passe dans ma région et de m'intégrer doucement mais sûrement à la culture québécoise. J'ai tellement ri ce soir là que j'en avais mal au ventre. Son spectacle est à la fois drôle et touchant, et nous entraîne pendant plus de deux heures dans le rythme effréné de la vie quotidienne. Jean-Marc Parent nous raconte sa vie et aborde avec délice tous les sujets tabous de notre société. Il parle sans faux-fuyants de l'adolescence, de la vieillesse ou de la mort, de l'obésité ou du suicide. Il sait jongler avec les émotions, alternant à dessein les anecdotes légères et les sujets les plus graves, pour finir par renverser la vapeur dans l'absurde. Bref, l'humour québécois, j'adhère à fonds. En revanche, j'ai l'impression que l'inverse n'est pas forcément vrai, à mon grand désespoir.... En effet, depuis quelques temps, je jubilais à l'idée de montrer l'un de nos film cultes à l'un de mes chums québécois, à savoir « les bronzés font du ski ». Et bien figurez-vous qu'il a fallu le chatouiller pour qu'il rigole, et le secouer pour qu'il ne s'endorme pas.... INCROYABLE !!! Je crois qu'il va falloir attendre encore un peu pour lui proposer de visionner « les tontons flingueurs »....

C'est marrant, parce que parfois, j'ai l'impression de n'avoir pas changé de pays tellement je me sens bien ici, et je n'ai pas l'impression de ressentir le moindre choc culturel. Et soudain, je reste bête quand quelqu'un ne rigole pas devant « les Bronzés », ou quand je reçois mon formulaire T4 et que je suis la seule à essayer de le déchiffrer pour savoir ce que c'est et ce que je dois en faire.... Les différences culturelles sont bien souvent là où on ne les attend pas, et l'humour est, je pense, un bon exemple. Même si on parle la même langue, les références sont complètement différentes. Et lorsque vous essayerez de sortir des jokes, il vous faudra admettre que parfois, vous serez les seuls à en rire.... Mais bon. Si vous savez garder un zest de self-contrôle, assaisonné d'un brin d'autodérision, et d'un soupçon d'humilité, vous devriez pouvoir vous en sortir sans être traité de maudit français. Et après tout, rien ne pourra vous arriver de pire que d'être prise à partie par Jean-marc Parent devant 400 québécois parce que vous avez pris une photo, et que vous avez dit deux mots qui ont suffit à vous dénoncer comme française.... S'en est suivi un jeu improvisé qui consistait à dénombrer le nombre d'anglicismes québécois par rapport au nombre d'anglicismes français.... Imaginez une Bouh contre 400 québécois + Jean-Marc Parent.... Ben j'ai perdu, bien sûr, et si ma mère n'avait pas été aussi loin, je serais retournée dans ses jupes. Belle leçon d'humilité non ?
Deux jours plus tard, je faisais du stop pour rentrer chez moi (Si tu achètes un Kia, tu pousses, ou tu fais du pouce !!) et j'ai été prise au bout de deux minutes par un gars sympa qui m'a dit m'avoir reconnue parce qu'il m'avait vue au show de Jean-Marc Parent.... Je me suis tellement tassée sur mon siège que j'aurais presque pu glisser en dessous....

Vu que le métier de journaliste, c'est pas toujours rigolo, j'ai endossé ma casquette de gardienne de sécurité pour assister au concert de Mes Aïeux. C'était carrément génial ! Moi qui n'ai jamais été groupie dans ma vie, j'avoue que je suis complètement fan des Cow-boys et de Mes Aïeux. Le mélange de la musique traditionnelle et moderne, le funklore comme ils appellent ça, c'est tout simplement jouissif. Quant à Stéphane Archambault.... Huuum....
Bref, encore un beau spectacle que vous pouvez aller voir.... en région ! Et vous sauverez les problèmes de stationnement ou d'étouffement par la foule....

Dernière petite chose que je voulais mentionner pour clôturer cette chronique : le carnaval de Ferme-Neuve ! Et oui, vous avez bien entendu, une gagne de dégantés a décidé de remettre le bonhomme carnaval au goût du jour dans un petit village de 3 000 habitants. Et pendant 3 jours, un air de fête a régné dans toute la ville ! Les résidents avaient même conservé leurs décorations de Noël pour l'occasion. Cette première édition a rassemblé plus de 4 000 personnes. Pas de doute, ça a de l'avenir ! Les enfants ont tout d'abord été à l'honneur, puisque des jeux et des activités diverses avaient été organisés dans les écoles à leur attention. Dans la journée, on pouvait participer à des activités de ski de fond, de patinage libre en musique, ou encore assister à des démonstrations de synchro ou de sports de glisse. En soirée, 90 véhicules ont pris le départ de la parade aux flambeaux réservée aux VTT et motoneiges ! Un feu de joie avait aussi été allumé sur la place, les duchesses se pavanaient en compagnie du bonhomme carnaval, et pour clôturer le tout, un magnifique feu d'artifice a été tiré dans le village (le troisième en moins d'un an depuis que je suis à Ferme-Neuve). L'ambiance était géniale, les enfants ont adoré, et la bonne humeur était au rendez-vous.... Bref, l'année prochaine, si vous n'avez pas envie de vous rendre à Québec, venez à Ferme-Neuve !!

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Le temps des fêtes Mardi...

Bouh

Le temps des fêtes

Mardi 3 janvier 2006.... Tout le monde émerge difficilement des deux dernières semaines de fêtes.... Mes collègues sont tous dans le coltard.... Deux d'entre eux ne sont même pas rentrés ce matin. On se regarde tous à la dérobée, pour savoir si on est les seuls à penser ce qu'on pense, sachant que la période d'inventaire est terminée et que les patrons sont partis deux semaines au soleil.... Finalement, on trouve un compromis : on n'arrêtera de travailler qu'entre deux cafés.... Ouf, me voici donc soulagée, je vais pouvoir consacrer plus de temps à ma chronique....
Finalement, c'est un peu frustrant tout ça. On prépare Noël depuis presque deux mois, et c'est déjà fini.... Les gens ne se résolvent pas à jeter leur sapin ni à décrocher leurs lumières, comme s'ils voulaient retenir encore un peu la magie. Moi-même, pour faire durer le plaisir, j'ai envie de vous en parler là, maintenant, tout de suite. Je vous invite donc à venir passer le temps des fêtes avec moi dans les Hautes-Laurentides !

A peine la dernière citrouille d'halloween remisée, la radio locale a commencé les hostilités. En alternance avec les bons conseils de toute sorte pour bien réussir votre party du temps des fêtes, les chansons de Noël se sont succédées à un rythme effréné. En français ou en anglais, tout est bon pour le service. Les vieilles comptines sont répétées plusieurs fois par jour, assaisonnées à toutes les sauces : rock, blues, jazz, traditionnelle, et j'en passe. On finit malgré soi par toutes les savoir par cœur (je vous rappelle qu'ici, on a qu'une seule fréquence de radio !!) et ceux qui seraient tentés d'éteindre leur poste pour être tranquilles en sont pour leur frais car les haut-parleurs installés dans les rues prennent le relais ! Et si on s'éloigne des centres névralgiques de Mont-Laurier pour se réfugier dans les quartiers résidentiels, c'est encore pire car chaque maison, ou presque, a installé dans son jardin un petit magnéto qui répète en boucle petit papa Noël.... De toute façon, c'est pas trop grave, car les mal-embouchés de Noël ne sont pas bien nombreux. En général, cela a plutôt pour conséquence de donner la fièvre des préparatifs à tout le monde !

Vous vous en doutez bien, les commerces ne sont pas en reste. Et si la radio a réussi à les devancer cette année, ce n'est que de justesse.... Chacun a affiché une devanture qui se doit au moins d'égaler celle du voisin. Les pamphlets rivalisent d'épaisseur et d'idées de cadeaux. Les gens se pressent tout d'abord dans les magasins pour aller compléter leurs collection de décorations de Noël, car là aussi, c'est à celui qui aura la maison la mieux décorée (ou la plus décorée, ce qui ne revient pas toujours au même....). C'est incroyable la diversité qu'il y a en matière de décoration de Noël. En plus des traditionnelles guirlandes de couleur, on peut voir des personnages animés, des petits cadeaux, des crèches, des personnages soufflés (qui se gonflent grâce à de l'air pulsé), des orignaux qui bougent la tête (maudit orignal qui en fait est un renne et qui m'a fait perdre un pari idiot parce que justement, il la bougeait.... sa tête !) etc... Toutes les portes sont ornées de couronnes de sapin toutes plus belles les unes que les autres. Je passe rapidement sur les petites musiques de Noël dans chaque jardin, vu que je reste sceptique sur leur bon goût surtout quand elles se chevauchent.... Dès 16h30, lorsque la lumière du jour décline, toutes ces décorations s'allument comme par magie. Et lorsqu'une petite neige virevoltante fait son apparition, le décor devient alors carrément féerique.

Une fois que tout le monde a pu prouver qu'il valait quelque chose en matière de décoration extérieure, il est temps maintenant de se préoccuper du fameux sapin. Là encore, il y a plusieurs écoles. De l'épinette brut coupée en forêt au beau sapin d'élevage, en passant par le truc synthétique qui sent rien ou encore par le bouleau de Noël (si, si !! Je vous jure !), mon choix est vite fait. Ce sera un vrai sapin, comme l'année dernière, mais encore plus grand, et pas coupé moi-même pour éviter les déboires de l'année précédente (voir chronique de la même époque). Ceci dit, je dois dire qu'après avoir vu le bouleau de Noël, je me poserai peut-être la question l'année prochaine.
Encore une fois cependant, mon problème écologique a refait surface. Pourquoi diable n'y a-t'il pas de racines sur les fichus sapins de Noël québécois ? Vous avez déjà la réponse ? Et bien vous avez de la chance, parce que je suis encore passée pour une nouille ce coup-ci.... Tout simplement parce que contrairement à en France, on ne pourra jamais le replanter en plein mois de décembre le tabarnouche de sapin.... Ben oui, le sol est gelé, pis de toute façon, il arriverait jamais à reprendre de ce temps-ci.... Faudrait donc attendre le mois de mai.... Et à votre avis, il aura quelle tête mon beau sapin au mois de mai ??? Voilà, on devient moins bête quand on est immigrant, on apprend un tas de trucs.

Bien. Maintenant qu'on en a fini avec les décorations, il faut s'attaquer aux cadeaux. Le plus dur est de trouver un juste milieu entre un O'Hana qui achète tout le jour de Noël et ma copine Lily qui magasine déjà depuis le mois de juillet.... Pour une fois, soyons organisée. Une petite liste, une petite sortie par jour sur l'heure du midi, et hop ! Le tour est joué. J'avais tout fini dans un temps record. C'est vrai que moi, je n'ai pas vraiment l'obligation de me conformer à la tradition du bas de Noël, réservé aux enfants ou aux divers membres de la famille, et qu'il faut remplir de mille et une bricoles (ce qui explique que Lily s'y soit prise pas mal à l'avance).

Les cadeaux sont emballés, les petites cartes sont écrites.... Il ne reste plus maintenant qu'à attendre le jour J. Et pour faire patienter tout le monde, et bien on va commencer les party de Noël ! Le premier sur ma liste concerne ma petite filleule. Elle a rendez-vous avec le père Noël au centre sportif, et on a pas intérêt à rater ça. Là, j'avoue que je suis encore bluffée par l'organisation de ce genre de festivités. C'est absolument magique.... Et gratuit ! Des jeux de toute sorte, des ateliers de bricolage ou de maquillage, des personnages déguisés qui offrent des bonbons à tour de bras, des sculptures de ballons, tout y est pour enchanter les enfants et les plonger dans la magie de Noël. Le père Noël est là, bien sûr, mais aussi à ma grande surprise la mère Noël (Depuis quand elle existe celle là ??? Avez-vous toujours connu ça vous autres québécois, ou bien n'est-elle qu'un produit du mouvement féministe sévissant ?). Je découvre aussi la fée des étoiles (connaissait pas non plus en France....), dont le rôle m'échappe encore (ma petite filleule n'a pas su m'expliquer).

Second party sur la liste : Le party de bureau. Ah YES ! Ça, c'était cool. Même si, pour les plus grands, le père Noël cède sa place au renne Nez-Rouge, ça a quand même son charme !
Au fait, l'opération Nez-Rouge, vous connaissez ? Il s'agit d'une organisation bénévole qui ramène les personnes chez eux après une soirée bien arrosée. Un bénévole conduit la voiture du fêtard pour le ramener chez lui, tandis qu'un autre bénévole suit avec sa propre voiture pour pouvoir ramener le premier conducteur au point de départ. Une équipe de deux bénévoles peut ainsi ramener plusieurs personnes en toute sécurité sans que ces derniers aient à craindre d'avoir un accident ou de se faire sucrer leur permis de conduire. Et si vous souhaitez faire appel aux services de Nez-Rouge, il vous suffit d'appeler un numéro de téléphone sans frais que vous pouvez garder précieusement dans votre portefeuille. Intriguée par le concept, et aussi pour rendre service à un collègue de travail, j'ai décidé de faire partie d'une équipe pour une opération Nez-Rouge privée (rien à voir avec l'organisation officielle, mais on fait le même boulot à l'issue d'une soirée privée). On a commencé à ramener les gens chez eux vers 3 heures du matin et on a fini notre job vers 5 heures du matin ! Inutile de vous dire que lorsque le réveil a sonné à 6h45 pour aller au boulot, on était pas frais du tout !! Mais on a eu du fun, on s'est fait un peu d'argent de poche, et c'était très intéressant. Donc, à remettre au calendrier de l'année prochaine !

Une semaine avant le grand jour, le comité des fêtes de Ferme-Neuve décide d'organiser une marche aux flambeaux dans les rues du village. Une cinquantaine de personnes y participent. Affublés de bonnets de père Noël, les chanteurs de la chorale sont bien sûr de la partie. On chante des chansons de Noël, on mélange avec un peu de messe de minuit de Charpentier, on assaisonne avec des la-la-la quand on oublie les paroles. On se réchauffe en sirotant un verre de Caribou, auprès du feu géant qui a été allumé sur la place. La neige tombe mollement, la température est douce (oups ! mon excuse pour le Caribou vient de tomber....). Et enfin, on se retrouve tous dans la salle communautaire pour danser au son de la musique traditionnelle....

Le jour J est enfin arrivé. On le fête généralement en famille restreinte (parents, enfants, plus éventuellement une vieille matante esseulée). Le repas traditionnel est, comme partout, très diététique : tourtière (genre de pâté à la viande), dinde aux canneberges avec pommes de terre, bûche de Noël. Et lorsqu'on a réussi à avaler tout ça, on a accumulé suffisamment de calories pour résister à l'hiver québécois....
Juste après le jour de Noël, on se prépare au vrai party de famille qui rassemble tous les frères, sœurs, grands-parents, mononcles, matantes, cousins et cousines (entre 10 et 150 personnes selon les cas !). Une grande salle est généralement louée, et un buffet froid permet de contenter tout le monde pour que personne n'ait à se coltiner la corvée de cuisine... On organise des jeux pour tous, le traditionnel échange de cadeaux, la matante rigolote fait son sketch annuel, les vieux sortent les violons et commencent à taper du pied, les moins vieux s'empoignent pour une danse en ligne, les petits se courent après en piaillant.... C'est la fête, la vraie, celle qui ne finit plus, celle dont on gardera des souvenirs précieux jusqu'à l'année suivante.

La semaine qui suit le jour de Noël ne ressemble à rien. En général, le lendemain de Noël est toujours férié. Lorsqu'on est chanceux, on peut aussi bénéficier du jour d'après. Bien sûr, on fête encore. Ensuite, on essaye vainement d'aller travailler consciencieusement pendant 3 jours, mais il faut déjà penser au Jour de l'An ! Et là, tout recommence. Ceux qui n'avaient pas fait leur party de famille profitent de l'occasion, ceux qui l'avaient déjà organisé décident de se réunir entre amis. On brunche chez l'un, on dîne chez l'autre, on soupe chez les vieux, on veille en musique chez les copains.... Encore une fois, ça n'en finit plus. Le lendemain du jour de l'an, férié lui aussi, est l'ultime chance de ceux qui n'ont pas réussi à boucler leur tournée amicale ou familiale.

Et le lendemain de tout ça, on se réveille, fracassé.... C'est déjà le 3 janvier.

Moi, je suis contente. J'ai moins fêté que les autres, parce que j'ai bossé le 25 décembre et le 1er janvier avec mes chevaux. Tout s'est très bien passé. Finalement, mon attelage aura été prêt à temps.... Merci Père Noël !!! Et bonne et heureuse année 2006 à vous tous !

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Sacrafaïce !! Déjà 1 an… 7...

Bouh

Sacrafaïce !! Déjà 1 an....

7 novembre 2005.... Ce même jour, 1 an auparavant, j'arrivais au Québec. Cette réflexion me tourne dans la tête pendant que j'attends sagement ma pizza 4 fromages, assise à la terrasse d'un restaurant parisien. J'essaye vainement de ressentir une émotion quelconque en pensant à cette date anniversaire. Allez Bouh, un p'tit d'effort ! ‘stie ! Ben non. Ca vient pas. Je ne garde finalement de ce moment qu'un lointain souvenir. Bien sûr, je me souviens des détails pratiques du voyage, de l'arrivée à l'aéroport, ainsi que de l'accueil chaleureux des amis qui étaient venus à ma rencontre. Mais c'est en vain que j'y cherche une signification emblématique, une expression symbolique. Pourtant, pour beaucoup d'immigrants, le jour de leur arrivée au Québec restera à jamais gravé dans leur mémoire comme celui du changement, de la joie, du soulagement, de la fin de l'attente du visa, des retrouvailles avec l'être aimé ou que sais-je.... Alors pourquoi n'est-ce pas mon cas ? Au bout de quelques minutes de réflexion, j'entraperçois enfin une explication : ce jour là, finalement, mon existence n'a pas basculé, et aucune page n'a été définitivement tournée.... Je ne fuyais rien, je ne recommençais pas ma vie, mais je la poursuivais tout simplement... Je n'avais pas de pression, pas d'objectifs, pas d'attente particulière, pas de préjugés. Je connaissais déjà le pays et ses habitants avant de venir y habiter. Pour moi donc, point de traumatiques chocs culturels.... Je connaissais déjà plusieurs personnes. Pour moi donc, point de tissu social à reconstituer. Je connaissais déjà la région qui allait m'accueillir. Pour moi donc, pas de déconvenues pratico-pratiques. Mais où est l'aventure, allez-vous vous indigner ? Et bien je vais vous confier un secret : Ce sont les autres qui l'ont inventée.... Pas moi. Ce sont les autres qui m'ont regardée avec cet oeil tantôt envieux, tantôt craintif, tantôt admiratif, tantôt dérouté. Ce sont les autres qui ont imaginé que je partais en exil, que j'allais abandonner ma famille, mes amis, ma petite vie tranquille et sécuritaire, et que pour faire tout cela, il fallait être fou, ou bien excessivement courageux. Et ce sont eux qui ont inventé ce mot pour désigner tout ce qui leur fait peur : l'aventure....

Ceci m'amène à vous conter une discussion que j'ai eue un jour avec mon ami Fabrice, immigrant français lui aussi. Pour lui, une immigration doit être mûrement réfléchie, longtemps préparée, et quand on a enfin sauté le pas, il ne peut être question de retour.... Les liens existants avec notre pays d'origine doivent être progressivement coupés, et c'est d'ailleurs le seul que je connaisse qui n'a pas allongé la liste des choses que je devais ramener de France. A sa solennité et son engagement, j'oppose la simplicité et le dépouillement. Bien sûr, on ne part pas sur un coup de tête (encore que....), mais pourquoi se mettre des freins, des barrières, des bâtons dans les roues ? Pourquoi ne pas dire : tiens, j'ai envie de faire ça ! Et si ça ne marche pas ? Ben on verra à ce moment là.... Pourquoi ne pas essayer de vivre ses rêves, la vie est si courte ! Pourquoi se raccrocher au conformisme et à la sécurité, si c'est pour se répéter chaque jour qu'on regrette de n'avoir pas fait telle ou telle chose ? Le prêt pour la maison ? Ben il sera payé lors de la revente. Le travail ? Ben on est pas manchot, on arrivera bien à trouver quelque chose. Les enfants ? Ben ça leur donnera de l'expérience et ça leur forgera le caractère. La famille ? Ben elle achètera des billets d'avion, et viendra découvrir un coin du monde qu'elle ne connaissait que par l'intermédiaire des livres. Quelle meilleure école de la vie ? On se remet en question, on se bouge le c...., on avance, on cherche, on découvre, on apprend.... On vit quoi ! Sacrafaïce !! Et si ça ne marche vraiment pas ? Ben on rentrera, avec des souvenirs plein la tête, et la satisfaction d'avoir au moins essayé....

Alors voilà.... Ce jour là, devant ma pizza 4 fromages, assise à la terrasse d'un restaurant parisien, j'ai enfin compris pourquoi ce fameux jour ne représentait finalement pour moi qu'une simple étape de ma vie dont je ne connais pas encore la durée. Je suis juste partie pour continuer à vivre, pour réaliser l'une de mes envies pressantes. Avant que je parte pour le Québec, ma mère m'a dit : « ça fait drôle de savoir que demain, tu vas partir pour toujours.... » Je l'ai regardée, étonnée, et je lui ai dit « Ah Bon ? Mais comment sais-tu que je vais partir pour toujours ? Moi-même, je ne le sais pas.... »

Mais ce que je sais maintenant, c'est que l'état d'esprit dans lequel je suis parti m'a ouvert bien des portes ici. Je n'attendais rien, on m'a tout donné. Je ne connaissais rien, on m'a tout appris. En toute simplicité, en toute inconscience.

Cette première année au Québec est passée si vite, et pourtant, j'ai l'impression d'être ici depuis plusieurs années déjà. Je me suis très bien habituée à mon nouvel environnement, et je n'envisage pas pour le moment de le quitter car j'ai trop de choses à y découvrir et à y accomplir. J'ai trouvé ici le bonheur que bien des gens espèrent sans jamais pouvoir l'atteindre, car ils restent suspendus au dessus du gouffre, en essayant d'attraper d'une main le fruit de leurs rêves, sans vouloir lâcher de l'autre la branche de l'arbre puissamment enraciné du conformisme. Moi, j'ai sauté. Et s'il le faut, je ressauterai encore, en sens inverse.... Ou ailleurs.

Quel étrange bilan, n'est-ce pas ? Vous devez sans doute être déçus.... Je n'ai même pas élaboré de tableau, avec les « pour » et les « contre ». De toute façon, si vous avez lu mes chroniques, vous les connaissez déjà. Cependant, il y a une chose.... Une dernière chose dont je veux vous parler.... Je ne m'en suis pas rendu compte tout se suite, car cela le changement s'est produit insidieusement.... Mais si je ne devais retenir qu'une seule chose de cette année passée au Québec, ce serait celle-ci : les gens d'ici m'ont permis de me réconcilier avec la civilisation. Vous ne le savez sans doute pas, mais après 6 années passées à Paris, j'étais devenue quasiment névrosée. On ne pouvait plus m'aborder dans la rue sans que je sursaute. J'étais tétanisée à la vue d'un simple clochard qui s'avançait vers moi, je ne regardais plus les gens qui m'entouraient, j'en avais peur. Prise dans la foule parisienne aux heures de pointe, je m'accrochais désespérément au bras de mon copain comme à une bouée.

J'ai commencé ma thérapie sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, et je l'ai poursuivie ici, au Québec, au milieu de gens accueillants, chaleureux, simples et ouverts. J'ai réappris à dire bonjour, à m'intéresser aux personnes qui m'entourent, à engager une conversation, à aider des inconnus qui cherchent leur chemin... En quelque sorte, j'ai l'impression de redevenir plus humaine.... Voilà en quelques mots mon petit bilan de cette première année au Québec...

Inutile je crois de vous parler des trois semaines que j'ai passées en France. Encore une fois, je n'ai pas ressenti de choc culturel important. Je n'avais oublié qu'une chose : le nombre de crottes de chien sur les trottoirs.... Je me suis re-glissée dans mon « ancienne » vie aussi facilement que je me suis glissée dans ma « nouvelle ». Je dois être une sorte de caméléon, et c'est tant mieux. J'ai couru pendant toutes les vacances, mon planning bien chargé à la main, pour être sûre de n'oublier rien ni personne. J'ai retrouvé avec joie et sans nostalgie les lieux chers à mon enfance et à ma vie parisienne (qui ne m'est chère que depuis que je l'ai quittée).... J'ai retrouvé avec un immense plaisir ma famille et mes amis, j'ai raconté ma vie, ils m'ont raconté la leur. Je n'ai pas senti que nos destinées se séparaient tant que ça. Finalement, avec les progrès de la technologie, il est toujours possible de rester en contact et de ne pas trop perdre le fil. Et de toute façon, les vrais amis sont ceux à qui vous ne donnez jamais de nouvelles (et de qui vous n'en recevez jamais), mais avec qui vous arrivez malgré tout à reprendre votre amitié là où vous l'aviez laissée la dernière fois. Et finalement, au bout de trois semaines, j'ai re-rempli ma valise, et après le traditionnel et inévitable petit pincement au cœur, j'ai repris mon avion pour rentrer chez moi.

Mais attention, ne vous méprenez pas sur ce que je viens d'écrire. Je ne prétends pas non plus que tout soit simple, et que rien n'a jamais été difficile. D'ailleurs, lorsque je suis rentrée chez moi, alors que tout semblait si confortable, une boule d'angoisse s'est formée dans mon estomac. J'avais quitté mon job depuis 3 semaines, et j'avais appris que pendant mon absence, l'une de mes collègues avait été virée du jour au lendemain. J'ai soudain pris conscience de la précarité des choses, surtout dans le monde du travail. Du coup, j'ai eu peur d'avoir été virée moi aussi, et que rien ne soit plus comme je l'avais quitté. Quant au journal, me reprendrait-il aussi ? Et mes chevaux ? Aurais-je assez de temps pour les former à l'attelage avant l'hiver ? Dès le lundi suivant, j'ai été rassurée sur mon sort. Mais je peux vous dire que sur le coup, c'est vraiment flippant. D'un autre côté, c'est aussi ce qui donne du piment à la vie, ce qui la rend digne d'être vécue.

Alors voilà. J'ai à présent entamé ma deuxième année de vie au Québec, et par la même occasion mon second hiver. J'attends l'apparition de la neige avec impatience. Je cherche désespérément une idée originale pour l'échange de cadeau qui va avoir lieu pendant le party de noël de mon entreprise. A propos, connaissez-vous ce procédé ? J'ai dans l'idée que cette tradition vient de la taille des familles québécoises. Lorsque vous vous retrouvez pour le party de noël familial en compagnie de vos 52 cousins-cousines, il est impensable d'avoir une petite attention pour chacun. Alors le principe est simple, vous n'achetez qu'un seul cadeau, vous le placez sous le sapin avec tous les autres, et chaque convive en choisit un au hasard (ou bien il y a tirage au sort). A la fin de la soirée, chacun repartira donc avec un petit quelque-chose, sans forcément savoir de qui cela provient. Le coût du cadeau est en général plus ou moins fixé à l'avance, et des règles amusantes viennent parfois pimenter l'affaire. Par exemple, il est possible de vous faire voler votre cadeau par quelqu'un, et de vous retrouver avec un autre paquet à la place. Ou alors, comme c'est le cas pour moi cette année, mon cadeau doit coûter environ 15 $, et doit être bleu et mou.... Intéressant non ? Vous comprendrez maintenant pourquoi je me creuse la tête. Sachant qu'en plus, le cadeau doit généralement être unisexe, et original de préférence. Bon, ben sur ce, à plus tard, il faut que je retourne magasiner !! Et à bientôt pour une prochaine chronique de noël !!


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La fièvre de l’orignal Depuis...

Bouh

La fièvre de l'orignal

Depuis quelques semaines déjà, la tension devient palpable. L'excitation monte, les yeux brillent, les gens d'ici ont la fièvre. Les préparatifs n'en finissent plus. On checke le truck, le VTT (comprenez Véhicule Tout Terrain, c'est-à-dire le Quad), on finalise les derniers achats vestimentaires, on peaufine l'équipement, on fait des listes de choses à ne pas oublier, on re-checke le truck... Le Québec se divisent alors en deux camps : Ceux qui y vont, et ceux qui restent.... Avant le grand départ, on se retrouve autour d'un bon repas, on évoque les expériences passées, on rêve de gloire et de trophées. Les enfants écoutent, subjugués, attendant avec impatience d'avoir l'âge requis pour pouvoir participer à l'aventure.

Venue de France, ayant pour simple bagage une connaissance restreinte de la chose et amoureuse des animaux depuis ma plus tendre enfance, je n'arrive pas à comprendre cette passion que les gens d'ici entretiennent pour la chasse. Et puis des chasseurs, j'en ai connu plein. J'habitais une maison à la lisière de la forêt, et mes altercations avec ces sauvages ont été plus que nombreuses. Alors j'en était arrivée à la même conclusion que les Inconnus dans leur fameux sketch : il y a les « mauvais » chasseurs, qui visent et qui tirent, et les « bons » chasseurs, qui visent.... Et qui tirent.
Mais ici, au Québec, j'ai décidé de faire preuve de bonne volonté. Après tout, si 80% de la population s'adonne à cette activité avec autant de ferveur, c'est qu'il doit y avoir un truc qui m'a échappé. A la poubelle donc les préjugés, on repart à zéro....

Tout d'abord, il faut choisir sa spécialité. Orignal, chevreuil, perdrix, caribou, ours.... Il n'y a que l'embarras du choix. Autours de moi, j'ai des « orignaux », et des « chevreuils ». Alors z'y-va, on a qu'à commencer par ça. Ensuite, il faut choisir son arme.... Arc, arbalète, ou fusil ?? Heu.... Comment ça « arc » ? Je croyais qu'il n'y avait plus d'indiens à plumes au Québec ??? Ben si. Faut croire. D'emblée, je m'insurge contre cette pratique. Si on rate son coup, le pauvre animal ne va-t-il pas continuer à courir avec une flèche dans les fesses et finir par crever tout seul loin de tout dans d'abominables souffrances ? Oui, mais même avec un fusil, on peut rater son coup de toute façon, et la fin sera la même.... Right. Je m'incline.

Troisièmement, il faut choisir sa destination. Les chevreuils, il y en a partout, et on peut quasiment tirer en restant assis dans son fauteuil de salon. L'orignal, déjà, c'est plus rare. Il faut aller plus loin, et se perdre un peu dans le bois. Les dés sont jetés, je choisis ça. Ca doit être plus intéressant de rester une semaine dans un camp de bûcheron à l'écart du monde.
Enfin, il faut choisir sa technique de chasse. L'orignal, c'est farouche. On en voit peu, ils se cachent. La seule manière de s'en approcher consiste à les caller (du mot anglais « to call » qui signifie « appeler »), et de les attirer en répandant de l'urine de jument en chaleur sur les arbres. Bon.

On m'explique ensuite le concept de la chasse au chevreuil. On nourrit les animaux toujours au même endroit pendant environ un mois avec des pommes et des carottes. Et une fois que le chevreuil a bien pris l'habitude de venir se gaver de toutes ces bonnes choses, on attend le jour d'ouverture de la chasse, et pouf ! Ce jour là, surprise !! On lui tire dessus. Victoire ! J'en tombe sur le cul. D'un autre côté, le couillon de chevreuil, il avait qu'à pas être assez con pour croire qu'un tas de pomme pouvait tomber d'un sapin.... Pis il avait qu'à écouter la radio pour connaître le jour d'ouverture de la chasse ‘stie....

Là, à ce moment précis, je dois avouer que ma bonne volonté en a pris un sacré coup. Malgré le côté repoussant de l'urine de jument, je viens donc de choisir « mon camp », s'il fallait en choisir un.... Et si un jour je dois tenir un fusil, ce sera pour aller caller l'orignal....

Je m'intéresse maintenant à l'équipement nécessaire.... Pantalon de camouflage, veste de camouflage.... Et gilet orange fluo pour mettre par-dessus la veste. Médusée, je demande l'utilité de la tenue de camouflage, si c'est pour tout gâcher avec le fluo.... On me répond que ce n'est pas grave, car l'orignal ne voit pas les couleurs.... ben alors à quoi ça sert de mettre une tenue de camouflage si de toute façon, l'orignal ne voit pas les couleurs ?? Les yeux se lèvent au ciel.... Visiblement, je ne comprendrai jamais rien.... Bon. C'est pas si grave. De toute façon, j'estime que j'ai déjà fait assez d'efforts d'intégration pour cette année.

Ceux qui seraient tentés de penser que je suis contre la chasse se méprennent. J'estime qu'elle a son utilité pour réguler les populations animales. De plus, je suis assez favorable à la politique d'ici, qui consiste à attribuer ou non le droit de tirer des femelles en fonction de leur nombre. Je ne suis donc pas contre la chasse, je suis contre les mauvais chasseurs. Nuance. La chasse, finalement, je la vois un peu comme Mario. Le plus important est de passer une semaine dans le bois, par amour de la forêt et de la tranquillité. On se retrouve entre parents ou entre amis. On passe de bons moments, et on lit un livre en attendant que l'orignal pointe son nez, si toutefois ça lui tente. Bien sûr, si l'occasion nous est donnée, on tire dessus. Car il faut bien l'avouer, c'est carrément bon de la viande d'orignal.... Et puis cet animal est tellement difficile à débusquer que ça fait toujours bon effet de ramener un trophée.

Tiens, en parlant de trophée, je vais faire frémir les âmes sensibles.... Je ne fais pas cela par sadisme, mais plutôt pour vous y préparer à l'avance, s'il vous prenait l'envie de venir faire un tour dans l'boutte. Vous savez ce que font les chasseurs d'ici une fois qu'ils ont abattus leur animal ? Ils en accrochent la tête sur le toit de leur voiture. Vous trouvez ça barbare ? C'est votre droit. Au début, je trouvais moi aussi cette habitude assez malsaine. Mais je peux vous dire que l'on s'y fait, et même mieux, que l'on finit par s'y intéresser. De toute façon, ça fait bien longtemps que l'animal ne souffre plus. Vous craignez pour la réaction de vos enfants ? C'est sûr que la première fois, ça risque de leur faire drôle. Mais sachez cependant qu'ici, les enfants sont habitués à cela depuis leur plus jeune âge, et ça ne leur fait ni chaud ni froid. Bref, vous l'aurez compris, la chasse est ici une véritable institution. Mais comme partout, il y a les « bons ».... et les « mauvais » chasseurs. En général, on les reconnaît au nombre de packs de bière qu'ils emmènent avec eux dans leur pick-up. Plus il y en a, plus leur semaine de chasse risque d'être le prétexte à une bonne beuverie entre chums. D'un autre côté, je me dis que plus ils sont bourrés, moins ils visent bien, et plus l'animal a une chance de s'en tirer....

Bref. Ce n'est de toute façon pas grâce à cette chronique que l'on va régler les conflits entre pro-chasseurs et anti-chasseur. Si je vous parle de ce sujet aujourd'hui (et en particulier de l'histoire des trophées sur les voitures), c'est plutôt parce que j'ai l'impression que l'on sous-estime parfois les différences culturelles entre l'Europe et le Québec, et qu'il faut savoir se préparer à être confronté à des pratiques que l'on ignore et qui peuvent nous choquer aux premiers abords. Le tout est je pense de ne pas être trop catégorique dans ses idées, de savoir faire preuve d'ouverture d'esprit et de laisser aux autres l'opportunité d'expliquer leur point de vue.
Fermons à présent cette parenthèse. J'aurais maintenant voulu vous parler du fabuleux automne que nous avons eu ici, dans l'griiin nord. D'abord, il a fait étonnamment beau et chaud. D'après les gens d'ici, on n'a pas vu un temps comme ça depuis 1974.... (Au passage, je ne sais pas comment certaines personnes font pour se rappeler du temps qu'il faisait plus de trente ans auparavant....). Il n'y a eu aucune coupure entre l'été tout court, et l'été des Indiens... Un vrai bonheur. Le seul inconvénient, c'est que le festival des couleurs s'en est trouvé bien écourté. En effet, il n'y a jamais eu assez d'amplitude de températures entre le jour et la nuit pour que les couleurs apparaissent sur les arbres.... Et puis du jour au lendemain, ça a débuté ! Et même pas deux semaines après, c'était déjà fini, les feuilles commençaient déjà à tomber.... Là, je vous avoue que j'ai eu comme un petit pincement au cœur. L'hiver s'annonce déjà !! Et me croirez-vous ? Jeudi dernier, on a eu 5 minutes de petite neige virevoltante.... Tout le monde a déjà changé ses pneus, le bois est rentré, les coats sont sortis, le Québec se prépare déjà à hiverner.

Il n'y a que la p'tite bouh qui est encore en retard.... Pas encore changé ses pneus, pas encore offert à sa voiture un traitement anti-rouille, encore à vouloir repeindre sa sleigh pour l'hiver, alors que déjà, on ne peut plus faire ce travail à l'extérieur. Encore en train d'espérer que Shadow sera prête à temps pour tirer un traîneau, alors qu'elle n'a jamais fait ça de sa vie.... Rêveuse elle est la p'tite Bouh.... Sans doute un peu folle-dingue aussi....

Bientôt, le 7 novembre pour être précise, je vais fêter ma première année de vie au Québec.... Déjà 1 an.... Je n'arrive pas à y croire. Tout est passé tellement vite ! Mais comme un fait exprès, et pour faire un pied de nez aux conventions, je vais passer ce premier anniversaire.... En France.... A bientôt donc, pour une prochaine chronique écrite de l'autre côté de l'atlantique !

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Le Yin et le Yang...

Bouh

Le Yin et le Yang....

Bon. Et bien me voilà à pieds .... En effet, ayant un peu approfondi son expertise, le garagiste a finalement constaté que la pièce à 50 $ ne suffirait pas pour remettre ma voiture en état, et qu'il fallait maintenant changer tout le moteur.... Ben voyons.... Une voiture datant de 2001, achetée il y a à peine 9 mois et payée 11 500 $... Vous imaginez ma réaction. Le premier moment d'écoeurement passé (une bonne partie de mes économies était passée dans l'achat du véhicule en question), me voici de nouveau au téléphone avec ma fameuse garantie complémentaire, pour leur expliquer que je vais leur demander un peu plus que le remboursement de ma facture de remorquage. Et là, bonjour la cata. La garantie complémentaire veut que le garage les appelle pour leur donner toutes les explications techniques et le garage commence à en avoir marre de s'occuper d'une Kia alors qu'ils sont estampillés Hyundai. Le garage traîne donc un peu la patte, et ce n'est qu'au bout d'une semaine que je pourrais leur demander de procéder à l'estimé complet exigé par la garantie complémentaire. L'estimé sera finalisé 4 jours plus tard, auxquels il faut rajouter encore deux jours avant qu'un représentant de ma garantie complémentaire ne vienne sur place pour examiner le moteur. Le représentant repart avec le dossier sous le bras, en promettant de le faxer immédiatement au siège social de ma garantie qui, je vous le donne en mille, se trouve aux Etats-Unis dans une ville actuellement dévastée par le cyclone Rita.... Et là, on tombe carrément dans le burlesque.... voire dans l'absurde.... Ca fait donc maintenant un mois que ma voiture est immobilisée, je ne sais toujours pas si les réparations vont être couvertes ou pas par ma garantie, je présume de toute façon que dans un cas comme dans l'autre, ça prendra encore quelques semaines avant que ma voiture soit réparée, la facture s'allonge pendant tout ce temps, et.... Je suis toujours à pieds.....
Mettant à profit mon immobilité forcée (j'ai bien à ma disposition un vieux gros pick-up, mais rien que de le faire démarrer, j'en ai déjà pour 20 dollars de gaz), je décide de faire mes comptes.
Côté recettes, le centre équestre est au point mort, ou presque. Plus de clients. Le journalisme, c'est super sympa, mais ça paye 1 facture sur 10.
Côté dépenses, il y a l'éventuelle future facture de la voiture, l'huile de chauffage pour l'hiver, la révision de la fournaise, les fenêtres que je suis en train de faire changer, les chevaux qui continuent de manger, les courses, les factures diverses....
La soustraction est vite faite, et l'évidence s'impose.... Il faut que je trouve un job de plus. N'importe quoi, mais ça urge.
Je n'ai même pas le temps de monter un plan de bataille que le téléphone sonne :
- Bonjour, ici Bureautech, à Mont-Laurier. Vous aviez appliqué pour un travail chez nous il y a deux mois, et nous souhaiterions vous rencontrer.... Demain, jeudi, ça vous convient ?
- .... heu.... oui ?
Vous qui commencez à être habitués à ce que je vous dise que le monde est petit, vous ne serez pas surpris d'apprendre que je connais déjà deux employés de cette entreprise, dont l'un d'eux est le seul français de Mont-Laurier qui participe au forum d'immigrer.com
Le vendredi, donc, je passe une petite entrevue de 20 minutes. Tout se passe bien, malgré ma crainte de devoir caser dans la conversation que mes billets d'avion pour le mois de novembre étaient déjà réservés pour un petit aller-retour en France de 3 semaines....
Le lundi, coup de fil.... Je suis prise.... Et le mardi, je prends mon premier café avec mes nouveaux collègues de travail....
C'est marrant cette aptitude que j'ai de passer de la plus grande malchance du monde à la plus grande chance qui puisse m'être offerte. Je n'ai presque plus de sous, je casse ma voiture, je n'ai pas d'huile pour me chauffer cet hiver, mon centre équestre ne marche plus, et j'ai donc besoin d'un travail d'urgence.
Deux jours après, je trouve miraculeusement un boulot, qui se transforme miraculeusement d'un temps partiel en un temps plein parce que le boss a changé d'avis, dans une entreprise dont je connais déjà miraculeusement deux salariés, qui miraculeusement habitent dans le même village que moi et qui peuvent me donner un lift tous les jours.
J'ai l'impression que là-haut, assis sur son petit nuage, Dieu s'amuse comme un fou à jouer avec mes nerfs. Il a dû décider de s'adonner à ce jeu débile qui consiste à faire semblant de lâcher un enfant, pour le rattraper juste avant qu'il ne s'écrase au sol. Sauf que l'enfant, en général, ça le fait rire....

Alors voilà. En plus d'être guide de tourisme équestre et journaliste, me voici donc à présent standardiste-secrétaire, payée royalement 10 piasses de l'heure. Je découvre à cette occasion une nouvelle facette de mon nouveau pays : celle d'être salariée dans une petite entreprise québécoise, avec des collègues québécois, des patrons québécois, des horaires fixes, une boite à lunch, et des 5 à 7 à la Cage aux Sport le jeudi soir.
Que dire de cette toute nouvelle expérience ? Mes 2 patrons sont un peu bizarres, et j'ai un peu de mal à me faire à leur façon de manager leur équipe. Mais je suis sans doute tombée sur des cas spéciaux, et je ne veux donc pas trop en parler pour ne pas tomber dans l'erreur de la généralisation. Mais mes collègues, quel rêve ! C'est absolument génial. Tout le monde est très gentil avec moi, et j'ai eu l'impression d'être adoptée tout de suite. On prend le temps de m'expliquer, je me sens soutenue, et j'ai déjà l'impression de faire partie de la team depuis quelques mois.
D'emblée, je constate que la productivité est supérieure à celle que j'ai pu connaître en France. A 8h15, tout le monde est là. On prend le temps d'un café, mais tout le monde rejoint son poste de travail à 8h30. En France, tout le monde était là à 8h30, mais le café était ensuite pris sur le temps de travail.... Et on ne commençait réellement à travailler que vers 9h. Pendant la matinée, plus de pause, plus de café, tout le monde bosse. Mais à midi pile, tout s'arrête jusqu'à 13h. Et à 17h, plus personne. Les patrons sont les premiers à quitter leur poste, tout en me rappelant gentiment qu'il est temps que j'éteigne mon ordinateur, parce que je vais finir par être en retard pour partir.... Bref, ici, on travaille pour vivre, et non l'inverse.
Je vous reviendrai plus en détail sur la vie professionnelle au Québec lorsque j‘aurai un peu plus de matière à ce sujet. Pour le moment, mes impressions sont positives. Mon travail n'est pas très intéressant en soi, mais le fait d'avoir des collègues supers sympas et une excellente ambiance de travail m'aide beaucoup à me lever le matin. De toute façon, j'avais besoin de ce job alimentaire qui m'aide à envisager l'avenir un peu plus sereinement. Et puis ça soulage un peu de pouvoir enfin répondre à la toute première question que vous pose votre banquier lorsque vous franchissez le pas de sa porte : « quel est votre revenu annuel brut ? ». Qu'il soit faible ou élevé, au moins, vous en avez un. Et ce n'était pas le cas lorsque j'étais à mon compte. Bref, je m'embourgeoise, je m'empâte, j'apprécie le luxe d'un travail pépère, et je me repose un peu de la vie inquiétante (mais ô combien trépidante) de travailleuse autonome.
Le fait d'avoir un travail « normal » dans une entreprise permet aussi d'étendre considérablement son réseau de connaissances. Et même si mon patron reste un adepte des étrangers (sur 12 employés, il y a maintenant 2 français et 1 suisse), le reste de la gagne est constituée de pure laine, et je pense que l'intégration s'en trouve ainsi facilitée.
Et puis pour vous prouver à quel point mes nouveaux copains sont sympas, je vais vous conter une petite histoire. Les cow-boys fringants devaient se produire en spectacle à Mont-Laurier vers la fin de la semaine. J'avais bien entendu zieuté ça depuis bien longtemps, et j'avais déjà parlé à ma collègue du journal local pour demander à ce qu'elle m'envoie là-bas écrire un article. J'avais donc ainsi droit à deux places gratuites. Je me vante donc de ce privilège auprès de mes nouveaux collègues, dans le but avoué de susciter envie et admiration..... La veille du spectacle, je rappelle ma copine journaliste pour une dernière confirmation.... Et là, elle m'annonce toute désolée que la boss a pris toutes les places pour elle ! Telle était prise qui croyait prendre ! Evidemment, tous les billets mis en vente avaient déjà trouvé preneurs, et mes collègues se sont bien moqués de moi ! Bonne joueuse, j'affiche ma déception et ma frustration avec un sourire, j'essaye de parier la place d'un collègue au bras de fer, mais je me fais éclater.... Bref, il était écrit que ce fameux concert allait me passer sous le nez....
Quelques minutes et quelques coups de fils plus tard, ma gang de déjantés m'avait trouvé une place dans l'équipe chargée de la sécurité du concert ! Et c'est ainsi que le soir même, je me trouvais dans la salle avec un beau badge accroché sur la veste.... drette sur le passage des cow-boys qui devaient quasiment me marcher sur les pieds pour se rendre sur la scène ! Et oui.... Ici, en région, point d'immense salle anonyme remplie de fans qui se bousculent dans l'espoir de croiser le regard des artistes ! Ici, on peut les rencontrer, leur parler, plaisanter, ils sont beaucoup plus proches de leur public, tout est plus personnalisé et plus intime.... Ainsi, après 3 heures d'un show exceptionnel, j'ai quitté la salle avec l'impression d'avoir vécu un moment privilégié.... Et j'avais décidé de prendre des cours de trombone.... Les fans du sexe féminin comprendront !! hi hi hi....
Le lendemain, on m'a proposé de faire partie de l'équipe chargée de la sécurité pour chaque concert suivant. Et en janvier, je vous parlerai donc du concert de Mes Aïeux.... héhé....
Voilà pour les dernières nouvelles du front !
Ah oui.... un dernier mot pour vous dire que si vous ne savez pas quoi faire les prochaines fins de semaines, vous pouvez toujours venir faire un tour dans les Hautes-Laurentides.... Le festival des couleurs a commencé.... Et c'est tout simplement magique !

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Petite chronique de rentrée… Ben...

Bouh

Petite chronique de rentrée....

Ben oui, ça y est.... Une nouvelle année scolaire vient de commencer, et les autobus ont repris leurs tournées infernales. Je les observe à la fois avec envie et nostalgie. D'abord, j'aurais donné cher pour que l'autobus scolaire de mon enfance soit aussi joli. Pensez-donc ! Jaune !! Et puis ils représentent l'insouciance de la jeunesse, les potins de gamines, les devoirs à faire, les lignes à copier, les premiers amours, les genoux écorchés, le cartable trop lourd....
D'un autre côté, je me rappelle que je n'ai jamais vraiment aimé l'école. J'ai toujours voulu griller les étapes, être plus vieille que ma grand-mère. Alors je n'avais qu'une hâte, celle de quitter les bancs de bois pour aller gagner ma vie, et être libre (pour moi, cela allait de paire).
Mais à présent, et même si je suis heureuse de mon sort, j'échangerai bien parfois mon relevé de compte en banque contre un bulletin scolaire.... en moins flippant.
Mais il faut s'y faire. Dorénavant, mon rôle se cantonne à celui de la grande sœur dans ma famille adoptive québécoise.
- Mais non Claude-Anne, ça va pas le bleu du pantalon, avec le bleu de la ceinture et le bleu de la chemise.... T'as pas d'autres couleurs ?
- Bon, là, c'est mieux. Mais c'est vraiment obligé la couche de maquillage ? Alexandre ne va pas te reconnaître....
(moue boudeuse à l'annonce du prénom sensé rester secret)

Rassurez-vous, je ne vous ferai pas une chronique sur la vie scolaire au Québec, vu que ma compétence en la matière se résume pour le moment à payer chaque année les taxes du même nom, même si je n'ai pas encore d'enfant. Après ces considérations toutes personnelles, je vous laisserai donc tranquille avec cette question.

Je voudrais maintenant revenir sur un sujet qui, à mon avis, est assez révélateur de l'immigration en région. Si vous êtes des lecteurs assidus de mes chroniques, vous savez que j'ai déménagé le 1er juillet. J'habite maintenant dans un village qui compte environ 3 000 habitants, et qui se situe à 15 kilomètres au nord de Mont-Laurier. Et bien figurez-vous que lorsque je suis allée me présenter à nouveaux mes voisins, tout le monde me connaissait déjà.... Mon voisin d'en face a même dit en me voyant : « Ah ! C'est toi ! ». En deux jours, tout le village était au courant qu'une française avait acheté la maison de Patrice Sirard, qui l'avait hérité de son père, qui lui-même l'avait acheté à la famille Corbeil, chez qui la patronne de la caisse populaire allait garder les enfants quand elle était petite. Au vu de ces références incontestables, tout le monde est donc aux petits soins pour moi.... Ma vie n'a plus de secret pour personne. On connaît mon nom, des inconnus me disent bonjour dans les magasins avec un grand sourire, on sait à quelle heure je sors et avec qui, mes voisins s'inquiètent lorsque j'oublie de sortir mes poubelles le jour J et le font à ma place.
Ayant habité toute ma vie dans un petit village (je mets à part mes 6 ans de vie parisienne....), tout cela m'est familier, et ne me dérange pas outre mesure. De toute façon, vu que je n'ai rien à cacher, je ne vois pas pourquoi je m'en formaliserais.
Mais soyez prévenus ! Si vous êtes habitués aux grandes villes et que vous appréciez leur anonymat, abstenez-vous de venir vivre en région, ou alors choisissez une ville d'au moins 100 000 habitants ! Même à Mont-Laurier, qui compte environ 8 000 habitants, on salue parfois dans la rue « la petite française, nouvelle journaliste de l'Echo de la Lièvre ».

Permettez-moi maintenant de faire un petit retour sur l'été qui s'achève, incroyablement beau et chaud. Oui, Sophie, je sais ce que c'est qu'un climat continental ! Mais malgré tout, on peut parfois se demander comment un pays si froid l'hiver peut être si chaud l'été. Des températures de plus de 30°, un taux d'humidité qui vous envoie sous la douche deux fois par jour, un soleil qui tape comme jamais.... Je comprends maintenant pourquoi la piscine privée n'est plus forcément un luxe, ou pourquoi tant de maisons sont construites au bord des lacs.
Niveau boulot, le mois de juillet ne m'a laissé aucun répit. J'ai eu des clients à la pelle, alors que je n'avais fait quasiment aucune publicité. Il faut dire que la moitié des québécois prennent leurs vacances pendant les deux semaines de la construction, qui se situent vers la fin du mois.
En revanche, le mois d'août a été particulièrement calme, limite inquiétant.... Les gens d'ici m'ont trouvé une explication toute simple : quand il fait trop froid, les gens ne sortent pas, et quand il fait trop chaud, ils ne sortent pas non plus. Intéressant.... Le québécois serait donc une espèce pantouflarde, sauf lorsque les conditions météorologiques sont parfaites. Ca ne va pas arranger mes affaires. Je prévois donc une opération publicitaire coup de poing pour la rentrée, en espérant une reprise de mes activités équestres avec l'arrivée des couleurs.

Seul avantage de ce mois d'août passé à ne rien faire ou presque, j'ai pu profiter au maximum de la présence de mon copain, qui avait décidé de traverser l'atlantique pour venir voir sa p'tite Bouh. Evidemment, ici, il s'est fait repérer en deux secondes. Notre histoire a fait le tour du village, et on a du lui demander au moins 5 ou 6 fois s'il comptait un jour venir vivre ici. Quelle pression !
Son séjour est passé en un éclair, et c'est le cœur en berne que je l'ai ramené à l'aéroport la semaine dernière. Je me console comme je peux en me remémorant les raisons qui m'ont fait venir ici, et en pensant au mois de novembre, lorsque pour la deuxième fois en moins d'un an, je reprendrai le chemin de la France pour un petit séjour. Sur le chemin du retour, pendant que je rumine ma solitude, voilà que ma voiture me lâche. Paf ! Comme ça, en plein milieu de nulle part, à 8 heures du soir, à 80 kilomètres de chez moi. Et là, c'est marrant, mais je n'arrive plus à me souvenir pourquoi j'ai voulu venir au Québec.... Je hulule un appel aux chevreuils et aux écureuils, qui me répondent qu'ils n'ont pas passé leur brevet de mécanicien. Alors je sors ma lampe de poche, j'ouvre le capot, et je constate impuissante que ça fume de partout....
Un chevreuil plus compatissant que les autres me fait remarquer que pas très loin de l'endroit où je me trouve, il y a une maison (la seule à 5 kilomètres à la ronde me dit-il), et qu'elle est éclairée. Sans hésitation, je me dirige vers la lumière de l'espoir. Les gens sont très gentils (A y est ! Je me rappelle ! Pourquoi le Québec....). Le monsieur plonge son nez dans le moteur, et au bout de 5 minutes, le verdict tombe : plus de liquide de refroidissement, fuite quelque part, moteur peut-être serré, voiture sans doute pétée. Je dois donc remorquer mon tas de boue sur 80 kilomètres.
Le premier moment de découragement passé, je me rappelle tout à coup que lorsque j'avais acheté ma voiture chez Encans H Grégoire, j'avais pris une garantie complémentaire avec Easy Care, assortie d'un service de dépannage 24h.
Confiante, je compose le numéro d'Easy Care : 1 800 AU SECOURS ! Etonnement, me voici en ligne avec un états-uniens, qui ne parle pas un mot de français. Bon. On parle anglais. Il ne peut rien faire pour moi. Je lui demande de me transférer à leur succursale québécoise, vu que c'est plutôt par là-bas que je me trouve. Un moment d'attente, et me voici en ligne avec une nunuche (encore anglophone), qui me dit ne rien connaître d'Easy Care, et que dans ce cas, elle ne peut absolument rien faire pour moi. Intéressant....
Les gentils québécois que j'ai dérangé me disent de laisser tomber, et qu'on va appeler Tintin qui habite par iccitte, que c't un bon gars, et qu'il doit être rentré de son anniversaire de mariage à c'te heure.
30 minutes plus tard, me voici en compagnie de « Tintin », traînant ma Kia, ruminant non plus ma solitude, mais le coût d'une telle opération. Je fulmine contre les Kia, je fulmine contre Easy Care et je fulmine contre Tintin, qui aurait pu me faire un prix, vu qu'il est le mari de la sœur de la femme du voisin à Mario (Et voici la preuve que tout le monde se connaît, dans un rayon d'au moins 80 kilomètres).
Au moment où j'écris cette chronique, je suis plus sereine. Tintin a été très sympa avec moi finalement, ma Kia n'est pas complètement cassée, la réparation ne me coûtera pas trop cher, et j'ai réussi à obtenir l'accord d'un remboursement du remorquage par Easy Care, après un long combat de trois jours (encore en anglais, inadmissible lorsqu'on presse la touche 2 pour se faire « aider » en français).
Bon. Je vous fais pas un dessin sur pourquoi je vous raconte tout ça : n'allez pas chez H Grégoire, n'achetez pas un Kia, et ne faites pas affaire avec Easy Care. C'est pas pour rien que tout le monde a un GMC ou une Mazda avec un autocollant CAA au cul.

Pour achever cette petite chronique, laissez-moi revenir sur le sujet de la vie culturelle en région. Je vous avais dit que j'étais restée stupéfaite de la qualité et de la diversité des évènements culturels dans des villes qui ne dépassent pas quelques centaines d'habitants. Pour enfoncer le clou un peu plus, il y a actuellement à Mont-Laurier (bon, là, oui, je l'avoue, la ville compte à peu près 8 000 habitants) un festival international de théâtre. Allons bon, allez-vous me dire.... Que peut bien avoir d'international un festival de théâtre qui a lieu dans une ville perdue dans l'griiin nord. Au mieux, il y a une troupe française venue voir ses cousins du Québec, et peut-être une troupe Etats-unienne, vu qu'ils ne sont pas bien loin.

Et bien détrompez-vous ! Cette année, 15 pays sont présents. La France, bien sûr, mais aussi la Belgique, l'Italie, la Mongolie, l'Allemagne, le Sénégal, la Colombie, le Mexique, la Roumanie, la Pologne, l'Ukraine, et j'en oublie. En une semaine, il y a 23 représentations, réparties sur 3 grandes salles de la ville. Au niveau du style, cela va de la comédie au drame, en passant par la comédie musicale, la farce comique ou le spectacle de danse. Classique ou moderne, encore une fois, il y en a pour tous les goûts. En tant que journaliste, j'ai assisté pour le moment à deux pièces. Je peux vous assurer que c'était carrément époustouflant ! Les costumes, les accessoires, les décors, le jeu des acteurs, tout est de très grande qualité. La Mongolie, qui a réussi à attirer 450 personnes, a complètement subjugué les spectateurs, qui ont fini la soirée debout sur leurs sièges en applaudissant à tout rompre.

Mais ce que j'apprécie le plus, c'est que ce genre d'évènement reste à la portée de toutes les bourses. Le prix le plus élevé (celui que tu payes quand tu n'as pas encore 10 enfants, que tu n'es plus aux études mais pas encore dans une chaise roulante....), plafonne à 10$...
Alors la culture pour tous.... C'est peut-être aussi en région que ça se passe ?





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Déménagement et vie culturelle en...

Bouh

Déménagement et vie culturelle en région

1er juillet.... Ici, au Québec, c'est la fête nationale du déménagement.... Par une étrange coutume tirée du passé, tous les baux de location commencent le 1er juillet, et se terminent le 30 juin de l'année suivante. Je vous laisse donc imaginer la cohue qui règne entre ces deux jours. Les européens qui découvrent cette pratique, inhabituelle sur le continent, se disent que c'est de la folie (et ils ont raison....), et sont convaincus d'être assez intelligent pour échapper à cette tradition, en choisissant de déménager quelques jours avant, ou bien quelques jours après.....
Et bien bonnes gens, sachez-le, en règle générale, vous n'aurez le choix de rien du tout !
Effectivement, en pratique, rien ne vous empêche de quitter votre logement quelques jours avant la date fatidique. Mais qui vous dit que vous aurez le droit de rentrer dans votre nouvelle maison avant ce fameux 1er juillet ? Et oui, vous l'aurez compris, tout dépend du bon vouloir du précédent locataire de votre nouveau logement, qui lui-même, dépend du bon vouloir du précédent locataire de son nouveau logement, et ainsi de suite.... Bref, dans cette chaîne infinie, à moins d'avoir un bon gars qui s'est construit sa propre maison et qui peut aller l'habiter quand bon lui semble, il y a bien un neuneu qui vous dira que pour lui, il n'est pas question de quitter son « home sweet home » avant le dernier jour, parce qu'il a invité sa gang de chums à un barbecue party pour pouvoir profiter de son lac jusqu'à ce que son propriétaire le mette dehors....
Et c'est ainsi que je me retrouve dans le même cas que tout monde, à poirauter devant la porte du loueur de camions, en priant pour que le dernier Dodge ram 3500 ne soit pas loué par la personne qui me précéde dans la file.... Coup de bol, il en reste un. On m'offre maintenant le choix entre deux créneaux horaires : soit de 8 heures du matin à 16 heures, soit de 16 heures à 8 heures le lendemain matin.... Vu que je n'ai jamais été du matin, je choisi donc le second....
Et me voici en train de paqueter toutes mes affaires, qui, malgré mes estimations de comptable hors pair (hi hi hi....), représentent bien plus de volume que je ne me l'étais imaginé....
Le jour « J » arrive enfin, et avec lui, mon locataire suivant, au volant de son pick-up, traînant derrière lui une remorque pleine à craquer. On lui fait de la place, on lui offre le sous-sol pendant que mes affaires restent amassées au premier étage jusqu'à 16 heures. Direction ensuite ma nouvelle maison, où je constate avec plaisir que mon précédent locataire a bien avancé dans son déménagement, et qu'il ne lui reste plus grand-chose à emmener. Le premier étage étant déjà vide, me voici partie dans le grand ménage. A 16 heures pétantes, j'arrive enfin devant le loueur de camions, priant une nouvelle fois pour que le conducteur « du matin » de mon Dodge Ram n'ait pas eu d'accident notoire. Ouf. Le camion est bien là, en parfait état. Re-direction mon ancien logement, et voilà.... Je vous épargnerai les détails de ce que nous avons dû charger à Lac-Saguay et re-décharger à Ferme-Neuve, vu que la façon de déménager reste la même partout dans le monde, à part que les électroménagers sont, ici, deux fois plus encombrants.... Je vous informe cependant que la 46ème loi de Murphy reste, elle aussi, universelle : tout ce que vous avez pu rentrer dans une maison ne pourra pas forcément en ressortir aussi facilement, sans que vous compreniez vraiment pourquoi.... Et les canapés restent la bête noire des déménageurs, que ce soit à Montréal ou en région.... (N'est-ce pas, Isa, Mik et Cédric ???)

Me voici donc installée dans ma nouvelle maison. Première surprise à laquelle je n'étais déjà plus habituée, je peux aller chercher du lait à pieds, en 2 minutes à peine. Je dois dire que cela a parfois son charme....
Ensuite, je suis maintenant à 5 minutes en voiture de mon centre équestre, et là, c'est le bonheur total. Les réservations de dernière minute pour des promenades à cheval ne me font plus peur, et je fais parfois plusieurs allers-retours par jour, juste pour le plaisir. Dernier avantage, et non des moindres : un plein d'essence me fait maintenant quinze jours, alors qu'avant, j'en étais presque arrivée à connaître le signe astrologique du pompiste .... Bref, vous l'aurez compris, je suis bien. Mon lac et mon chalet ne me manquent pas trop, car pour le moment, je trouve trop d'avantages à être ici, même en plein ville !

Laissons à présent les histoires de déménagement de côté jusqu'à l'année prochaine, et aussi à l'intention d'un éventuel prochain chroniqueur, vu que je n'ai pas l'intention de réitérer l'aventure trop souvent !

Je voudrais maintenant vous parler un peu de la vie culturelle en région, ou tout du moins dans la mienne. Comme vous le savez, je suis à présent journaliste pigiste pour un journal local, et il se trouve que de fil en aiguille, j'ai été promue spécialiste des évènements culturels. Un vrai plaisir pour moi, étant donné que cela me permet d'accéder gratuitement à toutes les expositions, festivals, et concerts de la région des Hautes-Laurentides. Et là, laissez-moi vous dire que je reste encore sidérée de voir la qualité de la vie culturelle ici ! Je ne compte plus le nombre d'expositions d'artistes, venus de Montréal ou d'ailleurs. Les artistes régionaux sont aussi mis à l'honneur par des expositions permanentes qui permettent de promouvoir les arts et les artisans et d'offrir un lieu où peuvent s'exprimer les talents locaux. Pour la 7ème année consécutive, une école d'été a même ouvert ses portes, pour permettre à la population de s'initier à toutes les techniques artistiques : gastronomie, peinture, sculpture, création de vitraux ou de bijoux, métiers d'art etc.... Toutes les matières, ou presque, sont enseignées par des artisans de la région.
Du côté musical, trois principaux festivals d'été sont au programme. Tout d'abord, grâce aux Concerts du Parc, à Mont-Laurier, vous pouvez assister tous les dimanches à un concert gratuit en plein air. Le genre musical y est très varié, et la programmation est de grande qualité. Pop, Rock, Jazz, Disco.... chacun peut y trouver son compte ! L'ambiance est en général familiale, décontractée, et très conviviale. Les amateurs de musique écoutent religieusement pendant que leurs enfants jouent aux alentours, agaçant parfois les personnes âgées qui, ayant amené leur fauteuil de jardin, profitent de cette ambiance festive pour se raconter les derniers potins....
On change ensuite de registre avec le festival classique des Hautes-Laurentides et le festival Boré-Art, qui proposent une fabuleuse programmation de concerts classiques, invitant des artistes de renommée souvent internationale ! Les concerts ont lieu alternativement dans plusieurs villages de la région, et il est absolument stupéfiant d'observer une telle qualité de programmation dans des villages dont la population dépasse rarement les 500 habitants. De plus, l'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans !
Dans un autre registre encore, je ne compte plus les fêtes de village, dont la vedette est souvent tenue par des chansonniers ou des conteurs qui ajoutent une note populaire et folklorique toujours appréciée de tous. Les grands évènements locaux, comme le festival country de Val-Barette (au moins aussi important que celui de St Tite ! hi hi hi....) ou le festival des camionneurs de Mont-Laurier réussissent à faire se déplacer de grands artistes comme Marie-Chantal Toupin ou Dany Bédard pour animer leurs soirées.
Alors d'accord, le jour de la sortie mondiale de l'épisode III de Star Wars et du sixième tome de Harry Potter a été superbement ignoré ici, et on doit attendre en général environ 3 semaines de plus pour pouvoir profiter de ces phénomènes de société. Mais après tout, cela nous apprend juste à être un peu plus patients, et on se rend compte que finalement, on n'en meure pas....
Bien évidemment, je ne comparerais pas la vie culturelle de ma région avec celle de Québec ou de Montréal, mais je vous invite à venir vous laisser surprendre par sa qualité et sa diversité !
Et puis juste un exemple de ce qu'on ne trouvera jamais à Montréal.... la semaine dernière, j'étais à un concert de musique classique qui avait lieu dans l'église d'un village d'environ 350 habitants. L'église se situe juste à côté d'un grand lac de toute beauté, parsemé d'îles et pourvu d'une splendide plage de sable fin.... et bien je peux vous dire que le charme du lieu ajoute grandement à la magie et au bonheur que l'on ressent lorsque le concert prend fin, et que tout le monde se retrouve sur le parvis de l'église devant une bonne collation en compagnie des artistes.

Pour me reposer un peu de cette vie culturelle trépidante (hé hé....), me voici maintenant à la veille de ma première randonnée équestre de deux jours. Destination : le refuge du versant ouest de la Montagne du Diable ! Les chevaux et les bagages sont prêts, et ma cliente montréalaise vient d'arriver. Nous embarquons sur nos montures et nous voilà parties, papotant joyeusement tout en appréciant le paysage qui défile sous nos yeux. Lacs, barrages de castors, marécages, forêt, collines, c'est tout simplement splendide. Le soir, nous arrivons au refuge de bois rond qui nous abritera pour la nuit. La vue est magnifique. On voit à des kilomètres à la ronde, le réservoir du Baskatong s'étend à nos pieds, le ciel devient soudain bleu et rose, et nous assistons au plus fabuleux coucher de soleil que j'ai jamais vu....

Alors bonnes gens, sortez de vos villes, et venez passer vos vacances en région, vous ne serez pas déçus !
Quant à moi, après cette courte chronique, je vous laisse et m'en vais retrouver mes chevaux et ma montagne, ainsi que mon premier bébé poney, né la nuit dernière, qui me promet d'être un sacré loustic ! Je vous retrouverai après les vacances, pour de nouvelles aventures !

Bonnes vacances à tous !

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Balade en montagne et débuts...

Bouh

Balade en montagne et débuts professionnels....

Hello tout le monde !

Bon, ça y est, j'ai un nouveau modem, et je suis donc de retour parmi vous. Malgré tout, comme d'habitude, je suis encore en retard pour rendre ma chronique (pardon Laurence).... Pour tout vous dire, j'avais même pensé à demander une permission d'abstention pour cette fois, mais finalement, j'avais trop de choses à vous raconter, alors attachez vot'tuque.... C'est parti !!

Tout d'abord, j'avais envie de vous emmener avec moi sur la Montagne du Diable. En attendant de vous avoir (peut-être ?) comme clients, je vous offre une petite visite virtuelle. En ce jeudi matin maussade, je chausse donc mes chaussures de marche. Aujourd'hui, pas de cheval, car il s'agit de reconnaître de nouveaux sentiers qui n'ont encore pas été explorés. Et la dernière fois que j'ai tenté cette expérience à cheval avec ma copine Lucie, nos pauvres juments se sont retrouvées enfoncées dans la bouette jusqu'au ventre. Pas de dégât à déplorer, mais quand même une belle frayeur (à part pour Shadow, qui, complètement engluée, continuait à brouter les touffes d'herbe sur le côté du chemin..).
Bref, nous voilà partis, Kees et moi, comme au bon vieux temps du chemin de St Jacques de Compostelle. La pluie nous épargne pour le moment, mais pas les moustiques.... Ils sont énormes, et nous attaquent sans répit. Pas moyen de s'arrêter pour se reposer, il n'y a que dans la marche que nous trouvons un peu de répit. Du coup, nous avalons les 12 premiers kilomètres en 3 heures. Belle performance, parce que ça grimpe pas mal par icitte ! Heureusement, nous pouvons bénéficier de l'abri d'un joli refuge de bois rond pour la halte du midi. On entre en coup de vent, sans laisser aux moustiques l'opportunité de nous suivre. Enfin tranquilles ! Le temps est toujours maussade. Mes chaussures sont trempées, mes chaussettes aussi, et il fait froid. Mais bon, on aime ça marcher, et le paysage est fantastique, alors le moral reste au beau fixe. Sur le chemin du retour, que j'ai voulu différent de celui de l'aller, nous nous perdons. Kees vous dira que c'est normal, puisque c'est moi qui avais la carte.... wouaf wouaf wouaf.... Que c'est drôle !!
Bref, on était quand même pas vraiment perdu, c'est juste que j'ai raté un croisement, et qu'au lieu de se trouver sur la piste qui mène au versant nord, on est parti vers le sommet de la paroi de l'aube.... On a donc rallongé le parcours initial de quelques kilomètres.... Au lieu des 25 prévus, le compteur risque maintenant de grimper jusqu'à 32 ou 33, ce qui, en montagne, fait quand même une méchante différence.... Heureusement, Kees est de bonne composition. Moi, tout en maugréant contre moi-même (j'aime pas avoir tord !!), je marche le nez par terre.... Et tout à coup, je fais un bond en arrière, en criant de surprise.... J'ai failli marcher sur un animal, caché dans les fourrés.... Je me baisse, j'examine, et je n'en crois pas mes yeux.... Bambi !! Bambi en chair et en os, couché dans les grandes herbes, comme dans le dessin animé, avant que sa maman se fasse tuer par les chasseurs (ouinnn !! pourquoi elle est morte la maman de Bambi ??). J'appelle Kees. Le petit faon ne bouge pas d'une oreille, on ne le voit même pas respirer. Il doit avoir 1 jour ou deux. Est-il vivant ? Ben oui, il vient de cligner des yeux ! En fait, c'est son seul moyen de défense : ne pas bouger d'un poil.... La mère a dû aller se chercher à manger quelque part, en lui laissant des consignes précises. On prend des photos sous tous les angles. La tentation est grande de le toucher, mais on résiste. On sait que si on le caresse, la mère va le rejeter. Alors on s'éloigne à regret, encore ébahis d'avoir eu cette chance incroyable. Abandonnant les sentiers de ski nordique, nous poursuivons notre route par les sentiers pédestres. Le petit chemin serpente parmi les arbres et les rochers, enjambe un ruisseau grâce à un petit pont de bois joliment aménagé, offre un point de vue sur une petite cascade....
2 heures plus tard.... 30 kilomètres à pieds, ça use, ça use, 30 kilomètres à pieds, ça use les souliers.... 31 kilomètres à pieds, ça use, ça.... Oups ! C'est quoi ce truc ? Je lève le nez. Une chose noire et poilue vient de grimper sur un arbre, juste à côté de moi. Le temps que je réagisse, la « chose » est déjà rendue à 3 mètres de hauteur.... UN BEBE OURS !!! Heu.... Elle est où la mère ?? Autant je ne me suis même pas posé la question dans le cas du petit faon, autant cette fois, c'est la première chose qui me vient à l'esprit.... J'appelle Kees (toujours à la traîne !! hi hi hi.... Vengeance pour le coup de la carte....) Je sors l'appareil photo, je prends rapidement quelques clichés, et nous nous éloignons bien rapidement cette fois. Une fois la première émotion passée, nous nous interrogeons sur la marche à suivre en cas de rencontre fortuite avec un ours.... Je propose de faire marche arrière calmement, sans le regarder dans les yeux. Kees propose de courir chacun dans une direction opposée, en espérant que l'ours restera comme un imbécile sans savoir qui choisir.... (Ben voyons !! Et s'il est pas con l'ours, et qu'il se dit : « un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ??? » On fait QUOI ?). J'essaye en vain de me souvenir des instructions que j'ai lues une fois dans un motel à Roberval. La seule qui me revient à l'esprit était la dernière de la liste : « Ne faites pas le mort trop vite ».... Intéressant non ?
Ouf ! Quelle journée !! Un ours, un faon, un chevreuil, et un écureuil (bon, je vous l'accorde, c'est plus banal), et aussi une tonne et demi de crottes d'orignal (j'aurais préféré voir la bête, mais j'ai l'impression que plus c'est gros, mieux ça se cache....). Finalement, nous rentrons après 33 kilomètres, exténués mais ravis de cette journée en montagne !

Le lendemain, journée de repos au chalet. Seule activité au programme : compter le nombre de vagues qui s'échouent sur la plage lorsqu'un bateau à moteur passe dans le lointain. Kees lit le journal, et repère une petite annonce. « Cherche infographiste à temps partiel ». « C'est pour toi !! » Qu'il me dit.... Ben voyons.... Je sais même pas ce que ça veut dire « infographiste » !
Depuis que je lui ai dis que peut-être, éventuellement, dans un futur indéterminé, j'aimerais me trouver une job à temps partiel pour arrondir les fins de mois (ou plutôt pour les commencer), môssieur épluche le journal et me trouve une job par jour. J'essaye de le raisonner, en lui disant que je ne connais pas la moitié des logiciels demandés dans cette offre. Rien à faire, il est persuadé que c'est MA chance. A force de persuasion, il m'arrache une concession : je vais me rendre sur les lieux pour demander des renseignements complémentaires. Me voici donc dans les locaux de « l'Echo de la Lièvre », concurrent direct de mon journal favori, le « Choix des gens d'Ici ».
- Bonjour, c'est quoi exactement un infographiste ? (Je caricature pour les besoins de la cause, mais c'était presque ça....)
Au bout de 10 minutes, j'en arrive à la conclusion du début : malgré ma bonne volonté, ce job n'est pas pour moi. Etre « pas pire » en informatique est une chose, mais apprendre 2 ou 3 logiciels rapidement pour être opérationnel de suite en est une autre.... C'est pas grave. On en profite pour papoter, on rencontre la boss, et finalement, on ressort au bout d'une demi-heure avec une job de journaliste pigiste ! 30 dollars par article, plus les défraiements kilométriques. Pas pire hein ? J'ai juste à apprendre à être journaliste maintenant, vu que j'ai jamais fait ça de ma vie....
Je vais d'ailleurs commencer dès la semaine prochaine, avec l'inauguration du refuge des Arts de Ferme-Neuve, le bal des finissants du centre de formation pour adultes de Mont-Laurier, un concert pour enfants, et enfin, le concert final des stars académiciens locaux.... Passionnant non ? Je vous entends rigoler d'ici.... Non, non, ne vous moquez pas ! C'est sûr que pour commencer, ça risque d'être du genre « 50 ans de mariage de monsieur et Madame Trucmuche, en compagnie de leurs 6 enfants et 36 petits-enfants.... ».... Mais il faut bien commencer quelque part, et puis quelle meilleure opportunité d'intégration que de pouvoir participer à tous les évènements locaux ? Et puis hop ! Une petite allusion à Windigo Découverte de temps en temps, et le tour est joué....
Bref, c'est une idée pas pire.... Reste à savoir si je peux concilier ce job là avec mon centre équestre....

Pour fêter l'évènement, et aussi parce que c'était prévu de toute façon, Isa et Mik débarquent ce week-end.... Promenade en forêt, barbecue, visite de la région.... Tout allait bien jusqu'à ce qu'Isa ait la bonne idée de prendre un bain de minuit !! Ben voyons.... Je suis entourée de frappadingues ! Avec les températures de ces derniers jours, l'eau du lac est peut-être à 12 degrés.... Qu'à cela ne tienne, les paris sont pris. Aucun moyen de se dégonfler.... Une seule concession sera accordée quant à l'heure.... Ce sera un bain de 22h30.... Isa aura ainsi pu réaliser l'un ses rêves (celui juste avant l'élevage d'écureuils), Kees aura pu prouver à tout le monde qu'il est capable de plonger d'un seul coup dans l'eau froide, Mik aura su nous convaincre qu'un conducteur de Mazda 3 version sport peut aussi être un courageux aventurier, et moi.... ben j'ai pu prouver que malgré les poissons qui vous chatouillent les doigts de pieds et les feuilles mortes qui tapissent le fond du lac, une Bouh peut surmonter son dégoût pour ne pas passer pour une nouille....

Samedi 25 juin.... Pour ne pas faire comme tout le monde, c'est aujourd'hui que le village de Ferme-Neuve a décidé de fêter la saint Jean-Baptiste....
Deux semaines auparavant, un simple coup de fil au responsable du comité des fêtes avait suffit pour que je puisse faire une petite place à mes poneys dans la cour de l'école, au cœur des festivités. Quel accueil ! Et quelle simplicité dans la façon d'organiser les choses !
- « Je peux amener mes poneys ? »
- « Ben oui, pas de problème »
- « C'est payant ? »
- « Ben non, c'est gratuit. Ca fera une activité de plus pour les gens, c'est tout. »
- ....
Le jour « J », me voici sur le pied de guerre dès 8 heures du matin. Le temps est superbe, il fait déjà au moins 25°. Mes poneys sont douchés, brossés, natés, équipés, beaux comme des camions. Pour moi, c'est comme un test : ça passe, ou ça casse. J'ai à peine le temps de seller le dernier cheval que les premiers clients arrivent. La journée passera comme un éclair. A 18 heures, lorsque ma petite Princesse refuse enfin de poser un pied devant l'autre, je décide qu'il est temps de mettre un terme à l'activité, au grand regret des derniers clients qui se pressent encore à la porte. Ce jour là, j'ai compté 110 clients !
Du coup, je n'ai rien vu des autres festivités. La course de bateaux dragons sur la rivière, les jeux, les chansonniers, la parade de chars allégoriques, tout cela m'est passé sous le nez ! Heureusement, j'ai quand même pu apprécier le magnifique feu d'artifice, impressionnant de qualité par rapport à la taille de la ville.... Je suis rentrée chez moi crevée, mais le sourire aux lèvres, allégées de quelques centaines de dépliants touristiques, convaincue d'avoir réussi mon examen d'entrée.
Depuis ce jour, tout va bien. Je cours entre les réservations des clients, les promenades à cheval, les articles du journal à écrire, la préparation de mon déménagement, et la signature de l'acte de vente pour la maison. Je ne vois pas le temps passer, je n'ai même plus le temps de faire mon petit tour sur le forum.... J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop.... Mais si vous saviez, quelle aventure !

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Petit bilan Aujourd’hui, le temps...

Bouh

Petit bilan

Aujourd'hui, le temps est magnifique. Et je peux vous dire que ça fait du bien ! Je commençais à en avoir marre de la pluie de ces deux dernières semaines.... Et puis à présent que mon activité dépend des conditions météorologiques, j'y attache une importance capitale !
Je décide donc de mettre à profit cette belle journée pour entamer un travail qui promet d'être assez difficile.... J'ai en effet prévu de fabriquer une trail supplémentaire dans le bois de Mario et Lucie, afin de pouvoir m'y promener pendant une heure complète avec des éventuels débutants. Ce qu'il faut savoir ici, au Québec, ou tout du moins dans les Hautes-Laurentides, c'est que toutes les forêts ne sont pas aménagées comme en France ou en Belgique ! A part quelques chemins, qui ont été travaillés à la pelle mécanique et entretenus au fil du temps, le reste, c'est de la forêt vierge. Il faut donc se créer ses propres trails, ou bien rester sagement dans les beaux sentiers des parcs provinciaux !

Je charge mon petit trailer avec tout le matériel nécessaire : débroussailleuse, tronçonneuse, sécateurs, pinces en tout genre, râteau, essence, bouteille d'eau, et, sur les conseils avisés de Lucie, un peu d'anti-moustiques.... Et me voilà partie au guidon de mon super quad, à fond de train dans le pré, mon petit trailer brinquebalant derrière moi.... Innocente que j'étais, et même si j'imaginais bien que le travail pouvait être ardu, j'étais sure d'y trouver mon plaisir vu que j'avais déjà construit une ou deux cabanes en forêt quand j'étais petite.... Vous voyez pas le rapport ? Et bien bravo ! Vous êtes plus perspicaces que moi....

Je choisi donc le départ de mon nouveau sentier à partir d'une trail existante, et me voilà partie à travers bois, cherchant le meilleur passage, évitant les gros arbres, les pentes trop raides, les grosses pierres, et posant des petits rubans oranges dans les arbres, tels des fil d'Ariane, pour me souvenir de mon chemin.

Une fois le travail de repérage effectué, je sors la débroussailleuse et son harnachement, et c'est parti !! Au bout de deux heures, la chaleur devient accablante. C'est vraiment le pays du tout ou rien ! Je n'en peux plus. Le vrai problème, en fait, c'est les mouches noires qui commencent à sortir le bout de leur museau. Il y en a partout. Elles se faufilent derrière vos oreilles, DANS vos oreilles, dans vos yeux, sous votre casque, dans votre pantalon, sous votre tee-shirt.... On a beau calfeutrer toutes les ouvertures possibles, elles trouvent toujours un moyen de venir vous achaler. Tout en m'aspergeant de D15, je bénis Lucie, qui a eu la présence d'esprit de mettre cet anti-moustique dans mes bagages.

Les mouches noires seront l'élément déclencheur de mon premier bilan de vie au Québec. Je savais déjà que le plus dur pour moi ne serait pas de survivre à l'hiver, mais bien au mois de juin.... M'y voici donc, à ce fameux mois de juin ! Déjà 7 mois que je suis ici.... Décidemment, le temps passe trop vite ! En 7 mois, j'ai fait tant de choses, et en même temps si peu ! Vous allez me dire, c'est vraiment bizarre comme bilan, mais c'est ainsi que je le ressens.

- Côté business, j'ai un peu de mal à décoller. La période d'hiver a été l'occasion d'une préparation acharnée d'un point de vue comptable et administratif : rédaction du plan d'affaire, pêche aux subventions, visite des infrastructures existantes, recherche des chevaux et des poneys, développement du réseau de contacts etc.... Mine de rien, pour quelqu'un qui vient d'arriver et qui se lance dans une nouvelle aventure, ça prend beaucoup de temps tout ça.... Maintenant que les beaux jours sont revenus (enfin presque), il faut entraîner les chevaux, acheter le matériel qui manque, visiter les sentiers, organiser l'intendance pour les randonnées de longue durée, construire des nouvelles trails, déblayer celles qui existent déjà....
Il faut ensuite créer les cartes de visite et les petits dépliants publicitaires, mais au dernier moment, on se rend compte que le seul numéro de téléphone qu'on peut mettre dessus va se périmer au 1er juillet.... Alors il faut envisager la création d'une adresse mail spécifique, l'acquisition d'un téléphone cellulaire (avec les engagements draconiens d'ici, on est au moins sûr que ce numéro restera fixe pendant 3 ans....), penser à acheter un nom de domaine pour le futur site Internet qui est écrit, mais pas encore mis en ligne.... Une fois qu'on a tout ça, on peut penser à créer des cartes de visite qui ressemblent à quelque chose, et les envoyer à l'imprimerie.
Et puis il faut aussi, et surtout, régler le plus urgent, le plus important, et le plus galère.... La question de l'assurance.... Mesdames et Messieurs les investisseurs, les aventuriers, les passionnés de plein air, et autres frappadingues comme moi, méfiez-vous !! Il est devenu quasiment impossible de trouver une assurance responsabilité civile pour se prémunir des risques encourus lors de la pratique des activités de plein air. Les compagnies d'assurances ne veulent plus de centre équestre, de traîneau à chiens, de canoë, ou de mur d'escalade.... Trop d'accidents, trop de risque, trop de « yahoo », comme on les appelle ici (des gens qui n'écoutent rien, qui croient tout savoir, et qui hurlent « yeeaaahoooo !!! » lorsqu'ils sont sur un cheval).
Il faut avouer qu'ici, les choses sont tellement faciles ! Sans aucun diplôme, on peut créer son business et enseigner la discipline de son choix ! Et certaines personnes qui ont trois ou quatre chevaux dans le fond de leur jardin se disent alors qu'emmener des clients en promenade peut éventuellement constituer une source de revenus supplémentaires.... Ils ne se posent aucune question quant à la sécurité, ni même à propos de leurs connaissances équestres.... D'où la méfiance actuelle des compagnies d'assurances....
Mais bon, bref, ce n'est qu'un obstacle de plus, il va bien falloir le franchir ! Et avant de pouvoir penser aux premiers clients, il faut que tout soit en règle, ou du moins, c'est comme ça que je le conçois.
Après moult recherche, me voici devant ma seule et unique soumission : 3 000,00 $ par an, sous condition d'adhérer à une association touristique de renom, dont l'adhésion annuelle me coûtera la bagatelle de 500,00 $... Quel débutant peut se permettre ça ? Si je gagne ce montant là pendant ma première saison d'été, ce sera déjà le bout du monde pour moi.... Allons, allons.... Ce n'est pas raisonnable.... On laisse tomber ? Ben non, évidemment.... La belle subvention du CLD passera là-dedans, et puis c'est tout.... On verra bien....
Du coup, voilà où j'en suis.... J'ai fait quand même beaucoup de choses, mais je suis un peu frustrée de voir que ça n'avance pas très vite à mon goût.... M'enfin en tout cas, le lancement officiel de WINDIGO Découverte n'est plus qu'une question de jours ! Après, il n'y a plus qu'à espérer....
- Côté personnel, c'est le bonheur total ! Je m'éclate. J'adore ce pays, j'adore les habitants, j'adore ma région, je me sens bien, je suis comme un poisson dans l'eau dans cette ferme où je me suis quasiment trouvé une deuxième famille, j'ai des amis très gentils, un carnet d'adresse qui commence à se remplir, une maison au bord d'un lac, je vais apprendre à tondre les moutons, j'ai un petit chaton tout mignon, j'ai fait du bateau sur « mon » lac ce week-end, je vais chanter à la chorale au mois de septembre .... Que demander de plus ?
Pour les côtés négatifs.... Evidemment, la famille me manque. Mais c'est en fait, c'est vraiment par période. Ou bien c'est quand j'entends ma mère me dire avec une petite voix que « elle a pas trop le moral en ce moment ». Autre côté négatif.... heu.... Le coût excessif du fromage et des yaourts, le système bancaire que j'ai un peu de mal à appréhender (quand on prend une marge de crédit pour rembourser sa carte de crédit, quand on fait payer des frais pour tout et n'importe quoi, quand on gèle les chèques pendant « on ne sait combien de temps » et « on ne sait pas pourquoi »)... Heu.... Bon, ben c'est à peu près tout. Mais c'est vraiment pour dire de trouver quelque chose....
- Côté amours.... Heu.... Je passe ....
- Côté finances.... Ben là, il y a deux visions.... La vision personnelle, et la vision globale. D'un point de vue personnel, je vais bientôt tomber sur la réserve. J'ai passé le stade critique, alors je vis le plus économiquement possible en attendant mes premiers clients. J'ai d'ailleurs l'intention de me trouver un petit job d'appoint dans les prochains mois pour soutenir l'effort de guerre imposé par mon business. D'un point de vue plus global, ça va déjà beaucoup mieux. Ma mère a décidé de me prêter un peu de sous (c'est la meilleure banque du monde, on rembourse quand on peut....) et je viens de trouver une jolie petite maison, en plein milieu du village de Ferme-Neuve. Adieu mon lac et adieu mon chalet, mais aussi adieu les 90 kilomètres à conduire par jour, les 250 dollars d'essence par mois et le loyer de 650 dollars.... Je déménage le 1er juillet !

Bref, voilà un peu où j'en suis. Je lève les yeux de ma débroussailleuse.... Et j'aperçois le bout du tunnel. Encore 20 mètres, et ma nouvelle trail est terminée ! Je ris au nez des moustiques qui n'auront pas réussi à me dégoûter, en tout cas pour aujourd'hui. Leurs piqûres sont quasiment invisibles. Je pense que c'est grâce à un précieux conseil qui m'a été donné par un vieux d'ici, et qui était de prendre des pilules de « Réactine » un mois avant le début de la période des mouches. La Réactine est un médicament contre les allergies, et qui (paraît-il) rend l'odeur de la peau désagréable pour les bibittes. A bon entendeur !!

Maintenant, excusez-moi, il faut que je vous laisse, je dois aller seller mon cheval et essayer ma nouvelle trail !


PS : Ca fait trois fois que j'essaye d'envoyer cette chronique à Laurence, et bizarrement, ça ne marche pas.... Après un rapide diagnostique et un café chez chacun de mes voisins pour confirmation, je décide de rajouter quelques lignes à cette chronique pour implorer votre pardon.... Oui, je suis (encore !) en retard, mais cette fois, c'est la faute à l'orage de ce matin.... Il n'y a plus de téléphone nulle part, et donc, encore moins d'Internet.... Je suis coupée du monde, dans le grand nord québécois. Intéressant non ? hi hi hi !

PS 2 : Encore un petit supplément, écrit par l'entremise du PC de mes amis.... Finalement, mon modem interne est cramé, toujours because of the storm.... Vu la difficulté que j'ai a acheter un nouveau modem externe ici, mon absence risque de se prolonger !! hi hi hi....


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Week-end à la Ferme - Bon...

Bouh

Week-end à la Ferme

- Bon, ça va aller, tu es sûre ?
- Mais oui, mais oui ! Ne vous inquiétez pas ! J'ai tout compris.
Je pousse mes amis vers leur voiture, qui disparaît peu de temps après dans un nuage de poussière.
Me voilà seule !!
Enfin seule, pas tout a fait. Mon ami Kees, qui a décidé de faire le tour du Québec à vélo (rien que ça !) est donc revenu passer quelques temps avec moi. Mais pour le moment, pas de tape-cul au programme. Avant de penser à se muscler les mollets, il va falloir jouer les apprentis fermiers le temps d'une fin de semaine.

Mario élève principalement des moutons. Mais ça, c'est pour ainsi dire son gagne pain. Sa vraie passion reste les races animales québécoises. Alors à part les fameux moutons (dont la race reste sa seule concession à la perfide Albion), les quelques chats de gouttières nés au Québec mais dont le standard n'est pas encore reconnu officiellement, le berger allemand, et la petite chienne récupérée au bord d'un chemin et dont l'origine reste encore un mystère, tout le reste est purement québécois. Que voulez-vous ? Mario est un amoureux de son pays. Il n'a d'yeux que pour ses poules canadiennes, ses vaches canadiennes, et surtout.... Ses chevaux canadiens. Il est indépendantiste et patriote, il s'assume, et il se bat. Et pour lui, la conservation du patrimoine québécois est une arme redoutable contre toute forme d'assimilation.

Vous l'aurez compris, vous allez maintenant avoir droit à un petit exposé rapide sur les trois races animales reconnues officiellement au Québec comme étant des races « d'origine québécoise ».
D'abord, la poule Chantecler. Cette petite poulette a été créée en 1908 par Frère Wilfrid, moine Trappiste à Oka. De couleur blanche, ou « perdrix », elle est ce qu'on appelle une poule « à double fin », c'est-à-dire qu'elle peut être élevée autant pour ses œufs que pour sa chair. Une bonne poule Chantecler peut pondre entre 240 et 260 œufs par an. La chair est franchement tendre et délicieuse, et ça n'a rien à voir avec le goût des poulets blafards et anémiques qu'on vous propose dans beaucoup de restaurants.
Cette poule a la particularité de ne pas avoir de crête (ou très peu), et pas de barbillons, ce qui la rend très résistante à l'hiver québécois. Car c'est bien connu, moins vous avez d'extrémités à protéger, et moins vous risquez de vous les geler....
Les vaches canadiennes sont, quant à elles, issues des vaches bretonnes et normandes arrivées en Nouvelle France dans les année 1500 et quelques.... Affublées de grandes cornes, elles sont petites, robustes et frugales, et sont de couleur noire ou fauve. Elles sont élevées aussi bien pour leur viande que pour leur lait, qui possède l'un des meilleurs taux de transformation pour la fabrication du fromage. La vache fétiche de la ferme, Kami, a même été l'une des vedettes féminines du film Nouvelle France ! Maintenant, elle coule des jours heureux à reproduire les standards de la race....
Enfin, le cheval canadien. A l'origine, il s'appelait d'ailleurs le cheval « canadien français ». Mais depuis que le gouvernement fédéral a décidé de l'élever au rang de race nationale, notre petit « cheval de fer » a perdu la deuxième partie de son nom.... Petit, robuste et frugal, il est très bien adapté aux rigueurs de l'hiver québécois. Dame Nature a aussi eu la bonne idée de le pourvoir de crins longs et très fournis, qui lui permettent de se protéger des mouches et autres bibittes de l'été. Toutes les couleurs « simples » sont acceptées, c'est-à-dire le noir, le bai, l'alezan, le gris et le blanc. Malheureusement, ces deux dernières couleurs ont quasiment disparues, et les éleveurs se donnent beaucoup de mal pour essayer de les réintroduire. Le cheval canadien possède un tempérament doux et calme, ainsi qu'un excellent caractère, ce qui en fait le compagnon idéal pour les promenades ou les randonnées sur plusieurs jours. Ses qualités ne cessent d'étonner, et on le redécouvre aussi petit à petit comme cheval de sport.

Le jour se lève. Je me dirige vers le poulailler.
- Alors les cocottes ? Combien d'œufs ce matin ?
De leur bonne volonté dépend notre petit déjeuner, alors faut pas rigoler avec ça. Je me débats avec les quelques poules récalcitrantes qui ne veulent pas me laisser regarder sous leur popotin.... Quelques coups de becs bien appliqués me font réfléchir.... Comment se fait-il que Mario n'ait aucun problème lui ???
Ouf. Ca y est. Je rempli la boite, je vide la chaudière d'eau et la rempli de nouveau, je vérifie le niveau du tas de grains. Tout va bien de ce côté-là.
Etape suivante. Les chevaux m'entendent arriver. Hennissements, coups de pieds, énervement. Ca, ça va. C'est mon rayon. En deux temps trois mouvements, tout est fini. Le fumier est vidé, les chaudières d'eau sont remplies et le foin est distribué. Je sors ensuite le pauvre étalon qui s'est pris une rouste hier par le chef de la bande.... Pauv'vieux.... Piqûre, douche, pansement, médicaments, prise de température.... et hop ! Au dodo.
Aux moutons maintenant ! Alors.... D'abord, donner de l'ensilage aux brebis allaitantes. Ensuite, du grain aux agneaux. Ensuite, du foin aux béliers. Et ne pas oublier la traditionnelle corvée d'eau.... Il faut aussi donner à manger aux chats et aux chiens, vérifier que les vaches vont bien, nettoyer les abreuvoirs des chevaux qui sont dehors et passer un bon coup de balai....
En deux heures, tout est fini.
Après un bon petit déjeuner et un café chaud, on repart.
Il faut tailler les framboisiers, nettoyer la serre, ranger du bois, vider du fumier.... On a pas le temps de s'ennuyer, et la journée passe en un éclair....
Le soir, rebelote. Je recommence ma tournée d'eau, de foin, de grains, de soins.... et d'œufs, avec quelques coups de becs en moins....
Il est un peu plus de 22 heures. Dans la grange, tout est tranquille. Ma dernière inspection vient de se terminer, et je flâne dans la cour. Il fait nuit noire. Je lève le nez vers le ciel pour contempler les milliers d'étoiles. Je caresse la tête du chien qui me suit pas à pas.... J'écoute avec délice le bruit de l'eau qui coule dans le ruisseau. Un hennissement étouffé me parvient du fond de la crique, où les étalons sont déjà au pâturage... C'est le bonheur total....
Les grenouilles s'égosillent. Si vous pouviez entendre leur coassement si particulier ! C'est vraiment spécial ! La première fois, à côté de chez moi, j'ai cru qu'une alarme de voiture ou de maison s'était déclenchée. Et puis au bout de trois jours, je me suis dit que cette alarme devenait bien tannante. Et finalement, au bout de quatre ou cinq jours, j'ai émis l'hypothèse que j'étais peut-être une idiote d'avoir pu croire qu'il s'agissait d'une alarme.... Surtout que le bruit ne se déclenchait que la nuit....
Effectivement, renseignements pris, il s'agit bien de grenouilles, mais je ne connais pas encore la marque. Je vous reviendrai là-dessus la prochaine fois, lorsque j'aurais demandé à Guillaume, qui du haut de ses neuf ans, prépare sa canne à pêche pour aller pêcher des poissons « full bizarres » dans le ruisseau, et qui m'en attrapera bien une à l'occasion.

Le lendemain, je trouve le temps de monter à cheval. Après tout, si je veux pouvoir emmener des clients sur la montagne, je ferais déjà bien de la connaître un peu moi-même.... Le soleil brille, les oiseaux chantent. Les premiers bourgeons sont enfin sortis, et les arbres ont une magnifique couleur vert tendre. Un tapis de feuilles mortes recouvre le sol.... Ma dernière acquisition passe les ruisseaux sans broncher, frémit à peine lorsqu'un écureuil déboule sous son nez, regarde avec dédain les gros 4X4 qui le doublent à pleine vitesse..... Je souris.... J'en suis fière de mon nouveau grisou !

Une vague de nostalgie m'envahit soudain... L'année dernière, à cette même époque, je marchais vers Compostelle.... Ce pèlerinage a changé ma vie, en bien des façons. Et je crois que cette image me hantera toujours....
Un jour peut-être... Je refoulerai les mêmes sentiers.... Pour remercier.


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Visite… Aujourd’hui, je vais chercher...

Bouh

Visite....

Aujourd'hui, je vais chercher ma mère à l'aéroport. C'est la première fois qu'elle met les pieds sur le continent américain, et donc, à fortiori, au Québec. J'attends ce moment avec impatience. A travers ses yeux, j'espère revivre les sentiments qui m'ont habités il y de cela 5 ans, lorsque j'ai moi-même visité ce coin du monde pour la première fois. Je dois dire qu'à présent, je me sens un peu comme chez moi ici, et je me suis accoutumée à beaucoup de choses, à l'immensité des paysages, à la gentillesse des gens, aux grosses voitures, à la neige l'hiver, et même à mon Internet bas débit.... Je me surprends parfois à considérer que de vivre dans un chalet au bord d'un lac est la chose la plus naturelle du monde, et que le ciel a toujours été piqueté de milliards d'étoiles dont on ne voit pas la moitié en France à cause des lumières de la civilisation. J'ai peur de me lasser de ces choses devenues presque banales, j'ai peur d'être blasée, et j'ai peur de ne plus me souvenir pourquoi je suis partie. Bien sûr, je n'en suis pas encore à ce stade ! Mais je me méfie du glaive de la lassitude, toujours suspendu au dessus de nos têtes, et dont la corde qui le retient au firmament s'effiloche un peu chaque jour, jusqu'au jour où : Vlam !, il tombe.
(Claude.... Si tu me lis....)

Donc, en ce jour pas banal, je débarque à l'aéroport avec mon petit chien dans les bras. Je dois préciser que c'est un chien « de prêt », puisque pour dépanner des amis, j'ai eu la chance de le garder pendant 3 jours. Mais j'avais juste oublié que les chiens, ici au Québec, ne sont pas vraiment admis dans les lieux publics.... Même s'ils ont été bien éduqués, qu'ils font leurs besoins dans le caniveau, qu'ils ne sèment pas leurs poils partout, et qu'ils n'aboient pas, c'est comme ça. On ne comprend pas vraiment ce besoin de les emmener partout avec soi.
Cependant, je décide de tenter ma chance. Je fais les yeux doux à un agent de sécurité, et ma petite Canelle, comme si elle avait compris l'importance de l'enjeu, le gratifie en même temps de sa plus belle mine. L'agent de sécurité craque devant la trogne de mon toutou, et ça passe....

Peu de temps après, j'aperçois ma mère. Emotion, embrassades... L'histoire peut commencer.

Acte 1 :

Ma mère s'extasie devant mon petit chien.
- « Oh !! Que tu es mignon !! Alors comme ça, tu es un chien canadien ? Mais.... Tu comprends le français quand même ?? »....
Bon.... Ben y a du boulot....
- « M'man.... C'est un chien québécois.... Alors il comprend le français avant tout.... »
Je remarque d'ailleurs que ma mère mélange allègrement le Canada et le Québec, le provincial et le fédéral, les anglais et les anglophones, le pays, les provinces et les régions.... elle ne comprend pas non plus ce que la reine d'Angleterre vient foutre dans l'histoire....
Pendant le trajet qui nous ramène chez moi, et avant qu'elle se retrouve face à mes voisins et/ou amis, indépendantistes pour la plupart, je lui fais donc un rapide exposé géographique et politique.

Bien sûr, elle adore mon chalet au bord du lac. Elle trouve que ça fait chalet de vacances, mais se demande bien comment on peut vivre ici à l'année longue. Elle reste médusée devant l'immensité des paysages, s'inquiète un peu de ce que je suis venue faire ici, et où je vais bien pouvoir trouver mes futurs clients au milieu des bois. Les arbres sans feuille à perte de vue, elle trouve même ça carrément sinistre. Le hurlement d'un loup dans le lointain lui rappelle que le nombre d'habitant au kilomètre carré ne justifie pas leur extermination totale, et nos promenades dans les bois se terminent généralement au pas de charge, de peur qu'on finisse par se faire bouffer. Le désordre architectural la laisse perplexe. Elle n'aime ni la forme des maisons, ni leurs couleurs.... Les gros motels au bord des routes lui semblent odieux. La taille des camions l'impressionne, et leur façon de nous coller aux fesses à 120 km/h sur la 117 lui fait carrément peur. A chaque fois que mon 4X4 s'écrase dans un chaos de la route, c'est dire à peu près toutes les 30 secondes, elle pousse un petit cri d'effroi, en pensant à mes pauvres amortisseurs....
Je sens bien que pour l'instant, elle n'accroche pas vraiment avec mon pays d'adoption....

Acte 2 :

Le temps est radieux. Affalées sur ma terrasse au soleil, nous buvons une coupe de champagne accompagnée de toasts au foie gras... La neige disparaît tranquillement, on aperçoit les premiers trous d'eau libre sur le lac. Les écureuils sont sortis de leur trou et fouinent partout à la recherche de nourriture. Le calme règne, on entend rien si ce n'est le chant des oiseaux. Ma mère commence à trouver que finalement, on est pas si mal ici....
Je la traîne partout avec moi. Je lui présente mes amis, et les amis de mes amis. Tout le monde veut la connaître, et se plie en quatre pour lui faire goûter quelques plats typiques : Ragoût de boulettes, ragoût de pattes de cochon, tourtière, tarte au sucre.... Tandis qu'elle s'indigne devant chaque portion qui pourrait, selon elle, nourrir un régiment entier, je constate en rigolant que son assiette est toujours vide....
Apprenant que ma mère est chef de chœur en France, ma copine Lucie l'entraîne avec fierté à une répétition de la chorale de Ferme-Neuve, petit village d'environ 4 500 habitants. Ma mère en revient enchantée, et raconte aux écureuils attentifs que la petite chorale de Ferme-Neuve est capable de rivaliser avec les plus grandes.... Elle écoutera le CD en boucle pendant toute la soirée, en se demandant bien comment elle pourra amener sa propre chorale à chanter le Tourdion avec autant de perfection....
Le jour suivant, lors d'une promenade dans les bois, nous apercevons un orignal qui s'éloigne tranquillement en nous tournant le dos. Ma mère commence à trouver que finalement, le paradis peut éventuellement s'accommoder de quelques motels hideux au bord des routes nationales.
D'ailleurs, elle s'habitue tellement bien à l'architecture que les jolies maisons se mettent tout à coup à fleurir au bord des routes.... Même les arbres ne semblent plus aussi sinistres depuis qu'ils se reflètent dans l'eau libre des lacs. L'herbe apparaît dans les champs, elle verdit un peu plus chaque jour, et je sens que ma mère se laisse gagner par la fièvre québécoise du printemps qui se fait attendre. Un matin, je la surprends même une pelle à la main, en train d'étaler le restant de neige dans mon jardin pour qu'il puisse fondre plus vite.
Je comprends que, petit à petit, elle se laisse envahir par la magie du pays et de ses habitants....

Acte 3 :

Quinze jours ont passé.
Ma mère vient de me donner un cours sur l'histoire du Québec, qu'elle a pioché dans un guide touristique.
C'est moi qui, à présent, pousse un cri d'effroi lorsque je me laisse surprendre par un chaos de la route. Assise à la place du passager, ma mère grommelle parce que je l'ai fait bouger et que la photo du motel et du camion va être ratée.
Elle a déjà choisi son petit coin de pays, mais elle hésite encore entre acheter une jolie petite maison qu'elle a repéré pas très loin, ou bien acquérir un bout de terrain de chasse pour le reconvertir en réserve faunique....
Elle évoque la possibilité de quitter l'éducation nationale et de se reconvertir en professeur de chant ou en guide de randonnées pédestres.
Tous les jours, elle suit de près l'évolution de la fonte des neiges. Elle repère l'avancement de l'eau libre sur le lac. Elle espère voir sortir les premiers bourgeons avant son départ. D'ailleurs, quel départ ? Elle ne veut déjà plus partir....
L'avant dernier jour, nous sommes attendues au Centre Collégial de Mont-Laurier pour la remise des prix du concours québécois en entrepreunariat. J'avais été inscrite d'office à ce concours par le Centre Local de Développement, qui pensait que j'avais une chance d'y faire bonne figure avec mon projet de centre équestre. La salle est comble. C'est rigolo, on se croirait à la remise des Oscars. Les deux présentateurs énumèrent les nominés dans chaque catégorie, avant d'annoncer en grande pompe le nom du vainqueur.
Dans ma catégorie, nous sommes quatre à avoir été nominés. S'ensuit le roulement de tambour.... Et le nom du vainqueur apparaît sur l'écran géant.... Windigo Découverte vient de remporter le premier prix ! Encore abasourdie, je m'avance vers l'estrade pour recevoir mon prix. Je serre quelques mains, je reçois mon diplôme accompagné d'un chèque de 300 $ et je bafouille un petit discours de circonstance, avant de me plier aux volontés des paparazzis envoyés par le journal local.... Quelle consécration ! Je retourne à ma place et je constate que ma mère vient de fondre en larmes.... Elle vient de comprendre pourquoi j'ai choisi ce pays merveilleux, qui sait si bien donner leur chance à ces immigrants tout juste débarqués de leur lointain pays et qui ne savent même pas encore prononcer correctement le mot « tabernacle »....

Epilogue :

Je ramène ma mère à l'aéroport. Dans sa valoche qu'elle tire tristement jusqu'au comptoir d'enregistrement, les cannes de sirop d'érable côtoient la recette du pudding chômeur. Elle me parle déjà des dates de son prochain voyage, me charge d'aller visiter pour elle la petite maison à vendre qu'elle a repérée, et s'envole pour la France, en réfléchissant à la possibilité d'un échange de chorale entre le Virelai de Noyon et le Tourdion de Ferme-Neuve.
Quant à moi, je retourne vers mon chalet, mon lac et mes chevaux, le cœur léger, heureuse de constater qu'une fois de plus, le Québec a su se faire aimer, même en plein mois d'avril....

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Windigo Découverte Bonjour à tous...

Bouh

Windigo Découverte

Bonjour à tous !

Je m'appelle Shadow, et je vais avoir 4 ans cet été.
Bien que je sois d'origine française par ma mère (respectable Percheronne) et Etats-unienne par mon père (qui était un Morgan), je hennis avec l'accent québécois depuis que je suis née.
Vous l'aurez vite deviné, je suis une jument ! Et pas si pire avec ça ! J'ai une couleur qui n'appartient qu'à moi (due à mes origines diversifiées ?), un caractère bien trempé, mais une gentillesse à toute épreuve.
Un jour, pendant que je mâchonnais mon foin avec ma copine Quater Horse (aussi d'origine Etats-unienne), une fille est entrée dans l'écurie. J'ai tout de suite compris à son accent qu'elle devait être nouvelle dans la région.... Elle parlait avec ma propriétaire, et j'ai entendu mon nom plusieurs fois.

Puis, elles se sont dirigées vers moi, et m'ont sortie de l'écurie pour m'amener dans un ring de pratique. C'était la première fois que je quittais ma copine ! J'étais très inquiète, mais je n'ai pas perdu le nord. J'ai tout de suite essayé de défoncer les barrières pour m'évader. Sans aucune panique, mais méthodiquement, je les ai essayées les une après les autres. J'ai passé ma tête entre chaque bout de bois, j'ai poussé de toutes mes forces, mais en vain.
La fille étrangère s'appelait Katy. Elle est entrée dans le ring, avec une chambrière (c'est un peu comme un long fouet). Je l'ai regardée d'un œil suspicieux, mais elle m'a parlé doucement, et a finalement réussi à me faire trotter sur la piste. Au bout de quelques minutes, j'avais capitulé. Finalement, c'était assez rigolo comme jeu. J'ai tourné au pas, au trot, et au galop, je m'arrêtais, je changeais de direction.... Je ne voudrais pas me vanter, mais avec mon intelligence, il ne m'a pas fallu 5 minutes pour comprendre tous ce qu'on attendait de moi. Ensuite, j'ai vu que quelqu'un apportait une selle et une bride. Je me suis tenue calmement le temps qu'on me mette tout ce barda sur le dos, et Katy est montée. J'ai tourné calmement sur la piste au pas et au trot. Ensuite, on m'a (enfin !) ramenée dans mon écurie, où j'ai pu retrouver mon foin et ma copine. Ouf ! Quelle journée !

Puis, j'ai entendu comploter derrière mon dos. On parlait de prix, de vaccins, de maréchal ferrant, de test coggin's.... Quelques instants après, j'ai compris que j'avais été vendue à la fille étrangère !
Avant de me quitter, elle est venue me parler dans l'oreille. Elle m'a dit de ne pas m'inquiéter, que je serai heureuse avec elle, et que j'aurais plein de nouveaux copains. Elle m'a aussi confié qu'elle n'avait pas voulu m'acheter quand elle m'avait vue essayer de défoncer les barrières, mais que quand on lui avait dit que je n'avais jamais quitté ma copine de ma vie et que je n'avais pas été montée depuis plus de 8 mois, elle m'avait trouvé bien fine finalement....

Peu après, j'ai rejoins ma nouvelle maison. Après quelques jours dans un box, on m'a lâchée dans ma nouvelle pâture, avec mes nouveaux amis... Enfin.... Amis, faut le dire vite hein ! Mél, le chef de la bande m'a fait la vie dure au début en voulant me chasser du troupeau. Inquiète, je venais à la barrière pour voir Katy, et je la poussais avec mon gros nez pour la supplier de me remettre dans mon box et de m'épargner ce calvaire. Katy m'a doucement rappelé que depuis que j'étais arrivée, je ne rêvais que d'une chose, c'était de pouvoir galoper là-dedans avec les autres chevaux... Et que parfois, la vie n'est pas toujours facile, et qu'avant que le rêve se réalise, il faut savoir souffrir un peu... Alors je poussais un gros soupir, et je retournais tenter ma chance auprès des autres...

Au bout de quelques jours, j'étais acceptée par tout le troupeau. J'ai ainsi pu en apprendre un peu plus sur ma nouvelle condition. J'étais devenue cheval de centre équestre ! Katy avait décidé de se lancer en affaires, et de proposer aux clients des promenades à cheval, des randonnées sur plusieurs jours, et des promenades en traîneau (appelées ici « sleigh ride »). Quelques-uns de mes nouveaux copains participaient à l'aventure, et il ne restait plus qu'un cheval à acheter, et aussi quelques poneys pour offrir une initiation aux enfants.

Katy venait souvent se confier à moi. J'ai appris qu'après 15 jours de dur labeur, elle avait enfin terminé son plan d'affaire, qui comprenait 40 pages de chiffres et de blabla divers. L'étape suivante avait été beaucoup moins drôle : la présentation de son plan d'affaires au Centre Local de Développement pour obtenir la fameuse subvention de 5 000 $. Elle était dépitée parce qu'elle avait perdu tous ses moyens pendant la présentation orale. L'ambiance était.... glaciale.... Pas de question, pas de participation active de l'auditoire, pas un sourire, pas de commentaire bon ou mauvais sur son travail. Les participants avaient le plan d'affaire dans les mains depuis une semaine.... Ils savaient déjà tout, et visiblement, ils n'avaient pas besoin (ou envie) d'en savoir plus. Quelle différence avec les premiers contacts qu'elle avait eus avec eux ! Elle était sortie de là un peu dépitée.... Mais finalement, elle a pu obtenir une subvention de 3 000 $... Pas si pire après tout ! Mais bon, il faut donc piocher 2 000 $ de plus dans les économies, qui commencent sérieusement à fondre à vue d'œil....

Malgré tout, flairant que le projet avait toutes ses chances, le CLD a décidé de l'inscrire d'office au concours des jeunes entrepreneurs du Québec. Les résultats au niveau de la MRC seront connus le 20 avril. Si elle gagne, elle peut obtenir une subvention de 500 $, et elle obtient le droit de passer au niveau régional, puis éventuellement, au niveau provincial. Ce serait rigolo de voir déjà sa photo dans « le choix des gens d'ici » !

Ensuite, il a fallu qu'elle aille enregistrer son entreprise. En deux minutes, tout était terminé, et ça lui a coûté 32 $. Windigo Découverte était née !!! Mais la partie la moins drôle restait à venir.... Magasinage des banques pour l'ouverture d'un compte commercial (au niveau des frais bancaires, c'est incroyablement cher !), magasinage des assurances qui sont extrêmement réticentes à couvrir des risques dans le milieu du tourisme, recherche d'un comptable, travail sur le contenu du futur site Internet, création des cartes d'affaire et des dépliants publicitaires. Katy me dit qu'elle n'a aucun talent artistique, et que de travailler sur le côté marketing ne se révèle pas aussi simple qu'il n'y parait....

Mais la plus grosse désillusion est arrivée par là où elle ne l'attendait pas.... Impossible de trouver des poneys pour les enfants !
Mais bon, c'est de sa faute aussi.... Moi, si elle m'avait demandé mon avis, je lui aurais dit que je n'en avais pas vu beaucoup dans la région ! Au pire, quelques étalons, quelques ponettes rachitiques et gestantes, ou quelques bébé de quelques mois pas domptés !
Les seuls poneys corrects qu'elle arrivait à trouver étaient du côté de Montréal et il parait qu'ils étaient déjà vendus avant même qu'elle ait eu le temps de téléphoner ! Elle s'est renseignée auprès des 3 ou 4 poneys clubs du Québec, mais eux aussi en cherchent.... Elle en a même trouvé quelques-uns en Gaspésie, en Estrie, ou au Lac Saint Jean mais.... C'est beaucoup trop loin et ça va coûter plus cher en gaz qu'en poneys cette affaire là....

Bref, bonnes gens, sachez le ! Il ne suffit pas d'arriver avec vos bonnes idées, il faut aussi s'assurer que vous connaissez bien votre milieu.... Bien sûr, elle était ravie la petite Katy avec son produit « initiation poneys », c'était super innovant, et elle n'avait aucune concurrence dans la région ! Ben oui.... Mais c'est tout bêtement parce que les Québécois ne connaissent pas trop ça les poneys.... Pour eux, c'est juste petit et têtu, et ça fait juste bien au fond du jardin pour tondre la pelouse en été, mais c'est tout ! Et ils font généralement monter leurs enfants directement sur des chevaux, alors....
Evidemment, les poneys clubs qui se sont ouverts au Québec marchent du tonnerre.... et la petite étude de marché qu'elle a faite auprès des gens autours d'elle révèle un intérêt certain, mais les faits sont là.... La matière première manque cruellement....
Alors pour essayer de trouver des poneys de fonds de jardin, elle a essayé de faire appel au légendaire réseau.... elle a parlé à tous les gens qui possédaient des chevaux, elle leur a dit ce qu'elle cherchait, elle leur a donné son numéro de téléphone, elle a mis une annonce dans les journaux locaux. Pour l'instant, les résultats son maigres, mais elle ne désespère pas. Elle a de la suite dans les idées la Katy.... Elle est plus têtue que moi, et je ne savais pas que ça pouvait exister....

Mais des fois, elle pète les plombs ma nouvelle maîtresse. Elle vient pleurer dans ma crinière, en me disant que son projet va foirer, qu'elle n'aura aucun client, que tout ce qu'elle va gagner, c'est qu'elle va perdre tous ses sous, qu'elle a fait une connerie en venant là, que sa famille et Sébastien lui manquent, et qu'elle a voulu péter plus haut que son c.... avec cette histoire de centre équestre. Alors je reste figée comme une statue, je lui souffle dans les cheveux, je lui bave dans l'oreille....Et j'attends qu'elle se calme.

Ce qui lui remonte un peu le moral, c'est qu'elle a commencé mon entraînement. Et il parait que je suis vraiment géniale ! Un peu « bébé » sur les bords, mais sans aucune méchanceté, et ce qui lui plait le plus, c'est que malgré mon jeune âge, je sais rester zen devant des éléments perturbants (chiens, flaques d'eau, voitures, et même autobus scolaire). Bref, une bonne jument pour les touristes peu expérimentés.
Maintenant, pour commencer les choses vraiment sérieuses, il faut attendre que la neige disparaisse enfin des chemins forestiers.... Alors Katy surveille ça de près. Elle regarde son thermomètre chaque jour, elle surveille l'évolution des bancs de neige, elle prie pour que le soleil réchauffe son lac, et la dernière fois, elle était même contente de voir de la pluie !

Le démarrage des activités est prévu pour le début du moi de mai. Je la sens piétiner d'impatience.
En attendant, elle s'occupe aussi de rechercher un nouveau logement. En effet, son joli chalet au bord d'un lac est trop loin de l'emplacement de son futur centre équestre (presque 1 heure de route) alors elle a décidé, à regret, de donner son préavis et de rechercher plus près.... Avec le prix du gaz qui augmente sans cesse et la neige sur les routes l'hiver, elle a choisi d'être raisonnable. Et puis son char aussi la remerciera de ne plus lui flanquer 10 000 km au compteur tous les 3 mois....
Elle espère trouver un équivalent, bien sûr, mais dans ce coin là.... C'est pas gagné.... Alors ce n'est pas grave. Elle a dit qu'elle était déjà contente d'avoir vécu son rêve de chalet au bord d'un lac, et que maintenant, elle saurait se contenter de ce qu'elle trouvera.

Pour lui changer un peu les idées, sa mère débarque de France le 8 avril pour 15 jours.... J'ai hâte de lui être présentée !!

A très bientôt,

Shadow

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Le Choix des gens d’ici...

Bouh

Le Choix des gens d'ici....

Dimanche matin. J'ouvre un œil, puis l'autre.... J'émerge doucement de mon sommeil en constatant (comme tous les matins depuis maintenant 4 mois) à quel point je dors bien ici.... Pas de bruit de télévision ni de voiture, pas de lumière qui filtre, pas de porte de garage qui grince à 2 heures du matin, pas de voisins du dessus qui jouent au scrabble la fenêtre ouverte et qui touillent les lettres dans le sac pendant 1 heure avant de finalement piocher un W ou un Z....
Je me lève pour sacrifier à mon premier rituel du matin : regarder par la fenêtre et jeter un coup d'œil au thermomètre. Tiens ? Il neige ! Ca faisait longtemps. Tellement longtemps que je commençais à me demander si ce premier hiver au Québec n'avait pas été parrainé par la Délégation Générale du Québec....
Depuis quasiment 1 mois, le temps est au beau fixe et j'ai dû déneiger ma cour peut-être une fois à tout casser. Je reste le nez collé à la fenêtre en sirotant mon café. Ce qui ressemblait à un vieux crachin breton version neige commence doucement à s'intensifier. Au bout de 10 minutes, d'énormes flocons font leur apparition... Au bout d'une heure, je ne vois plus à 10 mètres.... Ben là.... C'est fou ça ! Derrière ma fenêtre, j'exulte.... Que c'est beau !!
Le vent se met alors à souffler violemment. Je calcule rapidement.... -15° au thermomètre.... Avec le vent.... 30° au moins. Bon. Il n'en faut pas plus pour anéantir toute velléité de sortie....

Je décide donc de mettre à profit cette journée de farniente pour lire mon journal préféré, que j'avais délaissé depuis 2 jours sur un coin de table.
« Le choix des gens d'ici » est, si l'on peut dire, un journal « semi régional », puisqu'il se cantonne à fournir de l'information aux seuls habitants de la MRC d'Antoine Labelle (autant dire la région des Hautes Laurentides). Tiré à 17 500 exemplaires, il est distribué gratuitement chaque vendredi dans la boite aux lettres, accompagné de publicités diverses.... Ces dernières finissent en général directement dans la poubelle verte.
Je me plonge ensuite avec délectation dans la lecture de mon canard favori, reflet des aventures quotidiennes de mes nouveaux concitoyens.
Tout d'abord, bonnes gens, point d'illusion. Ici, les informations ne sont pas plus classées que les produits de consommation courante dans un magasin général. On trouve de tout, partout.
Au début, c'est surprenant, mais finalement, c'est comme pour tout, on s'habitue. Et puis au moins, ça nous oblige à tout lire de peur de rater une information cruciale.

Alors attachez vot'tuque, voici quelques morceaux choisis de la vie en région :

- Stéphane ROUSSEAU à Mont-Laurier !! Ca vous embouche un coin hein ??? Pour 26 $, assistez en avant première au tout nouveau spectacle de Stéphane Rousseau, avant même qu'il soit présenté à Montréal ! Pas moins de 5 représentations à l'auditorium de la polyvalente Saint Joseph....
- Dans le même genre : Marie Elaine-Thibert !! Pour les néophytes (dont je faisais partie moi-même avant de lire l'article en question), il s'agit d'une des gagnantes de la Star Académie québécoise. Dixit « le Choix » : « la représentation aura lieu au centre sportif Jacques-Lesage, dans un aménagement chaleureux qui ne saura pas sans rappeler le théâtre du centre Bell » Pfiou !!! Ca promet....
- Claude Bartolini retrouvera t-il ses parents ? Vous le saurez en regardant la prochaine émission « Retrouvailles » sur TVA
- Bonne chance à Jenny Hachey ! Pensez-donc.... Une fille bien de chez nous qui a été retenue pour participer à la grande finale de la prochaine Star Académie ! Rien que pour ça, il va falloir que je pense à brancher ma télé un de ces jours.
- Grand spectacle de Flamenco ! L'Espagne aux portes de Mont-Laurier ! Olé !!
- Inauguration d'un nouveau relais motoneige au sommet de la Montagne du Diable !
- Ne ratez pas non plus la chronique hebdomadaire de moralité de Marc Gervais ! Cette semaine : « la discrétion relationnelle, ou comment éviter de raconter sa vie privée à n'importe qui ». La semaine dernière : « Comment appréhender la solitude ». La semaine prochaine : « Le degré d'engagement relationnel avec son conjoint »
- L'actualité religieuse ! Avec chaque semaine, une petite page de la bible....
- Re-motoneige.... Avec la création d'un nouveau sentier (encore !)
- La troupe théâtrale « Double Défi » vous présente « Antigone »
- 50% des habitants se plaignent de la fermeture d'un tronçon de la ligne du p'tit train du Nord à la pratique de la motoneige. Les 50% restants sont contents. Que faire ?
- La ville de Mont-Laurier invite tous ses citoyens à aller skier gratuitement au Mont Daniel ! (sans astérisque avec renvoi aux conditions écrites en caractère 5)
- On recherche : une secrétaire (pas bilingue), un marteleur ( ?) une éducatrice spécialisée, un électrotechnicien, un représentant des services à la clientèle, etc....
- Grande liquidation chez Home Hardware de la plazza Paquette de Mont-Laurier sur tous les articles de Hockey ! Dépêchez-vous, tout doit disparaître !
- Services à la communauté : deux pages complètes sur les prestations offertes par les associations du secteur (caritatives ou non), sur les dîners dansants organisés dans un but de récolte de fonds et bien sûr, les traditionnelles invitations aux bingos locaux !
- Le top 10 francophone et le top 10 anglophone de la semaine ! Le décompte est effectué par « CFLO », la seule et unique radio locale, à partir des votes téléphoniques de leurs (nombreux) auditeurs ! Rien que pour vous, voici les deux premiers lauréats de cette semaine. Dans la catégorie francophone : DUMAS (J'erre) et Annie VILLENEUVE (Tomber à l'eau). Dans la catégorie anglophone : MAROON 5 (Sunday Morning) et SIMPLE PLAN (welcome to my life). Comment ça.... ça vous dit rien ?
- Les incontournables « petites annonces » ! 31 motoneiges et 27 souffleuses à neige attendent d'être adoptées, ainsi qu'une dizaine de Ford F150 et quelques Honda Civic..... Le tout pour des prix défiants toute concurrence !
- La page sportive ! Vous ne vous intéressez pas au Hockey ? Passez votre route....
- Et j'ai gardé le meilleur pour la fin.... Les remerciements façon « chain letter » : « Remerciements au Sacré-Cœur pour faveur obtenue. Que le Sacré-Cœur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen. Dites cette prière 6 fois par jour pendant 9 jours et vos prières seront exaucées, même si cela vous semble impossible. N'oubliez pas de remercier le sacré cœur avec promesse de publication quand la faveur sera obtenue »

Bon. Je dois reconnaître que j'ai volontairement emprunté le ton de la dérision pour vous faire part de la teneur de certains articles. Mais loin de moi l'idée de critiquer ! Je vous l'ai dit, j'adore ce journal. Il me permet de prendre conscience des réalités économiques et culturelles de ma région d'adoption, et de prendre la mesure de ce qui est réellement important pour les gens d'ici.
Pour les gens qui souhaitent aller vivre en dehors de Montréal, je ne peux que conseiller la lecture de ces nouvelles locales. D'une part, vous serez au courant de l'actualité de votre secteur, ce qui vous permettra de prendre part à quelques sujets de conversation avec vos voisins, collègues ou amis. D'autre part, ne négligez pas cette mine d'informations pour améliorer votre côté relationnel. Ici, il y a tellement peu de monde que les mêmes noms reviennent souvent dans les articles et vous apprendrez vite à les reconnaître. Je vous donne un exemple : une fois, j'ai lu un article sur la traversée en ski de fond des Laurentides. Surprise : parmi la liste des participants, j'y ai trouvé le nom de Romain Lafontaine, le fameux gars que je devais aller voir pour du boulot (cf chronique précédente). Ni une ni deux, lors de notre première rencontre, après lui avoir serré la main, ma première question a été de lui demander comment s'était passée sa course ! Regard surpris de sa part (une française qui connaît ça ?), puis flatté, puis passionné. On en a parlé pendant une demi heure.... Et j'étais adoptée !

Voilà. J'ai fini ma sacro-sainte lecture. Je relève le nez.... Il neige toujours. Je suis médusée... Je tente d'élaborer un ratio qui me donnera le nombre d'heure de déneigement à prévoir, en divisant le nombre de cm de neige tombé par le taux de remplissage de ma pelle à chaque fois que je la plonge dans la neige. Ou en multipliant.... Je sais plus, c'est débile de toute façon.

La tempête a duré deux jours, avec quelques accalmies de temps en temps. En tout, il est tombé plus de 60 cm de neige !! Je n'avais jamais vu ça !
Le chasse neige est passé plusieurs fois dans mon chemin.... Et j'ai eu comme un vague doute sur le côté bénéfique de son action lorsque après son passage, mon entrée s'est retrouvée bloquée avec plus d'un mètre de neige.... Pour vous donner une idée, j'ai du creuser pour retrouver mes deux grosses poubelles !

En fin de compte, j'ai passé quasiment une journée complète à tout déneiger....
Franchement, je me suis bien marrée, mais je ne referai pas ça tous les jours. J'ai même commencé à évoquer la possibilité de prendre un contrat de déneigement pour l'année prochaine !! Ou alors, peut-être que je pourrais équiper mon 4X4 avec une gratte ?

Ma copine Lucie me téléphone. Elle se marre.
- « Pis ? T'aimes-tu ça la neige ? »
- Ouais.... mais rappelle moi.... C'est quand le printemps déjà ??


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Premières recherches d’emploi Allo tout...

Bouh

Premières recherches d'emploi

Allo tout le monde !

Et bien me revoilà ! Le coup de blues post-retour au Québec suite à voyage en France est passé, merci pour lui.... J'ai retrouvé ma combativité au bout de quelques jours, prête à relever de nouveaux défis ! Le premier sur la liste est de taille : Trouver un travail dans le tourisme de plein air, en misant sur ma formation de gestionnaire, sur mon expérience de comptable, mais surtout, vous l'aurez compris.... sur ma bonne volonté....

Première étape, faire le tour des popotes qui proposent de l'aide pour la recherche d'emploi. Après tout, il serait idiot de se priver de bons conseils, et puis ça permet en général de prendre la température du marché du travail. Direction donc : Le Centre Local d'Emploi.
Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit, voici un petit topo :
Le Centre Local d'Emploi (ou CLE) est un organisme provincial dépendant du Ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille. Son but est de vous aider dans votre démarche de recherche d'emploi, et ceci par différents moyens :
? Mise à disposition d'une documentation diverse et variée : annuaire des entreprises de votre région, indications sur le marché du travail, sur les professions en demande, sur les compétences recherchées par les employeurs, sur l'évolution de l'emploi dans les différents secteurs d'activité économique etc....
? Mise à disposition d'une salle « multi services » : avec téléphones, télécopieurs, ordinateurs, imprimantes et photocopieuses.
? Mise à disposition d'une base de données des offres d'emploi de la région avec possibilité de consultation de ces offres d'emploi via leur site Internet (www.emploiquebec.net)
? Aide personnalisée à la rédaction de votre curriculum vitae et de la lettre de présentation, aide à la préparation de l'entrevue d'embauche, conseils divers pour ceux qui désirent devenir travailleurs autonomes, conseils d'orientation (ou de réorientation) de carrière, renseignements sur les formations complémentaires qui pourraient vous permettre de mieux vous insérer dans le monde du travail.
? Aides financières : Attribution de subventions salariales (l'employeur qui accepte de vous donner votre chance ne paye que la moitié de votre salaire et le CLE prend en charge l'autre moitié pendant une durée de 30 semaines), aides financières pour la reprise des études etc....

Bref, l'endroit idéal pour commencer ses recherches ! Mon but était d'abord de m'assurer que mon CV était en règle avec les normes québécoises, et de faire le point sur ma situation avec une conseillère, au vu de mon apparent paradoxe comptabilité/tourisme de plein air.
On me fait d'abord remplir un peu de paperasse pour ouvrir mon dossier, et on me présente à une conseillère.... Qui se trouve bien embêtée pour traiter mon cas de petite française immigrante.... Des explications s'imposent tout d'abord sur mon statut de résidente permanente : oui, j'ai le droit de travailler au Québec, oui, j'ai ma carte NAS, ma carte d'assurance maladie, mon permis de conduire québécois... Je lui demande des informations sur les formations en tourisme.... Elle ne sait pas trop me répondre. Je lui demande si mon CV est bien présenté, elle me renvoie vers une autre institution locale, qui est spécialisée dans ce domaine.... Et, visiblement pressée de se débarrasser de cet « l'encombrant sujet bizarre », elle me refixe un rendez-vous pour dans deux semaines ( !) avec une autre conseillère....

Je ressors un peu dépitée.... Visiblement, il faudra que je me débrouille sans eux.

Loin de moi l'idée de vouloir critiquer l'efficacité des services gouvernementaux d'aide à la recherche d'emploi.... Mais j'ai comme l'impression qu'en région, ils ne sont pas vraiment préparés à recevoir des immigrants dans leurs locaux. En fait, ils manquent de connaissances sur notre statut particulier et ils ne savent pas si on est (ou non) admissibles aux mêmes aides que les québécois. Face à nos attentes, ils sont complètement démunis.

Au diable donc le CLE, je décide de prendre mon destin en main. Depuis un moment déjà que je traînais dans la région en tant que touriste, je suivais avec attention les évolutions d'une association touristique dont le rôle était de promouvoir le secteur de la Montagne du Diable, trésor caché et quasiment inexploité de la région des Hautes Laurentides et dont le potentiel touristique me paraissait prometteur. Je rédige donc la lettre de motivation qui tue, j'y accroche mon CV retaillé à la forme québécoise (du moins je l'espère), et je débarque chez eux pour rencontrer le big boss : Romain.
Accueil très cordial, mais il n'embauche pas. Pas grave.... on papote. Romain est un homme actif et influent, qui connaît (évidemment) tout le monde. Je lui extirpe sans mal des informations sur son association, sur le potentiel touristique de la région, sur les entreprises du secteur, et je lui dépouille son présentoir de quelques dépliants touristiques.
Puis, dans le feu de la conversation, je lui annonce que nous avons un ami commun : mon pote Mario, qui possède une ferme à quelques encablures d'ici.... Romain m'avoue alors que pour tenter d'élargir l'offre touristique du secteur de la Montagne du Diable, il a essayé à plusieurs reprises de convaincre Mario de monter un centre équestre, avec ses chevaux canadiens.... mais que Mario avait toujours refusé par manque de disponibilité....
Mais moi, du temps.... j'en ai en masse !!!
Et finalement, de fil en aiguille, au bout d'une heure et demi, j'avais mon rêve à portée de main....

- OK, récapitulons. L'Association des Amis de la Montagne du Diable met à ta disposition les sentiers aménagés, les chalets de nuit en haut de la montagne et les relais de jour pour les haltes du midi. On s'occupe aussi de ta promotion, on inclut ton activité équestre dans nos dépliants et on t'envoie tous les touristes qui viennent frapper à notre porte.
- D'accord. Moi, je m'occupe uniquement de la partie équestre. J'utilise la ferme de Mario, super bien située au pied de la Montagne, j'achète les chevaux qui manquent, le matériel, j'accueille les touristes et je les emmène en promenades ou en randonnée sur 2 jours....
- Super. Faut juste en parler un peu à Mario....
- Ben ouais.... quand même....

1 heure plus tard, Mario était partant.

Le lendemain matin, je suis réveillée par le téléphone. C'est le directeur adjoint du Centre Local de Développement de la MRC d'Antoine Labelle.
- Alors ? Il parait que vous avez un projet d'entreprise ? On peut se rencontrer ?
- ....

Petite parenthèse pour vous expliquer ce qu'est un Centre Local de Développement (CLD), organisme ressource par excellence si vous décidez de vous mettre à votre compte :
La mission d'un CLD est de favoriser le développement économique et la création d'emploi sur son territoire (dans le cas des CLD, le territoire est défini par les MRC ce qui veut dire Municipalités Régionales de Comtés). Les CLD regroupent les différents services d'aide à l'entreprenariat et aux entreprises déjà existantes. Par exemple, les conseillers spécialisés des CLD peuvent vous aider à élaborer votre plan d'affaire, ils peuvent vous octroyer des subventions sur leurs fonds propres ou vous guider si besoin est dans la recherche de subventions supplémentaires. Ils peuvent aussi vous conseiller dans la gestion de votre entreprise, ou encore vous aider dans la recherche des bâtiments ou terrains nécessaires à vos futures activités. Vous pouvez avoir de plus amples renseignements en consultant leur site Internet : www.acldq.qc.ca

Je prépare donc à la hâte quelques chiffres, quelques estimations et quelques diapositives PowerPoint, avant de me présenter à mon rendez-vous. Il ne me faut pas longtemps pour convaincre mon interlocuteur de l'intérêt du projet (Romain a du passer par là....) On me remet un guide de 60 pages bien tassées intitulé « comment rédiger un plan d'affaire », on me promet une subvention de 5 000 $ et.... roule ma poule !!

Romain et Mario attendent le résultat de ce rendez-vous avec impatience. Ils trouvent que le directeur adjoint a été « cheap » avec ses 5 000 $. Moi, j'en suis encore éberluée. Je ne m'attendais tellement pas à ce qu'on me donne de l'argent comme ça....

Dernière étape : Un complexe touristique de grande envergure est en train de se développer au pied de la Montagne du Diable. Et ils commencent à rechercher activement des partenariats avec les gens de la région pour assurer les activités de plein air qu'ils veulent offrir aux touristes. Si je veux avoir une chance que mon centre équestre soit rentable, je dois m'assurer d'avoir leur clientèle.
Un simple coup de fil à la personne responsable des activités de plein air au village Windigo, et le rendez-vous est pris. S'ensuit une présentation des produits proposés, de la personne responsable (moi !), blabla sur nos atouts et nos points forts etc....
Réponse finale fin février, mais à priori, c'est gagné ! En fait, c'est pas trop dur, vu qu'on est idéalement placés et que nos concurrents sont à perpette, ils n'ont pas trop le choix.

Mais le gag, c'est que depuis le début de l'histoire, aucun d'entre eux ne m'a encore demandé si je savais monter à cheval, et je n'ai pas sorti un seul CV....

Depuis ce jour, j'ai la tête dans le guidon. Je passe mes journées et une partie de mes nuits à essayer de calculer le coût de revient d'une balade à cheval, je compte et je recompte mes sous, j'ai des feuilles Excel dans tous les sens, je fais mes prévisions budgétaires sur 3 ans, je m'énerve à essayer de calculer mon besoin en fond de roulement, je tente de répondre à l'impossible question : « combien de clients allez-vous avoir cette année, l'année prochaine, dans 2 ans ? » Je m'évertue à connaître en détail les caractéristiques touristiques de ma région, je me renseigne sur les prix des dépliants touristiques, je me cherche un nom, un logo, je m'égare en rêvant à mes futures cartes de visite....
Bref, je m'éclate.

Entre deux prises de tête, je trouve le temps de me rendre au second rendez-vous que m'avait fixé le Centre Local d'Emploi. Je rencontre la chef des conseillères.... Elle fait une tête d'enterrement.
- Vous voulez travailler dans le tourisme ? Oh là là.... Mais y a rien par ici.... Et pour obtenir des subventions pour une formation de secourisme ? Ben si vous n'êtes pas sur le BS et si vous ne touchez pas d'assurance chômage, on peut rien faire pour vous.... Au mieux, on peut vous financer une formation à plein temps (au moins 25 heures par semaine), mais ça dépassera pas 30 $ par semaine de toute façon....
- Bon. Ben merci.... Au revoir !

Décidemment, ils sont vraiment trop déprimants ceux là !

Hop ! Je retourne dans mes chiffres.... Bien sûr, rien n'est sûr, rien n'est encore acté, il me reste à élucider la question cruciale du coût des assurances. Mais qui sait ? Le premier bison n'est peut-être pas si loin après tout....

Alors gardez courage.... Si vous croyez en vos rêves.... Tout est possible....


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Premier retour… L’avion entame lentement...

Bouh

Premier retour....

L'avion entame lentement sa descente sur Paris. J'ai le nez collé au hublot. Je craignais la grisaille de l'hiver parisien, voir la traditionnelle pluie glacée. Et bien non, il a l'air de faire beau ! Lorsque les roues se posent sur le tarmac de l'aéroport Charles de Gaulle, je ressens une pointe d'excitation.
Première déconvenue : une alerte à la bombe dans l'aérogare. Il faut patienter dans le sas, le temps que les chiens fassent leur boulot de démineur. Les français de retour de leur périple en motoneige dans le grand nord québécois s'impatientent. Moi, je m'assieds tranquillement, une revue à la main, le temps que toute cette affaire prenne fin. Après deux mois au Québec, aurais-je déjà appris à être plus patiente ?
Finalement, je récupère ma grosse valise, à moitié vide, que je compte remplir à bloc lors de mon retour au Québec. Affublée de ma grosse doudoune d'hiver, je slalome comme je peux entre les gens pressés pour me diriger vers le train de banlieue qui m'entraînera dans le ventre de Paris. Je veux acheter un ticket... Deuxième déconvenue : impossible de me souvenir de mon code de carte bleue ! Heureusement, j'avais gardé un peu d'argent liquide sur moi. Alors avis aux étourdis.... N'oubliez pas de noter précieusement votre code quelque part si vous ne comptez pas vous servir de votre carte française pendant un certain temps !
Assise dans le train, je regarde curieusement autour de moi. Des minettes le ventre à l'air papotent avec entrain. Un clochard dort sur une banquette. Un mec est en train de fumer, malgré l'interdiction. Dehors, tout me semble gris et moche. Il faut dire qu'on ne traverse pas les banlieues les plus chics. Un truc me dérange, mais je n'arrive pas à savoir quoi. Ce paysage me semble familier, et pourtant, il manque quelque chose. Au bout d'un moment, j'ai un flash : Il n'y a pas de neige ! C'est ça qui me fait drôle ! C'est vert ! Je n'arrive pas à me réhabituer aux couleurs. Je repense au résident permanent que j'ai rencontré dans l'avion, et qui retourne pour la première fois en Algérie après 4 ans passés au Québec. Tu parles du choc que ça doit être !

En une heure, je retrouve mon Paris traditionnel : RER B, changement à Châtelet, RER A, changement à Charles de Gaulles, métro ligne 6. Je suis bien moins larguée que lorsque je suis revenue de mon pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle....
Je dois retrouver mon copain à la Direction des Chantiers Navals où il travaille actuellement en tant que consultant. Je suis en retard. Sous le regard interloqué de quelques parisiens en costume-cravate, je rentre par la porte principale, traînant ma valoche, ma doudoune, et mon début d'accent québécois. C'est luxueux. Ceux qui ont construit le porte-avion Charles de Gaulle tiennent à leur image de marque (en passant, vous aurez remarqué l'originalité des français lorsqu'ils choisissent le nom d'un aéroport, d'une station de métro, ou d'un bateau). Je me dirige vers le comptoir d'accueil, tout aussi intimidant. Les caméras de surveillance me suivent à la trace. Je les sens à deux doigts de donner l'alerte générale, pour intrusion fortuite d'objet bizarre non identifié.
- Bonjour madame, est-ce que je pourrais emprunter votre téléphone s'il vous plait pour appeler mon copain ? Je devais le retrouver chez vous.
- Heu.... oui ? (Regard surpris, un peu effrayé, lèvres pincées). C'est qui votre copain au juste ?
Finalement, je retrouve Sébastien, qui n'en revient pas. Il est mort de rire.
- T'as pas fait CA ! Rentrer chez DCN et demander à téléphoner ? Avec ta doudoune et ta valise ?
- Ben.... oui....
- T'es folle....
Je récupère ensuite la voiture de Sébastien, je me cogne violemment la tête en montant dans sa petite Renault Twingo (choc culturel), et je me dirige prudemment vers le sacro-saint périphérique....
Une heure plus tard, je retrouve avec soulagement ma campagne picarde, la maison de mon enfance, ma mère, mon frère et le chien familial....

Pendant 15 jours, j'ai navigué entre Paris et ma province, entre la famille et les amis, entre les restaurants et repas familiaux à la maison. C'est la course, mais c'est chouette. Mes photos épatent tout le monde. On m'envie, on me questionne, on regrette que je n'aie pas plus pris l'accent québécois finalement....

Ceux et celles qui attendaient avec impatience une liste exhaustive des chocs culturels en seront pour leurs frais. J'ai une mauvaise nouvelle : Je n'en ai ressenti aucun. Je suppose que je ne suis pas restée assez longtemps au Québec pour me sentir vraiment en décalage avec mon pays d'origine. J'ai très vite repris le pli de ma vie d'avant, j'ai renoué malgré moi avec le rythme trépidant de la vie parisienne et j'ai recommencé à gueuler comme une idiote dans ma voiture lorsque je n'arrivais pas à trouver une place de parking devant chez SURCOUF avenue Daumesnil. Une des seules choses qui m'a surprise a été de redécouvrir la pluie. C'est vrai qu'à Mont-Laurier, depuis deux mois, il ne pleut pas.... Il neige ! J'ai redécouvert aussi le froid humide et transperçant de l'hiver parisien, celui qui vous glace jusqu'à la mœlle alors que le thermomètre descend difficilement à 0°....

J'ai quand même une petite anecdote rigolote pour ceux qui veulent envoyer des cantines en fer (ou des cartons) via le fret aérien. Quelques jours avant mon retour au Québec, j'ai préparé à la hâte une cantine en fer de 52 kg que je voulais, donc, envoyer par fret aérien. Après quelques recherches effectuées sur Internet, j'ai sélectionné un ou deux transitaires qui m'ont confirmé leurs conditions par téléphone. J'en ai finalement choisi un qui s'appelait « Bagages sans frontière », qui se trouvait à l'aéroport d'Orly, et qui me promettait un tarif de 187 € avec un départ de ma cantine le même jour que moi.
Le lendemain, je me suis donc présentée à l'entrepôt général de la zone de fret et j'ai déposé ma cantine. Je me suis dirigée ensuite vers le local de « Bagages sans frontière ». Et là, surprise ! Changement de programme, ma cantine ne pouvait pas arriver avant le mois de MAI ! Ou alors, il fallait que je paye 330 € ! Je me suis fâchée, je les ai traité de voleurs, je leur ai balancé leurs papiers à la figure, et je suis repartie au bord de la crise de nerf. C'est que le planning était déjà particulièrement serré, voyez-vous, et que l'autre prestataire que j'avais sélectionné se trouvait à l'aéroport Charles de Gaulle, soit à environ 60 km d'Orly ! Je suis retournée chercher ma cantine à l'entrepôt, et verte de rage, j'ai appris qu'il me fallait payer des frais de manutention ! J'étais tellement énervée que la p'tite dame de l'entrepôt, après avoir eu vent de mon histoire, m'a prise en pitié. Elle m'a cherché un autre transitaire (ils se connaissent tous, c'est effrayant) et m'a déniché le Saint Bernard du fret aérien : Business By Air. Outré que l'un de leurs collègues ait pu me jouer un aussi vilain tour, le gentil monsieur de Business By Air a proposé de prendre ma cantine pour 187 € et de se faire payer la différence par « Bagages sans frontière ». De plus, il m'a promis un affrètement par Air Canada, pour le jour suivant mon arrivée au Québec. C'était presque trop beau.
En tout cas, ça m'a tout l'air d'être une vraie mafia là-dedans, et par chance, j'ai du tomber sur le parrain.... Reste à savoir si ma cantine arrivera bien à destination !

Veille du départ (ou du retour ? Je ne sais pas encore bien quel terme employer). Mon état d'esprit est étrange. On me demande quand je vais revenir. C'est fou la vitesse à laquelle le monde peut assimiler le fait que, tout compte fait, le voyage Amérique du Nord - Europe peut se faire facilement. Mais je sais que cette fois, je ne vais pas revenir de sitôt. Et je me sens partagée, déchirée. Le Québec me manque. Mon chalet et mon lac me manquent aussi, mes amis de là-bas me manquent, la neige me manque, bref, vous l'aurez compris, tout me manque et j'ai hâte de continuer l'aventure. D'un autre côté, je me sens bien avec ma famille, et je continue de me sentir bien avec Sébastien... Et puis mon frère ne va pas bien fort en ce moment, il a quelques problèmes en tous genres, et il était bien content que je l'aide un peu pendant mon séjour.... Et une grande sœur, ça sert à quoi sinon à aider son p'tit frère hein ? Une fois rendue au Québec, comment continuer à tenir ce rôle ? Et puis les grands-parents paternels sont plus tous jeunes, le chien familial encore moins. On se dit que peut-être.... Enfin bref. On veut pas y penser.
Mais tout cela me direz-vous, tu le savais avant de partir ! Et oui. Et j'ai assumé. Mais c'est quelque chose qui vous resaute à la figure à chaque voyage. C'est pas forcément grave, ça remet pas forcément en cause le projet d'immigration, mais il faut le savoir et s'y attendre.
Alors voilà. Je ne surprendrai personne en vous racontant ce perpétuel état d'âme de l'immigrant, le cul entre deux chaises, entre deux vies, entre deux mondes, entre deux gangs d'amis.... J'envie presque ceux qui sont partis parce qu'ils détestaient la France, ou parce qu'ils ne s'accordaient pas avec leur famille. Et puis non, je dis des bêtises, je m'égare, mais c'est vrai que c'est compliqué tout ça.
Alors les adieux sont encore difficiles. Seb lâche une larme, ma mère se retient comme elle peut. Moi, je chiale à moitié. Je remonte dans l'avion et puis d'un seul coup, ça va mieux. Je souris. Je rentre chez moi, dans mon nouveau pays ! Quelle contradiction dans les sentiments !

La cantine est bien arrivée, comme prévu. Un peu défoncée, mais rien de cassé. Il faudra que je pense à envoyer un peu de sirop d'érable à Business by Air. Je retrouve ma campagne québécoise avec joie et pourtant, j'ai un peu de mal à reprendre mes marques. Il faut un peu de temps pour se réhabituer à la solitude après toute l'agitation de ces derniers jours. Mes bagages traînent encore dans la maison. Je tourne, je vire, je bidouille, je commence tout et ne finis rien. Je n'arrive pas à me remettre à flot. J'ai un peu le blues, je n'arrive pas à me remotiver. J'avais prévu de commencer ma recherche d'emploi dès mon retour et je m'étais mis une pression d'enfer. Mais qu'avais-je espéré ? Que je trouverais dès le lendemain ? Toujours est-il que depuis 3 jours, je culpabilise d'être chez moi au lieu de bosser. J'ai refais mon CV, je suis allée au centre local d'emploi, mais rien ne va assez vite à mon goût.
Ah là là ! Quelle nunuche cette Bouh ! Ben oui, mais pour le moment, c'est comme ça. Je sais que dans quelques jours, tout ira beaucoup mieux et que je reverrai de nouveau la vie en rose. Mais pour l'instant, c'est un peu dur. Je me sens un brin nostalgique, et pour que vous compreniez bien ce sentiment, je vous renvoie à l'excellente chronique de ma collègue JayJay (« lettre à France »).
Je doute de tout. Et si je n'y arrivais pas ? Et si je n'étais pas assez bonne pour me faire embaucher ? Et si personne ne veut me donner ma chance ? Alors on se terre chez soi, on n'ose pas envoyer de candidature par peur de l'échec.... Bref, on fait l'autruche.
Je sais que cette attitude est dangereuse et qu'il faut absolument la combattre. Mais je mets ainsi en garde tous les nouveaux arrivants qui, comme moi, auraient l'intention de ne pas travailler tout de suite. Plus vous attendez, plus ce sera dur, car plus vous douterez de vous et de vos capacités. Alors n'attendez pas (trop) et jetez vous dans la bataille !
Quant à moi, je vous promets une prochaine chronique plus enthousiaste !

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Histoires d’hiver… Il neige… Il...

Bouh

Histoires d'hiver....

Il neige.... Il neige.... Il neige. Je ne m'en lasse pas. Les sapins en sont recouverts. Tout est blanc autours de chez moi, sur le balcon, dans le jardin, sur la route, sur le lac. Tout est calme, la nature est comme engourdie, comme endormie. C'est magique, irréel.
Dernièrement, à cause de la luminosité de la neige (et avec l'aide de la pleine lune), on pouvait voir dehors quasiment comme en plein jour.
Peggy et moi avons le nez collé à la vitre....
- On pourrait presque aller se promener sur le lac....
- Ouais....
- 2 heures du mat.... On sort ? On sort pas ?
Il s'en est fallu de peu cette nuit là....

4 jours avant Noël.... il est grand temps que je me préoccupe de mon sapin. Je cours les magasins.... Plus rien. On essaye de me vendre un truc synthétique. Je refuse catégoriquement. Dans le pays du sapin, il est hors de question que je m'achète un truc en plastique. Ce sera un vrai, ou rien. M'en fous qu'il dure moins longtemps, m'en fous des épines par terre. Je m'en fous un peu moins cependant de faire crever égoïstement un vrai sapin alors tant qu'à faire, je préfèrerais en trouver un avec des racines.
Rien....Rien.... Rien.
Ma copie Karine m'appelle.... Je lui raconte mes déboires sapinesques. Elle rigole.
- Ben vient en prendre un chez nous ! J'ai une haie d'épinettes dont je veux me débarrasser de toute façon. Tu n'as qu'à choisir.
Je me précipite. Le plus petit mesure au moins 3 mètres.... Heu..... Ils sont tous trop grands ! Mon esprit de petite française ne trouve pas la solution à ce problème.
- Ben coudonc ! Tu n'as qu'à couper que la tête ! Et tu laisses les racines en terre. Comme ça, il pourra repousser en plus.
Ouf, mon problème écologique est réglé.
Cet après-midi là, il fait un froid polaire. Seulement -18° au thermomètre, mais un vent à décorner les bœufs. J'ai oublié mon bonnet chez moi, je n'ai pas encore de bottes de neige, et pour couronner le tout j'ai oublié de mettre un caleçon polaire sous mon jean.... Pendant que mes oreilles et mes pieds sont en train de geler, je repense en grelottant à la 70ème loi de Murphy : « Si le matin il fait -5° et si tu penses que tu n'auras pas froid habillée comme tu es, alors l'après-midi il fera -20° avec beaucoup de vent.... ». Depuis ce jour, quelque soit la température, j'ai toujours un bonnet et des gants chauds dans la poche de mon blouson....
Je tasse comme je peux mon sapin de 2 mètres dans la voiture et j'arrive chez moi, triomphante. Rempotage, arrosage, décoration, admiration.... Surprise. Sachez-le bonnes gens ! Une épinette fraîchement coupée, ça sent fort ! Tellement fort que je me demande un instant si je ne vais pas être obligée d'ouvrir une fenêtre pour aérer. Deuxième surprise.... Mon sapin pleure. Une sève tellement collante que lorsque je m'en mets sur les mains, ma brosse à ongle et mon savon n'en viennent pas à bout. Tant pis. J'en suis trop fière de mon sapin !

Le lendemain matin, je sors pour aller checker ma boite aux lettres. Hum.... Bien frisquet je trouve.... Je rentre pour jeter un coup d'œil à l'indispensable thermomètre.... -33° ! Je reste sans voix.
Flairant les ennuis, j'essaye de démarrer la voiture. Rien à faire. Impossible. Plus de batterie. Gelée. La question de l'immigrante fraîchement débarquée me revient aux lèvres : Et maintenant.... Je fais QUOI ?
Assistance ? Garage ? Dépannage ? Avant d'en venir aux solutions extrêmes je décide d'aller rendre une petite visite à l'un de mes voisins. Je choisi une maison au pif. Je frappe.
- Heu.... Bonjour, je suis nouvelle dans le coin.... J'ai un petit souci avec ma voiture.... Vous auriez pas des pinces.... et une voiture s'il vous plait ?
En bon québécois averti, le monsieur a des pinces.... et une voiture. Et il n'hésite pas un instant à venir me prêter main forte. Mais malgré tous nos efforts (enfin surtout les siens....), ma voiture refuse de donner signe de vie. Le gentil voisin repart chez lui pour aller chercher un gros chargeur de batterie.... qui restera branché pendant 3 heures avant que ma voiture consente à démarrer... Ouf.
Je repense alors au drôle de fil bizarre que j'avais vu plusieurs fois pendre à l'avant des voitures d'ici. J'ai soudain un flash ! Mais bien sur ! Un chauffe moteur !! C'est vraiment l'outil indispensable ici. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le système, le but du jeu est de faire réchauffer votre moteur en le branchant pendant la nuit sur une prise de courant. Outre le fait qu'un chauffe moteur doit être installé sur votre voiture, vous avez besoin d'une rallonge électrique, qui vous permettra de faire le lien entre le fil qui pendouille du moteur et la prise de courant, qui se trouve normalement à l'extérieur de la maison, ou dans le garage.
Puisque j'en suis à l'équipement d'hiver pour la voiture, mes voisins conseillent aussi d'acheter l'indispensable balayette qui servira au déneigement, ainsi que la pelle qui doit rester toujours dans le coffre, en compagnie de la lampe torche, des bougies, des allumettes (le froid fait geler le gaz des briquets), de la couverture de survie et des barres de chocolat. Si je rajoute ma touche personnelle, je conseille aussi d'acheter un tapis que vous pourrez glisser sous les roues pour le cas où vous voudriez sortir par vous-même du fossé dans lequel vous serez tombé !

Noël arrive.... Malgré une soirée géniale passée en compagnie de forumistes qui se reconnaîtront, je ne peux m'empêcher d'avoir un petit pincement au cœur en pensant à ma famille.... Et je me dis que je ferai tout mon possible pour passer la prochaine période des fêtes en leur compagnie, ici ou ailleurs....

Pour conjurer le coup de blues passager, je décide de m'offrir un petit plaisir et je prends rendez-vous pour aller faire une balade en traîneau à chiens. Après tout, si je veux en faire mon métier plus tard, il faut bien que j'apprenne un jour comment ça marche. Le chenil ne contient pas moins de 200 chiens. Chaque chien est attaché à un arbre par une longue chaîne. Un nom sur chaque arbre, un chien sous chaque nom, une niche pour chaque chien. C'est le concert des aboiements. Tous veulent participer à la promenade. Gaétan, le maître de cérémonie, connaît tous ses chiens par cœur. Il égrène les noms en fonction de la place de chaque chien dans l'attelage et compose sans hésitation 10 attelages de 6 chiens chacun. Ceux qui ne sont pas choisis se recouchent, déçus, le museau entre les pattes. Les heureux élus grognent au vent, paradent, s'excitent et tirent sur leur harnais. Seul le petit junior n'en mène pas large. C'est sa première sortie officielle. Il a la queue entre les pattes, il tremble un peu, il regarde autours de lui d'un air effaré. Je ne lui donne pas deux semaines pour être aussi confiant que ses potes et pour sauter de joie lui aussi.
Chaque attelage est accroché au précédent, chaque traîneau est solidement arrimé à un piquet, les freins sont fichés dans la terre. Les chiens sont comme fous. Les instructions sont brèves. Pour avancer : « up ! ». Pour freiner : « wooow ». Pour tourner à gauche : pied droit sur le frein. Pour tourner à droite : pied gauche sur le frein. Pour arrêter : les deux pieds sur le frein. Nous prenons place aux commandes du traîneau que Gaétan nous a attribué. D'un seul coup, les amarres sont larguées. Les chiens bondissent. Le départ est foudroyant. Quelle puissance ! Quelle vitesse ! Je crie de joie, le nez au vent, la tête dans les étoiles.
Au bout d'un moment, les chiens reviennent à leur vitesse de croisière. Une petite côte se profile à l'horizon. On descend du traîneau pour aider les chiens. On courre à côté. Une descente.... On resaute sur les patins. Le traîneau prend rapidement de la vitesse. Imaginez une luge dans une descente.... tirée par 6 chiens pour l'aider à descendre encore plus vite.... C'est impressionnant. J'ai les deux pieds sur le frein pour que le traîneau n'aille pas plus vite que les chiens. Un virage !! A cette allure ?? La peur vous prend au ventre. Virage à droite ? A gauche ? Vous ne savez plus. Quel pied déjà sur le frein ? Vous improvisez, ça passe. Cool !!! Instinctivement, vous faites les bons choix. La maîtrise de votre traîneau devient instinctive.
Un arrêt. On attend les derniers traîneaux qui ont pris du retard. Mes chiens de tête sont mécontents. Ils tournent la tête vers moi d'un air de dire : « bon alors ? On fait quoi là ? » Je culpabilise. « Ben j'y peux rien les potes....Faut attendre....»
Déjà le retour. Tristement, on dételle les chiens et on les ramène à leur niche. L'un d'eux commence à hurler. Tous reprennent alors le refrain et on a l'impression de se trouver au milieu d'une meute de loups. C'est fantastique.
Je discute avec Gaétan pendant une bonne heure. Je lui pose des milliers de questions à propos de ses chiens, je m'enquiers de la formation de ses guides, de la méthode de fabrication des traîneaux. Je suis passionnée. Il me regarde en rigolant. « Si tu t'ennuies un jour et que tu as envie de voir les chiens.... reviens me voir ! » Je crois que m'ennuie déjà....

Je rentre chez moi, le cœur léger. En passant, je m'arrête acheter de la nourriture pour les oiseaux. Pour la première fois de ma vie, j'ai envie de m'intéresser aux sujets à plumes En effet, chaque jour, j'entends un pic bois dans mon jardin (en France, on appelle ça un pic vert), et sa fidélité m'attendrit (évidemment, je suppose qu'il est fidèle à son territoire plutôt qu'à moi....)
J'accroche un filet rempli de graines de tournesols sur mon fil à linge extérieur, et, en tirant sur la corde coulissante, j'envoie le filet assez loin, tout près d'un arbre.
Au bout de deux jours, j'ai toute une ribambelle d'oiseaux qui viennent picorer mes graines de tournesol. C'est génial. Je me dis que si je nourris les oiseaux, ils ne mouront pas. Et s'ils ne meurent pas, ils boufferont les moustiques qui voudront me bouffer au mois de juin. Logique non ?
Un jour, en me levant, je trouve un truc bizarre dans le filet.... un écureuil ! Il a chassé les oiseaux, il a percé un trou dans le filet, et il est bien confortablement installé à l'intérieur, en train de décortiquer patiemment toutes les graines de tournesol....
Depuis, il est devenu un habitué des lieux. J'ai acheté deux filets. Un pour lui, un pour les oiseaux. Il vient sur la terrasse, dans le jardin. Il est très familier et je peux m'approcher de plus en plus. Un jour, peut-être, il viendra manger dans ma main.

Je regarde par la fenêtre.... Et soudain, je vois un skieur sur le lac ! Suivi d'un chien, puis d'une motoneige.... Le top départ est donné. Si les gens d'ici se promènent sur le lac, c'est que je dois pouvoir le faire aussi.
Comment vous expliquer ce que l'on ressent la première fois lorsque l'on marche sur l'eau ? C'est tout simplement grisant. J'ai fait du canoë sur ce lac, j'ai nagé dans ce lac, et maintenant, je marche dessus. Je me promène, j'en fais le tour, je reviens....
Et puis je me dis que je pourrais essayer de patiner, qui sait ? La difficulté, dans la construction d'une patinoire, est d'enlever toute la neige qui recouvre la glace. Normalement, si la couche est trop épaisse, la pelle est inutilisable et il faut disposer d'une souffleuse à neige.
La météo va jouer en ma faveur. Quelques jours plus tard, étonnamment, la température remonte au dessus de 0° et il pleut. Toute la neige sur le lac fond ce jour là. La nuit suivante, il fait -5°. La glace se solidifie, le lac est un vrai miroir.... Ma patinoire est prête ! Depuis, chaque jour, je chausse les patins. Lorsque quelques flocons de neige font leur apparition, je gratouille avec ma pelle pour entretenir un cercle d'environ 150 mètres de long. J'admire le coucher de soleil en patinant, avant de rentrer boire un bon chocolat chaud.

Et les promenades en raquettes ? Vous avez déjà essayé ? Quoi de plus agréable que de partir le matin d'un jour sans nuage, les raquettes aux pieds, le sac au dos, de gravir une colline en papotant avec des amis qui vous apprennent le nom des arbres ou des oiseaux, qui vous enseignent comment différencier les traces de l'écureuil, du chevreuil ou du lièvre.... Et lorsque vous arrivez en haut de la colline, vous sortez votre pique-nique devant une vue époustouflante, et vous passez deux heures là, à ne rien faire, sinon à contempler le paysage et à vous dire que ben oui.... Il semblerait que vous ayez fait le bon choix tout compte fait.

31 décembre. Fin de l'année 2004. Mon copain Kees est de passage. Vu que je l'ai rencontré sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, nous décidons de concocter notre menu pèlerin : pâtes à la bolognaise, plus un petit extra reçu par la poste en provenance de France : une boite de foie gras.

L'année 2005 commence.... De quoi sera-t-elle faite ?
Au programme pour moi, tout d'abord, un premier retour de quinze jours en France. Je pars à la fin de la semaine et je rentre le 23 janvier. Vous aurez donc deviné l'un des sujets de ma prochaine chronique !
Ensuite, les choses sérieuses vont vraiment commencer. Trouver un premier emploi, prendre des contacts avec des professionnels du tourisme, visiter leurs installations, étudier la viabilité de mon propre projet touristique, reprendre quelques formations si besoin est.... et pourquoi pas, mettre à exécution un projet qui devient, lui aussi une obsession.... Ecrire un livre sur mon pèlerinage à Saint jacques de Compostelle....

A vous tous, fidèles lecteurs ou occasionnels visiteurs, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2005 ! Et qu'elle vous permette de réaliser vos projets les plus fous !

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La loi des séries… Vous...

Bouh

La loi des séries....

Vous souvenez-vous de la fin de ma dernière chronique ? Où je vous parlais de mon transfert de fonds de la France vers le Québec qui avait pris du retard ? Et bien vu l'ampleur des dégâts, j'ai l'impression que le moment est venu de vous en parler en détail. Peut-être cela évitera-t-il à certains d'entres vous de commettre les mêmes erreurs que moi. Alors voilà l'histoire :

J'avais 2 comptes en France : 1 compte courant à la BNP, et 1 livret A à la Poste. Sur ces 2 comptes, j'avais environ la même somme d'argent. Mon idée était dans un premier temps de rapatrier l'argent de mon livret A sur mon compte courant à la BNP, et puis ensuite de faire un seul et unique gros virement à destination du Québec. Tout ceci évidemment dans le but d'économiser au maximum les frais applicables aux virement internationaux, qui peuvent être sensiblement élevés.
J'avais d'emblée laissé tomber l'idée des chèques en euros ou en dollars canadiens, car je savais que les délais d'encaissement étaient extrêmement longs (de l'ordre d'un mois). J'avais aussi laissé tomber l'idée des travellers, car les commissions sont élevées, et puis je ne connaissais pas trop bien ce moyen de paiement.... enfin bref, parce que j'avais pas envie.... Et puis on m'avait dit.... Blablabla, tu verras, avec les virements, blablabla....c'est sur ton compte au maximum une semaine plus tard.
Bref, le concept « zéro papier », ça me plaisait bien.
Donc, l'avant-veille de mon départ, je téléphone à la Poste.
- Bonjour madame, je voudrais faire un virement s'il vous plait.
- Ah ben pour ça, faut nous envoyer un courrier ma p'tite dame ! Pis faut compter le temps que le courrier nous arrive, et puis ensuite deux jours de traitement supplémentaires !
- ....
J'écris donc en vitesse le maudit courrier, que je poste la veille de mon départ.
Une fois arrivée à Montréal, je visite régulièrement le site Internet de La Poste pour vérifier que le virement est bien parti (et donc arrivé à la BNP), ce qui me donnerais le top départ pour lancer le deuxième virement.
4 jours, 5 jours, 6 jours, une semaine.... rien. Mon livret A est désespérément plein.... Je me décide à téléphoner. La première fois, petite musique d'ambiance. La deuxième fois, on m'apprend que je n'ai pas envoyé mon courrier à la bonne adresse (« ben oui, mais je l'ai trouvé où l'adresse à votre avis ? »). Donc, possibilité de retard On ne peut toujours rien pour moi, on me conseille d'attendre patiemment... La troisième fois, on s'apitoie sur mon sort et on me demande de re-faxer ma demande. (« Mais bien sûr, tout le monde a un fax à portée de main, c'est évident »)
L'insouciance et la confiance (aveugle) étant (je le découvre maintenant) deux de mes défauts majeurs, je réserve malgré tout ma voiture chez Encan H Grégoire. « L'argent arrive ! Leur dis-je ». Et bien sûr, j'y crois.

Trois jours s'écoulent encore.... toujours rien. Je commence à paniquer. Je n'ai plus le choix. Tant pis pour l'argent du livret A, je ferai un deuxième virement plus tard. Je téléphone donc à la BNP pour leur demander de faire un premier virement en urgence avec l'argent qu'ils ont sous la main. Je me procure le code SWIFT en téléphonant à ma Caisse Populaire Desjardins de Mont-Laurier (j'y avait ouvert un compte deux ans auparavant, lorsque j'étais venue en touriste) et je fournis toutes les informations par mail à la BNP. 4 jours plus tard ( !); l'argent est seulement débité de mon compte en France ! Et encore 4 jours plus tard, toujours rien sur mon compte au Québec ! Là, je panique vraiment. Encan H Grégoire commence à s'impatienter. Ils voudraient bien que ma voiture débarrasse le plancher, et par la même occasion, récupérer le solde de la vente.... Quant à moi, j'aimerais bien aussi rejoindre mon petit coin de paradis au bord du lac.... Voyant que ça commence à chauffer pour moi, une amie décide de me prêter l'argent de la voiture. Me voilà donc en mesure d'aller récupérer mon bien et de régler mes créanciers.... Je fais mes bagages dans la foulée pour partir à Mont-Laurier, afin d'aller voir de plus près ce qui se passe. A la caisse Desjardins, même discours. Il faut que je patiente. Déjà 3 semaines que je suis au Québec, et toujours RIEN !

Au bout de deux jours supplémentaires, au comble de la panique, j'appelle ma banque en France.... Et j'apprends que mon virement leur est revenu ! « Code SWIFT erroné » a dit la Caisse Centrale Desjardins de Montréal.... Je ne comprends rien. C'est l'une de leur caisse qui me l'avait donné ! Je ne l'avais pas inventé !
Moralité(s) :

1) Si vous avez des virements inter banques à faire en France avant votre départ, n'attendez pas le dernier moment.

2) Si vous voulez vous installer en région, méfiez-vous des caisses Desjardins. Je ne mets pas en doute leurs compétences, mais ils ne sont pas forcément habitués à traiter des opérations internationales. Le mieux est peut-être d'ouvrir un compte dans une banque nationale, puis de re-transférer par la suite votre argent dans la caisse populaire Desjardins de votre village de 300 habitants si vous le désirez.

3) Méfiez-vous des codes SWIFT. J'ai appris par la suite qu'il pouvait en exister deux sortes. Vous avez un certain code SWIFT si votre virement est fait en euros (et transformé en dollars une fois arrivé au Québec), ou un autre code SWIFT si votre virement est fait directement en dollars canadiens. La banque qui vous donne le code SWIFT vous pose pas forcément la question (ce qui était mon cas), et de toute façon, vous ne vous la seriez pas posée vous-même.... Parce que tout ce que vous avez demandé à votre banque française, c'est de faire un virement de sous.... et en général, la façon dont est fait ce virement vous échappe pas mal !

4) Ayez une carte de crédit internationale.... Et idéalement une Visa Premier ou une Gold. Oui, je sais, c'est pas donné à tout le monde d'avoir une cousine qui bosse à la BNP.... Mais si vous êtes dans le pétrin, ça vous permettra d'avoir un plafond de retrait par semaine beaucoup plus important qu'avec une carte de crédit internationale « normale ». Enfin, dans mon cas, je sais que la BNP a des accords avec la Scotia Bank, ce qui me permet de retirer de l'argent aux guichets automatiques de la Scotia sans frais (et ça, c'est pas du luxe) !

5) Envisagez la possibilité des travellers !
En tout cas, mon virement est reparti aussi sec, sans code SWIFT cette fois....
Et voilà où j'en suis.... Je dois encore attendre une bonne semaine pour savoir si mon argent est arrivé à bon port. Ma carte Visa chauffe à mort pour me procurer l'argent nécessaire à ma survie quotidienne. Et je vis encore dans la peur que mon virement soit rejeté une nouvelle fois.

Ma maison au bord du lac est très belle, mais elle est vide. Mes propriétaires m'ont heureusement prêté quelques petites choses. En revanche, je ne peux pas engager les grosses dépenses, comme l'achat d'une laveuse, d'une sécheuse, d'une télé, d'un canapé etc.... Je surveille ma boite aux lettres d'un œil mauvais, en lui promettant les pires supplices si jamais il lui prenait l'envie de me cracher les premières factures d'hydro Québec ou de Bell.... Je me demande encore comment je vais régler à la SAAQ la TQV sur l'achat de ma voiture ainsi que mes plaques d'immatriculation.... Et je fais de l'œil à mes propriétaires, qui n'ont pas besoin de ça pour m'accorder un délai de paiement tellement ils sont gentils. Ils me proposent même de les payer en euros, vu qu'ils ont un compte bancaire en France.
J'ai trop honte. Pauvre image de la France hein ?

Mais il y a encore plus urgent. Parce qu'ici, figurez-vous, dans l'griiiin nord, et bien c'est déjà l'hiver. Et les pneus 4 saisons de ma voiture me font déjà sentir leur limite.... Donc, dépense prioritaire : des pneus neige (environ 450 dollars TTC).
Déjà, hier, dès que j'ai posé le premier pied dehors, j'ai bien failli me retrouver sur les fesses.... Imaginez.... Une grosse couche de glace partout dans mon chemin (long de 2 kilomètres pour mener à la vraie route). Je regarde ma voiture d'un air suspicieux.... Je mets le moteur en marche.... Je passe la marche arrière pour sortir de chez moi.... Pas moyen. Les pneus n'accrochent pas pantoute sur la glace !! J'ai alors une idée de génie : je sors le tapis d'entrée tout neuf que j'ai acheté la veille en solde, je le glisse sous les roues.... Ca marche ! La voiture sort de son trou de glace.... Pour retomber dans un autre.... Je me marre comme une bossue dans ma voiture. Ah elle est belle la petite française aventurière !! Les voisins rigoleraient bien s'ils me voyaient !! S'il faut que je sorte mon tapis tous les 10 mètres pour faire les 30 bornes qui me séparent de Mont-Laurier !!!

Et puis d'un seul coup, je réalise que j'ai acheté un 4X4 ! Pfff.... j'avais presque oublié ! Il y a bien un petit sélecteur à côté du levier de vitesses, mais j'ai peur de m'en servir. Faut débrayer ou pas ? Faut être arrêtée ou pas ? Faut que les roues soient droites ou pas ? J'ai pas envie de tout casser. Je feuillette donc le mode d'emploi de ma voiture.... Bon. Pas compliqué. Je passe en 4 roues motrices. Et miracle ! Ca marche d'enfer ! Je file à Mont-Laurier, pas peu fière de ma nouvelle voiture....

Ce matin, après avoir passé la nuit chez ma copine Karine (celle qui habite dans les Laurentides, vous suivez j'espère ?), je mets le nez dehors vous prendre la température du jour.... et je me ramasse un paquet de neige tombé d'un arbre sur le coin du museau.... Vache ! Plus de 10 cm partout !! La route est invisible, les arbres sont tout blancs et croulent sous le poids de la neige. C'est MA-GNI-FIQUE !! J'exulte. Je saisis mon balai à neige tout neuf et je commence joyeusement à épousseter ma voiture. Je rigole en pensant que bientôt sans doute, cette action va devenir une véritable corvée. Je sors ma baguette magique (les quatre roues motrices), et je commence à conduire sur ce que j'espère être la route.... en me jurant de filer tout droit chez un garagiste que l'on m'a conseillé pour faire changer mes pneus (je ne résiste pas au plaisir de vous dire le nom, parce qu'il me fait toujours autant rigoler, autant pour le jeu de mot que pour la difficulté que j'ai à le prononcer : « Ca s'pneu-tu.».)
Je rejoins la grande route (la 117), à peine déneigée.... les « locaux » roulent doucement.... Je comprends le message.... ça craint. Effectivement, c'est un mélange de neige, de sloche, de glace, et le vrai bitume est en dessous de tout ça.... C'est la première vraie tempête de l'année icitte.... tout le monde se méfie....
Je pense que j'ai hâte d'arriver au garage. Je repense aussi à cette foutu histoire de fric qui me bouffe la vie, et je me demande ce qu'il pourrait m'arriver de pire là, tout de suite....

Je roule à 70 km/h. Tout à coup, je sens le 4X4 m'échapper ! Merde ! Je me dirige en glissant vers le centre de la route. Je braque à fonds. Inutile d'aller s'emplafonner la voiture qui arrive en face. Je repars vers le côté droit de la route, toujours en glissade.... Le 4X4 glisse, vire, je braque dans un sens, je braque dans l'autre, j'essaye de le rattraper. Peine perdue. J'arrive quand même à éviter un mur. C'qu'elle est lourde cette bagnole ! Je ne freine pas, ce serait pire..... Je crains plus que tout de faire un tonneau.... Je tente un dernier braquage.... Et je finis par déposer tout doucement ma voiture neuve dans le fossé....
Je me prends la tête entre les mains.... C'est pas possible ! C'est quoi cette poisse qui me colle aux basques ! Mais c'est pas possible !! Une voiture que j'ai depuis moins d'une semaine (que j'ai même pas encore remboursée, je vous le rappelle....) Et les réparations ? Je vais faire comment pour payer ces fichues réparations ? Alors qu'il faut que j'attende encore une grosse semaine pour avoir (éventuellement) mon argent ? Je sors de la voiture, écoeurée. Je regarde autours de moi et là, je me souviens que je suis au Québec.... Quatre voitures se sont déjà arrêtées. Tout le monde se précipité : un jeune gars, un monsieur qui travaille à santé canada, un autre monsieur qui travaille pour la voirie, et une infirmière.... Le premier m'indique les remorqueurs de la région, le deuxième prête son cellulaire, le troisième sort ses drapeaux et ses trucs de signalisation, et l'infirmière, heureuse quand même de me savoir saine et sauve, repart dépitée de n'avoir pas pu aider....

Et alors là, c'est plus fort que moi.... J'explose d'un rire nerveux. Faut le faire quand même. Je me fous en l'air avec mon 4X4, et parmi les gens qui s'arrêtent, j'ai un médecin, un gars qui connaît tous les remorqueurs de la région et un gars dont le métier est de d'assurer la sécurité sur les routes...
C'est de la chance ou bien ?? Je ne sais plus.... C'est peut-être « la chose », « l'énergie », « la force », enfin le « truc » que j'aime pas appeler Dieu (parce que dans l'esprit des gens, ça se confond trop vite avec la Religion), qui a du penser qu'il y avait peut-être été un peu fort.... Alors il se rattrape comme il peut...
Mais une fois qu'on connaît le nom des remorqueurs et qu'on a un téléphone, encore faut-il connaître les numéros à appeler ! Et là, coup de théâtre, le mec de la sécurité des routes nous sort l'annuaire téléphonique ( ?) qu'il trimbale partout avec lui !
Un truc farfelu me passe par la tête, je pense à la formulation de Seb-Redflag « 1-800- J'APPELLE », et à la réputation (ô combien justifiée !) de la qualité des services au Québec.... Je me marre....

On attend le remorqueur. Pour ne pas rester dehors sous la neige et dans le froid, je monte dans la voiture du monsieur de santé canada. Il me demande d'où je viens, ce que je fais là. Je lui raconte mon histoire. Je lui dis que j'aimerais bosser dans la nature et les animaux. Il me dit qu'il connaît du monde chez Parc-Canada.... il va voir ce qu'il peut faire pour me trouver une job.... J'hallucine complètement. Il me parle de sa fille, qui bosse dans un restaurant à Montréal appelé « le pèlerin ». Je lui dis que parmi tous les restaurants de Montréal, j'avais remarqué celui-là à cause de son nom, car je me demandais si ça avait un rapport avec le pèlerinage de St Jacques de Compostelle. C'est de la science-fiction.
Une demi-heure après, le remorqueur arrive et la voiture est sortie du fossé.... Sans une égratignure... J'y crois même pas.
A 40 km/h et en warning, je continue ma route, en me jurant de ne plus jamais me demander ce qui pourrait m'arriver de pire, là, tout de suite. Je philosophe un peu et je me dis que, selon la loi du même nom, la série des merdouilles va bien prendre fin un jour.
Je change enfin de pneus. Quelle différence ! Je me rends chez mes propriétaires pour régler avec eux l'histoire du loyer. Je ressors en leur ayant fait un chèque en euros. Encore une bonne chose de faite, j'ai le cœur plus léger....
Ma copine Karine me téléphone : toutes mes cartes sont arrivées, y compris celle de la résidence permanente ! 3 semaines après mon arrivée !
Le lendemain, la caisse populaire Desjardin de Mont-Laurier me téléphone pour m'annoncer qu'un gros virement est arrivé sur mon compte. Comment se fait-il que l'argent soit arrivé aussi vite après le premier rejet, je m'en fous. Je ne cherche même pas d'explication, je saute de joie. Dans la foulée, je reçois mon chéquier, mon permis de conduire, je commande une laveuse, une sécheuse, une table, des chaises, une armoire pour ma chambre. Ouf, ouf, ouf....
Justement, je dois me rendre à la caisse populaire pour souscrire une assurance habitation. Je commence à discuter avec l'agente d'assurance, et au bout de 10 minutes, elle me dit que son poste va se libérer et elle me demande si je serais intéressée.... Les entretiens commenceraient fin janvier pour une prise de fonction en mai. Il y aurait 3 mois de formation à Québec entre les deux. Si je veux, elle peut me référer....
- ....
D'autres amis qui habitent dans la région m'appellent ensuite pour que je vienne leur rendre visite. Leur maison se situe juste à côté d'un gros développement touristique en construction dans la région, un truc que je lorgne depuis longtemps déjà, en attendant patiemment qu'ils soient prêts à embaucher. Ce serait mon rêve de bosser pour eux. Mario me raconte qu'une semaine auparavant, il a reçu un coup de téléphone d'un voisin qui lui demandait de venir l'aider à sortir une voiture qui avait eu la mauvaise idée d'embrasser, elle aussi, le fossé. Le conducteur, ravi d'avoir pu bénéficier d'une aide aussi précieuse, sort une carte de visite.... C'était le nouveau propriétaire du développement touristique ! Mario lui a parlé de moi, et nous sommes invités à aller discuter de tout ça autours d'un verre au premier moment opportun....
Je lève les yeux au ciel....
- Ben voilà ! Tu vois quand tu veux ! Merci « la Chose » !
Mon copain m'appelle de France. Je lui raconte mes histoires.... Il trouve que j'ai une chance « Bouhesque »
- Bon, et quand est-ce que tu commences à chercher du boulot ?
- J'y travaille mon gars, j'y travaille ! Je prends une assurance habitation, je fous ma bagnole dans le fossé, Mario en sort d'autres.... Je fais que ça, chercher du boulot !
Moralité(s) :

1) Ne perdez jamais espoir. Remontez-vous le moral en pensant à la loi des séries : les choses finissent toujours par s'arranger.

2) Si vous êtes en région (ou même à Montréal, mais je m'obstine à dire que c'est pas pareil dans les grandes villes), discutez beaucoup, beaucoup, beaucoup. Avec tout le monde. Racontez votre vie, écoutez celle des autres. Premièrement vous apprendrez beaucoup, et deuxièmement, vous vous rendrez compte que les gens ne demandent qu'à vous aider....

Bon courage à ceux qui connaissent des périodes de galère.

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Et voilà… Le départ est...

Bouh

Et voilà....

Le départ est maintenant imminent. Dans deux jours, je décolle.... Et rien n'est prêt... Je croyais pouvoir rentrer ma vie dans mes 3X32 kilos de bagages. Et bien non. Impossible. Trop de livres, trop de photos, trop de peluches, trop de fringues, trop de tout. Je désespère. Je refais mes bagages trois fois. Je monte sur le pèse-personne, je note mon poids, et je remonte dessus en succombant sous le poids des valises, presque plus grosses que moi. Je fais la soustraction des poids. Trop lourd. Encore trop lourd.... J'enlève toutes les fringues d'été. Je reviendrai les chercher plus tard. J'enlève les livres « indispensables », j'enlève les photos....
Mon copain s'inquiète de ce que j'emmène, mon frère s'inquiète du bordel que je suis en train de semer partout dans la maison, ma mère s'inquiète pour son pèse-personne.... Moi, étrangement, je reste confiante. Je m'y oblige en tout cas. Je ne veux pas que ma famille s'inquiète et surtout, je ne veux pas m'inquiéter moi-même. Alors je fais bonne figure.... Mais oui ! Ca va aller ! Mais oui, j'aurai tout fini à temps !

Je brade aussi ma vieille minoune dans une casse. Premier déchirement. Pensez donc ! Ma première voiture, celle qui m'est fidèle depuis 10 ans maintenant, celle qui ne m'a jamais laissé tomber, même quand elle était proche de la panne sèche, elle m'emmenait toujours en crachotant jusqu'à la pompe à essence la plus proche. Celle qui fait des bruits de partout, mais qui n'a jamais rendu l'âme au bord de l'autoroute. Vous devez me trouver bien sentimentale vis-à-vis d'un tas de ferraille, mais je suis comme ça. Je prête facilement une « âme » aux choses qui m'entourent.... Alors je lui ai fais un petit bisou sur le tableau de bord, et je lui ai dis merci....

Je rédige à la hâte mes derniers courriers administratifs, je camoufle comme je peux les cartons que je laisse dans la maison de ma mère, pour tenter de « faire croire » que rien n'a changé....

La dernière soirée se passe admirablement bien. Ma famille est courageuse et elle fait bonne figure. On sort le champagne, on mange une bonne raclette, on parle, on rit, on passe un bon moment.
Le lendemain matin, petit déjeuner familial avec café-croissant. Il fait beau, je me demande encore si je fais bien de vouloir quitter tout ça. Je traîne presque la patte pour faire durer le plaisir et c'est ma mère qui me rappelle qu'on doit y aller....

Je ne suis pas très sereine en pensant au poids de mes bagages. J'ai un sac supplémentaire de 32 kilos, et je sais que je dois payer une taxe de surcharge pour celui-là. Il est prévu que je la fasse déduire de mes points de fidélité d'Air France. Mais les 2 autres valises font 33 et 35 kilos, et j'ai peur de devoir aussi payer une taxe pour chacune d'entre elle. Enfin, mon bagage cabine, qui ne devrait pas dépasser 12 kilos, pèse allégrement 21 kilos.... Ma mère et mon frère ont prévu quelques sacs plastiques, au cas où je devrais encore faire du tri devant le comptoir de l'enregistrement. Coup de bol, mon bagage cabine n'est pas vérifié. Et la dame de l'enregistrement me dit bien gentiment que vu que je paye déjà une surtaxe, elle n'a pas l'intention de m'en faire payer d'autres. Ouf.

L'heure des adieux avec ma mère et mon frère ont sonné. Ma mère, qui avait dû se promettre de ne pas pleurer, lâche malgré tout une larme de dernière minute. C'est trop dur. J'ai envie de pleurer aussi, je me retiens comme je peux. La voiture s'enfuit.
Reste mon copain, qui veut rester jusqu'à l'embarquement. La aussi, je passe la porte de la sécurité avec les larmes aux yeux. Rien que d'y repenser pour l'écrire, j'ai encore envie de pleurer. Je le vois s'éloigner.... C'est vraiment trop dur....

Dans l'avion, je me force à ne penser à rien. Je dors. Je souhaite que ce passage entre les deux mondes se fasse le plus vite possible. Encore une fois, je suis entendue (par qui ? par quoi ?) et j'ai l'impression que le voyage se passe en un éclair.

A l'arrivée, les formalités s'enchaînent rapidement. Bonjour, bonjour.... Pouf, pouf, et re-pouf, coup de tampon par-ci, coup de tampon par là....
- Vous avez combien de sous sur vous ?
- Heu.... là tout de suite ? Ben.... 200 $...
- Parfait
- Heu.... Vous prenez pas de photo ?
- Non, pas de photo. Bienvenue au Québec.
- Heu.... merci !
Je me demande combien d'immigrants arrivent chaque jour dans cet aéroport et combien de fois la dame est obligée de dire « bienvenue au Québec ».
Je récupère mes valises qui s'enchaînent sur le tapis devant mon nez et je me dirige ensuite vers le bureau des douanes. Le charmant monsieur me tamponne ma liste sans la regarder dès qu'il voit qu'en première ligne figure un équipement complet de Hockey....
- Ah ! Vous jouez au Hockey ?
- Heu.... mmmoui, enfin j'essaye....
- Ah ben vous êtes sympa. Allez, j'vous tamponne vot'liste !
- ....
Un peu plus tard, me voici dehors, et je vois Gilles et Carine qui sont venus me chercher. Que c'est bon de les voir ! Que c'est bon d'être attendue ! Ils m'emmènent chez Peggy, qui m'a prêté son appartement pendant ses vacances. Je redécouvre alors les gratte-ciels de Montréal, j'entends ma première sirène d'ambulance si caractéristique de l'Amérique du nord, je réalise enfin que je suis là, je rayonne.

Le lendemain matin, perchée au 19ème étage de la « tour d'ivoire » de Peggy, je vois le soleil se lever sur Montréal et sur ma nouvelle vie. Rien de tel pour entretenir le moral. Je téléphone à la famille. A chaque fois que je suis au Canada ou aux Etats-Unis, ma mère s'étonne toujours de ne pas entendre de grésillement dans la ligne, vu que je suis à l'autre bout du monde, ça paraîtrait pourtant logique ! Du coup, elle a l'impression que je ne suis pas si loin, alors ça lui remonte un peu le moral à elle aussi.

Deux jours après mon arrivée, ma copine Karine, venue de son lointain village des Laurentides, débarque à Montréal. Ca tombe trop bien et je profite de sa présence pour la traîner avec moi à la RAMQ. Pour que je puisse obtenir ma carte soleil, je sais qu'elle doit être là en personne pour témoigner que je suis bien hébergée chez elle. Encore un coup de chance !

Mes premiers jours à Montréal se passent vraiment bien. J'ai revu quasiment toute mon « ancienne » gang de Paris, plus quelques personnes que je ne connaissais que par l'intermédiaire du forum. Tout le monde se plie en quatre pour me rendre service, pour me donner des conseils ou pour combler mes graves lacunes cinématographiques en m'invitant à regarder les Invasions Barbares ou la Grande Séduction....
Je redécouvre avec joie les promenades dans la ville, les écureuils, les parcs, les restaurants, le métro, les magasins, le pont Jacques Cartier qui me fascine, et le Saint Laurent.... J'écoute tous les bruits, j'écoute parler les gens dans la rue, j'ai envie de dire bonjour à tout le monde.... Et puis il y a des petites choses toutes bêtes qui vous mettent du baume au cœur comme la première fois que vous prenez le métro et que vous entendez : « hé ! Salut Katy ! ». Vous vous retournez, médusée, et vous tombez nez à nez avec Mik, dans le même métro que vous, dans la même rame, à la même heure. Et là, vous vous dites encore une fois que le monde est petit, que vous n'êtes ni vraiment seul ni vraiment perdu, et que maman peut vraiment arrêter de s'inquiéter.

Parallèlement, j'organise mon atterrissage final dans les Laurentides. En regardant les petites annonces immobilières sur Internet, je m'aperçois qu'un ami que je connaissais bien a déménagé et que son chalet (au bord d'un lac s'il vous plait) est disponible. Encore un coup de chance ! Je me rue sur le téléphone et j'obtiens un rendez-vous pour la visite. Je rencontre les propriétaires, ils sont adorables, et je signe le bail le matin même. En cadeau de bienvenue, ils m'offrent ma première pelle, en me disant que c'est la première chose dont j'aurais besoin pour devenir québécoise ! Je passe 3 jours dans les Laurentides, à revisiter les coins qui me sont chers et à rendre une visite éclair aux gens de ma connaissance....

Je rentre ensuite à Montréal afin d'assister à mon entretien personnalisé d'une heure avec un agent d'immigration.... pour m'entendre dire finalement que je suis venue pour rien, vu que j'ai déjà enclenché tout le processus de paperasse et de recherche de logement. Bon. C'est pas grave, on papote.... Et c'est là que j'apprends que l'échange des permis de conduire est centralisé à Montréal ! Moi qui croyais doubler tout le monde en réglant cette formalité à Mont Laurier ! Je riais d'entendre ceux qui prenaient rendez-vous 3 semaines à l'avance, en sachant que les préposés à l'accueil de la SAAQ de Mont Laurier s'ennuyaient à 100 sous de l'heure.... Me voilà obligée de prendre rendez-vous à Montréal.... Tel est pris qui croyait prendre comme on dit !

Et enfin, direction Encan H Grégoire pour choisir ma nouvelle voiture. Imaginez.... Un supermarché de la voiture. Un parc de 3000 véhicules, rien que des modèles relativement récents. Un alignement de 40 vendeurs, chacun occupé par un futur acheteur potentiel.... 70 à 100 véhicules sont vendus PAR JOUR !! On m'attribue donc un vendeur, je lui expose mes envies, et nous voilà partis pour une promenade à pieds dans le parc. Je trouve mon bonheur, et après un petit essai fructueux, je me retrouve au rayon financement. Je signe, et on me catapulte au stand assurances ! Imaginez.... Vous arrivez pour acheter une voiture, et vous pouvez repartir 1 heure après au volant du modèle de votre choix, assurance comprise. Incroyable ! Là, permettez-moi juste une petite parenthèse pour une dédicace personnelle.... Sébastien, si tu me lis, merci pour tes bons conseils, et pour ton expertise très appréciée !

Et bien voilà. Ca fait maintenant 2 semaines que je suis arrivée. Je n'ai pas vu le temps passer. J'ai trouvé le chalet de mes rêves, et une voiture. Seule ombre au tableau, un retard inattendu dans le traitement de mon virement bancaire, suite à une non réception de courrier.... Bref, j'ai pas de sous.
Alors je piétine encore un peu à Montréal, et dès que je récupère quelques dollars, je passe prendre ma voiture qui m'attend sagement chez H Grégoire, et je file en région ! Si vous saviez comme j'ai hâte !

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Par là où tout prend...

Bouh

Par là où tout prend forme

Lorsque j'ai déposé mon sac à dos devant la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle, le 20 juin 2004, je ne me suis pas rendu compte tout de suite que j'avais perdu quelque chose de très précieux : mon statut de pèlerin. Passé le premier moment d'euphorie, je me suis vite retrouvée dans les rues de la ville, marchant au hasard, ballottée parmi les centaines de personnes venues en car pour visiter ce haut lieu touristique. Mon erreur a été d'arriver un dimanche, j'en ai bien conscience maintenant. Impossible d'assister à la messe de midi, normalement réservée aux pèlerins. La cathédrale est tellement pleine que je ne peux même pas rentrer ! Le retour à la civilisation est trop rapide, la transition est trop brutale. Je suis perdue, on me bouscule, on me marche sur les pieds, je ne vois rien, il y a des boutiques souvenirs partout, on m'accoste pour me vendre des pin's, des tee-shirts, des n'importe quoi. S'ils savaient comme je m'en fous ! Mon petit côté matériel avait déjà été bien malmené lorsque j'ai dû préparer un seul sac pour vivre pendant deux mois....et le coup de grâce lui a été donné lorsque je me suis aperçue qu'effectivement, j'avais réussi à me satisfaire d'un rien pendant tout ce temps. Alors leur tasse à café « vive Saint Jacques », ils peuvent se la garder.... Comble de tout, le soleil qui m'avait accompagné pendant un mois non-stop me laisse sournoisement tomber. C'est carrément la tempête ; pluie, vent violent.... un temps à ne pas mettre un pèlerin dehors. Bref, cette ville me gonfle. Le temps aurait dû s'arrêter au moment où j'ai déposé mon sac à dos. Parce qu'après, ça y est, c'est fini, on devient un touriste comme les autres...
J'achète mes 52 cartes postales (ouf ! un record hein....), et je décide de me casser dès que la dernière d'entre elles sera dans la boite aux lettres. De toute façon, je n'ai plus rien à faire ici. J'ai trouvé mon chemin, je suis sure de mes choix, je peux rentrer chez moi.

C'est alors que je commets la deuxième erreur : je décide rentrer à Paris en avion. Fatal ! Beaucoup trop rapide ! L'arrivée à Orly est catastrophique. Ca pue ! Et ça grouille de parisiens pressés ! Et je suis encore perdue. Je ne sais plus comment je dois faire pour rentrer chez moi. J'ai tout oublié ! Et je n'ai pas de plan, pas de ticket, plus d'argent.
Finalement, une demi heure plus tard, j'attends patiemment le RER C, qui me reconduira dans le ventre de la bête.... « Z'y va ! T'as vu la meuf ! Elle est has been avec son short et son coquillage ! ».... Tiens ! Ca faisait longtemps.... Mais qu'est-ce que je fous là bon Dieu ?
Inutile de vous dire que le retour est difficile. TRES difficile ! Je pensais être plus zen, plus cool, plus détendue, moins agressive. C'est tout le contraire qui se passe. J'en suis malade de cette ville. Je ne la supporte plus. Je ne suis plus capable de rester un jour de plus ici. Je tourne en rond dans mon appartement devenu trop petit, je regarde dehors, je regarde les photos du Chemin, je regarde encore dehors. Je n'ai plus envie de rien. Il faut que je parte ; maintenant ! Je ne peux plus attendre. En général, je mets longtemps à me décider. Mais quand ma décision est prise, je deviens d'un seul coup très pressée. Et très impatiente....
Mon copain a quelques jours de vacances. Il me regarde avec pitié.
- Allez viens. On se casse.
- Où ?
- N'importe où, mais j'en ai marre de te voir comme ça.
Ok. On prend la voiture et on roule. Ce sera la Belgique et la Hollande. Je revis un peu. Mais j'appréhende le retour au boulot, dans 1 semaine....

12 juillet.... Je suis assise devant mon écran. Je ne comprends rien à ce que racontent mes 524 mails.
13 juillet.... Je donne ma lettre de démission. Il parait que tout le monde s'en doutait.... Tant mieux. Ils n'auront pas été pris au dépourvu alors.... Je pense avoir 2 mois de préavis, que je voudrais bien diminuer de moitié.... Au final, j'ai 3 mois.... non négociables. Je suis horrifiée... Mon départ au Québec est retardé. Comment je vais faire pour attendre tout ce temps ? Je n'arrive pas à me concentrer. La moitié de mon cerveau est encore sur le chemin de Saint Jacques, l'autre est déjà au Québec. J'ai beau chercher : pas un seul neurone de disponible pour faire de la compta.... Au bout de deux semaines, je refais un peu surface. Et là, tout s'accélère. On veut que je boucle tous mes dossiers en cours, que je fasse la clôture des comptes au 30 juin, que j'écrive tous les modes opératoires liés à mon poste, et que je forme une intérimaire, fraîchement arrivée pour me remplacer. Mes dernières semaines sont extrêmement chargées. Un rythme de dingue. Le stress est à son comble. Je fais de mon mieux. J'aurais pu les envoyer balader, leur rire au nez, mais j'aime pas ça. Ils le savent et ils en profitent.
En cumulant quelques heures de recherche d'emploi, j'ai finalement réussi à grappiller 3 semaines sur ma date de départ officielle. J'organise un pot de départ le 24 septembre, jour de ma sortie des classes. Les autres élèves me regardent avec envie....
C'est marrant l'engouement que provoque ce départ à l'autre bout du monde ! Les avis sont partagés. Certains me trouvent complètement folle, d'autres sont admiratifs, d'autres encore seraient presque prêts à venir avec moi. En tout cas, personne ne reste indifférent. Je suis émue. Je tourne la page de 5 ans de ma vie. De tous les gens présents à mon pot de départ, beaucoup étaient devenus plus que des collègues de travail. De vrais amis. J'ai la larme à l'œil. Malgré les promesses échangées, je sais que les aléas de la vie feront que je ne reverrai jamais certains d'entre eux. Mais je ne sais pas encore lesquels... Et ça, c'est dur.

Alors que depuis bientôt 3 mois, j'attends avec une grande impatience mes premiers jours « d'inactivité professionnelle » pour pouvoir enfin (!) me consacrer pleinement à la préparation de mon immigration, ceux-ci se révèlent bizarrement bien difficiles à vivre.... J'ai un coup de blues assez inquiétant. D'un seul coup, j'ai comme la sensation étrange de ne plus avoir ma place dans la société, d'être devenue inutile. Pendant le pèlerinage, j'étais en congés payés. J'avais donc un boulot. Là, rien. Je n'ai plus de travail en France, je n'en ai pas encore au Québec, et pire que tout.... je n'en cherche même pas ! C'est à ce moment que l'on s'aperçoit que l'éducation que l'on a reçue a la dent dure.... C'est bien connu, seuls quelques marginaux pas bien respectables n'ont pas de boulot et n'en cherchent pas..... Ou alors ils sont rentiers.... donc pardonnés. Je n'accuse personne, bien sûr (au cas où ma mère lirait cette chronique et qu'elle se sente visée par cette histoire d'éducation) mais je constate que j'ai grandi dans une société qui confond, un peu trop peut-être, travail et statut social.
Je pense aussi que le brutal changement de rythme y est pour quelque chose. Je n'arrive pas encore à me libérer du stress de ces dernières semaines de boulot. Et puis le temps reste maussade, gris et froid.... Et je me demande (déjà !) si je n'ai pas fait une connerie. Ma « to do list » reste entière. Je la regarde bêtement, en cherchant vainement la ligne qui serait la plus facile à rayer.... C'est nul. Je pense à tous mes copains, admiratifs devant mon caractère, mon courage et ma détermination.... Tu parles ! Quelle farce ! L'aventurière à deux balles.... Je me déteste. Ca commence bien....

Heureusement, il était prévu de longue date que j'aille passer une semaine en Irlande, pour rendre visite à un ami rencontré sur le chemin de Saint Jacques. J'étais d'abord prête à annuler, voyant que je n'avançais pas dans mes préparatifs, et que la date de mon départ au Québec se rapprochait à grands pas. Mais j'ai pensé aussi que quelques jours de rando à pieds dans le Connemara ne pouvaient pas me faire de mal.... Et bien m'en a pris.... En 1 semaine, la machine est repartie. Oublié le stress du boulot ! Oublié l'espèce de mal-être existentiel ! Je suis revenue, déterminée comme jamais, prête à abattre des montagnes. Au passage, je voudrais remercier mon copain Kees (prononcez « Kaisse »), pour m'avoir donné un bon coup de pied au c.... N'oubliez pas son nom, peut-être entendrez-vous à nouveau parler de lui un de ces jours....

Bref, me revoici à Paris. J'attrape violemment ma « to do list » par le cou, et c'est parti !
Check up complet (dermato, ophtalmo, dentiste, gynéco etc....), sécurité sociale (La demande du fameux formulaire a été faite par téléphone, et je l'avais deux jours plus tard dans ma boite aux lettre !), impôts (en 1 heure, c'était fini. Quitus fiscal dans la poche, avec la photocopie de la lettre qui leur interdit tout futur prélèvement automatique....), résiliation de mon assurance, du téléphone portable, transfert de la ligne téléphonique fixe au nom de mon copain, achat d'un PC portable pour moi et d'un nouvel ordinateur pour maman, magasinage pour lui trouver l'abonnement Internet haut débit qui va avec....
Et j'enchaîne. Les copains à voir ! Midi, soir, chaque repas doit être mis à profit. Et encore, il va en manquer ! Dur de choisir. Certaines promesses ne seront pas honorées, mais ces potes-là seront prioritaires sur ma liste quand je reviendrai. C'est promis....
Mon cheval ! J'organise en urgence un transport pour le descendre à Nice, chez ma copine Penny, en attendant de m'assurer que je me plais au Québec.... et puis, patatras, presque au moment où le cheval pose un pied dans le camion, changement de programme, l'ancien propriétaire se manifeste, il veut le récupérer (longue histoire, j'ai deux chevaux, enfin bref, celui là était pas vraiment à moi, mais un peu quand même....officieusement.. bref). Donc, je n'ai plus à m'en soucier pour le moment. Reste l'autre cheval, celui qui est déjà à Nice, mais celui-là, je vais réfléchir encore parce que j'ai peur qu'il ne doive passer une visite médicale, et que les vétérinaires québécois s'inquiètent de son état mental, décidant finalement de lui interdire l'entrée sur le territoire....
Je m'intéresse ensuite à mon déménagement.... Je tri, je classe, je m'interroge, je jette ou je mets dans des cartons, j'emmène tout de suite ou plus tard.... ou jamais après tout. Je sais pas. Je m'en fous. Je suis toute seule, alors.... Pas d'enfant, pas de chien ni de chat, et je laisse les meubles. Alors je vais prendre deux ou trois valises, et j'arriverai bien à faire tenir toute ma vie là-dedans.... enfin je vais essayer. Sinon, maman profitera bien de son premier voyage touristique pour glisser des trucs dans ses valoches à elle...
Et puis il faut finalement dire au revoir à la famille.... Au moment où je termine cette chronique, je suis chez mes grands-parents. Ils habitent loin, alors j'ai prévu d'y rester quelques jours.... Ensuite, je vais directement à Nice, dire au revoir à ma copine et à mon cheval un peu bizarre que j'adore quand même.

Ensuite, je vais rentrer, il va rester 4 jours.... 4 tous petits jours.... avant le grand saut.... le 7 novembre.... Et rien n'est prêt. Pourquoi j'ai pas choisi le 8 ? Ou le 9 ? Vu que j'ai pris au pif ?

Mon état d'esprit est étrange. A vrai dire, j'ai l'impression de ne pas vraiment me rendre compte de ce que je suis en train de faire. J'enchaîne les démarches, mais j'ai l'impression de flotter comme dans un rêve au dessus de tout ça. Je remercie cette sorte « d'inconscience », car c'est déjà grâce à elle que je me suis retrouvée un jour sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. C'est elle qui m'empêche de trop réfléchir, de trop m'inquiéter, c'est elle qui me permet de foncer et de me dire.... « on verra bien ! ». Grâce à elle, je suis capable de déplacer des montagnes car je ne m'avoue jamais vaincue à l'avance par l'ampleur de la tâche !
Bien sûr, il y a tout de même quelques moments de doute, des moments difficiles, mais je fais en sorte de ne jamais leur laisser prendre le dessus. Je m'applique à être optimiste et à chercher le bon côté de chaque chose. Je considère chaque expérience, bonne ou mauvaise, comme enrichissante, tout en souhaitant que cet état d'esprit soit la clef d'une vie meilleure.

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Par là où tout commence...

Bouh

Par là où tout commence....

Février 2000. Depuis 3 mois, suite à une rupture sentimentale, je suis en pleine déprime. Quand je ne suis pas au boulot, je passe mon temps sous la couette, devant la télé, avec un paquet de chips à la main. Je me désintéresse de tout, je ne vois plus personne et je n'ai plus envie de rien.

Ce soir là, le seul bruit du téléphone qui sonne me hérisse le poil et me fait froncer les sourcils. « Foutez-moi la paix Bon Dieu ! ». Je sors la tête de ma couette et je tends le bras pour attraper le combiné.

- Mmmouais ?

- Allo ? Katy ? C'est Karine ! Du Québec ! Tu te souviens de moi ?
Si je me souviens d'elle ? Ben évidemment, c'est toujours ma meilleure copine, même si je ne l'ai pas vue depuis 6 ans....
Elle enchaîne :
- Depuis le temps que j'habite ici, tu n‘es jamais venue me voir. Alors cette fois-ci, tu n'as pas le choix. Tu es marraine ! Ta filleule s'appelle Marie-Chrystine, et le baptême est prévu dans 3 mois !
Je reste sans voix. Une promesse vieille de 6 ans ! Je n'avais pas oublié, bien sûr, mais à vrai dire, j'étais quasiment certaine que Karine n'aurait jamais d'enfants....

2 mois plus tard, tout en maugréant un peu contre ce voyage saugrenu et inattendu qui allait me faire rater la moitié des épisodes du feuilleton télévisé à la mode, je fais mes valises pour le nouveau monde.
Le Québec... Je n'en connais rien. Alors la région des Laurentides.... encore moins !
Je n'ai jamais voyagé (ou si peu !). Je n'en ai jamais éprouvé le besoin, car j'avais toujours réussi à trouver dans mon entourage de quoi satisfaire mes passions de toujours : la nature et les animaux. Et cela suffisait à mon bonheur.

J'atterris à Mirabel. Ma copine est là, elle me sourit. Que ça fait du bien de la revoir ! Je me penche sur Marie-Chrystine, et je craque complètement. A ce moment précis, je décide enfin d'envoyer balader ma déprime, et je commence à voir les choses du bon côté. Il était temps !
Quelques jours plus tard, un ami m'emmène en 4X4 au sommet de la Montagne du Diable.
Et c'est là haut, assise sur une pierre à côté de lui, les yeux dans l'eau, la tête dans les étoiles, et les paysages québécois étalés à perte de vue sous mes pieds, que je me suis vraiment sentie renaître.

Lorsque je suis rentrée, mon père m'a regardée d'un air suspicieux....
- Toi, je sens que tu vas aller habiter là-bas....
- Hein ? Tu rigoles ou quoi ? Moi, quitter la France ? Jamais de la vie ! Pourquoi faire ?

Mais c'est vrai, par contre, que ce pays m'intrigue. C'est la première fois que je me rends compte qu'un autre endroit sur Terre que le coin de campagne où je suis née peut réunir toutes les conditions nécessaires à mon bonheur.... C'est la révélation....

Je repars donc au mois de décembre de la même année. Pour en avoir le cœur net. Et ça me plait toujours. C'est fou ça ! Même l'hiver ! Je repars encore l'hiver de l'année suivante. Ca me plait encore plus. Alors j'arrête de me battre, j'arrête de nier l'évidence. J'aime ce pays. Et pas seulement pour ses paysages ! Non.... C'est un tout, c'est presque indéfinissable. Je m'y sens bien, c'est tout.

Mon père me regarde toujours avec ce même air suspicieux.
- Toi, tu vas vraiment finir par aller vivre là-bas....
- Meuhhhhh non....
Je n'ose pas lui parler de la Demande Préliminaire d'Immigration, que je viens d'envoyer.... Juste pour voir....

En 2003, j'enchaîne encore deux voyages. Le premier en avril, le second en septembre. Je ne peux plus m'en passer, c'est devenu un besoin vital. La vie à Paris m'est devenue insupportable, et seuls mes voyages outre-atlantiques me permettent d'échapper au stress de la grande métropole et à l'agressivité tangible qui y règne. Pour un temps, je peux retrouver le rythme de vie auquel j'aspire, et me réconcilier avec la civilisation qui m'entoure grâce à la gentillesse des Québécois. De plus, l'omniprésence de la nature me renvoie de plus en plus à mes rêves d'enfant, et à mes passions de toujours. Je rêve.... Je me sens bien. Chaque voyage est une renaissance. Chaque retour est de plus en plus insurmontable.

Le 23 octobre 2003, mon père s'éteint, victime d'un cancer. Douloureusement, je prends conscience que la vie n'attend pas. Il faut vivre ses rêves avant qu'il ne soit trop tard. Ma décision est prise, et quelques semaines plus tard, presque indécemment, je dépose mon dossier officiel d'immigration.

Et puis tout s'enchaîne très rapidement. Je reçois le CSQ un mois et demi plus tard. Mon dossier fédéral est déjà presque prêt, je le dépose dans la foulée. A ce rythme là, je peux avoir mon visa l'été suivant.
Mais je sens que tout va trop vite. Avoir son visa est une chose. Mais si on n'est pas prêt mentalement, il y a neuf chances sur dix pour que tout tombe à l'eau. Trop de questions se bousculent encore dans ma tête. Déjà, je culpabilise à mort de laisser tomber ma mère et mon frère dans ces moments encore très difficiles. Et il y a autre chose aussi.... Je laisse tomber le mec le plus gentil du monde....
Alors je dois être absolument sure de mes motivations. Je dois être absolument sure de vouloir tenter l'aventure. Je dois être forte, je dois être capable d'affronter les regards réprobateurs de la famille (et de la belle-famille) et de ne pas baisser les yeux quand j'entends « alors comme ça, tu laisses tomber ta mère ? Alors comme ça, tu as décidé de couper les ponts avec la famille ? Alors comme ça, tu laisses tomber Sébastien ? ».
Par bonheur, ma famille et ma belle-famille ne sont quand même pas si pires (petite parenthèse en passant, c'est marrant, mais depuis que je connais cette expression - pas si pire - je me demande bien comment on disait en « français de France » avant.... J'arrive plus à trouver d'équivalent approprié).
Aux petites phrases assassines se mêlent des mots d'encouragement ou d'admiration. Dans l'ensemble, je les trouve quand même compréhensifs. En fait, ça dépend des jours. J'ai l'impression qu'ils ne savent pas trop sur quel pied danser. Ce qui est sûr, c'est qu'ils m'aiment bien. Et que je leur fais de la peine à tous....

Je dois donc m'accorder le temps d'une réflexion plus approfondie. Un vieux projet, mûri depuis longtemps dans mon esprit, sera le cadre idéal de cette introspection. Le 20 avril 2004, je pars à pieds, sac au dos, pour tenter de rallier la ville du Puy-en-velay, en France, à Saint Jacques de Compostelle, en Espagne. 1600 kilomètres de chemins à parcourir, loin du train-train quotidien, du stress du boulot, de l'agitation parisienne.... loin de tout.
Il me faudrait écrire une chronique entière pour raconter cette expérience extraordinaire. Quelle richesse culturelle, quelle diversité de paysages, et quel bonheur de savourer tout cela au rythme lent de la marche ! Mais au-delà de tout cela, laissez-moi vous dire un secret.... Toute la magie de ce chemin réside dans sa dimension humaine. Des gens de tous âges, de tous pays, de toute classes sociales se côtoient sur ce chemin de poussière et d'étoiles. Le pèlerin vit hors du temps, hors de l'espace, et à mille lieues des conventions établies par notre société. Chaque émotion est exacerbée. Les rencontres qu'on y fait restent gravées dans le fond de votre cœur et jamais vous ne pouvez oublier ces gens dont vous avez un jour croisé la destinée. Miraculeusement, chacun réussi à apporter une pierre à l'édifice que vous asseyez de construire en vous. Un débat animé, une anecdote, un conseil, un avis, un silence, ou une simple accolade.... Chaque chose trouve sa place au moment où vous en aviez besoin.
Je dois avouer que je n'ai pas beaucoup réfléchis, dans le sens où je l'entendais avant de partir. Jour après jour, je me suis juste laissée porter par la magie de ce chemin.
Deux mois plus tard, j'ai déposé mon sac devant la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. J'ai levé les yeux au ciel, et j'ai souris. Je me sentais prête.

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